Argentique

Le Photo Sniper ФС-12 (FS-12)

Cet article fait partie d’une série d’hommages.

Une caisse en tôle, vert kaki, lourde (+/- 6kg5) avec, au dessus de la poignée en cuir, une inscription en écriture cyrillique et un gros bouton cranté, noir, en dessous.

Caisse à outils ? Caisse avec un kit de survie de l’armée russe ? … surprise, il s’agit d’un kit photographique !

En fait, ce kit ФС-12 (FS-12) se compose d’un boîtier reflex Zenit 12S, d’un fût métallique avec poignée pistolet, d’une crosse d’épaule métallique, d’un objectif standard Helios-44M-4 de 58 mm, d’un téléobjectif Tair-3S de 300 mm, d’un filtre UV, de deux filtres jaunes, d’un filtre orange, d’un filtre vert, de deux tournevis et deux cartouches à remplir de pellicules photo format 24 x 36. Non, ne cherchez pas, il manque le raton laveur de Prévert !

Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser les Russes à créer cet ensemble et quand leur est venue cette idée saugrenue ?

Déjà avant la guerre 40 – 45, l’armée russe avait envisagé le montage d’un appareil photo sur une crosse de fusil. C’est l’entreprise GOI (Leningrad) qui envisageât cet assemblage avec un Fed modifié, une crosse de fusil et un téléobjectif Tair arrangé. Ainsi naquit le FS-1 vers 1937. Plutôt prototype que réel outil à usage militaire, mais l’idée était là.

C’est lors du siège de Stalingrad (du 11 juillet ’42 au 02 février ’43, 2.000.000 de morts) que le rôle du Sniper (tireur d’élite militaire) a été démontré, tout comme la reconnaissance des positions adverses avant de lancer une contre-attaque.

L’état-major russe décide d’équiper les troupes de reconnaissance d’un appareil photographique robuste et performant, qui doit pouvoir être mis en œuvre par le soldat, aussi rapidement que son fusil.

Ainsi naquit le FS-2, un appareil FED (copie du Leica II … allemand) fournit par GOI (qui avait déjà envisagé le FS-1, souvenez-vous), que l’on modifie en lui adjoignant une crosse en bois de fusil Mosin-Nagant, le fusil en dotation de l’armée soviétique.

On garde même le mécanisme de détente, qui est alors relié au déclencheur de l’appareil. Il sera muni, en guise de « canon » d’un objectif Tair-2 de 300mm ouvrant à f4,5. Ce premier appareil sera fabriqué à 300 exemplaires environ, de 1943 à 1945.

Fin de la seconde guerre mondiale, nait une autre guerre, celle que l’on a qualifiée de « froide » (1945 – 1989). Période trouble où un pouvoir occulte et dangereux, le KGB, va se réserver l’utilisation de ces appareils pour ses surveillances.

Cependant, ce type de matériel va perdre de sa valeur stratégique assez rapidement, les progrès en matière d’espionnage sont rapides et plus … discrets.

Une version modernisée, appelée FS-3 sera fabriquée et destinée au marché civil ainsi qu’à l’exportation. Cette version sera fabriquée de 1965 à 1969 et comprend le kit que nous connaissons aujourd’hui : un objectif standard de 58mm, un téléobjectif de 300mm, des filtres, des pièces de la crosse, des accessoires de montage, le tout logé dans une mallette métallique. L’appareil photo est un Zenit E légèrement modifié car c’est dorénavant KMZ qui fournit les boitiers.

Pour la petite histoire, le Zenit E sera sans doute le réflex le plus produit au monde : 8.000.000 d’exemplaires, un record !

Source : Crypto Museum

Plus tard, la mallette sera remplacée par un sac en cuir, puis de nouveau un container en métal pour la dernière version, le FS-12. Cette dernière série sera produite de 1982 à 1995 à 110.000 exemplaires, selon les sources. Normalement, on peut aussi porter le container comme un sac à dos, grâce aux lanières en cuir qui sont fournies avec l’appareil et que l’on glisse dans des encoches. Heu … très inconfortable !

Et, selon la légende, c’est parce que Nikita Khrouchtchev avait casé son FS-3 et qu’il voulait le remplacer que KZM relança la production du Photo Sniper.

Le dernier kit se compose cette fois d’un boitier Zenit 12 XPS (1995), d’un fut métallique avec poignée pistolet, un crosse d’épaule à monter sur le fut, un objectif standard Helios – 44M-4 de 58mm, un télé-objectif Tair-3S de 300mm, d’un filtre UV, de deux filtres jaunes, d’un filtre orange, d’un filtre vert, de deux tournevis et deux pellicules photo format 24 x 36 deux bobines vides à remplir soi-même ou deux bobines « commerciales ».

Monté sur sa crosse d’épaule, le Photo Sniper FS-12 mesure 603mm (réglage maximum) et pèse 2,9kg. Même si le fait de le porter avec une crosse rend le port plus confortable, le poids est là ! L’idéal, c’est de la fixer sur un trépied (le zoom possède une bague à cet effet).

L’appareil qui équipe cet dernier ensemble est une version simplifiée, la 12 XPS, du modèle le plus évolué du Zenit, le 12 XP. Vous verrez souvent la lettre « S » accolée aux modèles Zénit des Photo Sniper, pour noter cette simplification.

Ah oui, vous verrez le nom de ce kit orthographié soit Photo Sniper soit Foto Snaiper. Ne vous tracassez pas, c’est le même mais il semble que la traduction de ФОТО СНАЙПЕР soit littérale (Foto Snaiper) ou destinée aux exportations (dans un premier temps limitées aux pays du Pacte de Varsovie) et donc en anglais (Photo Sniper en lettres latines).

Revenons un instant sur l’année 1965, celle où KMZ introduit le Zenit E à monture M42 (à viser) : placé dans le montage du Photo Sniper, il devient Zenit ES. On place un déclencheur supplémentaire dans la base afin que l’appareil photo puisse être déclenché par la gâchette. Le gros téléobjectif Tair 300mm ouvrant à f4,5 reçoit aussi un montage particulier pour la mise au point, effectuée par un cadran situé sous la crosse et une seconde molette permet de régler l’ouverture. Pas évident à manipuler mais avec un peu d’habitude … (voir vidéos en dessous pour mieux comprendre).

Source : Cryptomuseum

Vu ainsi, l’ensemble est assez étonnant …

Lors de la prise de photos, une main tient l’appareil photo par la poignée pistolet et l’appuie fermement contre l’épaule, tandis que l’autre main est libre pour soutenir l’extrémité avant de la crosse (le fut) et régler le bouton de mise au point. Le Tair-3 est doté d’un diaphragme à ressort avec présélection, qui se déclenche en même temps que l’appareil photo grâce à un ingénieux mécanisme. C’est un diaphragme semi-automatique et doit être armé à chaque prise de vue. Enfin, lorsqu’on appuie sur la gâchette, un cliquet libère la commande du diaphragme, tandis qu’un autre cliquet actionne l’obturateur de l’appareil photo modifié.

Source : Vintagelensforvideo, le mécanisme particulier pour le réglage du téléobjectif.

Cet ensemble, le FS-3 donc, sera produit à environ 100.000 exemplaires et finalement, peu finiront dans les forces armées.

Il faudra attendre 1982 pour voir arriver un nouveau modèle, équipé cette fois d’un Zenit 12 SLR soit une version mise à jour du bon vieux Zenit E. Par exemple, son posemètre au sélénium sera remplacé par un au CdS, alimenté par une pile, plus sensible et précis.

Cet équipage sera produit à environ 112.000 exemplaires, un record !

L’histoire se termine en 1995 avec la dernière itération du Zénit, le 122 SLR (ça ressemble à une dénomination de carabine !). Ce sera le FS-122 équipée comme nous l’avons vu du Zenit 12XPS.

Ne comptons pas le nombre de prototypes envisagés qui bien souvent associaient des appareils plus évolués, comme le Zenit 16, un semi-automatique, ou le Zenit 19 au montage particulier du Photo Sniper.

Finalement, la fin de la guerre froide, la chute du mur de Berlin auront raison de cet appareil encore trop souvent associé au KGB qui, en fait, l’a sans doute très peu utilisé : il n’est vraiment pas très discret !

Que penser de ce Photo Sniper ?

Il est original et ressemble plus à un lance-roquette qu’à un appareil photo. Ce qui le rend souvent voyant et sans doute plus à l’aise dans un marché d’armes du côté de Kaboul que dans une bourse photo (quoique le mien sera à Occaphot Bruxelles du 03 décembre ’23).

Mais avant de le proposer à la vente, petit tour de l’engin.

Ce FS-12 est encore assez proche du FS-3, ses composants ont juste été mis à jour. Il date des années quatre-vingt.

Par exemple le boitier est maintenant un Zenit 12S qui propose la mesure de la lumière à travers l’objectif (TTL).

L’objectif de base est aussi revu : c’est toujours un Hellios 44 mais devenu 44-M4 de 58mm ouvrant à f 2. Et évidemment, le téléobjectif Tair suit le mouvement. C’est maintenant un Tair-3S toujours de 300mm ouvrant à f4,5. Ces objectifs ont besoin d’une connexion électrique avec le boitier pour permettre au posemètre de lire correctement la lumière.

Ne nous y trompons pas, le Zenit 12, et sa variante destinée au Photo Sniper, le 12S, est un appareil rare. Environ 90.000 exemplaires ont été fabriqué de ce semi automatique dans la période de 1983 à 1988.

C’est donc un appareil TTL avec un obturateur à rideau qui donne les vitesses de 1/30s – 1/60s – 1/125s – 1/250s – 1/500s et la pose B. L’affichage de la mesure de lumière se fait avec des diodes et non plus une aiguille.

Ce sera le Zenit 12 XPS qui est la version d’exportation du modèle 12 CD, qui fermera la production. Le boitier 12XP sera produit à plus d’un million d’exemplaires. Le 12 CD, réservé au « marché » soviétique sera aussi produit à un million d’exemplaires.

Petit aparté intéressant : la plupart des Zenit ont été produits en grande série :

  • et le premier a été le Zenit 3M avec 781.678 unités,
  • puis le Zenit E avec plus de 8.000.000,
  • le Zenit B avec 889.000 unités,
  • le Zenit ET avec environ 3.000.000 unités,
  • le Zenit EM avec 979.140 unités,
  • le Zenit 11 avec environ 1.500.000 unités,
  • le TTL avec 1.632.212 unités,
  • le Zenit 12XP, plus d’1.000.000,
  • tandis que le Zenit 12 arrivait seulement à 94 489 unités.

N’oublions pas que les appareils Zenit, avec les Praktica, offraient la possibilité aux photographes amateurs de s’équiper à moindre coût d’appareils robustes, pas forcément « glamour » mais qui ont fait leurs preuves au fil du temps (même si la réputation de quelques modèles a donné des sueurs froides à quelques uns).

En combo avec l’Helios 44 M-4, il délivre d’excellents clichés avec un bokeh assez fantastique. N’étant pas spécialiste en objectif, je vous renvoie avec plaisir sur l’excellent site de Radojuva qui en fait une série de présentations et analyses fines.

Bien évidemment, le téléobjectif Tair 3 S n’est pas en reste : il propose un diaphragme à iris assez rond (16 lames). Ses éléments sont de qualité et montés avec précision. Normalement la distance minimale de mise au point est de 2,2m mais la version optimisée pour le Photo Sniper allonge celle-ci à 3,3m mais il propose un meilleur revêtement des lentilles pour des images encore plus qualitatives.

Voilà donc un ensemble étonnant, qui intrigue toujours autant les amateurs d’appareils « différents ».

Son origine belliqueuse s’est adoucie au fil du temps et il reste un appareil particulier qu’il faut prendre le temps d’appréhender. Pas qu’il soit « difficile » à utiliser, mais disons que sa présentation générale demande un petit temps d’accommodation.

Maintenant, comme l’ont souligné avec humour plusieurs des sources consultées, évitez de le sortir lors d’une manifestation, vous risqueriez d’être pris à partie tant par les forces de l’ordre que par certains manifestants peu au fait de l’histoire du matériel photographique.

Se pose alors la question : est-ce vraiment un appareil utilisable ?

La réponse est claire : oui, sans restrictions. C’est un très bon appareil, certes rustique et assez lourd, mais la qualité de ses optiques est reconnue et le boitier ne s’en sort pas si mal.

Il faut juste oser le sortir, si vous en trouvez un à prix raisonnable et complet. Normalement, comptez environ 280€ pour un tel ensemble, ce qui n’est pas exorbitant, vous en conviendrez.

Video d’illustration

Des références : http://camera-wiki.org/wiki/Zenit_Photosniper#Photosniper_FS-12, https://web.archive.org/web/20190327230510if_/http://www.commiecameras.com:80/sov/35mmsinglelensreflexcameras/cameras/photosniper/index.htm, https://kosmofoto.com/2016/12/zorkipedia-zenit-fotosnaiper/, https://www.cryptomuseum.com/covert/camera/sniper/, https://petapixel.com/2021/02/18/hands-on-with-the-weird-fotosnaiper-soviet-sniper-camera/, https://cameragocamera.com/2021/05/19/zenit-12s-and-the-photosniper/, https://www.lomography.com/magazine/177726-zenit-12-a-scarce-soviet-slr, https://web.archive.org/web/20081212014440/http://www.rus-camera.com/camera.php?page=zenit&camera=zenit12, http://camera-wiki.org/wiki/Tair-3 en anglais; https://kameramuseum.de/objekte/zenit-photo-sniper-fs-12/, en allemand; http://www.zenitcamera.com/mans/fs-12/fs-12.html, en russe (merci Deepl Traducteur); https://www.essai-armes.fr/2021/09/26/fusil-photographique-russe-photosnaiper-photosniper/, https://radojuva.com/fr/2011/03/obzor-gelios-44m-4-helios-44/, en français.

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Le Canon Prima Sol

Celui-ci ça fait un moment que je le cherchais et c’est grâce à une charmante dame qui se défait lentement de la riche collection de son mari que j’ai pu l’acquérir.

Il est tout beau, tout propre, avec sa petite pochette en satin gris.

Mais que je vous explique mon intérêt pour ce petit compact original.

Alors comme d’habitude, faisons le tour des dénominations utilisées : il s’appelle Autoboy SE au Japon, Sure Shot Delsol en Amérique du Nord et Prima Sol en Europe

C’est un compact de la gamme Prima, un des bestseller de Canon dans les années nonante.

Lorsqu’on le voit pour la première fois, fermé, on doute : radio de poche, chargeur de piles ? Et puis il y a le mot Canon sur le devant, qui devrait nous mettre sur la piste …

Car ce qui intrigue, c’est ce panneau solaire sur le devant.

« Non, ils ont osé mettre un panneau solaire sur un appareil photo ? »

Eh oui, il s’agit même du premier appareil photo au monde à utiliser exclusivement l’énergie solaire pour ses besoins de fonctionnement !

Oui, vous avez bien compris : voici le premier appareil photo qui n’utilise que l’énergie solaire pour charger des batteries internes grâce à des cellules photoélectriques haute performance situées sur sa face avant.

Ah, j’entends déjà quelques personnes qui se récrient : le premier appareil a énergie solaire est le Ricoh XR-S de 1981.

Source : The Chens. On voit bien les cellules solaires sur les 2 côtés du prisme

Et bien non car si le XR-S avait un panneau solaire de chaque côté du prisme, ils ne faisaient que compléter l’alimentation du circuit de mesure et ils n’alimentaient pas l’ensemble de la caméra comme sur le Prima Sol. De plus, si le soleil faisait grise mine, le posemètre disposait d’une source d’alimentation de secours de 1,5 volts via une SR44/LR44, contrairement au Prima Sol qui n’est alimenté que par la batterie chargée par le panneau solaire.

La batterie solaire amorphe (source d’alimentation principale) et une batterie lithium-ion (source d’alimentation secondaire) fonctionnent en tandem. Le soleil fournit toute la puissance nécessaire au système AF, à l’obturateur électromagnétique programmé, au flash intégré et au transport du film. Une caméra écologique avec un concept de développement futuriste pour l’époque.

C’est en mars 1995 que Canon a sorti cette petite bombe « verte » avant l’heure, car c’est un appareil autonome et conçu pour être peu gourmand en énergie (une recharge solaire de 6h assure l’utilisation de l’appareil avec 5 films de 36 vues).

Pour le reste, il intègre les composants du Prima Mini (Autoboy F ou Sure Shot M), à savoir :

  • Une mise au point entièrement automatique avec un objectif 32 mm f/3,5.
  • Un autofocus intelligent à 3 points
  • Une ouverture et un obturateur à commande électromagnétique.
  • Plusieurs mode flash (automatique, anti-yeux rouges, débrayé)

Son utilisation est des plus facile : tout d’abord éloignez le panneau des cellules solaires en le poussant doucement vers le bas et l’appareil s’allume, l’objectif se déplie. Vous le portez à l’œil et visez à travers un viseur placé au milieu du boitier (couverture de 84% avec un grossissement de 0,32). Au centre, une croix qui est l’indication de l’AF et des lignes de cadre. Une LED verte s’allume lorsque la mise au point est verrouillée sur le sujet. Cette lampe clignote lentement quand on effectue un gros plan et plus rapidement pour signaler un risque de bougé (faible lumière).

Une pression légère sur le gros bouton orange, clic-clac, c’est dans la boîte et l’appareil entraine le film à l’image suivante, assez silencieusement.

Lorsque vous avez fini votre prise de vue, refermez doucement le panneau, l’objectif se rétracte et l’appareil s’éteint.

Comme il est tout automatique, vous vous doutez bien que le nombre de boutons de commande est limité.

De fait, outre le bouton orange du déclencheur, sur le dessus, il y a sur le côté droit (vu de face) deux boutons pour le contrôle du flash (celui du haut le coupe et force le boitier à choisir une vitesse lente qui peut aller jusqu’à 1s) et l’autre active la synchro lente en cas de fill-in (déboucher des ombres).

En dessous de ces boutons, le verrou pour ouvrir la chambre et y placer un film.

Toujours sur la tranche droite (en le regardant de face), vous verrez un gros bouton rouge. Il permet d’activer l’affichage de la charge sur le petit écran LCD qui est sur le devant de l’appareil. Lorsque vous appuyez dessus, vous verrez la silhouette d’une pile, divisée en 4 parties et celle qui est noircie correspond à la charge restante.

Alors je ne sais pas si vous possédez des panneaux solaire chez vous, ou comme moi montés sur un camping car, mais lorsque le soleil brille et les active, ça chauffe.

Canon en était aussi conscient car si vous laissez votre appareil 6 heures en plein soleil, la température interne va vite grimper et risquer d’abimer le boitier. Le panneau des cellules peut se déplacer vers l’avant s’il détecte cette montée de température et s’il ne le fait pas, actionnez le petit bouton sur la tranche gauche, son petit cœur de silicium vous remercie.

Au point de vue qualité des prises de vue, comme avec tous les Prima, l’appareil prend tout en charge et il le fait bien.

Personnellement, j’apprécie particulièrement son objectif plutôt grand angle (32mm).

Mais que penser de ce drôle d’engin ?

C’est peu dire qu’il s’agit d’un boitier original, qui sort des sentiers battus car dans les années nonante, Pentax, Olympus, Minolta par exemple sortaient aussi d’excellents petits compacts. Munir celui-ci d’une technologie particulière était gage d’interpeller le public blasé.

Toutefois, son prix put être un obstacle. En effet, le coût des cellules photovoltaïques était encore important en 1995, tout comme la pile lithium-ion peut courante à l’époque (le classique des rechargeables était le Nickel Cadnium moins performant).

Ensuite, paradoxe du Canon Prima Sol, sa batterie devrait être remplacée après dix ans d’activité ou … d’inactivité. Et là, les ingénieurs n’ont jamais pensé que les clients les remplaceraient eux-même car la pile est soudée.

Appareil écologique doté de l’obsolescence programmée ? Un comble, non.

Mais les férus de ces vieux machins ont plus d’un tour dans leur sac et si celui que vous avez trouvé, ou que vous possédez, est en panne de batterie, allez voir sur le site de Mike Eckman, il vous explique comment remplacer celle-ci.

Je l’ai emporté avec nous lors de vacances familiales, pour le tester. Je n’ai pas terminé encore le film malheureusement. Mais de cette courte expérience d’utilisation, que retenir ?

L’appareil est très plaisant à utiliser, très facile à manipuler. Pourtant, second paradoxe de celui-ci, le fait de devoir ouvrir le panneau avant de prendre une photo n’est pas un geste très naturel ni discret, et le laisser ouvert augmente le risque de l’heurter et le casser. Mais le plus perturbant est que finalement un compact, on le met dans un petit sac, une grande poche, voire on le porte autour du cou (la dragonne est assez longue). Dans ce dernier cas, il va faire le plein de soleil, sinon il faudra le ressortir pour le placer sous la lumière.

Rappelez-vous, il n’y a pas de piles de secours en cas de décharge.

Personnellement, ça ne m’a pas posé problème, le portant justement autour du cou ou le déposant (sous bonne garde) sur une table voire un accoudoir à une terrasse.

Mais je le remiserai pour les mois d’automne et hiver, le plaçant parfois sous une bonne source lumineuse pour entretenir sa batterie.

Ce n’est pas un appareil courant et il est même assez rare à trouver. Son prix s’en ressent : un bel exemplaire fonctionnel se négocie encore autour des 100€.

Si vous êtes curieux et que vous avez la chance d’en trouver un, n’hésitez pas, au delà du gadget du panneau solaire, c’est un excellent petit appareil photo.

Pour des exemples de photos prises avec cet appareil, c’est par LA.

Video d’illustration :

Un peu de technique :

  • Objectif 32 mm f/3,5 avec 3 éléments répartis en 3 groupes.
  • Autofocus intelligent à 3 points de 45 cm à l’infini.
  • Exposition automatique avec des vitesses d’obturation allant de 2 s à 1/250 s.
  • Plusieurs modes de flash, dont réduction des yeux rouges, suppression et synchronisation lente.
  • Chargement automatique, décodage DX, avance et rembobinage du film 35 mm.
  • Posemètre : cellule en silicium, AE entièrement programmé
  • Alimentation : pile au lithium-ion rechargeable 3 V CR-123A et panneau solaire amorphe en tandem
  • Dimensions et poids : 124x67x46 mm, 260g

Des références : http://camera-wiki.org/wiki/Canon_Sure_Shot_Del_Sol/Prima_Sol/Autoboy_SE, https://global.canon/en/c-museum/product/film178.html, https://mikeeckman.com/2019/06/canon-sure-shot-del-sol-1995/ en anglais; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-10087-Canon_Prima%20Sol.html, en français

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L’Olympus OM 10

Cet appareil est le troisième acheté sur la brocante de Namur du 1er mai ’23 et ayant appartenu au grand-père du vendeur, comme le Zeiss Ikon Ikonta et le Yashica MF2.

Après quelques autres Olympus comme le OM-101 ou le OM-707 qui n’avaient pas laissé un souvenir impérissable, je vous avais présenté l’OM-1 pour me faire pardonner.

Cette fois-ci, ce sera un Olympus d’entrée de gamme mais pas dépourvu d’intérêt et peut-être plus facile à trouver et à s’acheter, l’Olympus OM-10.

Pour mémoire, Olympus lance en 1972 le premier appareil de la série OM, le OM-1, qui sera suivi par un OM-2, OM-3 et OM-4. Ces appareils sont plutôt destinés aux professionnels ou aux amateurs très éclairés.

Les appareils destinés aux professionnels c’est un peu comme la Formule 1 par rapport à nos voitures : un fabuleux terrain de tests où on essaie les innovations qui font, normalement, la différence avec les concurrents.

Seulement voilà, une Formule 1 en ville, c’est pas pratique et de toute manière, il y a peu de gens qui peuvent s’en payer une.

Alors comme dans toutes les marques, Olympus lance une série destinée à « Monsieur et Madame tout le monde » : L’Olympus OM-10 voit le jour en avril 1979 pour contenter le plus grand nombre. Il sera commercialisé jusqu’en 1983.

Il faut reconnaître qu’il a surpris pas mal de gens cet OM-10 car, à l’époque, la presse spécialisée tablait plutôt sur un OM-3, qui devait prendre la place de l’OM-2.

En fait, Olympus le présentait comme un OM-2 … simplifié, spécialement conçu pour attirer les plus jeunes photographes et les amateurs rébarbatifs aux réglages supposés compliqués des grands frères.

Ce sera donc un automatique non débrayable à priorité ouverture. Ça veut dire que vous choisissez l’ouverture et l’appareil calcule la meilleure vitesse pour cette ouverture donnée. Si vous vous en souvenez, l’OM-2 est un automatique débrayable et l’OM-1 un semi-automatique.

Il présente bien : tout métal et cuir, c’est un boitier plutôt compact pour sa catégorie (13,3mm x 7,6 cm x 4 cm), plus contenu qu’un Canon A-1 par exemple.

Disons-le tout de suite, simplifié ne veut pas dire simpliste, Olympus a juste fait quelques économies en bridant un peu cet appareil.

Par exemple, sur l’OM-2, comme ici, la mesure s’effectue en temps réel par réflexion sur le premier rideau, puis sur le film, par une cellule unique. La surface du rideau a une surface particulière afin de pondérer la mesure (le petit logo, quadrillé noir et blanc, qui se trouve à proximité du 10 de OM10, rappelle cette particularité du mode de mesure). Mais si sur le grand frère il y a 4 modules, ici il n’y en a plus que 2, placés de part et d’autre de l’oculaire.

Le dessin particulier pour la mesure de la cellule.

Ensuite, il ne bénéficie plus de la mesure TTL pour le flash, y compris ceux qui lui sont dédiés, les flashs Olympus T-20 ou le T-32.

Et les Winder (moteur d’armement) des autres modèles ne fonctionnent pas non plus, il faut celui spécifique au modèle (Winder 2). La cadence sera alors de 2,5i/s. Mais est-ce bien nécessaire ?

Automatique, écrivais-je, avec 3 modes de base : le 1ᵉʳ est le tout automatique. Attention, sans piles (2 LR44), l’appareil ne fonctionne pas. Le second mode est la priorité à l’ouverture et le troisième, c’est la fonction Bulb pour la pose longue.

Mais pour être complet, il faut signaler encore un quatrième mode mais qui n’est accessible qu’en montant un adaptateur en façade. Cet adaptateur débloque en fait un mode manuel, avec des vitesses de 1s à 1/1000s. Qui ne fonctionne, encore une fois, que s’il y a des piles dans l’appareil. A défaut, il ne travaillera qu’au 1/60s uniquement en priorité ouverture.

Avec cet ajout, il devient un appareil complet puisque vous pouvez choisir et la vitesse et l’ouverture. Nous avons alors là un « vrai » OM-2 … simplifié !

Source : 35mm.mc. Le module, à gauche, pour modifier les vitesses manuellement.

Il est temps de faire le tour du propriétaire …

Regardons-le dans les yeux, bien en face : un bouton, juste à côté de la sérigraphie du modèle, qui m’intriguait avant de découvrir l’univers Olympus, est celui qui permet de débrayer le film pour le rembobiner.

En dessous, une diode indique si la pile est toujours bonne et, surtout, elle clignote lorsqu’on actionne le retardateur (12s.) Et pour être bien certain que vous puissiez être sur la photo, la petite grille jouxtant la diode est un petit haut-parleur qui sonne quand les 12 secondes sont atteintes.

Passons de l’autre côté pour découvrir une prise qui ressemble à une petite prise jack. C’est la prise de l’accessoire qui permet de passer en manuel. Le petit plot en dessous sert à fixer l’ensemble fermement.

Remontons pour découvrir le capot de cet Olympus, qui semble bien fournit. A gauche, l’habituelle petite manivelle pour rembobiner le film et en dessous, un sélecteur pour mettre l’appareil sous tension, le contrôle des piles et au dernier cran, le retardateur. Lorsque vous mettez le sélecteur sur « check » vous devez voir la diode de façade s’allumer et entendre un petit « bip ». A défaut, soit les piles sont en bout de course, soit mises à l’envers (le pôle plus vers le haut).

Si vous aviez oublié de mettre le sélecteur sur ON, vous pourrez prendre une photo, sans aucune indication dans le viseur, car l’appareil ouvre le circuit juste pour que votre photo soit bien exposée.

Au milieu du capot, la griffe pour le flash avec le plot central pour la synchro. Puis sur la droite du prisme, la roue pour sélectionner les Asa et le sélecteur des modes de fonctionnement : B pour la pose longue, Auto pour quasi tout le temps, sauf si vous avez acheté l’adaptateur. Dans ce cas, vous passez sur « manuel adapter » et en mode … manuel (puisque dès ce moment vous pouvez sélectionner les vitesses).

Le déclencheur, le levier d’armement et le compteur des vues (qui se remet à zéro automatiquement) complètent l’espace restant.

Ah oui, il y a encore la compensation d’exposition.

En poussant vers la gauche ou vers la droite le petit sélecteur qui se cache sous le levier d’armement, vous pouvez corriger l’exposition de -2 à +2 valeur, sauf si vous utilisez un film de 1600Asa ou plus, là ça ne fonctionne plus.

Passons par dessous, pour trouver sur la semelle le logement des piles, le filetage pour un trépied, la douille de couplage d’un éventuel moteur tout comme le contact électrique de ce dernier.

Un appareil assez classique en somme, avec ce qu’il faut là où on l’attend, sans faute de goût ergonomique. Quoique les grandes paluches trouvent parfois le boitier trop petit et elles auraient apprécié un peu plus de grip (un petit bossage ?).

Le viseur est agréable, confortable même. Au milieu, un stignomètre à coïncidence entouré d’un dépoli. Sur la gauche, une échelle qui indique les vitesses sélectionnées par le boitier selon l’ouverture que vous aurez choisie.

Source : Benber

Une petite diode rouge s’allume à côté du chiffre de la vitesse sélectionnée. Si le sélecteur plafonne dans le rouge, en haut, c’est que vous êtes en surexposition ou que vous avez branché un flash.

Vous vous sentez prêt à y glisser un film ?

Après avoir classiquement tiré sur la manivelle de rembobinage, le dos s’ouvre en grand. La bobine se place à gauche, tête en bas. Il faut tirer l’amorce, que l’on glisse dans une large fente de la bobine réceptrice en veillant bien à ce que les trous du film soient au dessus de la roue d’entrainement. Deux armements/déclenchements pour s’assurer que le film est bien pris et on referme le tout. Encore deux fois l’exercice et le compteur se met sur le chiffre 1 : vous êtes prêt à photographier (ne pas oublier quand même d’ajuster la sensibilité du film).

Un mot encore des objectifs. L’OM-10 accepte toute la gamme des objectifs Zuiko.

Comme ils sont nombreux, vous n’aurez que l’embarras du choix et à prix abordable. Le classique en le 50mm f1,8, qui permet de descendre à 45cm pour sa mise au point minimale.

Voici donc un petit boitier sympathique, qui sera remplacé en 1983 (aïe, ça ne nous rajeunit pas !) par l’Olympus OM-20.

Facile à prendre en mains, tant pas son « ergonomie » que pour ses fonctionnalités, c’est un petit boitier qu’on n’a pas peur de prendre avec soi. Et si vous avez la chance d’en trouver un exemplaire avec le module pour pouvoir le faire passer en manuel, prenez-le, il ne devrait pas vous décevoir.

Quant au prix, raisonnablement il devrait être à vous contre un billet de 50€ s’il est en bon état et avec au moins un Zuiko 50mm f1,8.

De quoi bien commencer son parcours photographique ou redécouvrir les joies de l’argentique à prix contenu.

Videos d’illustration

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

De références : https://fr.wikipedia.org/wiki/Olympus_OM-10, https://35mm-compact.com/reflex/olympusom10.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=928, https://benber.fr/revue-express-olympus-om-10/, https://www.wikiwand.com/fr/Olympus_OM-10 en français; https://www.vintagecamerareviews.com/brands/olympus/olympus-om-10/, https://www.35mmc.com/23/03/2021/olympus-om-10-my-journey-and-review-by-jessica-goodwin/, https://www.digitalcameraworld.com/features/i-hope-the-new-olympus-om-10-does-what-made-the-original-camera-a-classic

Les nouveautés en un lieu

Une série d’articles exceptionnels.

Vous le savez, j’aime les appareils aux histoires singulières, attachantes, différentes.

Cet article est en fait le second d’une série. Tous les articles qui participeront de celle-ci seront identifiés pour rappeler leur caractère particulier. Pourquoi ?

Un jour une Dame me contacte, ayant découvert le site, pour me demander si je peux l’aider dans l’expertise de la collection que lui a laissée son défunt mari.

Rendez-vous est pris pour une première rencontre, celle où je verrai si je peux effectivement lui être d’une quelconque utilité.

Pour situer cette collection, disons qu’elle a commencé en 1965 et qu’elle s’est arrêtée, malheureusement, au décès de Monsieur, en 2017.

Cinquante-deux ans de passion, d’achats, de ventes, d’essais et erreurs pour trouver l’appareil qui fait palpiter le cœur, qui intrigue, ou simplement qui est une occasion de trouver – encore – un modèle différent.

De l’argentique aux balbutiements du numérique, ce Monsieur a patiemment construit une collection éclectique, non figée, seulement dictée par ses envies, sa curiosité, ses moyens du moment.

Ah ! j’aurais aimé reprendre les quelques 700 appareils et accessoires de cette passion mais mon budget ne le permet pas, ni la place pour l’installer d’ailleurs.

Alors j’ai acquis quelques uns de ces appareils, soigneusement rangés, amoureusement répertoriés, généralement dans un état proche du neuf quand ils ne le sont pas (j’ai plusieurs tickets de caisse, factures qui en témoignent).

Et dans la mesure du possible, j’essaye d’aider Madame à vendre à d’autres amoureux de ces beaux objets les pièces qu’elle possède encore.

Car elle ne veut en aucun cas que cette collection ne soit dispersée qu’à des « marchands », qui n’auront aucun égards ni affects pour ces boitiers/objectifs/accessoires réunis avec patience par son mari et qu’elle a soutenue avec amour et bienveillance.

Au fur et à mesure, nous cochons des noms sur des listes, ceux qui s’en vont …

S’il n’y a pas forcément de « pièces rares » au sens excentrique du terme, il y a des pièces dignes d’intérêt car elles représentent une époque, un format, une innovation particulière d’un temps donné. Et il y a des objets étonnants, à l’image, par exemple, de ce coffret intégralement complet d’un Photo Sniper FS-12 que l’on dirait sorti du magasin quelques heures plus tôt ou ce Fujita 66 peu courant, ou encore le Gomz Leningrad que je vous ai présenté il y a peu et qui est le premier article de la série.

Voilà, vous comprendrez mieux dès lors le rappel discret que je ferai lorsque je vous présenterai un appareil ayant appartenu à ce Monsieur. C’est ma manière de lui rendre hommage et de remercier son épouse pour la confiance qu’elle m’a témoignée.

Argentique

Le Minolta 16 II

J’avais envie de changer de format, après un reflex 24×36, un instantané, un télémétrique costaud et un moyen format.

Si nous ne sommes pas dans la catégorie du Minox LX, nous sommes quand même dans du « très petit », ce que l’on a appelé les « sub-miniatures ».

Il y a un moment, je vous présentais le Minolta 16 MG mais ici nous en venons presque à la genèse du modèle, le Minolta 16, paru en 1957 et produit jusqu’en 1960.

Et qui dit genèse suppose un peu d’histoire : à l’origine, c’est l’Institut Konan qui, en 1947, développe le concept d’un appareil sub-miniature utilisant un film de 16mm. Cette entreprise est spécialisée dans la conception d’appareil dont elle vend les brevets à d’autres constructeurs.

En l’occurrence ici, ils ont vendu à Chiyoda Kogaku Seiho Company Limited (l’ancien nom de Minolta) le brevet d’une cartouche spéciale pour ce film 16mm. En métal, elle est pourvue d’un volet qui permet de changer la pellicule même non terminée sans voiler le film. Comme ils avaient aussi développé un appareil pour utiliser ce film, le Konan Automat (qui ne fut pas un succès commercial), ils cédèrent aussi les brevets de ce dernier.

Minolta a bien évidemment modifié et amélioré l’appareil, tout comme la cassette à laquelle ils ont retiré le volet.

C’est ainsi qu’est né le Minolta 16 premier du nom.

La cassette évoluera encore et passera au plastique, moins couteux à produire. Minolta reconditionne les films d’autres fabricants, qu’il glisse dans ses propres cassettes et ce n’est qu’en 1995 que cessera cette production. Entre-temps, elle deviendra le standard pour les appareils, toutes marques confondues, qui utilisent ce format. Il va sans dire qu’elle sera beaucoup copiée, un peu partout dans le monde.

Tout comme pour le Minox, des cuves spéciales de développement existaient (ou existent encore si vous fouinez bien) avec une spirale pour le 16mm. A l’époque, il existait même du film en bobine pour que vous puissiez charger vous-même vos cassettes.

En 1960 la firme sortait un Minolta 16 II, qui deviendra lui le standard des appareils de ce format. Identique à son prédécesseur, ce sont quelques détails qui les différencie, nous allons les découvrir.

Entièrement mécanique, le Minolta 16 II sera suivi d’un Minolta 16 P (le plus simple de la gamme) en 1962, d’un Minolta 16 EE avec un posemètre au sélénium la même année, bientôt remplacé en 1963 par un Minolta EE II qui gagne un posemètre au CdS (et qui aura besoin d’une pile), ensuite le Minolta PS (le même que le P mais avec deux vitesses) en 1965, puis le Minolta 16 MG qui possède un posemètre couplé et un obturateur à priorité à l’ouverture.

Dès 1972, la série des sub-miniatures de Minolta doit se défendre contre le format 110 inventé par Kodak.

Une autre cassette en plastique mais avec un film légèrement plus grand que le 16mm de Minolta (13×17 contre 12×17) et dont le film n’est pas perforé, contrairement au 16mm Minolta qui possède deux rangées de perforation.

Minolta modifie alors sa cassette et le film, qui n’a plus qu’une rangée de perforation puis qui les abandonnera définitivement.

Sortira ensuite le Minolta 16 MG-S (1970 – 1974) en haut de gamme et le Minolta 16 QT, simplifié, qui utiliseront le nouveau film d’abord avec une rangée de perforation puis sans. Dès lors, le format de l’image passe à 12x16mm contre 10×14 auparavant.

Mais en 1975, Minolta abandonne et « se convertit » au format 110, pour lequel il développera des appareils miniatures haut de gamme.

Revenons donc à notre Minolta 16 II, celui qui a lancé le « standard » du 16mm.

Lorsqu’il est fermé, il ne prend guère de place (à peine plus que le Rollei A 110) et ouvert il n’est pas beaucoup plus grand, de toute manière.

Tout en métal, il inspire la robustesse malgré son gabarit.

Son objectif est un Rokkor de 22mm ouvrant à f2,8, fixe. C’est un objectif en trois éléments dont le plan focal est fixé à environ 45m. En étant à f5,6, vous êtes net de 2,10m à l’infini.

Le réglage des vitesses s’effectue sur le côté, tout comme les ouvertures.

Il propose des vitesses de 1/30s à 1/500s plus une pose B, et des ouvertures de f2,8 à f16.

Le système d’avancement du film, comme le Minox, est appelé « push-pull » soit pousser – ouvrir. Comme le Minox, vous pouvez armer l’appareil même sans prendre de photo, pour éviter de gâcher de la pellicule.

Petite particularité de ce petit appareil, il pouvait recevoir quelques accessoires, notamment des filtres carrés de 14x14mm (UV, 80A, Y48, 81B), qui ne sont pas interchangeables avec ceux des appareils suivants; des lentilles auxiliaires (gros plan #1 et #2). On pouvait encore lui adjoindre un flash électronique, moyennant le montage d’un support spécifique, qui portait aussi un emplacement pour le fixer à un trépied. Il était livré avec un étui en cuir, où logeait deux filtres au choix, et une dragonne.

Enfin, il a existé dans toute une collection de couleurs : chrome, noir, or/jaune, bleu, rouge, violet/magenta et vert. Histoire de voir la vie moins tristement …

Des nombreux auteurs que j’ai parcouru pour préparer cet article, il ressort qu’il serait facile de recharger des cassettes de film en 16mm, je veux bien les croire. Mais peut-être est-il encore possible de trouver certains des derniers films dans ce format (arrêté par Minolta en 1995 pour mémoire). Sinon, il y a ci-dessous une petite video sur le « comment faire ».

Ah, au rayon des bizarreries, cet appareil a été vendu en 1962 sous le nom de Sonocon 16 MB-ZA, et il était muni d’une … radio intégrée ! L’attente de l’instant décisif peut être longue, parfois.

En résumé, un petit appareil, que l’on ne qualifie pas d’appareil espion (ce qu’il n’a jamais revendiqué mais que d’aucuns essayent de faire croire), mais plutôt un petit compagnon discret. Entièrement mécanique, il est facile d’emploi, malgré sa petite taille. Son seul défaut, finalement, c’est d’avoir une bobine de film devenue rare.

Ils ne sont pas forcément rare mais plutôt « peu courant ». Nombreux sont ceux qui ont fini leur carrière au fonds d’un tiroir ou, pire, dans une déchetterie, le film ayant été stoppé au tournant de l’ère numérique.

Si vous avez la chance d’en trouver un complet, avec sa gaine et sa dragonne (et, cerise sur l’objectif, avec au moins 2 filtres dans la gaine), comptez environ 40€ pour repartir avec lui.

Des videos d’illustration :

Des références : http://www.subclub.org/shop/minolta.htm, https://en.wikipedia.org/wiki/Minolta_16 en anglais; https://www.minolta.suaudeau.eu/histoire/Minolta_16/Minolta_16.html (une mine d’information sur la marque Minolta), https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-12537.html, http://ericconstantineau.com/photo/review_minolta16_fr.html, en français.

Argentique

Le Polaroid Image Pro

Oui, je sais, j’ai déjà écris que je n’achèterais plus de Polaroid, et pourtant …

Une brocante à Fleurus et au détour d’un étal, ce beau Polaroid Image Pro retient mon attention, toute mon attention …

Je vous ai déjà présenté le Polaroid Image System (qui reprend l’histoire de la gamme), l’Image Elite et l’Image 2, et comme je suis fatigué, je vous invite à aller les relire, na.

Si l’Image 2 n’a guère plus d’intérêt de nos jours, L’Elite et le Pro sont les hauts de gamme de cette série qui rompait avec les standards Polaroid connus (les SX-70 et le 600).

Hélas, pour des raisons que le cœur ignore, Polaroid Originals n’a pas pu/voulu re-développer la gamme des films Spectra, ceux qui alimentaient ces engins.

On peut encore, parfois, en trouver qui sont toujours utilisables, mais ça devient de plus en plus rare (les piles s’épuisent même si on ne s’en sert pas).

Or ici, coup de chance, il y a encore une cassette de film dedans (vide hélas) et la pile est encore bonne.

Honnêtement, je ne l’ai découvert qu’en nettoyant l’appareil, revenu à la maison.

Et, second coup de chance, j’ai le mode d’emploi multilingue avec l’appareil.

Voilà, voilà, le décor est planté.

Que nous propose cet engin au design futuriste pour son époque ?

Lancé en 1990 sous deux noms, soit Spectra Pro ou Image Pro, il utilise donc le format 9,2×7,3 (contre le format carré 7,9×7,9 du film 600) du film Spectra intégral (ainsi appelé car il contient aussi la chimie et la pile), peut-être plus adapté à un usage paysager (la surface est rectangulaire et non plus carrée).

Le format reste compact et élégant. Intriguant aussi lorsque vous l’utilisez car la plupart des personnes voient le Polaroid à travers la multitude des 600, tantôt carrés, tantôt aux formes un peu adoucies, voire carrément arrondies en fin de vie.

Fermé, il est bien moins haut que le reste de la gamme, excepté le SX-70 pliant, qui reste le champion de la compacité, fermé. Il a sans doute inspiré la gamme des One 600 apparue plus tardivement (2000 – 2001).

Ouvert, il n’est guère plus haut que les modèles Impulse (voir l’Impulse 600 ou Impulse AF qui possède aussi un sonar).

Mais, à la grande différence de ces appareils, il est le plus sophistiqué des Polaroid, jugez-en plutôt :

  • objectif de 125mm en trois éléments
  • lentille en verre et non plus en plastique (les lentilles Quintic), enduite
  • tout automatique
  • ou au contraire, à pilotage manuel
  • possibilité de faire des multi-expositions
  • retardateur de 12 secondes
  • vitesses de 1/245s à 6 s
  • ouverture de f10 à f45
  • prises de vue séquentielles à intervalles fixes et variables
  • mise au point par sonar
  • flash électronique du 1/3000s au 1/20000s
  • temps d’exposition programmés
  • cellule au silicium pour la mesure ambiante et la gestion de la lumière du flash
  • compteur de vues (c’est comme ça que je sais qu’il me reste encore 3 photos en magasin étant au chiffre 7)
  • le traditionnel sélecteur clair/foncé (correcteur d’exposition)
  • flash débrayable

En plus, un panneau de contrôle, à l’arrière, permet de piloter le boitier via quelques touches :

  • sélecteur clair foncé
  • sélecteur pour activer ou désactiver le flash
  • sélecteur pour activer ou désactiver l’autofocus
  • sélecteur pour activer ou désactiver le retardateur
  • sélecteur pour activer ou désactiver le buzzer
  • sélecteur pour mesure métrique ou en pieds
  • le compteur de pose

Un témoin de charge du flash est aussi visible à l’arrière (LED rouge qui passe au vert quand il est prêt).

Je peux encore ajouter qu’il est muni d’un filetage pour trépied et que des accessoires, aujourd’hui difficiles à trouver, lui étaient dédiés, comme une télécommande à distance, des filtres créatifs, des bonnettes Close Up (Stand 7500 pour réaliser des photos 1:1ou f112 pour descendre jusqu’à 25cm du sujet)

A cela, déjà impressionnant, j’ajoute qu’il possède un « vrai » viseur, bien clair et lisible même s’il est dépourvu de cadre ou d’une correction de la parallaxe (si, si, au prix où il était vendu, on pouvait être exigeant !).

Franchement, quel dommage qu’il ne soit (presque) plus possible d’alimenter cet Image Pro.

A moins de « bidouiller » des cartouches avec du film 600 à l’intérieur, mais on perd alors la saveur de son large format.

Sa tenue en mains est assez particulière car, une fois ouvert (curseur sur la gauche, en dessous de la courroie de maintient), il faut le tenir entre les mains et actionner le déclencheur avec l’index droit. Quoique, à bien y réfléchir, on le tient ainsi fermement entre les deux mains, ce qui assure une bonne stabilité.

Ah, une petite chose : si vous avez la chance d’encore trouver des films exploitables, lorsque vous vous promenez avec votre appareil, ne le laissez pas ouvert, cette position gaspille l’énergie de la pile et l’appareil est gourmand. Ne pas oublier que la pile du film alimente le moteur, la cellule, le panneau de commande arrière, le flash, le sonar.

Cette condition exige que vous fassiez aussi des photos plus réfléchies, au détriment certes de la spontanéité, mais au prix où sont les films restant, on n’est jamais trop prudent.

Question prix, comptez entre 10 et 20€ pour un bel exemplaire fonctionnel, mais dites-vous que tôt ou tard, ce sera le prix le plus élevé que vous donneriez pour un presse-livre.

Quelques vidéos d’illustration :

Regardez la pub Polaroid au début du film, elle est géniale.
Les manipulations sont identiques à tous les appareils de la gamme Image/Spectra.
Quelques conseils judicieux pour éviter de rater trop de photos.
Petit clin d’œil aux nostalgiques de « Maman j’ai raté l’avion 2 ».

Des références : https://www.polaroid-passion.com/appareils-format-image-spectra.php?id=285, https://www.des-clics-photos.fr/blog/bien-choisir-le-format-de-votre-pellicule-polaroid-n74, en français; http://www.passionepolaroid.com/2013/10/polaroid-image-pro.html, en italien; https://www.instantphoto.eu/pola/pola_image_pro.htm, en anglais.

Argentique

Le Gomz Leningrad – Ленинград

C’est un appareil que j’avais découvert par hasard, au grès de mes déambulations sur Ebay, et il m’avait intrigué.

Mais le prix, la rareté et, de nos jours, l’embargo contre les produits russes, m’ont fait penser à un phantasme, à un « un jour peut-être » …

Et puis une belle rencontre et un peu de chance m’ont fait découvrir un exemplaire qui semble sorti du magasin, dans son beau « sac tout prêt » en vrai cuir russe épais, vernis, sans presque une craquelure ni égratignure. Cet article fait partie d’une série d’hommages.

Je vous préviens tout de suite, impossible de faire l’impasse sur un peu d’histoire à son sujet.

Alors je commence …

Tout d’abord, la marque à l’origine de cet appareil est GOMZ pour Gosularstvennyi Optiko-Mekhanicheskii Zavod (soit Usine optique-mécanique d’État). Elle fut fondée en 1932 près de Leningrad, autrefois appelée Saint Petersbourg (du nom du saint patron de la ville, Pierre, en 1703), devenue Petrograd (russification du nom Sankt Petersburg à la première guerre mondiale, 1914 – 1924), puis Leningrad (1924 – 1991 à cause de Lénine) avant de revenir à son premier nom en 1991. C’est une des plus anciennes usines d’optique de Russie.

GOMZ deviendra LOMO (Leningradskoe Optiko Mekhanichesko Obedinenie pour Union optique-mécanique de Leningrad) en 1965.

Première remarque d’importance : le Leningrad, même s’il utilise la monture à vis LTM 39 d’origine Leica, est complètement issu de l’ingénierie russe. Contrairement aux FED, Zorki et Kiev qui sont, à l’origine, des « copies » du Leica ou du Contax, même s’ils évolueront ensuite sans plus rien devoir à la marque allemande, innovant même souvent.

Soyons de bons comptes, Gomz ne partait pas d’une feuille totalement blanche. Entre 1933 et 1937, l’usine a produit le Voomp Pioneer inspiré par le Leica II. Il ne sera produit qu’environ 1200 exemplaires de ce Pioneer. Et à la même époque, l’usine FED avait lancé sa « Commune du travail » pour jeunes en insertion et elle produisait le FED lui aussi très inspiré du Leica II.

Source : Soviet Cams.

C’est un appareil télémétrique avec télémètre couplé, motorisé et à objectifs interchangeables. Le premier prototype sera testé en 1953 mais sa production débute réellement en 1956 et ce jusqu’en 1968.

Cependant, seulement un peu plus de 76.000 exemplaires seront produits pendant cette (longue) période de fabrication. Et très peu seront vendus à l’étranger bien que le Leningrad ait représenté ce qui se faisait de mieux en terme d’appareils photographiques venu de Russie.

Il remportera le Grand Prix de l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1958.

Vous vous doutez bien que sur cette longue période de production il évoluera par petites touches : le nom de la marque changera, il y aura des exemplaires (rares) en lettres latines, la séquence des vitesses changera, la forme des boutons, le nombre de vis, bref du classique pour nos amis collectionneurs.

D’origine, l’appareil sera livré soit avec un Jupiter 3 ouvrant à f1,5 (50mm) soit avec un Jupiter 8 ouvrant à f2 (50mm toujours, comme sur mon exemplaire).

Seconde remarque importante, la motorisation repose sur un ressort, que l’on remonte via la grosse molette sur le dessus (il y eut même des exemplaires destinés à la Police soviétique avec des ressorts doubles pour photographier plus longtemps). Ce « moteur » donne une cadence de 3i/seconde et une « remontée » autorise la prise de 12 vues consécutives.

Pour bien comprendre le mécanisme de ce gros bouton de remontage, sachez qu’il exerce une tension sur le transport du film et sur l’obturateur pour faire avancer automatiquement le film et armer l’obturateur après chaque exposition, préparant ainsi l’appareil photo pour sa prochaine prise de vue. Une pièce de mécanique horlogère en somme.

Petite remarque utile pour ceux d’entre vous qui ont le doigt lourd et la rafale facile : la prise de vue en continu n’est pas possible. Ce qui veut dire que pour atteindre les 3i/sec il vous faudra un index agile.

Autre chose, si vider une bobine de film semble assez rapide, le rembobinage est lent. Pourquoi ? Parce que le gros bouton de traction du film s’accouple à un engrenage interne, démultiplié vers le bas et pas vers le haut. Ce qui signifie que la bobine tourne plus lentement que vous ne faites tourner le bouton. Tout est fait pour restreindre vos ardeurs car le bouton de rembobinage est en fait un disque plat moleté qu’il faut dévisser en appuyant dessus avec la pointe du pouce.

Le télémètre est intégré au viseur (comme le Zorki 3 – 1951 – et le Leica M3 -1953) et comme le Leica, le cadre s’adapte à la focale de l’objectif monté sur le boitier (35mm – 50mm – 80mm – 135mm). De plus, le viseur bénéficie d’une correction dioptrique toujours bien utile.

Il faut bien se dire que les boitiers télémétriques dotés de plusieurs lignes de trame étaient encore assez rares à l’époque. Et si chacun y allait de sa recette, il n’y avait pas de consensus fort en matière de conception sur la meilleure façon de le faire. Il y avait les lignes lumineuses « projetées » du Leiva M3 et du Nikon SP puis les lignes de cadre « réfléchies » du Nikon S3 ou des Canon VI et P.

Le Leningrad propose lui des lignes claires, gravées pour les objectifs de 35, 50, 80 et 135mm sur fonds noir. La fenêtre complète du viseur est égale au champ de vision d’un objectif de 35 mm.

Source : Micke Eckman

Si on y ajoute, comme je le signalais plus haut, une compensation dioptrique via un oculaire moleté à filetage hélicoïdal, ce boitier offrait un système de visée bien sophistiqué pour son époque.

Heu, petite astuce au sujet de cette correction via le dévissage de l’oculaire, n’allez pas trop loin sous peine de le dévisser complètement et de devoir chercher après car il sera tombé !

Et tant qu’à montrer la sophistication de cet appareil au sujet de la visée, un peu de technique : le viseur est « semi-compensé » pour la parallaxe en déplaçant latéralement toute l’image pendant la mise au point. De fait, le point du télémètre reste fixe pendant que le champ extérieur se déplace. Cela est possible grâce à un système optique très sophistiqué qui implique un prisme en toit monté à l’extrémité d’un bras pivotant au lieu de miroirs ou de séparateurs de faisceau pour projeter une image télémétrique précise pour une mise au point facile. Malgré une base télémétrique de 57mm « seulement », l’image est lumineuse et très nette même par rapport aux concurrents de l’époque.

Il faut cependant un certain temps pour s’habituer à ce « point télémétrique », car il s’agit uniquement d’une image divisée – contrairement à la plupart des télémètres combinés, le point n’est pas semi-transparent. Vous vous concentrez donc en alignant des lignes verticales sur les bords du patch. C’est très simple et précis s’il y a des lignes verticales dans le sujet — mais pour les sujets moins délimités tels que les visages, les surfaces texturées, les champs de fleurs, heu … c’est moins évident. On ne peut pas être bon partout.

Il existe un réglage pour le télémètre : la petite plaque située sur le capot, devant la griffe porte-accessoires, permet un ajustement, en étant prudent.

N’oublions pas que c’est un appareil tout mécanique, aux « commandes » peu nombreuses : vous réglez la visée et la vitesse vous-même. Pas de cellule, pas de pile.

Puisque j’aborde les vitesses, l’obturateur est lui aussi assez avancé avec des vitesses d’obturation de 1s, 1/2s, 1/4s, 1/8s, 1/15s, 1/30s, 1/60s, 1/125s, 1/250s, 1/ 500s, 1/1000s, B, Д ou T (exposition longue). La notation des vitesses changera dans le temps (voir ci-dessous mon exemplaire, daté de 1958).

L’obturateur est en soie caoutchoutée, solide mais complexe en cas de problème. Il offre une synchronisation du flash réglable et une griffe porte-accessoire dite « froide » (pas de contact central).

Autre choses à laquelle il faut s’habituer (je vous l’ai écris, c’est un appareil singulier) : il est impossible de faire avancer le film autrement que par le moteur à ressort, j’y reviendrai.

Ensuite, pour l’ouvrir vous devrez tourner une clé en dessous et dévisser une molette afin de faire glisser tout le dos vers le bas. Vous devrez faire tourner la molette plusieurs fois dans le sens anti-horaire pour libérer le dos. Mais au centre de cet anneau vous voyez un bouton plus petit, avec un motif moleté en métal sur lequel vous devrez appuyer tout en tournant la molette, ceci afin de relâcher la tension sur le tambour autour duquel le film est enroulé.

Sans cette double manipulation, il est impossible de rembobiner le film car le tambour maintiendra la tension sur le film et le risque de le déchirer est bien réelle.

Lorsque vous aurez remis un nouveau film dans la chambre, ne pas oublier de ré-appuyer sur ce bouton pour remettre la tension du le tambour sinon le film n’avancera pas correctement.

Oui, je sais, on a déjà fait plus simple !

Dans la chambre, vous découvrirez qu’il n’y a pas d’arbre d’entrainement du film pour mesurer le déplacement de celui-ci, ni d’engrenage différentiel pour compenser l’épaisseur supplémentaire à mesure que le film s’accumule sur la bobine réceptrice. Ce qui induit que l’espacement entre les cadres augmente progressivement tout au long du déroulement du rouleau. Ce n’est pas un problème pour l’utilisateur noir et blanc, mais cela rend la vie difficile au tireur de diapositives puisque les machines automatiques de découpe et de montage seront perturbées (ce qui implique que vous devrez couper et monter vos diapositives à la main).

Ce système d’avance sans pignon explique pourquoi la bobine réceptrice est si grosse : en fait, le mécanisme fait tourner la bobine d’1/2 tour exactement pour chaque image.Il fallait qu’elle soit suffisamment grande pour pouvoir tirer le film sur toute la distance.

Mais à chaque image qui s’enroule, le diamètre effectif de la bobine augmente et donc l’espace entre les images aussi.

Attention, le ressort d’entrainement n’est pas dans la grosse bobine mais dans le gros bouton sur le capot.

Si jamais vous étiez tenté de le démonter, pour éviter de prendre le ressort en pleine figure, il faut prendre toutes les vues (ou déclenchements) emmagasinées lors d’un remontage, jusqu’à ce qu’il s’arrête. Il y a encore un peu de tension résiduelle, que vous pourriez vider en réarmant l’obturateur via la molette des vitesses, avec précaution.

Tiens, un petit truc utile, au cas où.

Si votre Leningrad refuse soudainement de faire avancer le film après avoir déclenché, plusieurs causes sont possibles :

  • le ressort est trop tendu,
  • le ressort est trop lâche,
  • le film est trop tendu,
  • le film est trop lâche,
  • il fait trop humide,
  • il fait trop froid,
  • c’est un jour férié …

Ne le jetez pas par la fenêtre (vous pourriez blesser quelqu’un, il pèse 990gr !), essayez de faire tourner la molette des vitesses dans le sens inverse des aiguilles d’une montre puis relâchez-là. Souvent cela permet de libérer le mécanisme et permet au film d’avancer à la vue suivante. De toute manière, comme il n’existe pas d’autre moyen manuel de faire avancer le film, croyez-y très fort !

Pour fixer le film à la bobine réceptrice, vous devrez recouper l’amorce car la fente est très petite. Il faut en outre faire tourner légèrement la bobine pour pouvoir l’y glisser puis refermer l’appareil et armer le ressort. Pour désengager la bobine, il faut dévisser le petit bouton en dessous de celle-ci. Vous pourrez la faire bouger pour engager l’amorce. Ne pas oublier de bien revisser le tout ensuite.

La caractéristique la plus remarquable du Leningrad est sans aucun doute le transport motorisé du film, mais c’est aussi le maillon le plus faible de l’appareil. Avec un film chargé dans l’appareil photo, il n’y a absolument aucun moyen de savoir si le film avance correctement. Si l’amorce se détache du tambour, le boitier continuera à s’enrouler et à déclencher normalement. Comme le bouton de rembobinage ne tourne pas pendant le transport normal du film, comme sur la plupart des appareils photo mécaniques, vous ne savez pas s’il est correctement chargé.

Comme vous avez pu le découvrir sur les photos jointes, le Leningrad est tout métallique, avec un simili-cuir du plus bel effet. Sa forme, rectangulaire, est assez imposante (plus grand qu’un Contax à qui il pourrait faire penser un bref instant d’égarement) et pourtant, sa tenue en main est confortable, notamment grâce à la forme particulière de la poignée, un peu inclinée, sur la gauche.

Au rayon des gadgets utiles, je note cette base qui se replie sous l’appareil mais qui, une fois mise en place, stabilisera complètement l’appareil sur une surface plane.

Sur le capot, à gauche, une grosse molette noire : elle ne sert que de « pense-bête » pour le type de film inséré dans l’appareil. Les sensibilités sont exprimées en DIN et Gost (ГОСТ). L’échelle GOST utilise un système de numérotation arithmétique assez similaire à l’échelle ASA, ne différant que d’un facteur de 0,1. Par exemple, GOST 90 est identique à ASA 100, 180 correspond à 200, etc.

Sous le gros bouton du ressort, les chiffres de 5 à 20 sont gravés dans le métal du capot. En fait, ils représentent des délais réglages de 5 à 20ms lorsque l’on utilise des flashs. C’est le petit curseur mobile juste sous le gros bouton qui sert à régler ces délais, fonction des ampoules utilisées.

Ce qui est un peu gênant c’est qu’il n’existe plus de « tables » avec ces délais car on n’utilise plus ces types de flashs. Peut-être sur de vieilles boites d’ampoules …

Encore un mot, au sujet des objectifs cette fois.

Si la baïonnette est au standard LMT 39 vous ne pourrez toutefois pas monter tous les objectifs existant dans cette monture sur le Leningrad. En effet, le bord du capot dépasse et vient buter contre les objectifs dont le fut est court. ce qui veut dire que quelques objectifs Japonais (Nikon, Canon) ou Allemands (Leica, Voigtländer) ne passeront pas. Il faut être attentif en cas d’achat d’objectifs complémentaires au 50mm de la dotation.

Il me reste à vous parler du retardateur, en façade, qui se déclenche après 10 secondes et je crois avoir fait le tour de ce magnifique appareil.

Et du compteur de vue, qui « décompte » en fait et que vous devrez remettre à zéro avec le bouton plat à l’arrière.

Et à vous rappeler qu’en bon appareil russe, il ne faut jamais changer les vitesses avant avoir armé, sous peine de salade de pignons.

Alors, qu’en penser de ce Leningrad ?

Je le trouve fascinant, de par ses trouvailles techniques, la qualité de sa construction, sa complexité aussi. Il n’a rien emprunté à qui que ce soit, il est unique dans sa conception, même si elle est sujette à certaines bizarreries.

Reste qu’il est rare, surtout en bon état (rappelez-vous, seulement 76.000 appareils ont été assemblés) et donc les prix sont en conséquence. Comptez environ 300€ pour un exemplaire avec sa gaine et un des objectifs de base (Jupiter 3 ou Jupiter 8).

L’essayer, c’est une expérience et trouver des appareils aussi différents, c’est un immense plaisir.

Video d’illustration :

Un peu de technique :

Appareil photo télémétrique
Fabricant : Usine GOMZ
Période de production : de 1956 à 1968
Format : 24x36cm sur pellicule 135
Monture d’objectif : monture filetée m39
Objectif : Jupiter 8 f2.0 50mm ou Jupiter 3 f1,5 50mm
Base du télémètre : 57 mm
Obturateur : obturateur à plan focal avec des vitesses de 1 à 1/1000 sec.
Viseur : viseur optique à parallaxe combiné à un télémètre
Synchronisation du flash : prise de synchronisation « X », vitesses de synchronisation à partir de 1/20 s et plus.
Retardateur : mécanique
Poids : 900 grammes nu

Des références :https://mikeeckman.com/2018/10/gomz-leningrad-1956/, http://camera-wiki.org/wiki/GOMZ, http://camera-wiki.org/wiki/Leningrad, http://www.photoethnography.com/ClassicCameras/Leningrad.html, https://sovietcameras.org/gomz-lomo/, https://sovietcameras.org/leningrad/, https://cameraquest.com/soviet.htm, https://okvintagecamera.com/, https://corsopolaris.net/supercameras/leningrad/leningrad.html, http://ussrphoto.com/Wiki/default.asp?WikiCatID=12&ParentID=1&ContentID=75&Item=Leningrad en anglais; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-11017-Gomz_Leningrad.html, http://www.appaphot.be/fr/brands/gomz/gomz-leningrad/

Argentique

Le Canon Eos 300v

Encore un appareil boudé par nos plus jeunes, et pourtant …

Celui-ci trainait dans une brocante, dans un vieux sac Canon qui l’avait certes protégé de la poussière et des coups mais qui ne valait plus rien. Petite négociation et le voilà à mon épaule pour la suite de la balade.

J’ai déjà abordé le Canon Eos 300, celui qui inaugurait la dernière ère argentique des appareils destinés aux amateurs éclairés.

En fait j’ose à peine écrire que cet article sera court, la plupart des infos étant dans l’article cité précédemment. Mais quand je commence comme ça, je découvre toujours qu’il y a encore tant à dire sur le nouveau venu.

Allez, c’est parti … avant une petite remarque : pas évident de trouver des infos sur ce type d’appareil. Pas encore assez vieux, boudé par les aficionados de l’argentique, trop plastique, …. ? Même en anglais, les textes sont rares et mon japonais est rudimentaire.

Tout d’abord notre Canon Eos 300V s’appelle Rebel Ti aux USA et Kiss5 ou All New Kiss au pays qui l’a vu naître.

Présenté en 2002 au public, il étonnait par sa forme très ergonomique, sa légèreté (365gr), sa compacité et ses compétences. Il était, en effet, l’appareil disposant de l’autofocus le plus rapide et de l’exposition automatique la plus avancée de sa catégorie.

Il sera suivi du dernier Eos argentique, l’Eos 300X qui clôturera l’aventure en 2004.

La série des Eos 300 sera sans doute une des meilleure réussite commerciale de la marque : les appareils étaient performants, faciles à utiliser, permettaient de progresser, compacts, légers et, surtout, abordables.

Déjà ici, c’est un micro-ordinateur de traitement qui gère les algorithmes intégrés dans sa mémoire pour la gestion des prises de vue.

Ainsi, nous pouvons noter l’autofocus le plus rapide de sa catégorie (à 7 points), nous l’avons déjà écrit, et un autofocus prédictif très amélioré pour le suivi de sujets en mouvement.

Sa forme, ergonomique, notamment sa poignée très travaillée, autorise même la prise de vue à une main.

La partie arrière pourrait même prêter confusion avec un appareil numérique à cause de son grand écran LCD (30×30), rétroéclairé, qui permet de voir clairement tous les paramètres de l’appareil, même quand il fait sombre.

Ensuite, toutes les fonctions principales sont regroupées sur la droite permettant, la encore, d’utiliser l’appareil à une main si besoin.

Autre amélioration très appréciée : la monture d’objectif n’est plus en plastique (ce qui stressait nombre d’utilisateurs quand à sa solidité) mais en acier inox.

Pour le reste, on reprend ce qui a fait le succès de l’Eos 300 : un flash intégré « pop-up » fait également office de lampe d’assistance AF et de lampe de réduction des yeux rouges, un obturateur à plan focal vertical en métal qui offre des vitesses de 30s à 1/2000s, contrôlée électroniquement. La synchro flash est au 1/90s et il y a une pose B. Les pellicules codées DX sont lues par l’appareil avec une plage de sensibilité de 6 à 6400Iso. Il y a encore un retardateur électronique de 10 s. On peut vérifier la profondeur de champ et il y a une compensation d’exposition de +2 à -2EV avec incrément de 1/2 stop.

Ensuite, la mesure se fait à travers l’objectif (TTL) via une cellule photoélectrique au silicium (SPC) sur 35 zones. La sélection de la zone est soit automatique, évaluative (avec n’importe quel collimateur AF), partielle (réglée automatiquement avec le verrouillage AE) et enfin moyenne pondérée centrale (avec le mode manuel).

L’autofocus est basé sur un capteur CMOS et il travaille avec la lumière du capteur AF.

Il a existé une version « date » qui devrait peut-être encore fonctionner de nos jours.

Je reviens un instant sur la poignée, incurvée : le déclencheur est au dessus, légèrement incliné pour un meilleur touché. L’insert rouge est le capteur de la télécommande et la lampe témoin du retardateur. En dessous, elle renferme les batteries (2 CR2).

Sur la face avant de l’appareil, autour de la monture à baïonnette, le gros bouton pour désengager l’objectif et celui, plus petit, pour sortir le flash. Et en dessous, discret à se faire oublier, le petit bouton de prévisualisation de la profondeur de champ (au bout de la flèche).

Revenons au dos de l’Eos 300v. Un verrou permet d’ouvrir la porte sans forcer. Outre l’écran carré, il y a aussi les boutons de verrouillage AE (mémoire de l’exposition) et autour de l’écran, trois autres petits boutons : pour la compensation d’exposition, faire alterner les fonctions et pour illuminer l’écran. En dessous, qu’il faut actionner avec une pointe Bic par exemple, le minuscule bouton pour rembobiner anticipativement le film engagé. Une fonction permet de garder l’amorce sortie.

Vous voyez ici dessous toutes les informations que l’on peut lire sur l’écran. Avouez que là on n’est pas loin de ce que nous connaissons avec les numériques. Rassurez-vous, toutes les indications reprises ici le sont pour montrer la richesse de l’écran. De fait n’apparaissent que celles utiles et celles sélectionnées.

Si ce n’est, petite remarque personnelle en passant, que tous ces réglages étaient faciles à faire et qu’il n’y avait pas besoin de menus interminables et à rallonge pour les modifier, comme sur les numériques actuels (dit monsieur, on pourrait pas revenir à ça ?)

Le viseur de l’appareil lui aussi est on ne peut plus complet.

Il couvre 90% de l’image. C’est un écran laser mat avec les indicateurs de mise au point (les collimateurs) superposés. Sur la ligne du dessous, l’affichage de la vitesse, de l’ouverture, l’exposition, le verrouillage AE/FE, l’indicateur du flash s’il est prêt, l’icône pour la réduction des yeux rouges et un indicateur pour la bonne mise au point.

La molette de sélection vous rappellera des choses connues, c’est quasi les mêmes que celles des Eos numériques, la fameuse « roue PSAM », divisée en trois zones.

On y retrouve le programme P qui autorise des modifications de réglages, la priorité vitesse, la priorité ouverture, le mode manuel et le système de calcul de la profondeur de champ automatique (A-Dep).

Puis le fameux « carré vert », le mode tout automatique où l’appareil prend la main pour tout (enfin à part viser et déclencher bien sûr).

La troisième zone est celle des programmes automatiques pour des sujets spécifiques comme le portrait, le paysage, les gros plans, le sport, le portrait de nuit, et la désactivation du flash. Ça peut dépanner le cas échéant.

Imaginons que vous ayez l’appareil devant les yeux. Et imaginons que vous vous soyez mis en mode manuel : vous réglez d’abord la vitesse en tournant le molette sur le dessus de la poignée avec votre index, puis vous aller régler l’ouverture de l’objectif, en appuyant et maintenant enfoncé le bouton AV+/- et avec l’index, grâce à la molette, vous allez régler l’ouverture. Vous pouvez tout contrôler dans le viseur.

C’est aussi facile que ça !

Un mot encore sur la monture de cet Eos 300v, la désormais traditionnelle monture EF, qui vous ouvre un parc d’objectifs assez extraordinaire à découvrir. Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses.

Une petite restriction toutefois : les objectifs EF modernes ne sont pas conçus pour la dynamique des films argentiques mais pour la froideur d’un capteur qui ne connait que deux états : 0/1.

Leur rendu sera souvent déconcertant. Mieux vaut aller piocher dans la riche gamme des « anciens » objectifs EF. Ils seront aussi moins chers que les plus récents.

Et vous serez surpris du rapport qualité/poids de l’ensemble. Avec un 50mm, un film, les batteries, vous ne dépasserez guère les 600gr. Avec un « bon vieux » tout mécanique bien vintage, vous ne serez pas loin du kilo !

Mais seulement voilà, il n’a pas l’aura, ni l’attrait de ces vieux machins tout métalliques. Ni sans doute leur résistance dans le temps (les plus anciens Eos 300v ont moins de 25 ans à la date de ces lignes).

Cependant, pour découvrir la photographie argentique, je reste persuadé que ce sont de bons appareils, qui vous éviterons bien des déconvenues et du gaspillage de films (au prix où ils sont maintenant !) car cet Eos 300v est précis, facile à utiliser, performant et pertinent dans ces aides aux réglages.

Bref, une espèce de maître achat incompris car cet appareil offrait le meilleur de son époque pour les amateurs désirant se perfectionner et progresser. D’autant que son prix, de nos jours, est souvent ridiculement bas : comptez environ 40€ avec un objectif Canon 50mm.

L’essayer, c’est l’adopter !

Videos d’illustration :

Le mode d’emploi, consultable en ligne, est ICI.

Pour les spécifications, pléthoriques, je vous renvoie au site CANON.

Des références : https://en.wikipedia.org/wiki/Canon_EOS_300V, https://global.canon/en/c-museum/product/film236.html, https://www.imagingpixel.com/p/canon-eos-rebel-ti.html, en anglais; https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_EOS_Rebel_Ti, en français

Argentique

Le Polaroid 636 Instant Talking Camera

Oui, oui, je sais, j’ai déjà écris je ne sais combien de fois « plus de Polaroid ! ».

Mais voilà, il y en a toujours bien un qui me fait de l’œil et en l’occurrence ici, un 636 tout simple, sauf que celui-ci … parle !

Mais commençons par le début …

Ce 636 Talking Camera date de 1995. Il ne va pas révolutionner le petit monde des Polaroid à film 600, il en garde toute la mécanique et les caractéristiques habituelles, comme le flash intégré, la correction d’exposition, l’exposition automatique.

Polaroid avait déjà tenté la chose en 1994 avec un Talking Sidekick, en 1994, au format différent et un Polaroid OneStep Talking Camera un peu plus proche, lui aussi de 1995.

De fait, le OneStep Talking est un 600 classique à qui ont a donné la parole tandis que le 636 Talking de l’article est un 636 CL (pour Close-Up).

Ce qui change donc par rapport à un 600 classique, c’est l’ajout d’une puce électronique « ChipCorder » qui assure l’enregistrement, le stockage et la restitution du son.

Là où ça fait « bricolage » c’est que cette puce est alimentée par la batterie du film et pas par un apport extérieur. Un appareil sans film neuf est un appareil muet.

Plus grave, un appareil trop bavard va décharger la pile rapidement et vous ne pourrez plus extraire le film de sa cartouche. Il faut absolument changer celle-ci pour que ça redémarre, mais au prix où sont les packs, on va peut-être y réfléchir à deux fois !

Bref, gardons le côté « fun » de l’engin : sa mémoire contient trois messages pré-enregistrés de trois secondes et demies mais il est possible de personnaliser un de ces messages en s’enregistrant soi-même (ou n’importe qui d’autre, voire même de la musique) pendant huit secondes.

C’est au moment de déclencher qu’il va se mettre à « parler », c’est-à-dire à restituer l’un des messages pré-enregistré.

Rassurez-vous, on peut désactiver les messages !

Ces messages préenregistrés varient apparemment selon le territoire dans lequel le boitier a été commercialisé et incluent des versions américaines et espagnoles, ce qui est un peu … peu (toujours rien en français !). La version britannique contient « Souriez, vous êtes sur Polaroid ! » et « Ne dites pas Cheddar, dites FROMAGE ! » sensé faire sourire le sujet photographié.

Le fonctionnement de l’appareil, haut-parleur éteint (ouf !) reste donc celui d’un 636 classique avec mise au point fixe et flash automatique. Il possède un objectif « gros plan » – une lentille qui coulisse devant l’objectif proprement dit – mais il a tendance à rendre encore plus « vague » les images. La qualité d’image restera toujours meilleure en extérieur, par grand soleil.

Ce qui est paradoxal car ce Polaroid a été prévu pour faire de photos en intérieur, lors de fêtes, de rassemblements familiaux, …

Voilà, voilà …

Honnêtement c’est plus un objet de collection qu’un appareil instantané utilisable au quotidien – en tout cas tant que le film sera au prix où il est actuellement.

Mais je ne pouvais pas ne pas vous le présenter, cela aurait été dommage, non ?

Ce n’est pas un modèle courant mais il alimentera joyeusement une collection de ces drôles d’engins à photographier, qui ont fait partie intégrante de l’histoire de la photographie.

Quant au prix, comptez à mon avis 30€ pour un bel exemplaire dans sa boite.

Video de démonstration :

Des références : https://www.polaroid-passion.com/appareils-format-600.php?id=19, https://www.benjaminfavrat.com/analog-photo-blog/polaroid-636-talking-camera, https://filmphotography.eu/en/polaroid-636-talking-camera/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Polaroid_636_Talking_Camera, http://camera-wiki.org/wiki/Polaroid_636_Talking_Camera, en anglais; https://www.colleconline.com/en/items/261244/appareils-photo-camescopes-photos-argentique-films-instantannes-polaroids-636-talking-camera, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-710-Polaroid_636%20Talking%20camera.html en français

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Le Ihagee Exa II

Pour une fois ce n’est pas un appareil trouvé sur une brocante mais dans les trésors que possèdent mon ami Pierre que j’ai acquis cet Ihagee Exa II.

Si vous vous en souvenez, je vous ai déjà présenté quelques boitiers de cette marque, comme le Ihagee Exa Type 6, l’Exata Varex IIA. Ils ont toujours un petit quelque chose d’étrange, d’anachronique mais ils font partie de l’Histoire de la photographie car le premier reflex fut un Ihagee, l’Exakta en 1936.

Ah ça veut dire qu’un peu d’histoire est nécessaire pour apprécier cette drôle de machine.

Je ne vais pas tout reprendre (ce serait très long et tout le monde n’aime pas l’Histoire) mais pour les plus curieux je vous recommande le site de la marque : Ihagee.org. Croyez-moi, on peut faire un film (un « biopique » comme on dit de nos jours) sur le fondateur, Johan Steenbergen.

En quelques mots : la société Ihagee a été fondée à Dresde, en Allemagne, en 1912 par Johan Steenbergen, originaire de Meppel, aux Pays-Bas. À l’origine, l’entreprise s’appelait « Industrie – und – Handelsgesellschaft ».

Plus tard, l’abréviation IHG a été écrite comme il se prononce en allemand : « eehahgay » et cela a été incorporé dans le nom officiel, soir Ihagee.

L’entreprise a produit de nombreux type d’appareils photos, la plupart assez originaux mais aussi quelques raretés, comme un reflex à soufflet avec une lentille unique qui se repliait de manière singulière (brevet Klappreflex). Elle fabriquait aussi des soufflets, des bagues d’extension pour la macrophotographie, des adaptateurs pour microscopes, des flashs, des agrandisseurs mais pas d’objectifs, toujours fournis pas des sociétés tierces.

C’est l’Exakta, reflex mono-objectif compact (Standard-Exakta ou Vest pocket Exakta) pour film en rouleau apparu en 1933 qui lance la renommée, mondiale, de l’entreprise.

En 1936, le Kine-Exakta est le premier reflex mono-objectif qui utilise le format 135. Première mondiale s’il vous plait ! Dévoilé à la Foire du Printemps de Leipzig, le Kine Exakta était un appareil photo étonnamment moderne : il disposait d’un obturateur à plan focal capable d’atteindre le 1/1000 s, d’un enroulement de film à levier avec armement automatique et d’une monture d’objectif à baïonnette.

Mais la seconde guerre mondiale, encore elle, va tout bouleverser : marié à Elisabeth Louisa Nussbaum, américaine mais d’origine juive, Johan Steenbergen, pourtant Consul honoraire des Pays-Bas à Dresde sera brièvement arrêté. Refusant de collaborer avec l’ennemi, tous ses biens seront confisqués, y compris ses usines. Ils parviennent à quitter l’Allemagne et à se réfugier aux Etats-Unis en 1942. Il ne reverra jamais Dresde ni ses usines !

En effet, afin de démoraliser les Allemands, en février 1945, la Ville de Dresde sera anéantie sous les bombes alliées. L’usine Ihagee sera détruite. Seules quelques machines et quelques pièces, stockées ailleurs, ont été récupérées quelques mois plus tard, ainsi que ce qui put être sauvé des ruines.

La guerre terminée, Ihagee ne produit plus que des modèles Exakta et ensuite Exa.

L’Exakta de 1950 sera le premier appareil photo de petite taille doté de viseurs interchangeables. Cet appareil sera produit, finalement, de 1936 à 1969, avec de nombreuses améliorations au fil du temps. Reste que tous les objectifs produits sont compatibles avec tous les modèles.

Seconde tuile qui arrive cette fois de la partition de l’Allemagne d’après guerre : Dresde est maintenant en Allemagne de l’Est et le gouvernement de l’époque fera tout pour couler cette entreprise dont le patron reste un étranger et ne peut être nationalisée. Finalement, elle sera absorbée par le VEB Pentacon en 1968.

Steenbergen, revenu en Allemagne de l’Ouest, a bien essayé de récupérer son entreprise, en vain. Il a créé Ihagee West et intenté nombre de procès contre Ihagee East (l’original, restée à Dresde donc). Sans grands résultats, sauf que l’Exakta dut s’appeler « Elbaflex » à l’Ouest et « Ihagee aus Dresden » à l’Est.

La troisième attaque viendra du pays du Soleil Levant : les Japonais inondaient le marché de leurs reflex, innovants, fiables et vendus à des prix intéressants. L’usine d’Ihagee a d’ailleurs essayé d’en importer certains sous le nom d’Exakta, mais sans succès. Pour mémoire, l’Asahiflex IIb de 1954 était doté d’un miroir à retour instantané, le révolutionnaire Nikon F sortait en 1959, et quatre ans plus tard, le Topcon RE Super introduisait la mesure TTL, une fonctionnalité dont aucun appareil photo Ihagee – pas même les modèles beaucoup plus récents – ne pouvait se vanter.

Finalement, Ihagee West fermera ses portes en 1976. Le fondateur, Johan Steenbergen est décédé lui en 1967.

La saga de cette histoire peut être téléchargée ici.

Quand j’écrivais qu’il y avait matière à un film …

Bon, revenons aux appareils proprement dit. Si l’Exakta reste le haut de gamme, complexe mais attachant, l’Exa est un produit plus simple, destiné aux amateurs moins fortunés.

L’Exa a été produit en quatre versions principales : l’Exa original, dit zéro, produit de 1951 à 1962, l’Exa I (1962 à 1977) et l’Exa II (1960 à 1969). Ceux-là utilisent la monture d’objectif Exakta Par contre, les Exa Ib et Ic, produit de 1977 à 1987, utilisent une monture M42.

Ensuite, tant qu’à compliquer la vie des collectionneurs, autant en remettre une petite couche car certains modèles Exa Ia étaient aussi appelés VX100 ou Exakta 100 alors que certains modèles Exa II étaient appelés VX500 ou Exakta 500.

Bref, avant de devenir fou, arrêtons-nous à ce modèle en particulier, l’Exa II.

Ce qu’il garde de ses ancêtres, c’est cette forme particulière, trapézoïdale, la monture Exakta et le déclencheur sur la face avant, à … gauche !

Ce qui change fondamentalement c’est qu’il n’a plus de prisme interchangeable mais un prisme fixe sous un capot en métal et son obturateur n’est plus « à clapet » – comme sur l’Exa type 6 – mais un rideau qui s’ouvre verticalement. C’est rare et malgré le gain de distance à parcourir (24 mm au lieu de 36) ce n’est pas un foudre de guerre puisqu’il donne de 1/2 s à 1/250s et la pose B. De fait, c’est quand même déjà mieux que le 1/150s de l’ancien obturateur.

Fabriqué en alliage d’aluminium pour sa carrosserie et d’acier embouti pour le porte arrière, il reçoit quelques chromes et une espèce de « similicuir » en … papier enduit.

C’est un appareil qui abandonne ce que les photographes amateurs trouvaient compliqué sur les Exakta. C’est en tout cas comme ça que les publicités de l’époque présentaient elles-mêmes ce nouvel appareil.

Source : Casualphotophile
Source : Casualphotophile. Ici ils font encore plus fort, je vous livre la traduction : « L’heureux papa apparaîtra plus souvent dans l’album de famille, maintenant que maman a son propre appareil photo, le petit Exa […] Il est pas cher et simple d’utilisation. Parfait pour maman ! » « (Bon, d’accord, c’est sexiste mais c’est une pub des années cinquante, et je ne suis pas certain que le sexisme ait disparu des publicités modernes)

Les appareils Ihagee ont tous quelques singularités qui les rendent attachant ou énervant. Je vais essayer de les reprendre pour cet Exa II.

J’en ai déjà citée une, l’obturateur à rideau qui se déplace verticalement. L’idée est bonne puisque comme je le notais, la distance de déplacement est plus courte (24mm au lieu de 36mm). Oui mais cela suppose un mécanisme bien plus complexe et lorsqu’un des rideaux se met en rade, bon courage pour réparer.

Cet appareil n’est pas pourvu d’un miroir à retour instantané. En d’autres termes, lorsque vous appuyez sur le déclencheur, le miroir se relève, pour laisser passer la lumière et il reste relevé. Dès lors, vous ne voyez plus rien dans le viseur, sauf si vous faites avancer le film, auquel cas le miroir s’abaisse pour permettre la prochaine prise de vue. Cette étrangeté a au moins un avantage : si vous ne voyez rien dans le viseur, c’est que vous n’avez pas avancé le film. Par contre, elle a une incidence directe si vous oubliez l’appareil au soleil, sans bouchon d’objectif : le soleil risque de griller le rideau. Il faudra attendre 1965 et le Exa IIB pour recevoir un retour automatique.

La vitesse d’obturation ne gagnera jamais un concours de vitesse. Elle plafonne a 1/250s (heu … à la même époque, un Nikon atteignait largement le 1/1000s par exemple). Avec les films lents de l’époque, ce n’était pas aussi gênant qu’avec nos films plus rapides (vous pouvez oublier les 400 et 800Asa sauf à photographier peut être dans la nuit nordique).

Toujours au rayon des choses étranges, le déclencheur, à gauche. Si cela va ravir nos amis gauchers, il faut reconnaître que c’est inhabituel. D’autant qu’en plus ce déclencheur est en façade et non pas sur le capot.

Pourquoi ? Peut-être l’ingénieur responsable était-il gaucher ou alors c’est un souvenir des tous premiers Exakta en film 127 dont le film se déroulait de la droite vers la gauche, obligeant à l’inversion des commandes.

Si cela est déroutant au début, on tâtonne puis on s’habitue mais ce n’est pas très naturel. Autant le bouton des Praktica, qui est en façade, semble facile, autant celui-ci demande un peu d’entrainement (d’abord le trouver puis penser à l’enfoncer vers le corps).

L’utilisation d’un flash n’est pas non plus des plus simple : s’il y a bien une prise flash, en façade et sur la droite, il n’y a pas de griffe porte-accessoires. Il faut trouver un rail qui se fixe à la semelle et sur laquelle attacher le flash.

N’oublions pas le chargement de la pellicule, pas plus aisé que le reste. Pour ouvrir l’appareil, il faut descendre un verrou, sur la tranche gauche (boitier vu de dos). La porte arrière s’ouvre et la bobine … tombe !

Hé oui, elle est amovible et a la fâcheuse tendance à vouloir s’en aller à la moindre occasion (point à vérifier en cas d’achat : la bobine est bien là ?). Arrêtons-nous un autre instant sur celle-ci. Alors que vous avez réussi à la remettre à sa juste place, il va falloir y glisser l’amorce de votre pellicule et là, c’est pas gagné ! En effet, ici pas de fente dans la bobine mais deux feuilles métallique soudées dessus, avec juste assez d’espace pour y glisser non sans mal le bout de votre pellicule. Nerveux s’abstenir !

Sachez aussi que le compteur de vue ne se réinitialise pas. Vous devrez penser à la mettre à zéro vous-même en faisant tourner, grâce au minuscule bouton, le cadran noir sur le levier d’armement.

Le réglage des vitesses se fait avec la molette à gauche. Remarquez les deux indications en rouge, l’une sous forme d’éclair et l’autre d’ampoule. C’est pour le flash, vous avez trouvé. Le point rouge représentant la synchro flash placé en face de l’éclair correspond à 1/30s et, face à l’ampoule, à 1/15s ce qui laisse un peu plus de temps à l’ampoule au magnésium pour arriver à son éclairement maximum.

Le cadran au-dessus ne sert que d’aide mémoire pour le type de film utilisé.

Un mot sur les objectifs, quand même.

Source : Ihagee, le récapitulatif des objectifs.

Si vous désirez la liste complète et leurs caractéristiques, elles sont téléchargeables ICI.

Un mot d’abord de la baïonnette, conçue pour l’Exakta et utilisée sur tous les appareils ensuite, sauf les derniers, qui passent en monture à viser M42 (dernier sursaut pour garder des clients ?)

Un petit tenon sur l’objectif accroche le levier, sur la gauche, et verrouille l’objectif à la monture. Pour le libérer, il faut juste pousser sur celui-ci et tourner l’objectif dans l’autre sens.

Accrochez-vous, rien n’est jamais simple chez Ihagee …

Tout d’abord, il a existé trois générations d’objectifs à monture Exakta : les manuels, les préréglés et les automatiques.

Ce qui les différencie c’est la manière dont l’ouverture est définie.

Petit rappel : sur la plupart des reflex, quelle que soit la valeur f sélectionnée, l’ouverture reste grande ouverte pendant que vous effectuez la mise au point et la composition, vous offrant ainsi l’image du viseur la plus lumineuse possible. Lorsque vous appuyez sur le déclencheur, un mécanisme de couplage interne ferme instantanément l’ouverture jusqu’à la valeur f sélectionnée. Il s’agit d’une caractéristique tellement commune que nous n’y prêtons pratiquement aucune attention. Mais cela n’a pas toujours été le cas.

Les objectifs de la première génération (les manuels donc) demandent que vous effectuiez la mise au point et la composition à la plus grande ouverture, puis que vous reveniez jusqu’à l’ouverture souhaitée avec de déclencher. On est d’accord, ce n’est pas rapide et pas pratique car dans certains cas l’image peut être très sombre (selon la distance).

Avec les objectifs de la seconde génération (les préréglés), on gagne un anneau pour présélectionner le diaphragme, auquel cas l’ouverture reste grande ouverte. Ensuite, juste avant d’appuyer sur le déclencheur, vous tournez une seconde bague, fermant l’ouverture jusqu’au f-stop prédéfini. C’est déjà plus rapide et vous ne quittez pas le viseur des yeux pour la manœuvre. On progresse …

Viennent ensuite ceux de la troisième génération (les automatiques). Ils sont dotés d’un piston externe à ressort qui arrête l’ouverture au réglage sélectionné. Lorsque l’objectif est monté sur le boîtier, ce piston s’associe au déclencheur de l’appareil photo (et sert également de déclencheur). Une pression simultanée sur le piston arrête l’ouverture et libère l’obturateur. Ce n’est pas courant mais ça vaut bien les couplages internes des autres solutions.

Source : Casualphotophile. Les 3 générations d’objectifs : à gauche, manuel, à préselection au centre, et automatique à droite.

Franchement, ces appareils sont déjà bien assez compliqués comme ça, alors si vous en achetez un pour l’utiliser, prenez un objectif automatique (on les reconnait au gros piston sur le côté).

Ce n’est pas une question de prix (certains manuels ou à présélection coûtent des fortunes) mais de facilité d’utilisation.

Comme je l’écrivais plus avant, Ihagee n’a quasi pas produit d’objectifs, utilisant des producteurs tiers pour ce faire. Et il y eut une production assez importante d’objectifs pour la monture Exakta par des fabricants, essentiellement allemands, quelques français et même un japonais, notamment.

Citons, en vrac : Carl Zeiss Jena, Meyer-Optik, Schneider-Kreuznach et Steinheil; Pierre Angénieux et Taika.

On y trouve un peu de tout, de l’ultra grand-angle au téléobjectif, pour tous les prix (du classique et abordable Domiplan, au rare et (très) cher, comme un Angénieux chromé du plus bel effet).

Alors, si je dois résumer cet article, je dirais que cet Ihagee Exa II, sous ces dehors simples est en fait une masse d’expérimentations, pas toujours pratiques mais attachantes. Avoir eu en main, au moins une fois dans sa vie, un Ihagee, c’est une expérience.

Celle d’un temps révolu, certes, mais qui vous font entrer de plein pied dans l’Histoire merveilleuse de ces drôles de machines à faire des photos que des aventuriers ont pu créer, avant.

Il faut prendre le temps de l’apprivoiser puis celui de s’en servir.

On en trouve à presque tous les prix de nos jours, mais disons que pour un exemplaire en bon état (avec sa bobine, vérifiez) et au moins un objectif automatique, il ne devrait pas vous couter plus de 50€. Le pri

Quelques exemples de photos prises avec cet appareil LA.

Publicité d’époque :

Source : Mes appareils photos, publicité de Photo Expert, mai 1960.

Petite video d’illustration :

Des références : https://www.mes-appareils-photos.fr/Ihagee-Exa-II.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-4980-Ihagee_Exa.html, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Ihagee/Ihagee_Exa_II, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-11087-Ihagee_Exa%20II.html, http://www.appaphot.be/brands/ihagee/ihagee-exa-ii/, en français; https://casualphotophile.com/2022/07/13/ihagee-exa-camera-review/, http://camera-wiki.org/wiki/Exa_II, https://beyondtheaperture.com/2022/04/review-ihagee-exa-135-35mm-film-camera/, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Vintage_Ihagee_Exa_II_35mm_SLR_Film_Camera,_Made_In_Dresden,_East_Germany,_Produced_Between_1960_-_1963_(27498389575).jpg, https://cameracollector.net/ihagee-exa-iib/, http://ihagee.org/ (LA référence absolue), en anglais.

Argentique

Le Zeiss Ikon Nettar II 518/16

1er mai ’23, encore la brocante de Haversin et un stand discret, où je découvre ce bel Zeiss Ikon Nettar.

La dame qui le vend cède des appareils ayant appartenu à un parent aujourd’hui décédé.

Jeune femme moderne, elle ne sait trop que faire de ces vieux appareils et elle me le laisse pour un prix raisonnable.

Après le Zeiss Ikon Ikonta, l’Ikonta M, l’Ikonta en 24×36, le Super Ikonta, je pense avoir fait un bon bout de chemin dans cette merveilleuse gamme.

Ce Zeiss Ikon Nettar donc me fait de l’œil et je pressens que son histoire va être intéressante, comme souvent.

Alors, allons-y, commençons la visite …

Si vous avez lu les articles précédant, vous vous souvenez peut-être que Zeiss a lancé son Zeiss Ikon Ikonta en 1929. Appareil à soufflet, il proposait différents formats selon les versions, exprimées par des chiffres : 520 (6×4,5), 520/2 (6 x 9), 520/14 (5 x 7,5), 520/15 (6,5 x 11 cm), 520/16 (6 x 6 cm) et 520/18 (3 x 4 cm). Il a même existé un « Baby » Ikonta en film 127.

Si ces appareils ont connu un très beau succès commercial, leur prix ne les destinait pas à tout le monde et je connais peu de sociétés qui n’essaient pas de « ratisser » large et donc d’aller aussi chercher les clients un peu moins argentés, souvent les plus nombreux d’ailleurs (n’était-ce pas Colbert, ministre des Finances de Louis XIV, qui aurait dit : « Sire, taxons les pauvres, ils sont plus nombreux »).

Et comme il n’y a pas de petit profit, on réutilise les bonnes recettes pour produire un modèle moins cher mais basé sur le design Ikonta dont on récupère le châssis et les rails de guidage du soufflet.

Alors, selon la légende, le nom Nettar vient du grec Nessa, avant d’être latinisé en Netta, ce qui veut dire « l’incommensurable », celui qui vaut plus que son prix.

Il semblerait qu’un membre de l’équipe de conception de cet appareil ait eu une fille, baptisée Netta. La conjonction des deux a fait que Zeiss a adopté le nom Nettar, ce qui correspondait au concept de cet appareil : un appareil qui vaut plus que son prix.

Le premier Nettar est apparu sur le marché en 1934, sous le numéro 510 car sans doute la firme avait-elle déjà prévu une gamme complète pour ces appareils. Tout comme elle l’avait fait avec l’Ikonta.

De toute manière, le Nettar, comme souligné plus haut, utilise le même boitier que l’Ikonta (520/2). Ce qui va changer, c’est l’optique et l’obturateur.

De fait, après le 510, il y eut un 510/2 en 1936 (6×9), puis un 515 en 1937, un 516, etc.

J’ai envie d’écrire que « comme d’habitude », Zeiss va fabriquer sa gamme avec différents obturateurs et optiques avec une progression dans les prix, évidemment. Ainsi un Nettar livré avec un Tessar et un Prontor valait quatre fois le prix du même appareil livré avec un Nettar et un Derval.

Le premier Zeiss Ikon 510 (source : Camera Wiki)

Tout allait bien jusqu’à ce que la Seconde Guerre mondiale vienne tout chambouler car le siège de Zeiss Ikon à Dresde est détruit et nationalisé par la République Démocratique Allemande. La guerre terminée, les usines Zeiss tombent dans la zone contrôlée par l’Union Soviétique. Les Russes embarquent alors tout le matériel de fabrication à Kiev et gardent le nom Zeiss. Cependant, dès 1947, le Zeiss allemand récupère sa production à Stuttgart (en Allemagne de l’Ouest), dans l’ancienne usine Contessa-Nettel, un des membres du groupe Zeiss d’avant guerre.

Dans un pays dévasté, les matières premières étaient rares et difficiles à trouver. Certains appareils étaient donc assemblés à partir des pièces existantes et anciennes.

Ce n’est qu’en 1949 que le Nettar fut relancé aux formats 6×6 (515/16) et 6×9 (515/2), avec l’ancien viseur à cadre posé sur le dessus de l’appareil.

En 1951, la situation s’améliore et le Nettar se modernise : on le dote d’un viseur optique intégré dans un capot chromé, c’est le Nettar II. Il sera présenté à la Photokina de 1951 aux formats 6×6 (517/16) et 6×9 (517/2).

Le Nettar 517/16 (source : Camera Wiki)

Le Nettar II (517/16) garde cependant les mêmes habitudes qu’auparavant, avec des configurations qui diffèrent en fonction du prix.

Nous avons donc maintenant des obturateurs Vario (le moins cher), Pronto et Prontor – SV, combinés avec des objectifs Novar Anastigmat de 75mm ouvrant soit à f6,3 ou f4,5.

Un petit mot sur ces fameux obturateurs : si nous regardons les images détaillées de l’objectif, ci-dessous, nous verrons un logo inscrit avec les lettres AGC (Alfred Gauthier Calmbach), autour d’une petite image qui symbolise un obturateur central à trois lames. Cet Alfred Gauthier Calmbach fonde l’entreprise Gauthier en 1902 et se consacre à la fabrication des obturateurs Ibsor, Vario, Pronto et Prontor. AGC a fabriqué l’obturateur ISBO (1908), qui fut le premier à intégrer un déclencheur à câble. En 1931, Zeiss devient actionnaire majoritaire d’AGC et commence à utiliser ces obturateurs dans les appareils photo Zeiss Ikon. Quatre ans plus tard, AGC fabriquait l’obturateur Prontor, qui offrait la plus haute qualité et les vitesses les plus rapides de l’époque. Après la Seconde Guerre mondiale, l’usine tombe dans la zone occupée par la France et peut redémarrer la production en 1948. À partir de 1976, AGC obtient la production exclusive de tous les obturateurs des appareils photo Contax, même si l’entreprise s’est déjà diversifiée. Actuellement, l’entreprise s’appelle Prontor et se consacre à la fabrication de mécanismes de précision pour la technologie médicale et continue de produire des semi-conducteurs pour la photolithographie et des diaphragmes pour la fabrication de puces.

Si vous aussi possédez un Nettar mais que vous ne savez pas situer le modèle, regardez sur l’arrière de l’appareil : d’un côté vous trouverez le numéro de série gravé dans le revêtement et de l’autre côté, le type de modèle.

Au fur et à mesure d’autres améliorations seront apportées, comme le mécanisme pour éviter les doubles expositions (1953). Un dispositif ingénieux fait apparaître un signal rouge dans le viseur si le film n’a pas été avancé après une exposition et il est impossible de déclencher tant que ce « signal » est visible. Vous aurez compris pourquoi on appelle ce modèle Nettar Signal.

Si le système est utile, il est cher à fabriquer. Il sera alors remplacé par un point rouge qui apparait dans les mêmes circonstances sur le capot, à côté du déclencheur.

Ces Nettar Signal auront les mêmes codes : 518/16 pour la taille 6×6 et 518/2 pour la taille 6×9. Les versions 6×6 sont plus courantes et plus faciles à trouver que les versions 6×9.

Tiens, et tant qu’à compliquer les choses dans les nomenclatures, sachez que chez Zeiss ils appelaient le 6X6 le « B » et le 6×9 le « C ». Vous trouverez alors des brochures qui présentent un Nettar IIB ou un Nettar IIC.

Pour compléter la série, qui sera construite jusqu’en 1959 quand même, en 1956 apparait le Nettax (513/16) qui sera un Nettar II Signal avec un posemètre au sélénium non couplé.

Ce seront les derniers appareils à soufflets (ou folding en anglais) de Zeiss Ikon, qui passera au 24×36 en 1960 (le dernier représentant du film 120, l’Ikoflex, un TLR, sera aussi abandonné cette année-là).

Voilà pour la partie historique. Voyons maintenant le côté pratique.

Ce ne sont pas des appareils modernes, on l’a vu, le soufflet commence à … s’essouffler et les appareils de l’époque sont soit des télémétriques (Leica et consorts) ou les premiers réflex qui ont le vent en poupe et vont bientôt détrôner tout ce petit monde.

Mais ils ont encore quelques avantages : d’abord leur construction rigoureuse et solide, ensuite le choix des objectifs et obturateurs qui sont très bons (surtout les plus chers) et enfin leur taille car lorsqu’ils sont repliés, ils ne prennent vraiment pas de place et savent rester très discrets.

En gros, un Nettar, c’est ça :

Ici la version Nettar Signal avec le plot rouge qui apparait dans le viseur, tout le reste est identique aux autres Nettar.

Alors maintenant, voyons comment fonctionne un folding et celui-ci en particulier.

Disons le d’emblée, c’est un appareil photo facile à utiliser et avec un peu d’entrainement et d’habitude, vous le transformerez en … automatique !

Commençons par le début : au dessus, le capot chromé propose le déclencheur et le petit bouton pour ouvrir l’abattant qui dévoilera l’objectif et l’obturateur. Au milieu, une griffe porte-accessoires et à gauche, une grosse molette qui vous permettra de faire avancer le film.

Lorsque le panneau avant s’ouvre, poussez bien, sans forcer, les deux guides pour qu’ils se verrouillent correctement. Pour refermer, appuyez sur les genouillères au milieu, vers le haut, et le tout se replie.

Un petit point à ne pas oublier : tous les Nettar utilisent le film dit « 120 » soit une bobine de film qui permet au mieux 16 images (en 6×4,5) mais plus généralement 12 vues comme ici (6×6).

Le format 120 possède une bande de papier collée sur toute la bande de film. Cette bande de papier porte une série de marques gravées dessus, qui avertissent de la proximité de l’image 1, mais elle porte également gravés les numéros des images restantes. De nombreux appareils photo moyen format, avant 1965, ne disposaient pas d’un compteur de vues ni d’un levier d’entrainement du film, de sorte que les numéros d’images sur la bobine elle-même font office de compteur de vues.

Exemple de marquages du papier qui entoure le film d’une bobine de 120.

Pour placer un film dans la chambre, il faut ouvrir le loquet sur la tranche, qui libère le dos.

Deux découpes singulières, dans le dos de l’appareil, viennent couvrir deux languettes à ressort. Il faut les abaisser (1 – D) pour y glisser la cartouche, sous le déclencheur (à droite vu de dos). Vous placez une bobine vide de l’autre côté, sur laquelle viendra s’enrouler la pellicule.

Lorsque vous sortirez la bobine de son emballage, vous verrez qu’elle est fixée avec une petite bande de papier avec de l’adhésif. Tirez le papier adhésif, prenez la languette de la bobine (qui est en papier) et passez-la dans la fente de la bobine vide. Enroulez ensuite en tournant la molette d’enroulement (2). Fermez le dos et ouvrez la vitre rouge inactinique (C).

Continuez à tourner la roue (2), lentement pour observer les marques sur la bobine. Petite remarque en passant : ces bobines sont conçues pour être compatibles avec la plupart des modèles d’appareils photo dit « moyen format », il peut donc y avoir des marques qui ne conviennent pas à un modèle particulier, mais ce ne sera pas le cas ici. Vous allez voir une ligne verticale épaisse, puis vous verrez deux flèches, ce qui signifie que vous êtes déjà proche de l’image 1. Déplacez-vous lentement jusqu’à ce que vous voyiez deux chiffres 1 verticalement, comme sur la figure (C).

C’est la première image. Le numéro de la photo doit être en plein centre de la fenêtre rouge. Refermez celle-ci et prenez votre première photo. Vous devrez rouvrir la fenêtre pour passer à l’image 2 et ainsi de suite. Une fois la bobine terminée, abaissez la languette (1) et retirez le rouleau. L’excédent de papier servira à fermer la bobine et à l’empêcher de se dérouler, en collant bien le petit morceau de papier à coller qui se trouve au bout. La pellicule est enroulée sur la bobine (B), que vous allez déposer pour le développement. La bobine vide qui vous reste sera la future bobine réceptrice, il suffit de la changer de place .

Si cette manipulation a l’air un peu complexe au début, c’est un geste que l’on apprend bien vite.

Bien souvent lorsqu’on prend en mains pour la première fois ce type d’appareil, on est déconcerté car on ne voit pas très bien comment ça fonctionne, la forme, les éléments étant loin des appareils plus « classiques » tels les télémétriques ou les reflex.

On n’a devant soi qu’un soufflet noir avec au bout un objectif porté par un cercle métallique sur lequel il y a plein de tirettes et manettes. Avec un minimum d’attention vous aurez compris qu’il s’agit des réglages pour la vitesse, l’ouverture et la distance.

Nous allons voir cela en détail, avec quelques astuces que le constructeur nous a laissé pour faciliter la prise de vue, vous verrez cela va devenir simple …

Passons rapidement sur le viseur, pas très clair et qui ne sert qu’à cadrer au mieux votre image. C’est un simple tunnel, sans plus.

Ce qui est utile, c’est de pouvoir contrôler son exposition, commençons par ces réglages :

Source : Camaracoleccion
  • 1. Bague de mise au point. L’échelle de mesure de ce modèle est en mètres. Dans d’autres versions, il apparaît en pieds.
  • 2. Marque de distance de mise au point. Sur cette image, le sujet est focalisé à 8 mètres.
  • 3. Connexion PC pour flash externe. L’appareil photo se synchronise au 1/25s avec les flashs lampes. Les versions dotées d’un obturateur Prontor-SV peuvent se synchroniser jusqu’à 1/300s avec le flash électronique.
  • 4. Levier de l’obturateur. Lorsqu’il est déplacé vers la droite, l’obturateur est armé. Le film doit être amené manuellement avec la grosse molette au dessus, sur le capot, ne pas oublier.
  • 5. Marque du diaphragme sélectionné. Sur cette image, une ouverture intermédiaire entre f/8 et f/11 a été sélectionnée.
  • 6. Onglet de sélection du diaphragme
  • 7. Molette de sélection de la vitesse d’obturation. Du B au 1/200s.
  • 8. Connexion pour câble de déclencheur souple.

Vous remarquerez sur les photos un point rouge (près du 8 de la distance et entre le 8 et 11 de l’ouverture). C’est ce que Zeiss appelle le réglage « au point rouge ». Cette configuration permet à l’appareil de prendre des photos correctes, sans que vous deviez sélectionner l’ouverture et la vitesse pour chaque prise de vue.

Ainsi, dans de bonnes conditions d’éclairage, placez la bague de mise au point sur le point rouge, situé à une distance de 8 mètres. L’ouverture est située à l’autre point rouge (entre f/8 et f/11). La vitesse idéale doit être comprise entre 1/25s et 1/100s.

Dans ce cas de figure, tout sujet compris entre 4m et l’infini sera net et correctement exposé. Appuyez sur le déclencheur, c’est dans la boite …

Ah, un détail important à ne pas oublier : ces appareils ont été conçu à une époque où les films étaient beaucoup plus lents que de nos jours. Donc pour un film de 100Asa, utilisez une vitesse de 1/130 ou 1/140s (vous devrez mettre le curseur entre 1/75s et 1/200s) pour une ouverture de f11.

Cet appareil demande l’utilisation d’une cellule à main pour estimer au mieux la lumière.

Dernière petite chose, tous les appareils ne disposent pas d’un retardateur, cela dépend du type d’obturateur monté. Ici c’est un Prontor et le retardateur est signalé par le curseur au point rouge. Attention, d’abord armer l’obturateur avent d’enclencher le retardateur sinon vous risquez de tout bloquer

Bon, vous pouvez maintenant contrôler votre exposition, allons-y pour la profondeur de champ.

Petit rappel utile pour ceux qui débutent : la profondeur de champ est la distance de mise au point devant et derrière l’objet que vous souhaitez photographier. Ce paramètre est essentiel pour obtenir une bonne image.

Comme ce réglage est fondamental dans la prise de vue, les principaux fabricants d’appareils photo ont intégré un dispositif permettant de prévisualiser la zone de mise au point. Les systèmes les plus complets incluent un bouton qui ferme le diaphragme et permet de visualiser la netteté de l’image, mais ça c’est pour (bien) plus tard que notre Nettar.

Les méthodes les plus simples incluent des marques qui délimitent les intervalles de distance qui seront mis au point. C’est celles que nous allons voir sur cet appareil.

Un exemple concret, en images : sélection d’une ouverture proche de f11, indiquée par la flèche orange. Le sujet est à 8m, indiqué par la flèche verte.

Les flèches rouges marquent l’intervalle de distance qui sera focalisé : entre 4m et l’infini (bien que la flèche pointe au-delà de l’infini).

Second exemple avec l’image de droite : sélection d’une ouverture de f4,5 en gardant la même distance de 8m. La distance de mise au point sera alors comprise entre 6m et 15m.

Petit résumé en images animées de ce qui vient d’être expliqué :

Voilà, voilà … vous l’aurez compris, ce type d’appareil peut encore très bien vous servir et les résultats seront généralement (très) bons – voir les exemples de photos prises avec cet appareil LA et LA.

Sa principale qualité, outre celle de ses images et de sa facilité d’emploi, c’est sa taille réduite quand il est plié : vous n’aurez aucune excuse pour ne pas l’emporter avec vous, il tient dans une poche.

N’aurait-il que des qualités ? S’il en a beaucoup, un de ses principal défaut est son utilisation pour le portrait. En effet, il n’est pas muni d’un télémètre et donc faire une mise au point fine sur les yeux du modèle, par exemple, est difficile. Cet appareil est excellent quand on travaille par zones et donc en paysage. Il donnera des négatifs fouillés et qui permettront des agrandissements de qualité.

L’astuce, pour remédier à ce souci est de le munir d’un télémètre qui vous fixerez sur la griffe qui porte bien son nom de « porte-accessoires ».

Je songe notamment à un Watameter, que je vous ai présenté il y a un moment.

Ensuite, il a été pensé pour des films lents. Il donnera son meilleur rendement avec des films de 50, voire 85Asa. Même si son utilisation avec des films de 100Asa ne pose pas de problème, en plein soleil, il faudra se méfier.

Fred, d’Histoire de Photos, vous dira que ce sont des appareils qui changent votre manière de photographier, en (re)prenant le temps, celui de la balade, de la découverte et de la convivialité (je vous encourage à aller voir son site car outre le 6×6, il travaille souvent en argentique et ses conseils sont toujours excellents en la matières).

Certes, vous ne prenez que 12 photos par film, mais des photos réfléchies, composées. Et puis, le temps de recharger, c’est le temps d’une pause qui permet souvent de discuter avec ceux qui vous ont regardé travailler.

« Est-ce qu’on en trouve facilement ? »

Oui car les Nettar ont été produit en relative grande quantité. Rappelez-vous, ils étaient les « entrées de gamme ».

Et donc si vous en trouvez un, vérifiez s’il n’est pas trop rouillé (mal entreposé), que la porte avant s’ouvre avec un minimum d’aide, que le soufflet est intact (croyez-moi, je n’en ai jamais vu un seul troué alors que les Agfa et Kodak c’est une vraie catastrophe à ce niveau), que tous les organes sont fluides (là encore, les Agfa ont généralement leur objectif bloqué – la faute à une graisse qui se fige avec le temps), que l’objectif est propre.

S’il est accompagné de sa sacoche en cuir, c’est encore mieux mais pas indispensable car c’est elle qui porte la sangle pour le porter, mais la majorité des personnes qui utilisent cet appareil le mette en poche ou dans leur petit sac.

Question prix, comptez maximum 40€ pour un en bon état. Attention, le prix peut être plus conséquent si vous tombez sur un exemplaire équipé du Pronto SV et d’un objectif Tessar mais ceux-là sont rares.

Ceci étant, si vous en trouvez-un, faites vous plaisir, vous ne le regretterez pas.

Si vous avez encore besoin du mode d’emploi, c’est par ICI.

Un peu de technique :

Combinaisons obturateur/objectif :
518/16 IIb Novar Anastigmat 1:4,5/75 mm en Pronto (fabriqué : 1949)
518/16, par exemple Novar Anastigmat 6,3/75 (Rodenstock) dans l’obturateur Vero (fabriqué : 53 juillet – 54 novembre)
518/16 Ev Novar Anastigmat 6.3/75 (Rodenstock) à obturateur Vario (fabriqué : 53 décembre – 54 juin)
518/16 Iv Novar Anastigmat 4.5/75 (Rodenstock) à obturateur Vario (fabriqué : juillet 58 – décembre 59)
518/16 Ih Novar Anastigmat 4,5/75 (Rodenstock) dans l’obturateur Velio (fabriqué : 53 avril – 58 juillet)
518/16 Son Novar Anastigmat 4,5/75 (Rodenstock) dans l’obturateur Pronto (fabriqué : 52 juillet – 59 février)
518/16 Ips Novar Anastigmat 4,5/75 (Rodenstock) dans un obturateur Prontor S (fabriqué : février 55 – mars 56)
518/16 Ipms Novar Anastigmat 4,5/75 (Rodenstock) dans l’obturateur Prontor SVS (fabriqué : 53 avril – 59 janvier)
518/16 Fps Novar Anastigmat 3,5/75 (Hensoldt) avec obturateur Prontor S (fabriqué : juillet 53 – décembre 55)
518/16 Fpms Novar Anastigmat 3,5/75 (Hensoldt) dans obturateur Prontor SV (fabriqué : 53 juillet – 55 juillet)
Ouverture : 4,5 à 22
Viseur : viseur optique à vision directe sous la griffe flash
Autre : prévention de la double exposition
indiqué par un point rouge dans la fenêtre du viseur lorsque le film n’est pas avancé (sous-modèles Signal) indiqué par un point rouge dans la fenêtre au-dessus du boîtier lorsque le film avance

Des références : http://camera-wiki.org/wiki/Nettar, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Zeiss_Ikon_Nettar, https://blog.bkspicture.com/review_Zeiss_Ikon_Nettar_518_16-Anastigmat_f4.5.html, https://sites.google.com/site/fromthefocalplanetoinfinity/nettar, https://emulsive.org/reviews/camera-reviews/camera-review-zeiss-ikon-nettar-ii-517-16-6×6-folding-camera-by-david-hume# en anglais; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-816-Zeiss%20Ikon_Nettar.html, en français; https://www.camarassinfronteras.com/nettar/nettar.html, http://www.camaracoleccion.es/Zeiss_Ikon_Nettar.html, en espagnol

Argentique

Le ВИЛИЯ – VILIA

Etrange nom n’est-ce pas, qui est en fait écrit en caractères cyrilliques et en caractères latins.

Mais que je vous raconte : nous étions en vacances en Croatie et de passage à Zagreb nous apprenons qu’il y a une espèce de brocante continue, qui a lieu tous les jours. Comme je rêvais de trouver là-bas l’un ou l’autre appareil russe intéressant, ni une ni deux, nous voilà parti à la découverte de ce lieu très connu.

Il faisait beau, il faisait chaud, nous avons pas mal marché mais, in fine, j’étais déçu : quelques petits compacts des années nonante, japonais, rien de plus.

Et puis, au détour d’une énième allée, un petit compact on ne peut plus russe, ce ВИЛИЯ – VILIA dans sa sacoche en vrai cuir artificiel et, ma fois, beaucoup de poussières.

Petite négociation en anglais et me voilà avec, enfin, un appareil « de l’Est ».

Bon, de retour à la maison, cherchons un peu qui se cache derrière ce carré de plastique assez simpliste au premier abord.

Tout d’abord le fabriquant, la MMZ-BelOMO à Minsk, en Biélorussie (Minskiy Mechanicheskiy Zavod, ou usine mécanique de Minsk et OMO signifiant Optical and Mechanical Association). Vilia est aussi le nom d’une rivière qui court de la Biélorussie à la Lituanie.

Cet appareil y a été fabriqué entre 1973 et 1986 à plus de deux millions d’exemplaires ! C’est typiquement un appareil fabriqué en masse car « le peuple devait pouvoir posséder un appareil photo ». Il était vendu 23 roubles.

Petite remarque en passant. Si le nom de l’appareil est inscrit en russe et en alphabet latin, il ne sera toutefois pas exporté au delà des satellites de la Russie. Il est rare d’en trouver dans l’Occident décadent.

Commençons la visite : il est tout en plastique, avec néanmoins une feuille métallique qui fait quasi le tour de l’engin, donnant un aspect plus « chic » et solide. Il est d’ailleurs étonnamment lourd pour un appareil tout plastique, serait-il lesté ? Sans doute.

Sur le dessus, une prise pour un flash, tout à droite et à l’autre extrémité, la molette pour le rembobinage. Ne lui arrachez pas la tête pour tenter d’ouvrir le boitier, c’est un verrou, sur la tranche gauche qui s’en charge.

Le flash possède une synchro X et sur la tranche gauche, il existe aussi une prise PC pour les flashs plus anciens. Comme l’obturateur est central, la synchro se fait à toutes les vitesses.

« Et le déclencheur, il est où ? »

Sur le pourtour de l’objectif, en prise directe avec l’obturateur central. Celui-ci propose des vitesses de 1/30 – 1/60 – 1/125 – 1/250 et une pose B. Ces vitesses, vous les réglez avec la première bague, contre le boitier.

Tant qu’à être sur l’objectif, jetons-y un œil : inscrit en russe et en caractères latins, il est indiqué que c’est un triplet en verre, avec un revêtement multi-couche, de 40 mm ouvrant à f/4.

La mise au point se fait avec la bague notée soit en mètres soit avec des symboles tels que portraits, portrait à deux, groupe et bâtiment (tiens, y a pas de montagne en Russie ?). La mise au point minimale est d’environ 80 cm.

Si vous choisissez d’utiliser les symboles, la vitesse d’obturation est prédéfinie en fonction de l’échelle de vitesse du film indiquée sur sa bague, en dessous – de 1/30 s pour 25 ou 32 GOST à 1/250 s pour 200 ou 250 GOST (le Gost est la référence de sensibilité russe, comme nos Asa ou Iso), tandis que l’exposition est ajustée en changeant l’ouverture de 4 (gros nuages/pluie) à 16 (soleil éclatant). Les symboles météorologiques sont visibles uniquement en bas du viseur et sont signalés par un petit point lumineux, en fonction du réglage de l’ouverture. Il faut y être attentif car ils ne sont pas bien visibles (manque de contraste).

Le viseur et les symboles lors de la prise de vue. Le viseur, au reflet jaune, montre des cadres et une correction pour la parallaxe. Pas très clair mais suffisant pour la visée.

Par dessous, un petit levier, indiqué de 4 à 16 règle l’ouverture. L’obturateur est de type à lames, tandis que le diaphragme à quatre lames a une ouverture presque carrée.

Le compteur de vue est en dessous et commence à 1 pour finir à 36. Il se réinitialise en ouvrant le dos.

Toujours en dessous, un filetage pour un trépied et le bouton pour pouvoir rembobiner le film.

Au dos de l’appareil, une petite roue, exprimée en Gost et Asa (qui pourtant ne correspondent pas tout à fait) ne sert que d’aide mémoire pour le film introduit dans le boitier. L’appareil ne possède pas de cellule, vous l’aviez déduit.

Le levier d’armement est assez discret, affleurant et à la course assez longue. Peu bruyant, tout comme le déclencheur finalement.

Pour le transport, c’est soit via le sac tout prêt, soit via une dragonne qui se fixe sous l’appareil, sur le filetage du trépied.

Voilà, on a fait le tour de l’engin.

Si on le regarde avec des yeux d’occidentaux, il ressemble (de loin) à un petit compact de ces années-là. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il ressemble aux appareils japonais mais les derniers Bessy de Voigtländer, ou un Smena Symbol pour rester dans le pays.

En ce qui concerne l’objectif, le Triplet est correct et raisonnable. Mais à grande ouverture, parait-il, il y a davantage de distorsion visible sur les bords. Ceci est moins évident de plus près et à des ouvertures réduites.

Si vous voulez voir ce que ça donne comme images, c’est par ICI.

En résumé, un petit appareil tout simple, qui a toute sa place en Lomography : pas de prise de tête pour faire la photo, réglages simplifiés, images convenables.

Reste qu’en trouver un n’est pas évident, très peu d’exemplaires nous sont parvenus. Quoique, avec l’Internet, c’est relatif.

Question prix, disons 20€ maximum avec son « sac tout prêt », le prix de l’exotisme en somme.

Videos d’illustration :

Un peu de technique :

  • Objectif : Triplet-69-3 (ТРИППЕТ) 40 mm f/4, verre revêtu, filetage de filtre 46 mm
  • Ouverture : jusqu’à f/16 réglage : par un petit levier sous l’objectif
  • Plage de mise au point : 0,8 à 8 m + inf
  • Mise au point : mise au point manuelle de la cellule frontale, symboles sur l’échelle de distance (portrait, portrait de groupe, groupe, paysage) et échelle DOF
  • Obturateur : type vantail, vitesses : 1/30-1/250 +B
  • Déclencheur : sur l’obturateur
  • Prise de déverrouillage du câble : aucune
  • Levier d’armement : enroule également le film, course courte 180°), au dos de l’appareil photo
  • Compteur d’images : réinitialisation automatique, type additif, fenêtre sur la plaque inférieure
  • Viseur : cadre lumineux, avec lignes de correction de parallaxe
  • Levier de rembobinage : manivelle rabattable, sur la plaque supérieure
  • Déclencheur de rembobinage : bouton sur la plaque inférieure
  • Prise Flash PC : sur le côté gauche de l’appareil photo
  • Cadran mémoire : au dos de la plaque supérieure
  • Retardateur : aucun
  • Dos : à charnière, s’ouvre par un loquet coulissant sur le côté gauche de l’appareil photo
  • Prise trépied : ¼’
  • Corps : plastique
  • Poids : 357g
  • Numéro de série. sur la plaque inférieure

Des références : https://camerapedia.fandom.com/wiki/Vilia, http://cameras.alfredklomp.com/vilia/, http://camera-wiki.org/wiki/Vilia, https://austerityphoto.co.uk/belomo-vilia-review-black-in-the-ussr/, http://www.sovietcams.com/index8a6e.html?tmpl_into=middle&tmpl_id=262&_m_e_id=21&_menu_i_id=283, https://www.lomography.com/magazine/66745-belomo-vilia en anglais; https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=10486, en français; https://www.photo-foto.eu/lomo-omo-gomz/belomo-vilia/, en allemand; http://www.photohistory.ru/1207248177772887.html, en russe.

Argentique

Le Nikon F-601ou N6006 (USA)

Encore une brocante sous le soleil et … la pluie, intermittente, tenace, qui a juste le bon goût de rafraîchir une atmosphère bien lourde, de celle qui précède les orages.

Et de pauvres brocanteurs qui ne savent plus où donner de la bâche, du parasol, de la tonnelle, au gré des sursauts du temps …

Là, une dame un peu triste de ce temps pourri, vend un Nikon, dans une sacoche Delsey un peu fatiguée.

Je prends l’appareil en mains et elle me déclare qu’il semble être en panne car il est impossible de déclencher. Il fait la mise au point mais un code, « FEE », apparaît et clignote tout le temps.

-« Ah, lui dis-je, ce n’est jamais bon signe. Et combien en voulez-vous ? »

-« Je ne sais pas, disons 10€ ? »

-« Sans avoir la certitude de pouvoir le remettre en route, je vous en propose 5€. Au mieux, ça lui évitera une énième averse ».

Marché conclu, me voici donc en possession d’un Nikon N6006 dont j’ignore tout mais monté d’un objectif Nikon 35-70, avec un mode d’emploi en anglais et le sac Delsey.

De prime abord, je tablerais sur les années nonante, mais nous allons découvrir tout ça ensemble.

Déjà, il apparaît que cet appareil a été acheté aux States car sa dénomination, en Europe est Nikon F-601, c’est celle que j’utiliserai.

Nikon l’a sorti de 1991 jusqu’en 1994. En kit, le F-601 était livré avec l’objectif zoom Nikkor autofocus 35 à 70 mm qui équipe celui-ci. Normalement, il est compatible avec une large gamme d’objectifs Nikon à monture F, y compris les types de mise au point automatique et de mise au point manuelle.

« Attention cependant, les anciens objectifs Nikon non modifiés par l’IA ne se monteront pas sans modification. Si vous le faites avec force, vous risquez d’endommager la goupille d’indexation sur le corps. En raison d’un défaut du micrologiciel, les objectifs de type G sans bague d’ouverture ne sont compatibles (en modes programme et priorité à l’obturateur) que si le capteur de position de la bague d’ouverture est actionné manuellement à sa position maximale, par conséquent, leur utilisation n’est pas approuvée par Nikon ».

Pour le situer dans la famille, il est entre le Nikon F-401ou N4004 (débutants) et le Nikon F-801ou N8008 (amateurs éclairés « prosumer » et riches, ou pro). Il a aussi existé une version sans flash ni autofocus, le Nikon F-601M dont on se demande quel était l’intérêt. Tout au sommet, trônait le F4, professionnel, lourd, magnifique.

Le Nikon F-601 était lui destiné aux amateurs avancés.

Pour être le plus complet possible, sachez que le F-401 est apparu en 1987. Il était le second appareil Nikon avec autofocus grand public, après le Nikon F-501 disponible un an avant.

Un peu comme chez le concurrent de toujours, Canon et ses Eos, ces Nikon donnent un bon aperçu d’une ergonomie qui devient moderne, avec une poignée plus épaisse, l’avance du film intégrée et gérée électroniquement. Et le F-401 introduisait aussi une pavé de commande qui permettait de multiples fonctions et réglages sans tourner les molettes dédiées.

Ensuite, c’est au tour du F-801 qui est le premier à proposer un groupe de 4 boutons-poussoirs à gauche et la molette de commande à droite. C’est ici que nait la disposition des commandes Nikon telle qu’elle existe encore de nos jours.

Amis Nikonistes, si vous prenez en mains celui-ci vous n’aurez pas l’impression d’être en terre inconnue, même trente ans plus tard.

L’interface des boutons présente les modes de prise de vue PASM qui sont omniprésents aujourd’hui. Le F-801 adoptait également un nouveau système de mesure matricielle qui évaluait et faisait la moyenne des données d’exposition, électroniquement, à partir de cinq segments du cadre.

Encore deux ans et nous sommes donc en 1990, date de naissance du Nikon F-601, qui présente la même configuration des boutons de contrôle que le F-801.

Il propose un flash intégré, une vitesse de prise de vue un peu plus lente (2i/s contre 3), un obturateur plus lent (1/2000s contre 1/4000s) mais son système de mesure est amélioré (le système d’évaluation multizone « Matrix ») et il dispose d’un système de mise au point prédictive qui peut suivre les sujets en mouvement.

Certain modèle, comme celui-ci, propose un dos dateur, qui peut être réglé pour imprimer la date et l’heure sur le film photo au fur et à mesure de l’acquisition des images. Comme il y a un film à l’intérieur, dans un premier temps je ne vais pas ouvrir celui-ci pour remplacer la pile, qui est HS. Mais je doute qu’il soit encore utilisable, comme souvent.

Puisque j’en parle, une autre nouveauté du modèle : il est le premier de la gamme à utiliser une pile au lithium de 6v, une CR-P2.

Si je résume, ainsi placé en milieu de gamme, l’appareil reprend pourtant des avancées déjà vues sur le haut de gamme (le F-801) et sa configuration n’est pas dénuée d’intérêt :

  • mise au point automatique (module AF AM200 qui équipait le F-801) : un seul servo qui assure le verrouillage de la mise au point/prise de vue et un autofocus à mise au point continue
  • mise au point prédictive avec même une meilleur gestion de prédiction que celle du F-801
  • débrayage de la fonction de mise au point automatique
  • système de mesure avec une matrice à 5 segments, la pondération centrale ou mesure spot au centre (attention, il est fait mention d’un certain manque de sensibilité par rapport au F-801. Fallait quand lui laisser quelques avantages).
  • verrouillage de l’exposition avec compensation de cette dernière
  • flash intégré et flashs dédiés, le Nikon SB-23 ou SB-24
  • codage DX pour les films (Iso 25 à 5000) et possibilité d’encoder manuellement la sensibilité (de 6 à 6400 Iso alors)
  • mode d’expositions multiples : P et Pm, priorité ouverture, vitesse, manuel
  • viseur avec une couverture d’image de +/- 92% et grossissement de 0,75
  • fonction braketing d’exposition automatique,
  • synchro lente, synchro sur le second rideau et synchro au 1/125s
  • obturateur à plan focal donnant des vitesses de 30s à 1/2000s plus pose B
  • retardateur que l’on peut régler de 1 à 30sec par incrément de 2s
  • possibilité de prendre une première photo après 10s et une seconde après 5s
  • chargement automatique du film et avance automatique

Voilà, voilà … pas mal pour un milieu de gamme, non ?

Le reproche, à l’époque, était que la vitesse en rafale n’atteignait que 2 images/sec. et qu’il n’était pas compatible avec tous les anciens objectifs Nikkor (bon, ça il n’est pas le seul).

A côté de « petit » désagrément, cet appareil photo effectue une mesure ponctuelle, pondérée centrale et matricielle, mais la matrice est de loin la plus efficace, elle compare 5 zones et expose en fonction de la moyenne des zones. Combinez cela avec le flash d’appoint équilibré automatique et vous obtenez la possibilité de prendre une combinaison photo flash/lumière naturelle très équilibrée.

Tiens, à propose de code erreur, il y en a un qui déconcerte, le code « E ». En fait, si vous travaillez en mode automatique, vous devez placer la bague d’ouverture sur sa plus petite ouverture, ce qui donne au boitier un indice sur la capacité de l’objectif. Sans ça, impossible de déclencher.

Et le code FEE qui était donné par le boitier de cette dame indiquait juste que le réglage de l’ouverture était incorrect. Juste un tour de bague et le problème fut résolu.

En écrivant au sujet de ces codes, j’ai trouvé un site intéressant, qui les décortique, ICI.

Vous l’avez compris, pour son époque, ce Nikon F601 était bien pourvu et aujourd’hui encore il reste dans le coup, sans rougir.

Souvent le côté « plastique » des années nonante rebute les plus jeunes qui veulent se lancer dans la découverte de l’argentique. Ils préfèrent se frotter aux « vrais » appareils en métal, ceux des années septante et quatre-vingt.

Mais ils oublient, enfants de l’informatique, que ces vieux machins requièrent des connaissances qu’il n’ont pas (encore) et qu’il est souvent plus gratifiant de capter de bonnes images avec un appareil plus élaboré. Quitte à revenir ensuite à des appareils plus anciens quand on a compris les effets des réglages sur sa prise de vue, ce que permet un Nikon F601.

Donc, si vous croisez la route d’un de ces boitiers, ne faites pas la fine bouche et prenez le pour vous accompagner un (bon) moment, il vous le rendra bien.

Habituellement, ce type d’appareil se négocie, avec au moins un objectif 50mm, autour des 40€. Ce n’est pas cher pour découvrir confortablement les possibilités nombreuses de cette belle machine.

Videos d’illustration

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Quelques infos techniques

Produit 1990 Nippon Kogaku K.K., Japon
Type de pellicule 135 (35 mm)
Taille de l’image 24 mm x 36 mm
Poids 23 oz (650 g) uniquement, sans batterie
Objectif Monture Nikon AF Quantaray Zoom 28-80mm
Taille du filtre 55mm
Plan focal électronique de l’obturateur (métal)
Vitesses d’obturation B, 30s-1/2000
Viseur SLR (92 % de couverture)
Compteur d’exposition TTL CdS avec lecture LCD de la vitesse d’obturation en VF, réglage de -2 à +2 EV
Plage EV -1 à 19 à ISO 100
Modes Priorité à l’ouverture, modes entièrement automatique ou manuel
ASA 25-5000 DX, 6-6400 non DX
Batterie 6V lithium CR-P2, 223A
Retardateur
Autowinder intégré, 1.2-2.0fps
Flash intégré (GN 13)
Autofocus ou mise au point manuelle
Cousins ​​proches : N6000, N8008s, T-600, T-601, T-801s (s=spot)

Des références : https://www.bhphotovideo.com/explora/photography/hands-review/classic-cameras-my-first-slr-nikon-n6006-f-601, https://mattsclassiccameras.com/slr/nikon-n6006/, http://camera-wiki.org/wiki/Nikon_F-601_(N6006), https://en.wikipedia.org/wiki/Nikon_F-601, https://lens-db.com/camera/nikon-n6006-1990/, https://mir.com.my/rb/photography/companies/nikon/htmls/models/htmls/slr8991.htm, en anglais