Si vous vous en souvenez, il y a peu, je vous présentais l’Olympus Pen-EE, un chouette petit boitier avec la particularité de faire des demis-photos.

Soit, si vous avez mis un film de 36 vues, vous en ferez 72, 48 si c’est un film de 24 poses qui est dans la chambre.

Et ça me fait penser au commentaire d’Olivier qui disait, en substance, qu’à l’époque, les fabricants trouvaient ça peu intéressant car ils voyaient leurs ventes divisées par eux. Car la qualité des images restaient bonnes même en agrandissement. Je lui répondais qu’in fine, avec l’augmentation du prix des films et de la chime, ces appareils allaient avoir une seconde chance.

De fait, les appareils photo demi-format ont commencé à disparaître à partir des années 70 alors que les compacts plein format devenaient plus petits, mais la série PEN a survécu jusque dans les années 1980. C’est déjà un gage de qualité cette longévité contre les modes, qui passent et … repassent.

Comme dans la même brocante j’ai trouvé un second Pen, je vais vous le présenter.

Autant le premier était en parfait état, propre et dans sa boîte, autant celui-ci a dû bénéficier de mes soins attentifs, mais, comme le dit la pub, « il le valait bien » !

Alors c’est bien un Pen mais le PEN-EE-2, soit le successeur de celui que je vous ai proposé.

Pour mémoire, le premier Pen est apparu en 1959. En 1961, un Pen – EE prend la relève. Il sera produit jusqu’en 1967 et sera remplacé, début 1968, par le PEN EE-2.

Si la forme générale reste assez identique, quelques modifications importantes font leur apparition.

Ce qui ne change pas, c’est l’excellent groupe optique, une focale fixe D. Zuiko de 28mm ouvrant à f 3,5, de 4 éléments en 3 groupes. C’est toujours l’équivalent d’un 40mm en 24×36.

Sachez que si vous avez de la chance, vous pourrez trouver des filtres à viser au diamètre particulier de l’Olympus Pen, le 43 et demi.

Les vitesses d’obturation restent à 1/40s et 1/200s et 1/40s avec connexion flash synchro X en mode d’exposition manuel.

Si la plage de vitesses semble banale, en fait elle a été déterminée pour obtenir une profondeur de champ maximale.

Dans une lumière ambiante ensoleillée, la vitesse d’obturation sera réglée sur 1/200s et la plage d’ouverture est régulée de f/22 à environ f/8. Lorsque la lumière est inférieure à celle-ci, l’appareil photo passe à l’exposition de 1/40s et l’ouverture de l’objectif est réglée de f/11 à sa plus grande ouverture. En empêchant l’ouverture d’être trop petite, on évite la diffraction et ses reflets parasites.

Avec lui vous serez net de 1,5m à l’infini et quasi toutes vos photos prises entre 3 et 5 seront nettes.

Reste que si vous arrivez en situation de « drapeau rouge », c.-à-d. lorsque l’obturateur est verrouillé car l’éclairage n’est pas suffisant, comme avec l’ancien modèle, vous pouvez essayer de vous en sortir en réglant l’objectif sur la plus grande ouverture pour le flash, ou en verrouillant l’exposition sur un autre point plus clair, en maintenant le déclencheur enfoncé à mi-course. Puis vous recadrez votre sujet. Ça, vous ne pouviez pas le faire avec son prédécesseur.

Au rayon des nouveautés toujours, la sensibilité monte maintenant de 25 à 400 Asa (contre 200 pour l’ainé).

Autre grande innovation, une griffe flash apparait maintenant sur le capot supérieur.

Et le dos de l’appareil est monté sur charnière, plus pratique que de devoir ôter tout le dos pour recharger. Attention, n’arrachez pas la manivelle de rembobinage pour l’ouvrir, il y a un petit loquet en bas, sur la tranche pour ce faire. Par contre, vous devrez la soulever pour y glisser la nouvelle bobine.

Ce qui ne se voit pas, c’est que les calculs d’expositions et le travail de la cellule ont été revu aussi.

Le viseur était bon, ils l’ont laissé tel quel.

Lorsqu’il est activé, le drapeau contextuel rouge de sous-exposition s’affiche en bas du viseur.

Oui, je sais, le drapeau devrait être rouge, mais le mode d’emploi de l’époque propose cette photo !

Ce nouveau Pen EE-2, produit de 1968 à 1977, est – finalement et à première vue – presque le même que le Pen – EE avec l’ajout d’un sabot.

Cependant, ce que l’on sait moins, c’est qu’il partage le même mécanisme d’exposition automatique que le Trip 35, LA référence de l’époque.

Il reste un petit appareil sympa et facile à utiliser, sans prise de tête.

Le compteur de vue, très clair, ne demande plus rien d’autre que de charger le film, armer une ou deux fois (appareil fermé) jusqu’à ce que le chiffre 1 soit pointé. Vous pouvez commencer à prendre vos photos. Si cela semble plus simple, il y a néanmoins un inconvénient à cette « nouveauté » : en effet, avec l’ancien Pen – EE, vous saviez le nombre de photos restantes; ici, il vous faudra une bonne mémoire car il n’y a pas le moindre mémo pour vous rappeler quel film vous lui avez fait avaler (même pas une plaquette mémo sur le dos) !

En relisant l’article du Pen – EE premier du nom pour préparer celui-ci, je ne suis aperçu que je n’avais pas beaucoup insisté sur le côté ludique de ces appareils.

Par contre, les Lomographistes ont bien compris tout l’intérêt de ses demis-photos, permises grâce à l’excellente construction de l’appareil et à l’avancement du film, qui reste très stable.

Pourquoi ludique ? Mais parce que grâce à sa faculté de « couper en deux » une image, vous pouvez la reconstruire selon votre envie de raconter.

Vous pouvez ainsi « reconstituer » un récit, en positionnant, par exemple, deux points de vue à la suite l’un de l’autre.

Si mes propos vous semblent obscurs, je vous invite à aller voir des exemples de photos prises avec cet appareil LA, ce sera plus clair et vous donnera sans doute l’envie de tester ses étonnantes possibilités.

D’autant que les films modernes sont mieux définis que ceux de l’époque et que le dégradation (granulation) due à l’agrandissement des vues est dès lors moins sensible. Ceci étant, l’excellent objectif du Pen EE-2 sauvera la plupart de vos clichés.

Juste s’habituer au fait que si vous gardez l’appareil en position « normale », votre photo sera au format « portrait » et que vous devrez le tenir verticalement pour être en « paysage ».

Si vous deviez choisir entre les deux, lequel privilégier ?

Difficile de répondre catégoriquement : autant le second a des avantages intéressants (sensibilité, vitesses, griffe flash), ils ne disqualifient pas le premier pour autant, qui garde sa bonne bouille et ses capacités propres. Il sera juste un peu moins « tout » terrain.

Moins couru que le Trip 35, qui n’offre pas les mêmes caractéristiques, ces petits appareils se trouvent encore assez facilement. Souvent en bon état (du costaud je vous disais), il faut quand même vérifier si la cellule n’est pas définitivement HS, ce qui limite son utilisation au 1/40s seul. Les mousses seront souvent à changer, mais c’est le plus facile.

En résumé, pour environ 40€ maximum pour un bel exemplaire, ne le laissez pas passer, vous allez découvrir le monde différemment avec lui.

Ah oui, un dernier conseil : achetez-lui un bouchon d’objectif ou mettez le dans une petite sacoche noire quand nous ne vous en servez pas, la cellule au sélénium vous remercia.

Quelques pubs d’époque :

Source : Collection-appareils.fr, Grenier-Natkin 1969. Notez qu’ils se trompent quand ils limitent la sensibilité du EE-2 au 200Asa. Ils sont encore sur « l’ancien » PEN et les vitesses décrites sont toutes erronées !

Videos d’illustration :

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Des références : https://www.35mmc.com/16/05/2016/olympus-pen-ee-2-review-2/, https://www.imagingpixel.com/p/olympus-pen-ee-2.html, https://www.35mmc.com/02/09/2017/olympus-pen-ee-2-review/, https://pimhens.be/collection-item/olympus-pen-ee-2, https://en.wikipedia.org/wiki/Olympus_Pen, https://analogclubamsterdam.nl/camera-review/olympus-pen-ee-2-halfframe-camera-half-the-frame-double-the-fun/, en anglais,