Argentique

L’Olympus XA

Après vous avoir présenté l’Olympus XA-2 il y a un moment, j’ai enfin pu mettre la main sur le premier du nom, le XA, celui qui a écris la légende.

1978, le génial Yoshihisa Maitani, inventeur déjà du non moins célèbre Olympus Pen, récidive en inventant ce « petit machin » qui est sensé tenir dans une poche de chemise. C’est à la Fotokina qu’il se découvre et il sera commercialisé en mai 1979.

Rappelez-vous (après avoir relu l’autre article), à la suite du XA il y eut un XA2, un XA3 et un XA4. Comme souvent dans les séries, le premier est le plus connu et, paradoxalement peut-être, le plus abouti et le mieux fourni.

Petit récapitulatif pour mieux saisir les nuances :

D’accord, mais qu’est-ce qui le rend si populaire et fait gripper sa cote vers des sommets himalayens ?

Peut-être d’abord son excellent objectif Zuiko de 35mm, qui ouvre à f2,8, le même que celui d’un autre best-seller de la marque, le Pen (1967). Cet objectif de qualité possède 6 éléments en verre.

Ajoutons à celui-ci un télémètre précis quoique pas facile à régler si on a de gros doigts.

Puis encore un obturateur qui va de 10s au 1/500s dans un appareil à priorité ouverture. Vous réglez le diaphragme à votre guise, et la vitesse se fait en fonction, affichée à gauche dans le viseur. Celui-ci est assez clair, collimaté avec correction de la parallaxe, avec le patch du télémètre au milieu (carré jaune).

Source : diaxa.com

Revers de la taille de l’ensemble, il est difficile comme dit plus haut de faire la mise au point et la vision dans le viseur mériterait d’être plus confortable. La solution, utilisée par beaucoup de « street photographer’s » est de régler le diaphragme sur f5,6 et de faire la mise au point juste en dessous des 3m. Ainsi tout est net de 0,9m à l’infini et l’objectif donne le meilleur de lui-même.

Le réglage de l’ouverture se fait grâce au levier situé à droite de l’objectif, en façade. Vous trouverez (moi grâce à mes lunettes de vue) une position flash puis des ouvertures de f2,8 à f22

Bon, ici je me dois de faire une parenthèse.

Le premier appareil en 24×36 dit « de poche » serait le Rollei 35 apparu en 1967. Un petit rectangle tout en métal qui possède un objectif rétractable. Puis vint le Minox 35, encore plus petit avec lui aussi un objectif rétractable. Car il fallait bien caser quelque part le 35mm dont étaient équipés ces deux petites merveilles de taille réduite.

Or dans le XA l’objectif de 35mm est … fixe.

C’est là que l’on comprend encore mieux le génie de Yoshihisa Maitani : cet objectif à six éléments en cinq groupes est un grand angle à rétrofocus inversé (c’est-à-dire que la mise au point se fait en interne) qui a été modifié pour raccourcir sa longueur totale (environ 31 mm de l’élément avant au plan du film) par rapport à sa distance focale d’une manière ressemblant à celle d’un vrai téléobjectif. Afin de pouvoir couvrir le format 24 x 36 mm, de grands éléments arrières sont nécessaires et, pour plus de rigidité ainsi que de faible profondeur, une mise au point interne (en déplaçant le troisième groupe optique d’avant en arrière) a été choisie. Les problèmes optiques qui ont dû être résolus suite à cette approche peu orthodoxe étaient redoutables : des verres à indice de réfraction élevé ont dû être utilisés pour contrôler les aberrations dans le champ de l’image et les éléments optiques ont dû être fabriqués et alignés selon des tolérances très étroites.

Bien sûr ces innovations vont en entrainer d’autres, notamment au niveau du télémètre. Sa base, d’environ 1,6cm, est la plus courte jamais intégrée dans un télémètre plein format. Il fait la mise au point sur toute sa plage d’avant en arrière sur 1,27cm. Les distances de mise au point (en pouces pour les USA et en centimètres ailleurs) sont indiquées dans une petite découpe au-dessus de l’objectif, que l’on voit en regardant l’appareil par le haut.

Tout dans cet appareil a été conçu en fonction de sa destination : être un appareil de poche. C’est la raison de ce couvre objectif coulissant, arrondi et peu saillant, qui lui permet de se glisser partout. Tous les éléments fragiles sont couverts par ce capot lors de sa fermeture, même la fenêtre du télémètre car le mouvement de fermeture actionne un petit volet qui vient la couvrir et la protéger aussi des poussières.

Vu donc sous l’angle des innovations, on comprend mieux l’engouement qu’il suscite et la qualité reconnue de l’objectif enfonce le clou !

Tout a été pensé dans cet appareil pour réduire sa taille mais la rendre confortable et utilisable. C’est un véritable cours de design auquel nous assistons en parcourant ses formes et fonctions : le réglage de l’ouverture par curseur, le bouton de l’objectif pour aider à la mise au point (télémètre), le minuscule levier en dessous avec 3 fonctions distinctes, la fonction rembobinage et ouverture du dos en un seul ensemble, le déclencheur électro-magnétique très doux pour éviter les vibrations et les mouvements inopportuns, les stries discrètes qui facilitent l’ouverture et la fermeture du capot protecteur.

Vous n’êtes pas encore convaincu ? Lorsque vous déployez le petit levier qui actionne le retardateur, il forme un petit support qui stabilise le boitier si vous le placez sur une table, le temps que vous couriez vous mettre devant pour être sur la photo.

Tant qu’a encore parler de miniaturisation, le XA possède un minuscule haut-parleur, caché sous le capot. Celui-ci émet un bip discret lorsque justement le retardateur fonctionne, ou lorsque vous vérifiez si la pile est toujours ok.

Au fait, le compartiment pile est en dessous, juste à côté du filetage pour le trépied, excentré pour une meilleure répartition du poids. Le XA utilise soit 4 piles LR44 soit 2 pile CR-1 (il faut 6v).

En pratique, vous avez ouvert le compartiment arrière, placé un film dans la chambre et, volet protecteur fermé, vous pouvez armer et déclencher deux fois pour amorcer correctement le film. Vous refermez et armer encore une ou deux fois : vous voilà prêt pour vos premières photos. N’oubliez pas de régler la sensibilité du film.

En portant l’appareil à l’œil, vous verrez dans le viseur, selon l’ouverture choisie, la vitesse déterminée par le boitier (échelle avec aiguille à gauche). Si l’aiguille grimpe au delà du 1/500s, vous risquez la surexposition. Il faut alors actionner le curseur d’ouverture, en façade, pour essayer de revenir à des valeurs exploitables. Normalement, vous pouvez effectuer la manœuvre sans quitter le viseur des yeux, avec un peu d’habitude.

Pour le réglage de la distance, avec un doigt de la main gauche vous ferez tourner la bague des distances afin d’amener les deux images qui apparaissent à coïncider. Bon, d’accord, avec un si petit télémétrique, vous pourrez avoir des doutes sur la précision, et ce n’est pas toujours aisé d’y arriver (un peu d’habitude aide) mais dites-vous qu’un tel objectif, presque un grand angle, avec ces spécifications, ne nécessite pas au départ une mise au point ultra-précise puisque sa profondeur de champ relativement grande fournira généralement des images suffisamment nettes malgré des écarts de mise au point mineurs.

Si tout est bon, un appui léger sur le gros rectangle orange, un petit clic très discret, c’est dans la boîte !

L’utilisation d’un flash augmente un peu sa taille mais rien de rédhibitoire, vous pourrez encore le mettre en poche. Le flash est un A-11, que l’on fixe sur le côte (comme pour le XA-2). Il utilise une seule pile AA classique (1,5v).

Vous devrez faire remonter le curseur des ouvertures sur la position flash. Dès lors, l’ouverture sera de f4 et la vitesse de 1/30s. Attention, sa puissance est réduite mais sera suffisante pour un portrait.

Tout est-il parfait dans ce petit appareil sympathique ?

Ah, la perfection n’existe pas. Relevons quelques désagréments : le premier est le risque de mettre les doigts sur l’objectif et d’y laisser une vilaine trace. Il faut vraiment ouvrir l’appareil comme indiqué pour l’éviter. Ensuite, le déclencheur, certes très doux, affleure le haut du capot et il arrive qu’on appuie dessus par inadvertance, gâchant ainsi une vue.

Alors que penser de ce (tout) petit Olympus XA ?

Il a été le plus petit appareil 24×36 pendant un moment. Il ne sera détrôné que par le Minox GL 35, que nous verrons bientôt (si, si j’en ai aussi trouvé un).

C’est réellement un condensé de bonnes idées et de qualités, qui ont maintenant une bonne trentaine d’année et qui restent encore d’actualité.

Quelques images prises avec cet appareil, LA, vous convaincront peut-être de l’acheter.

Mais reste la question épineuse du prix justement. Aujourd’hui, un bel exemplaire en parfait état se négocie autour des 180€, mais comme le dit l’adage, « quand on aime on ne compte pas ».

Toutefois soyez attentif, il peut y avoir de bonnes affaires à faire, en fouinant un peu. Et là vous aurez tout le plaisir de photographier avec ce petit boitier attachant, sans remords …

Videos d’illustration :

Le mode d’emploi est à télécharger ci-dessous :

Des références : https://en.wikipedia.org/wiki/Olympus_XA, https://www.kenrockwell.com/olympus/xa.htm, https://casualphotophile.com/2018/06/20/olympus-xa-review-35mm-film-camera-rangefinder/, https://www.analog.cafe/r/olympus-xa-f6rw, http://camera-wiki.org/wiki/Olympus_XA, https://fstoppers.com/reviews/review-olympus-xa-561421, https://www.diaxa.com/xastart.htm (une mine de renseignements) en anglais; https://www.lomography.fr/magazine/172650-29-39-olympus-xa-the-perfect-camera-to-capture-people-on-the-street, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-908-Olympus_XA.html, en français.

Les nouveautés en un lieu

Bien débuter en argentique : le workshop avec un professionnel

Pas mal de personnes me posent la question : « où trouver de bons conseils pour débuter en argentique ? »

Si vous vous en souvenez, j’avais écris un article à ce sujet, vous recommandant quelques sites que je pense utiles et bien faits.

Mais le mieux, sans conteste, est de pouvoir apprendre sur le terrain avec un professionnel, qui va vous donner les conseils utiles et judicieux pour que votre expérience photographique soit pertinente : lire la lumière, les réglages des appareils argentiques selon les situations réelles (vous serez en immersion), le choix des films et, pourquoi pas, comment les développer.

Alors rassurez-vous, ce n’est pas moi qui propose ce genre d’expériences, mais Fred, d’Histoire de photos qui met en place ces sorties, sur Lille.

Si vous voulez en savoir plus, un petit tour sur son site vous donnera toutes les informations pratiques : Histoire de photos.

Croyez-moi, pour avoir déambulé avec Fred notamment à Tournai, vous apprendrez plus en quelques heures avec lui qu’en restant des heures devant votre PC à regarder des tutos.

Alors il me reste à vous souhaiter bonne balade et bonne découverte de ces appareils qui vous plaisent tant. Vous serez surpris de tout ce qu’on peut faire avec eux …

Les nouveautés en un lieu

Transformer un argentique en numérique ? Rêve ou (bientôt) réalité …

Certains vont crier au scandale, d’autres trouveront l’idée surprenante et, in fine, pourquoi pas ?

Je vous ai déjà présenté en son temps des réalisations léchées de l’ami Georges, comme le Fed digitalisé ou le ZorSony, qui sont des hybridations au vrai sens du terme : le mélange d’un appareil argentique avec un appareil numérique.

D’autres se sont essayé à cet exercice avec plus ou moins de bonheur mais le principe reste le même : vider de ses entrailles mécaniques le donneur pour les remplacer par un appareil numérique.

Et puis il y a une autre voie, celle qu’à choisie la société « I’m Back Film » depuis 2016, à savoir garder intact l’appareil mais lui adjoindre un dos numérique en ôtant seulement le dos de l’appareil, remplacé par un montage qui contient l’alimentation et un capteur digital.

Si l’idée était intéressante, il faut reconnaître que l’ajout était imposant et pas très pratique, d’autant qu’il utilisait un petit capteur, comme ceux des petits compacts d’autrefois.

Bien sûr on ne touchait pas à l’intégrité de l’appareil mais la qualité n’était pas (plus) vraiment au rendez-vous, sans compter les problèmes de conversions dues au objectifs conçus pour le 24×36 et un micro-capteur pour recevoir la lumière.

En soi l’idée était de proposer un dos qui contienne le capteur, l’électronique nécessaire, l’alimentation. Mais c’était encombrant :

« Early bird », le nom de cet engin, était vendu plus ou moins 539€. C’était le prix à payer pour garder son vieil appareil mais bénéficier d’une capture digitale digne de ce nom. Les capteurs proposés ayant évolués et les derniers proposaient même du 16Mpx.

Vous l’aurez compris, le frein principal était la taille et l’embonpoint créé par cet appendice, finalement peu pratique.

Mais chez « I’m Back Film » ils ont de la suite dans les idées et ils nous proposent une nouvelle version de leur gentil délire. Une campagne de financement participatif (Kickstarter) vient d’être lancée pour financer ce nouveau projet et remporte un franc succès.

Cette fois il ne faut plus démonter le dos de son appareil mais bien glisser une « cartouche de pellicule » attachée à une mappe de connexion qui porte un capteur Micro 4/3 de 20Mpx qui lui vient se positionner dans la chambre, comme le film d’antan.

Voici une image du module :

Que l’on glisse dans l’appareil argentique :

Comment ça fonctionne ?

Un câble souple vient se brancher sur la « cartouche » et devra sortir du dos. Il se connecte à un bloc, qui sert de grip et que l’on fixe à la base de l’appareil avec un adaptateur. Ce boitier contient la batterie au lithium et une carte SD (SD Class 1 jusqu’à 256Go). C’est lui qui reçoit les images du capteur. Il porte aussi un petit écran couleur de 1,5″ et une commande à coller au dos de l’appareil, un gros bouton rouge, le déclencheur en fait du système (c’est lui qui met en marche le capteur). La poignée abrite aussi le logement d’un micro et d’un haut-parleur, liés à un Voice Commander, sans doute pour des commandes vocales ultérieures.

L’ensemble dispose encore d’une sortie HDMI, d’une prise USB-C (pour la recharge et le transfert filaire sur PC sous Windows 2000/XP/VISTA/7 ou plus, ou sur Mac OSX depuis 10.3.6) et d’une connexion WiFi pour un transfert vers Smartphone ou tablette piloté par l’application I’m Back Film (pas encore disponible).

Bon, ça c’est pour la « mécanique ». De fait, le capteur Micro 4/3 placé dans un appareil conçu pour le 24×36 donne droit à un … recadrage : un 35mm devient un 70mm par exemple.

Evidemment cela va poser problème pour viser correctement aussi le kit contient-il un cache translucide à coller sur le verre interne du viseur pour délimiter précisément la zone de cadrage, celle du capteur.

La question du « recadrage » pose aussi problème vis-à-vis des objectifs : comme écrit plus haut, un 35mm devient de facto un 70mm. Pour ne pas changer son parc de cailloux, « I’M Back » suggère d’utiliser un convertisseur optique grand-angle pour retrouver la focale standard (livré dans le kit d’installation), solution peu onéreuse, mais moins qualitative qu’un réducteur de focale monté derrière l’objectif.

Franchement, il y a intérêt à posséder des objectifs lumineux pour compenser la perte de luminosité due à cet ajout optique.

Malheureusement, outre la dégradation optique inhérente à l’ajout d’une pièce extérieure, il faut aussi compter sur la déformation du champ de vision que ce complément induit. La couverture angulaire absolue pourrait être de la partie (35 x 0,5 x 2 = 35 mm), mais entre les problèmes d’alignement du plan focal image (le capteur) – si vous regardez bien les images, le capteur n’est « fixé » au cadre de la chambre que par le presse-film – et la distorsion apportée par le complément et la réduction de la qualité d’image, il est clair que votre objectif préféré ne donnera pas les résultats optimaux !

Ceci étant, l’enregistrement photo se fait en RAW et JPEG, avec une sensibilité allant de 100 à 6400 ISO. Il est accompagné de Presets Noir et Blanc, Kodachrome et Fujifilm. Il peut même filmer avec un format vidéo montant à 4K et 60fps.

Ils auraient pu utiliser un capteur « full frame » pour simplifier la vie de tout le monde, mais c’est une question de coût. En effet, la production en petite quantité de capteur APS-C et de capteur plein format atteint des prix rédhibitoires. Restait donc l’option du capteur Micro 4/3, un peu plus accessible.

« Mais comment ça fonctionne ? »

De fait, entre le module et le boitier, il n’y a pas de connexion directe. Il vous faudra d’abord presser le déclencheur (le gros bouton rouge au dos du boitier) pendant 2 secondes pour activer le capteur. Puis vous pourrez activer le déclencheur de l’appareil ce qui va libérer l’obturateur et laisser entrer la lumière sur le capteur. Réarmer et recommencer.

Sauf que vous pourriez aussi utiliser la pose B, qui laisse l’obturateur ouvert, et actionner le déclencheur du système. Là, non seulement vous gagnez un appareil digital mais aussi un « vrai » hybride puisque vous verrez sur le minuscule écran l’image se former devant vos yeux ébahis !

Dans ce cas de figure, les fonctions telles que la vitesse d’obturation et la sensibilité ISO sont automatiquement prises en charge par le module, permettant au photographe de se concentrer uniquement sur la mise au point et l’ouverture de l’objectif.

En résume vraie bonne idée à peaufiner ou énième tentative de bidouiller du digital dans des appareils qui n’ont jamais été conçu pour ça ?

Honnêtement, si ce n’était le prix (673€ en principe), je me laisserais bien tenter (mon côté curieux) mais en même temps je me dis que pour moins que cette somme je peux de nos jours acheter un vrai hybride un peu passé comme un excellent Olympus OM-D EM-1 de première génération, voire même de la seconde ou encore un Canon Eos M50. Le premier cité a en outre la bonne idée de ressembler assez fort aux anciens boitiers argentiques et c’est aussi un Micro 4/3

Bah, dans quelques années, les capteurs full frame seront abordables, la miniaturisation encore meilleure et I’m Back Film nous proposera encore une solution plus élégante et enfin pleinement utilisable, qui sait …

Voici à quoi ressemble la boite du kit, proposé à 673€ dès juillet 2024.

Des références : https://www.lesnumeriques.com/appareil-photo-numerique/i-m-back-film-le-retour-de-la-pellicule-numerique-chimere-ou-realite-n213908.html, https://imback.eu/home/, https://phototrend.fr/2023/10/kit-im-back-film-capteur-numerique-boitier-argentique/, https://www.frandroid.com/produits-android/photo/appareil-photo/1834119_im-back-film-on-en-sait-un-peu-plus-sur-la-pellicule-numerique-pour-appareils-argentiques, https://www.reponsesphoto.fr/actualites/materiel/im-back-film-le-capteur-micro-4-3-reflex-argentiques-51464.html#item=1

Argentique

Le Mamiya M 645 Super

C’est en discutant avec Fred, d’Histoire de Photos, que je me suis aperçu que si j’avais déjà évoqué cet appareil, je n’avais pas été très prolixe à son sujet.

Je vais donc remédier à cette lacune car l’engin vaut le déplacement.

Celui-ci vient d’un photographe de portrait, qui me l’a cédé parce que j’allais le respecter et ne pas le laisser trainer au fonds d’une armoire.

Et je vous avoue que ce serait dommage, l’engin est certes costaud mais en plus sa cote monte, monte … (là, on flirte avec les 1000€ tout de même).

Mais commençons par la présentation dudit Mamiya M 645 Super.

Vous vous en doutez, le chiffre « 645 » désigne le format, le 6×4,5. C’est donc un appareil dit « moyen format », qui utilise le film 120.

Cet appareil fait partie d’un « système », en l’occurrence, un corps sur lequel on vient greffer les outils dont on a besoin : des objectifs différents selon les usages, des viseurs, des dépolis, des cellules, … bref tout ce dont le photographe pro (ou l’amateur éclairé et un peu fortuné) va tirer le meilleur.

Ça, c’est juste pour vous donner une idée de ce qu’est un « system » vu par Mamiya

Une petite remarque en passant :

1.Corps de l’appareil, 2. Objectifs, 3.Verres de visée, 4. Poignée moteur, 5. Levier d’armement, 6. Viseur à prisme avec photomètre, 7. Viseur à prisme, 8. Viseur de poitrine, 9. Dos pour bobine 120 chargé avec un film X, 10. Dos pour bobine 120 chargé avec un film Y, 11. Dos pour bobine 220, dos pour film 35mm, dos pour film Polaroid, dos digital (seulement pour des modèles plus récents), etc., 12. Adaptateur pour déclencheur souple

Mais reprenons le fil. Trois générations de Mamiya 645 se sont succédées : les argentiques à mise au point manuelle de la première génération, ceux de la seconde et puis les appareils argentiques à mise au point automatique (autofocus).

Les premiers, appelés Mamiya 645, sont au nombre de 7 et ils peuvent interchanger leurs objectifs, les inserts de film, les viseurs. Cette génération sera fabriquée de 1975 à 1987.

Elle permet de faire 15 photos au format 6×4,5 sur un film standard de 120.

Techniquement, le boitier utilise un obturateur à plan focal en tissu, à commande électronique, qui offre des vitesses de 8 s à 1/500s. On peut verrouiller le miroir et on peut sélectionner la multi-exposition.

Petite particularité de ces modèles, on peut précharger les films dans des cartouches mais on ne peut pas les interchanger en cours de prise de vues.

Au niveau des viseurs, il existe un viseur dit « de taille » (celui où on regarde de haut comme avec les Mamiya C330 pour rester dans la marque) et un pentaprisme plus trois viseurs à prisme comportant une cellule avec visée TTL.

L’objectif standard est le 80mm f2,8C ou le 70mm f2,8C ou encore, plus rare, le 80mm f1,9C.

Ensuite, le Mamiya M 645 1000s sera fabriqué lui de 1976 à 1990. Le « 1000s » signale que ce boitier peut atteindre le 1/1000s. Il bénéficie aussi d’un retardateur et d’un levier pour la prévisualisation de la profondeur de champ.

Puis, le Mamiya M 645 J sera fabriqué de 1979 à 1982. C’est une version simplifiée du M 645 : on a retiré le verrouillage du miroir et le second bouton d’obturation

Ensuite vient la seconde génération, fabriquée de 1985 à 1993. C’est le Mamiya M 645 Super, qui est un nouvel appareil, avec une coque en plastique sur cadre en métal moulé.

Au niveau des caractéristiques, elles sont semblables à celles du M 645 1000s mais cette fois, il bénéficie d’un dos de film amovible, qui permet, si besoin, d’interrompre un film en cours de route.

Vous vous en doutez, qui dit nouvel appareil dit malheureusement incompatibilité avec la génération précédente pour leurs accessoires respectifs (une « erreur » souvent commise par Mamiya, qui avait déjà fait le coup avec ses 24×36).

L’objectif standard est ici le 80mm f2,8N, le 80mm f1,9C (en début de production) puis f1,9N (en fin).

Viendront ensuite, en troisième génération, le Mamiya 645 Pro (1993 – 1998) qui gagne un retardateur et dont le style est moins anguleux. Il pouvait utiliser les objectifs du précédent (ah, là ils ont compris).

Le Mamiya 645 Pro TL (1997 – 2006) est identique au précédent bien qu’il gagne une mesure flash à travers les objectifs, qui restent ceux des précédents boitiers.

Le petit dernier sera le Mamiya 645E (2000), un « entrée de gamme » basé sur le 645 Pro mais sans dos interchangeables, ni viseurs mais il gagne un posemètre intégré dans le viseur. Il utilise toujours les objectifs en N.

Pour en terminer avec la liste des appareils, la dernière génération sera munie d’un autofocus. Elle se nomme Mamiya 645 AF, 645 DF et finalement, Phase One 645 DF.

Si vous voulez en savoir plus je vous renvoie sur le site de Wikipedia, qui en fait une liste exhaustive (voir dans les références ci-dessous).

Mais revenons à notre Mamiya M 645 Super du jour.

Sauf à être costaud, ne comptez pas trop vous balader en rue avec lui, il fait son poids et plus encore selon les accessoires que vous allez lui adjoindre (1.858gr pour cet exemplaire avec un objectif, le viseur prisme et la poignée électrique).

Il est plutôt à l’aise sur un trépied (votre dos vous dit merci), en studio ou en photo de paysage, où il excelle.

Si vous avez encore en tête l’image du « system » (voir plus haut), vous aurez découvert une multitude d’accessoires, dont des viseurs de forme et taille différentes.

Sans entrer dans toutes les subtilités de la chose, résumons en disant qu’il existe un viseur appelé WLF N (viseur à la taille, c.-à-d. qu’on regarde par au-dessus, comme les TLR de type Rolleiflex – notez le « N » qui le destine bien à cette gamme, comme les objectifs) et les prismes, qui ont le grand avantage (pour moi) de remettre l’image dans le bon sens et de permettre une visée directe (comme avec un reflex classique).

En portrait, la visée à hauteur de taille est moins confortable car l’appareil est « horizontal » (6×4,5 et non 4,5×6) par contre, il allège singulièrement le poids de l’ensemble (pas de lourd prisme en verre).

Le « PF N » pour « prism finder N » est le prisme sans cellule, le plus simple. Il vous faudra alors penser à prendre une cellule à main.

Puis il y a celui avec une cellule intégrée, comme sur mon exemplaire, le « Prism Finder AE N ». Son intérêt est d’embarquer la cellule avec l’appareil.

Comme je le faisais remarquer ici plus haut, il y a quelques objectifs intéressants, que vous pouvez compléter, par exemple, par des tubes qui vous permettrons de vous rapprocher de vos sujets si vous estimez la distance trop lointaine, les tubes dits d’extensions.

Selon plusieurs auteurs, qui ont utilisé ou utilisent encore cet appareil, voici la liste des meilleurs objectifs :

  • Mamiya 55 mm f2.8 N – objectif standard pour une vue plus large
  • Mamiya 70mm f2.8 N – objectif avec obturateur à feuilles (objectif spécialisé pour les photos au flash)
  • Mamiya 80mm f1.9 C – l’objectif le plus rapide de la gamme et le meilleur bokeh !
  • Mamiya 80mm f2.8 N – objectif de kit standard (net et compact)
  • Mamiya 110 mm f2.8 N – objectif net, idéal pour les portraits serrés

Mais ce qui fait la particularité et l’avantage de ce modèle, c’est la possibilité – enfin diront certains – de pouvoir changer de film en cours de route, si besoin.

Utile notamment en reportage de mariage car cela permet de disposer, p. ex. de dos chargés avec des films de sensibilités différentes selon les endroits de prises de vue, ou de film N/B et couleur selon l’envie et/ou les besoins.

Venons-en aux questions pratiques pour se lancer dans l’utilisation de ce bel appareil.

Tout d’abord, ne pas oublier d’y placer une pile, une 4LR44 de 6v. Petit détail en passant : prenez le temps de replacer le commutateur sur le trait rouge (hors tension) sous peine de vider la pile rapidement lorsque vous n’utilisez pas le boitier.

Ce bouton, électro-magnétique, ne fonctionne que si donc il y a une pile dans l’appareil. Il est à « deux étages » : positionné sur le carré blanc, la première pression allume l’affichage relatif à la mesure si vous avez un prisme muni d’une cellule, la seconde déclenche l’obturateur.

Si vous ne possédez pas ce prisme, placez le sélecteur toujours sur le point blanc , pour pouvoir utiliser toutes les vitesses.

Et si les piles sont plates, même en plein travail, ce qui bloque l’appareil, mettez le sélecteur sur le point jaune, vous pourrez alors déclenchez au 1/60s, la vitesse mécanique.

Ensuite, il faut bien penser que si vous pouvez changer de film en cours de route il y aura des sécurités pour éviter tout accident. La première et la plus évidente est cette plaque métallique que vous devrez glisser impérativement entre le boitier et le magasin avant d’ôter celui-ci. N’allez pas la perdre, ce serait une catastrophe. Pour éviter cet ennui, Mamiya a prévu une encoche au dos du magasin pour l’y glisser et ne pas l’oublier.

Si un jour, après avoir armé, vous n’arrivez pas à déclencher, regardez donc si vous n’avez pas oublié de la retirer. Ou si vous désirez retirer le magasin et que cela semble bloqué, c’est que vous avez omis de la remettre en place.

En résumé :

Je ne vais pas vous faire le coup d’éplucher page par page le mode d’emploi car vous le trouverez ICI (simplifié) en français et LA en anglais (complet).

Sous ces dehors sérieux, cet appareil autorise les multi expositions. Il suffit de faire pivoter le levier du boitier ou glisser celui de la poignée.

Juste encore vous dire que c’est un bel appareil, plus moderne que le Zenza Bronica S2 que je vous avais présenté il y a un moment et plus modulaire que le Kiev 88 dont je vous parlerai bientôt.

« Mais me direz-vous, qui va se servir d’un tel appareil ? »

Les portraitistes vont l’adorer, tout comme les paysagistes, c’est là que ce type de boitier est à son avantage.

Il sera plus à l’aise sur un trépied même si son poids conséquent n’est pas si excessif que sa forme laisse penser. Mais cela dépend évidemment des accessoires dont vous l’aurez affublé, selon vos besoins.

D’autant qu’avec un prisme comme celui des photos, c’est un régal pour viser. La cellule intégrée n’est pas obligatoire, surtout en studio me semble-t-il où la lumière s’étudie mieux avec une cellule indépendante. Ni la poignée d’entrainement, qui offre un certain confort mais est un peu bruyante et qui alourdit le boitier (6 piles d’1,5v).

Pourtant, vous le savez, il n’y a pas de règle que l’on ne puisse transgresser pour essayer autre chose et donc rien ne vous empêche de le sortir dans la rue. Il vous sera sans doute reconnaissant de lui faire prendre un peu l’air ! Mais vous ne passerez pas inaperçu …

Maintenant, soyons raisonnable, ce n’est pas un boitier qui aime être bousculé, il n’a pas été conçu pour ça. Ensuite, ce genre d’appareil demande de prendre son temps pour composer son image et, rappelez-vous, il utilise du film en bobine de 120, donc c’est 15 photos maximum avec une bobine. Ou 20 avec un film de 220 (on peut mettre les deux). Voilà pourquoi on y réfléchit.

Mais le résultat est là, avec un grand négatif qui autorise les agrandissements sans perte de qualité. Et quand je vois le prix des moyens formats numériques (le ticket d’entrée tourne autour des 5000€, boitier nu !), je me dis qu’il y a là moyen de se faire plaisir à coût raisonnable (enfin, tout est relatif, il faut quand même débourser près de 900€ pour un appareil complet, c’est-à-dire la chambre, un dos, un viseur et un objectif).

Qui a dit : « quand on aime, on ne compte pas » ? C’est en tout cas une possibilité d’entrer dans un monde différent à un prix encore raisonnable, qui vous fera peut-être faire le pas ensuite vers une formule numérique, après l’avoir testé et vu si le format correspond à votre manière de travailler.

Videos guide rapide et d’illustration

Des références : https://en.wikipedia.org/wiki/Mamiya_645, https://mrleica.com/mamiya-645-super/, https://beyondtheaperture.com/2020/07/review-mamiya-645-1000s-medium-format-film-camera/, https://www.benjaminfavrat.com/analog-photo-blog/review-mamiya-645-super en anglais ; https://app-phot-col.com/mdpe_deta_5.php?numephot=0&dn=1&numero=1659&marque=MAMIYA&modele=645%20Super&ty=M, https://www.ledauphin.org/post/2017/02/25/Mamiya-M645-Super.html en français

Et si nous parlions (un peu) technique ?

Le Tamron 80 – 210 f3,8 – 4, une belle découverte, par Olivier.

Vous connaissez maintenant Olivier, qui a toujours de bonnes idées dans des domaines où je suis moins féru. Et il a eu celle de vous proposer une découverte intéressante, ce Tamron 80 – 210 qui a l’air d’une réelle bonne affaire, pour autant qu’on le débarrasse de quelques imperfections dues au temps et de mauvaises conditions de conservation.

Mais je lui laisse le clavier …

              C’est l’un des objectifs le plus vendu de TAMRON, il sera facile à trouver en occasion et face à une offre qui risque d’être conséquente, les prix seront attractifs. En plus il est associé à la technologie ADPATALL et peut donc être utilisé pour tous les boitiers avec une bague dédiée. Les bagues dédiées se retrouvent régulièrement sur des sites de vente de matériel d’occasion.

Photo officielle du du zoom 80-210 de TAMRON

              Même si cela reste une bonne occasion, ce n’est pourtant pas un objectif qui peut rivaliser avec les objectifs proposés par les grandes marques comme NIKON, OLYMPUS ou CANON. Il est toutefois d’une qualité optique supérieure à la moyenne de l’époque et il existe plusieurs générations de ce zoom.  Et c’est là que cela devient intéressant !

              En effet, il a été successivement amélioré puis dégradé ! Vous vous doutez bien qu’il faut prendre ni la première version ni la dernière, mais « entre les deux ».  Heureusement pour nous, TAMRON nous aide en écrivant sur chaque objectif sa version. Il est évident que vous reconnaitrez un objectif devenu Low-Cost par son corps en plastique, mais cela sera beaucoup moins évident si l’évolution concerne le groupe optique.

Les versions du  80-210

              Déjà, pour que l’on parle bien du même objectif, il faut qu’il y ait l’inscription 103A  sur le fut  (plus précisément sur la bague qui commande le diaphragme). De plus, c’est un objectif de la série ADAPTALL-2, donc si vous ne voulez pas perdre des fonctionnalités, prenez une bague ADAPTALL de la même génération. Le modèle précédent était le 03A. Il était un peu plus long et avait des performances optiques moindres (son seul avantage était le pare-soleil intégré). Le modèle suivant, le 46A perdait la structure métallique et voyait des éléments importants comme le canon Zoom/mise au point réalisé en plastique. Finalement la version 103A combine l’évolution de la structure optique et ne perd pas la fabrication entièrement métallique. De manière générale, les zooms de cette époque ne doivent pas être utilisés à pleine ouverture. Ainsi pour ce zoom, il est déconseillé d’utiliser une ouverture de plus de f : 5.6 . A pleine ouverture, il va avoir du mal à assurer une homogénéité de l’image (c’est ce que disent les tests en laboratoire).  Mais si vous êtes à pleine ouverture, c’est parce que vous manquez de lumière !   Alors y voyez-vous vraiment comme en plein jour ? … Bref, les conditions de prises de vue s’accommoderont certainement de cette perte d’homogénéité. Finalement, les tests en laboratoires…

              J’ai acheté sur le web, un 80-210 de la série 103A et hélas, il y avait des champignons présents sur les lentilles. Le vendeur m’avait prévenu, il était dans un état dit « moyen » …Mais pour 20 Euro, j’avais l’objectif et la bague ADPATALL-2 qui elle était en très bon état.

              Puisque l’on sait que l’on peut « investir » sur cet objectif voyons un peu sa constitution…En particulier, le groupe optique.

              Sur cette coupe du groupe optique, nous pouvons observer qu’il y a de forte chance que des éléments optiques soient constitués de lentilles collées. Les deux groupes optiques entourés en rouge risquent de nous poser des problèmes si des champignons ont commencé à attaquer la colle ! Ainsi, quand vous avez l’objectif en main, il faut regarder attentivement le bord de ces groupes pour apercevoir des effets de décoloration (comme un effet de bulle de savon). Si aucun effet n’apparait, alors l’objectif pourra être nettoyé sans trop de dommage. Même si les autres lentilles sont attaquées par des champignons, un bon nettoyage à l’alcool à 90°devrait suffire à les rendre plus présentables. Bien évidement, il est illusoire de croire que vous allez remettre votre objectif dans la situation de sortie d’usine ! Vous n’avez pas de salle blanche et toutes les précautions que vous allez prendre ne pourront empêcher l’introduction de poussières. Par chance, le 103A que j’ai récupéré a ses deux groupes optiques collés qui ne sont pas attaqués (enfin visuellement et sans démontage). L’état des autres lentilles n’est pas préoccupant, des champignons sont certes présents, mais ce n’est pas une cave parisienne à l’ombre et pleine d’humidité.

              Voyons maintenant les précautions de démontage car il n’existe pas de schéma type. Les grands constructeurs essayent toujours d’avoir des structures semblables pour des objectifs similaires. Il faut donc en avoir déjà démonté un pour savoir ce qu’il y avait dans les têtes des ingénieurs japonais quand ils ont fait la conception. C’est raté pour aujourd’hui, celui-ci sera mon premier ZOOM TAMRON !

Démontage et entretien.

              Par rapport à l’objectif FUJICA qui a été présenté sur ce site, celui-ci sera bien plus difficile à ouvrir… Avec un peu d’ingéniosité, on s’en sortira. Je vous présente donc ci-dessous mon « tournevis à bague frontale » !

Et oui, c’est un étau (de petite taille quand même), en acier… qui va supporter deux clous (en acier aussi !) qui ont été légèrement limés pour rentrer dans les encoches des bagues frontales ou arrières des fixations de lentille.

              Bien sûr, beaucoup d’entre vous serons « étonnés » de voir un tel équipement face à un objectif aussi fragile qu’un zoom ayant une lentille frontale de 58 mm.  Laissez-moi toutefois quelques lignes pour expliquer ce choix.  Le risque principal est évidement que si vous dérapez, la lentille frontale sera bonne pour la poubelle (et l’objectif avec).  Ce risque, bien sûr, j’en suis conscient et c’est pour cette raison que j’ai utilisé tous ces éléments en acier qui ne risquent pas de se déformer. Pour la bague qui serre les lentilles, le serrage en fabrication ne sera que modéré (si on serre trop fort, on peut fissurer la lentille !). Alors le but premier est seulement d’amorcer un desserrage que vous pourrez finir à la main.  Si vous avez des doutes sur ce procédé, bien évidement absentez-vous  de vous lancer dans le démontage d’un objectif !

              Donc pour ceux qui n’ont pas encore de cheveux qui se hérissent sur la tête, on continue…

Lentille frontale démontée avec le « tournevis spécial » précédent.

              Le groupe avant ne peut pas être retiré de la même manière car ce groupe est mobile par nature (il peut tourner dans le filetage du fut) car il est réglé pour assurer la mise au point à l’infini. Il y a donc des vis qui le bloquent en rotation. Ce sont ces trois vis qu’il faut desserrer pour démonter le groupe avant.

              De la même manière que l’on a démonté le cercle lié à la lentille frontale,  le bloc contenant le groupe avant sort sans trop de difficulté.

              Si vous vous souvenez de l’analyse que l’on avait faite de l’objectif, ce groupe avant contenait des lentilles collées et il apparait qu’elles n’ont  subit aucun dommage dû aux champignons. Un bon nettoyage à l’alcool à 90°c de la lentille frontale et de cet élément nous donnera un groupe avant comme neuf !

              On continue avec notre tournevis spécial, en ayant pris soin de se mettre en focale 80 mm…

              Bien sûr, on arrive sans mal à retirer les lentilles avant du groupe mobile. Et hélas, ce que l’on craignait est arrivé, un bloc collé a un début de contamination de la colle.

              Nous voyons ici les premières lentilles du groupe mobile et la dernière est un élément contenant deux lentilles collées.  Un début de contamination apparait quand on regarde la lentille en éclairage rasant. (Le défaut est pratiquement invisible sur notre photo).  Vous pouvez frotter pendant des heures avec un chiffon doux imbibé d’alcool à 90°, rien n’y ferra,  le défaut restera. Toutefois, celui-ci est très peu visible et ne sera pas non plus visible sur vos photos. Par contre, les lentilles avaient bien besoin de ce nettoyage. Le groupe arrière a lui aussi été démonté et cela n’apportera  pas de nouveaux éléments à notre article. Toutefois, comme la contamination était très réduite, j’ai utilisé un autre objectif qui avait la même maladie comme exemple.

Sur ce zoom MAMIYA, on peut voir en périphérie de lentille des traces, comme un effet de bulles de savon. La formule optique utilisée pour ce zoom inclut des lentilles  collées dès le groupe avant. Il n’est pas encore bon pour la poubelle car ces traces ne recouvrent pas la totalité de la lentille frontale. Je le testerai un jour, en le comparant à un objectif sain.

              Passons au remontage…Prenez soin de mettre un peu (j’ai dit vraiment un peu) de graisse silicone sur les filetages, cela sera bien plus facile à remonter et protégera les filetages de la corrosion. Bien évidement, le remontage se fait dans l’ordre inverse du démontage et vous veillerez à ne pas remettre une lentille à l’envers !  (Ne riez pas, cela peut facilement vous arriver car personne n’aurait l’idée de mettre des repères au marqueur indélébile sur ces précieux et fragiles éléments !). Nous arrivons au dernier remontage, le groupe avant qui règle la mise au point…

              Ne le fixer pas encore, vous DEVEZ le régler en position.  Pour ce faire, il vous faudra un boitier (Ici, un CANON AV-1) et une vision sur le monde extérieur.  En mettant la focale 210 mm et la position infinie  pour la mise au point, vous regardez par votre fenêtre l’objet qui se situe le plus loin. Bien évidement, le télémètre vous dira certainement que la mise au point n’est pas faite.  Plutôt que de tourner la bague de mise au point, c’est le groupe avant que vous allez tourner de manière à être en accord avec le télémètre. Quand tout le monde est d’accord, vous pouvez passer au serrage des trois vis de fixation.

Le CANON AV-1 nous servira à faire le dernier réglage, celui de la mise au point à l’infini.

              Ce dernier réglage fait, les trois dernières  vis serrées,  votre zoom est prêt à reprendre du service pour quelques décennies…

Voilà un nouvel objectif sauvé grâce à l’ingéniosité d’Olivier.

Je vous avoue qu’il m’a fait peur avec son « tournevis à bague frontale ». Pour ma part, lorsque je dois démonter certaines pièces, j’utilise un spanner, un outil réglable prévu pour ce type de démontage (environ 15€ sur les grands sites de vente).

Quelques modèles différents de l’outil.
Argentique

Les Agfa ISO-RAPID

C’est grâce à Isabelle (qui m’avait déjà donné le box Brownie Six-20 Model C et que je remercie donc encore chaleureusement) que je vais vous présenter un Agfa ISO-RAPID 1C.

Mais, dans le même temps et en déballant celui-là, je me suis souvenu que dans ma caisse « à brol » il me restait un autre ISO-RAPID, mais un 1F, en moins bon état que celui d’Isabelle.

Je vais donc faire d’un pierre deux coups et vous présenter les deux.

Une première réflexion, avant toute chose : si Isabelle a pu me céder ses deux appareils c’est parce que, comme beaucoup d’autres personnes, elle a hérité de ceux-ci. Se sont, tous les trois (le box, les 2 Iso-Rapid), des appareils qui ont été vendu « par camions » et qui ont marqué l’histoire de la photographie non pas par leur complexité inouïe (loin de là) mais par leur facilité d’utilisation qui en ont fait des appareils prisés. Ils ont donné accès à l’acte photographique au plus grand nombre et – accessoirement – permis à Kodak ou Agfa de vendre encore un peu plus de films.

Toute une époque …

  1. Un peu d’histoire.

Mais comme souvent, les choses les plus simples s’avèrent complexes à expliquer et nous ne pouvons faire l’impasse sur un peu d’histoire.

Il faut tout d’abord se remémorer ce qu’est un film et comment il fallait le mettre dans un appareil. Manifestement, cet acte en apparence simple était la hantise de nombreux photographes (très) amateurs.

Merci Manu.

Les industriels n’ont alors eu qu’une envie : trouver le moyen miracle pour simplifier le chargement et le déchargement de celui-ci.

Ils ont développé essentiellement deux voies : celle de la mécanique des appareils, avec des bobines réceptrices de plus en plus sophistiquées et/ou des systèmes permettant le chargement rapide et qui deviendra automatisé dans les années nonante. Je songe notamment au système QL (quick load) de Minolta, Yashica, Praktica ou Canon.

Et puis il y eut celle du film en lui-même : de l’appareil préchargé d’un film de Kodak (1898) qu’il fallait renvoyer pour développement et rechargement ensuite, en passant par des bobines, où il fallait enrouler soi-même le film dedans, à la bobine industrielle avec la pellicule prête à l’emploi, les fabricants ont cherché le truc ultime, qui apparaitra dans les années soixante : la cassette de 126, puis celle du 110.

Il y eut des formules intermédiaires, bien évidemment.

Et deux protagonistes, essentiellement, Agfa et son grand rival (ou l’inverse), Kodak.

De fait, ces deux-là ont bien essayé de trouver une entente car leur but était commun : vendre le plus de pellicules possible (ne nous leurrons pas, si les fabricants d’appareil photo gagnent leur vie, c’est surtout grâce à la vente de consommables qu’ils font du bénéfice). Pour cela, il fallait résoudre trois difficultés rencontrées par les photographes peu au fait de la technique mais nombreux. A savoir le réglage de l’exposition, le réglage des distances et le changement de film.

La première difficulté fut résolue en 1959 par Agfa avec l’Optima, qui introduisait une cellule au sélénium et le premier automatisme de l’ouverture couplée.

La seconde difficulté ne sera résolue qu’avec l’invention de l’autofocus mais bien plus tard (fin années septante). On avait bien instauré le système des symboles pour portrait, groupe et paysage et ça a fonctionné sans trop de soucis pendant longtemps, en simplifiant la recherche de la distance idéale.

Restait la troisième difficulté, le chargement du film dans l’appareil.

Bien souvent, le revendeur de film se chargeait de l’opération au moment de la vente, mais vous conviendrez avec moi que si « Monsieur et Madame Tout le Monde » sait le faire lui-même, ça permet de vendre bien plus de films !

En 1962 Kodak Allemagne et Agfa essaient de développer conjointement un système de chargement rapide, basé sur la cartouche Karat, inventée par Agfa en 1937.

Mais Kodak USA rejette le projet et présente alors de son côté, à la Photokina de mars 1963, l’Instamatic et son Kodakpak (cartouche de 126).

C’est l’ingénieur Australien Hubert Nerwin qui invente cette cartouche en plastique dans laquelle se place un film au format 35mm, avec des perforations spécifiques, doublé d’un papier jaune qui porte le numéro des vues (un peu comme les films en 120). On ne peut faire plus simple : il suffit de déposer la cassette dans la chambre, de refermer l’appareil et d’avancer à la première vue. Lorsque le film est terminé, pas besoin de rembobiner, il suffit d’enlever la cartouche et de la déposer au labo.

Tout n’était pas parfait, loin de là : problème de planéité du film dans la cassette même, impossibilité de mettre en place un presse film pour y remédier, imprécision dans la fabrication, avec comme conséquences des images pas toujours très nettes.

Kodak n’arrêta la production du format 126 qu’en 1999, soit trente-trois ans plus tard, et des millions de films et d’appareils Instamatic vendus, un succès !

Vexé sans doute, Agfa refuse de prendre la licence Kodak tant parce que les conditions leurs semblaient défavorables que pour rester indépendants technologiquement.

Agfa fait alors le « forcing » pour lancer son système Rapid, notamment en essayant d’amener le plus de fabricants d’appareil à rejoindre le « Club Rapid ». Il vont jusqu’à offrir des licences gratuites pour les convaincre d’adhérer.

Finalement, 27 fabricants européens et japonais se rejoignent. En décembre 1964 de nombreux appareils ayant adopté le « system Rapid » sont mis sur le marché. Mais essentiellement sur le marché européen d’abord, les USA ne seraient approché qu’une fois que le système fut bien implanté en Europe.

2. Résultats.

Dès le départ, le système Rapid sera à la traîne par rapport à l’Instamatic.

On peut dégager trois raisons à cela : le budget publicitaire de Rapid n’était que de 10 millions de DM (Deutch Mark pour mémoire) contre 50 millions de DM pour Instamatic rien qu’en Europe ; le changement de film encore plus facile avec l’Instamatic ; le manque de solidarité du Rapid Club a fait qu’en deux ans, tous les membres qu’ils avaient gagnés ont arrêté la production.

En conséquence, Kodak avait déjà vendu 22 millions d’appareils photo Instamatic dans le monde en 1967, tandis qu’Agfa n’en était qu’à environ 4 millions d’appareils photo Rapid au cours de cette période.

Finalement, Agfa proposera des films Instamatic pour ses appareils dès 1967 et il abandonnera les appareils Rapid en 1972. Les Agfamatic allaient prendre le relais, avec succès.

3. Le « system Rapid »

Mais revenons un instant sur ce « system Rapid ».

C’est un système développé essentiellement par Agfa lui-même en 1963 et présenté en 1964.

Il se compose de deux magasins métalliques identiques, l’un contenant un film 35 mm et l’autre vierge, qui recevra le film exposé. Le film passait d’un magasin à l’autre au fur et à mesure de son utilisation

La cartouche contenant le film était alternativement inséré à droite ou à gauche, selon la configuration de l’appareil.

En lançant le système Rapid, Agfa réactualise en quelque sorte le système Karat (inventé en 1937 pour mémoire) comme je l’écrivais plus haut.

C’est un film 35 mm dans un cartouche sans axe central. Le film n’est entrainé que par les dents d’un cabestan qui s’insèrent dans les perforations du film. Il est ainsi sorti de la cartouche débitrice et poussé dans la réceptrice. Il n’y a pas besoin de rembobiner en fin de film, les deux cartouches étant strictement semblables. Sur les cartouches, il y a un petit ergot métallique, de longueur différente suivant la sensibilité du film. Elle est « interprétée » par certains modèles d’appareils pour transmettre la valeur de la sensibilité au posemètre.

Ce nouveau système de chargement instantané du film permet de photographier plus simplement, plus sûrement et plus rapidement avec les avantages suivants : mise en place simple du film, accrochage automatique de celui-ci, réglage automatique de la sensibilité du film pour les appareils à commande automatique de l’exposition , pas de rembobinage, appareil rapidement prêt à fonctionner, changement de film rapide et netteté exceptionnelle grâce à un cadre presseur assurant la parfaite planéité du film.
Un seul métrage de film est prévu qui permet d’obtenir : 12 vues en 24 x 36, 16 vues en 24 x 24 et 24 vues en 18 X 24.

Le principe est séduisant et répond manifestement aux imperfections du concurrent Kodak (planéité du film, netteté, gestion de la sensibilité).

Concrètement, la cartouche Karat était identique à la cartouche Rapid à un détail près, une petite innovation qui, comme avec la cassette Instamatic, permettait de connaître la vitesse du film. À cet effet, une tôle en forme de T a été rivetée à la cartouche à mi-hauteur près de l’ouverture du film, la base du ‘T’ ayant une longueur différente, qui indiquait la sensibilité du film.

Heu, ce code n’intéressait que le labo, l’utilisateur n’en avait pas connaissance.

Les cartouches Rapid et Karat étaient rétrocompatibles, elles pouvaient donc être utilisées dans un appareil photo Karat ou Rapid, pour autant que celui-ci soit sans posemètre, les appareils du système Karat n’en disposait pas.

Techniquement, la cartouche Rapid n’a donc pas d’axe à l’intérieur. La languette de film, qui dépasse comme celle d’un film 35 mm, a été coupée droite et spécialement gaufrée afin d’obtenir une torsion avec laquelle elle devrait s’enfiler de manière fiable dans la cartouche réceptrice. Il s’agissait de la cartouche de rechange du dernier film ou d’une cartouche vide fournie avec l’appareil photo.

Après insertion du film et fermeture du dos de l’appareil, le film s’enroule image par image dans la cassette vide lors du transport du film. La cartouche pleine est ensuite déchargée pour le développement, et la cartouche désormais vide peut être utilisée pour le film suivant à enrouler. Il n’y a donc pas eu de rembobinage.

Vous noterez que cette particularité autorise toujours l’emploi de ces cassettes, que l’on peut charger avec du film moderne en rouleau. Mais il faut connaître le code de la cartouche pour la bonne sensibilité du film si l’appareil possède un posemètre.

Autre point à connaitre : la cartouche n’accepte que 60cm de film. Comme il n’est pas enroulé autour d’un axe, il est moins serré dans le contenant. Il faut en tenir compte.

4. Un peu de mécanique.

Au niveau mécanique, nous avons effleuré le sujet, ce système donne de meilleurs résultats (planéité, plaque de pression entre autre) mais il nécessite un mécanisme plus complexe pour le transport du film et un compteur de vue.

En effet, avec la cassette 126 il y a un seul trou de perforation par image, ce qui simplifie le mécanisme. Ensuite, on « compte » les vue à travers la fenêtre au dos de l’appareil puisque les chiffres sont notés sur la papier jaune à l’arrière du film, comme sur les bobines de 120.

L’autre avantage du système Rapid, c’est la plaque de pression qui assure une planéité parfaite au film. Le principe de la cassette ne permettait pas cet ajout, de sorte que le réglage de la distance, le cas échéant, ne produisait parfois pas le résultat souhaité.

Soyons de bon compte, cet aspect n’a joué aucun rôle avec les faibles intensités lumineuses des objectifs des appareils les plus simples, car les petites ouvertures associées se traduisent par une grande profondeur de champ. Pour cette raison, il n’y avait pas d’appareil photo Instamatic avec un objectif plus rapide que f2,8 – mais c’était également le cas avec les appareils photo Agfa Rapid.

Il y a un point commun entre la cassette 126 et le système Rapid. Tous les deux gardent la photo exposée à l’abri de la cartouche ou cassette. En cas d’ouverture intempestive du dos de l’appareil, on ne perd que la photo actuellement exposée.

Autre petit avantage au système Rapid : le nombre de photos. Dans les deux principes, il n’y a pas d’axe pour enrouler le film serré. Chez Agfa on dispose alors de 12 vues en 24×36, de 24 vues en 18×24 ou 16 au format 24×24. Avec les cassettes 126 il n’y a que 12, 20 ou 24 vues possibles pour la même longueur de film (60cm souvenez-vous).

Agfa proposait quatre émulsions de film Rapid :

  • Isopan I F 17 Rapid : film noir et blanc avec ISO 17/40°
  • Isopan ISS 21 Rapid : film noir et blanc avec ISO 21/100°
  • CN 17 Rapid : Film négatif couleur avec ISO 17/40°
  • CT 18 Rapid : film inversible couleur lumière du jour ISO 18/50°

Tiens, encore une question : pourquoi avoir baptisé leurs appareils d’entrée de gamme ISO-Rapid ?

C’est en fait une tradition d’avant-guerre, avec l’introduction du film noir et blanc isochromatique. Dès lors ce suffixe a trouvé sa place dans certains noms d’appareils photo d’entrée de gamme. L’Iso-Rapid I, par exemple, coûtait seulement 33 DM à son lancement en 1964.

4. Les appareils Iso-Rapid.

Les caméras Iso Rapid, produites de 1964 jusqu’au milieu des années 70 sont des appareils très simples, qui possèdent l’essentiel et sont complets.

Leur différence tient au type de flash pouvant être utilisé. L’Iso Rapid I utilisait un flash électronique traditionnel à insérer sur la griffe avec les contacts électriques, les autres utiliseront des FlashCube, sauf le Rapid 1F qui retrouve un « vrai » flash.

Tous seront remplacés progressivement par les Iso-Pak à la fin des années 60, Agfa rejoignant le rang des utilisateurs de cartouches 126. Ils auront quand même vendu près de 5 millions d’appareils sous le nom Rapid.

A partir de 1964 – 65, Agfa sort quatre gammes d’appareils qui utilisent donc le nouveau système, le Rapid.

  • Iso-Rapid, des appareils simples qui donnent 16 vues de 24x24mm
  • Isomat-Rapid, qui ont la particularité de pouvoir détecter la sensibilité du film et de régler le posemètre en conséquence. Les images sont toujours au format 24x24mm.
  • Silet Rapid, qui sont des 24×36 de milieu de gamme (film normal en 24×36)
  • Optima Rapid, le haut de gamme qui délivre 36 images en 24x36mm (idem).

Mais restons sur les Iso-Rapid, eux aussi au nombre de quatre :

  • L’Iso-Rapid 1 qui possède une griffe flash, un obturateur Parator avec un objectif Isitar f8,2, et, dans un premier temps, un déclencheur sur l’obturateur puis sur le capot dès 1966.
  • L’Iso-Rapid C qui utilise lui des FlashCube pour le flash (d’où le C dans le nom, pour cube). L’avancement du film est couplé à la rotation du flash cube. L’obturateur est toujours un Parator et l’objectif un Isitar ouvrant à f8,2. Le déclencheur est sur le capot.
  • L’Iso-Rapid 1c utilise toujours un FlashCube mais il faut le faire tourner manuellement (c’est beau le progrès !). Pour le reste, pas de changement.
  • L’Iso-Rapid 1F va utiliser des ampoules AG-1 et non plus des cubes de flash. Le déclencheur est toujours sur le capot dès 1966, l’obturateur reste un Parator mais l’objectif devient un Isinar ouvrant à f8.

Parlons donc du premier appareil en notre possession, l’Iso-Rapid 1F.

Dans le nom Iso-Rapid 1F, le F signifie « Flash » (vous l’aviez deviné). Il y avait donc une douille pour les ampoules flash – également de type AG 1 – à la place de la griffe porte-accessoires des autres modèles ou de la fiche pour les cubes.

Autour de la douille, une feuille réfléchissante semi-circulaire peut être poussée hors du boîtier grâce à une molette. La batterie de 6 volts pour l’allumage est accessible après avoir déclipsé le panneau inférieur.

Attention, il s’agit ici d’une batterie au mercure et il faut la remplacer par une 6V moderne, avec un peu de bricolage (les tailles ne sont pas identiques)

L’objectif, un Isinar de 42mm ouvrant à f8, est fixe. Un « point and shot » dans toute sa simplicité.

Les réglages sont très simples : deux symboles, soleil ou nuage/flash avec un curseur sur le fut de l’objectif, qui actionne les vitesses de 1/80s ou 1/40s. Un second curseur, de l’autre côté, indique 3 chiffres : 8 – 11 – 16 qui sont respectivement les ouvertures que vous pourrez utiliser. Le « 11 » étant spécifique à l’utilisation lorsqu’il y a du soleil, les autres ouvertures étant réservées à l’utilisation du flash (portrait ou groupe).

Ce dernier curseur actionne un disque avec des trous de tailles différentes, correspondant aux ouvertures choisies (comme sur les Box anciens). Simple, je vous écrivais …

En résumé, vous visez et vous appuyez sur le déclencheur, à droite de l’objectif. Puis vous actionnez la molette qui fait avancer le film d’une pause.

Le chargement du film est vraiment facile avec les cassettes Rapid : vous placez la nouvelle cassette pleine dans l’appareil photo à droite, une cassette Rapid vide à gauche. Il faut juste s’assurer que l’amorce du film est au-dessus de l’arbre du pignon et puis vous fermez le dos. Il n’est pas nécessaire de fixer le film à quoi que ce soit. Une fois le dos fermé, prenez deux photos factices jusqu’à ce que le compteur d’images pointe sur « 16 ». Cela pousse l’amorce du film dans la cassette vide. Lorsque le compteur de film atteint « 1 », le déclencheur ne fonctionne plus et vous devez enrouler le film plusieurs fois avec la molette pour faire passer la dernière image exposée dans la cassette réceptrice. Le film exposé dans la cassette de gauche peut ensuite être retiré pour être développé.

Petite particularité avec le compteur, qui est réinitialisé sur la lettre A lors de l’ouverture. Le compteur compte à rebours de 16 à 1 (deux images sont comptées entre le A et le 16 pour tenir compte de l’amorce du film qu’il faut engager dans la bobine réceptrice).

Ce modèle n’est plus guère utilisable, non pas tant à cause du film Rapid mais parce qu’il est compliqué de retrouver des lampes G1 fonctionnelles.

Venons-en alors au Iso-Rapid 1C, apparu en 1967, qui utilise lui un flash cube.

Ce flash cube est une invention de Sylvania, apparue en 1966. Il simplifie la manipulation d’un flash et propose 4 éclairs successifs avant de changer le cube. Ceci nécessite une pile de 6v à l’intérieur de l’appareil.

A part ça, rien de transcendant ni de vraiment nouveau : l’objectif est un Isinar ouvrant à f8,2, tandis que l’obturateur Parator est toujours à 2 vitesses (1/40s et 1/80s). Toujours 3 ouvertures aussi, f8 – f11 – f16.

De fait, l’Agfa Iso-Rapid 1C est l’adaptation du Iso-Rapid I à l’utilisation du flash cube. Contrairement à l’Iso-Rapid C, vous devrez faire avancer le cube du flash à la main, il n’est pas couplé au réarmement.

Ah oui, j’allais oublier, la pile. Elle se trouve en dessous de l’appareil, il faut faire « sauter » la plaque métallique qui recouvre la semelle, en tout cas pour les appareils qui en sont pourvus.

Si je résume, ces appareils ont été des locomotives pour Agfa, comme les Instamatic chez Kodak, qui ont permis de vendre massivement du film et des appareils.

De nos jours, ils n’ont guère plus d’intérêt, leur qualité étant réduite à leur simplicité.

Ils sont encore utilisables mais c’est presque du masochisme de vouloir s’en servir.

La qualité de leurs images est médiocre, voyez quelques exemples ICI.

Franchement, tant les Kodak Instamatic que ces Agfa Iso-Rapid n’ont plus grand chose à nous apporter.

On en trouve sur toutes les brocantes, par dizaines, et même à 1€ pièce, ils ont du mal à partir !

Par contre, j’en ai vu, colorés, collés les uns aux autres pour former des assemblages décoratifs. Quelques uns sont même transformés en lampe, d’autres en caméra espion, comme dans la vidéo ci-dessous.

Comme je suis un adepte inconditionnel de la récup et de la transformation, je ne saurai trop vous encourager à laisser parler votre imagination pour proposer une autre vie à ces petits cubes finalement sympathiques.

Des pubs d’époque (merci Collection-appareils)

Foto-Quelle, 1966 – 67.

Odéon-Photo, 1967.

Petite video d’illustration

Et si vous voulez quand même essayer d’y mettre un film moderne :

Et enfin un petit film qui résume les différences entre les deux systèmes :

Des références : https://www.lomography.com/magazine/94372-agfa-iso-rapid-ic, https://oldcamera.blog/2018/01/14/agfa-iso-rapid-if/, https://camerosity.wordpress.com/contents/agfa-rapid-film/(une mine d’infos) en anglais; https://www.kamera-museum-scholz.de/agfa-kamera/rapid/iso-rapid-1c/, en allemand; https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Agfa/Agfa_Iso-Rapid_1_C, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-756-Agfa_Iso-Rapid%20C.html, https://www.philcameras.be/kodak-instamatic-126/, https://www.philcameras.be/agfa-optima/ en français; https://www.lombardiabeniculturali.it/scienza-tecnologia/schede/ST110-00465/, en italien

Argentique

Le Yashica Minister III

Une belle trouvaille, comme d’habitude sur un stand de brocante. Et pourtant je m’étais dis « plus de Yashica », les ayant déjà pas mal présentés.

Mais c’était sans compter sur un monsieur qui, ayant parcouru la liste des appareils à vendre, m’a un jour demandé si je ne vendais pas un Minister III.

-« Ben non, je n’en ai pas »

Alors, quand j’ai vu celui-ci, vous me connaissez …

Et ça tombe bien car je ne savais absolument rien de ce modèle. J’ai eu quelques Electro 35, que vous pourrez retrouver de-ci de-là sur le site, et un Minister D. Je ne voyais pas trop où se situait celui-ci.

Un peu d’histoire ne fera pas de tort : alors dans la famille des Minister, nous avons en premier le Minister (1960), puis le Minister II, le Minister D (1963), le Minister 700 (1964) et enfin le Minister III (1966). 

Admettons que le modèle ne révolutionne pas le monde des télémétriques des années soixante, mais il a ce côté rassurant et robuste des appareils où le métal est roi.

Son architecture est classique : le viseur à gauche, une fenêtre pour le télémètre au milieu, un objectif assez imposant au centre de la façade, le capteur de la cellule sur le pourtour de l’objectif (et on peut visser un filtre devant).

Qui dit capteur en nid d’abeille pour la cellule suppose immanquablement une cellule au sélénium. L’ avantage de celle-ci est qu’il n’y a pas de piles car le sélénium produit le courant nécessaire au fonctionnement du posemètre. Le hic, c’est qu’à la longue, elle peut s’épuiser surtout si l’objectif n’a pas été protégé par un bouchon ou l’appareil placé dans un sac noir.

Ici, j’ai de la chance, elle fonctionne parfaitement.

Le posemètre donc analyse la lumière sans énergie extérieure et il vous transmet une information via une aiguille qui se place en face d’une valeur, que vous reporterez sur le fut de l’objectif pour avoir l’exposition correcte. Notez la petite fenêtre devant, elle sert à régler la sensibilité selon le film utilisé, en Asa.

Regardez la bague de l’objectif avec les marques qui reprennent les valeurs données par la cellule, j’y reviendrai. Notons que l’obturateur est un Citizen (par un Copal comme sur les Electro 35).

Nous avons donc là un appareil tout mécanique.

Puisque nous écrivions au sujet de l’objectif, c’est un Yashinon de 45mm qui ouvre à f2,8. On a connu, plus tard, des objectifs plus lumineux mais il est loin d’être dépassé et il est net dès la pleine ouverture, surtout si vous êtes près de votre sujet. Les Yashinon ont une excellente réputation.

C’est un appareil qu’on a rapidement en mains, il n’y a pas pléthore de commandes ou boutons : sur le capot supérieur, un déclencheur devant les indications et réglages de la cellule, un ré-armeur tout en métal, une molette pour le rembobinage tout à gauche et au milieu, une griffe porte-accessoires nue. Et tout à fait à droite, la petite fenêtre du compteur de vue (qui se réinitialise quand on ouvre le dos de l’appareil).

Ici on voit bien le détail du bouton pour régler la sensibilité (de 10 à 400 Asa) et l’échelle de valeur (EV de 4 à 18) que le posemètre indique, qui seront reportées sur l’objectif.

Si vous utilisez une cellule à main, ou le flash, vous ne tiendrez pas compte des indications du posemètre et le boitier ne vous en voudra pas, il déclenchera, la cellule n’est pas couplée et donc pas contrariante.

Dès que vous portez l’appareil à votre œil, vous plongez dans un viseur somme toute assez large, lumineux, avec des lignes de cadre bien visibles et correction de la parallaxe. Avec, au centre, un « patch » jaune, celui du télémètre, qui est couplé à l’objectif (ce qui veut dire que lorsque vous actionnez la bague de réglages de distance de l’objectif, vous voyez le résultat dans le viseur).

L’obturateur, central, est ici un Citizen, sans autre précision. De prime abord, il semble grand comparé aux Compur et Prontor contemporains.

Sur l’objectif vous trouverez 3 bagues de réglages :

  • la plus large, contre le boitier, est celle du réglage de la mise au point
  • la seconde, presque au milieu, est celle des vitesses
  • et la dernière, avec les chiffres rouges, est celle de l’indice de lumination (EV) relevé par le posemètre.

La bague de mise au point commence à 80cm vers l’infini. Curieusement, il n’y a pas de marqueur de la position, sans doute parce que l’utilisateur du télémètre n’en a pas besoin. Elle est notée en mètres et en pieds.

La bague des vitesses s’échelonne de 1s au 1/500s plus la pose B, classique. Le retardateur, car il y en a un, est actionné par la tirette en dessous de l’objectif. Attention, pour éviter les soucis, armez d’abord avant d’actionner le retardateur, ça évite de bloquer les mécanismes.

Enfin, la dernière bague, notée en rouge, est celle où vous reporterez le chiffre donné par la fenêtre du posemètre. Bizarrement, la bague commence par un deux alors que la fenêtre, en haut, ne commence qu’à quatre.

De fait, le réglage de la bague donne une gamme de vitesses et d’ouvertures : lorsque vous reportez le nombre EV donné, vous pouvez tourner la bague du milieu, ce qui modifie la vitesse et modifie également l’ouverture pour que l’exposition soit gardée.

Si vous regardez bien dans la petite fenêtre qui est juste derrière la bague des vitesses, elle indique l’ouverture déterminée par le couple vitesse/EV.

Il n’y a pas d’intervention directe possible sur l’ouverture. Ce qui signifie que si vous voulez en déterminer une particulière, vous devrez « jouer » avec la bague des vitesses pour la fixer.

La petite fenêtre qui indique l’ouverture déterminée par le couple vitesse/EV.

Toujours autour de l’objectif, tout devant, un magnifique « nid d’abeille », qui est le capteur du posemètre. Un capteur au sélénium qui, je le rappelle, vous dispense de mettre des piles dans l’appareil, le sélénium produisant le courant nécessaire en se nourrissant de la lumière qu’il reçoit.

Ici, comme pour tous les posemètres au sélénium, une seule règle à retenir : les maintenir dans l’obscurité d’un bouchon d’objectif ou, au pire, d’un sac tout-prêt, voire d’une pochette pour les garder en forme le plus longtemps possible.

J’ai longtemps crû que les boitiers qui possédaient ces cellules n’étaient pas dignes d’intérêt car risquant rapidement de me faire défaut. Or, avec un minimum de précautions (et parfois seulement de la « crasse » accumulée depuis des années), ces cellules fonctionnent encore soixante ans plus tard pour beaucoup.

Ce dispositif a deux avantages : il pointe dans la direction de l’objectif, donc de la visée et ensuite on peut généralement monter un filtre devant et le calcul du posemètre en tiendra compte.

Et pour en terminer avec l’objectif proprement dit, il s’agit d’un Yashinon-DX, soit un objectif traité multicouches. Constitué de cinq éléments en quatre groupes. C’est un 45mm, très proche de ce que perçoit l’œil humain. On pourrait objecter qu’une ouverture de f2,8 n’est pas très rapide mais rares sont les occasions où l’on ouvre à cette valeur, du moins en street photography, là où ce boitier excelle.

Je reviens aussi un moment sur la griffe porte-accessoire ou flash. Il n’y a pas de synchro mais bien une prise PC, tout à gauche du boitier.

Finalement, en dessous, le petit bouton pour permettre le rembobinage, le filetage pour un trépied, bien mis au milieu, sous l’objectif (bon équilibre et stabilité) et un curieux bouton pour déverrouiller le dos : il faut appuyer dessus en le tirant vers le bas. Pas facile, mais sans doute un manque d’habitude aussi. Ce système se retrouve sur d’autres boitiers de la marque, comme les Lynx.

Allez, petite revue en images :

Que penser de ce Yashica Minister III ?

Il respire la qualité des appareils de la fin des années 50 et ceux des années 60 : corps bis-tons, tout en métal.

Toutefois, si on le compare avec un Canonet, qui possède une cellule couplée, sorti en 1961 (soit deux ans avant le Yashica), il pourrait paraître dépassé. Il n’en demeure pas moins un appareil fiable et fait pour durer.

Pour les « puristes », ajoutons qu’il sera fabriqué au Japon (inscription Japan derrière et 7 chiffres dont les 2 premiers sont l’année de fabrication) et à Hong Kong la même période (marqué H plus 6 chiffres- comme sur l’exemplaire ici). Mais quelques uns seront fabriqués à Hong Kong et marqué Japan. Le modèle de vis devrait les départager : têtes fendues pour le Japon, cruciforme à Hong Kong. Quoique le mien soit noté H …. et a la vis fendue (dur, dur la vie de collectionneur pointu) !

Pour conclure, voici un bel appareil qui, pour un prix raisonnable, donnera encore beaucoup de plaisir à celui qui va l’acquérir. Et je comprends dès lors mieux la personne qui m’avait contactée, le sien étant tombé en panne après bien des années de loyaux services.

Comptez dans les 40€ pour un très bel exemplaire.

La seule chose qui va décontenancer un peu, c’est la « gymnastique » avec les nombres EV mais une fois qu’on a compris comment ça fonctionne, c’est très facile et finalement rapide d’usage.

Alors, si vous avez la chance d’en trouver un sur votre route, faites un brin de chemin ensemble, il vous le rendra bien.

Des exemples de photographies prises avec cet appareil ICI.

Publicités d’époque (merci Collection-appareils)

Grenier-Natkin, 1967
Photo-Hall, printemps 1968. Revue intéressante des concurrents de l’époque.

Videos d’illustration

Un peu de technique :

Objectif Yashinon 45mm f2.8
Mise au point télémètrique
Cellule au sélénium

Obturateur Cityzen de 1s au 1/500 s + B
Gamme ASA de 10-400
Filetage du filtre de 55 mm

Des références : https://www.k2-photography.dk/yashica-minister-iii-review/, http://camera-wiki.org/wiki/Yashica_Minister_III, https://web.archive.org/web/20180517200504/http://www.kyphoto.com/classics/yashicaminister.html, https://oldcamera.blog/2014/10/04/yashica-minister-iii/, https://austerityphoto.co.uk/yashica-minister-iii-review-back-to-the-60s-in-style/, http://www.yashica-guy.com/document/chrono2.html (la bible), https://yashicasailorboy.com/tag/yashica-minister-iii/ en anglais; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1363-Yashica_Minister%20III.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-860.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1364.html, https://www.folding-camera.fr/yashica-minister-iii.html, https://www.mes-appareils-photos.fr/Yashica-Minister_III.htm en français

Argentique

Le Nikon L35 AW AF

Si vous vous en souvenez, je vous ai déjà présenté la version baroudeur du classique de chez Nikon, le Nikon L 35 AF AW AD (ouf !).

En gros, ce modèle reprenait les caractéristiques du « classique » Nikon L 35 AF mais , vous pouviez le plonger dans le sable, la poussière et à 3 mètres de profondeur.

Bon, comme aujourd’hui je suis un peu fainéant, et frustré par cet appareil – vous allez comprendre pourquoi – je vous renvoie à l’article pré-cité pour les qualités de l’engin.

Alors, pourquoi suis-je frustré de ce Nikon L 35 AW AF (ou Action Touch aux USA) ?

C’est sur une brocante à Rhodes-St-Genèse, commune à facilité appelée Sint-Genesius-Rode en flamand, à majorité francophone mais administrée par des flamingants obtus, que j’ai acquis cet appareil, avec sa trousse.

La dame âgée qui le vendait, accompagnée de sa fille, en voulait 25€. Après quelques négociations (c’était le dernier appareil que j’achetais sur cette brocante, que j’avais toute parcourue et ça fait quelques kilomètres !), je l’ai emporté pour 15.

Et j’ai commis une horreur de débutant, je n’ai pas vérifié le compartiment des piles.

Chose que je n’ai faite qu’une fois rentré à la maison, le soir.

Et là, comment le dire poliment ? … je me suis bien fait avoir !

Mais voyez plutôt les photos

Tout le compartiment est littéralement mangé par l’acide, j’en ai retiré un paquet bien compact ! Ça ne laisse présager rien de bon : sans doute l’électronique en a-t-elle pris un coup aussi.

Bref, ne faites pas comme moi, lorsque vous achetez un appareil argentique, vérifiez toujours si les piles n’ont pas coulé, s’il n’y a pas de traces d’oxydation, si tous les contacts sont intacts.

Ceci étant, ce Nikon L 35 AW AF est-il très différent du premier du nom, celui qui permit, en 1983, à Nikon d’enfin rivaliser avec le Canon ?

Oui et non. En 1984, petite évolution avec une indication dans le viseur de la distance de mise au point, la sensibilité des films portée à 1000 Iso (au lieu des 400 de « l’ancien ») et la vitesse maximale passe au 1/700s (contre 1/430s avant).

Lancé en 1985, le Nikon L35 AF-2 a gardé son bel objectif 35mm ouvrant f2,8 (mais maintenant en 3 éléments), son très bon autofocus (pour l’époque s’entend), son flash intégré bien géré.

Par contre, il perd la compensation d’exposition (+/- 2) et on ne peut plus monter de filtre sur l’objectif, ni pare-soleil, ni lentilles de conversion (en fait, il n’y a plus de filetage) et on ne peut pas débrayer le flash.

Pas de quoi se pâmer mais ça fait le job … quand ça fonctionne car il apparait qu’une panne récurrente de ces appareils est l’enroulement du film une fois celui-ci terminé. Bien souvent, ça cale et impossible de rentrer le film dans la cartouche.

De fait, c’est Fuji qui lance la mode de ces appareils « étanches » avec sa série de baroudeurs. Eux sont partis d’une page blanche et ont conçu un nouvel appareil avec un cahier des charges précis.

Source : Collection-appareils.

Canon, avec son AS-6, puis Nikon avec son L35 AF AW ne font que modifier des boitiers existants. Est-ce pour rattraper leur retard ?

Source : Micke Eckman

Nikon modifie donc son L 35 AF-2 pour le rendre étanche jusqu’à 3m.

Et il le fait sérieusement car il propose la mise au point autofocus, que les autres ne proposent pas (encore). Maintenant, il faut relativiser cette « avancée » car elle fonctionne grâce à de l’infrarouge, qui est inefficace dans l’eau. Il faut alors revenir à la mise au point manuelle. Conscient de ce soucis, Nikon la rend débrayable (la grande molette sur le dessus).

Quel que soit le mode de mise au point choisi, une aiguille se déplace dans le viseur devant des repères classiques (portrait, groupe, montagne, etc.) pour aider le photographe et le plongeur photographe.

Soyons quand même prudent, la plongée se limite à 3m. Mais le boitier est étanche à l’eau, à la poussière, au sable et au froid. Ce n’est déjà pas si mal que ça.

De fait, cet appareil est identique au Nikon L35 AF AW AD que je vous présentais, le dos dateur (AD) en moins. Nous avons donc L 35 pour la lignée, AF pour l’autofocus et AW pour All Weather (tout temps).

Déjà vendu très cher au moment de sa sortie, il est proposé en plusieurs livrées colorées (bleu, orange, rouge et noir).

Les images produites par cet appareil restent très bonnes, voyez ICI quelques exemples parlant.

Pour moi, cet appareil a cependant un gros défaut (mais il n’est pas le seul dans ce cas) : son prix, disproportionné encore de nos jours (plus de 100€).

N’oublions pas qu’il a 40 ans, tout plastique et, c’est reconnu, sujet à une panne handicapante (rembobinage HS). Alors, en cas d’achat, outre les piles à vérifier (oui, je sais, je fais une fixation), emportez un film test à mettre dedans et vérifiez si tout fonctionne parfaitement.

Pour ma part, j’estime qu’il ne vaut pas plus de 30€ maximum avec sa trousse d’origine et sa dragonne.

Mais je vous ai noté sa solidité, sa capacité à prendre des photos dans des conditions de froid polaire et bien j’ajoute que son électronique est aussi très résistante.

En effet, vous me connaissez, un peu têtu, après avoir nettoyé consciencieusement le compartiment des piles et la chambre, j’ai pris le pari un peu fou que le boitier pouvait encore fonctionner.

Et hop, deux piles de 1,5v plus tard il … redémarre !

C’est assez inhabituel, pourtant tout fonctionne parfaitement : le flash, l’armement automatique, le chargement du film, l’autofocus, tout je vous dis !

Faudra juste mettre un bout de gaffer dans la chambre pour éviter tout risque de fuite de lumière (ce qui me semble peu probable, mais on ne sait jamais), et hop, voici un appareil qui revient de loin.

Des publicités d’époque grâce à Collection Appareils et Appaphot.

Une pub typique des années quatre-vingt

Une pub. japonaise, avec Latoya Jackson.

Petite video de présentation

Des références : https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-12763-Nikon_L35%20AWAF.html, http://www.appaphot.be/brands/nikon/nikon-l35-aw-af-noir/ en français; https://filmphotography.eu/en/nikon-l35-aw-af/, https://casualphotophile.com/2019/07/10/nikon-l35aw-action-touch-review/, http://camera-wiki.org/wiki/Nikon_L35AWAF/L35AWAD/Action%E2%80%A2Touch en anglais.

Argentique

Le Luxon Super 1000

C’est tout d’abord son « look » qui m’a attiré : noir avec des reflets de bronze, il est original et sort de l’ordinaire.

Ensuite, le nom : Luxon, jamais entendu parler !

Allez, assez tergiversé, petite négociation et je l’emporte dans le sac à dos, qui se remplit comme à chaque brocante, ou presque.

De retour à la maison, passage par le nettoyage habituel, même s’il n’est pas vraiment sale, pour une fois. Mais cette petite séance me permet toujours de voir s’il y a des défauts, des choses à faire sur l’appareil, comme changer les mousses, éventuellement.

Et puis, recherche sur la Grande Toile pour savoir qui se cache derrière ce beau plumage.

Avez-vous trouvé ? … Et bien il s’agit d’un Pentax K1000, si, si …

Quoique les spécialistes du forum Pentax en soient encore à étudier la chose car il semble bien que cet appareil ait existé sous d’autres noms encore : Mingca MC-K1000, ou d’Alstar K1000.

Bon, petites photos de comparaison :

Le « vrai » Pentax K1000 est sorti en 1976 et a vécu une longue histoire photographique, sa construction étant irréprochable et faite pour durer … longtemps. Bien évidemment, il était assemblé au Japon. Puis, à Hong-Kong.

Petite remarque en passant : 1976 sera aussi l’année du lancement du Canon AE-1 qui était l’antithèse du Pentax K1000.

Mais les vicissitudes économiques ont fait que la marque fut rachetée à la fin des années quatre-vingt par un autre Nippon, peut-être plus « commercial », Chinon en l’occurrence. Dès lors les appareils seront produits en Chine

Ceci étant, le Pentax K1000 était une évolution du Pentax SP 1000. Si ce dernier utilisait encore une monture en M 42, le nouveau optait pour la fameuse baïonnette K, la nouvelle « monture universelle » voulue par la marque (comme son ancêtre, la monture en M 42).

La ligne fut modernisée, pour être dans l’ère du temps et elle perdura jusqu’en 1997 (environ 3.000.000 d’exemplaires en 20 ans). Pas mal, non ?

Et pourtant, le K 1000 était considéré comme l’entrée de gamme de la série K. Ainsi, par rapport au KM (haut de gamme), on note l’absence du retardateur, de la synchro FP, du testeur de profondeur de champ et de la pochette-mémo sur le dos.

Tiens, pourtant sur notre Luxon Super 1000 nous avons un retardateur.

Petite revue de l’engin :

Si cet élément est bien présent, nous n’avons pas non plus le test de profondeur de champ. Par contre, il affiche le 1/1000s, un compteur de vue qui se remet à zéro à l’ouverture du dos.

Nous voyons aussi une trappe à pile (une LR 44) mais comme sur le Pentax, elle n’alimente que le posemètre. Tout le reste est purement mécanique.

A ce sujet, si la construction est identique à celui du Pentax, remettez toujours le bouchon d’objectif après utilisation, ça évite de vider la pile trop vite.

Une griffe flash avec synchro au centre et la fameuse baïonnette K complète l’ensemble.

Normalement, le Luxon Super 1000 est noir. Ce modèle, avec ces ajouts aux couleurs bronze, font penser à un modèle luxueux.

Mais si c’est un beau plumage, quelle sera son ramage ?

Hormis l’ajout du retardateur il semble bien que rien ne change au niveau mécanique. Le viseur est confortable, sans plus. Son optique d’origine est un 50mm ouvrant à f2 à l’origine inconnue (un Pentax ?).

Mais l’avantage est de pouvoir y monter toutes les optiques en K de Pentax, qui sont excellentes (Takumar et Super Takumar en tête).

Son seul « défaut », in fine, est d’avoir été construit en Chine, dans les années nonante, sans la garantie de la rigueur des Pentax japonais (oui, je risque de me faire incendier pour discrimination).

Cependant, trente ans plus tard, celui-ci fonctionne toujours aussi, donc tout est relatif !

Encore que Luxon semble avoir été la marque d’une société qui vendait du matériel photographique, comme Revue ou Quelle, Hanimex. Est-ce alors vraiment un clone de Pentax ?

La question reste ouverte, je n’ai pas la réponse.

Donc, si je résume, nous avons-là un appareil qui présente bien, qui fonctionne simplement, tout manuel, comme son éventuel aïeul. Que demander de plus ?

Le prix ? Disons que l’on doit pouvoir débourser un maximum de 50€ pour cette version, pour autant qu’elle soit parfaitement fonctionnelle. Les autres modèles (noirs) devraient se négocier autour des 40€, toujours avec au minimum un objectif de 50mm monté.

Des exemples de photos prises avec cet appareil LA.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI (celui du Pentax K1000).

Un peu de technique :

  • Objectif standard – SMC Pentax-M 50mm f/2. Monture K – Pentax.
  • Obturateur à rideau avec un mouvement horizontal de volets en tissu (soie caoutchoutée) dans le plan focal.
  • Vitesses d’obturation : B, 1 sec. – 1/1000 sec.
  • Viseur par pentaprisme non amovible. Écran de visée combinant une lentille de Fresnel dépolie et un cercle de microprismes de 3 mm de diamètre en son centre. Grossissement de 0,88x avec un objectif de 50 mm réglé sur l’infini.
  • Informations dans le viseur – Indicateur par flèche de la mesure TTL.
  • Mise au point – Manuelle, avec stignomètre à coïncidence
  • Mesure de l’exposition – Mesure TTL à prédominance centrale.
  • Modes d’exposition – tous réglages manuels (ouverture et vitesse)
  • Photographie au flash – Synchronisation du flash pour des vitesses d’obturation allant jusqu’à 1/60 s, pas de contrôle TTL.
  • Plage de sensibilité du film – ISO 20 à 3200, réglage manuel.
  • Alimentation en film – Chargement manuel. Rembobinage manuel.
  • Batterie– 1 pile d’ 1,5V SR-44 ou LR-44.
  • Dimensions – 143 х 91,4 х 83 mm.
  • Poids – 620 g. (boîtier uniquement). Avec l’objectif 50mm/2 – 790 g.
  • Compteur de vue– Réinitialisable, lorsque le dos est ouvert.

Des références : http://camera-wiki.org/wiki/Luxon, https://www.pentaxforums.com/forums/8-film-slrs-compact-film-cameras/345084-pentax-k1000-clone.html , https://www.pentaxforums.com/forums/8-film-slrs-compact-film-cameras/365454-pentax-k1000-vs-k1000-se.html, https://www.digitalcameraworld.com/reviews/pentax-k1000-review en anglais; https://fr.splaitor.com/2021/08/02/lhistoire-du-pentax-k1000-le-pentax-k1000-est-il-un-bon-appareil-photo/, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1523-Pentax_K1000.html

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Le Fex Elite

Ah celui-là, c’est mon épouse qui l’a dégoté dans une brocante française.

Ce qui l’a attiré, c’est un magnifique sac-tout-prêt, comme neuf, en cuir brun, qui devait bien contenir un appareil intéressant. En fait un Fex Elite assez propre et complet.

Et c’est un appareil … particulier.

Mais commençons par le commencement.

Je ne vais pas refaire l’historique de la marque, que je vous ai présenté avec l’Ultra-Fex, celui par qui tout est arrivé en somme.

Juste un mot, quand même : le dénominateur commun de ces appareils est d’avoir un corps en bakélite et un tube-objectif qui coulisse si on veut l’utiliser.

Le premier Ultra-Fex est sorti en 1947 et il fut vendu, au fil des « améliorations » du modèle, pendant près de 20 ans. Peu cher, très facile d’utilisation grâce (ou à cause) de ses réglages à minima (2 vitesses plus pause B, 2 ouvertures), il aura son petit succès, surtout en France.

La gamme des Fex va aussi s’étoffer et venir enrichir de nouveaux modèles un catalogue qui sait faire évoluer les vieilles recettes.

C’est ainsi que dans les années cinquante (1953) le Fex-Elite est apparu dans toute sa … singularité.

Il est toujours en bakélite, ultra simple : 2 vitesses de 1/25s – 1/100s et pause B; 2 ouvertures (intense – normal). Son objectif est aussi rétractable, de section carré aux coins arrondis (si, si, ça ne s’invente pas ces trucs-là). Initialement au format 6×9, il utilise du film 620. C’est une version malcommode du 120, avec une bobine qui doit posséder une tige en métal creux et aux joues rétrécies. J’en parle aussi dans l’article sus cité.

« Utilise les bobines 6X9 a joues rétrécies », autrement dit le film 620.

Si son aventure commence en 1953, il y aura 10 modèles successifs qui atteindront le seuil des années soixante sans (trop) rougir.

Au début, il n’y a pas de griffe porte-accessoires mais bien une prise flash (2 broches) sur le côté. Le déclencheur est toujours fixé sur l’objectif et il comporte un loquet qui sert de protection contre les expositions involontaires (si on l’a mis en bonne place).

Mais il y a un posemètre à extinction sur le capot, logé dans une minuscule fenêtre près du viseur (qui est un simple tunnel de Galilée).

De subtiles modifications (cosmétiques) en quelques vraies évolutions (techniques), nous arrivons à la version qui nous préoccupe aujourd’hui, la version 6 (1956) qui propose deux formats, le 6×6 et le 6×9.

Techniquement, l’appareil reçoit un objectif à ménisque Fexar-Optic-Spec (Tourret-Narrat) avec mise au point fixe. Il faut tirer le bloc objectif jusqu’à l’apparition d’une flèche rouge pour être prêt à photographier. L’objectif à 2 positions : normal (f8 ?) et intense (f16?).

Il est équipé d’un obturateur Fex Indo Secteur à synchronisation coaxiale à deux vitesses et pause B (le P de pause, nous sommes avec un appareil français voyons), un viseur de Galilée, un posemètre à extinction et un astucieux système pour passer du format 6×9 au 6×6.

Revenons un instant sur cet intriguant « posemètre à extinction ».

Depuis les débuts de la photographie, le temps de pose nécessaire pour une exposition correcte de la pellicule/du support était laissé au jugement du photographe, basé sur l’expérimentation et le « pifomètre » plutôt que sur des calculs complexes.

De fait, il était impossible de définir un indice de sensibilité stable tant les supports, artisanaux, avaient des couches sensibles différentes et non normées.

Ce n’est qu’à partir du moment où la fabrication des supports est devenue industrielle que l’on a déterminé des sensibilités reproductibles et stables.

C’est donc à ce moment que l’on a pu inventer des « calculateurs » pour ces fameux temps de pose. D’abord sous forme de réglettes ou de plaquettes, ils mettaient les méninges du photographe à contribution.

Puis virent les « posemètres à extinction », qui vont remplacer les réglettes et autre plaquette de calcul. Un des premiers fut le Lucimètre de Limenci (1856) : il disposait de 16 trous carrés numérotés et le sujet qui était visible à travers l’un des trous avait un indice d’éclairement donné qui permettait d’ajuster le temps de pose.

Bon, autant dire que c’était du « pifomètre » amélioré.

Attention, nous sommes bien en 1956 et même 1958 (version 8) pour l’appareil qui nous préoccupe aujourd’hui. Et jusque dans les années soixante, le fabricant proposera ce type de posemètre, qu’il dissimulera sous un nid d’abeille, comme les grandes marques.

Les cellules au sélénium étaient connues et utilisées depuis un moment et celles au CdS allaient arriver d’un moment à l’autre.

Ok, le fabricant voulait faire des économies, mais quand même …

Personnellement, je ne vois rien dans la fente minuscule qui sert de fenêtre à la cellule, à part un bandeau noirci par le temps, une mince feuille de plastique et un bout de verre qui sert de cadre. L’appareil aurait-il perdu des morceaux ?

Normalement, dans la petite fenêtre rectangulaire, on observe le sujet à travers un coin de Goldberg (zone transparente dégradée du transparent au noir) sur lequel on lit des indications. La dernière lisible correspond au réglage correct de l’appareil.

Ah la pub, quelle menteuse !

Pourtant, il y a une belle idée dans cet appareil, la possibilité de réduire la taille de la chambre pour passer du 6×9 au 6×6.

D’autres (Voigtländer ou Zeiss Ikon, contemporains) utilisaient des cadres amovibles, que la plupart des gens perdaient ensuite. Ici, ce sont deux volets articulés qui se rabattent pour modifier le cadre.

La seule condition est de les mettre en place au moment de l’introduction du film dans la chambre. Avec le 6X9, on tire 8 vues tandis qu’avec le 6X6 on atteint les 12.

Encore une fois, pour des raisons d’économie, le fabricant mettra en place ensuite des cadres amovibles, que les possesseurs de ces appareils perdront bien un jour ou l’autre !

Seconde astuce qui se perdra encore au fil du temps, les couvres-fenêtres, à l’arrière, sont recouvertes d’un mince feuillet de feutre, pour assurer une meilleure étanchéité à la lumière. Ce sont des petites fenêtres en rouge inactinique qui servent aussi de compteur de vue (le numéro des vues est noté sur le papier jaune qui entoure le film 620 et il est visible à travers ces petites ouvertures).

Pour ouvrir l’engin et y placer une pellicule, il suffit d’abaisser deux rails crantés qui sont installés sur chaque tranche et tout le dos de l’appareil se retire. Des rainures assez profondes devraient assurer un bonne étanchéité à la lumière mais j’ai des doutes car les deux parties ne « collent » pas parfaitement l’une à l’autre.

Usure du temps ou assemblage approximatif ? Je penche pour la seconde raison.

L’intérieur de la chambre est floqué noir et le « tube » de l’objectif doit être tiré à fonds pour assurer une bonne étanchéité, grâce à un bord externe qui vient se coller autour de la chambre.

La chambre est arrondie pour assurer une bonne distance sur toute la surface du film et éviter les zones floues sur les bords.

J’évoquais plus haut qu’il fallait utiliser des bobines avec un axe métallique creux. En effet, la seconde molette, sur le capot, ne sert à rien d’autre que fixer la tige et il faut la dévisser totalement pour placer la nouvelle bobine ou l’enlever.

C’est la grande molette qui sert à faire avancer le film. Elle n’arme pas le déclencheur, qui fonctionne toujours (attention aux doubles expositions involontaires, que l’on évite en bloquant le bouton du déclencheur avec un loquet qui se glisse par dessous).

Et puis il y a la griffe porte-accessoires, moulée dans le plastique pour ce modèle. Elle ne possède aucun contact. Il faut donc un flash électronique avec un câble, qui viendra se brancher sur le côté gauche de l’objectif.

Ai-je oublié quelque chose ? Ah oui, le viseur ! Un simple tube de Galilée guère large et qui fait furieusement penser à un long tunnel sombre. Pas pratique du tout.

Une question se pose maintenant : cet appareil a-t-il encore une utilité ?

Franchement, à moins de servir d’objet décoratif, ce qu’il fait très bien à mon avis tout personnel, non.

Pourquoi ? Tout d’abord le film 620 n’existe plus et il faut bricoler une 120 pour une utilisation photographique. Ensuite, les réglages réduits à leurs plus simples expressions, la qualité de l’assemblage, le peu de fiabilité de la cellule, le viseur riquiqui n’en font pas un appareil que l’on a envie d’utiliser.

C’est bien évidemment un avis tout personnel, mais c’est le mien et je le partage !

Quelques curieux téméraires ont essayé et vous pouvez voir le résultat ICI.

Donc, si vous en trouvez un en très bel état, n’ayez pas peur de l’exhiber sur … une étagère, vous aurez de quoi alimenter quelques conversations à son sujet après avoir lu cet article.

Et ne dépensez pas plus de 5€ pour l’acquérir.

Les références : https://collection.click-clack.fr/fex-indo-appareils-photo-elite-fex/, http://fexmania.fr/index.php?/category/136, https://collection.click-clack.fr/fex-indo-appareils-photo-elite-fex/, http://www.appaphot.be/fr/exposure-meters/, https://www.cameraboussat.fr/dossier_collection/cible.php?id=86&marque=Indo, https://www.colleconline.com/fr/items/262537/appareils-photo-camescopes-photos-argentique-fex-indo-elite-version-08, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-6839-Fex%20Indo_Elite.html

Argentique

Le Zorki 3M

Celui-là, ça faisait un moment que je le cherchais et un heureux concours de circonstances a fait que j’ai pu l’acquérir encore à un prix décent sur la grande baie.

Pourquoi celui-là plus particulièrement ? Parce que j’ai déjà essayé et apprécié le Zorki 1c, tout comme le Zorki 4K mais que je cherchais encore une espèce de « chainon manquant » entre ces deux modèles.

En effet, si le Zorki 1C est un télémétrique dans la veine du Leica II (même type de viseur séparé du télémètre, même chargement par la semelle), le Zorki 4/4K avait déjà des airs de télémétrique « moderne » avec son viseur/télémètre et son chargement par le dos.

-« Et le Zorki 3 alors ? »

Ah, il me plaisait bien aussi pour sa spécificité, sur laquelle je vais revenir, mais sa fiabilité (obturateur complexe) en font un appareil plutôt de collection et moi je voudrais m’en servir réellement. Restait donc le Zorki 3M, une évolution logique du premier du nom.

Mais commençons par le début, ce sera plus simple …

Le gros « défaut » des appareils tels les Leica Ur, Leica II et Leica III (toutes versions confondues), outre le chargement par la semelle, était que le viseur proprement dit et la fenêtre du télémètre étaient séparées. Surtout pour des raisons techniques car allier les deux en un seul élément était très compliqué à réaliser.

Le Zorki 3 fut une grosse évolution du Zorki 1c et 1d, qui étaient encore produit au même moment. Et, chose étrange, il fut produit avant le Zorki 2 qui était une évolution des deux premiers cités (il apportait deux œillets pour assurer le portage !).

Dans la forme, il ressemble plus au Leica III, qui lui garde encore les deux fenêtres distinctes.

Source : Soviet Cameras

Le Zorki 3 sera produit de 1951 à 1956. Il introduira trois (r)évolutions majeures et injustement méconnues ou en tout cas occultée par le grand rival, Leica.

La première révolution sera de combiner le viseur et le télémètre dans une seule et même fenêtre. Cette simplification apporte un confort indéniable à la visée car il ne faut plus regarder d’une fenêtre à l’autre, une fois pour la distance (télémètre), l’autre pour le cadrage. D’autant que le viseur est large et très clair, ce qui rend les choses plus facile en cas de faible luminosité.

Pour rappel, l’appareil est présenté en 1951 soit trois ans avant le Leica M !

La seconde évolution, se sont les vitesses qui vont d’1s au 1/1000s, même avec un obturateur à rideau, comme le concurrent. Atteindre le 1/1000s au début des années cinquante est une prouesse que peu d’appareil de l’époque pouvait atteindre.

La troisième évolution est que tout le dos de l’appareil s’ouvre. On peut donc facilement charger le film, sur une bobine réceptrice, sans devoir couper l’amorce, comme on doit le faire avec les appareils qui se chargent encore par la semelle. Mine de rien, cette amélioration accélère encore l’utilisation de l’appareil.

Enfin, ultime modification, le Zorki 3 reçoit en dotation un objectif Jupiter-8 de 50mm ouvrant à f2. Cet objectif, basé sur une formule Sonnar (les Industar sont sur un schéma Tessar), offre une grande ouverture qui autorise l’utilisation de film moins sensible à la lumière même dans des conditions d’éclairage plus faibles.

Petit détail mais qui a son importance, le viseur est équipé d’un correcteur dioptrique. Les porteurs de lunettes lui disent merci, ils ne devront plus griffer leurs précieux verres sur les bord métalliques du viseur.

Si ce boitier est excellent, il a encore un défaut, celui de disposer les vitesses sur deux plateaux différents : les lentes avec une molette située sur la face avant et les rapides sur le capot. C’était toujours un mécanisme sensible qui méritait une amélioration.

Ainsi est né le Zorki 3M, qui sera produit de 1954 à 1956. Il propose lui toutes les vitesses sous un même bouton, ce qui simplifie la « mécanique » interne et rend l’ensemble plus fiable que précédemment. Il propose les vitesses suivantes : 1/25s, 1/50s, 1/100s, 1/250s, 1/500s et 1/1000s de seconde plus une pose bulbe (B)

Reste une précaution que vous devrez toujours garder en mémoire, voire noter sur un bout de papier au dos de votre boitier si vous ne vous en servez pas très souvent : toujours armer l’appareil avant de changer les vitesses sous peine de salade de pignons rédhibitoire.

Il sera suivi d’un Zorki 3C qui apportera juste un retardateur en plus et une prise pour le flash. Sa carrière fut très courte (1955 – 56) et le suivant sera le Zorki 4. Le design du 3C est d’ailleurs déjà plus éloigné du Zorki 3/3M et proche du Zorki 4.

Source : Soviet Cameras

En résumé, la légende prétend que c’est Leica qui a inventé le viseur couplant la visée et le télémètre avec le Leica M, en 1954.

Or, dès 1951, les ingénieurs russes de KMZ (Krasnogorskiy Mechanicheskiy Zavod à Moscou) proposaient un viseur/télémètre couplé au rapport 1:1 sur le Zorki 3 (sa base est de 38mm, ce qui est loin d’être ridicule).

Oui, les Zorki et les Fed ont été des copies du Leica II mais il ne faut pas les réduire à cette caricature de copistes serviles. Les appareils qui ont suivi se sont éloignés de l’univers Leica pour proposer leurs propres solutions, parfois en avance sur l’initiateur, ne l’oublions pas.

Soyons de bon compte, si le viseur est au rapport 1:1, il est calibré pour le 50mm et il n’est pas collimaté, il est « plein cadre ». Si vous deviez y placer un autre objectif qu’un 50mm, il n’y a pas de marques pour les 35mm ou 90mm comme elles apparaitront plus tard sur le Leica M ou le Canon P, p. ex. Dans ce cas là, une tourelle est toujours utile.

Reste que l’on pourrait ergoter encore sur la rusticité des appareils russes, moins « lises » que leurs concurrents allemands, mais ça ne les a jamais empêché de bien fonctionner et d’être tout aussi réparables que leurs homologues teutons.

De fait, les appareils russes des années cinquante seront toujours mieux construits et plus fiables que ceux des années septante et quatre-vingt, alors que le régime soviétique s’effondrait. Oleg Khalyavin, un expert en réparation d’appareils photo soviétiques, qui dirige OK Vintage Camera, ne nous contredirait pas.

La date de fabrication est reprise sur le numéro de série, ici, 1955.

Pour en revenir à notre Zorki 3M, vous avez remarqué qu’il possède une griffe porte-accessoires mais il n’y a pas de prise pour un flash quelconque. Elle apparaîtra sur le Zorki 3C. Peut-être est-il possible de faire une modification, comme sur les … Leica que l’on faisait évoluer sans changer de boitier.

Les Zorki télémétriques sont sans aucun doute les télémétriques les plus vendus dans le monde, construits de 1948 à 1978 à plusieurs millions d’exemplaires (tous modèles confondus). Ceci explique sans doute pourquoi on n’a pas pris la peine de ces transformations : il était plus facile et moins couteux de changer de boitier !

Celui que j’ai acheté est équipé d’un objectif Industar 61 55mm f2,8 noir, vraisemblablement de 1988 mais j’ai retrouvé un Jupiter 8 50mm f2 daté de 1968. Même s’il n’est pas parfait, c’est finalement lui qui équipera le Zorki 3M.

Sa prise en main est agréable et même s’il est compact, il fait son poids (671gr avec un film, les deux attaches de la sangle et un soft release).

J’apprécie beaucoup la correction dioptrique, qui me facilite bien la vie. Facile à régler, j’ai tracé un trait au marqueur, au cas où elle bougerait.

J’imagine que pour les grandes mains il peut sembler petit. Pour ma part, je le trouve bien équilibré et même si nous sommes loin de l’ergonomie des appareils modernes, tout tombe bien sous les doigts. Sachant d’ailleurs que l’on ne manipule pas cet appareil comme les modernes : on vise et cadre en un seul coup d’œil mais pour les vitesses et l’ouverture, on les règle avec une cellule à main, ou l’habitude (voire encore la bonne vieille règle du Sunny 16). Ce qui implique qu’il faut, au mieux, prérégler ces données avant de faire son image.

Cela peut semble fastidieux mais on s’y fait très vite.

Ce ne fut pas facile de placer un film dans la chambre. En effet, la bobine réceptrice, qui est amovible mais doit être présente lors de l’achat, a tendance à bouger et la minuscule fente – en fait une fine plaque de métal rivée sur le tube avec un tout petit espace pour y glisser l’amorce – n’est pas la plus aisée pour y fixer le film. Mais ce doit être une question d’habitude et j’y suis parvenu avec un peu de patience (grrrr … vive les « baguettes magiques » des Pentax !).

Lorsque le film sera terminé, je devrai faire tourner la petite languette, à côté du déclencheur, sur la position R pour rembobinage, et celui-ci s’opère grâce à la molette qui est dessus du correcteur dioptrique.

Ah oui, j’ai placé un bouton « soft release » sur le déclencheur car le fut est assez petit et je ne le sens pas assez.

Je dois encore trouver un bouchon d’objectif (diamètre 39mm) et refaire ma collection de filtres (jaune, rouge, vert) car je compte dédier cet appareil au N/B plus spécifiquement.

Il me reste à le tester et la suite au prochain film …

Alors, si vous voulez vous lancer dans l’achat d’un tel appareil, je dirais « mais quelle bonne idée ! ».

Toutefois si vous en avez l’occasion, testez-le à toutes les vitesses, vérifiez si les rideaux sont en bon état, que la bobine réceptrice est bien présente, que le « plot » de réglage du télémètre (dans la chambre) est fluide, que le télémètre est juste (on sait le régler, des tutos existent à ce sujet) et … faites-vous plaisir, il le vaut bien !

Attention au budget. Si on pouvait en trouver, avant la tristesse de ce qui se passe encore aujourd’hui en Ukraine, à des prix décents, ils ont tendance à s’envoler de nos jours. Comptez entre 90 et 150€ pour un bel exemplaire, nu le plus souvent.

Une dernière chose : le Zorki 3M utilise des objectifs au pas dit LTM 39 (comme Leica), ce qui vous ouvre un vaste parc optique.

Et pas seulement chez Leica, mais aussi Canon, Nikon, Voigtländer, etc. Les prix sont parfois astronomiques, faites attention. Un Industar 61, moins bien côté, fait un très bon travail et vous donnera entière satisfaction et si vous voulez gagner en compacité, l’Industar 22, objectif rentrant, est parfait

Quelques exemples de photos prises avec le Zorki 3M ICI.

Quelques vidéos d’illustration :

Des références : https://sovietcameras.org/zorki-2/, https://sovietcameras.org/zorki-cameras/(pour voir la lignée des appareils e leur chronologie), https://sovietcameras.org/zorki-3/, https://kosmofoto.com/2021/01/read-this-before-you-buy-a-soviet-camera/, http://camera-wiki.org/wiki/Main_Page, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Zorki-3M en anglais; https://fr.wikipedia.org/wiki/Zorki, en français

Non classé

Le Canon MB-901Universe

C’est dans une grande caisse, chez Emmaüs à Ghlin, que j’ai trouvé ce petit compact.

Sous l’épaisse poussière qui le recouvrait, se cachait un petit Canon à la forme assez atypique, du moins pour la marque.

De retour à la maison, passage par un bon nettoyage puis installation de 2 piles AA très communes. J’ai dû batailler un peu car un des contacts était plié et tous les deux un peu oxydés, mais pas par l’acide de piles qui auraient coulé, non et heureusement.

Finalement, en faisant jouer un peu la porte qui cache l’objectif et qui sert d’interrupteur, il finit par se ranimer : clic-clac, le flash explose à chaque fois et le moteur ronronne en réarmant. C’est bon signe…

Allez, petit tour sur la grande toile pour trouver des infos et compléter mes impressions afin de vous présenter un article le plus rigoureux possible, comme d’habitude.

Et là, j’ai beau chercher partout, rien, nada, nothing, niete, … le grand vide !

Je trouve des infos sur un Canon NV-901, mais c’est un caméscope et il y a bien une référence MB-901 mais chez AEG pour l’ancêtre du GSM (véhicule de voiture).

Même en faisant une recherche via Google Image. Il y a plein de petits compacts qui apparaissent, qui s’en approchent mais pas de Canon MB-901.

Je retourne la référence dans tous les sens, toujours rien. Même le mot « Universe » est une impasse, comme celle de … l’univers (en français).

Je soupçonne d’ailleurs que ce soit une dénomination « commerciale » au sens où l’appareil était peut-être un produit donné en cadeau promotionnel.

Bon, alors je me lance, sans filet …

Comme je le disais, sa forme est peu commune chez Canon. Il ressemble plutôt à un Olympus Mju ou un Olympus AF-1 Super, voire un Canon MC (plus ancien) avec sa porte coulissante devant le viseur et l’objectif, qu’elle protège.

Je dirais donc qu’il doit dater de la même époque à peu près, soit le début des années nonante.

Sa taille est relativement réduite mais il reste épais avec un petit bossage à l’arrière, qui assure une meilleure tenue tout en abritant le logement des piles.

Pas de réglages, sauf électroniques et donc cachés. En effet, outre le bouton de déclenchement, assez long et chromé, il n’y a aucune commande.

Le flash se déclenche automatiquement, selon la lumière détectée, mais impossible de le débrayer. Celui-là, vous l’oubliez si vous visitez un musée, sauf à courir vite !

Toutefois, si j’en crois ce qui est inscrit sur l’appareil, il évite que vos sujets aient l’air de lapins affolés quand le flash se déclenche (réduction des yeux rouges – Autoflash Red Eye). Une « pastille » sous le flash émet un pré-éclair pour se faire.

Donc, vous avez fait glisser la porte vers la droite, dévoilant ainsi un objectif fixe de 24mm f5,6 baptisé Sport Lens (made in Japan). La focale est aussi peu habituelle, un 24mm, c’est un grand angle.

Le viseur, assez large, est collimaté et il y a aussi des lignes pour la correction de parallaxe. J’imagine qu’il est déconseillé de descendre sous les 20cm pour les prises de vue.

Comme il se doit, lorsque vous ouvrez le dos du boitier pour y glisser une bobine, tout est en plastique dans la chambre.

Deux minuscules contacts doivent « lire » le codage DX des films dont vous le nourrissez. De toute manière, il n’y a pas de commande pour régler autrement la sensibilité du film.

L’amorce doit être tirée juste au dessus de la bobine réceptrice. Une roulette et une languette fixée au dos guide la pellicule pour un bon accrochage, vous ne devez rien faire, l’appareil charge celle-ci jusqu’à la première vue lorsque vous refermez la porte.

Une fenêtre dans la porte arrière vous permet de voir si un film est dans la chambre. Vérifiez que la mousse est toujours bonne, sinon fuite de lumière assurée.

Notez qu’il y a un compteur de vue, sur le dessus, qui se réinitialise à chaque ouverture du compartiment.

A côté du viseur, vous ne pourrez pas la rater, une diode verte vous indique si la photo peut être prise, rien de plus. Je soupçonne aussi qu’elle indique la recharge du flash.

Etant donné l’architecture de l’appareil, je peux conclure qu’il est tout automatique et que la cellule, selon la lumière perçue, règle la meilleure vitesse. Mais j’ignore totalement le spectre des vitesses. Toutefois, selon l’époque, le style de l’appareil, je pense que nous devrions être du 1/60s (flash) au 1/250s, comme les concurrents du moment.

Si je résume, voilà un Canon dont je me demande si c’est bien un …Canon (mais il est bien marqué « made in Japan »).

Une petite curiosité en somme.

Si vous en trouvez un, faites comme moi, testez le, on ne sait jamais, sur un malentendu, il pourrait rendre des services.

Argentique

Le Skylark Mansfield

Un petit appareil singulier que celui-ci. Déjà, j’ai dû batailler ferme pour faire baisser son prix, irréaliste, proposé par un vide-grenier qui, comme souvent, ne savait pas ce qu’il vendait mais le vendait … cher !

Nous étions sur une des dernières brocantes de l’année sans doute, à Forest, sous le soleil inhabituel de ce mois d’octobre 2023 (27°C à l’ombre et il y avait peu d’ombre).

Il n’est pas de toute jeunesse et il a un peu souffert mais j’aime bien sa « bouille » sympathique et, surtout, je n’en ai jamais vu auparavant.

J’ai donc deux noms indiqués sur l’appareil et un sigle stylisé : Mansfield sur la face avant, tout comme le sigle(un « M ») et Skylark sur le capot supérieur.

Premier indice déroutant, il est noté « made in Japan » sur la semelle.

Après quelques recherches sur la Grande Toile, il apparait que Mansfields soit américain et l’appareil lui est japonais.

  1. Un peu d’histoire.

J’explique : Mansfield Industries est une société qui était établie à Chicago. Elle distribuait des appareils photos sur lesquels elle re badgeait son nom, comme d’autres le faisaient (Revue en Allemagne, Hanimex en Australie, p. ex.). Cette activité s’est étendue de 1950 à la moitié des années soixante.

Voilà pour le côté américain du nom et du sigle.

Se seraient-ils inspiré de la Buick Skylark pour le nom, elle aussi sortie en 1961 ?

Buick Special, re nommée Skylark pour le haut de gamme, animée par un V8 compact

Ne nous égarons pas ! L’appareil est bien japonais, fabriqué par Yamato Optical Company sous le nom de Yamato Palmat Automatic. Lancé en 1961, c’est le seul appareil noté Skylark et Mansfield.

De fait, quatre appareils ont été baptisés Skylark par Mansfield : un appareil Argon qui était lui-même la version destinée à l’exportation du Windsor 35 produit par Toko Photographic Works (1957). Un télémétrique avec un objectif de 45mm ouvrant à f1,9 avec une pause B et des vitesses de 1s à 1/500s

Puis un Royal 35M, fabriqué par la Royal Camera Company, renommé Mansfield Skylark E, lui aussi de 1957. Toujours un télémétrique mais couplé, ici avec un objectif Tominar de 45mm ouvrant à f1,9 et des vitesses de 1s à 1/500S plus pause B et déjà une cellule au sélénium non couplée.

Ensuite, toujours la même année, un autre Royal, le 35P, devient le Skylark V. Ici c’est un « point and shot » très mince avec un objectif Cimenar de 45mm ouvrant à f1,9 et des vitesses de 1s à 1/300s avec pause B.

2. Présentation.

Enfin, en 1961, celui qui nous préoccupe, un Palmat Automatic légèrement modifié. C’est un « point and shot » avec un objectif Mantar ou Luminor Anastimag de 40mm qui semble ouvrir à f4 (mais certains auteurs pensent à un triplet ouvrant à f2,8), avec des vitesses de 1/10s à 1/200S et une pause B.

Mais sa particularité est de posséder une cellule au sélénium couplée (pas besoin de batterie donc). Toutefois, il perd le télémètre.

Seconde particularité (et je n’ai jamais vu ça ailleurs), sur le fut de l’objectif il y a 5 chiffres (de 2 à 6) et la lettre B gravés.

De fait, il faut se reporter au dos de l’appareil pour trouver un tableau qui reprend ces 5 chiffres en fonction de la vitesse du film que vous allez utiliser. Celle-ci est exprimée en ASA/DIN. Le chiffre retenu règle la sensibilité du posemètre.

Mais il y a encore un second réglage, situé en dessous de l’objectif, avec 3 lettres A – B – C et AUTO. En plein jour, positionné sur «Auto», l’ouverture est réglée automatiquement par un mécanisme d’aiguille piégée entraîné par le posemètre. C’est le principe utilisé par l’Olympus Trip 35 ou le Paxina Electromatic. Je vous renvoie aux références en bas d’article sur ce principe.

Il vous suffit alors de viser et déclencher, l’appareil règle l’ouverture. Si le signal vert apparait dans le viseur, c’est qu’il y a assez de lumière pour prendre la photo, sinon il faut monter un flash.

En cas d’utilisation dudit flash, il faut se reporter au guide noté dans le mode d’emploi et mettre le curseur sur « Auto » tandis que le guide sur le fut de l’objectif doit être positionné sur 2.

En fin de film, vous devrez appuyer sur le bouton de remise à zéro du compteur pour pouvoir rembobiner la pellicule dans sa bobine.

Le compteur et le bouton pour le rembobinage.

Le viseur, large et clair (il me fait penser aux viseurs des Voigtländer Vito) est seulement marqué d’un cadre lumineux, avec correction de la parallaxe pour les prises de vue rapprochées.

Un petit « mécanisme » ingénieux indique si la lumière est suffisante pour prendre la photo : un dispositif périscopique filtre en vert la lumière ambiante. Si celle-ci est suffisante pour activer le posemètre, elle apparaît dans le viseur telle une diode alors que ce n’est que la lumière réfléchie.

Le déclencheur, à droite en façade, est comme un curseur qu’il faut descendre pour actionner le déclenchement.

Pour charger l’appareil, il faut tourner une clé, en dessous (position L = lock ou O = open) et c’est tout le dos qui glisse vers le bas. La bobine réceptrice n’a qu’une « feuille » sertie dessus, dans laquelle il faut glisser l’amorce du film. Pas très rapide comme système (et je comprends la hantise de certains amateurs de l’époque dès lors).

Les rails dans lesquels coulissent le dos sont profonds, ce qui assure une bonne étanchéité à la lumière. Toute la chambre est floquée en noir, pour éviter tous rebonds de lumière éventuelle.

Petit détail, en dessous de l’appareil, deux ronds soudés (dont un contient le pas de vis pour trépieds) sur la semelle assurent que celui-ci tient bien « debout ».

3. Conclusion.

C’est un petit appareil qu’on assure bien en mains, malgré sa petite taille. Même si le déclencheur est à une place peu confortable (j’ai souvent tâtonné pour déclencher), c’est une petite machine à photographier qui semble avoir été bien pensée.

Il est assez rare et donc son prix aura tendance à prendre de la hauteur, surtout pour un exemplaire en très bon état. Le mien vaut 50€. Juste à vérifier que la cellule fonctionne toujours. Pour la protéger et sauvegarder son utilisation, pensez à glisser l’appareil dans une pochette.

Si vous en trouvez un, faites-vous plaisir, prenez-le, il en vaut la peine.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Des références : http://camera-wiki.org/wiki/Mansfield_Skylark, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1382.html, https://pbase.com/cameras/mansfield/skylark en français; https://camerapedia.fandom.com/wiki/Mansfield_Skylark, https://collectiblend.com/Cameras/Mansfield/Skylark.html, http://tazmpictures.com/site/?p=3846, https://fr.wikipedia.org/wiki/Buick_Special, http://camera-wiki.org/wiki/Trapped_needle, en anglais.