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Le Diana F+

Un peu de fantaisie ne fera pas de tort en ces temps troublés … tout est bon pour oublier ce f… virus !

Je vais donc vous parler d’un appareil photo qui fera peut-être hurler les puristes mais qui ravira les explorateurs de ce médium … et je vous avoue que j’aime bien les seconds …

L’aventure commence au début des années soixante par la fabrication, par une usine de plastique de Kowloon (Hong Kong), la The Great Wall Plastics Factory, d’un appareil photo simplissime destiné à être un « cadeau » promotionnel.

Pour vous donner une idée, la Power Sales Company, l’importateur US, vendait le Diana par caisse de 144 appareils au prix délirant de 50 cent US pièce.

source Nation-Photo

Mais toute les bonnes choses ont une fin et celle du Diana fut entérinée dans les années septante, vaincu par la meilleure qualité des appareils Kodak Instamatic, par exemple, eux aussi devenus un appareil très bon marché et offert en cadeau promotionnel à tour de bras.

Pourtant, de nombreux « clones » ont continué à inonder les marchés par des sociétés basées à Hong Kong, Taïwan, ou dans le reste de la Chine.

C’est presque l’archétype de l’appareil jouet avec son corps tout en plastique, sa lentille simple ménisque elle aussi en plastique et très approximative, qui connait des fuite de lumière, des soucis d’avance de film.

source : http://glangl1.free.fr/Liste-Diana.html Le Diana de 1960

Pour enfoncer le clou (du cercueil), le magazine de photographie Réponses photo lui décerne le titre « de pire appareil photo jamais construit ». L’appareil aurait été distribué par le journal pour enfants Pif Gadget selon le magazine (que ceux qui s’en souviennent lève la main).

Mais finalement, tous ces défauts sont comme autant de qualités et l’appareil sera bientôt recherché pour prendre des photos au flou artistique avéré, des rendus impressionnistes qui rappellent le pictorialisme des photos « à grain », ses superpositions voulues ou subies comme d’heureux hasards artistiques et son aura onirique sur les clichés aux teintes aléatoires …

Le San Francisco Art Institute a sans doute été la première école à utiliser le Diana dans son programme en 1967 – 1968 pour stimuler la créativité de ses élèves. D’autres écoles vont reprendre le principe comme l’Université de l’Ohio. Le point d’orgue sera sans doute atteint lorsque la photographe Nancy Rexroth exposera en 1976 ses photos réalisées avec cet appareil, exposition qui fera l’objet d’un livre intitulé IOWA.

Techniquement, difficile de faire plus simple :

  • une boite noire plus ou moins étanche
  • une lentille en plastique (ménisque) qui produit un vignetage assez prononcé
  • un viseur en plastique (tunnel de Galilée ou viseur primitif)
  • un obturateur à ressort
  • une avance mécanique d’un film en bobine de 120

Mais l’appareil est tellement décalé que la Lomographic Society International (LSI) ne pouvait rester indifférente à son égard

Pour mémoire, cette société autrichienne a initié le mouvement photographique lo-fi qui porte le nom de « lomographie » en français, mot créé d’après le Lomo LC-A, appareil photographique dont elle a acquis une exclusivité de vente auprès de son fabricant LOMO, une entreprise russe d’optique qui avait elle-même repris le design et les caractéristiques d’un appareil Japonais, le Cosina CX-1 (ça va, vous suivez toujours ?).

De fait cet appareil s’inscrit dans la démarche lo-fi (low fidelity ou basse fidélité) initié dans le monde musical des années quatre-vingt lorsque des musiciens enregistraient leurs musiques en rejetant les techniques qui donnaient un son « trop propre ». Principe repris et adapté à la photo par les gens de Lomography.

A bas le formalisme des prises de vue, cadrées, léchées, parfaites, au piqué rigoureux, place à la fantaisie, l’envie de prendre des photos sans règles absolues.

Bref, vive le joyeux foutoir des photographes qui ont envie de redécouvrir les joies de la photo plaisir dans son sens premier, la découverte.

Connaissez-vous les 10 règles d’or du Lomographe ?

  1. Prenez votre appareil partout avec vous. (Take your camera everywhere you go)
  2. Photographiez de jour comme de nuit. (Use it any time — day & night)
  3. Lomography, c’est plus qu’un simple passage dans votre vie. (Lomography is not an interference in your life, but a part of it)
  4. Essayez de photographiez sans viser. (Try the shot from the hip)
  5. Approchez-vous au maximum de vos sujets. (Approach the objects of your lomographic desire as close as possible)
  6. Ne réfléchissez pas. (Don’t think)
  7. Soyez rapides. (Be fast)
  8. Ne pensez pas trop à ce que vous voulez prendre en photo. (You don’t have to know beforehand what you captured on film)
  9. Laissez-vous surprendre après (Afterwards either)
  10. Ne vous souciez pas des règles ! (Don’t worry about any rules)

En 2007, ils créent le Diana +, reproduction fidèle du modèle des années soixante. Cependant, au delà de la réplique, ils le peaufinent et le dotent de fonctions améliorées qui ouvrent la porte à d’autres fantaisies. Le Diana devient Diana F puis F+ .

Par exemple, il garde le format original du 120 mais passe aussi en 24×36 et même en version 110.

Aujourd’hui cet appareil est au cœur d’un véritable « système » avec des objectifs interchangeables, un flash avec une multitude de filtres colorés, un adaptateur pour flash Cobra ou autre et la possibilité de changer le dos pour y mettre d’autres films et même un appareillage pour qu’il devienne instantané avec les films Instax Mini.

Rendez-vous compte, il y a même des adaptateurs d’objectifs Diana pour des reflex « sérieux » comme les Canon Eos, les Nikon F-mount, le Micro Four Thrids (micro 4/3) !

Tout cela étant, si je reprends les données techniques du « nouveau » Diana, voilà ce que ça donne :

Fonctionnalités

  • Trois vitesses d’obturation, réglées pour une sensibilité de 200 Iso
  • Deux tailles d’image
  • Exposition multiples et partielles
  • Fonction sténopé
  • Possibilité de développement instantané avec dos spécifique
  • Possibilité de passer en 135 avec dos spécifique

Spécificités technique

Type de piles/batteries2 x CR2/DL CR2 lithium batteries pour le dos « instantané » uniquement
Ouvertures disponiblesPinhole, Nuageux= f/8, Semi-Ombragé = f/11, Ensoleillé = f/16
Vitesses d’exposition1/60 (N) – presque constant (!?), Bulb (B)
Distance focale75mm, mise au point minimale +/- 60cm
Avancement du filmmanuel ou automatique avec le dos « instantané »
Format de la pellicule120, 24×36 avec dos approprié ou Instantané Instax Mini
Connexion flashPrise de type Diana
Mise au pointMise au point par zones
Distance de mise au point1-2 м, 2-4 м, 4 м – Infini
Compteur de posesAutomatique
MatériauxPlastique
Emplacement pour trépiedNon
CelluleNon
ViseurViseur optique
source : Lomography Magazine

Si l’appareil est toujours « tout plastique », toutes les pièces s’emboitent proprement et de fines rainures devraient assurer une meilleure étanchéité à la lumière.

Il faut être attentif à ne pas forcer quand on change les objectifs pour ne pas briser les « pattes » qui assurent le verrouillage (baïonnette), ni quand on change le dos « classique » pour le dos instantané car il faut ôter une petite pièce qui paraît assez fragile et qui assure, normalement, le maintient des bobines de 120.

Lorsque vous placez le dos instantané, petite astuce pour faire tenir l’appareil droit, deux petits volets se déplient par en dessous, assurant la stabilité de l’ensemble.

Remarque utile à retenir : étant donné que le Diana F + est conçu pour des pellicules 200 ISO, vous devriez choisir le diaphragme “partiellement nuageux” en utilisant une pellicule 100 ISO pour l’exposer correctement. Avec une pellicule 400 ISO, la photo sera surexposée par une journée ensoleillée, c’est garanti.

En gros, n’utilisez l’ouverture « ensoleillée » que si la journée est sous un bon gros soleil. Sinon, à moins d’un mètre du sujet, mettez plutôt le curseur sur « partiellement nuageux » et sur « nuageux » au delà d’un mètre

Si vous retirez l’objectif (en fait la partie avant de celui-ci) vous pourrez prendre des photos comme si c’était un sténopé, la vitesse étant alors de 1/125s. Vous mettez le sélecteur sur P (pinhole ou sténopé en français) et vous réglez la vitesse sur B, c-à-d. que vous choisissez le temps d’ouverture (rassurez-vous, il existe des tables de temps fonction de l’ouverture – à chercher sur le Net).

Vous pouvez choisir parmi deux formats carrés avec certains cadres : avec le cadre 46,5 × 46,5 vous pourrez faire 12 photos, avec le cadre 42 × 42, vous pourrez prendre 16 photos sur une pellicule 120. N’oubliez pas de configurer la fenêtre à l’arrière et sélectionner le bon cadre.

Si vous utilisez l’objectif « grand angle », vous aurez besoin de lui adjoindre un viseur spécifique (comme sur les anciens télémétriques finalement)

Le réglage de la distance rappelle le bon vieux temps des fix focus et la mise au point par zones : 1-2m, 2-4m ou 4m-infini et se sera net (enfin, en théorie)

Franchement, à côté des appareils que je vous présente plus ou moins régulièrement, celui-ci fait partie des plus fous, comme celui que j’ai monté moi-même ou le sténopé VIDDY en carton.

J’espère qu’il pourra me transmettre sa fraicheur, sa douce folie … reste que pour l’essayer j’aurai besoin que mon « p’tit labo » près de chez moi puisse ré-ré-ouvrir (il est toujours considéré comme « non essentiel » par nos autorités si incompétentes !)

Sauf si je commence tout de suite avec le dos Instax !

Deux video d’illustration

Pour le mode d’emploi, c’est LA et des explications pratiques ICI

Des exemples de photos par ICI et grâce à mon ami Fred, j’ajoute ce lien d’un grand adepte de ces appareils improbables Kevin Meredith et le blog que j’ai découvert, finalement très proche du mien Analogyou avec son LomoHome

Quelques références : https://shop.lomography.com/fr/diana-f?country=be, https://folkloredemode.wordpress.com/tag/diana-f/, https://www.lomography.fr/about/history, https://shop.lomography.com/fr/diana-instant-camera, https://fr.wikipedia.org/wiki/Lo-fi, https://fr.wikipedia.org/wiki/Lomography, https://www.nationphoto.com/fr/blog/le-lomo-diana-f-n10, https://analogyou.wordpress.com/2014/10/14/tout-savoir-sur-lomography/ en français, https://microsites.lomography.com/diana/,https://en.wikipedia.org/wiki/Diana_(camera) en anglais

6 réponses »

  1. Très heureux que nous parle du Diana F. Cette petite boîte avec le célèbre Lomo LCA, fait partie des nombreux appareils plastique qui faisaient fureur il y a une quinzaine d’années. L’argentique avait bien rebondi entre 2005 et 2008. C’est à cette époque que j’ai fait la connaissance d’un fou des modèles Lomo. Kevin Meredith alias Lomokev : https://www.flickr.com/photos/lomokev/8908676/in/dateposted/
    Ce gars a sorti un petit vraiment sympa autour de ces appareils photo. Il faudra maintenant faire la même chose avec le Holga 120. Bon dimanche. Amitiés. Fred

    • Super Fred, je viens d’aller voir le travail de Kevin, complètement dans la veine Lomography. Merci. C’est vrai que ces appareils donnent envie de s’amuser avec, de les découvrir tous (mais bon, mon portefeuille me rappelle à la réalité !). Je suis attentif, si j’en trouve un abordable et je t’avoue que j’ai encore quelques surprises « en stock ». Me faudrait juste un, peu plus de temps ….
      Mes amitiés

  2. Je ne savais même pas que ce « jouet » avait existé. Il faut dire que je n’étais pas né en 1960. 🙂
    Les concepteurs de ce cadeau promotionnel ne se doutaient sûrement pas de l’engouement qu’il aura suscité. Il a même eu plus de succès que certains appareils « sérieux » qui ont fait un flop…
    Bon dimanche, Jean-Pascal.

    • hihihi… le monde de la photographie est un éternel champ de découvertes de toutes sortes et c’est toujours un réel plaisir de partager avec vous ces trouvailles. Je ne désespère pas d’en trouver encore…
      Amicalement

  3. Bonjour Gian Pasquale, c’est avec grand intérêt que j’ai découvert le parcours étonnant et décalé de cet appareil photo, qui est passé du statut de jouet à celui d’outil créatif pour artistes photographes, c’est étonnant et passionnant, merci de nous avoir plongé dans ce monde merveilleux et magique dans lequel le jouet peut également être un appareil photo qui permet à l’artiste de s’exprimer et de créer de superbes clichésau. Ton article est passionnant, comme toujours, comme quoi, ce n’est pas le prix de l’appareil photo qui réalise l’oeuvre, mais bien l’oeil du photographe, peu importe l’instrument utilisé, c’était aussi l’époque ou l’on donnait des noms attachants aux objets, « Diana » vs  » Kidizoom »,,,, Diana est bien plus flatteur et romantique, côté plus viril ! Pentax KS2 vs Pentax spotmatic ,,,,, Nikormat FTN vs Nikon D7100 !!,,,,,, Canon FTb vs EOS 1000, 60, 1200, 400, 6D, 7d etc,,,, avant nous avions un appareil photo qui portait un nom, nous formions un « couple » hihihi à présent ils portent un numéro de matricule ! on ne si retrouve plus ! ( humour ON ) , nous restions fidèles à notre argentique, il nous accompagnait durant des années, on s’y attachait, on le chouchoutait, on lui parlait, normal on peut discuter avec Diana mais pas avec un Nikon au matricule D7100, aujourd’hui, on change d’ APN comme on change de chemise, j’avoue humblement de faire partie de ces éternels insatisfait !!!! hihihihi, bref tout celà pour te dire que ce dernier article m’a plongé dans mes rêves d’enfant, c’est bon de rajeunir.
    Salute à vous deux.

    Salvatore

    • Ciao Salvatore, merci et je t’avoue avoir pris du plaisir à découvrir cet appareil étonnant. Tout comme je sens que je vais m’inscrire au club des lomographistes : ils ne se prennent pas au sérieux, continuent à promouvoir l’argentique créatif et leurs appareils sont complètement hors du temps, loufoques parfois (celui qui fonctionne avec de l’eau dans la lentille et à construire soi-même – le LomoMod ! ). C’est rafraichissant de s’affranchir de tous les poncifs du genre, juste pour le … bonheur de photographier.
      Et pour le reste, c’est vrai que l’on a difficile aujourd’hui à s’attacher à un appareil dont on sait que dans 5 ans il sera complètement dépassé/irréparable/en panne – pas besoin de biffer la mention inutile, elles sont cumulatives !
      Quand je (re)découvre un vieux boitier, j’aime le manipuler, le sentir réagir de ses ressorts et rouages, apprécier ses vibrations, entendre le son de son obturateur, le prendre en mains pour apprécier son poids, sa densité, sa construction, découvrir les astuces de ses pères, bref vivre un moment avec lui.
      Si je ne les garde pas tous (mon épouse en aurait vite assez), ceux que je choisi, je sais qu’ils vont encore me donner ces plaisirs de nombreuses années, sans faire attention à quelque mode que ce soit, juste du plaisir.
      A bientôt j’espère et amitiés de nous deux à vous deux.

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