Petit appareil perdu dans une brocante ce samedi 7 mai … il m’a fait signe, désespéré et je l’ai emporté …

Plus sérieusement, il est complet, avec sa boite « toute prête », sa lanière et même un film dedans (avec 9 vues sur 24)..

Et puis, comme je vous avais présenté des Kodak Instamatic, il était normal que je fasse aussi la présentation d’un concurrent.

Pour mémoire, en 1962, Kodak invente le Kodapak, une cartouche de film ultra simplifiée : une cassette en plastique qui contient un film, doublé d’un papier épais jaune, annoté des numéros de vue, qui s’enroule dans la partie gauche lorsque vous prenez les photos. En fin de film, pas besoin de rebobiner donc et il suffit de déposer le tout chez votre labo préféré.

Clairement, Kodak vise le marché des amateurs, pas forcément éclairés mais désireux de garder des photos de moments joyeux, de vacances, de fêtes familiales, etc.

Et avec l’appareil prévu pour ces films les Kodak Instamatic, il vont inonder le marché de boitiers peu chers, d’assez bonne qualité et – surtout – ultra simples à utiliser.

Vous savez comment va le monde, tout le monde veut sa part du gros gâteau et certains ont les moyens de se l’offrir.

C’est le cas d’Agfa-Gevaert, une société belgo-allemande qui est, entre autre, spécialisée dans la fabrication de pellicule photographique et qui viendra, comme les autres, à fabriquer des appareils photo.

Les premiers sortent en 1926 (ça ne nous rajeunit pas !), ce sont les fameux Billy

Source : Flickr

Puis, en 1930, ils sortent l’Agfa Box, vendu à perte mais qui utilise du film 120 Agfa, qui se rattrape sur les ventes de consommables. Un peu comme Kodak, non ?

S’en suivront ensuite des appareils pour film 35mm, qu’Agfa fabrique bien évidemment. La seconde guerre mondiale redéfinit le paysage de nombreuses entreprises et au sortir de celle-ci Agfa reprend sa production d’appareils photos et de films, qu’il peaufine. ce sera la gamme des « Solinette ».

Source : TheCamerasite

En 1954, présentation des « Silette » et en 1956 du Automatic 66, le premier appareil photo dont l’exposition est à commande entièrement automatique.

Source : Philcamera
Source : Flickr

C’est en 1968 qu’apparait le gros bouton rouge, qui sera comme la signature des appareils Agfa.

Et à l’entame des années septante, c’est la riposte à Kodak en sortant les Agfamatic Sensor.

Las, toutes les belles histoires ont une fin et celle de la division photographique d’Agfa s’arrête en 1983. Les derniers appareils photo fabriqués, les Selectronic, l’ont été, en fait, par Chinon.

Outre l’utilisation de cassette 126, très simple comme nous l’avons déjà noté, la particularité des appareils Agfamatic est ce gros bouton orange, le déclencheur Sensor.

C’est un mécanisme particulier qui a été inventé pour éviter les flous de bougé, notamment lorsqu’on appuie trop fort sur le déclencheur à vitesse assez lente, ce qui est le cas des appareils comme les Instamatic de Kodak et les Agfamatic.

Car il faut bien le reconnaître, le déclencheur d’un Instamatic, ce n’est pas quelque chose de doux : une barrette de métal, posée sur le dessus du capot, qu’il faut enfoncer fermement pour déclencher.

le déclencheur du 355X, une barrette métallique à enfoncer.

Le Sensor, cette pastille orange, typique des appareils Agfamatic Sensor a été une petite révolution à l’époque de sa création. Les ingénieurs voulaient offrir un déclenchement sans vibration. Ils ont donc imaginé un bouton souple qui permet une tension délicate d’une partie en métal moulé. On peut déclencher en appuyant tout doucement sur le Sensor sans causer la moindre vibration contrairement aux anciens déclencheurs mécaniques sur lesquels il fallait « pousser » et qui risquaient de déstabiliser l’appareil lors de la prise de vue.

Un confort supplémentaire qui a détourné quelques clients de Kodak vers Agfa. D’autant que, comme son rival, sous l’apparente simplicité des appareils, se cachent parfois un petit monde de sophistication. J’y reviendrai peut-être si, au détour d’une brocante, je trouve un appareil intéressant à ce sujet comme un Optima 535 par exemple, ou un 1035.

Bref, venons-en à notre Agfamatic 200.

Il fit partie d’une famille de 4 boitiers qui commence à l’Agfamatic 50, 100, 200 et 300. Tous les quatre sont apparus sur le marché en 1972. Comme vous vous en doutez, chacun est une évolution du précédant : le 50 a une seule vitesse d’obturation et une seule ouverture; le 100 possède lui deux réglages d’exposition, nuage ou soleil; le 200 en a quatre : nuageux/ombragé, brumeux, ensoleillé, ensoleillé à la mer ou sur la neige; quand au 300, il gagne une exposition automatique grâce à une cellule et on peut y faire la mise au point par zone.

Donc, plus précisément, notre Agfamatic 200 propose 1/80s lorsqu’il y a du soleil et 1/40s quand il fit plus gris. C’est vous qui choisissez la vitesse en tournant la bague chromée autour de l’objectif et placez un trait noir en face du pictogramme ad hoc. Pour les photos en manque de lumière, vous devrez passer par un Magicube à fixer dans la griffe sur le capot. Notez qu’une marque apparait dans le viseur pour indiquer si la face que vous avez introduite n’est pas une lampe brûlée.

L’objectif est un 44mm ouvrant à f8,2, ce qui permet d’espérer des photos nettes au delà des deux mètres jusque l’infini.

L’appareil est joli, surtout avec son sac « tout prêt », qui fait très moderne, clipsé à l’arrière du boitier. Personnellement, je le trouve plus joli que les Instamatic de Kodak, mais c’est affaire de goût personnel, nous sommes d’accord.

Mise en perspective de deux modèles proches techniquement.

Facile à transporter à défaut de le glisser en poche (ça, ce sera pour les pockets qui sortent l’année d’après chez Agfa et en 1972 pour Kodak), il vous accompagne partout.

Pas besoin de mode d’emploi : vous vérifiez la lumière, tournez la bague sur le pictogramme adéquat, effleurez le Sensor et clic, l’image est dans la boîte.

Comme neuf photos ont déjà été prises avec cet appareil, je me dois de terminer le film pour découvrir ce qui s’y cache.

C’est aussi typiquement un appareil qui fut offert comme cadeau de communion, d’anniversaire, ou pour partir au camp scout/guide. Il n’est donc pas difficile d’en trouver, en bon état.

Reste la question délicate du film en 126, qui n’existe plus. Des solutions sont proposées, je vous en ai touché un mot ICI.

Plus une petite video d’illustration d’un adaptateur

Vraiment, c’est presque dommage de ne pouvoir en profiter plus car c’est un petit boitier qui me plait beaucoup.

Source : PhilCamera

Une video d’illustration de l’appareil

Un peu de technique

Production1972 – 1977         Agfa Camera Werk – Munchen Germany
Type de film126
Format image28×28
BoîtierBoîtier en plastique garni d’aluminium et gros bouton Sensor orange
ObjectifAGFA Color-Agnar f:8,2/44mm, fix-focus, 3 diaphragmes : f8, f11, f16
ViseurOptique collimatée
ObturateurPARATOR 2 vitesses, 1/40 et 1/80s
Flashuniquement les Magicubes
Poids, dimensions70x100x60mm 
DiversDéclencheur SENSOR dans le levier d’armement

Des références : https://www.lense.fr/wikilense/fiche/agfa-agfamatic-200-sensor/, https://derpantoffel.blogspot.com/2013/10/agfamatic-200-sensor.html, https://www.philcameras.be/agfamatic-126/, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Agfa/Agfa_Agfamatic_200_sensor, https://passionargentique.jimdo.com/agfa/, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=82 en français, https://www.jamescockroft.com/20201217/photography/enter-the-agfamatic-200/