Une brocante un peu pauvre en appareils photo (comme souvent, hélas !), et puis, soudain, quatre étuis en cuir avec de vieux appareils à soufflet : un Franka, un vieil Agfa, un inconnu et le Zeiss Ikonta.

J’ai hésité, mais mon petit porte-monnaie a été plus raisonnable et je n’ai pris que le Zeiss.

Avec son « sac tout prêt » en cuir bien patiné, il est magnifique, comme au premier jour. Ah, ils savaient construire solide et élégant à cette époque !

Il a existé un Zeiss Ikonta B 521/16 considéré, dans la série, comme un modèle d’entrée de gamme car il est équipé d’un Novar-Anastigmat de 75mm ouvrant à f4,5 et d’un obturateur Klio qui donne les vitesses de 1s à 1/200s plus pause B.

Si l’appareil que j’ai acquis présente bien un Novar-Anastigmat de 75mm ouvrant à f4,5, il est équipé d’un obturateur Prontor-S qui « monte » au 1/300s. Il reste considéré comme entrée de gamme, toutefois.

Franchement, du « bas de gamme » comme ça, j’en veux bien tous les jours !

Si vous vous en souvenez, je vous ai présenté le Zeiss Ikon Super Ikonta 531/2 il y a peu de temps.

Ici nous parlerons de l’Ikonta B 521/16 (oui, je sais ce n’est pas très « vendeur » comme nom mais c’est précis …. et Allemand !), le modèle qui l’a précédé.

Mais situons-le dans le temps. Car il est assez proche du Voigtländer Perkeo I que je vous présentais il y a peu.

Les foldings, Klappkameras ou soufflets utilisant du film 120 sont restés au catalogue de la marque de 1937 à 1953. Belle longévité, non ?

De fait, il y eut quatre générations de ces appareils à soufflet, au fur et à mesure des évolutions techniques, et en tenant compte des sursauts historiques de ces années-là.

La première, le 520/16 se sont des folding horizontaux, qui reprennent de fait l’orientation des vieux Nettar 6×9 cm. Elle apparaît en 1937.

Pour être remplacée rapidement, dès 1938, par la série des 521/16, qui propose un système pour éviter les doubles expositions involontaires. Cette série sera fabriquée jusque la fin de la seconde guerre mondiale, vaille que vaille.

La troisième série démarre en 1946, qui reprend les numéros 521/16 et qu’il est difficile de distinguer de la précédente

Quant à la quatrième série, ou génération, elle débute en 1951 sous le nom de 523/16 ou Ikonta II. Elle diffère des précédentes car le capot intègre cette fois le viseur.

Mais revenons à celui que je vous présente aujourd’hui. C’est bien un Zeis Ikonta 521/16, avec protection contre la double exposition, ce qui me laisse penser qu’il est de 1945 – 46 car il n’a pas encore de griffe pour accessoire.

Cet exemplaire, comme je l’écrivais plus haut, est une version d’entrée de gamme car « il n’est équipé que d’un Novar-Anastigmat » de 75 mm f/4,5 à 3 éléments dans un obturateur Prontor-S monté sur jante avec des vitesses allant de 1s jusqu’à 1/300 s. L’ouverture minimale est de f22 ce qui autorise l’utilisation de films modernes, forcément plus rapides qu’à l’époque

Le haut de gamme était équipé d’un objectif Tessar avec un obturateur Compur

Pourtant ce Novar, qui est un triplet, c-à-d. trois lentilles en trois groupes est un objectif « historique ». C’est un fabriquant de Dresde, Hütting, qui le produisait au tout début du XX siècle. Cette société sera absorbée par ICA en 1909. Et ICA faisait partie des autres grands (Ernemann, C.P. Goerz et Contessa-Nettel) qui formeront Zeiss Ikon en 1920. Le Novar, toujours sous forme de triplette chez Zeiss Ikon existera en f6,8, f6,3, f4,5 et f3,5. Pour la petite histoire, se sera aussi un objectif pour agrandisseur.

Il n’a pas l’aura d’un Tessar mais il n’en demeure pas moins un excellent objectif.

Pour en terminer avec ce chapitre, il faut se remémorer que Zeiss Ikon fabriquait les appareils photo et Carl Zeiss était un opticien. Dès lors, lorsque le premier développait un nouvel appareil, il établissait un cahier des charges précis au sujet des optiques, qui était soumis à différents opticiens. Lorsque les formules étaient plus sophistiquées, c’est généralement Cark Zeiss qui emportait le marché, ou Schneider-Kreuznach. Pour les formules plus « populaires », comme le Novar, c’est Goerz ou Rodenstock à qui Zeiss Ikon faisait appel.

C’aurait pu être pire, non ?

Toujours au sujet de ces appareils, ceux d’avant guerre conservent une qualité de fabrication qui se perdra un peu par la suite car à la fin de la guerre, tous les brevets allemands seront déclarés du « domaine public » au titre de dommages de guerre. Ce qui permettra aux Japonais, notamment, de copier allègrement et en toute légalité les fleurons allemands de la photographie et de rafler les marchés.

L’industrie photographique allemande se verra ensuite contrainte de revoir à la baise ses critères de qualité pour rester dans des coûts de vente abordables. Ils inventeront de nouveaux matériaux, de nouvelles méthodes de fabrication mais il n’atteindront plus la « qualité d’avant guerre » ni la place de leader dans les ventes d’appareils photo. L’Histoire a des revers terribles.

Bon, allons voir de plus près comment fonctionne cet Ikonta.

Pour cela, je le désolidarise de son sac tout prêt et je constate, en passant, que le pas de vis de la douille pour le fixer sur un trépied, p. ex., est assez gros. Si on veut le mettre sur un pied moderne, il faudra trouver un adaptateur. Notez aussi les deux « boutons » en dessous, qui servent d’assise mais surtout se soulèvent pour y glisser la bobine de film et la bobine réceptrice. Je note – c’est là qu’on voit la recherche du détail – que ces deux pièces sont enchâssées dans le dos lorsqu’on le ferme, empêchant ainsi toute fuite de lumière possible.

Sur le dessus de l’appareil, de belles pièces chromées : la molette de bobinage, le déclencheur, le viseur pliant et à l’autre extrémité, une pièce qui ne sert qu’a tenir un anneau de fixation, bien ouvragé. Entre le viseur et cet anneau, un petit bouton qui, lorsqu’on appuie dessus, libère la porte derrière laquelle se cache le soufflet et l’objectif.

La mécanique est impeccable car il se déploie tout seul.

Sur le dessus, le viseur s’ouvre lorsqu’on appuie sur un minuscule mais efficace petit bouton.

Et si vous regardez bien, il y a deux verres dans le viseur, qui « rapprochent » les sujets, sans rien déformer.

Le déclencheur est à côté de la manivelle de bobinage, avec une demi-lune qui se soulève pour une meilleure préhension. Le déclencheur est fileté si besoin d’un câble. Attention, ce déclencheur ne fonctionne que si vous avez armé le levier situé sur la jante de l’obturateur, autour de l’objectif.

Lorsque vous tournez d’un quart de tour la manivelle, vous entendez le « clic » de l’armement du déclencheur. Cette astuce permet des doubles expositions mais avec un décalage du film.

Pour ouvrir le dos, une tirette sur le côté gauche que vous descendez et la porte s’ouvre.

Puisque nous en sommes à parler du dos, remarquez la fenêtre rouge inactinique, que l’on peut masquer en cas d’inactivité de longue durée. Cette fenêtre sert aussi de compteur de vue puisqu’elle permet de voir l’avancement du film.

Notez le nom de l’appareil, embossé dans le cuir du revêtement : le nom à gauche, le modèle à droite. Le numéro de série est gravé sur la tranche à l’extrême droite. Il s’agit du P 49416 plus le poinçon de la marque Zeiss pour cet exemplaire.

Un mot sur l’objectif, entouré de l’obturateur, la pièce maitresse de l’appareil.

Ici l’échelle de distances est en mètres. Les vitesses vont de 1s à 1/300s plus pause B. Le petit levier d’armement est sur le dessus. Lorsque vous pressez le déclencheur sur le capot, un mécanisme précis va actionner le déclencheur de l’obturateur. Le petit levier, en dessous, avec le point rouge, est celui du retardateur (plus ou moins 12,secondes). L’ouverture se règle aussi sur la jante de l’obturateur (de f4,5 à f22).

Pour changer, les filtres sont ici à viser (pas à clipser comme sur le Voigtländer), au diamètre de 35,5mm. Vous pouvez aussi y monter un pare-soleil car les optiques ne sont pas traitées et elles sont sensibles au flare.

Il est clair que vous avez intérêt à prédéfinir la zone de prise de vue, la profondeur de champ étant indiquée par des repères sur la couronne.

Le propriétaire précédent se simplifiait la vie car il avait noté les ouvertures utiles selon le temps qu’il faisait dans le rabat du sac tout prêt. Des « copions » d’époque !

Tiens, une chose m’intrigue quand même : partout je lis que cet appareil était un 6×6. Or, dans la porte du mien, il est noté B2 – 6×9. Si le cadre de la chambre semble être un 6×6, le presse film est clairement un 6×9. Un exemplaire de transition ou un dos remplacé à un moment ou un autre ?

Là j’avoue que je n’ai pas trouvé d’infos utiles à ce sujet. Mais je creuse …

En résumé, que penser de cet appareil ?

Il est beau, très agréable à manipuler, avec une sensation de robustesse (n’est-ce qu’une sensation ? près de quatre-vingt ans après, il fonctionne toujours impeccablement), très compact et facile à porter dans un sac voire une poche (solide vu le poids de l’engin).

Sa forme déroute un peu car nous sommes tellement habitués à la forme soit des télémétriques à la Leica ou à celle des reflex. Un appareil à soufflet change la donne.

Et je dirais ici qu’heureusement la porte s’ouvre vers l’avant, ce qui facilite la prise en mains (je faisais la remarque inverse avec le Super Ikonta avec son soufflet qui s’ouvre sur la gauche) et la stabilité lors de la manipulation.

Toutes les commandes sont faciles et fluides. Cependant, elles sont réduites à l’expression de la photographie d’antan : une vitesse, une ouverture, une distance.

Vous pouvez compléter tout ça avec un télémètre indépendant, une cellule à mains ou faire « comme avant » : travailler par zones de distance (à pré-régler en tenant compte de la profondeur de champ) et la règle du Sunny 16 pour l’ouverture.

Notre bon Monsieur Van de Wilde avait résumé tout ça dans le rabat du sac tout prêt, reprenons les :

temps sombrevitesse 1/25souverture f4,5
temps nuageuxvitesse 1/50souverture f5,6
temps clairvitesse 1/100souverture f5,6 – f8
plein soleilvitesse 1/100souverture f8
mer (neige que j’ajoute)vitesse 1/100souverture f8 + filtre rouge

J’imagine qu’il les a testées et les a trouvées justes. Mais j’ignorerai toujours quel film il utilisait (du N/B ça c’est certain, peut-être de la couleur ensuite), à quelle sensibilité (si ce n’est celle des films de l’époque qui « tournait » autour des 25 à 64 iso maximum si mes souvenirs sont exacts)

Utiliser ce type d’appareil suppose des essais/erreurs. Mais quand ça fonctionne, quel bonheur de découvrir ces grands négatifs plein de détails.

C’est une démarche, qui demande de prendre son temps.

Et soyez certain que l’on vous remarquera en rue, ce qui peut être un bon moyen de communication pour partager votre passion.

Donc, si vous trouvez une de ces petites merveilles, vérifiez la bien avant de sortir votre portefeuille : le soufflet n’est pas percé, les lentilles sont propres, les mécanismes fluides et tous fonctionnels, le déclencheur déclenche ?

Si tout ça est ok, attendez-vous, si vous avez de la chance à débourser au moins 35€ mais si le vendeur s’y connais un peu et que l’appareil est vraiment exceptionnel, vous serez plutôt dans les 100€ (et je ne parle pas des Tessar f3,5 dont les prix sont aussi … exceptionnels !)

Pour ma part, je pense que c’est celui-ci que je vais garder, au détriment du Voigtländer Perkeo. Pourquoi ? La porte s’ouvre vers le vers le bas, c’est plus confortable pour la prise en mains; les distances sont en mètres ( pas besoin de conversion), les vitesses vont jusqu’au 1/300s et il ouvre jusqu’au f22. N’oublions pas que nos films modernes sont plus sensibles, en général (allez faire un tour sur Retrocamera pour découvrir l’offre en 120 – il y a même un Rollei RPX en 25 Asa).

Mais je suis conscient qu’il sera plus délicat à manipuler,notamment avec son viseur très approximatif

Des exemples de photos prises avec cet appareil ICI et LA.

Video d’illustration

Un peu de technique :

Produit de 1938 à 1951
Format : 6 x 6 cm sur pellicule type 120 ou 6 x 9 (8 vues alors sur le film)
Pour vous aider, les combinaisons objectif/obturateur connues (avant-guerre) :
Objectif Novar 4,5/7,5 cm dans un obturateur Klio
Objectif Novar 3,5/7,5 cm dans un obturateur Compur
Objectif Tessar 3,5/7,5 cm dans un obturateur Compur-Rapid
Combinaisons objectif/obturateur connues (après-guerre) :
Objectif Novar 4,5/75 mm dans un obturateur Prontor-S
Objectif Novar 3,5/75 mm dans un obturateur Prontor-S
Objectif Schneider Xenar 3,5/75 mm dans un obturateur Compur-Rapid
Objectif Carl Zeiss Jena Tessar 3,5/7,5 cm dans un obturateur Compur-Rapid
Objectif Zeiss-Opton Tessar 3,5/75 mm dans un obturateur Compur-Rapid
Tailles de filtre : 35,5 mm à visser.
Synchronisation flash (seulement après-guerre) : griffe dite « froide », X-synchronisation
Prévention de la double exposition : Oui
Finition : que du noir avec ornements chromés
Dimensions LxPxH (plié) : 135x45x78 mm
Poids : 540 grammes,

Des références : http://camera-wiki.org/wiki/Ikonta_521/16, http://www.cameramonkey.net/zeiss-ikon-ikonta-52116, http://www.appaphot.be/fr/brands/zeiss-ikon/zeiss-ikon-ikonta-b-52116/, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Zeiss_Ikon/Zeiss_Ikon_Ikonta_521-16, https://www.armesphoto.com/Nothing-Negative-About-Film/1950-Zeiss-Ikonta-B-52116/i-tGGqh3L https://www.mikeeckman.com/photovintage/vintagecameras/ikontab/index.html, https://apenasimagens.com/en/ikonta-and-super-ikonta-zeiss-ikon/, https://www.pacificrimcamera.com/pp/ziikonta.htm en anglais, https://mgroleau.com/photo/allemagne/zeiss_ikon/zi_ikonta521b.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-12041-Zeiss%20Ikon_Ikonta%20B.html, http://vieilalbum.com/Ikonta521-16%20FR.htm en français