Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation du Pontiac Bloc – Métal 45A – Que penser de cet appareil ? – Videos d’illustration – Un peu de technique – Des références
Préambule.
J’avais déjà vu cet appareil chez ce brocanteur, mais il me semblait en trop mauvais état. Seulement voilà, ce jour-là, impossible de se mettre le moindre boitier intéressant sous la main. En désespoir de cause, j’ai négocié pour l’emporter car, finalement, on n’a pas tous les jours la chance de mettre une telle marque dans son sac à dos !
Un peu d’histoire.
C’est en 1938 que Monsieur Laroche fonde la MFAP, soit la Manufacture Française d’Appareils Photographiques. Il choisi pour marque celle de Pontiac, peut-être en référence à la voiture américaine du même nom et synonyme alors d’élégance et classe, tout en étant abordable. Ou alors en référence au chef Indien Pontiac, né en 1720 au bord du lac Nipissing, qui devint chef des Ottawa et chef suprême de la confédération des Algonquins des Grands Lacs grâce à ses qualités de stratège et de communicateur. Allié des Français, il fut un ami fidèle de Montcalm.

L’entreprise, établie à Paris, produit d’abord des folding (appareils pliants) dont le corps est en bakélite. Ce sont essentiellement des 6x9cm qui utilisent du film 620. Ces appareils sont sans doute des reprises d’un modèle Gallus, qui avait assez vite abandonné la fabrication, la bakélite étant assez fragile, notamment avec ce type d’appareil. Pontiac est arrivé à la même conclusion car il est passé à des appareils en métal dès 1941, avec la mise en vente du Bloc-Métal 41.

A partir de 1941, la société produit aussi le Lynx 1, un appareil qui utilise du film 127, qui deviendra le Super Lynx en 1948 et qui adoptera lui le format 24×36. Il y eut aussi quelques Baby Lynx , dans les années ’50, aussi au format 24×36. La production s’arrête à ces quelques modèles, déclinés sous différentes versions
Comme vous l’avez remarqué, cette marque est née peu avant la seconde guerre mondiale, ce qui fut une difficulté car à ce moment les marques allemandes et américaines tenaient le marché des appareils photo ainsi que leurs accessoires, y compris les films. Pourtant, paradoxalement, ce fut aussi sa chance car au début des hostilités, ces grands concurrents furent appelés aux efforts de guerre de leurs pays respectifs et laissèrent le champ libre à Pontiac, à Lumière ou Demaria Lapierre, en France car, ayant commencé leurs activités avant la guerre, ces entreprises ne furent pas frappées par le décret des autorités d’occupation qui interdisait toute nouvelle création d’entreprise photographique. Monsieur Laroche vit là une opportunité et son dynamisme voulait faire de sa marque la première marque française.
C’est dans ces moments là que la marque Pontiac décida d’abandonner la bakélite pour des appareils en métal. Reconnue pour sa fragilité et son coût abordable, elle ne correspondait pas au renom que voulait donner Monsieur Laroche à ses créations.
La société opta pour une méthode et une matière nouvelle, faite d’un alliage dur d’aluminium baptisé Hydronaniurn. En théorie, ce métal était indéformable ; le boitier, le dos, l’abattant, la poignée, le verrou de fermeture, la béquille d’appui et le bouton d’enroulement, tout fut réalisé par moulage dans ce matériaux.
Le nouvel appareil reçut alors le nom de Bloc-Métal auquel on ajouta le chiffre 41, pour l’année de sa sortie.
Mais ne nous leurrons pas, l’époque était aux restrictions et si l’hydronanium ne manqua quasi jamais, il n’en fut pas de même pour d’autres fournitures, comme le cuir pour fabriquer le soufflet, qui sera remplacé par du tissus, mais celui-ci aura vite tendance à se percer dans les coins du soufflet ; le chromage des pièces est très fin et elles rouillent assez vite ; les ressorts en acier, cassent très vite car trop fins et d’acier de mauvaise qualité ; le cuir toujours, qui devait recouvrir le boitier, sera remplacé par un granité du métal, ensuite peint en noir ou des boitiers en métal poli.
Tout cela n’empéchait pas Pontiac de fabriquer environ 100 appareils par jour et on estime la production en temps de guerre à environ 200.000 pièces, majoritairement fabriquées à Paris. Un tour de force pour ces époques troublées.
Cependant, il faut reconnaître que le Bloc Métal 41 est fragile, parfait témoin de ce que l’on a pu réaliser à une époque où tout manquait, c’est ce qui fait son charme, avec un brin de nostalgie.
Au sortir de la guerre, les concurrents allemands avaient presque tous disparus ou étaient en pleine reconstruction (Dresde, fief de l’industrie photographique fut rasée et les vainqueurs dépecèrent en grandes parties les noms qui restaient, comme Zeiss Ikon en est un terrible exemple).
Le modèle qui nous préoccupe aujourd’hui, le Bloc Métal 45 a vu le jour en … 1945 (c’est bien, vous avez suivi !). Il sera produit jusque dans le début des années ’50, ses itérations étant notées d’une lettre différente selon les années de production (BM 45, BM 45A, BM 45B, BM 45AF et quelques autres nuances peu nombreuses).
In fine, la MFAP a existé de 1938 à 1954. En 1951, l’entreprise a déménagé de France au Maroc. Son logo était alors un objectif portant la mention PONTIAC PARIS, puis PONTIAC MAROC.
Présentation du Pontiac 6×9 Bloc Métal 45A.





Ainsi que nous venons de le découvrir, le Pontiac MB 45 a vécu quelques modifications, qui tenaient à l’objectif, à son traitement, à l’obturateur, aux vitesses de celui-ci.
Les objectifs étaient des Berthiot Spécial à trois lentilles ou des Roussel Trylor 4,5 non traités – qui disparaissent assez rapidement – (Pontiac Bloc Metal 45 A), ou des Berthiot Flor 4,5 traité, à 5 lentilles, (Pontiac Bloc Metal 45 B), des Berthiot Spécial ou des Roussel Trylor 4,5 traités (Pontiac Bloc Metal 45 AF). Le 45 B est le plus cher avec sa combinaison Berthiot Flor et Prontor II.
Les obturateurs eux, étaient soit des Gauthier Prontor II avec retardateur et vitesses de 1s à 1/200s ou 1/175s et poses B et T, voire des Gitzo affichant des poses B et des vitesses de 1/25 à 1/200s, sans retardateur.
Celui du jour est muni d’un objectif Berthiot Special de 105mm ouvrant à f4,5 et d’un obturateur Prontor II avec des poses B et T, gradué de 1s à 1/200s et d’un retardateur de 10s. Comme je pense que l’objectif n’est pas traité, j’en déduis qu’il s’agit d’un des premiers modèles, donc un Bloc Metal 45A de 1948.

Comme d’habitude avec ce type d’appareil, il faut d’abord armer l’obturateur avec un petit levier placé autour du combiné objectif/obturateur mais il suffit d’appuyer sur le déclencheur sur la capot pour prendre la photo. Un mécanisme de renvoi joue ici son rôle. A moins que vous ne choisissiez d’installer un câble à viser sur le côté pour effectuer la prise de vue.

Toujours sur le pourtour du combiné, une prise PC pour la synchronisation du flash, qui put être installé sur le capot dans la griffe dite froide.
Par dessous le combiné, un levier marqué en rouge signale le retardateur. Attention, ne l’actionner que lorsque l’on a armé sous peine de tout bloquer.
Pour régler la vitesse, il faut faire tourner la bague crantée et arrêter le témoin devant celle sélectionnée.
Les ouvertures se règlent elles avec un curseur placé à l’arrière du bloc, de f4,5 à f 32.

Enfin, la distance se règle avec l’optique à l’avant, que l’on fait tourner autour d’un axe limité dans sa course par une marque rouge, ce qui empêche de dévisser in fine la lentille.
Pour les réglages, c’est tout et c’est du grand classique.
Par contre, sur le capot, à côté du viseur, un simple tunnel de Galilée, vous voyez une grosse roue crantée : c’est une échelle de profondeur de champ, bien lisible mais non couplée à un quelconque réglage. Elle a le mérité d’exister.

Pour ouvrir le dos de l’appareil, il suffit de faire glisser le gros verrou vers le bas. A l’intérieur, la chambre, immense.

Une simple fenêtre rouge inactinique sert de compte vue. Le levier placé sur le dos, au milieu, fait basculer un cache de la fenêtre, pour éviter toute intrusion inopportune de lumière dans la chambre.

Petit détail intéressant sur l’abattant, près de la béquille de maintient : c’est un petit espace dédié à un câble à viser pour le déclenchement à distance, qui manque sur mon exemplaire.

Plus précisément, mon boitier est mal en point : le soufflet est percé et une tentative maladroite avec du papier collant ne sert à rien. Puis il a été forcé, sans doute par quelqu’un qui ne savais pas le replier, et un de compas (à droite) est brisé, ce qui empêche l’appareil de s’ouvrir seul et de tenir le soufflet bien ouvert.

Sur la face avant, et sur la semelle, deux ouverture filetées permettent de fixer Le Pontiac sur un trépied.


Le gros bouton, tout à fait à gauche, sert à enrouler le film dès que la photo est prise.
Pour ouvrir la porte avant, il suffit de tirer sur la plaque qui servira ensuite de béquille de maintient si vous le posez sur une surface plane. Et pour le refermer, appuyez légèrement sur les bras du compas et remontez la plaque avant délicatement, pour laisser au soufflet le temps de rependre sa place correctement.

Du classique en somme pour ce type d’appareil, tel que ceux-ci étaient présentés dès le début des années ’20.
Donc, hormis un aspect un peu plus moderne, grâce à ses surfaces métalliques et sa forme arrondie (qui n’est pas non plus sans rappeler celle des appareils en bakélite des débuts), ce Pontiac n’offre finalement qu’un viseur assez large par rapport à la concurrence, mais pas de télémètre ni de cadre quelconque.
Que penser de cet appareil ?
Je vous livrais déjà ci-dessus une partie de mon opinion sur ce Pontiac. A cela j’ajoute que si, effectivement, sa plastique est assez belle, le ramage vaut-il le plumage ?
Dans la série, seul le Pontiac Bloc Metal 45 A avec le Berthiot Flor f4,5 traité, à 5 lentilles équipé du Prontor II à 1/200s tire réellement son épingle du jeu. C’est le plus abouti, le plus cher et le plus rare à trouver.
Pour le reste, ce sont de beaux objets de décoration car, à moins de posséder soi-même la possibilité de développer le 6x9cm, vous aurez des difficultés pour faire tirer vos images. D’autant que la pellicule est du 620 et non du 120, ce qui nécessite de modifier la bague si vous désirez utiliser cette dernière dans le Pontiac. Ensuite, il faut bien constater qu’ils sont fragiles, les quelques uns que j’ai déjà pu croiser avaient tous un souci (soufflet, bras de compas, came du déclencheur, …).
Bref, même s’il est beau dans sa pochette en cuir brun et plus beau encore en dehors, vous ne vous en servirez pas souvent. Evitez donc de dépenser plus de 10 à 20€ pour un modèle en parfait état de fonctionnement.
Pour terminer, oserai-je la paraphrase des montres ? Pontiac, clic-clac !
Vidéos d’illustration.
Un peu de technique.
Pour le mode d’emploi, c’est par LA.
Marque : Pontiac
Année : 1945 jusqu’en 1954
Numéro de série : pas noté
Format : 6 x 9 cm
Objectif : Berthiot Spécial 105 mm f4,5
Mise au point : frontale
Diaphragmes : 4,5 – 6,3 – 8 – 11 – 16 – 23 – 32
Monture : fixe
Viseur : Galilée
Obturateur : PRONTOR II (Gauthier) synchronisation coaxiale
Vitesses : T – B – 200 – 100 – 50 – 25 – 10 – 5 – 2 – 1
Support : film 620
Ecrou de pied : avec
Griffe porte accessoires : avec
Matériau : Métal – poids de 569gr nu.
Des références.
https://collection.click-clack.fr/pontiac-appareils-photo-6×9-cm/, http://glangl1.free.fr/Liste-Pontiac.html, https://www.collectiongeven.com/piwigo/picture.php?/34907/category/52, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-652.html, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Bloc_M%C3%A9tal_41, https://www.lomography.com/magazine/9048-pontiac-bloc-metal-41-the-irrestible-charm-of-a-folding-camera, en anglais
