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Le Fujica AX-5

Lorsque j’ai abordé le Fujica AX-1, j’ai déjà un peu retracé l’histoire de la série des Fujica X.

Ici, puisqu’il s’agit du « haut de gamme » de la série, je vais en profiter pour approfondir un peu celle-ci.

Tout d’abord, précisons que Fuji ne fut pas dans les premiers constructeurs nippons pour présenter un reflex à objectif unique. Ils ont attendu que le train soit déjà bien engagé pour s’y risquer et ce n’est qu’en 1970 qu’ils ont proposé leur premier reflex, le Fuji ST 701 en l’occurrence.

Très vite, ils ont lancés des hauts de gammes innovants, comme le ST801 et le ST 901, les premiers au monde à proposer des diodes dans le viseur, et – pour satisfaire tout le monde – des entrées de gamme de qualité, comme le ST601 ou le ST605.

Ces premiers appareils utilisaient la monture « universelle » M42, bien pratique mais que les concurrents abandonnaient au profit de leurs baïonnettes maison.

Néanmoins, ces appareils répondaient parfaitement encore aux attentes d’un public, qui en fit des beaux résultats commerciaux.

Cependant, en 1979, Fuji lançait une nouvelle gamme d’appareils reflex, eux aussi avec une baïonnette propriétaire, la fameuse monture X (à ne pas confondre avec la X des appareils numériques actuels). Dans la foulée, ils ont évidemment sorti de nouveaux objectifs, les X-Fujinon de très bonne facture. Qui présentaient aussi une première mondiale : le bombardement d’électron (EBC) qui permet de poser onze couches infiniment fines et régulières de protection. Elles réduisent presque à néant le flare et les images fantômes et autorisent un passage de 99,8% de la lumière vers le film, sans dégradation.

Ne nous leurrons pas, la concurrence de l’époque était ardue, notamment un certain Canon A-1 et ses dérivés, réputés pour leur facilité et leur fiabilité, ce qui manquait un peu chez Fuji.

Ah, et si vous en souvenez, en même temps que le X-1, le X-3 et le X-5 qui nous occupe Fuji avait aussi lancé un STX-1, vite devenu STX-1n. Ces (2) derniers étaient en fait une mise à jour du bon vieux ST 601 mais avec la nouvelle baïonnette et des piles non plus au mercure mais à l’oxyde d’argent.

De bons semi-automatiques, basés sur des composants qui avaient fait leurs preuves, des mécaniques simples, qui les rendaient très fiables.

Les trois AX étaient eux tout nouveau, des appareils bien pensés et compacts, même s’ils ont souffert de quelques soucis notamment dus au déclencheur électromécanique qui pouvait être capricieux et les composants électroniques de l’époque, pas encore vraiment stables.

Ceci étant, ceux que l’on vend aujourd’hui sont ceux qui ont traversé le temps et dont les problèmes sont soit résolus, soit n’en ont pas été affecté.

Si les trois modèles partageaient la même carrosserie, le AX-1 semblait dépouillé tandis que le AX-3 et le AX-5 étaient presque identiques et bien complets.

Pour reprendre un peu les particularités de la trilogie, l’AX-1 était un automatique à priorité ouverture et comparable au Canon AV-1. Le AX-3 était destiné au amateurs passionnés en proposant le mode priorité à l’ouverture, un mode semi-automatique, un bouton pour vérifier la profondeur de champ. Et le AX-5 avait été conçu pour concurrencer le Canon A-1 (rien que ça !) et proposait en plus une priorité à la vitesse et un mode programme.

Nous parlons toujours de Fujica mais en 1983, changement de dénomination et les appareils sont désormais appelé Fuji. De plus, la marque simplifie son offre. Outre un STX-2 (entrée de gamme), il reste l’AX-Multi, qui est une évolution du AX-1 avec seulement trois modes programmes (normal, optimisé pour les sujets rapides, optimisé pour les paysages), qui ne fut pas une réussite tant pour sa qualité que pour sa facilité d’utilisation.

Un mot encore sur le sort de cette série mal aimée finalement, et qui ne le mérite pas, justement 40 ans après sa sortie. Lorsqu’ils sont apparus sur le marché, les photographes amateurs et la presse – surtout cette dernière – n’a pas beaucoup prêté attention à ces appareils, trop occupés à compter les points entre Canon et Minolta, les stars de l’époque, qui faisaient partie du club des 4 : les 2 cités plus Nikon et Pentax.

Au sujet du positionnement de la marque – décidément, on ne lui faisait pas de cadeau – sur l’important marché ouest-allemand, les contraintes locales ont obligé Fuji à s’associer à une chaîne de magasins photo – Photo-Porst, et les appareils photo ont été rebaptisés et vendus sous le nom de Porst CR-1 (le STX), CR-3 (AX-1 ), CR-5 (AX-3) et CR-7 (AX-5) … Triste sort.

Le coup de grâce sera porté par Minolta en 1985 avec la sortie de son Minolta 7000 AF et son autofocus performant. Cet appareil rendait obsolète tous les appareils purement manuel, dont le Fuji de la gamme AX.

Finalement, Fuji cessera la production de reflex en 1987. La firme allait se concentrer sur son cœur business, le développement des films argentiques et sortir quelques fleurons en moyen format, mais ce sont d’autres histoires.

Donc le AX-1 était destiné aux photographes n’ayant pas envie de se compliquer la vie (je vise, je fais clic et c’est dans la boîte), il propose naturellement un mode tout automatique performant non débrayable.

Ensuite, le Fujica AX-3 se positionne pour les photographes passionnés et déjà un peu expérimentés : il propose lui l’exposition automatique à priorité ouverture, un mode semi-automatique et manuel, un aperçu de la profondeur de champ, de l’ouverture et des informations sur la vitesse choisie, le verrouillage de la mémoire d’exposition (AE). Il est compact, léger, avec une ergonomie agréable avec toutes les commandes regroupées sur le dessus du capot. Enfin – et ça mérite d’être souligné – c’est un appareil que l’on peut utiliser tout de suite, même sans lire un mode d’emploi tellement il est facile. Nous y reviendrons …

Enfin, celui qui nous occupe, le Fujica AX-5 est le haut de gamme. Il ajoute aux fonctionnalités du AX-3 le mode priorité à la vitesse et toutes les informations d’ouverture, de vitesses sont affichées dans le viseur. Il est plus destiné aux « experts » et il aurait sans doute aimé titiller les professionnels mais, pour mémoire, son grand concurrent de l’époque était le Canon A-1 himself !

Pour mémoire, j’ai eu la chance de posséder un Canon A-1, qui m’a laissé un excellent souvenir et qui me permet de faire quelques justes comparaisons entre les 2 boitiers en lice.

Si vous voulez un comparatif assez exhaustif entre ces 2 appareils – le Canon A-1 et le Fuji AX-5 – je vous renvoie sur le site (en anglais) de Cameragx qui fait ça très bien et que je n’ai pas de raison de copier.

Bon, décortiquons l’engin :

  • une très bonne ergonomie sans trop de boutons ou interrupteurs
  • un gabarit compact, qui existe en finition argentée/noire ou noire (celle que je préfère vous vous en doutez)
  • posemètre au silicium
  • modes d’exposition programmés : automatique (AE), priorité à l’ouverture, priorité à la vitesse, manuel
  • obturateur à plan focal électronique , vitesses de 2s à 1/1000s, plus pause B et synchro flash au 1/60
  • le sabot du flash a un contact pour tous les flashs électroniques mais il y a encore un prise synchro X sur le fut de l’objectif
  • contrôle de la profondeur de champ
  • les informations sont reprises sur la gauche du viseur, dans une double colonne de diodes
  • verrou pour empêcher de changer accidentellement les vitesses (attention, toutes les versions chromées ne semblent pas posséder ce verrou)
  • alimentation par une pile 4LR44 (absolument nécessaires au fonctionnement de l’appareil) de 6v
  • si la tension devient trop faible, les vitesses risquent de ne plus être justes – vérifier la batterie en appuyant à mi-course sur le déclencheur (si la diode rouge en face du B clignote 4 fois, il faut changer la pile et si rien ne s’allume, c’est que cette dernière est à plat)
  • interrupteur ON/OFF sous le cadran Asa
  • un retardateur électronique de 12 s, avec signal sonore
  • la possibilité de faire des expositions multiples
  • remise à zéro du compteur de vue
  • témoin de film dans l’appareil

Et de petites astuces intelligentes comme ce petit levier, près du viseur, qui permet d’occulter celui-ci pendant une pause longue (comme sur le Canon A-1 d’ailleurs). Fini de perdre le cache normalement attaché à la courroie (Minolta, Pentax), il est à demeure ….

Le bouton du déclencheur est très doux et très discret. Il est électromagnétique et sa souplesse (100gr de pression) devrait permettre d’éviter les flous de bougé lors du déclenchement. Il possède toujours un filetage pour une commande filaire.

Le levier d’armement peut être décalé pour une prise rapide et sa course est courte

L’appareil possède deux systèmes de mesure de l’exposition : lorsque l’on appuie sur le déclencheur à mi-course, le circuit de la mesure se met en route et les diodes s’allument. Ce système peut aussi être mis en batterie par un appui sur le petit bouton blanc de mesure de la lumière, qui est sur le pourtour du disque de sélection des vitesses. L’affichage des diodes et la vitesse peuvent être réglées d’un seul doigt

Les multi expositions sont elles aussi très simples à réaliser : vous prenez la première photo, ensuite vous appuyez sur le bouton « R » et réarmez (le film n’avancera pas). La manœuvre peut-être répétée autant de fois que désirée.

En résumé, le Fuji AX-5 propose 5 modes d’exposition automatiques :

  • priorité à l’ouverture AE, avec possibilité de mémorisation,
  • priorité à la vitesse AE,
  • programme AE ,
  • diaphragme réel AE,
  • flash électronique AE.

Et n’oublions pas le contrôle de l’exposition en manuel.

Toutes les infos sont visibles dans le viseur

Attardons-nous sur ces différents modes :

Le premier est la priorité à l’ouverture AE : vous réglez le disque de sélection de vitesses sur AE ou AEL et vous réglez l’ouverture selon l’effet recherché (profondeur de champ). La vitesse sera automatiquement réglée par le boitier entre 2s et 1/1000s

Le second est la priorité à la vitesse AE : en alignant la marque « auto » – en forme de losange – de l’objectif contre l’index, vous pourrez choisir n’importe quelle vitesse, selon l’effet recherché (mouvement figé par une vitesse rapide ou effet de filé) et le diaphragme sera réglé sur l’ouverture correcte pour les conditions d’exposition choisie

Le troisième est le Programme AE qui prend en charge automatiquement les réglages pour une combinaison correcte de la vitesse et de l’ouverture, si vous placez le disque de sélection sur AE ou AEL. Utile si vous devez vous concentrer exclusivement sur la prise de vue.

Le quatrième est le diaphragme réel AE qui est un peu particulier. Il est utile lorsque vous utilisez des soufflets macro, ou de très longs téléobjectifs, ou s’il vous prenait l’idée de placer l’appareil sur un microscope car il vous permet de conserver l’automatisme de l’exposition. Lorsque vous réglez le sélecteur de vitesse sur AE ou AEL, vous réglez le diaphragme désiré et si vous maintenez enfoncé le bouton de diaphragme réel tout en appuyant sur le déclencheur, l’appareil réglera automatiquement la vitesse correcte à travers n’importe quel bonnette ou super téléobjectifs.

Le cinquième est le mode conçu pour le flash électronique dédié. Quand la charge du flash est complète, l’appareil règle automatiquement la vitesse sur 1/60s et il contrôle la puissance de l’éclair selon le diaphragme choisi et la distance sujet – appareil.

Et enfin, ce que j’appelle finalement le sixième mode, le manuel. Là, c’est vous qui êtes à la manœuvre pour tous les réglages. Toutefois, l’appareil vous indique toujours, selon les vitesses et/ou ouvertures choisies la valeur conseillée via une diode . Si vous la suivez, elle s’éteint lorsque votre combinaison est bonne. Et il vous est toujours loisible de jouer sur la compensation d’exposition.

Comme son grand rival, le Canon A-1, il est piloté par un véritable CPU numérique et non pas analogique.

Ce « pilotage » (que la marque appelait Cybernation) évite les sur ou sous expositions involontaires. Si vous êtes en priorité vitesse, en cas de sur ou sous ex, normalement l’appareil ne devrait pas pouvoir régler correctement l’ouverture du diaphragme. Si le CPU constate une telle anomalie, il recalcule les bases de l’exposition sur l’ouverture minimale ou maximale disponible et il règle alors la vitesse en conséquence. Il corrige automatiquement les données initialement entrées pour permettre la prise de la photo. Ce système ne fonctionne que si vous êtes dans les modes priorité à la vitesse AE et programme AE.

Si vous n’avez pas assez pour créer vos photos, il vous restera à vous tourner vers …. un appareil autofocus ! Car à part ce perfectionnement, il ne lui manque rien.

De fait, la série des AX a été conçue comme un véritable système, partant d’un appareil simplifié (mais pas simpliste), le AX-1, un moyen de gamme destinés aux amateurs éclairés, le AX-3 et enfin le AX-5 pour les experts, voire les professionnels.

Des accessoires intéressants sont apparus en même temps que la série : un moteur (l’Auto Winder X), un flash (le Fujica Auto Strobo 300X ou AZ avec contrôle automatique de puissance et une tête de flash auxiliaire incorporée), un dos marqueur (le Fujica Photo-Recorder qui permet au photographe d’enregistrer n’importe quel renseignement directement sur le film. en utilisant le « crayon lumière » incorporé).

N’oublions pas les nouveaux objectifs Fujinon X, conçus avec la nouvelle baïonnette maison,

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source : Alles over camera’s (a Dutch book from 1983, no author indicated). 1. Microprocesseur,
2. Contact du déclencheur, 3. Interrupteur marche / arrêt et retardateur, 4. Résistances pour la vitesse d’obturation et la mesure de la lumière, 5. Contacts flash, 6. Engrenages pour compteur de vues

Que penser de ce petit boitier sympathique ?

Vous l’aurez compris, je l’aime bien : il est compact, dense mais parfaitement portable, tout tombe immédiatement sous les doigts et en robe noire, il est magnifique (oui, je sais, je ne suis pas objectif …)

Il vous propose autant que le Canon A-1 en termes de possibilités photographiques mais pour (au moins) trois fois moins cher ! C’est tentant.

Que pourrions-nous lui reprocher ? La gamme des X-Fujinon qui semble peu fournie par rapport aux objectifs FD du Canon et qui sont un peu plus ardus à trouver sur le Net (quoique).

Son électronique qui a souffert de quelques faiblesses à son lancement (mais à l’époque, personne n’était à l’abri de ces défaillances, l’électronique balbutiait encore). Et comme je l’ai écris, ceux qui subsistent sont ceux qui ont échappé à ces soucis (en principe).

Franchement, je me suis souvent reproché d’avoir revendu mes A-1 (mais l’un a fait le bonheur d’un étudiant en photographie et l’autre d’un photographe passionné français). Je ne referai pas l’erreur avec celui-ci, je le garde.

Pour achever de vous tenter, parlons de son prix : environ 50€ avec un 50mm Fujinon X, c’est donné !

Si vous les comparez aux 150 voire 200€ du Canon, vous faites une excellente affaire.

Enfin, comme notre bon Lavoisier s’est aussi exporté au Japon (vous vous souvenez, « rien ne se perd, rien ne se crée, … »), sachez que l’AX-5 aurait été une des sources d’inspiration pour le modèle Fuji X-T10, un numérique de 2015 …

https://i1.wp.com/www.collection-appareils.fr/gestion_catalogue/images/1586364407.jpg?w=695
source : Collection-appareils, Photokina 1982 -1983

Une petite video d’illustration

Des exemples de photos ICI

Pour le mode d’emploi, comme d’habitude, c’est par LA

Quelques références : http://camera-wiki.org/wiki/Fujica_AX-5, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Fujica_AX-5, https://www.outsidetheshot.com/fujifilm-fujica-ax-5/, https://cameragx.com/tag/fujica-ax-5/, https://cameragx.com/2017/03/15/the-fujica-x-mount-definitely-too-late/, https://cameragx.com/2017/04/05/canon-a-1-or-fujica-ax-5/ en anglais, http://www.app-phot-col.com/photcol/pdfr/T35/2095.pdf, http://www.app-phot-col.com/photcol/pdfr/B1/54.pdf, http://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-3589-Fujica_AX-5.html en français

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