Une brocante, en fin de journée, sous le soleil. Un vendeur qui commençait à remettre ses invendus dans les caisses et j’aperçois une boite noire, entr’ouverte sur un Polaroid noir.

Je m’approche et regarde l’engin : un Polaroid 2000, qui a une forme moins habituelle que les « classiques » de la gamme 600. Allez, je négocie et emporte le tout pour une bouchée de pain.

De retour à la maison, je constate qu’outre le boitier, dans la boîte (en cuir, recouverte à l’intérieur par un daim de qualité) il y a un flash à clipser et la facture d’achat (1978).

Je mets des piles dans le flash et il s’anime, chouette. Malheureusement, je ne peux tester l’appareil tout de suite, faute de film, ici un SX-70, toujours produit à l’heure actuelle. J’en ai commandés, je les attends.

Ce qui m’avais frappé lors de mon premier contact avec ce Polaroid 2000, c’est sa forme et sa taille, bien plus réduite que les « classiques » 600 qu’il faut ouvrir pour mettre en batterie.

Pas facile de trouver des infos sur lui, et pourtant il s’est vendu par million. Jusqu’à ce que je trouve qu’il s’appelle Pronto! et One Step sur le marché US.

Source : Collection-appareils, Sears 1976

Cet appareil est la formule simplifiée du non moins célèbre SX-70, qui utilise un film du même format que le 600 mais avec une sensibilité moindre (150 Asa en général).

Ce Pronto !/ One Step sera décliné en appareil piloté par sonar, avec mise au point par zones et en fix-focus

Le plus célèbre de la bande est le Polaroid 1000, apparu en 1976. Il s’en est fabriqué jusqu’à 30.000 par jour ! Qu’on ne me dise pas qu’il est rare celui-là ! Un « point and shot fix-focus » instantané.

Puis il y eut un Polaroid 1000S qui n’était en fait qu’un ensemble constitué d’un 1000 avec un flash Polatronic 1. Donc un Pola 1000S sans son flash n’est qu’un 1000 !

Ensuite, il y aura un 1500 qui n’a que la particularité qu’on puisse régler la distance de mise au point par zones, qu’il est de couleur marron et qu’il a vu le jour en 1977.

Ah oui, il y aura aussi un 500, aussi de couleur marron, qui n’est autre qu’un 1000 uniquement destiné à être donné comme article promotionnel par des grandes marques (on recycle, on recycle, …).

Puis, enfin, notre 2000, apparu lui aussi en 1976, en même temps que son petit frère simpliste, le 1000. Il sera le second best seller du moment.

Et on terminera la gamme par un 3000, une amélioration du 2000 par une mise au point à partir de 91cm et une meilleure gestion de l’exposition au flash.

Mais revenons à notre Polaroid 2000 ou Pronto !

Il utilise donc le fameux film SX-70 prévu spécifiquement pour la gamme d’appareil du même nom. La plus grande différence est que le film SX-70 a environ ¼ de la sensibilité du film 600 (pour 600 Asa), il a donc besoin de beaucoup plus de lumière pour obtenir une bonne photo.

De fait, le film SX-70 fut pensé à 80 Iso, les actuels sont à 160 Iso alors qu’un film 600 est à 640 Iso !

Première remarque dès lors : si l’appareil que vous achetez n’a pas son flash dédié, il vous faudra absolument trouver soit celui-ci, soit une rampe de lampe flash dédiée au Polaroid.

Ici, j’ai la chance d’avoir le set complet et fonctionnel.

Alors, il fonctionne comment celui-là ?

Bah, comme d’habitude, vous glissez dedans un film SX-70, qui contient une pile de 6v, qui alimentera l’appareil. Lorsque vous refermez la trappe, le boitier fait sortir une feuille noire, celle qui protégeait le film de la lumière.

Le viseur, toujours aussi rudimentaire, vous permet de visualiser la zone à photographier.

Une cellule électronique va déterminer pour vous l’exposition automatiquement.

Par contre, vous devrez régler la distance du sujet en utilisant les zones de distances, le minimum étant à 90 cm.

L’objectif, un 116 mm en 3 éléments dont un en verre, n’est pas un foudre de guerre mais n’est pas si mauvais que ça, tout compte fait. Son ouverture est de f9,4.

Donc, si vous conjuguez faible ouverture et film lent, vous obtenez une injonction claire : flash obligatoire, même au soleil et à fortiori en intérieur.

Ceci étant, un film lent donne généralement un meilleur rendu.

Je nous ai trouvé une petite video qui illustre cela.

En gros, le film SX-70 offre une meilleure saturation/tonalité des couleurs, pour peu que vous ayez assez de lumière, et/ou que vous utilisiez un trépied et/ou que vous ayez la patience d’une pose de 1 à 2 secondes.

Bon, vous avez chargé un film, installé le flash, allumé celui-ci, vous visez votre sujet après avoir réglé la zone de distance idéale. Il faut juste encore appuyer sur le gros bouton vert en façade pour prendre la photo. Celle-ci sort comme d’habitude mais il faut lui laisser une bonne demi-heure pour révéler tout son potentiel.

Et, petit rappel toujours utile, il ne faut jamais secouer un film Polaroid pour tenter d’accélérer le processus, vous allez faire pire que mieux, en brisant la chaine des 500 opérations nécessaires à un bon développement. Laissez-le retourné sur un endroit propre, à l’abri de la lumière vive et laissez-le faire !

Voilà, voilà …

Alors, si la forme élégante de l’appareil lui a conféré un succès certain, de nos jours, il est un peu moins utilisable que les autres Polaroid s’il n’est pas accompagné de son flash.

Mais c’est une question de tempo, finalement.

J’aime bien sa forme, qui a servi de modèle pour les nouveaux Polaroid Go.

Même si sa silhouette est alourdie par le flash, qui peut être remplacé par un flash de côté, le Polatronic 1.

Source : Collection-appareils

Pour vous faire une idée de l’exemplaire que j’ai eu la chance d’acquérir, voici quelques photos de l’appareil et sa boîte.

Certains seraient tenté de placer un film 600 dans une cartouche SX-70. Pour rappel, les deux formats sont identiques, pas la cartouche.

Mais ce fut déjà le cas dans les années septante et si cela pouvait s’envisager, il fallait absolument placer un filtre neutre au dessus du film car l’appareil n’était pas prévu pour travailler avec des films « rapides ».

Une petite video illustre ceci.

Est-ce que de nos jours cet appareil a encore de l’avenir ?

Marrant d’écrire ça pour un appareil qui frôle les 50 ans ! Mais oui, c’est juste qu’il faut penser à l’utiliser à son rythme.

Honnêtement, si vous trouvez un 3000 ou un 3500 (avec sonar), prenez le, il est plus performant. Mais il ne discrédite pas le 2000 qui, bien utilisé, donne d’excellents résultats.

Il faut juste prendre le temps de l’apprivoiser, non pas qu’il soit difficile à utiliser mais parce que le film est plus lent que d’habitude et il faut se donner le temps de bien le comprendre pour en tirer la quintessence.

N’ayez pas peur de faire part au vendeur éventuel de ces écueils pour faire diminuer le prix. Et vous devriez pouvoir l’emporter, flash compris, pour 15€ maximum.

Finalement, celui que j’avais acheté, je l’ai donné à une demoiselle qui en fait un excellent usage et s’amuse beaucoup avec lui, en alternance avec un Polaroid Impulse (film 600).

Comme quoi le Polaroid n’est pas une question d’âge mais d’envie de faire de la photo !

Des publicités d’époque

Source : Collection-appareils, Odéon Photo 1977- 78
Source : Collection-appareils, Grenier – Natkin 1978

Petite video d’illustration

Quelques références : https://www.polaroid-passion.com/appareils-format-SX-70.php?id=75, https://fr.wikipedia.org/wiki/Appareil_photographique_instantan%C3%A9, https://www.instamaniac.com/test-avis-polaroid-1000/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-165-Polaroid_2000.html en français; https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Polaroid_instant_cameras, https://www.theverge.com/photography/2020/3/26/21193062/polaroid-now-instant-film-camera-rebranding-price-impossible-project, https://support.polaroid.com/hc/en-us/articles/115012363647-Polaroid-Originals-photo-dimensions, https://www.theverge.com/2016/6/21/11989136/impossible-i-1-review-polaroid-instant-film-camera-analog en anglais