Les télémétriques russes

Les Yashica Electro 35 ou les Canonet QL 17 – QL 19 G III, voire un Minolta Hi-Matic 9 sont presque trop faciles à utiliser et donnent de superbes résultats. Ils font partie de ces fabuleuses machines des année ’60 et ’70, avec déjà des automatismes, discrets et efficaces, mais avec des objectifs fixes.

Les télémétriques russes, c’est une autre tranche d’histoire, celles des années ’30 (même s’ils ont été fabriqués, pour certains, jusque dans les années 80).

Les sites qui en parlent sont en bas de page, comme d’habitude.

Si j’avais une remarque personnelle à faire, je voudrais modifier un peu ce que l’on présente généralement sur ces appareils, à savoir qu’ils sont des copies des Leica et Contax. Sans refaire l’histoire, rendons à César ce qui lui appartient : la plupart des appareils russes ont été construits, au début du moins, avec des pièces issues de prises de guerre (dont les usines en entier parfois). Stricto sensu, ce ne sont pas des copies mais des Leica ou Contax fabriqués en Ukraine (Russie alors). La suite nous montrera que, parfois, certains ont même évolués différemment des Leica produits au même moment.

Bref, j’ai commencé par un Zorki 4K (1974). J’avoue que c’est assez déconcertant, au début.

Zorki 4 K de 1974

D’abord, il faut toujours penser à armer avant de modifier les vitesses, afin de ne pas tout abimer. Ensuite, il faut penser à modifier un peu la languette du film pour qu’elle s’accroche correctement dans la bobine réceptrice, heu… tout en gardant un œil (voire une main, mais bon, nous n’en avons que deux depuis trèèès longtemps) sur le dos de l’appareil, que l’on doit ôter pour la manœuvre. Puis encore, vérifier que le bouton de désolidarisation du mécanisme d’entrainement est bien remis à sa place pour pouvoir armer une ou deux fois avant de refermer.

Notez qu’utiliser un Leica n’est, à ce stade, pas plus facile : il faut aussi recouper la languette et la longueur de l’amorce du film, puis insérer cette languette dans une bobine amovible et qu’il faut ensuite glisser la dite bobine avec la cartouche dans l’appareil, en ayant ôté la semelle. Bref, pourquoi faire simple quant on peut faire compliqué ! Je parle ici des Leica des premières générations mais aussi du célébrissime M3, voire même de modèle « plus récent » comme le M 5. A remarquer qu’en 1954, un Canon P, p. ex., possédait déjà un dos à charnière, une bobine fixe et l’on peut changer les vitesses après avoir armé … copies, copies ?

Si vous êtes tombé sur un bon exemplaire, c.-à-d. pas trop maltraité par les ans et les proprio successifs, tout le reste fonctionne bien : télémètre juste, déclencheur un peu rude mais pas si bruyant que ça et armement facilité, sur le Zorki 4k, par un levier, au lieu d’un bouton à tourner pour l’avancement du film sur les autres modèles.

Ah, j’allais oublier, l’objectif : le mien est un Industar qui a manifestement déjà été démonté et remonté … approximativement car je n’arrive pas à mettre l’ouverture maximale (f1:3,5), mais bon, on s’y fait.

De toute manière, je travaille autour des 5.6, ça simplifie les choses.

Question rendu ? Bah, ça change – vraiment – de la précision chirurgicale des appareils modernes, mais quel charme, quel grain en NB.

J’y ai fait quelques aménagements, pour le rendre plus souple d’utilisation, comme tout simplement un bouton soft release sur le déclencheur (garni de « pointes » un peu inconfortables à l’usage, même si antidérapantes). Et comme je réfléchissais à un truc pour le porter facilement, car il ne possède par d’œillets pour y attacher une sangle, j’ai pu trouver une gaine en cuir. Heu, costaude la gaine, taillée dans un cuir épais, à l’odeur particulière (venant, paraît-il, des bains de tannage propres à la Russie). En tout cas, elle protège super bien et permets de porter l’appareil sans soucis (juste que ça rajoute un peu de poids à un appareil déjà pas si léger).

Dire que cet appareil était un peu désuet en 1974 peut sembler étrange, mais face à la concurrence japonaise, il n’avait plus aucune chance. Et pourtant le Zorki 4 K a sans doute été le télémétrique le plus fabriqué et le plus vendu au monde. Vous en trouverez de ce fait à des prix qui restent abordables sur les sites de vente.

Franchement, c’est une expérience à tenter.

Et puis, il y eu le Fed 2 (1969). Là, on manipule un Leica III (enfin, c’est ce qui s’en rapproche le plus) mais pour – au moins – 100 fois moins cher !

Ne me faites pas écrire ce que je ne pense pas : ce Fed 2 datait de 1969 (produit de 1955 à 1970 avec quelques variations – 8 en fait). C’est un mélange entre la douceur des commandes d’un Leica et la large base télémétrique d’un Contax (ou Kiev), mais la régularité de sa fabrication n’est pas gage de fiabilité. Sa construction est loin des standards d’un Canon ou d’un Leica. Mais au prix où vous les trouverez parfois, c’est de la découverte assurée.

Oui, vous avez bien lu, c’est un FED 2

Son objectif est un Industar 26 M, pas vraiment réputé pour ses qualités optiques (certains le surnomment le « bouchon de boitier ») mais il a son charme. Et il va bien avec l’appareil … si, si, ça compte aussi un peu d’esthétique. Ici encore, il faut penser à armer l’appareil avant de changer les vitesses, sinon, salade de pignons en perspective !

Pour continuer mes russeries, j’ai eu la chance de trouver à prix abordable un Kiev 4am. Nous sommes chez Contax, mais version soviétique (dans les années ’80 tout de même). La particularité de cet appareil, outre d’avoir gardé une ligne issue des années ’40 jusqu’au seuil des années ’90, c’est sa base télémétrique très large. Je crois ne pas me tromper en disant qu’elle est sans doute la plus large d’un appareil « grand public » : près de 10 cm de long, ce qui donne un très bon rendu d’image, même si l’œilleton de visée paraît très petit. Et, petite particularité mécanique, vous pouvez régler la distance sans devoir toucher le fut de l’objectif : une petite molette – il est vrai pas vraiment bien placée – permet de faire tourner l’objectif lors de la mise au point. Je vous dis pas la mécanique de précision qu’il y a derrière tout ça …. Il était équipé d’un Jupiter 8, lui aussi des années ’80.

Kiev 4 am de 1982 !

Les appareils russes se vendent en quantité ( ce qui ne rime pas toujours avec qualité) sur les sites de vente bien connu. Souvent issus des anciens pays dits de l’Est, la plupart sont en bon état mais cela ne vous dispense pas de quelques vérifications lors de la lecture des explications du vendeur au sujet de son appareil. Notamment vérifier que le télémètre est juste, que les rideaux (toile caoutchoutée) ou lamelles (Kiev) sont en bon état, que les vitesses lentes sont fonctionnelles, que les bobines réceptrices sont bien présentes lors de la vente, par exemple.

Sinon, attrait garanti lorsque vous sortirez avec votre Fed, Zorki ou Kiev (pour ne citer que ceux que je connais et ai essayé). Mais prenez votre temps et redécouvrez les joies des cellules à main, de la règle des « funny 16 », de l’hyperfocale … et bonnes photos.

Ce ne sont pas des appareils qui « vont vite », sauf avec un peu d’habitude. Pour les personnes nées après l’invention de l’autofocus, c’est un art de la patience qu’il convient d’apprécier.

Enfin, dernier avantage, mais non des moindres si vous investissez dans un bon exemplaire (je vous recommanderais un Zorki 1d dont je parlerais ailleurs), vous pourrez toujours monter les optiques prestigieuses de chez Leica, qui sont les montures à vis en LTM 39 (monture « Leica vissé » : Leica Thread Mount (LTM) ou Leica Screw Mount (LSM) en anglais). Elles ont un prix – soyez attentif et raisonnable – mais comme vous aurez fait des économies sur le boitier …. Et, si les optiques Leica sont les plus connues, d’autres marques à l’époque, comme Voigtländer, Canon, Jupiter, etc. ont aussi créé des objectifs de grandes qualités.

Pensez quand même que la plupart sont sensibles au flare (pas de traitement multi couche comme pour les optiques modernes), que vous serez loin du rendu « millimétrique » des optiques développées pour le numérique, mais quel charme.

Vous trouverez plein de sites qui en parlent, mais surtout en anglais. Je vous recommande ceux-ci, en français : http://www.collection-appareils.fr/avoscrayons/html/Boitiers_russes.php pour un aperçu rapide des télémétriques russes ou encore https://www.danstacuve.org/test-du-zorki-4k-fort-en-caractere-2/ Pour les optiques, http://35mm-compact.com/anciens/objectifs-m39-russes.htm ou encore https://pierretizien-photos.blogspot.com/p/objectifs.html