Le troisième achat de la brocante sonégienne, un bon vieux Pola tout carré qui utilise, comme son nom l’indique, des films toujours produits, les fameux 600.

Avant toute chose, au sujet de ces films, sachez que Impossible Project, redevenu entre temps Polaroid (ils ont racheté le nom) fabrique deux sortes de films 600 : l’un avec pile pour les « vintage » et un sans pour les appareils modernes qui en ont une en interne. Rassurez-vous, c’est noté sur l’emballage des films.

Et donc, pour en revenir à ce Pola 660 Autofocus, je le tourne sous toutes ses facettes avant de négocier son prix : il a servi et gardé quelques traces de ses vies d’avant. Le marquage est un peu effacé mais bon, ça n’a jamais empêché un appareil photo de fonctionner, mais ça renseigne sur l’utilisation qui en a été faite (enfin, en principe).

Deux choses retiennent mon attention : il est équipé d’un flash interne et une grille en forme de nid d’abeille, près de l’objectif, m’intrigue.

La vendeuse et moi arrivons à un accord raisonnable et l’appareil rejoint ses petits camarades dans mon sac.

Arrivé à la maison, nettoyage dans les règles comme d’habitude et va pour la chasse aux infos sur ce drôle d’engin.

Si vous vous en souvenez, je vous ai déjà présenté les Polaroïd Supercolor 600, 636 Close-Up et, dans un autre monde, le Land 360 Automatic.

Celui-ci est très proche, dans son design, du Supercolor 600, tout carré, en plastique noir, pas vraiment sexy mais fonctionnel.

Avec lui reviennent en mémoire des images qui ont fait le succès du Pola : l’image instantanée, bien sûr, en format carré, avec ses bords blancs, que l’on s’échangeait dans la bonne humeur des rencontres entre copains/copines, famille, pendant les surprises-parties et autres moments d’insouciance.

Et puis il y a un bruit caractéristique : cet espèce de vrombissement lorsque l’appareil prend une photo (en tout cas ceux avec un film intégré).

Et puis vient le plaisir de voir l’engin cracher un petit bout de papier imprégné de chimie (près de 500 réactions chimiques qui se suivent, quand même !) qui va vous révéler l’image que vous aviez prise quelques instants plus tôt.

A ce sujet, petit rappel : ne pas secouer la photo pour accélérer le développement ! En fait ça risque de le compliquer en mélangeant des produits chimiques non encore arrivés au terme de leur processus. Souvent on s’imagine que la photo se développe au fur et à mesure que l’image apparaît. Ben non, c’est juste la couche supérieure qui devient transparente peu à peu et permet de voir enfin l’image déjà développée.

Captivant !

Tout comme l’histoire de Monsieur Edwin Land, l’inventeur de ce concept unique et révolutionnaire pour faire plaisir à sa petite fille de 3 ans, qui ne comprenait pas pourquoi elle ne pouvait pas voir l’image que son papa venait de prendre d’elle. C’était en 1943, point de départ d’un cheminement intellectuel qui lui a permis d’élaborer tout le processus qui donnera naissance non seulement à l’appareil, mais aussi le film et la chimie nécessaire. Le brevet a suivi.

L’appareil restera un secret jusqu’en 1947. Le temps pour Land d’organiser la fabrication de l’appareil, du film, des chimies et même le réseau de vente. En 1948, Polaroid sortait le modèle 95 qui inaugurait l’histoire.

Source : Polaroid Passion

A cette époque, le film contient un positif et la chimie nécessaire à son développement coincée entre ce positif et une feuille. Lorsque vous avez pris la photo, elle passe entre des rouleaux qui écrasent la chimie sur la feuille et provoque les réactions nécessaires au développement. Le photographe doit extraire lui-même le film de l’appareil pour séparer le positif du négatif. A cette époque, le film est en rouleau.

Les premières images étaient monochromes teintées sépia. Il faudra attendre 1950 pour voir apparaître le premier vrai film N/B instantané, avec des chimies spécifiques qui donnait toujours l’image dans les soixante secondes avec une qualité presque égale, disait-on à l’époque, au film traditionnel tiré en chambre noire.

Si les années soixante ont apporté la couleur à la photographie traditionnelle, il fallait que Polaroid puisse faire de même pour ne pas être délaissé. La masse de défis techniques, pardon, chimiques, à vaincre était colossale. Ajoutons que Land impose encore que le film soit développé en une minute. Mais ils y sont parvenus car en 1963 ils sortaient leur premier film couleur et un nouveau concept de film, le film pack qui accompagne la sortie du Polaroid Land 100, le premier à l’utiliser.

Source : Polaroid Passion

Jusqu’en 1972, les films étaient en formule « pack » : un film, sa chimie. C’est à cette époque que le SX-70 apparait, qui sera un succès énorme et a inspiré les copies, dont celle de Kodak, qui sera condamné à l’issue d’un long procès (plus de dix ans) à payer des dommages et intérêts costauds et à ne plus proposer ni appareils ni films instantanés. Outre sa compacité exceptionnelle, le SX-70 inaugure le format carré et les bords blancs des films Polaroïd, le film dit « intégral » car il contient l’image, la chimie et la pile.

Source : Polaroid Passion

Les autres appareils à succès suivront : le Polaroïd Land 1000 ou One Step va ouvrir la voie en 1977, moins austère que les anciens modèles de la gamme 600.

Source : Instamatic maniac

Polaroid se sentait capable de tout : en 1977 Edwin Land propose le Polavision, une caméra dont le film se développait instantanément, couplé au Polaroid Home Movie, pour regarder ce film. Mais là, ce fut un flop qui fit que Land fut expulsé de sa propre boite. Je vous ai raconté l’histoire LA.

En 1981, le Sun 660 Autofocus Land Camera utilisait le système de sonar pour combattre l’autofocus des appareils traditionnels et côtoyait des appareils avec zone de mise au point, avec ou sans flash. La société sort aussi un nouveau film, le Spectra, plus large

Malgré un sursaut au début des années nonante, avec l’introduction d’appareils pro et un nouveau format de film (Spectre), la baisse des ventes devenait inéluctable et surtout préoccupante.

Bref, en 2001, la firme déposait une demande de protection contre la faillite mais en 2007, elle est ko.

Impossible Project, initié par d’anciens de Polaroid Holland, a eu la bonne idée de relancer la production des films instantanés et, cerise sur le pack, en 2017 ils ont racheté la marque Polaroïd et renommé la firme en Polaroïd Originals.

L’avenir de la photo instantanée, version Pola, est relancée. Ils ont même lancé de nouveaux produits et appareils, pour une nouvelle histoire qui s’écrit …

Mais revenons à notre Polaroïd 660 Autofocus, qui utilise le film 600 dit « intégral » puisqu’il possède le papier photo, la chimie et la pile. Il a été lancé au début des années quatre-vingt (1981)

Comme d’habitude ai-je envie d’écrire, le dessus de l’appareil se replie pour protéger le flash et l’objectif. Il suffit de tirer dessus fermement pour le mettre en place. C’est du tout plastique, mais du bon car il semble résister à (presque) tout. La preuve en est le nombre de vieux Pola qui sont encore en vente sans trop de bobos.

L’oculaire du viseur, à l’arrière, est entouré d’un petit caoutchouc plutôt anecdotique mais qui rempli son office. Le viseur est un simple tunnel, sans aucune indication et il faut bien avouer qu’il n’est guère confortable, mais on s’y fait (a-t-on le choix d’ailleurs ?).

Bon, le voilà donc ouvert : vous pouvez voir, de gauche à droite, un rond en nid d’abeille doré, l’objectif au centre et la fenêtre du viseur à droite. Au dessus, le flash. Sous l’objectif un curseur simplissime pour « régler » la luminosité (flèches vers clair ou foncé). La cellule se situe sous le viseur.

Un mot au sujet de l’objectif d’ailleurs : un simple élément en plastique de 116mm avec une ouverture fixe de f11. Cela correspond à un 45mm en 24×36 avec une ouverture qui garanti une mise au point élargie.

La vitesse sera contrôlée par le posemètre et varie de 1/4s à 1/200s.

Quant à la mise au point, elle est contrôlée par le sonar qui se cache derrière la fameuse grille en nid d’abeille. Grâce à lui, les images seront nettes entre 1,2m (1,5m si la lumière est faible) et l’infini. Notez que la mise au point peut se faire à partir de 60cm sans ajouter de lentille spéciale (comme sur les Close-up).

Le dernier élément est le flash, qui est automatique. C’est le posemètre qui déterminera encore la puissance de l’éclair en basse lumière. Notons toutefois que vous pouvez débrayer le dit flash en tirant le levier sous le déclencheur orange, à droite.

Sur le côté droit de l’appareil (presque sous le déclencheur) il y a un petit bouton poussoir qui permet d’ouvrir la baie dans laquelle vous aller enfourner la cassette du film. Dès que vous la refermez, elle expulse le « couvercle » du film. L’appareil est prêt pour sa première photo.

Un compteur, à l’arrière vous renseigne – enfin devrait vous renseigner – sur le nombre de vues faites. Mais en tenant compte que les anciens films Pola comptaient bien 10 vues, contre 8 avec les nouvelles cartouches modernes. Donc, quand vous êtes à 8, le compteur affiche toujours 2 vues restantes mais inexistantes. Vous verrez, on s’habitue !

Et puisque je parle du film, il s’agit du film Impossible Project 600, le Polaroïd 600 original ou le Polaroïd Originals Color 600.

Rappelez-vous que c’est lui qui contient la batterie qui alimente l’appareil. La zone d’image est de 79x79mm. Il faut compter environ 15 minutes pour un développement complet du Polaroïd Originals alors que la version Impossible Project demande jusqu’à 40 minutes ! En tout cas pour les premières chimies, depuis ils se sont améliorés (ouf !).

Ces films sont disponibles sur Internet, dans la boutique Polaroid Originals, Retrocamera, Fotoimpex et dans certaines grandes enseignes (comme Mediamartk en Belgique).

Même si le boitier est muni d’une sangle d’origine, ce n’est pas un appareil facile à transporter, convenons-en. Mais quand on l’ouvre, il interpelle immédiatement les passants qui, pour la plupart, savent de quoi il s’agit. Il reste un bon moyen de communication avec les autres.

Résumons : vous avez mis un film dedans, vous avez ouvert l’appareil, il vous reste à viser en n’oubliant pas que le format sera carré. Le déclencheur, ce gros bouton orange sur le côté, est à un endroit peu habituel mais finalement assez confortable. Pour éviter de gâcher des photos, souvenez-vous qu’il faut le tirer à mi-course pour permettre au flash de se recharger.

Prêt ? Clic, vroooom, clac : en 90 secondes, vous obtenez une photo bien exposée … C’est une des raisons du retour en force de ce type d’appareil (attention, les prix vont s’en ressentir sous peu !) car quel plaisir de voir quasi immédiatement l’image prise, et de la partager.

Avant d’aller plus loin, je reviens sur quelques particularités qui vous simplifieront la vie si vous vous en souvenez lorsque vous utiliserez cet appareil.

  • le flash intégré : tous les Polaroïd sont avides de lumière. Alors si votre boitier possède un flash intégré, dites vous que c’est une chance et utilisez-le, même à l’extérieur tant pour déboucher les ombres que pour bien isoler votre sujet du fonds. Mais n’oubliez pas qu’il faut qu’il se charge avant d’être utilisé. Donc, lorsque vous composez votre image, appuyez déjà sur le déclencheur, doucement. Un voyant rouge s’allume alors dans le viseur et un léger son se fait entendre pendant environ 5 secondes. Lorsque le voyant s’éteint, le flash est chargé et prêt à l’usage. Ok, c’est pas très « instinctif » mais ça a un avantage car si vous n’avez pas pris la photo, le flash reste prêt pour la suivante (n’attendez pas trop longtemps car le condensateur se « décharge »). Si toutefois vous estimez ne pas en avoir besoin, enfoncez le bouton derrière le déclencheur, cela « débraye » le flash. Mais n’oubliez pas que c’est le boitier qui « décide » s’il a besoin ou non du flash !
  • le sonar : le 660 Autofocus est le premier de la série 600 à disposer de ce système de mise au point, déjà utilisée sur le SX-70 Sonar OneStep et le Polaroïd 5000. Alors que les autres appareils, compacts ou reflex contemporains, utilisent soit un système basé sur l’infrarouge (IR) ou sur la détection de contraste, Polaroïd introduit un système bien particulier basé sur l’utilisation d’ultrasons (comme la chauve-souris). Le boitier émet donc des ultrasons qui permettent de déterminer la distance entre l’appareil et le sujet pour opérer la mise au point. Cette technologie – qui se cache derrière la grille ronde dorée – donne de très bons résultats et les images sont bien plus nettes qu’avec les modèles moins évolués. Comment fonctionne le Polasonic ? La membrane de mylar doré émet des ultrasons à la fréquence de 50 kHz. L’émission déclenche une horloge et, au retour des ondes sur le récepteur, l’horloge s’arrête. Un programme calcule le temps calculé et le convertit en distance. Attention toutefois, vous ne verrez pas dans le viseur le résultat de la mise au point, il vous faudra faire confiance au système, fiable à 98%, ce qui est excellent. Ensuite, la distance de mise au point la plus proche est de 1,2m. Autre avantage de cette technologie, elle n’a pas besoin de lumière pour fonctionner. Elle est donc utilisable même dans le noir ou en cas de faible lumière. Il y a cependant une situation qui met à mal le sonar. Celle des vitrages, qui fausse la mesure et perturbe le système car le sonar fait la mise au point sur le premier objet rencontré.
Polaroid 660 AF : le sonar
  • La mise au point débrayable : si vous devez photographier à travers une vitre, il faut donc que vous puissiez annuler l’action du sonar. C’est en appuyant sur le bouton blanc (sous le flash), pendant la prise de vue, que vous annulerez la fonction. La mise au point se fera aussi « par défaut », comme sur les autres appareils de la série 600.
  • Le curseur éclaircir/foncer : disons que je ne trouve pas cette fonction bien utiles car à faire « a postériori » pour corriger, éventuellement, la photo prise. De plus, l’appareil utilise un système de mesure très performant, appelé LightMixer, qui donne de très bons résultats dans la majorité des cas. « Ce programme correspond à un dosage de la lumière du flash par rapport à la lumière ambiante. Au soleil, l’exposition est effectuée à 75% par la lumière ambiante et à 25% par la lumière du flash. En cas de luminosité faible, l’exposition provient du seul flash. » (source : Collection-appareils)
  • L’objectif : rappelez-vous, il est fixe mais derrière lui il y a une tourelle interne équipée d’optiques complémentaires. Lorsque le sonar calcule la distance boitier – sujet, l’électronique embarquée va sélectionner le complément optique (ils sont 4) qui donnera l’image nette.

Alors, vous imaginiez tout ça en voyant ce vieux bout de plastique noir ? C’est aussi un peu cela la magie Polaroïd …

Vous en trouverez pas mal en brocante, dans les vide-grenier, chez des parents ou grands-parents car ce modèle a eu beaucoup de succès, vous vous en doutez.

Mais comment savoir si ça marche avant l’achat ?

Il n’y a pas 36 solutions : soit vous avez un film neuf avec vous, soit une cartouche vide mais dans laquelle la pile de 6v est toujours opérationnelle. Car sans pile, rien ne fonctionne (flash, sonar, obturateur électronique).

Au niveau des prix, ne vous laissez pas faire : pas plus de 15€ en très bon état. Rappelez au vendeur que les films sont chers (19€ en moyenne). S’il ne veut pas faire un effort, passez votre chemin, il y a aura d’autre !

Ceci étant, sous son apparente simplicité – voulue – cet appareil est sophistiqué (jetez un œil ci-dessous sur le modèle transparent !). S’il ne vous permet pas un contrôle total sur vos prises de vue, il est « formaté » pour vous donner satisfaction dans la grande majorité des cas.

Pour le reste, à vous d’expérimenter et de tirer le meilleur du 660 Autofocus.

Et surtout, quel plaisir de voir presque immédiatement la photo prise, de la partager avec les autres.

Mais elle restera toujours « unique »… c’est ce qui fait son charme après tout.

Il faudra attendre le mélange improbable du numérique et de l’instantané pour pouvoir reproduire à l’infini les images captées, mais c’est une autre histoire …

Source : Collection-appareils, Camara 1982

Pour infos, les autres versions du Polaroid Autofocus 660 :

Polaroid Autofocus 660 SE (Noir avec détails bleus)
Polaroid Autofocus 660 Transparency (Modèle de démonstration transparent)
Polaroid Lightmixer AF 660 (Noir)
Polaroid Revue Autofocus 660 (Noir)
Polaroid Soleil Autofocus 660 (Noir)
Polaroid Sun Autofocus 660 SE (Noir avec détails bleus)
Polaroid Sun Autofocus 660 SE 50e (édition Polaroid 50e anniversaire ; or et noir avec impression « Polaroid 50 1937-1987 »)
Polaroid Sun 670 Autofocus QS (Gris et noir avec grille noire)
Polaroid Supercolor Elite (Noir avec partie transparente)
Polaroid Supercolor 670 AF (Noir)
Polaroid Supercolor 670 AF SE (Noir avec déclencheur bleu)
Polaroid Supercolor 670 Deluxe (Gris)
Polaroid Supercolor 670 SE (Noir)

Source : Autrefois la Photo : le modèle transparent destiné aux vendeurs pour les démos.

Petites video d’illustration :

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Si vous êtes curieux de l’histoire de cette marque, je vous recommande ces liens : Histoire, le Polaroid qui la résume très bien et Polaroïd Passion, tous deux en français.

Des références : https://polaroid-passion.com/polaroid-600.php?id=247, https://www.instamaniac.com/test-avis-polaroid-660/, https://www.autrefoislaphoto.com/musee/appareils-photographiques/polaroid/polaroid-autofocus-660, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1657-Polaroid_660%20Autofocus.html en français, https://www.photothinking.com/2018-01-10-polaroid-sun-660-autofocus-land-camera-instant-gratification/, https://filmphotography.eu/en/polaroid-autofocus-660/, https://www.reddit.com/r/Polaroid/comments/kvzahg/how_does_the_autofocus_work/, en anglais.