Si vous en souvenez, j’ai publié un article sur un sujet semblable avec L’Oeil du photographe de John Szarkowski.

En fait, c’était il y a quelques jours, le temps que je termine ce nouvel ouvrage.

Nouvel ouvrage, tout est relatif, il fut publié par les éditions Marabout Université en 1975, après avoir été l’objet d’une thèse en 1962 et 1968.

Ce qui m’a frappé en lisant ces deux livres l’un à la suite de l’autre, c’est une certaine concordance dans les idées, même si celui que je vous présente est avant tout, comme son titre premier le désignait, l’ébauche « d’une grammaire élémentaire de l’image ».

L’auteur y développe un concept qui de nos jours semblent évident : l’avenir sera un monde d’images, au détriment de l’écriture, car l’image a une portée universelle, au delà des mots, qui ne sont pas les mêmes dans les différents pays.

Mais pour que cette nouvelle écriture soit compréhensible pour toutes/tous, il convient de créer une grammaire qui soit elle aussi universelle.

De fait, l’auteur invite à ce que les « lecteurs » s’initient au décodage des images, pour qu’ils les comprennent et n’en soient pas « victimes », manipulés par les reporters, les médias, la publicité.

Une idée généreuse, loin d’avoir été suivie – y a-t-il des cours pour apprendre aux enfants, aux adultes, les codes utilisés dans la grammaire des images qui nous submergent ? – et qui expliquerait la suprématie, aujourd’hui, de ce monde d’images qui nous « influence » sans que nous puissions en décoder les messages précis qui y sont cachés.

En résumé, l’auteur préjugeait de la capacité de l’image à nous manipuler, de l’utilisation qui allait en être faite par les publicistes, notamment.

Plein d’utopie et d’espoirs, ce livre est un manifeste pour l’utilisation d’une nouvelle forme de communication car l’auteur percevait parfaitement le basculement qui était en train de s’opérer aux tournant des années soixante : le monde de la lecture était supplanté par celui des images, fixes ou animées, relayé par des moyens jamais vus auparavant, tels la diffusion massive de magasines, envahissement de la télévision dans les foyers, mais aussi l’utilisation de l’image dans la scénographie muséale pour apporter la culture au plus grand nombre, la publicité comme moyen de vente de plus en plus performant, etc.

Il ne savait pas qu’une forme encore plus performante allait prendre forme vingt ans plus tard : Internet n’était pas encore à l’ordre du jour, ni les ordinateurs personnels !

C’est un petit livre étonnant, que vous ne trouverez sans doute pas facilement, et c’est dommage. Mais si vous tombez sur un exemplaire, lisez-le, c’est enrichissant.

La Photo, art et langage, Albert Plécy, éd. Marabout Université (1975), 217ème volume de la collection. Le titre original de l’ouvrage est « Grammaire élémentaire de l’image », publié hors commerce sous forme de thèse à l’Ecole Estienne en 1962 et 1968.