Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation de la chambre Certo Certoruf – Comment ça fonctionne une chambre ancienne ? – Que penser de cet appareil ? – Un peu de technique – Des références
Préambule.
Honnêtement, je ne sais plus où je l’ai achetée celle-ci, mais je la trouvais jolie et, surtout, complète dans son sac de transport en cuir brun, très propre. A l’intérieur, des plaques, deux câbles souples et un dos spécifique dont je connais pas encore la fonction.
La personne qui s’en défaisait ne semblait pas en connaître ni la marque, ni la valeur, mais elle voulait s’en débarrasser. Petite négociation et la voilà dans le sac à dos.
Une seconde la rejoindra le même jour, nous en reparlerons.
Le soucis avec ces chambres, c’est qu’il n’est pas toujours facile de les identifier, nous allons essayer.
Un peu d’histoire.
Vous vous en doutez, lorsque je commence un nouvel article, je réunis de la documentation, trouvée ça et là sur la Grande Toile, parfois sur des catalogues que je possède, de vieux magazines photo que j’ai trouvés, d’anciens livres destinés à la photographie.
De fil en aiguille, quant un modèle est plus compliqué à retrouver, il faut croiser les sources, aller chercher des détails, faire de grands détour pour trouver l’info manquante et enfin conclure.
Puis vient le moment de la rédaction, après de nombreuses traductions (merci Deepl Traduction), les photos d’illustration, les corrections et refontes du texte. En soi, le travail de création.
Et parfois – même si c’est très rare – je reste sur ma faim car je n’arrive pas à trouver ce que je cherche. Et ici, c’est le cas, impossible à ce stade de définir le modèle exact de cette chambre !
Je sais que c’est une Certo grâce au logo embossé dans le cuir, à l’arrière, celui de la marque. Mais pour le modèle, rien, nada, niente, nothing, nichts, niets, …
Peut-être une Certorex 9x12cm mais là encore je ne trouve rien. Dans ce cas, allons-y à l’intuition et à l’observation.
C’est certain, c’est une Certo (désolé, pas pu résister !). Mais qui se cache derrière cette marque ?
Ce sont Alfred Lippert, ingénieur, et Karl Peppel qui ont fondé cette entreprise en 1902, à Johannstadt, une banlieue de Dresde. Sa production était axée sur des appareils pliant avec plaques de verre à prix abordables. Cela a plutôt bien marché car dès 1905, ils ont dû déménager pour des lieux plus grands. C’est aussi vers cette année qu’ils auraient utilisé le nom Certo comme marque.
L’entreprise sera rachetée en 1917 par Emil Zimmermann. Il ajoutera à la gamme la Certonet 6×9. Son gendre, Fritz von der Gönna, ajoutera la Super Dollina à leurs produits un peu avant la seconde guerre mondiale.
Lorsque la guerre éclate, Fritz von der Gönna cache les machines de production de la Super Dollina dans les maisons d’employés fidèles.
Au sortir de la guerre, il a commencé à produire des machines destinées à rouler des cigarettes mais il a reconstruit secrètement les machines pour la production des appareils photo. Toutefois, lorsque Certo a relancé la production de la Super Dollina (1946), tous les appareils ont dû être livrées dans le cadre des réparations de guerre à l’Union Soviétique.
L’entreprise restera privée jusqu’en 1958, au décès de von der Gönna. L’état achètera 30% de l’entreprise (Allemagne de l’Est). La société continuera à produire des appareils photo abordables, voire même simplistes et bon marché jusqu’en 1970, notamment le SL 100 qui utilisait les cartouches SL Rapid, ou le KN 35 avec film 135.
C’est en 1972 qu’elle devient le VEB Certo-Kamerawerk Dresden et passe entièrement propriété de l’Etat, avant d’être absorbée par l’ogre VEB Pentacon en 1980.
Les derniers appareils sous le nom de Certo furent fabriqués en 1982, avant que l’usine ne soit utilisée pour augmenter la production de l’Exa 1c, ce petit c signalant que les appareils Exa ont été fabriqué dans l’ancienne usine Certo.
En ce qui concerne cette chambre, travaillons à rebours : que n’a-t-elle pas par rapport aux modèles que j’ai trouvés à comparer ?
- pas de rails de guidage larges
- pas de cadre dit sport pour la visée
- pas de viseur sur le côté de la chambre
- pas de viseur à gauche ou à droite
- pas de mécanisme d’élévation par vis
Nous pouvons donc déjà considérer qu’il ne s’agit pas d’une Certrotrop, d’une Certosport, d’une Certo Bee Bee, d’une Certolob, d’une Certorex, d’une Certoruhm, ni d’une Certoplat.
Reste alors que ce devrait être une Certoruf. Un appareil fabriqué de 1924 à 1929 en plusieurs formats de plaques (6.5×9, 9×12 ou 10x15cm) et différents montages.
Nous avons un lieu géographique, une période de fabrication, reste à peaufiner la présentation de cette chambre Certo
Présentation de la chambre Certo Certoruf.
Comme je l’écrivais ci-dessus, cette Certo possède des rails de guidage étroits, avec une plaque sur le côté pour indiquer les distances de visée. Par contre, elle ne possède pas de vis dans le bâti pour corriger l’élévation de l’objectif.





Lorsque l’ouvre l’appareil, on découvre niché au creux de la boite en bois recouverte de cuir noir, l’ensemble du soufflet avec à son extrémité le combo obturateur/objectif, et par dessus, un viseur repliable.

Il faut appuyer sur un levier, à gauche, pour libérer le soufflet et l’étendre jusqu’au bord de la plaque des distances. Lorsqu’on actionne celle-ci, elle fait avancer le rail et étend le soufflet selon la distance choisie.

Son objectif est un Certo Anastigmat Certar de 13,5cm (un 135mm donc) ouvrant à f6,3 – 7,7 – 12,5 – 18 – 25 – 36 – 50, des ouvertures assez inhabituelles.


L’obturateur est un Original Gauthier Pronto qui offre des vitesses de 1/25s – 1/50 – 1/100s plus une pose B et une pose T, puis un retardateur d’environ 15 secondes. Le déclencheur est fait d’une espèce de roulette d’éperon inversée, doublé d’un fut pour y viser un câble.

Au dessus de la roue des vitesses, le viseur, pivotant avec sur le côté un accessoire avec un verre rouge dont je ne m’explique pas encore l’utilité, peut-être un niveau à bulle ?

Manifestement les appareils étaient vendus avec un large choix d’objectifs et d’obturateurs différents, Certo étant plutôt un assembleur qu’un fabricant qui contrôle toute la chaine de production de ses éléments.
Amusante et émouvante surprise, lorsque j’ai ouvert le couvercle de la chambre, j’ai découvert une carte de visite, celle de Monsieur Pallard, professeur de Châtelineau (près de Charleroi, Belgique). Il devait en prendre soin de son appareil car il est en parfait état et très propre.

A l’arrière, un couvercle que l’on déplie à la façon d’un tunnel de visée, mais en cuir, et sous lequel se trouve un verre dépoli, gravé de lignes pour aider au cadrage.



Un petit crochet permet de libérer l’ensemble du dos pour y glisser un châssis contenant une plaque de verre, un négatif ou un plan film.

Il y a trois châssis de 9x12cm, plus un châssis destiné à ce qu’on appelait des films-pack (introuvables de nos jours) dans lequel se trouve 2 adaptateurs, je pense, et un adaptateur en 4,5×6 ; ce chargeur pouvait aussi accepter, semble-t-il, des plaques de verre.



A la recherche d’information sur l’utilisation de cet engin (je vais y venir), il semble qu’il faudrait ajouter des septum dans les châssis si on utilise du papier plutôt que du verre, afin de compenser l’épaisseur entre les 2 médiums et assurer la planéité de la feuille.
Enfin, il y avait 2 câbles filetés pour activer le déclencheur.



Comment ça fonctionne une chambre ancienne ?
Précisons d’emblée que le fait qu’elle soit ancienne ou nouvelle ne change rien au processus de mise en œuvre.
Par contre, avec une chambre du début du siècle et même jusqu’au années quarante environ, il n’y a pas vraiment de standardisation des mesures et des fabrications, surtout pour les chambres en bois. Ce qui implique que si vous voulez vous lancer dans cette aventure artistiquement intéressante, lors de votre achat vous devrez invariablement vous assurer que la chambre convoitée possède son dépoli, même partiel (on peut en refaire) et, surtout, ses châssis et porte-plaque. Il est en effet très difficile de trouver des éléments compatibles les uns avec les autres, même parfois au sein d’une même marque et d’un même modèle car fabriqué artisanalement.
Ce qu’il faut vérifier, outre l’étanchéité du soufflet, c’est l’état des châssis, souvent fait en simple tôle peinte en noir et qui ont la fâcheuse tendance à rouiller sur les bords et à perdre leur isolant contre la lumière.
La case très fin papier de verre est indispensable s’il y a de la rouille, puis repeindre à la bombe en noir mat et s’assurant que les bords sont bien lises pour coulisser facilement dans les rainures du boitier.
Lorsque vous ouvrez un châssis vous devriez trouver sur les bords supérieurs et parfois inférieurs du velours noir, rouge, bleu, bordeaux, peu importe, mais une fine bande doit être présente pour assurer l’étanchéité à la lumière. Décollez celle qui est abîmée et remettez une nouvelle bande de velours proprement.
Voyons maintenant comment fonctionne une chambre.
Vous trouverez des informations sur la Grande Toile, à foison, aussi vais-je me permettre d’aller à l’essentiel.
Lorsque vous avez ouvert votre chambre, bien fixée sur un trépide solide, vous devez vous assurer d’avoir sous la main une cellule à main pour la lumière et, éventuellement, un télémètre pour la précision de la distance.
Après avoir effectué vos mesures, vous les reportez sur la chambre : distance avec l’échelle, vitesse et ouverture avec la cellule sur le combo obturateur/objectif. Vous vérifiez alors votre cadrage avec le dépoli, ou le viseur. Si vous le faites avec le dépoli, il est conseillé de se couvrir d’un tissus noir pour augmenter la visibilité sur le verre
Ensuite, vous retirez le dépoli et le remplacez par un châssis chargé d’un plan film, d’un négatif ou, si vous en avez trouvé, une plaque de verre.
Vous armez le déclencheur et ôtez la protection du châssis avant de déclencher, idéalement avec un câble souple, pour plus de facilité.
Clic-clac, c’est dans la boite ! Remettez tout de suite la plaque de sécurité sur le châssis et sortez-le ensuite pour le ranger dans une boite noire ou en tout cas très sombre où ils seront en sécurité lorsque vous aurez fait plusieurs photos.
Si nous résumons, voici le matériel indispensable :
- vérifier le dépoli
- vérifier d’avoir des châssis compatibles avec la chambre
- un déclencheur souple
- avoir un trépied solide et stable
- posséder des septums si nécessaire
- des châssis préchargés et bien protégés
Ensuite le matériel plus qu’utile :
- un voile noir pour mieux viser
- une cellule à main
- un télémètre
- une boite noire pour ranger les châssis vierges et une pour les châssis exposés
- un solide sac de transport
La photographie à la chambre est une école de patience et de méthode. Elle demande du temps et de la réflexion mais vous donnera des images exceptionnelles, fourmillant de détails.
On parle souvent des chambres en 4×5″, voire plus grand encore, mais déjà commencer avec un 9x12cm, c’est une aventure !
Que penser de cet appareil ?
Outre le fait que ce soit un très bel objet, c’est un appareil photo toujours parfaitement capable de donner des images très détaillées, cent ans après sa naissance !
Rien n’est compliqué mais tout demande le temps de faire les actes nécessaires à la prise de vue sans se presser, pour le plaisir, presque de façon méditative sans doute.
Ceci étant, pratiquer la chambre demande quelques investissements, nous l’avons vu au paragraphe précédant. C’est sans doute la rançon de cette photographie d’exception.
Ensuite, c’est juste pour le plaisir de photographier différemment, à un rythme lent et conscient. L’art du portrait, du paysage est alors à votre portée, avec un peu d’entrainement.
Question prix d’une chambre, il y en a pour toutes les bourses, il suffit de se promener sur un grand site de vente pour s’en convaincre. Vous en trouverez autour des 30€ et d’autres qui s’envolent au delà des 250€.
Celle-ci était dans la fourchette base.
Je lui reprocherais de ne pas posséder un réglage vertical ou latéral, bien pratique pour corriger des perspectives mais ces spécificités font monter les prix, invariablement.
Ceci étant, c’est un magnifique objet et j’en ai encore quelques unes à vous proposer.
Seriez-vous tenté de faire le pas ?
Vidéos d’illustration.
Pour avoir envie de se lancer dans l’usage de la chambre ancienne.
Une alternative, si vous trouvez le dos adéquat.
L’utilisation d’une ancienne chambre (en anglais, ne pas oublier de traduire via Youtube); celle-ci est assez proche de celle de l’article.
Des références.
https://www.breutel.de/kameras/seiten/0125.html, en allemand ; https://web.archive.org/web/20170214004316/http://fo-to.de/KAD_C.htm, https://camera-wiki.org/wiki/Certoruf, https://camera-wiki.org/wiki/Certo, https://camera-wiki.org/wiki/Certoruf, en anglais ; https://galerie-photo.com/prise-de-vue-a-la-chambre.html, https://photoklub.com/photographie-a-la-chambre/, https://www.francoishardel.com/le-portrait-a-la-chambre-9-x-12-une-ecole-dauthenticite/, en français























