Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation du Beauty Lightomatic II – Que penser de cet appareil ? – Vidéo d’illustration – Un peu de technique – Des références
Préambule
Vu l’état extérieur du sac tout prêt de cet appareil, couvert de poussières et d’éraflures, c’est sans doute encore un que j’ai repêché dans une caisse fourre-tout d’un vide grenier. Mais où ?
Aucune importance finalement. Ce dont je me souviens c’est que lorsque j’ai pris cet appareil et ouvert le cuir pour voir ce qu’il contenait, j’ai d’abord tiqué sur la marque, Beauty, qui, me semblait-il, ressemblait à ces marques d’importateurs (comme Prost, Quelle, etc.). Mais la qualité d’assemblage m’a plu. De plus, lui était (encore) propre et fonctionnel.
Hop, petite négociation et il a rejoint le sac à dos.
Partons donc à la découverte de ce boitier intriguant.
Un peu d’histoire
Elle est assez étrange, du moins pour l’Occident, car au Japon cela semble plus commun que de commencer dans un magasin qui vend des appareils d’occasion et qu’ensuite une société se crée pour vendre ses propres appareils photos.
Mais commençons par le début de cette longue histoire …
Elle commence en 2013 par la … fermeture de la célèbre boutique Camera Taiyodo située au carrefour Kanda-Jinbocho (Tokyo) depuis 1920 !



Cette illustre boutique, Taiyodo Shoji, a d’abord vendu des accessoires pour la photographie, du papier, des tirages et des appareils photo d’occasion.
Toutefois, il faut attendre 1946 pour voir apparaitre les premières publicités du magasin, dans lesquelles ils sont en recherche d’appareils pour constituer leur stock (nous achetons vos appareils au meilleur prix).

Puis, vers 1948, une branche de Taiyodo Shoji, la Taiyōdō Kōki K.K., s’est lancée dans la fabrication d’appareils photo. L’atelier, établit derrière le magasin*, a commencé à fabriquer des appareils dits subminiatures, comme le Meteor qui utilisait un film de 17,5mm, tout comme les Vestkam, Epochs et Beauty 14, alors que les Spy 16 et Beauty 16 utilisait du film en … 16mm.


*Quoique qu’il semble que tout le monde ne soit pas d’accord à ce sujet car d’aucuns disent que l’usine de Taiyodo Koki était située à Shimura, dans le quartier d’Itabashi, pas à Kanda Jimbocho (mais toujours à Tokyo)

Dans le même temps, il est établi que l’entreprise vendait comme détaillant le Gelto 3x4cm et les autres produits Gelto et qu’elle était concessionnaire pour Nikon (un journaliste japonais – Yasunori Ichikawa – raconte qu’il se souvient de l’enseigne jaune accrochée dans la station de métro Jimbocho, sur laquelle on pouvait lire quelque chose comme « Pour tout ce qui concerne Nikon, rendez-vous chez Camera Taiyodo »). Certains auteurs parlent même de sous-traitance possible pour Nippon Kogaku.
Ce qui apparait à peu près certain, c’est que le magasin et la fabrique étaient considérées comme deux entreprises distinctes, du moins jusqu’en 1951.
Au niveau de sa propre production, c’est en 1950 qu’apparait le premier modèle, le Beauty Six, un TLR (réflex double objectifs) qui sera, comme dans la suite de la production, vendu sous d’autres noms comme Gen ou re badgés par des fournisseurs (Fodor, Montgomery Ward, Photoflex et United States Camera par exemple).

Ce TLR sera décliné en plusieurs versions (15 modèles), selon les évolutions. Ces TLR sont un modèle grand public qui aura beaucoup de succès. D’après ce qu’a confié Kiyoshi Hayata, de Hayata Camera, le reflex à double objectif pour lequel on recevait le plus de demandes de réparation était le Ricohflex, suivi du Beautyflex ; cela signifie sans doute que ces modèles se vendaient en grand nombre.
Un folding (pliant à soufflet), toujours très à la mode au début des années cinquante, le Beauty Six, viendra épauler le TLR.

En 1952, la société de vente fusionne avec la partie qui fabrique et l’usine est transférée à Shimizucho, tandis que le service commercial reste à Jinbocho.
Fin 1953, Taiyodo Koko K.K. lance son second folding, le Beauty Six II. A la même époque, Tougodo lance lui le Toyoca Six, copie conforme du premier cité. Mais on ne sait pas si c’est parce que la fabrication du Beauty Six II était sous-traitée par Tougodo ou si ce dernier a racheté les matrices et les outils.
Puis en 1954, ce sera un réflex mono-objectif (SLR), le Reflex Beauty où l’influence du Reflex-Korelle est assez visible, même si le Beauty s’en détache par des détails. La production des Beauty Flex se poursuit avec succès en même temps.

Vers 1955, elle lance encore des appareils à viseur fixe, le Beauty 35, puis des télémétriques, le Beauty 35 Super, suivi du Beauty 35 Canter. Très bien construits eux aussi, ils seront déclinés en plusieurs itérations, selon les évolutions techniques. Les Beauty 35 sont des appareils à obturateur central et objectif 35 mm (environ 11 modèles).

Si nous résumons, du début des années cinquante et jusqu’en 1957, la société produit des TLR, des folding, un réflex SLR, des 35mm à viseur simple et des télémétriques, parfois sous son nom, souvent sous celui d’importateurs ou pour compte d’autres entreprises pour lesquelles elle agit comme produit blanc (elle fabrique pour compte de). La qualité est au rendez-vous et elle tend à suivre les évolutions du marché.
Pourtant il semble que Taiyōdō Kōki K.K. ait fait faillite en 1957 et qu’elle ait redémarré alors sous le nom de Beauty Camera K.K.. Elle a aussi pas mal changé d’adresses : à Shimura Kiyomizuchō à la fin de 1957, à Kayabachō Nihonbashi en 1958-1959, à Edobashi à la fin de 1960 et à Miyamotochō en 1962-1963.
Enfin, la série des Beauty Ligthmatic apparait en 1959 et se clôturera vers 1963. Il y aura 4 itérations du Lightomatic : Lightomatic ou LM, Lightomatic II, Lightomatic III ou Lite III et Lightmatic SP. Ce dernier sera le dernier appareil photo commercialisé par Taiyodo, un appareil à obturateur intégré et objectif 35 mm sorti en 1963, mais des archives indiquent qu’un prototype d’appareil photo 35 mm équipé d’une radio avait également été développé à cette époque (!?).o
Chaque modèle Lightmatic partage certaines caractéristiques communes :
- Viseur : télémètre à coïncidence intégré avec ligne lumineuse auto-correctrice
- Mise au point : télémètre couplé avec bague manuelle sur barillet d’objectif
- Posemètre : cellule au sélénium couplé électro mécaniquement à l’ouverture du barillet d’objectif, aux réglages de la vitesse d’obturation et à l’indice de sensibilité du film
- Exposition : centrage de l’aiguille du posemètre avec fenêtre de pointeur sur la plaque supérieure de la caméra, visible dans le viseur à partir de Lightomatic II
- Objectif : 45 mm f1.9 à f16 (6 éléments en quatre groupes de type double gauss)
- Mise au point minimale : 0,8 m
- Obturateur : Copal-SV à cinq lames avec des vitesses : B, 1, 2, 4, 8, 15, 30, 60, 125, 250, 500 sec. Les vitesses d’obturation et les réglages d’ouverture peuvent être verrouillés. Le déclencheur se verrouille lorsque le levier d’avance affleure le boîtier de l’appareil photo
- Déclencheur par câble : Prise standard à viser dans le déclencheur (à partir de Lightomatic II)
- Taille du filtre : 46 mm (Lightomatic/ Lightomatic II), 55 mm (Lightomatic III / SP) à visser
- Flash : prise sans contact et terminal PC. Synchronisation M et X
- Armement : Manuel avec levier à course unique
- Compteur d’images : Se réinitialise automatiquement lorsque le dos de l’appareil photo est ouvert
- Rembobinage : manivelle pliable et sélecteur de rembobinage.
Pour conclure, si l’entreprise Beauty Camera K.K. a cessé de fabriquer des appareils photo et des accessoires vers 1965, la boutique, elle, a continué à faire ce qu’elle faisait depuis les années vingt : vendre du matériel destiné aux photographes.
Présentation du Beauty Lightomatic II
Le Lightomatic II dans la série des boitiers
Comme nous venons de le voir, les premiers Beauty 35 étaient des boitiers avec simples viseurs et objectif de 45mm, sans télémètre ni cellule. Ils évolueront vite en Super et Canter, munis tous les deux d’un télémètre couplé (1955) avec cadre lumineux pour le dernier cité.


Il faut attendre 1959 pour voir apparaître le télémètre couplé et la cellule, qui étaient présents chez les concurrents comme Yashica ou Petri. Ce sera chose faite sur le Lightomatic et ses développements ultérieurs.
Basé sur le châssis du Beauty 35, le premier Lightomatic reprend les objectifs du Beauty Super (45mm f2,8) ou du Canter S (45mm ouvrant à f1,9, bien qu’il ait existé un objectif ouvrant à f2,8). Il reprend aussi le télémètre couplé à coïncidence mais une fenêtre vient s’ajouter, à l’avant, celle de la cellule au sélénium. La sensibilité de celle-ci varie de 6 à 1600Asa.

Un schéma situé à côté de la fenêtre indiquant la position de l’aiguille du posemètre, sur la plaque supérieure, montre dans quelle direction il faut tourner les molettes d’ouverture et de vitesse d’obturation pour centrer l’aiguille.
Puis, en 1960, apparait le boitier qui nous préoccupe aujourd’hui, le Lightomatic II, qui apporte quelques changements : outre un léger restylage du corps, cette fois l’objectif est un Biokor-S de 45mm ouvrant à f1,9 (6 éléments en 4 groupes) et la fenêtre de lecture de la cellule est différente, plus moderne (carrée au lieux de ronde) ; la cellule est couplée. Dans la modernisation de la ligne, notons encore l’abandon du rappel de type de film utilisé ainsi que le graphique de réglage de l’exposition.
Un tableau indique maintenant les paramètres de réglages selon la sensibilité du film.
Ensuite, le viseur possède maintenant des lignes projetées (Bright-Frame), la correction de la parallaxe et une fenêtre d’éclairage, le tout sous une même vitre en verre.
L’obturateur reste un Copal SV à 5 lames, qui offre des vitesses de 1s au 1/500s, plus la pose B, un minuteur et une synchro flash.
Avant de le décrire plus amplement, sachez encore qu’il sera suivi, en 1961, par un Lightomatic III qui apporte comme principale modification une cellule au sélénium placée autour de l’objectif, une sensibilité modifiée de 10 à 1600Asa. En outre, la plaque supérieure ne prend plus en charge le graphique d’information mais l’aiguille du posemètre est visible dans le viseur.
Le Lightmatic SP (1963) perd le o de son nom au passage et voit son esthétique revue mais sans grosses autres modifications significatives, sauf peut-être l’indication de confirmation du mouvement du film, que l’on ne voit que si on sort le levier d’armement de sa position de repos.
Présentation du boitier

C’est carré, c’est un bloc, c’est solide et bien construit, c’est un Beauty. Bon, au-delà de ces airs de slogan publicitaire, ces quelques mots résument bien les appareils de chez Taiyōdō Kōki K.K.


Point de vue taille, il est aussi grand et costaud qu’un réflex de l’époque, le pentaprisme en moins, ce qui, in fine, le rend compact.
Vu de face, rien de bien transcendant, il ne révolutionne par l’esthétique de ce type d’appareil avec l’objectif combiné aux réglages, bien au milieu ; le bandeau sous verre du viseur et de la fenêtre du télémètre (base de 4,5cm) ; le nid d’abeille, un peu en saillie, de la cellule au sélénium et le mot Beauty. Sur cet exemplaire, vous ne pouvez pas rater l’imposant mais utile pare-soleil en caoutchouc qui équipe l’objectif et masque de ce fait le bouton place sur la bague de mise au point et qui facilite le réglage fluide de celle-ci.

Vu du dessus, le mot Lightomatic II gravé et peint en noir , à gauche, le levier d’armement en métal, avec le déclencheur avec un filetage pour un déclencheur souple ; puis, surélevée, la plaque qui porte le tableau de lecture de la cellule, le pointeur de celle-ci et, juste à côté, la griffe sans contact pour le flash ; enfin, tout à droite, la manivelle de rebobinage, avec une petite encoche pour y placer la tête.


Sur la tranche droite, le gros verrou pour libérer la porte arrière, qui s’ouvre de la droite vers la gauche (bobine réceptrice à gauche).

Par dessous, le petit bouton pour libérer le bobinage du film en fin de course et le pas de vis pour un trépied.

Le combiné objectif/obturateur reprend aussi classiquement le réglage pour la synchro du flash (M ou X selon le type de flash utilisé), le curseur du retardateur, en dessous, la bague des vitesses et, tout au bout – et qui est moins habituel – une bague noire à tirer vers l’avant pour régler la sensibilité du film utilisé.
Cette bague assure une autre fonction : en fait, elle permet de coupler la vitesse et l’ouverture, selon la sensibilité du film, le but étant de la mettre au milieu de son écran. Rien ne vous empêche de débrayer ce système en réglant les bagues séparément, la cellule continue de fonctionner.

L’aiguille de la cellule se reporte dans le viseur, pour mieux voir les corrections éventuellement apportées.
En ce qui concerne la synchronisation du flash, le M renvoie aux flashs magnésiques (ampoules) et la vitesse se situe entre 1/60s et 1s (l’obturateur reste ouvert 18 millisecondes après le départ du flash, le temps que l’ampoule émette son maximum d’intensité) tandis qu’en position X, la synchronisation se fait à toutes les vitesses (obturateur central Copal SV).
Bon, et le tableau de correspondance, près de la cellule ? Ben, je n’ai toujours pas bien saisi son utilité : elle semble renvoyer a un type de film par rapport à une sensibilité moyenne.

Ah, une dernière chose à savoir : lorsque vous armez l’appareil avec le levier, ne le rabattez pas complètement contre le boitier pour pouvoir déclencher, c’est une sécurité pour éviter les tirs par erreur. A savoir aussi lors d’une négociation avec un vendeur qui ne connait pas ce qu’il vend !
Que penser de cet appareil ?
Sans révolutionner le genre, ce boitier apporte quand même quelques belles particularités, la première étant sans doute la qualité de son assemblage, ce qui n’est pas rien.
Ensuite, son design, relativement classique, apporte l’une ou l’autre touche de modernité, comme cette encoche pour loger la manivelle de rebobinage, ou ce léger décrochage pour loger le levier d’armement et le déclencheur, voire peut-être la longueur de la base du télémètre, subtilement habillée sous un large verre de protection.
Avec son sac tout prêt, bien pensé (la partie avant se détache facilement pour empêcher de casser le cuir à force de l’ouvrir), c’est un bel appareil (je sais, c’est toujours subjectif).
Cet exemplaire est toujours pleinement fonctionnel, y compris la cellule au sélénium, malgré ses 66 ans (au moment d’écrire ces lignes). Pas mal du tout !
Encore un appareil qui n’est pas courant sous nos latitudes, ce qui joue sur son prix bien évidemment. Lorsque j’ai regardé sa cote sur un grand site de vente, je n’ai trouvé qu’un exemplaire à la vente.
Tablons alors sur une moyenne de 200€ pour un bel exemplaire, avec son sac et fonctionnel. Cerise sur le déclencheur, on peut toujours faire des photos avec, ce qui est quand même le but ultime d’un appareil photo comme le Beauty Lightomatic II.
Donc, si vous avez la chance d’en croiser un, réservez lui bon accueil, c’est un bel engin.
Vidéo d’illustration
Un peu de technique
Pour le mode d’emploi, c’est par LA.
- Objectif fixe Biokor-S 45 mm f1,9
- Obturateur central Copal SV (5 lames)
- Vitesses : de 1 s à 1/500 de seconde, B, minuteur (10 sec.) et synchro flash M – X
- Mesure de l’exposition : posemètre au sélénium, sensibilité de 10 à 1600Asa
- Mise au point : télémètre couplé à coïncidence d’images, distance minimale de mise au point 0,80 m, molette de réglage sur la bague de l’objectif
- Avance du film : levier d’armement rapide, manivelle de rembobinage ; verrouillage du déclencheur à l’aide du levier d’armement
- Pile : non nécessaire, appareil photo entièrement mécanique
Des références
https://camera-wiki.org/wiki/Beauty_Lightomatic, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Beauty_Lightomatic, https://www.35mmc.com/29/11/2024/5-frames-with-beauty-lightomatic-ii/, https://camera-wiki.org/wiki/Beauty_Lightomatic, https://www.appaphot.be/fr/brands/toiyo-do-koki/beauty-lightomatic-ii/, https://heyjohnbear.wixsite.com/taiyodo/lightomatic-ii, http://www.mediajoy.com/en/cla_came/beautylm/index.html, https://heyjohnbear.wixsite.com/taiyodo (toute l’histoire de la marque), https://heyjohnbear.wixsite.com/taiyodo/lightomatic, http://www.mediajoy.com/en/cla_came/, https://camera-wiki.org/wiki/Taiy%C5%8Dd%C5%8D, en anglais ; https://www.juergen-adler.de/technikged%C3%B6ns/lightomatic-beauty/, https://www.digicamclub.de/showthread.php?t=24942, en allemand ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-16562.html, en français ; https://ilovephoto.hatenablog.com/entry/20130630/1372592728, https://diary.awane-photo.com/2013/130610.htm, en japonais
