Si vous vous en souvenez, j’ai trouvé ces appareils chez un vide-grenier.

Tous les trois sont neufs, dans leur boîte avec leurs modes d’emploi et … des poussières !

Surtout le Diana, dont je ne pourrai, hélas, garder la boîte, trop abîmée (déchirée, qui a été dans l’humidité et porte des moisissures).

L’appareil en lui-même est aussi en mauvais état : sale, rouillé par endroit, avec le cerclage de l’objectif qui ne tient plus, un obturateur avec des tâches de rouille qui déclenche mais « à son aise ». Bref, je vais voir si je peux le récupérer, avec de la patience.

Les deux autres sont en fait des clones d’époque du Diana … enfin, si on veut car il s’agit en fait du même (ou presque) appareil mais badgés différemment. C’est là tout le sel de cette « découverte » : trouver en 2022 des appareils sortis il y a soixante ans, en plastique, mais neufs.

Je vous ai présenté le Diana F+, la version « moderne » de cet ancien best-seller chinois. Profitons-en pour parler du vrai, celui d’origine, le Diana tout court.

Petite mise au point de départ : l’original est le Diana, qui a existé en Diana F s’il était équipé d’un … flash !

Celui que je vous présente est donc un Diana, tout comme le Banner et le Anny, même si ce dernier a un look un peu différent.

Lomography a ressorti le Diana + (sans flash) et son fameux Diana F+ car ils ont choisi pour base l’original, surtout celui avec flash, auquel ils ont ajouté quelques fantaisies et améliorations.

Pour mémoire, c’est la Great Wall Plastic Factory de Kowloon, Hong Kong, qui a commis cet appareil, au début des années soixante. Voulu dès le départ comme un appareil bon marché, contrairement au Holga, il était avant tout destiné à l’exportation, notamment vers les Etats-Unis et l’Angleterre.

Pour vous donner une idée, l’importateur et distributeur américain le vendait par caisse de 144 appareils, à 50 cent US l’unité.

Les clients étant essentiellement des détaillants ou des intermédiaires pour créer des produits promotionnels.

Le Anny est, dans notre cas, siglé Reader Digest et il a été envoyé, sans doute comme cadeau, à un abonné en 1973.

Triste sort que d’être réduit à des cadeaux promotionnels, des lots de foire, de tombola … Il s’en est quand même vendu quelques uns, comme « vrais » appareils photos mais on pouvait douter de la sincérité des vendeurs par correspondance !

Si on en croit la légende, le Diana et ses clones immédiats ont vu leur production s’interrompre au seuil des années septante. C’était sans compter sur les copistes taïwanais, chinois et même hongkongais (on n’est jamais aussi si bien servi que par soi-même) qui ont continué encore quelques années.

Le fossoyeur de cet appareil mythique fut, notamment, le Kodak Intamatic, presque aussi bon marché mais tellement mieux fini et qui utilisait une nouveauté bienvenue auprès des photographes vraiment amateur, la cassette 126 qui était véritablement plus facile à charger que les films en 120 du Diana.

De nos jours, la firme Lomography est la seule à vendre ce Diana, il est vrai un peu amélioré, je vous renvoie à l’article que je lui ai consacré. Ils ont racheté les droits en 2007.

Mais, et je l’ai découvert en préparant cet article, un certain Greg Dash de Cyclops Cameras a lancé, en 2014, un projet participatif pour créer un Diana … digital. Mille appareils seront ainsi produit. Ce curieux phénomène s’appelait Rhianna (pour éviter les soucis avec Lomography) et s’est vendu 65 GBP pièce.

Source : Ebay

Que retenir de ce drôle de cube en plastique, souvent noir et bleu ?

Quand j’ai déballé le Banner, en voulant retirer le bouchon de l’objectif, j’ai eu la moitié de celui-ci en main, tout comme le cerclage métallique (si, si du vrai fer blanc chromé) du vrai Diana.

Construit trop vite, sans réelle volonté de garantir un minimum de qualité, les (mauvaises) surprises peuvent être légions : le tube de colle sera un précieux allié.

Fabriqué à partir de plastiques phénoliques de faible qualité, du type que l’on trouve couramment dans les jouets importés d’Asie dans les années 1960, ne vous attendez pas à de hauts standards de fabrication, ni même de constance dans celle-ci.

Au point de vue construction, l’avance du film est manuelle, avec une grosse molette, placée sur le dessus du capot, pas vraiment ergonomique, qui fait « clic » à chaque tour,

le tableau de bord, réduit à sa plus simple expression (appareil pas encore nettoyé) : la grosse molette pour l’avance du film et sur le côté de l’objectif, le déclencheur.

Ah, un point important : si la molette fait avancer le film, elle n’arme pas le déclencheur et ne se bloque pas à la vue suivante (hé, on n’est pas chez Rolleiflex ici, hein !). Il faut donc vérifier par la fenêtre rouge l’avancement des chiffres du film. Pas toujours évident, je vous le concède … mémoire de poison rouge, attention !

Le déclencheur est donc toujours « armé » et il suffit d’appuyer dessus pour faire la photo. La combinaison des deux permet les superpositions, volontaires ou non. Si vous êtes, comme moi, du genre distrait, gaffe car les surprises vont suivre !

Alors ne me demandez pas la vitesse d’obturation, elle varie non pas en fonction d’un quelconque réglage mais bien selon qui a construit l’appareil. Disons que ça fluctue entre 1/30 et 1/60 s.

La lentille, parlons-en de la lentille : c’est une lentille en plastique à ménisque très rudimentaire, qui ne couvre qu’imparfaitement la diagonale du film, ce qui a pour conséquence un vignetage assez prononcé et totalement aléatoire. Le manque de qualité de la lentille va aussi produire un contraste assez prononcé avec un rendu des couleurs étrange, sans compter les aberrations chromatiques et le flou, heu … artistique (?) de la chose.

Comme il n’y a pas de molette crantée pour l’avancement du film, celui-ci peut bouger, se coincer, ne pas avancer comme il le devrait. Bref, la aussi, surprise au menu !

La position de l’ouverture du diaphragme est confiée à trois pictogrammes – soleil, ombrageux, nuageux – via un petit levier dont la position est, comment dire, parfois fantaisiste (vérifiez toujours si l’ouverture est bien placée).

La version à 3 ouvertures propose des ouvertures de f11, f13 et f19, et – le luxe ! – il existe des filtres à clipser de 32 mm. Notons que la variante Diana Deluxe offre f 9, f 16 et f 22.

Si le Diana – enfin, l’appareil étiqueté ainsi – existe en plus de cinquante variantes similaires à la conception de base, il y eut plusieurs fabricants, plusieurs usines, qui n’ont pas utilisé toutes les mêmes plastiques (certains sont de meilleures qualités que d’autres), ou ont introduit de subtiles variantes à la physionomie générale (comme le Anny qui semble posséder une cellule), encore, certains ont ajouté des fonctionnalités comme une pause B (bulbb), la possibilité de réellement faire du 6×6 (le Diana Deluxe), par exemple.

Pour insérer une bobine de 120, vous devrez déverrouiller tout le dos de l’appareil, grâce à une clé sous l’appareil. Il ne tombe pas tout seul, il fut parfois l’aider un peu, pour le faire glisser hors des « rails » en plastique prévus pour assurer l’étanchéité à la lumière.

Faites attention, car les languettes sur lesquels vous allez placer le rouleau sont fragiles.

Bon, bobine de film à gauche (appareil ouvert devant vous) et bobine réceptrice vide à droite. Vous tirez lentement sur le film pour insérer la languette dans la bobine réceptrice, et vous tournez un peu pour vérifier que la pellicule s’enroule bien. Faites-y attention car, je le rappelle, il n’y a pas de roulettes d’entrainement. Si vous le mettez mal, ce sera la galère pour le faire avancer ensuite.

En images, c’est plus clair :

Bon, il s’agit d’un Diana F+ de chez Lomography, mais le principe n’a pas évolué (le vrai Diana n’a juste pas de mode Bulbb ni mode sténopé et on ne peut pas retirer l’objectif, enfin, heu … si, mais involontairement si ça a été mal collé !)

Voir les chiffres défiler à travers la pastille rouge n’est pas toujours aisé mais surtout, n’éclairez pas avec votre smartphone ou une lampe de poche, vous allez « griller » votre film (fuite de lumière assurée).

Ah oui, j’allais oublier de vous parler du viseur ! Son seul avantage est d’être à l’aplomb de l’objectif, un peu au dessus. Il ne contient, vous vous en doutez bien, aucune indication, même pas de cadre et à fortiori rien pour compenser la parallaxe. En fait, deux feuilles de simple plastique, sans grossissement.

-« Mais, me direz-vous à raison, qui voudrait d’un appareil aussi mal foutu ? »

Et bien par exemple le San Francisco Art Institute semble avoir été la première école à utiliser le Diana dans son programme de photographie en 1967-1968 comme moyen de stimuler la vision créative sans dépendre indûment des fonctionnalités et de la technologie de l’appareil photo. Ce sera au tour des étudiants de l’Université de l’Ohio à Athens ensuite, pour les mêmes raisons. Avec un point d’orgue quand une ancienne de l’école, devenue artiste confirmée, Nancy Rexroth, commis une exposition et un livre – Iowa – en 1976.

Si, de nos jours, beaucoup de photographes sont hantés par le piqué, le bokkeh, la précision chirurgicale, le rendu, etc. et acceptent de se plier aux réglages ardus de leur usine à gaz photographique, de nombreux autres ont envie de simplicité, d’approximation, de rêverie, sans prise de tête.

De fait, avoir ce « machin » en mains soit vous ôte tous vos complexes photographiques, soit vous bloque complètement (mais je vais avoir l’air idiot avec ce truc en mains !).

Si vous faites le pas, vous aurez envie de tester toutes les possibilités de réglages et comme elles sont « a minima », vous ne vous en préoccuperez plus, juste allez-vous vous concentrer sur le sujet.

Alors, tenté ?

Je vous résume ses qualités :

  • format photo normalement de 4×4, qui vous permet de faire 16 photos sur un rouleau de 120
  • ouvertures souvent de f11, f13 et f19
  • vitesses oscillants de 1/30s à 1/60s selon les modèles
  • possibilité de faire des surimpressions, volontaires ou pas
  • légèreté de l’ensemble (mois de 400gr avec le film, la courroie)
  • facilité d’utilisation vu le nombre de réglages proposés

Je passerai sur les défauts, vous les avez compris en lisant la « fiche technique ». Quoique certains auteurs insistent aussi sur de possibles fuites de lumière dues à l’assemblage un peu « rustique ». Le gaffer, je ne le dirai jamais assez, reste votre meilleur allié dans ce cas.

Est-ce un appareil à acheter ? Si vous en trouvez un en brocante, vide grenier ou dans un grenier, prenez-le, c’est tendance, surtout si c’est un vrai, de la belle époque (1960 – 1975).

Quant à acheter un Diana F+ de chez Lomography, pourquoi pas, ils ont fait l’effort de le rendre un peu plus agréable à l’emploi mais il n’est pas plus fiable que l’ancien, c’est la conception qui veut ça.

Mais c’est un appareil marrant, avec lequel on peut tout oser, ayant perdu vos complexes, l’œil au viseur.

Comme ma fibre « seconde main » me titille néanmoins, je dirais qu’il existe des appareils qui vous donneront les mêmes sensations, avec – souvent – une meilleure qualité d’image, ce qui n’empêche pas les fantaisies. Et comme ceux-là vous les trouverez pour une bouchée de pain, utilisez-les.

J’en ai déjà cité quelques uns dans la rubrique Lomographie, le dernier en date étant le Ferrania Euro

Petit résumé de mes trouvailles :

Si vous voulez contempler la plus grande collection de Diana, c’est par LA et ça vaut le détour.

Quelques images prises avec cet appareil ICI

Des références : https://lafillerenne.fr/blog/701/, https://www.lomography.fr/magazine/337781-diana-un-historique-rapide, https://microsites.lomography.com/diana/fr/galleries/detrich/ https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2406-Great%20Wall%20Plastic%20Factory_Diana.html en français, https://lensgarden.com/light/the-real-diana-camera-a-plastic-wonder/, https://analogsoulphoto.wordpress.com/2011/01/19/the-lovely-ladies-original-diana-camera-and-diana-f/, https://en.wikipedia.org/wiki/Diana_(camera)