Argentique

Imaginez un Week End en bord de Seine (ou de Senne)

Préambule

Celui-ci, je l’avais trouvé l’an passé, sur la brocante d’Hanzinelle.

J’ai hésité car les Box sont souvent très limités et tout aussi souvent dans un état proche de la déchetterie.

Mais voilà, celui-ci est tout revêtu d’un beau cuir bordeaux, à peine griffé par un usage sans doute précautionneux.

Puis, et vous comprendrez alors mon jeu de mot sur la Seine (Paris) et la Senne (Bruxelles), cet appareil est français.

Un peu d’histoire

Vu la forme de l’engin, on pourrait croire que cet appareil date du début du siècle précédant (le premier Box Kodak date de 1888). Eh bien non, il date de la fin des années quarante.

En 1947, un Monsieur Goldstein, dont on ne trouve pas de traces ailleurs, fonde la société Goldy à Paris.

Logo de la caméra Box Goldy, fabriqué à Paris, France.

A l’origine, ses activités sont diverses et variées : vente de produits liés à l’imprimerie, le matériel de bureau, le papier ; de matériel lié à l’électricité ; à l’optique ; des articles liés à l’art, la lithographie, la peinture, la photographie ; le cinématographe, le phonographe, la photographie ; des articles publicitaires …. et un raton laveur !

Finalement il semble que l’entreprise fabrique essentiellement des box en carton, dans un premier temps. De toutes les couleurs, grâce au revêtement en papier, voire en cuir. Ce seront les Spring, Superas, Week-End , Racing, Kid, Touring, etc.

Puis vient le métal, dès 1948, mais le plus souvent sous la forme connue d’une boite rectangulaire, celle des box. Il y aura le Starmétal, qui sera uniquement livrable en couleur marron peinte et non gainé. Ensuite, il sera suivi en 1949 par le Fotobox . Lui sera un peu différent, avec une forme qui n’est pas s’en rappeler celle du Gevabox

Si cet appareil innove un peu, par exemple en couplant l’armement à l’avance du film, ce qui évite les superpositions involontaires, il ne sera pas au point et assez vite abandonné au profit du Metabox, qui reprend l’essentiel de son prédécesseur, la fiabilité en plus et, surtout, un prix très bas qui lui procurera quelques beaux succès de vente.

Au début des années cinquante, retour à un appareil en forme de box, le Monococ, réalisé en aluminium embouti avec un gainage uniquement en noir. Mais il gagne une synchronisation du flash et un écrou pour le fixer su un trépied.

Publicité ancienne pour des appareils photo, incluant les modèles Super-Fex, Box Goldy, Midelly et Lumière, avec descriptions et prix.
Publicité Photo Plait de 1950

Enfin, début 1960, la marque aurait fabriqué un appareil en bakélite, un compact simplissime qui répond au nom de Marly. Assez semblable au Flex, dans la forme et l’esprit.

Le prix modiques des appareils Goldy font qu’ils ont été soit repris comme appareils publicitaires pour des marques telles que le chocolat Lanvin (les enfants qui avaient gagnés assez de points en mangeant le chocolat recevaient un appareil), les caves Sainte-Marguerite (vin de table), Delespaul (encore du chocolat). Ils seront encore présentés sous d’autres enseignes, agissant alors en produit blanc pour Manufrance, Coronet, Phot Office (une entreprise qui vendait des produits photographiques en pharmacie et dont les représentants offraient des appareils photo aux – sans doute – meilleurs vendeurs).

Les rares documents explicatifs de la société montre souvent de petits elfes qui expliquent simplement comment estimer une distance, entretenir son appareil, comment le charger, … ce qui devait enthousiasmer les enfants.

Puis la marque disparait vers la moitié des années soixante, discrètement.

Je vous encourage à découvrir les sites de Collection-appareils et Fotofex, une mine de renseignements sur les différents modèles et qui illustre clairement comment faire du neuf avec toujours le même concept : il suffit de changer de nom, de couleurs et de saupoudrer de quelques nouveautés !

La simplicité de ces appareils dans les années cinquante et soixante, en plein moment d’efforts et de recherches chez d’autres fabricants, explique sans doute pourquoi la marque n’a pas survécu. Elle me rappelle la sage des Diana, in fine mais elle n’a pas eut la chance de se retrouver chez Lomography.

Ses prix modiques et sa simplicité ne l’ont pas empêchée d’être exportée, notamment au Royaume Uni.

Et puis, soyons de bon compte : d’autres marques ont agit de la même façon et on se rappelle les box Kodak, Agfa, Coronet, Zeiss Ikon, Altissa, GAP, …

Ce qui marquera la fin de ces appareils, au seuil des années soixante, c’est un autre appareil, tout aussi simple mais plus moderne : le Kodak Instamatic. On connait la suite …

Présentation du Week End par Goldy

Comme je l’écrivais en préambule, c’est le beau cuir bordeaux qui m’a attiré vers cet appareil et, sur le côté, quelques leviers et tirettes qui me faisaient penser au Brownie Six-20.

Mais commençons par le début : c’est donc un box de forme rectangulaire, en carton revêtu de cuir bordeaux. Sur le dessus, il devait y avoir une lanière soit en plastique soit en carton revêtu mais fragile. Ici, elle a disparu.

Deux viseurs bombés, l’un sur le dessus et l’autre sur le côté permettent de voir (enfin, c’est un bien grand mot !) à travers deux petits ronds en verre collés sur la face avant.

Sur la droite, une manivelle en ferraille pour faire avancer le film et sur laquelle il faut tirer pour ouvrir l’appareil et charger le nouveau film. Soyons précis, il faut d’abord faire pivoter les deux crochets sur les côté puis tirer sur la manivelle avant de tirer vers l’avant la face de l’appareil et dégager ainsi le corps de la chambre, noir et fixé à la face.

Le film utilisé est du 620, pour des images en 6x9cm que l’on utilisait souvent par simple tirage contact.

Sur le devant, un rond en métal reprend le nom de l’appareil, WEEK END et précise en com et pouces qu’il s’agit d’un 6×9, ensuite qu’il est équipé d’un ménisque, sans autre précision (focale, ouverture ?) et qu’il est précisé qu’il est Made in France.

Appareil photo vintage en cuir bordeaux avec un objectif Meniscus, modèle Week End, fabriqué en France.

A l’arrière, il y a une seule fenêtre en rouge inactinique qui sert de compteur de vue

Un carnet en cuir brun, présentant des signes d'usure, positionné entre deux enveloppes blanches.

En enfin, sur le côté droit, une plaquette métallique avec 3 tirettes et le déclencheur. La tirette du haut fait apparaître un filtre jaune derrière l’objectif ; celle juste en dessous permet de jouer sur l’ouverture du diaphragme (heu … deux positions indéterminées) : celle du bas permet de bloquer l’obturateur en position ouverte tant que vous gardez le doigt sur le déclencheur.

Appareil photo vintage avec un boîtier en cuir marron et des boutons sur le côté.

Déclencheur qui possède un ressort de rappel pour revenir à sa position initiale. L’obturateur est rotatif, métallique, à une vitesse unique, mais laquelle ?

Pour ouvrir la boite, il suffit de relever les deux crochets qui sont sur le côté et de tirer sur la face avant, ce qui dégage la chambre entière.

Et c’est tout !

Avouons que pour les années cinquante, voire soixante, c’est un minimal syndical difficile à défendre ! Mais ces appareils gardaient leurs adeptes, qui détestait à n’en pas douter tout signe de modernité…

Que penser de cet appareil ?

Hormis son cuir élégant, c’est de fait un appareil simplissime.

Tout en carton, il est difficile voire impossible de le désassembler sans le détruire car tout est collé. Impossible donc de nettoyer les verres de visées, les miroirs de renvoi et le mécanisme de prise de vue. La médiocre qualité des métaux font qu’ils rouillent très vite et que leur maniement est parfois difficile (les tirettes sont collées par la rouille). .

De plus, la bobine de 620, qu’on ne trouve plus ou qui nécessite de modifier une bobine de 120, le rend peu intéressant à utiliser.

Reste que c’est un bel objet. Si vous avez été voir les sites recommandés plus haut, ces Goldy sont même collectionnables pour la richesse de leurs différences.

Pour moi, il reste un bel objet décoratif mais à l’histoire intéressante.

Qu’en pensez-vous ?

Vidéo d’illustration

Remarquez qu’au début de la vidéo, la face avant est montée à l’envers !

Un peu de technique

En l’absence d’informations, je ne pourrais émettre que des suppositions, en regard d’autres produits similaires, aussi vous recommanderais-je d’aller voir les Kodak Brownie Six-20 sur le site.

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2647-Goldstein_Week%20End.html, http://glangl1.free.fr/Liste-Goldstein.html, https://stereoantica.com/week-end-metallique/, https://collectionappareilsphotos.wordpress.com/2017/06/16/goldstein-goldy/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Goldy, en français ; https://www.fotofex.fr/post/goldy-prototype-parts-for-6×9-box-camera (pour y voir toutes les couleurs des Goldy), en anglais