Alors celui-ci, c’est la charmante dame qui m’a vendu le Canon AS-1 qui me l’a donné.

Je lui avais expliqué que je trouvais l’appareil intéressant mais malheureusement inutilisable, le film Spectra n’existant plus depuis quelques années.

Et comme nous avions parlé d’autres choses et découverts des points communs, elle a eu la gentillesse de me l’offrir.

A moi maintenant de vous décortiquer l’engin.

C’est en 1986 que Polaroid introduit le format Spectra, et les appareils qui vont avec. Enfin, Spectra pour les USA, pour les autres c’est le système Image dont il s’agit.

En quoi ce film est-il différent des 600 bien connus (et dans la foulée, des SX-70 puisqu’ils ont la même taille) ?

Si le 600 a un format carré, le Spectra sera un rectangle (9,2×7,3cm).

Pour le reste, c.-à-d. les ISO, la méthode de développement et son processus restent inchangé, y compris le principe de la pile intégrée dans le pack film. Dix vues étaient proposées par paquet.

Outre le fait que le film est plus grand, et rectangulaire, la gamme Spectra/Image offrait une bien meilleure qualité de fabrication que les séries 600 et des fonctionnalités plus poussées.

Comme par exemple, un objectif 125 mm f10, un système de mise au point automatique à ultrasons, un affichage de la mise au point en pieds ou en mètres, un retardateur de 10 secondes, une mise au point automatique que l’on pouvait débrayer, tout comme le flash, normalement automatique et une compensation d’exposition de +/- 1,5 stop.

Cet appareil bénéficie d’un système de mise au point assez particulier, composé d’un élément central en forme d’arc segmenté qui pivote sur un axe pour ajuster la mise au point. Lorsque le signal envoyé/reçu par les ultrasons (sonar) reviennent au calculateur, celui-ci actionne un moteur qui fait tourner cet élément pour que la mise au point soit nette. Pas simple, mais efficace.

Je ne résiste pas d’ailleurs à vous soumettre l’analyse ci-après, un régal :

« La maison Polaroid n’est pas en reste pour les solutions imaginatives. Si ses appareils donnent parfois l’impression de sortir d’une pochette surprise, l’examen de l’intérieur révèle de véritables délires d’ingénieur. En témoigne l’objectif Quintic de 1986, qui équipait les Spectra et/ou Image system. Ouvert à f/10 ce 125mm est peu lumineux, mais il faut rappeler qu’il est destiné à couvrir du quasi grand format : 9,2×7,3cm. C’était un triplet, pas si simple que ça d’ailleurs : on hésite à donner le nom de « lentille » à l’élément intermédiaire  : il s’agit encore d’une légumineuse, mais d’après sa forme c’est plutôt un haricot synthétique (qui se déplace transversalement à l’axe optique). Impossible d’y trouver la moindre portion de sphère. Le plus étonnant est que cela donne des résultats satisfaisants. »

Source : dg77

Ceci étant, nous sommes toujours face à un appareil entièrement automatique. Mais, avec un peu d’astuces …

Si vous enfoncez le déclencheur à mi-course, la boitier mesure la lumière et fait une mise au point au centre de la photo. Un voyant vert indiquera que l’exposition est bonne et un nombre s’affiche pour vous indiquer la distance de mise au point. Classique et qui vous permettra de recadrer votre sujet tant que vous gardez le déclencheur enfoncé à mi-course..

Vous pourrez aussi jouer avec la correction d’exposition car ici le boitier recalculera en fonction des données introduites (pas comme le système à curseur des 600).

Bien évidemment, ici aussi vous pouvez désactiver le flash mais bien qu’il soit plus « évolué » que les 600, ça reste un Polaroid, gourmand de lumière.

Autre astuce intéressante, celle de la superposition d’images que vous rendrez possible en utilisant le retardateur. Car le film ne sortira pas tant que vous n’aurez pas relancé le retardateur. Si vous fermez l’appareil après le premier cliché, le fait de ré-ouvrir celui-ci relance la minuterie et vous pourrez faire une seconde image sur la première.

Cet appareil est voulu plus évolué, plus complet. Il sera par exemple livré avec des kits de filtres à effets particuliers.

Source : Theautomaticfilmmaker

La gamme évoluera au fil du temps mais la plupart intègre un objectif en plastique Quintic de 125mm ouvrant à f10, en trois éléments (46mm en équivalent 24×36), un retardateur, une exposition automatique et un autofocus avec sonar. Le reste sera l’ajout ou le retrait de certaines fonctionnalités (le Spectra 2 n’a qu’un réglage de l’exposition alors que le Spectra E n’a que les commandes AF, flash et la possibilité d’éclaircir/assombrir.

Il y aura aussi des variantes comme le ProCam avec une ouverture différente, ou des appareils destinés à la macro.

Comment fonctionne-t-il ?

Ici pas question de lui « arracher la tête » pour l’ouvrir.

Sur le côté, sous la lanière de portage, il y a un verrou pour ouvrir l’appareil.

Et lorsque celui-ci est en position de prise de vue, sur le côté droit, un second levier permet de déverrouiller le « bac » du film.

C’est, je trouve, un appareil élégant, finalement peu encombrant lorsqu’il est fermé et guère plus lorsqu’il est ouvert. Toute la technologie Polaroid est là, concentrée.

Bon, tout ça c’est bien mais quel film mettre dedans ?

Ben … il n’y en a plus !

Sauf à trouver, à prix délirant, des packs inutilisables car les piles sont mortes et la chimie cuite.

Ah, si vous fouinez un peu sur la Grande Toile, vous trouverez quelques aventuriers qui placent des films de 600 dans des cartouches vides de Spectra, moyennant des cales, des piles recoupées, bref, du bricolage.

-« Et ça fonctionne ? »

Les videos tendent à démontrer que oui, mais allez savoir !

Mais la question fondamentale est de savoir quel intérêt il y a de mettre un film carré dans un appareil prévu pour faire des photos rectangulaires ….

Pendant un (petit) moment, Impossible Project, redevenu entre temps Polaroid Originals, avait relancé la fabrication du film (le PZ 600 Silvershade), avec beaucoup de déboires (la chimie n’était pas au point). Toujours est-il qu’ils ont re-laissé tomber, au grand dam des possesseurs de ces beaux appareils, qui y croyaient encore … un peu.

Que faire si vous en trouvez un ?

Soit vous êtes collectionneur et son achat peut s’intégrer dans une collection; soit vous êtes amateur de bel objet et celui-ci en est un; soit vous avez envie de pouvoir vous en servir et là …

Bref, selon la catégorie dans laquelle vous vous trouverez, ne dépensez quand même pas plus de 15€ pour un bel exemplaire, avec sa boite.

Et si vous avez l’âme bricoleuse, pourquoi pas essayer le 600 dans la cartouche ?

Pub de l’époque

Source : Collection-appareils, Porst 1986-87.

Videos d’illustration

Si vous voulez découvrir la gamme des appareils Spectra/Image, allez voir LA

Quelques références : http://theautomaticfilmmaker.com/blog/2010/8/5/the-polaroid-image-system.html, https://en.polaroid-passion.com/format-image-spectra-films.php?id=72, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Polaroid_Spectra, https://en.wikipedia.org/wiki/Instant_film#Integral_film en anglais; http://www.appaphot.be/fr/brands/polaroid-land-camera/polaroid-image-system/, https://www.autrefoislaphoto.com/musee/appareils-photographiques/polaroid/polaroid-image-system , https://www.evmag.fr/quel-film-pour-polaroid-image-system/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-12668-Polaroid_Image%20System.html, http://dg77.net/photo/tech/fastasph.htm (très intéressant sur les objectifs) en français