Au hasard de la vie, il est parfois des découvertes amusantes.

En quelques mots, nous mettions de l’ordre dans l’accumulation de biens de nos parents, âgés et dans une mauvaise passe au point de vue santé.

Et dans le capharnaüm d’un vieux banc d’église (oui, ils aiment les antiquités !), je trouve une boite noire qui me rappelle quelque chose : ça y est, je viens de retrouver le vieux Canon Ftb Ql des parents et de mes débuts !

Fébrile, j’ouvre la boite et tombe nez à nez avec un Canon … AE-1 dont j’ignorais l’existence !

Je ne peux pas dire que je suis déçu, l’appareil est beau mais ça veut dire que je repars à la recherche du Ftb Ql. Sage précaution, la pile n’est pas dans l’appareil, mais elle est morte, et je n’en ai pas en stock me semble-t’il. Zut, il va falloir en trouver une pour être certain que tout fonctionne.

Non loin de cette boite, je découvre aussi un panier, plein d’accessoires anciens, accumulés là aussi : une ancienne cellule à main, des filtres (qui doivent être pour un Rolleiflex, l’appareil qui fut dérobé à mes parents avant leurs aventures en Canon), un vieux flash avec des filtres de couleurs, des lampes flash, de petits sacs pour porter des films, … bref, tout ce qui accompagnait les photographes des années septante.

Là encore, dans sa boite, une mini table lumineuse qui servait, je m’en souviens, au montage des dias dont mes parents étaient friands.

Plus au fonds du banc, un carton avec des objectifs à monture Canon Fd … mais c’est la caverne d’Alibaba ce truc !

Bon, réfléchissons : finalement, ça tombe bien, j’avais envie de vous parler de cet appareil qui fait tant parler de lui et dont les prix s’envolent depuis deux – trois ans (difficile d’en trouver un sous les 150€, et je ne parle pas des versions noires au prix stratosphériques).

De fait, lors d’une brocante, un exposant m’en avait donné un dont la porte arrière était bloquée, la molette de rembobinage s’étant fait la malle (elle était à l’intérieur de la chambre, heureusement), mais fonctionnel. A ceci près que la dite porte ayant été forcée, le verrou était cassé. Il me fallait trouver une épave pour le faire repartir.

Mais là, celui des parents est intact et avec même son classique 50mm F1,8 Fd…. et un film Fuji à l’intérieur (6 photos). J’ignore depuis quand il est là ce film, mais je vais le terminer, on verra bien.

Faudra que je me trouve un créneau pour aller voir Fred, d’Histoires de photos, car il organise des sorties dans Lille avec ce type d’appareil pour (re)découvrir ce boitier devenu mythique et le plaisir de la photo N/B en argentique. Si vous aussi ça vous intéresse, voyez, c’est ICI que ça se passe.

Bon, j’ai enfin trouvé une 4LR44, que j’ai glissée dans la petite porte sur le devant. Ah, la cellule semble reprendre vie mais il semble bloqué car il ne déclenche pas et impossible de réarmer ! Serait-ce le déclencheur électromagnétique qui fait des siennes ?

Mais avant d’aller chercher plus loin, peut-être quelques explications sur l’engin pour ceux qui voudraient en acquérir un.

Quelques mots sur la famille d’abord : le AE-1 vint au monde en avril 1976 et il eut des frères et un cousin. Les frangins : le AT-1, présenté en 1977 n’avait pas le contrôle d’exposition automatique, le AV-1 (1979) fut une version simplifiée, plus abordable, tandis que le A-1, apparu en 1978 fut le grand-frère, multi-priorités, manuel, tout automatique, bref, parfait en son temps.
Quant au cousin, ce sera le AE-1 program, fils du célébrissime Canon A-1, qui ajoutera à ses fonctions un mode Program où l’appareil vit sa vie, ce qui ne plait pas à tout le monde.

Le Canon AE-1 a été le premier appareil de la marque à proposer un mode semi-automatique piloté par un micro-ordinateur. C’est un appareil facile d’utilisation qui trouvera des millions d’acquéreurs pour forger sa légende

Mais qu’avait-il de plus que les autres pour s’imposer ?

Déjà un design bien pensé, rationnel et ergonomique, qui permet de prendre rapidement le boitier en mains, notamment grâce aux commandes qui sont regroupée sur le dessus et la façade du AE-1.

Ensuite, cette technologie qui fait toute la différence. Le contrôle de l’exposition est confié à un véritable micro-ordinateur (nous sommes en 1976, pour mémoire !) que le mode d’emploi décrit comme « unité de traitement centrale comportant deux circuits intégrés et un circuit LSI doté d’un I2L (circuit de logique intégré à injection directe de porteurs (page 9 du mode d’emploi en français renseigné plus bas).

Heu … bon, le tout, c’est que ça fonctionne après tout.

Le Canon AE-1 est un priorité vitesse. Je vous avoue que pour ma part et ma pratique, je préfère une priorité ouverture mais pour les personnes qui aiment une photographie plus dynamique, ce sera parfait.

Mais commençons par le début : comment fonctionne-t-il ce Canon AE-1 ?

Rappelez-vous d’abord qu’il est « électronique », ce qui veut dire que sans pile, point de déclenchement. Il va donc falloir insérer une 4LR44 dans le logement sous la porte, devant, à côté de l’objectif. Le « + » vers le haut. Un petit truc pour vous faciliter la vie : insérer la pile côté négatif d’abord puis appuyez sur le haut de celle-ci pour l’entrer dans le logement.

Vous pouvez tester votre pile en appuyant sur le bouton noir sur le capot. Sur l’échelle, dans le viseur, l’aiguille se positionnera au niveau de l’ouverture 5,6 si votre pile est ok.

Tout est en ordre ? Il ne vous reste plus qu’à insérer un film dedans. Pour ce faire, tirez sur le levier de rembobinage et la porte arrière s’ouvre sur la chambre, classique. Quoique qu’il n’y ait pas ici de système QL (pour quick loading), le chargement est aisé : vous insérez la cartouche à gauche, tirez le film dont vous glissez l’amorce dans la fente de la bobine réceptrice, en veillant à ce que le film se place bien sur les roulettes d’entrainement, armez une fois pour bien enroulez le film, puis fermez le dos, déclenchez et réarmez une ou deux fois, c’est prêt. Ah oui, encore un petit truc « à l’ancienne » : reprenez la manivelle de rembobinage et – délicatement – faites le mouvement d’un rembobinage pour bien tendre le film dans la chambre. Ce mouvement, associé à la plaque de pression, assure la planéité du film et une meilleure précision lorsque vous prendrez une photo..

Puisque nous en sommes au film que vous venez de mettre dans le boitier, n’oublions pas de régler la cellule avec la sensibilité de ce dernier. Ouvrez le levier d’armement en position d’attente (un peu décalé du boitier, à 30° pour les précis) et soulevez la roue dentée qui est dessous, en tournant celle-ci jusqu’à ce que vous indiquiez le chiffre de la valeur Asa (de 25 à 3200) en face du repère vert. Pour les éventuels distraits, Canon a pensé à une petite fenêtre sur le dos de l’appareil, dans laquelle vous pourrez glisser le bout de carton de la boite du film, avec les indications utiles du type de pellicule utilisées.

Quand vous serez au bout de vos 24 ou 36 vues, pour rembobiner, il faudra appuyer sur le petit bouton qui est sous la semelle et tourner la manivelle en sens inverse. Si vous n’allez pas trop vite et êtes attentif, vous pourrez « sentir » le moment où le film quitte la bobine et arrêter de tourner. Ça laisse juste un bout de l’amorce en dehors. Utile si vous voulez faire des doubles expositions (voir Histoires de photos pour cet exercice intéressant).

Le viseur est assez classique : un télémètre à coïncidence et microprismes trône au milieu. On s’habitue vite à rétablir les 2 lignes brisées pour obtenir une photo nette même si ça demande un peu d’entrainement pour ceux qui n’ont jamais utilisé un ancien appareil argentique. Sur la droite, une échelle avec une aiguille qui indique l’ouverture choisie par le micro ordinateur, avec une zone rouge en haut (surexposition) tandis qu’en bas, c’est une diode clignotante qui indique un risque de sous exposition, ou une vitesse hors du champ de couplage de l’appareil, compte tenu de la sensibilité du film. Un petit « M » clignote aussi quand vous quittez la position automatique de l’objectif (le mode Manuel).

Comme je l’écrivais plus haut, le Canon AE-1 est un « priorité vitesse« , ce qui veut dire que l’appareil, lorsque vous avez positionné la bague de l’objectif sur A, va déterminer pour vous l’ouverture du diaphragme adéquat grâce à l’analyse faite par sa cellule. Il tient compte pour ce « calcul » de la vitesse choisie, de la sensibilité du film et de la luminosité de la scène. Vous êtes alors en mode « semi-automatique » et la cellule travaille avec une mesure intégrale à prépondérance centrale (toute la scène est analysée avec une intention particulière pour le centre)

Lorsque vous quittez la position A sur l’objectif, vous passez en mode manuel et vous choisirez vous-même l’ouverture et la vitesse. Mais le boitier vous aide quand même encore en vous donnant les indications dans le viseur avec les signaux lumineux de sur ou sous exposition.

Les vitesses, que vous réglez avec la molette sous le déclencheur, vont de 2 secondes ou 1/1000éme sec. plus une pause B, pour les pauses longues (avec trépied). Si la molette tourne dans les deux sens, elle ne fait pas un tour complet.

Voilà, c’est tout … à moins que j’ajoute que vous pouvez aussi vérifier la profondeur de champ avec le bouton plat, à gauche de l’objectif, qui vous donnera une image à « diaphragme fermé » permettant de voir la profondeur de champ (mais honnêtement, la vison sera très sombre). Pour débloquer le loquet, appuyez sur le petit bouton argenté.

Le bouton poussoir de test de profondeur de champ.

Ah oui, et encore un petit bouton bien utile, celui qui est sur le fut de l’objectif et qui permet de se sortir des mauvais pas quand le contraste est très fort sur votre image, comme par exemple lors d’un contre jour.. L’appui sur ce bouton permet d’effectuer une correction d’exposition. Vous dégagez la bague de la position A, vous appuyez sur le déclencheur à mi-course pour obtenir l’indication de ce que le boitier vous préconiserait comme ouverture, puis vous actionnez le bouton de correction d’exposition. Ensuite vous revenez en position A et vous reportez l’ouverture donnée.

Si je résume : vous portez l’appareil à l’œil, vous réglez la netteté en faisant coïncider les deux demi-cercles du viseur, vous appuyez à mi-course sur le déclencheur, la cellule vous détermine une ouverture dans le viseur, que vous reportez sur l’objectif, et clic-clac, c’est dans la boite !

Il y a encore le retardateur, que vous actionnez en poussant vers l’avant le bouton de verrouillage/déverrouillage du déclencheur.. Vous avez 10 secondes pour apparaître sur la photo !

Le déclencheur est « électromagnétique » – un petit électro-aimant le commande – et de ce fait il est non seulement très doux mais aussi assez silencieux. Pas de déclenchements intempestifs à craindre car il y a une position « fermé »(L pour lock) pour éviter de déclencher quand l’appareil est armé.

Hélas, c’est aussi par là que l’appareil peut « mourir » et je crains que celui que j’ai retrouvé ne soit en état de mort « magnétique ». Mais ça se répare, pour autant que vous ayez un autre appareil à cannibaliser, et ça tombe bien, j’en ai un et deux videos pour savoir comment faire (je vous les ai aussi mises ci-dessous).

Bon, que cela ne vous empêche pas d’en acheter un si vous en trouvez à un prix raisonnable. Sachez que d’autres appareils qui utilisent la même technique ont le même soucis : ils ont presque 50 ans, ne l’oublions pas… et ils se réparent de la même manière.

Le Canon AE-1 pouvait être motorisé (avec le Power Winder A) et il adoptait alors une cadence de 2images/sec. Une série de flashs lui était aussi dédié, les Speedlites O11A, 155A, 166A, 177A, 188A, 199A, 533G et 577G (ouf !) totalement synchronisés. Ah, et un dos dateur aussi (ça vous pouvez laisser tomber car impossible de mettre une date des années 2000 – dites-vous que ça tombe bien, car j’en ai vu à vendre 69€ ! Non mais faut arrêter de vous prendre pour des pigeons, non ?)

Si vous êtes ok, petit checklist (de l’édition américaine, un régal)

Encore un mot au sujet des optiques car elles sont d’excellente qualité avec la monture FD (même si l’ancienne FL est toujours compatible). Vous y trouverez votre bonheur à toutes les focales, à des prix raisonnables mais le must reste sans doute les focales en 50mm, dont le très classique mais très bon f1,8 ou un f1,4 magnifique, voire un f2 SSC superlatif.

En résumé, un appareil relativement compact (590 gr tout nu), costaud et fait pour durer qui, s’il a fait les beaux jours de nombreux photographes dans les années septante et quatre-vingt, continue la légende de nos jours. La construction de cet appareil, grâce à l’électronique, a « perdu » 300 pièces comparé à un Canon Ftb, le best seller précédent à mesure TTL. De plus, une plus grande automatisation de sa fabrication a permis de produire un appareil photo à faible coût doté de fonctionnalités haut de gamme, un appareil à mesure automatique, peu courant à l’époque.

Vendu à plus de 1.200.000 exemplaires, il n’est pas vraiment rare, pourtant les prix grimpent, grimpent … et je ne vous parle pas des versions noires, qui atteignent la stratosphère !

Lui manquait-il quelque chose ? Sans doute l’automatisme complet mais débrayable que le A-1 amènera. Le AE-1 program, son cousin, améliorera l’automatisme avec son mode P et la précision de la cellule. Mais c’est une autre histoire …

C’est un bon boitier, avec lequel vous pourrez bien apprendre/vous amuser. Les images qu’il délivre sont très bonnes (notamment grâce aux optiques Canon Fd). S’il a eu tant de succès à l’époque; ce n’était pas pour rien.

Un mot, une fois n’est pas coutume, sur le mode d’emploi de cet appareil (que vous trouverez plus bas). C’est un régal de concision (80 pages) et de conseils utiles, qui donnent envie de prendre des photos, pas une aspirine ! Même le fonctionnement de l’échelle de profondeur de champ (p. 50) des objectifs.est expliqué.

Et la version américaine que je vous mets aussi ici plus bas est un régal.

Il me reste à vous souhaiter d’excellentes photos.

Ceci étant, lorsque je rédigeais l’article, je cherchais une nouvelle pile, celle que j’avais mis dans l’appareil étant finalement au bout du bout …

Et j’en ai trouvé quelques unes. Immédiatement, j’en ai glissé une sous la porte du AE-1 et …. tout fonctionne parfaitement, ouf ! Mais, pour être tout à fait honnête avec vous, j’ai dû « trafiquer » un peu les 2 appareils : celui découvert chez mes parents ne répond plus, malgré une pile bien chargée, tandis que l’autre oui. J’ai donc « emprunté » la porte arrière du premier pour la monter sur le second et quand j’aurais compris comment la démonter, je changerai aussi la petite porte de la trappe à pile, cassée sur le second et intacte sur le premier.

Comme je l’écrivais, sans pile, rien ne fonctionne : pas de déclenchement, pas de réarmement possible. Prenez la précaution d’en avoir toujours au moins une de réserve, au cas où.

Et donc, comme je le précisais, je vais terminer le film entamé qui est dans la chambre (que j’ai « transvasé » du premier appareil dans le second), je ne sais quand . Ah, j’aime bien ces surprises là moi !

Petites videos d’illustration

Les spécifications techniques :

  • Appareil photo reflex à obturateur à plan focal
  • Objectif normal Canon FD 50mm f/1.4 SSC ou FD 50mm f/1.8 SC
  • Obturateur à plan focal à quatre axes et déplacement horizontal avec rideaux en tissu. X, B, 2, 1, 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/250, 1/500, 1/1000 s. Toutes les vitesses sont contrôlées électroniquement. Retardateur intégré (avec LED clignotante).
  • Contacts de synchronisation Flash Sync X- sync avec prise allemande et griffe porte-accessoires.
  • Viseur Pentaprisme fixe au niveau des yeux. Grossissement 0,86x (EX 50 mm), couverture verticale de 93,5%, couverture horizontale de 96%. Télémètre à image fractionnée entouré d’un télémètre à microprismes au centre avec un écran mat de Fresnel. Aiguille de mesure d’exposition, échelle d’ouverture, avertissement de surexposition, aiguille de mesure d’ouverture arrêtée et indicateur de vérification de la batterie et voyant d’avertissement de sous-exposition fournis.
  • Contrôle le SPC pour la mesure TTL à pleine ouverture avec une mesure manuelle AE à priorité vitesse d’obturation ou TTL à aiguille de correspondance arrêtée (moyenne pondérée centrale). Plage de compensation d’exposition de +1,5 EV. Plage de mesure à 100 ISO et f/1,4 : 1 à 18 IL. Plage de vitesse du film de 25 à 3 200 ISO.
  • Source d’alimentation : une pile à l’oxyde de mercure 4G-13 6 V (heureusement introuvable de nos jours) ou une pile alcaline 4LR44
  • Chargement du film : bobine réceptrice à fentes
  • Avance avec une course de 120° du levier supérieur (possibilité d’armer par petits coups). Position d’attente à 30°. Moteur Power Wind A également en option.
  • Compteur de vue : se réinitialise automatiquement lorsque le dos de l’appareil photo est ouvert.
  • Taille et poids : 141 x 87 x 48 mm, 590 g

Pour le mode d’emploi, vous avez le choix ICI ou LA (celui-là, je vous le recommande tout particulièrement, même si en anglais, vous comprendrez pourquoi en le lisant !) et LA

Des références : https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_AE-1, https://www.filmisundead.com/test-reflex-argentique-canon-ae-1/, https://focale-alternative.be/blog/canon-ae-1-program/, https://appareilsphotosargentiques.com/blogs/blog/canon-ae1-vs-canon-a1-quelles-sont-les-differences, https://benber.fr/presentation-du-canon-ae-1/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-962-Canon.html en français, https://global.canon/en/c-museum/product/film93.html, https://www.kenrockwell.com/canon/fd/ae-1-program.htm en anglais