Argentique

Une magnifique chambre Certo, oui mais laquelle ?

Préambule.

Honnêtement, je ne sais plus où je l’ai achetée celle-ci, mais je la trouvais jolie et, surtout, complète dans son sac de transport en cuir brun, très propre. A l’intérieur, des plaques, deux câbles souples et un dos spécifique dont je connais pas encore la fonction.

La personne qui s’en défaisait ne semblait pas en connaître ni la marque, ni la valeur, mais elle voulait s’en débarrasser. Petite négociation et la voilà dans le sac à dos.

Une seconde la rejoindra le même jour, nous en reparlerons.

Le soucis avec ces chambres, c’est qu’il n’est pas toujours facile de les identifier, nous allons essayer.

Un peu d’histoire.

Vous vous en doutez, lorsque je commence un nouvel article, je réunis de la documentation, trouvée ça et là sur la Grande Toile, parfois sur des catalogues que je possède, de vieux magazines photo que j’ai trouvés, d’anciens livres destinés à la photographie.

De fil en aiguille, quant un modèle est plus compliqué à retrouver, il faut croiser les sources, aller chercher des détails, faire de grands détour pour trouver l’info manquante et enfin conclure.

Puis vient le moment de la rédaction, après de nombreuses traductions (merci Deepl Traduction), les photos d’illustration, les corrections et refontes du texte. En soi, le travail de création.

Et parfois – même si c’est très rare – je reste sur ma faim car je n’arrive pas à trouver ce que je cherche. Et ici, c’est le cas, impossible à ce stade de définir le modèle exact de cette chambre !

Je sais que c’est une Certo grâce au logo embossé dans le cuir, à l’arrière, celui de la marque. Mais pour le modèle, rien, nada, niente, nothing, nichts, niets, …

Peut-être une Certorex 9x12cm mais là encore je ne trouve rien. Dans ce cas, allons-y à l’intuition et à l’observation.

C’est certain, c’est une Certo (désolé, pas pu résister !). Mais qui se cache derrière cette marque ?

Ce sont Alfred Lippert, ingénieur, et Karl Peppel qui ont fondé cette entreprise en 1902, à Johannstadt, une banlieue de Dresde. Sa production était axée sur des appareils pliant avec plaques de verre à prix abordables. Cela a plutôt bien marché car dès 1905, ils ont dû déménager pour des lieux plus grands. C’est aussi vers cette année qu’ils auraient utilisé le nom Certo comme marque.

L’entreprise sera rachetée en 1917 par Emil Zimmermann. Il ajoutera à la gamme la Certonet 6×9. Son gendre, Fritz von der Gönna, ajoutera la Super Dollina à leurs produits un peu avant la seconde guerre mondiale.

Lorsque la guerre éclate, Fritz von der Gönna cache les machines de production de la Super Dollina dans les maisons d’employés fidèles.

Au sortir de la guerre, il a commencé à produire des machines destinées à rouler des cigarettes mais il a reconstruit secrètement les machines pour la production des appareils photo. Toutefois, lorsque Certo a relancé la production de la Super Dollina (1946), tous les appareils ont dû être livrées dans le cadre des réparations de guerre à l’Union Soviétique.

L’entreprise restera privée jusqu’en 1958, au décès de von der Gönna. L’état achètera 30% de l’entreprise (Allemagne de l’Est). La société continuera à produire des appareils photo abordables, voire même simplistes et bon marché jusqu’en 1970, notamment le SL 100 qui utilisait les cartouches SL Rapid, ou le KN 35 avec film 135.

C’est en 1972 qu’elle devient le VEB Certo-Kamerawerk Dresden et passe entièrement propriété de l’Etat, avant d’être absorbée par l’ogre VEB Pentacon en 1980.

Les derniers appareils sous le nom de Certo furent fabriqués en 1982, avant que l’usine ne soit utilisée pour augmenter la production de l’Exa 1c, ce petit c signalant que les appareils Exa ont été fabriqué dans l’ancienne usine Certo.

En ce qui concerne cette chambre, travaillons à rebours : que n’a-t-elle pas par rapport aux modèles que j’ai trouvés à comparer ?

  • pas de rails de guidage larges
  • pas de cadre dit sport pour la visée
  • pas de viseur sur le côté de la chambre
  • pas de viseur à gauche ou à droite
  • pas de mécanisme d’élévation par vis

Nous pouvons donc déjà considérer qu’il ne s’agit pas d’une Certrotrop, d’une Certosport, d’une Certo Bee Bee, d’une Certolob, d’une Certorex, d’une Certoruhm, ni d’une Certoplat.

Reste alors que ce devrait être une Certoruf. Un appareil fabriqué de 1924 à 1929 en plusieurs formats de plaques (6.5×9, 9×12 ou 10x15cm) et différents montages.

Nous avons un lieu géographique, une période de fabrication, reste à peaufiner la présentation de cette chambre Certo

Présentation de la chambre Certo Certoruf.

Comme je l’écrivais ci-dessus, cette Certo possède des rails de guidage étroits, avec une plaque sur le côté pour indiquer les distances de visée. Par contre, elle ne possède pas de vis dans le bâti pour corriger l’élévation de l’objectif.

Lorsque l’ouvre l’appareil, on découvre niché au creux de la boite en bois recouverte de cuir noir, l’ensemble du soufflet avec à son extrémité le combo obturateur/objectif, et par dessus, un viseur repliable.

Vue intérieure d'une chambre photographique Certo, avec objectif visible, sur un fond de bureau en bois.

Il faut appuyer sur un levier, à gauche, pour libérer le soufflet et l’étendre jusqu’au bord de la plaque des distances. Lorsqu’on actionne celle-ci, elle fait avancer le rail et étend le soufflet selon la distance choisie.

Gros plan sur un objectif et un mécanisme d'une chambre photographique Certo, montrant le détail des réglages.

Son objectif est un Certo Anastigmat Certar de 13,5cm (un 135mm donc) ouvrant à f6,3 – 7,7 – 12,5 – 18 – 25 – 36 – 50, des ouvertures assez inhabituelles.

L’obturateur est un Original Gauthier Pronto qui offre des vitesses de 1/25s – 1/50 – 1/100s plus une pose B et une pose T, puis un retardateur d’environ 15 secondes. Le déclencheur est fait d’une espèce de roulette d’éperon inversée, doublé d’un fut pour y viser un câble.

Gros plan sur l'objectif d'une chambre photographique Certo Anastigmat, mettant en évidence le design vintage et les détails de marque.

Au dessus de la roue des vitesses, le viseur, pivotant avec sur le côté un accessoire avec un verre rouge dont je ne m’explique pas encore l’utilité, peut-être un niveau à bulle ?

Vue du dessus d'un appareil photo ancien avec un soufflet noir, un viseur et un bouton rouge, posé sur une surface bleue à côté d'un clavier.

Manifestement les appareils étaient vendus avec un large choix d’objectifs et d’obturateurs différents, Certo étant plutôt un assembleur qu’un fabricant qui contrôle toute la chaine de production de ses éléments.

Amusante et émouvante surprise, lorsque j’ai ouvert le couvercle de la chambre, j’ai découvert une carte de visite, celle de Monsieur Pallard, professeur de Châtelineau (près de Charleroi, Belgique). Il devait en prendre soin de son appareil car il est en parfait état et très propre.

Carte de visite de Raoul Pallard, professeur à Châtelineau, visible à l'intérieur d'un appareil photo ancien.

A l’arrière, un couvercle que l’on déplie à la façon d’un tunnel de visée, mais en cuir, et sous lequel se trouve un verre dépoli, gravé de lignes pour aider au cadrage.

Un petit crochet permet de libérer l’ensemble du dos pour y glisser un châssis contenant une plaque de verre, un négatif ou un plan film.

Détail d'une chambre photographique Certo avec un soufflet en cuir et un fermoir métallique, mettant en évidence la texture et les composants anciens.

Il y a trois châssis de 9x12cm, plus un châssis destiné à ce qu’on appelait des films-pack (introuvables de nos jours) dans lequel se trouve 2 adaptateurs, je pense, et un adaptateur en 4,5×6 ; ce chargeur pouvait aussi accepter, semble-t-il, des plaques de verre.

A la recherche d’information sur l’utilisation de cet engin (je vais y venir), il semble qu’il faudrait ajouter des septum dans les châssis si on utilise du papier plutôt que du verre, afin de compenser l’épaisseur entre les 2 médiums et assurer la planéité de la feuille.

Enfin, il y avait 2 câbles filetés pour activer le déclencheur.

Comment ça fonctionne une chambre ancienne ?

Précisons d’emblée que le fait qu’elle soit ancienne ou nouvelle ne change rien au processus de mise en œuvre.

Par contre, avec une chambre du début du siècle et même jusqu’au années quarante environ, il n’y a pas vraiment de standardisation des mesures et des fabrications, surtout pour les chambres en bois. Ce qui implique que si vous voulez vous lancer dans cette aventure artistiquement intéressante, lors de votre achat vous devrez invariablement vous assurer que la chambre convoitée possède son dépoli, même partiel (on peut en refaire) et, surtout, ses châssis et porte-plaque. Il est en effet très difficile de trouver des éléments compatibles les uns avec les autres, même parfois au sein d’une même marque et d’un même modèle car fabriqué artisanalement.

Ce qu’il faut vérifier, outre l’étanchéité du soufflet, c’est l’état des châssis, souvent fait en simple tôle peinte en noir et qui ont la fâcheuse tendance à rouiller sur les bords et à perdre leur isolant contre la lumière.

La case très fin papier de verre est indispensable s’il y a de la rouille, puis repeindre à la bombe en noir mat et s’assurant que les bords sont bien lises pour coulisser facilement dans les rainures du boitier.

Lorsque vous ouvrez un châssis vous devriez trouver sur les bords supérieurs et parfois inférieurs du velours noir, rouge, bleu, bordeaux, peu importe, mais une fine bande doit être présente pour assurer l’étanchéité à la lumière. Décollez celle qui est abîmée et remettez une nouvelle bande de velours proprement.

Voyons maintenant comment fonctionne une chambre.

Vous trouverez des informations sur la Grande Toile, à foison, aussi vais-je me permettre d’aller à l’essentiel.

Lorsque vous avez ouvert votre chambre, bien fixée sur un trépide solide, vous devez vous assurer d’avoir sous la main une cellule à main pour la lumière et, éventuellement, un télémètre pour la précision de la distance.

Après avoir effectué vos mesures, vous les reportez sur la chambre : distance avec l’échelle, vitesse et ouverture avec la cellule sur le combo obturateur/objectif. Vous vérifiez alors votre cadrage avec le dépoli, ou le viseur. Si vous le faites avec le dépoli, il est conseillé de se couvrir d’un tissus noir pour augmenter la visibilité sur le verre

Ensuite, vous retirez le dépoli et le remplacez par un châssis chargé d’un plan film, d’un négatif ou, si vous en avez trouvé, une plaque de verre.

Vous armez le déclencheur et ôtez la protection du châssis avant de déclencher, idéalement avec un câble souple, pour plus de facilité.

Clic-clac, c’est dans la boite ! Remettez tout de suite la plaque de sécurité sur le châssis et sortez-le ensuite pour le ranger dans une boite noire ou en tout cas très sombre où ils seront en sécurité lorsque vous aurez fait plusieurs photos.

Si nous résumons, voici le matériel indispensable :

  • vérifier le dépoli
  • vérifier d’avoir des châssis compatibles avec la chambre
  • un déclencheur souple
  • avoir un trépied solide et stable
  • posséder des septums si nécessaire
  • des châssis préchargés et bien protégés

Ensuite le matériel plus qu’utile :

  • un voile noir pour mieux viser
  • une cellule à main
  • un télémètre
  • une boite noire pour ranger les châssis vierges et une pour les châssis exposés
  • un solide sac de transport

La photographie à la chambre est une école de patience et de méthode. Elle demande du temps et de la réflexion mais vous donnera des images exceptionnelles, fourmillant de détails.

On parle souvent des chambres en 4×5″, voire plus grand encore, mais déjà commencer avec un 9x12cm, c’est une aventure !

Que penser de cet appareil ?

Outre le fait que ce soit un très bel objet, c’est un appareil photo toujours parfaitement capable de donner des images très détaillées, cent ans après sa naissance !

Rien n’est compliqué mais tout demande le temps de faire les actes nécessaires à la prise de vue sans se presser, pour le plaisir, presque de façon méditative sans doute.

Ceci étant, pratiquer la chambre demande quelques investissements, nous l’avons vu au paragraphe précédant. C’est sans doute la rançon de cette photographie d’exception.

Ensuite, c’est juste pour le plaisir de photographier différemment, à un rythme lent et conscient. L’art du portrait, du paysage est alors à votre portée, avec un peu d’entrainement.

Question prix d’une chambre, il y en a pour toutes les bourses, il suffit de se promener sur un grand site de vente pour s’en convaincre. Vous en trouverez autour des 30€ et d’autres qui s’envolent au delà des 250€.

Celle-ci était dans la fourchette base.

Je lui reprocherais de ne pas posséder un réglage vertical ou latéral, bien pratique pour corriger des perspectives mais ces spécificités font monter les prix, invariablement.

Ceci étant, c’est un magnifique objet et j’en ai encore quelques unes à vous proposer.

Seriez-vous tenté de faire le pas ?

Vidéos d’illustration.

Pour avoir envie de se lancer dans l’usage de la chambre ancienne.

Une alternative, si vous trouvez le dos adéquat.

L’utilisation d’une ancienne chambre (en anglais, ne pas oublier de traduire via Youtube); celle-ci est assez proche de celle de l’article.

Des références.

https://www.breutel.de/kameras/seiten/0125.html, en allemand ; https://web.archive.org/web/20170214004316/http://fo-to.de/KAD_C.htm, https://camera-wiki.org/wiki/Certoruf, https://camera-wiki.org/wiki/Certo, https://camera-wiki.org/wiki/Certoruf, en anglais ; https://galerie-photo.com/prise-de-vue-a-la-chambre.html, https://photoklub.com/photographie-a-la-chambre/, https://www.francoishardel.com/le-portrait-a-la-chambre-9-x-12-une-ecole-dauthenticite/, en français

Les nouveautés en un lieu

Martin Parr nous a quitté … bien trop tôt.

Portrait d'un homme aux cheveux bruns, portant une chemise à motifs floraux sur fond flou.

Triste nouvelle que celle-là, Martin Parr, le photographe anglais qui nous faisait aimer une Grande-Bretagne différente, nous a quitté ce samedi 6 décembre.

Sa photographie, colorée, amusante, grinçante, irrévérencieuse, nous racontait l’historie banale de gens normaux mais avec ce ton décalé, peut-être propre à l’humour anglais, qui fit son succès.

C’est son grand-père paternel qui lui fait découvrir la photographie, vers ses 13 ans, et qui lui offrira son premier appareil photo, un Kodak Retinette accompagné d’un livre de 1959, intitulé Instructions to Young Photographers.

A 16 ans, il commence à collectionner les photographes contemporains et se lance dans une première série de photos, consacrées à une boutique de fish and chips. So british.

Il entreprend ensuite des études de photographie, mais son esprit décalé lui vaut presque d’être viré de la Manchester Polytechnic. C’est finalement un travail d’immersion dans le milieu psychiatrique (plus de trois mois), qui lui sauve la mise et confirme qu’il est capable de faire un travail sur un temps long parfaitement maitrisé.

Il obtiendra son diplôme en créant une installation, Home Sweet Home, qui reconstitue sa chambre d’adolescent. Un univers on ne peut plus kitch : papier peint rose, faux feu de bois, fleurs en plastiques, images banales fixées aux murs. Un parfum de banalité bon marché, son univers visuel en devenir.

Photographe d’un centre de vacances, le Butlin’s, alors qu’il est encore aux études, il réalise une première série de photos en noir et blanc où il illustre les loisirs populaires.

Ensuite, avec un ami, ils photographient dans Manchester une rue typiquement victorienne vouée à la démolition. Armé d’un Hasselblad, ils vont photographier les familles et leurs intérieurs de cette rue qui servit de décor dans une série télévisée populaire, Coronation Street.

C’est à cette époque qu’il rencontre Susie Mitchell, qu’il épousera en 1980. Avec elle, il entreprend le projet The Non-Conformists. Ils vont s’immerger pendant 4 ans dans une communauté rurale méthodiste. Susie enregistre les histoires, le quotidiens des habitants tandis que Martin photographie leur quotidien, banal et monotone, ce qui le fascine.

Après leur mariage, ils s’établissent en Irlande et Martin y réalise une série basée sur l’obsession des britanniques pour la météo, Bad Weather, qu’il réalise grâce à un Leica étanche.

Martin Parr s’installe ensuite à Liverpool et se lance dans une nouvelle série, The Last Resort, consacrée à une petite station balnéaire, New Brighton. C’est à cette occasion qu’il quitte le noir et blanc pour la couleur, un choix majeur dans son œuvre.

Difficile de raconter en quelques mots le parcours de cet enfant terrible de la photographie britannique, mais il se consacrera à de nombreuses séries consacrées aux modes de vie des britannique, à l’évolution de la société de consommation, à des satires du quotidien, d’autres à celle du tourisme globalisé, le tourisme de masse. Il égratigne aussi avec jubilation la set-jet désabusée, l’uniformisation mondiale.

Après de nombreuses tribulations, il entre chez Magnum et en sera même président de2013 à 2017.

Il sera présent aux Rencontres d’Arles, grâce à François Hébel, à leur création en 1986. Il y sera ensuite régulièrement invité et sera même le directeur artistique invité des Rencontres de la photographie d’Arles en 2004.

Collectionneur compulsif d’un peu de tout, il possède sans doute la collection de livres sur la photographie la plus importante du monde. Il a compté jusqu’à 30.000 livres sur le sujet. La Tate de Londres lui en rachètera 12.000 pour la fondation Luma de Maja Hoffmann. Ce qui ne l’empêche pas de recommencer à en acheter de nouveau par milliers.

En 2014, il crée à Bristol sa propre fondation, la Martin Parr Foundation. Elle regroupe ses archives photographiques et ses collections de clichés d’autres photographes, surtout anglais et irlandais.

Il publiera de nombreux ouvrages (plus de 120), sera au cœur de très nombreuses expositions, seul ou collectivement. Son œuvre fera l’objet de plusieurs reportages et elle sera reprise par des chanteurs comme Vincent Delerm, qui lui consacre une chanson. Il est entré de plein pied dans la culture populaire.

Que retenir de cette œuvre ?

On pourrait la qualifier de photographie documentaire, mais avec cette approche ironique, qui cultive la dérision. C’est une photographie qui retrace la vie des britanniques, sans fards.

Equipé tout un temps de son Plaubel Makina (moyen format) avec un objectif grand angle (55mm) et de son flash, qu’il utilise même en plein jour, il traque le commun, le dérisoire, le banal, avec son humour particulier.

Il a égratigné la malbouffe, le tourisme de masse, le luxe ostentatoire, le consumérisme exacerbé, l’ennui, les loisirs formatés. Ses couleurs saturées, ses angles d’approche hors norme, sa silhouette souvent mal habillée, son humour so british vont nous manquer.

Il nous restera son œuvre, ses livres, ses expositions pour nous consoler.

Argentique

Un set complet, le Fuji 1000 Zoom Date Discovery

Préambule.

Celui-ci, je l’ai trouvé à la brocante de Jemappes, il y a un moment. Et je l’avais mis de côté car il me semblait vous avoir déjà présenté pas mal de compact des années nonante.

Je l’ai acheté parce qu’il était complet, dans sa boite (en mauvais état, certes), avec ses modes d’emploi, sa sacoche, des documents pour envoyer ses films à développer et une pochette pour y placer les photos prises avec l’appareil, plus un set de nettoyage. Un vrai set de découverte, comme le souligne le titre de la boite.

Boîte du Fujifilm DL-1000 Zoom avec accessoires, affichant les caractéristiques de l'appareil photo et son équipement, sur un bureau avec un clavier en arrière-plan.

A l’époque, on pouvait encore faire des cadeaux à ses clients car, ce qu’il manque dans cette boite, c’est la pellicule qui était livrée en plus, pour débuter tout de suite.

Un peu d’histoire.

Fuji fêtait ses 90 ans en 1994. C’est donc en janvier 1934 que Fuji Photo Film Co., Ltd., filiale de la Daicel Corporation, voit le jour à Ashigara, à 100km de Tokyo mais au pied du Mont Fuji (3776m, le point culminant du Japon), qui donnera son nom à l’entreprise. Créée suite à un programme gouvernemental*, la nouvelle entreprise reprend les activités de découpe des films photographiques de Dainippon Celluloid Company Limited.

Logo de Fujifilm représentant le Mont Fuji et le nom 'Fuji' stylisé à l'intérieur d'un cercle.
Le logo de Fujifilm en 1934.

Mais commençons par le commencement …

A ses débuts, Fujifilm produit des films destinés au cinéma, puis pour la photographie et enfin pour les appareils de radiographies. Il produit aussi des plaques d’impression et du papier. En fait tout ce qui a trait au photosensible. Dès 1948, il développe ses premiers films couleurs.

Fujifilm crée des usines et des sièges d’activités un peu partout dans le monde au fur et à mesure de son expansion : Brésil (1958), Royaume – Unis (1962), USA (1965), Allemagne (1966), Pays-Bas (1982), USA (1988).

Ensuite, il achète aussi toute une série d’acteurs dans le domaine de l’imagerie : Rank Xérox (1962), Chiyoda Medical Co., Ltd. (1993), Eurocolor Photofinishing GmbH & Co. KG (1997), Enovation Graphic Systems, Inc.(2001), Arch Chemicals, Inc. (2004), Arch Chemicals, Inc., (2005), Avecia Inkjet Limited (2006), Dimatix, Inc.(2006). Toutes ces entreprises ont un rapport avec l’image imprimée ou non et dénote la propension de Fujifilm a être toujours à la pointe du progrès dans ces domaines.

Dès les années quatre-vingt, Fujifilm est présent dans le domaine des appareils photos numériques mais continue à développer des produits destinés à la photographie argentique.

D’ailleurs, en écrivant au sujet des appareils photos, c’est en 1938 que Fuji-Photo Film Co. Ltd construit son usine de fonderie de verre optique (Odawara) pour la production d’objectifs haut de gamme. Pour obtenir le verre le plus pur possible à l’époque, Fujifilm utilisait des creusets en platine !

Il sera le précurseur dans le domaine du revêtement par faisceau d’électrons (EBC), qui permettait de cumuler des couches de revêtements (jusqu’à 14 couches), dans des matières différentes, qui avaient toutes une influence sur la qualité de la transmission de lumière. En 1972, l’EBC Fujinon 55mm f3,5 Macro fut le premier objectif a bénéficier de ce traitement. La transmission de lumière de ce traitement était de 99,8% !

Le premier objectif visant au standard LTM 39 (Leica) fut le Cristar 50mm f2 (1949). Suivi rapidement par le 35mm f3,5 et un Summitar 50mm f2. En 1954, Fujinon présentait un trio d’objectifs dits rapides, le Speed Trio : le 35mm f2, le 50mm f1,2 et le 100mm f2.

Moins connu peut-être mais toujours très apprécié, le FUJINON 50mmF1.2 fut également construit pour les montures Nikon. Dans les années soixante, Fujinon sortira des objectifs grand format (CM Fujinon) puis, lorsque les réflex seront plus nombreux, les ST et des objectifs en monture M42.

Oui mais, et les appareils photos ?

Ils arrivent, en 1948, sous la forme d’un pliant, le Fujica Six, qui sera fabriqué jusqu’en 1953. Plus tard, le Fujica 35-EE (1961) sera le premier appareil au monde à proposer trois modes d’exposition, ainsi que le compact 35mm V2, un télémétrique avec un objectif de 45mm (1964).


En 1970, le reflex Fujica ST 701, avec objectif Fujinon 50mm f1,8 en monture M 42, entre sur le marché : entièrement manuel, il est pourvu d’une cellule au silicium, plus précise que celle du CdS. C’est une première mondiale pour un appareil grand public. La mesure est TTL, à travers l’objectif. Le ST 801 qui lui succèdera (1972) introduira lui les premières LED pour indiquer les valeurs de la cellule.

Fujica investira aussi le marché des moyens formats avec brio. Le G690 est un télémétrique moyen format à objectif interchangeable et obturateur central (1968 – 1975). C’est un appareil conçu par les photographes professionnels pour des photographes.

En 1980, Fujica lance une trilogie : les AX-1 – AX-3 – AX-5. Ces trois appareils utilisent la nouvelle monture à baïonnette Fujica X et les nouveaux objectifs Fujinon X. Le AX-5 présente 3 modes d’expositions et un mode manuel (priorité vitesse, ouverture, programme et manuel), un obturateur électromagnétique rapide, un moteur, des dos interchangeables. Sous un design compact et léger, à un prix abordable, il entendait rivaliser avec les productions de Nikon, Canon et Minolta de l’époque.

Dans les années quatre-vingt et nonante, Fujica proposera de nombreux appareils compacts de qualité, rivalisant avec Canon, Nikon, Minolta, Olympus, Pentax. Ces appareils, mieux que quiconque sans doute, illustrent l’ambition de Fujica : proposer des appareils de qualité, abordable et performant.

Au niveau des appareils d’exception, en 1998, Fujica lance un appareil télémétrique panoramique à objectif interchangeable. Ce sera le TX-1, produit en collaboration avec Hasselblad qui le commercialisera sous la dénomination de XPan.

Toujours dans le domaine de la collaboration avec Hasselblad, Fujica sortira un appareil moyen format doté de l’autofocus, le GX645AF, qui s’appellera H1en Suède. Le Fujifilm GD645AF et le Hasselblad H1 disposent des mêmes fonctions et partagent les mêmes accessoires (2003 – 2010).

Plus anecdotique, en 2008 et cette fois en collaboration avec Cosina, Fujica développe un appareil à soufflet pour les prises de vue en 6x6cm ou 6x7cm sur film 120 et 220. Ce sont respectivement le Voigtländer Bessa III et le Fujifilm GF670.

Puis viendra l’aventure du numérique car là aussi Fuji développera, en collaboration avec Toshiba, le premier appareil réellement exploitable, le Fujix DS-1P, pourvu d’un capteur Super CCD (1988).

Celui que l’on retiendra le plus sera toutefois le FinePix S3 Pro, un réflex numérique développé avec Nikon sur base du F80 qui offrait 12Mpx grâce à un capteur Fuji Super CCD SR.

Depuis l’aventure Fuji continue. C’est une des rares entreprises à maitriser toute la chaine de ses appareils, de l’ingénierie à la construction en passant par l’informatique et les capteurs.

*Au sortir de la première guerre mondiale, le Japon est en plein essor industriel. Si depuis 1925, le pays est une démocratie avec élection au suffrage universel, le pouvoir appartient essentiellement à de hauts fonctionnaires, étroitement liés aux Zaibatsu (immenses conglomérats détenant l’essentiel de l’économie japonaise).

Présentation du Fujifilm DL 1000.

La gamme DL débute en 1984 avec le DL-50 et se termine en par celui-ci en 1996.

DL pour drop – in loading, ou chargement rapide. De nombreuses marques se sont attaquées au problème du chargement des films dans les appareils. Les réponses les plus radicales ayant été la création des cassettes 126 et 110 par Kodak, puis APS-C par un consortium de sociétés. Ici il s’agit d’une manière élégante d’y faire face : il suffit de sortir un peu l’amorce du film, de le glisser dans l’appareil et de le refermer. L’appareil entraine automatiquement la pellicule à la première image et, comble du bonheur, prébobine le film. Ce qui veut dire que l’appareil vide la cartouche pour poser le film dans un enclos prévu à cet effet et au fur et à mesure des prises de vue, le film réintègre sa cartouche. En cas d’ouverture accidentelle du dos, seules les parties non exposées seront voilées. Autre avantage, il ne faut pas rebobiner le film en fin de course puisque celui-ci a déjà réintégré sa cartouche.

Celui qui nous préoccupe aujourd’hui, le Fujifilm DL 1000 Zoom (aussi appelé Discovery 1000 – 1992) sera le compact le plus sophistiqué de la gamme DL.

En effet, il propose tout d’abord un zoom Fujinon motorisé 38 -80mm ouvrant de f3,8 à f8, 8 lentilles en 8 éléments. Une belle amplitude sans être extrême.

Appareil photo compact Fujifilm DL 1000 Zoom, posé sur un bureau avec un fond flou, montrant ses caractéristiques comme le zoom Fujinon et le mode autofocus.

Le zoom est couplé à un autofocus multi faisceaux précis (trois faisceaux croisés), pour assurer des images précises presque à tous les coups.

La mise au point se fait de 65cm à l’infini. Elle est automatique avec verrouillage de l’autofocus Il y a un réglage spécifique pour les paysages nocturnes : l’appareil règle l’objectif pour la prise de vue vers l’infini, éteint le flash et diminue la vitesse.

L’obturateur est électronique programmé, de 1/10s à 1/350s.

Bien évidemment, le DL 1000 est équipé d’une cellule, dont la sensibilité se règle automatiquement grâce à la lecture du code DX des cartouches. La plage de sensibilité va de 50 à 1600Iso.

Réglage de la vitesse du film : Automatique avec les films ISO 50, 100, 200, 400, 800 et 1600 DX.

Ensuite, le DL 1000 offre plusieurs modes : paysage, panoramique et des options de flash intelligentes, pour rendre chaque prise de vue optimale. L’affichage est à cristaux liquides et donne les indications suivantes : compteur de vue qui affiche les images restantes à faire ; la distance focale de l’objectif ; indication du mode retardateur ou charge du flash ; signale le mode réduction des yeux rouges, le flash d’appoint, le flash désactivé, le flash modéré pour les contre-jours ou les portraits de nuit et enfin il signale quand les piles sont faibles.

Un mot d’ailleurs sur le flash. Il est intégré et contrôlé automatiquement pour répartir uniformément la lumière à toutes les focales du zoom. Il y a aussi un mode déclenchement automatique (débrayable), le mode réduction des yeux rouges, un mode flash d’appoint (pour les contre-jours), le mode flash désactivé (pratique dans les musées)

Le mode panoramique fonctionne grâce à un cache amovible qui, de fait, réduit la hauteur de l’image et étire sa longueur.

Vue intérieure d'un appareil photo Fujifilm DL 1000 Zoom avec son objectif visible et le compartiment à film ouvert.

Le viseur est réglable selon sa dioptrie, ce qui est toujours un plus. C’est un viseur qui suit les mouvements de l’objectif, en taille réelle. Le grossissement va de 0,35 à 072x. Le cadre est collimaté avec des marques pour la correction de la parallaxe. Une lampe verte s’allume à côté du viseur quand la mise au point est fixée et elle clignote rapidement si le sujet est trop près ou trop loin ; enfin, elle clignote lentement pour signaler que la vitesse d’obturation est faible (risque de bougé).

On peut encore trouver un mode retardateur complet : il est aussi contrôlé électroniquement et vous laisse 10 secondes pour être aussi sur la photo. Son bouton de commande est aussi celui de la rafale (3 images à la suite). Pour les distraits, on peut l’arrêter à mi-parcours.

De ce que j’ai pu lire en préparant cet article, les avis sont unanime sur la simplicité d’utilisation du boitier et d’ajouter que le reste des commandes est intuitif : nous sommes loin des compacts numériques et leur foultitude de commandes !

Schéma de l'appareil photo Fujifilm DL 1000 Zoom, montrant les différentes parties et les étiquettes numériques pour identification.
Manuel d'utilisation du Fujifilm DL 1000 avec caractéristiques principales et schémas explicatifs en français.
Schémas explicatifs sur les fonctions et l'utilisation de l'appareil photo Fujifilm DL 1000 Zoom, comprenant des instructions de chargement du film, de prise de vue et de réglages divers.

Pour alimenter tout ça, deux piles CR123A suffissent.

Vue rapprochée d'un compartiment de batterie d'un appareil photo Fujifilm Discovery 1000, montrant les deux piles lithium et les indications de polarité sur la tranche.

Ce modèle est équipé d’un dos dateur, qui ne sert plus à rien car il n’a pas dépassé les années 2010.

Vue arrière du Fujifilm DL 1000 Zoom, montrant le sélecteur de mode et d'autres boutons de commande.

Si vous en trouvez un équipé de ce dos, retirez la pile pour éviter les problèmes.

Petit résumé en images du set discovery :

Que penser de cet appareil ?

Compact, c’est vite dit ! Vous le mettrez difficilement dans une poche, sauf celle, grande, d’un manteau. C’est pour ça que Fuji fournissait un sac bien utile et, ma foi, seyant avec sa belle ligne verte.

Ceci étant, il a tout ce qu’il faut pour vous accompagner partout et sans prise de tête. Son objectif est parait- il très bon, ce qui n’a rien d’étonnant puisque c’est un Fujinon.

La marque a mis tout son savoir-faire dans un appareil que l’on a envie de prendre avec soi pour faire des photos. Vous n’aurez pas le choix des focales, sauf celles comprises entre le 38 et le 80mm, ce n’est pas un réflex. Mais au vu de ses compétences, il est facilement comparable aux entrées de gamme des concurrents – et même de Fuji – en réflex, c’est peu dire.

Ce qui m’a intrigué et amusé, dans ce set, c’est que tout avait été pensé pour qu’une fois acquis vous n’ayez qu’à ouvrir l’emballage pour vous lancer, il y avait tout, même le film Fujifilm, mais pas les piles !

Mais le photographe qui vous le vendait en avait sans doute en stock.

Hormis donc sa taille, c’est un excellent appareil à faire voyager avec vous si vous voulez vous lancer dans un modèle argentique qui ne vous décevra pas aux premières images.

Question prix, si vous avez la chance de le trouver complet avec sa boite, disons dans les 40€, sinon, seul mais en très bon état, tablez plutôt sur 20 à 25€

Le plaisir n’a pas de prix dit-on…

Pour voir des photos prises avec cet appareil, c’est par ICI.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA (multilingues) et encore LA (anglais).

  • Type : Appareil photo 35mm compact et motorisé
  • Objectif : Zoom Fujinon 38-80mm f/3.8-8.2, optique de haute qualité
  • Mise au point : Autofocus multifaisceaux (3 capteurs) + mode simple faisceau
  • Modes de prise de vue : Auto, paysage (mise au point à l’infini), panorama
  • Obturateur : Électronique programmé, vitesse de 1/9s à 1/350s
  • Sensibilité du film : ISO 50 à 1600 (détection DX automatique)
  • Exposition automatique : Ajustement précis selon la scène
  • Transport du film : Avancement et rembobinage motorisés avec prébobinage sécurisé
  • Flash intégré : 4 modes (auto, réduction des yeux rouges, fill-in, désactivé)
  • Retardateur : Déclenchement programmable jusqu’à 3 photos consécutives
  • Alimentation : 2 piles CR123A (non incluses)
  • Dimensions et poids : 135 × 71,3 × 56,5 mm | 331 g (sans piles)
  • Autres fonctionnalités : Écran LCD informatif, correction dioptrique, filetage pour trépied

Des références.

https://bromurefilm.com/products/fuji-dl-1000-zoom, https://www.newwavepool.shop/fr/products/fujifilm-dl-1000-zoom-35mm-camera-serial-91113415, https://fuji.ch/fr/story/fujifilm-heritage-une-retrospective-de-lhistoire-de-90-ans-de-fujifilm/, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-7371-Fuji_DL-1000%20Zoom.html, https://www.fujifilm.com/fr/fr/about/hq/corporate/history, en français ; https://heartswellco.com/fuji-discovery-1000-zoom-camera/, https://springcoffeebreak.com/fuji-discovery-1000-zoom/, https://lapinataoldtown.com/fuji-discovery-1000-zoom-camera/, https://camera-wiki.org/wiki/Fuji_DL-1000_Zoom, en anglais