Le Praktica MTL 5

Si l’on parle souvent de la déferlante des appareils nippons des années septante et quatre-vingt, qui a (presque) tout balayé sur son passage, il ne faudrait pas oublier les Praktica, fabriqués eux en Allemagne de l’Est (Dresde).

A la fin des années soixante, le géant des fabricants d’appareils photo est-allemand – je cite Pentacon, un conglomérat de plusieurs marques – a créé une gamme de reflex robustes et simples, qui ont fait le bonheur de plusieurs générations d’apprentis et de photographes.

Je vous ai présenté les Praktica LLC, Super TL 3, MTL3 et aujourd’hui le MTL 5.

Les MTL 3 et 5 ont été suivis par le MTL 5B en 1985 et, quelques mois plus tard, par le MTL 50, le dernier d’une longue lignée d’appareils photo Praktica utilisant la monture d’objectif M42. Quelques 35 ans après l’arrêt de la production, le MTL 50 est toujours un outil très utile pour tous ceux qui souhaitent se (re)lancer dans la photographie argentique. Les essais de ces appareils suivront sous peu.

Et je clôturerai ma découverte de ces boitiers par le BX 20, qui abandonne la célèbre monture visante M42 au profit d’une baïonnette, hélas propriétaire (même si une bague d’adaptation permettra d’utiliser les anciens objectifs).

Une des caractéristiques stylistiques de ces boitiers (hormis le dernier cité) c’est qu’ils … se ressemblent tous ! A part quelques petits détails cosmétiques, la robe reste quasi la même pendant près de 25 ans. Seules les « entrailles » changent au fur et à mesure des avancées technologiques.

Car il y en eut, que vous découvrirez dans les articles cités plus haut sur les différents boitiers déjà vus.

Le MTL5 est une évolution du MTL3, vieux de 5 ans au moment de sa sortie. La différence la plus évidente est le remplacement du revêtement en tablette de chocolat par un gainage lisse, de meilleur aspect, quoique les goûts et les couleurs …

Pourquoi dédaigne t’on ces appareils ? Sans doute la réputation des produits de l’ex bloc soviétique a t’elle précédé ces boitiers simples et robustes, faits pour durer et fonctionner même dans les pires conditions. Un seul exemple de ceci me vient à l’esprit : l’obturateur à lamelles métalliques, pas vraiment discret lors du déclenchement mais incroyablement fiable. Je pourrais aussi ajouter le fait qu’ils fonctionnent pour la plupart avec des piles, qui alimentent les cellules, mais en cas de panne de celles-ci, il est toujours possible de prendre des photos en passant au tout manuel. Ces boitiers étaient prévus pour travailler dans des fourchettes de températures allant de -10°C à + 40°C. Fiables vous disais-je …!

Pourtant, au fur et à mesure que les photographes amateurs, qui en avaient fait voir de toutes les couleurs à leurs valeureux boitiers, se perfectionnaient, ils les abandonnaient au profit des appareils japonais, devenus concurrents, plus « sexy » et généralement en matériaux composites dès la fin des années septante, début quatre-vingt.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écris : les appareils japonais n’étaient pas plus fragiles, dans des conditions normales d’utilisation.

Bref, en 1983, sortaient des chaines de production le MTL 5. En 1986, il sera remplacé par le MTL 5B, puis le MTL 50 au tournant des années nonante. Environ 574 000 exemples ont été construits avant son remplacement

Que nous propose ce Praktica MTL 5 ?

  • la mise au point est manuelle
  • son obturateur à plan focal à rideau métallique et déplacement vertical permet des vitesses de 1s à 1/1000s avec une synchronisation du flash au 1/125s, plus pause B, et il y a toujours la possibilité d’utiliser des anciens flashs à lampe (position 1/30s) – symbole d’une ampoule
  • sa cellule, alimentée par une PX 625 est à prépondérance centrale
  • réglée pour des sensibilités de 12 à 1600 Iso
  • la mesure de la lumière est TTL (c-.à-d. à travers l’objectif)
  • et vous actionnez cette mesure en appuyant sur un levier placé au dessus du déclencheur
  • posé lui aussi en façade du boitier
  • sa monture est à viser, au standard M42
  • il possède un retardateur de +/- 10 secondes
  • la mise au point se fait grâce à un stigmomètre (rond brisé) entouré de microprismes et d’un cercle en dépoli
  • le viseur est clair, avec juste une aiguille oscillant entre trois repères qui renseigne l’opérateur sur la qualité de l’exposition en fonction de l’ouverture du diaphragme, de la vitesses affichée et de la sensibilité de la pellicule

En résumé, que retenir de ce Praktica MTL 5 si vous en trouvez un ?

Tout d’abord, assurez-vous que ce soit bien un MTL 5 !

Eh oui, même moi je me suis fait avoir comme un bleu et ce n’est qu’en rédigeant un article qui paraîtra sous peu que j’ai découvert l’astuce. En effet, en Angleterre, le Praktica Super TL 1000 est re badgé MTL 5 par la pose d’un autocollant et si vous avez bien regardé les photos de mon « MTL 5 » il arbore cet autocollant et, surtout, quoique je l’aie écris dans les caractéristiques techniques, il ne possède pas de retardateur … comme le Super TL 1000 !

Et en plus, comble de la filouterie, cet appareil, acheté via Ebay, vient de la perfide Albion !

Donc, un vrai Praktica MTL 5 doit avoir son nom gravé et écris en noir sur la droite du couvercle supérieur et, surtout, il doit avoir un retardateur en façade.

Ceci étant, hormis le retardateur, les deux appareils sont similaires pour leurs autres caractéristiques

Ceci étant, je trouve qu’il est l’archétype du reflex, tel qu’on le concevait des années septante à quatre-vingt. Vous pouvez le comparer, en terme de formes, au Minolta SRT, au Canon FTB, au Nikon F, par exemple.

Il n’est pas le plus léger mais ce poids (relatif) le rend stable et facile à prendre en mains. Une bonne sangle de tour de cou est toujours à privilégier cependant.

La panoplie des objectifs compatibles est assez extraordinaire, la monture M42 étant considérée, en son temps, comme « universelle ».

Avec lui vous prendrez vos marques sans vous compliquer la vie, tout est à portée de main. Et si le déclencheur, posé sur la face avant, semble mis là étrangement, vous trouverez vite vos habitudes et remarquerez que c’est parfois un atout car vous aurez moins tendance à faire bouger l’appareil en appuyant dessus. Mettez votre main gauche sous l’objectif, portez le à votre œil et vous trouverez le bouton naturellement.

Les commandes sont « viriles » sans être dures; disons que l’on sent ce que l’on fait comme manœuvres : armement, déclenchement, pas d’hésitations à avoir.

Quant au bruit de l’obturateur, un « clong » bien net, il ne vous gênera pas dans la rue ni dans un concert de hard métal norvégien mais évitez les concours de chant !

Pour moi, c’est l’appareil « vintage » par excellence.

Un mot sur la pile, normalement une PX 625 au mercure, remplacée avantageusement par une PX 625 A (pour alcaline) ou une LR44 entourée d’un joint torique à laquelle vous aurez ajouté deux rondelles métalliques (ou, plus raffiné, une LR 44 dans un adaptateur que vous trouverez facilement sur le Net). Ça fonctionne très bien.

Réutilisable à l’envi, cet adaptateur accepte les LR44 (1,5v) et les piles Zinc-Air de 1,3v parfois mieux adaptées à certains appareils plus sensibles au différence de voltage (le Canonet QL 17 G III p. ex.)

Son prix est l’autre argument intéressant : vous pouvez en trouver sous les 50€ avec un objectif 50mm. Il faudra peut-être changer les mousses (mais faites un film test avant car ils sont généralement bien étanches) sous les 50€ mais ce n’est absolument pas une opération difficile (moins d’une demi-heure, nettoyage compris).

Si vous avez envie de (re)trouver les sensations de l’argentique simple et efficace, lancez-vous sur la trace des amateurs qu’ont peut-être été vos parents, voire grands-parents (et si c’est le cas, regardez dans leurs tiroirs, il y en a sans doute un qui traine là).

Petite video d’illustration

pour bénéficier de sous-titres dans votre langue, aller sur paramètres, cliquez sur « anglais généré automatiquement », puis traduire automatiquement et choisissez parmi celles offertes

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI e par LA (avec traduction en 3 langues dont le français)

Des références : https://camerapedia.fandom.com/wiki/Praktica_MTL_5, http://www.praktica-collector.de/209_Praktica_MTL5_PI.htm, https://www.blendernation.com/2020/12/18/behind-the-scenes-film-slr-praktica-mtl-5-model/, https://www.imagingpixel.com/p/praktica-mtl-5b.html, https://kosmofoto.com/2014/12/praktica-mtl-slr-review/ en anglais, http://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=12684, http://benber.fr/revue-express-praktica-mtl3/ en français

4 commentaires sur “Le Praktica MTL 5

  1. Bonsoir, Je viens de récupérer le MTL5 de mon père de 1984, quel beau cadeau ! ravie de reprendre cet appareil qui nous a photographié durant toute notre enfance 🙂 En revanche je souhaitais savoir si nous pouvions trouver une notice sur internet ? et quelles pellicules sont ok avec ? peu importe ? kodakGold 200 ISO 36 poses, bobine de 35 mm?Fujifilm – C200 – Pellicule Photo Argentique Couleur – Film 24×36 – 200 ISO ? merci par avance pour vos réponses. Cdlt Pauline

    • Holà, holà, que de questions !
      Bonjour Pauline, et je vous comprends, vous avez hâte d’essayer l’appareil, il vous rappelle de beaux souvenirs, dites-vous.
      Alors, dans l’ordre : avez-vous trouvé l’article que je lui ai consacré (https://latelierdejp.org/2021/02/03/le-praktica-mtl-5/) car vous y rencontrerez de nombreuses réponses et notamment le mode d’emploi en trois langues (en bas de l’article).
      Ensuite, au sujet des films, ce sont effectivement des 24×36, dis bobine de 135 ou 35mm. La marque importe peu, de nos jours, elles se valent plus ou moins toutes en terme de qualité.
      Simplement, la cellule de votre appareil réagit entre 25 et 1600Asa (ou Iso, c’est équivalent), donc vous avez intérêt à prendre des films qui entrent dans ces limites.
      Les plus courants étant les 100 ou 200Asa quand il y a du beau soleil (on dit que ce sont des films lents) et s’il fait plus sombre, comme à cette époque, vous choisirez du 400Asa, voire du 800Asa si vous voulez travailler sans flash (on dit que ce sont des films rapides).
      Le nombre de poses va dépendre de votre patience à découvrir les images captées car on épuise plus vite un 24 poses qu’un 36.
      Disons que si vous voulez découvrir l’appareil, commencez par des 24 vues.
      Où acheter ces films ? Amazon et Alibaba ne sont pas de bonnes références. Privilégiez plutôt le photographe pas loin de chez vous, qui pourra dans un premier temps vous conseiller si besoin. Ensuite quelques sites intéressants comme Lomography Shop (ils offrent des tas de films avec des effets amusants et /ou sérieux), les sites de Retrocamera.be ou fotoimpex.de sont des mines qui vendent à prix raisonnables (attention aux frais d’envoi si vous n’achetez qu’une pellicule).
      Selon que vous aimiez la couleur ou le N/B, je vous suggère aussi d’aller visiter le site https://histoires-de-photos.com/ car Frédéric qui l’anime y donne des tas d’informations intéressantes sur quelques films qu’il utilise. Et si vous habitez aux environs de Lille, sachez qu’il donne des formations sympas et très abordables sur l’utilisation des appareils argentiques.
      Encore une chose, la pile pour ranimer la cellule de votre appareil : soit vous achetez une PX625 moderne, soit vous faites l’acquisition d’un adaptateur que vous alimentez avec des LR 44 très communes (les explications sont dans l’article précité).
      Voilà, voilà … j’espère avoir répondu à vos attentes. Si ce n’est pas le cas, revenez vers moi via le formulaire de contact et je pourrai vous répondre par mail si les explications doivent être plus longues.
      Bonne découverte et bonnes photos.
      Cordialement

  2. Si je ne m’abuse, le Praktica MTL5 est encore prisé par une partie des jeunes adeptes de la photo argentique. On voit passer pas mal de portraits avec cet appareil sur Instagram. Belle fiche détaillée JP. Un régal à lire.

    • Merci Fred, oui, les Praktica sont de vénérables et véritables appareils école, le MTL 5 étant un « chouchou », quoique les autres (et ils se ressemblent beaucoup) n’aient pas à rougir.

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