Argentique

Un Illoca Photrix B Richard presque neuf de septante ans !

Préambule.

Aïe, je vieilli … je ne me souviens plus où je l’avais acheté celui-là !

A le voir, c’est sans doute son apparence très propre qui m’a fait me pencher sur lui et dans un second temps, le nom de l’appareil, que je ne connaissais pas.

Et puis, ayant ouvert le beau sac tout prêt en cuir, presque neuf, il y avait le nom de son propriétaire inscrit au Dymo, ce qui pour moi ajoute toujours un certain charme à ces découvertes car c’est bien la trace qu’il aura permis à quelqu’un de faire des photos.

Mais partons à sa découverte …

Un peu d’histoire.

C’est un certain Illing, de Hambourg (Allemagne) qui initie l’histoire de ces appareils. D’abord connue sous le nom de Ilca (Illing Camera contracté en Ilca – 1948), elle fabriquait des appareils 35mm.

Dès 1949, elle est reprise par un autre hambourgeois, Wilhelm Witt, qui change le nom en Iloca Kamera Werk (on trouve parfois des appareils siglés Jloca, la lettre J permettant de distinguer le l minuscule qui suivait).

Au début, elle fabrique toujours des appareils photo en 35mm, équipés d’objectifs eux aussi construits par la firme dans son usine de Göttingen. Ensuite, elle fera appel à des opticiens tiers comme Steinheil München et Rodenstock.

A ses débuts la société fabriquait encore essentiellement des appareils stéréo, qui avaient connu de beaux jours avant guerre mais n’étaient plus trop d’actualité dans les années cinquante.

De fait, on peut essayer de classer en trois catégories les appareils produits par Iloca :

  • des appareils à simples viseurs et des télémétriques (Iloca, Iloca Rapide et Quick). L’avance du film se faisait à l’aide d’un gros bouton rond qui, parfois, armait aussi l’obturateur (Iloca Quick). Le Rapid introduit un levier d’armement, plus facile à utiliser.
  • des appareils stéréo, aujourd’hui très recherché mais décalés à l’époque. Les clients préféraient acheter des appareils plus modernes
  • les modèles électriques comme le Iloca Electric, l’Iloca Aut-O-Matic et l’Iloc Auto-Electric. Ceux-ci étaient équipés de moteur électrique pour l’avance des films et il y eut même un posemètre embarqué. Trop en avance sur leur temps et, surtout, l’entreprise n’avait plus la surface nécessaire pour percer dans ce domaine

Sa production était tournée vers l’exportation ou la fabrication en produit blanc pour d’autres marques et/ou de gros importateurs comme Roebuck Company (gamme Tower), Sears, Montgomery Ward, Agfa, Graflex et Argus.

On retrouve ainsi les modèles sous d’autres noms :

  • Iloca Rapid B devenu Sears Tower 51
  • Iloca Rapid IIL devenu Tower 52 et 53
  • Iloca Stereo IIa dans le rôle de Sars Tower Stereo
  • Iloca Electric comme Graflex Graphic 35 Électrique
  • Iloca Rapid pour David White Realist
  • Iloca IIL comme Argus V-100
  • Iloca rapide IL comme MPP Iloca
  • Iloca Quick dans le rôle de Kaufhof Reporter
  • Un mélange de modèles pour les distributeurs Richard en Suisse et Atlantique en Suède.

La marque Photrix lui est propre, même si elle fut, semble-t-il, considérée comme une marque du distributeur Montgomery Ward, car elle se retrouve aussi associée à un autre distributeur, Suisse celui-là, Richard.

L’entreprise ne s’en tirait pas trop mal et de 1950 à 1959, elle a produit quelques beaux boitiers, dont une première mondiale avec le Graphic 35 Electric, le premier 35mm avec moteur électrique intégré (1959). Un appareil qui eut beaucoup de succès outre atlantique.

Hélas, elle fut la victime collatérale (un mot à la mode de nos jours) d’un conflit entre Zeiss Ikon et Voigtländer pour l’obtention de nouveaux obturateurs automatiques. Une grosse commande de 3.000 exemplaires lui fut refusée car ces grands groupes firent sans doute pression sur la F. Deckel GmbH afin qu’elle ne livre pas ces nouveaux obturateurs Compur automatique.

C’est dommage car l’entreprise adoptait des méthodes modernes pour la fabrication de ses produits. Son éthique d’entreprise était de produire en masse des produits en utilisant des matériaux aux meilleures propriétés pour obtenir la meilleure qualité au coût le plus bas.

Vue d'une usine où des ouvriers travaillent à des postes de travail, avec des machines et des boîtes en bois, dans une ambiance industrielle.

Elle avait investi de grosses sommes pour la recherche et le développement de ses produits et dans la mesure du possible, elle fabriquait tout en interne pour éviter, justement, les soucis d’approvisionnement et pour réduire ses coûts (frais de transport et de livraison). Cela lui permettait aussi d’éviter les problèmes de qualité et de fixer elle-même ses propres contrôles. La seule exception fut celle qui lui fut fatale, celle des obturateurs.

L’inévitable se produisit et la faillite fut prononcée au printemps 1960, période à laquelle Agfa acquit la société.

Fin de l’histoire …

Présentation du Photrix B Richard.

C’est un télémétrique fabriqué en 1955, très proche du Quick B de chez Iloca. En fait, le nom Richard y était ajouté et son objectif était différent du modèle original.

Ce qui est intéressant sur ce modèle, c’est la juxtaposition des noms Photrix et Richard : le premier était réservé à l’exportation US et le second est un distributeur Suisse. Quelques uns l’assimilent à un Rapid B mais sa structure est bien celle d’un Quick B.

Un appareil photo vintage Jeoca Quick-B posé sur un fond blanc.

En effet, si le Quick B partage son boitier de base avec le Rapid B, très différents des précédents Quick et Quick A, le bouton d’avance du film est dépourvu d’un levier d’avance rapide typique du Rapid B. Le télémètre est celui du Rapid B mais son objectif est un objectif anastigmat asymétrique à 4 éléments Ilitar 50mm ouvrant à f2,8 de style Tessar (Cassar habituellement sur Rapid B, qui a eu pourtant quelques montes dans cette configuration).

Le Quick B intègre aussi le nouveau mécanisme de déplacement de l’objectif : la mise au point se fait grâce à une vis hélicoïdale plutôt qu’un élément tournant des modèles précédents.

Ce Quick B est une révolution plutôt qu’une évolution des Quick antérieurs : outre ce que nous venons de voir, l’image du télémètre est plus grande mais ne bénéficie toujours pas de cadre gravé. Mais à côté de cela, il ne bénéficie que du Prontor avec une vitesses maximale de 1/300s, qui lui offre cependant une synchro flash M et un minuteur.

C’est étrange d’écrire cela en 2026 mais les acheteurs de cet appareils le préférait au Rapid-B, jugé pour l’époque trop en avance avec son levier d’armement. Pour certains, il était vraiment représentatif des appareils tels qu’on les concevait dans les années cinquante. Ah, l’éternelle querelle des Anciens et des Nouveaux …

Son boitier, en métal moulé, ses garnitures en cuir, son sac tout prêt en cuir lui donne un aspect rassurant, solide. Il était d’ailleurs très bien construit.

Son télémètre est couplé et il et assez clair, avec un beau carré jaune/orangé pour le réglage de la coïncidence des images.

Appareil photo argentique avec un marquage 'RICHARD' sur le dessus et des réglages visibles sur l'objectif.

Vu du dessus, on peut constater qu’il offre ce qu’il faut comme commande, sans plus :

Une vue d'en haut d'un appareil photo vintage, modèle Photax B, avec des cadrans pour les réglages.
  • la grosse molette de droite sert à faire avancer le film et à armer l’obturateur et le compteur de vue est en son centre
  • le déclencheur est juste devant, fileté
  • la bosse, légèrement décalée vers la droite, est celle du viseur
  • la griffe porte-accessoire est dite froide car il n’y a pas de contact pour la synchronisation d’un flash
  • la molette de gauche est un aide mémoire pour le film et sert à déverrouiller la porte arrière

A ce sujet, petite précision utile, car je ne fus pas le seul à chercher comme s’ouvre cet appareil.

Un close-up d'une main tenant un bouton sur un appareil photo, avec des lumières rouges visibles sur le boîtier.

Comme vous pouvez le voir sur l’image ci-dessus, il y a deux axes sous cette grosse molette gauche : le premier est l’axe pour la tenue de la bobine du film tandis que le second est celui du déverrouillage de la porte arrière, en tournant d’un demi-tour anti-horaire l’ensemble. Cela fait, un déclic se produit et le dos se soulève, discrètement.

Vue intérieure d'un appareil photo, montrant le mécanisme et l'objectif.

Car c’est toute la partie arrière qui s’enlève et comme elle est symétrique, les deux points rouges permettent de la repositionner dans le bon sens. Notez qu’il faut d’abord placer la partie vers la droite puis aligner les deux points et clipser le tout pour bien refermer le boitier. Voyez sur l’image la rainure profonde, qui assure une bonne étanchéité à la lumière, grâce aussi à un très bon assemblage.

La bobine de droite (réceptrice) est fendue sur un coté, pour y glisser l’amorce du film.

L’objectif est un 50mm ouvrant à f2,8, un triplet Ilitar-Super avec un obturateur Prontor-SV offrant des vitesses de 1 à 1/300e de seconde plus la pose B. Le V en rouge signifie qu’il est traité contre les reflets

Objectif de caméra vintage avec des détails en argent et noir, montrant la lentille et les réglages d'ouverture.

Le levier avec le bouton rouge, en bas, est le minuteur (+/-10s).

Autour de ce combiné objectif/obturateur, j’avoue que j’aime bien les deux plaquettes qui permettent de modifier rapidement la position de l’objectif, l’échelle de profondeur de champ intégrée.

Vous avez vu la prise PC pour la connexion du flash, synchronisé au 1/30s si vous placez la tirette sur la lettre M, sinon, il l’est à toutes les vitesses pour les flashs électroniques..

Le bord de l’objectif est fileté pour accueillir des filtres.

Comme le précise cette publicité, c’est un appareil présenté comme étant de qualité mais à un prix très raisonnable (même si cette publicité se rapporte au Photrix B II, qui propose déjà un levier d’armement).

An advertisement showcasing different models of Ward 35 mm cameras, highlighting features like interchangeable lenses, flash compatibility, and pricing information.

Que penser de cet appareil ?

Pour être tout à fait honnête avec vous, je serai bref car je l’avais pris avec moi pour la Foire de Villers Bretonneux et il est parti assez vite, ayant intrigué plus d’un chaland.

Je l’ai donc manipulé avant pour faire les photos, mais sans plus.

Ce que j’en retiens, c’est cette impression de qualité des assemblages et, comme il avait été très bien conservé, cette impression qu’il est fait pour traverser le temps sans trop de soucis.

Avec son sac tout prêt qui semblait encore neuf, il faisait un magnifique ensemble, d’où l’intérêt suscité, outre sa gravure Richard sur un Photrix qui était en fait un Quick-B (si vous n’avez pas suivi, il faut relire ce qui précède).

Un peu de technique.

Mode d’emploi ICI.

Appareil photo compact 35 mm
Obturateur : Prontor–SV avec des vitesses B – 1 – 1/2 – 1/5 – 1/10 – 1/25 – 1/50 – 1/100 – 1/300 s, avec minuteur et réglages de synchronisation du flash M
Objectif : Ilitar 1:2,9 / 50 mm, plage de mise au point de 3 pieds (0,9 mètre) à ∞ ; ou Ilitar Super 1:2,8 / 50 mm Tessar Style, plage de mise au point de 90cm à l’infini
Ouverture : F2.9 à F22 ou F2.8 à F22 (Ilitar Super)
Action différée : Environ 10 secondes (modèle Prontor uniquement)
Capacité flash : socket de contact flash
Compteur de vues : 0 à 36
Télémètre : Oui
Filtres et accessoires : a enfiler, diamètre de 32mm ; à viser, diamètre de 30mm

Des références.

https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=3791, https://www.pbase.com/cameras/iloca/photrix_b, https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=3781, https://cameracollector.net/iloca-rapid/, https://iloca.weebly.com/the-iloca-company.html (une mine de renseignements), en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-5055-_.html, en français