S’il y a bien une « discipline » qui eut le vent en poupe dans les années septante et quatre-vingt, c’est la macrophotographie.

Exigeante, rigoureuse, elle demandait – et demande toujours – de la patience, de l’ingéniosité, de la persévérance … et un brin de matériel.

Qu’il n’est pas évident de (re)trouver car souvent dispersé au gré des ventes successives ou des retrouvailles dans des greniers, des caves, des brocantes.

Pourtant, c’est un tel bonheur de pouvoir révéler ces petits détails de la vie, de la nature avec le rendu si particulier de l’argentique.

Personnellement, j’y touche de manière anecdotique, par période, me contentant souvent de « proxiphotographie », qui ne nécessite pas de matériel adapté, un simple téléobjectif permettant souvent de découvrir des beautés autrement difficilement visibles.

Par contre, notre ami Olivier en est un fervent et talentueux adepte. Aussi, lorsqu’il m’a proposé des articles traitant du sujet, je lui ai laissé carte blanche.

Vous découvrirez ici le premier de deux articles entièrement consacré à la macrophotographie, avec le soucis du détail de notre ami, qui essaiera de vous donner l’envie de plonger au cœur des fleurs de votre jardin, de tutoyer les papillons, d’admirer les interstices des pierres de vos chemins, …

Il va surtout essayer de vous faire faire les bons choix dans l’acquisition de votre matériel, pour éviter tant les déconvenues que les achats onéreux et peu utiles.

Bref, suivez le guide …

La macrophotographie

              A l’époque où nos appareils argentiques étaient dans quasiment toutes les mains, les personnes qui s’adonnaient à la macrophotographie n’étaient pas nombreuses. Le prix demandé pour un CANON AE-1, un Olympus OM-10 ou un FUJICA AX-3 sans oublier les NIKON F3… faisait qu’un tel achat se programmait sur plusieurs mois. Dans de telles conditions, les équipements non indispensables comme ceux associés à la macrophotographie ne représentaient que de très faibles volumes de vente. Le résultat est qu’aujourd’hui vous risquez fort de ne pas trouver ce qu’il vous faut pour faire de la macrophotographie. Il faut donc bien connaitre les équipements associés pour ne pas se diriger vers des solutions inadéquates. Dans la plupart des cas que rencontrent les photographes amateurs, les objectifs conventionnels ayant une mis au point rapproché seront suffisants pour les photos demandant un peu plus de détail.

Exemple de photo réalisée au moyen d’un zoom 35-105 ayant une fonction de mise au point rapprochée sur la focale 35 mm.

Zoom couramment rencontré sur les sites de ventes entre particuliers ayant une fonction de mise au pont rapprochée qui permet dans notre cas d’atteindre un grossissement de 1:4 ( x 0.25 ) sur la focale  35 mm ( ZOOM TOKINA 35-105 f:3.5-4.5 )

              Nous allons vous proposer une série d’article sur la macrophotographie qui vous montreront les différents équipements existants et comment les utiliser. Vous serez en mesure de sélectionner, en fonction de vos besoins et de vos capacités financières, les accessoires qui vous conviendront le mieux.  Nous verrons en particulier que des équipements vendus à des tarifs prohibitifs ne les valent pas et que leur utilisation demande d’autres accessoires qui seront très difficile à se procurer.

              Ainsi, dans cet article nous allons aborder les différents équipements que l’on peut rencontrer et qui seront tout à fait utilisables si un jour vous souhaitez que l’objet photographié soit de la même taille sur le négatif. Et oui, la macro, c’est cela : grossissement   1:1 .  Vous vous rendrez vite compte que la plupart des objectifs ayant l’appellation MACRO ne sont que trop souvent des objectifs avec une mise au point en distance réduite. En fait, seuls les constructeurs d’appareils photos utilisent le terme MACRO pour leurs objectifs ayant un rapport de grossissement de 1:1 (cette habitude s’est vite perdue par la suite). C’est pourquoi nous allons voir le matériel que vous pourrez trouver en occasion et nous vous donnerons une idée des possibilités. Dans tous les cas, il faut garder à l’esprit qu’un élément de la chaine ne vous donnera pas la chaine complète. Si vous souhaitez rentrer dans le monde de la macrophotographie, il faut garder en tête que votre pellicule est sensible à la lumière et qu’un éclairage peu adapté ruinera tous les efforts que vous avez faits. De plus, il faudra aussi perdre certaines habitudes : en macrophotographie, la bague de mise au point n’est pas l’élément qui pilote la netteté sur la photo. En effet, c’est l’appareil qui doit bouger. Vous choisissiez le rapport de grossissement et c’est vous qui vous déplacez pour avoir une image nette dans le viseur. Avec cette procédure, on comprend mieux pourquoi les glissières de mise au point sont toujours sur les sites de vente de matériel photographique. Lorsque vous voyez une photo faite en macrophotographie, il y a bien souvent le rapport de grossissement dans la légende, cette information ne sera pertinente que si vous avez respecté la méthode décrite.

Glissière de mise au point utilisée aujourd’hui pour la macro.

              Bien évidement, une glissière est associée à un trépied qui vous aidera à supprimer les bougés pour des poses longues. Pour les poses courtes ne générant pas de bougés, vous devrez conserver cet automatisme qui consiste à bouger l’appareil pour avoir une image nette. La bague de mise au point ne vous servira qu’à initier un cadrage sommaire et à choisir le rapport de grossissement.

              Bien que la logique veuille que les objectifs estampillés « MACRO » soit les objectifs à utiliser dans ce domaine, il reste parfaitement possible d’avoir de bons résultats sans ces rares sésames. Il faut en premier éviter les zooms (le nombre de lentille ne leur permet pas d’accepter des compléments optiques sans dégradation de l’image). Les focales fixes ayant une faible ouverture sont par contre préférables. Elles accepteront les compléments optiques et ne monteront pas de vignetages prononcés (non homogénéité de l’exposition sur la pellicule). Finalement, deux solutions s’offrent à vous.

a) Focale fixe + complément optique.

Un objectif de 50 mm f 1:1.8 associé à des bagues allonges peut vous permettre d’approcher un ratio de 1:1 . Mais nous allons voir que d’autres solutions sont envisageables.

Ces deux objectifs de 50 mm CANON (ouverture f 1:1.8) associés à un jeu de bagues allonges vous permettront pour peu de frais de faire vos premières photos en macro. Pour avoir des possibilités réelles de réglage, il vous faudra un jeu de 3 bagues de longueurs différentes (12, 20 et 36 mm). Il y a de fortes chances que le 50 mm soit facile à trouver sur le net, mais cela sera moins évident pour les 3 bagues. Comme les bagues allonges ne comportent pas d’élément optique, c’est la qualité de fabrication et les précisions d’usinage qui feront la différence. J’ai déjà expérimenté des bagues « génériques » qui finissaient par user la couronne de fixation du boitier !

Pour le même prix (voir même pour un prix inférieur à 3 bagues allonges), vous pouvez trouver des doubleurs de focale avec une fonction MACRO.

Doubleur de focale (remplace le jeu de 3 bagues allonges).

Cet OLYMPUS OM-1n est équipé d’un 50 mm f 1:1.8 et d’un doubleur de focale ayant la fonction macro.

En utilisation normale, c’est un doubleur de focale, notre 50 mm se comporte comme un 100 mm.

Dès que l’on tourne la bague de mise au point du doubleur, la surprise arrive et on atteint le rapport de grossissement de 1:1.

              Toutefois, ces doubleurs ont généralement 7 lentilles et elles viennent se rajouter aux lentilles de l’objectif. Si vous utilisez un zoom en complément à ces doubleurs, vous risquez fort d’avoir des photos peu nettes ou ayant peu de contraste. Il faut privilégier les objectifs ayant peu de lentilles.

b) Les objectifs MACRO,

              Si la chance vous accompagne lors d’un vide grenier, vous pouvez trouver un objectif MACRO (de la marque de votre appareil) qui est capable d’aller au grossissement 1:1 . Il sera plus cher qu’un 50 mm classique mais si le vendeur n’est pas l’acheteur initial du matériel, vous pourrez sans doute le négocier à la baisse. Et oui, le nombre de personne intéressée par la MACRO n’est pas élevé.

Ce MAMIYA NC-1000S m’a été vendu avec son objectif MACRO de 50 mm, c’est la présence de l’objectif qui m’a fait acheter ce boitier en occasion.

             

Cet objectif, fabriqué par MAMIYA, est bien un objectif MACRO car il atteint le grossissement de 1:1 à la mise au point à distance minimale (le grossissement est donné au moyen de l’échelle orange en tête d’objectif).

             

Vue de détail de l’échelle de grossissement. On comprend mieux pourquoi, c’est au photographe de bouger son appareil et non à la bague de mise au point de tourner pour avoir une photo nette.
Ce 90 mm TAMRON (monté sur un CANON AE-1p) est bien connu des photographes argentiques, il est généralement vendu plus de 100 euro mais il restera sur l’étagère à un tel prix car pour atteindre le grossissement de 1:1, il faut lui ajouter un complément optique (doubleur) qui sera très difficile à trouver.

A la distance de mise au point minimale, le rapport de grossissement sera de 1:2 et non de 1:1.

              L’échelle de grossissement vous montre immédiatement que le rapport 1:1 ne sera acquis qu’au moyen du doubleur de focale (2x) spécifique à cet objectif. On commence à entrevoir les problèmes liés à la macrophotographie. Bien trop souvent l’achat d’un élément provoque le besoin d’autres équipements pour arriver à la situation désirée (agrandissement de 1:1). Alors il faut être prudent et certains équipements vendus à des tarifs déraisonnés sont des pièges à éviter. Ainsi, le 90 mm TAMRON est trop souvent proposé en occasion à un prix de plus de 100 euros. Il faut rajouter la bague spécifique adaptée à votre boitier (10 à 20 Euro) et le doubleur de focale spécifique (50-70 euro). On arrive à un montant un peu inférieur à 200 Euro, ce qui est bien trop élevé pour atteindre le grossissement de 1:1 !  (Un objectif de 50 mm Macro vous sera proposé à un montant de l’ordre de 50 à 100 Euro).

              Par contre, il faut éviter les objectifs dit « macro » ne présentant qu’une mise au point rapprochée. Ce sont généralement des zooms qui offrent par cet artifice la même mise au point que la focale fixe pour la plus faible focale. Par exemple, un zoom 80-200 vous proposera la fonction ‘macro’ sur la focale 80 mm et vous vous rendrez compte que la distance minimale de mise au point sur cette focale est similaire à celle d’une focale fixe de 90 mm standard.

c) les soufflets MACRO,

              Equipement emblématique de la macrophotographie, les soufflets ne sont pourtant pas des équipements très pratiques d’utilisation. Il vous faudra certainement un pied photo et une glissière de mise au point. Toutefois, ces deux derniers éléments sont toujours fabriqués et ne sont pas proposés à des tarifs excessifs (surtout s’ils viennent de Chine !). Les soufflets permettent des grossissements supérieurs à 1:1 avec des objectifs standards comme les 50 mm. Il ne faut donc pas les négliger si vous en trouvez un en brocante pour un tarif acceptable (20 à 40 euros), Un prix supérieur ne pourra s’expliquer que pour un équipement de marque. 

Soufflet MACRO FUJICA trouvé en brocante. Hélas, le rail de mise au point était vendu à part par FUJICA, donc il n’est pas complet mais reste utilisable car les deux blocs supports (boitier et objectif) sont mobiles et peuvent palier à l’absence de rail de mise au point. D’après mes souvenirs, j’ai dû le payer une vingtaine d’Euro.

Soufflet MACRO adaptable pour Olympus acheté un prix dérisoire car c’est une version vraiment dépouillée. C’est la version « basique » du soufflet sans aucun élément de confort.

Ainsi, si vous trouvez un soufflet de marque sur un site internet ou en braderie à un prix qui vous semble acceptable, il faut faire très attention car les soufflets n’étaient généralement pas vendus avec tous les accessoires qui rendent leur utilisation bien plus confortable. L’absence de rail de mise au point est quand même un élément préjudiciable. Autant préférer un soufflet adaptable à un prix dérisoire qui fera le même travail.

Regardons quand même le fonctionnement d’un soufflet de marque et comparons-le au fonctionnement du soufflet adaptable.

1) Le soufflet adaptable.

              Deux blocs de fixation (boitier, objectif) dont l’un est mobile. Un soufflet étanche à la lumière relie ces deux composants (d’ou le nom de l’équipement). Il n’y a aucun lien mécanique entre les deux blocs. La présélection du diaphragme n’est pas transmise au boitier. Le boitier considère qu’il est à pleine ouverture. Du coté de l’objectif, le bloc qui le reçoit possède un ergot qui force la fermeture du diaphragme. En fait on se retrouve avec un système de mesure « diaphragme fermé » comme sur les anciens appareils en monture 49 mm à viser.  Vous pouvez aussi bien utiliser un boitier semi-automatique qu’un boitier à priorité à l’ouverture, mais pas de boitier à priorité vitesse car celui-ci ne sera pas en mesure de transmettre l’ouverture à l’objectif. En fait, je ne peux que vous conseiller d’utiliser votre boitier en mode semi-automatique.

              Olympus OM-1n équipé du soufflet adaptable. Le tirage du soufflet est ici bien suffisant pour avoir un agrandissement supérieur à 1. L’absence de liberté de mouvement du bloc arrière est un problème car vous pouvez vous retrouver dans une situation ou l’objet est net s’il est situé entre l’objectif et la partie avant du soufflet. De plus, une fois que la mise au point sera terminée à pleine ouverture, il ne faudra pas oublier de remettre le diaphragme à une ouverture compatible avec le sujet que vous comptez photographier. Ce n’est que dans cette situation que vous pourrez déterminer la vitesse d’obturation.

              Le diaphragme a été fermé à l’ouverture désirée et il est maintenant possible de régler la vitesse d’obturation sur l’appareil (sauf s’il est en priorité vitesse) les circuits électroniques calculeront très bien la vitesse adéquate.  Vous pouvez aussi en profiter pour vérifier la profondeur de champ.

2) Le soufflet de marque.

Il est évident que les constructeurs de premiers plans (CANON, NIKON, FUJICA, Olympus…) ne proposeront pas de soufflet « Low Cost ». Ils n’ont bien souvent qu’un seul soufflet adapté à la macrophotographie dans leur gamme et il ne sera vraiment utilisable que si vous prenez tous les accessoires associés comme le rail de mise au point ou le viseur d’angle à grossissement variable pour affiner votre mise au point. CANON, OLYMPUS, NIKON, FUJICA…  vous proposeront un soufflet ou la commande de la fermeture du diaphragme se fera en automatique lors du déclenchement.

C’est pour cette raison que vous avez ce curieux déclencheur souple avec deux sorties. L’une va vers le bloc support de l’objectif et l’autre va vers le boitier. Ces deux flexibles ne sont pas interchangeables. L’un aura une commande avancée par rapport à l’autre, on ferme en premier le diaphragme et ensuite on déclenche l’appareil. Ce confort ne sera vraiment exploité que si votre boitier est en mode priorité diaphragme car si vous avez un boitier semi-automatique, vous serez condamné à fermer le diaphragme pour faire vos réglages d’exposition. Heureusement, il y a un petit bouton qui va vous y aider. Sur le bloc avant du soufflet, il y a toujours une commande manuelle pour fermer de diaphragme à la valeur présélectionnée.

              Il est évident que la finition d’un soufflet de marque est bien meilleure que la finition d’un soufflet adaptable. Toutefois, s’il vous manque des éléments (comme la double commande), vous serez condamné à une utilisation similaire au soufflet « Low-Cost ».

               Finalement, ce n’est pas la peine de dépenser des sommes déraisonnables pour des équipements comme les soufflets macro car vous avez peu de chance d’avoir un ensemble complet. A l’époque, un soufflet de marque coutait plus cher qu’un objectif (135 ou 200 mm), il fallait lui adjoindre un viseur d’angle (même tarif que le soufflet !) et le rail de mise au point. Très peu de photographe faisaient l’investissement complet. (Mais les bonnes occasions, cela arrive parfois).

En conclusion, je vous donne une analyse qui reprend ce qui a été dit.

Equipement                    Grossissement maxi                     Prix                                                

Objectif macro                              1:1                                     élevé (50 à 100 Euro)                 

Bagues allonges                            1:1                                     faible (10 à 20 Euro)

Doubleur + extension                   1:1                                     faible (20 à 30 Euro)

Soufflet                                         > 1:1                                  moyen à élevé (30 à 150 euro)

              Vous pouvez, bien sûr, associer les bagues allonges à votre soufflet et utiliser votre objectif macro… Pour la majorité d’entre nous qui nous limiterons à des photos de fleurs ou d’insectes, l’objectif à mise au point rapprochée sera certainement suffisant. Il ne faut toutefois pas oublier que la photo prise ne sera réellement intéressante que si l’objet photographié couvre au moins 80% de la surface de la pellicule.

              Un prochain article sera consacré aux flashs MACRO qui sont des accessoires bien pratiques pour compenser les manques de luminosité couramment rencontrées en macrophotographie. Vous y découvrirez des petites astuces qui vous permettront d’utiliser correctement les différents équipements abordés dans cette présentation.