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Le Holga 120

En fait, je vais même vous en présenter deux, le Holga 120 N et le Holga 120 FN, vous allez comprendre …

Mais avant tout, comme d’habitude, un peu d’histoire, car celle-ci est singulière.

C’est à Hong-Kong que Lee Ting-Mo eut l’idée, au début des années quatre-vingt, de créer un appareil photo accessible pour les familles chinoises de la classe ouvrière. Son leitmotiv était de fabriquer aux coûts les plus bas.

Ce qui signifiait que les caractéristiques de l’appareil allaient être à minima : fabrication tout en plastique, objectif compris (lentille), mise au point minimale, netteté minimale, joint d’étanchéité minimal … et un maximum de chances que tout ça fonctionne de façon très aléatoire !

Ajoutons à ce cocktail étonnant l’utilisation du film 120, encore très couru en Chine à l’époque.

Et ça a fonctionné : des milliers de familles ont pu acquérir cet appareil improbable, plein de défauts, mais ils étaient heureux de s’en contenter à l’époque.

Cependant, même en Chine, les temps changent : fin des années septante et tout au long des années quatre-vingt, c’est le temps de l’ouverture vers le monde et des réformes économiques.

En deux mots comme en cent : les jours du Holga étaient compté, la classe ouvrière ayant acquis plus de pouvoir d’achat, se tournait vers les appareils photos en 35mm importés. Le film en 120 perdait sa place de leader et le Holga disparaissait petit à petit.

C’était sans compter sur l’Occident décadent, qui comme pour le Lomo LC-A venu de Russie, s’était entiché de cet appareil au look irréaliste et rétro.

Les fuites de lumière accidentelles, la douceur des images, le vignetage dans les coins, les surimpressions des distraits, tout cela étaient autant de qualités de ses défauts pour peu qu’on eut l’âme vagabonde et l’humeur créative.

Toujours est-il que la production a continué jusqu’en 2015, date de la fermeture de l’usine qui le fabriquait.

Même si la légende (mais en est-ce une) raconte que les moules pour fabriquer le Holga ont été détruit, un homme en avait gardé l’outillage : Lee Ting-Mo lui-même !

Ce fut donc une autre société chinoise, Sunrise, qui a remis le Holga 120N – l’original – en production, dès 2016, pour le plus grand plaisir de tous ses fans dans le monde.

Historiquement, c’est le Holga 120 S (pour standard) qui fut le premier produit en 1982, suivi de peu par un Holga 120 SF, qui recevait un flash intégré.

En 2009 c’est le Holga 120 N (N pour nouveau) qui pointe son objectif, qui ajoutait à la dotation de base un sabot pour flash électronique, une position B (bulb) et un filetage pour trépied.

Puis ce sera le Holga 120 FN, avec un flash intégré, j’y reviendrai.

Ensuite une hérésie, le Holga 120 GN : rendez-vous compte, il gardait les éléments du FN mais gagnait une optique … en verre ! Et on enfonçait le clou avec le Holga GFN, qui gardait l’optique « de luxe » et gagnait un flash intégré.

Mais on revenait aux fondamentaux avec le Holga CFN : position bulb, flash intégré, lentille en bon plastique avec cependant quelques fantaisies comme des filtres de couleurs intégrés pour le flash

Les lentilles en verre revenaient sur le Holga 120 GCFN (si vous avez bien retenu la logique = mode bulb, flash intégré, filtre colorés intégrés pour le flash)

Il y eu encore un Holga 120 GFN, à savoir un FN avec une lentille en verre et même un Holga 120 S avec lentille non plus en plastique mais en verre à nouveau.

Pour en terminer avec la saga de la marque, sachez que le Holga fut aussi fabriqué en format 135, mais là n’est pas notre propos.

Avec cet appareil, vous aurez en mains le moyen format sans doute le plus léger de l’histoire ! Seul le Lubitel 2 pourrait rivaliser mais c’est un TLR (deux objectifs superposés) moins commode à manipuler

J’ai donc eu la chance d’acquérir un Holga 120 N (dans sa boite, neuf) et un Holga 120 FN qui a déjà bien servi.

Les données techniques sont réduites à leur plus simple expression, et pourtant …

L’objectif est un 80mm ouvrant à f8. Comparé au Diana F, c’est presque un grand angle.

L’obturateur possède deux vitesses : le 1/100 sec et le mode bulb (il reste ouvert tant que vous gardez le doigt sur le déclencheur). Un curseur sous le bloc optique vous permet de choisir la position N ou B (pour bulb, vous aviez deviné).

Petit truc pour éviter les photos floues involontaires : remettre le curseur sur le N après l’avoir posté sur le B !

Pour les ouvertures, 2 réglages aussi : f11 pour les temps ensoleillés et f8 pour les nuages, que l’on ajuste grâce au curseur situé sur le dessus du bloc optique.

Le Holga 120 N gagnait, souvenez-vous, un filetage pour un trépied et un sabot pour flash électronique, tandis que le Holga 120 FN avait le privilège d’un flash interne.

Les distances sont simplissimes et se règlent avec l’objectif : des pictogrammes allant d’une personne seule à celle d’une montagne vous permette un réglage heu … approximatif d’environ 1 m à l’infini.

Avec un film en 120 vous pourrez faire 12 photos en 6x6cm ou 16 en format 4,5×6 (avec un cache) mais dans ce format vous perdez le privilège du vignetage dans les coins !

Pour en terminer avec le tour de l’appareil, voyons le dos de celui-ci : sur les tranches, deux règles métalliques, qui coulissent vers le bas, déverrouillent le dos, qui s’enlève en bloc, découvrant une chambre noire tout en plastique, plus ou moins bien ajustée.

C’est sur ces règles métalliques que vous pourrez attacher les sangles fournies avec le boitier.

J’avais écris un peu plus haut que je reviendrais sur le flash intégré du Holga 120 FN.

Il s’agit en fait d’un bloc flash fixé sur le boitier et que l’on met en route avec un petit curseur l’arrière, près du viseur. Une petite lumière rouge apparaît quand le flash est prêt.

La construction est vraiment limite : une plaquette avec une ligne cuivrée qui relie les deux pôles, que l’on glisse dans une encoche sous le bloc objectif, dans la chambre. Il va s’en dire que ça bouge au moindre petit choc et qu’il faut la remettre en place à chaque fois. Deux piles AA suffisent pour l’alimentation.

Sur mon exemplaire, le flash ne fonctionne d’ailleurs plus du tout (condensateur ?)

Revenons un instant sur les défauts de l’appareil, qui – finalement – le rendent vraiment attachant et unique :

  • l’objectif est une focale fixe avec une lentille en plastique, qui ne permet pas la fabrication d’une lentille de qualité. Elle aura tendance a déformer l’image et à faire varier les couleurs
  • cet objectif est incapable de restituer une ligne droite … droite !
  • il agit comme un œil astigmate : des zones seront floues à côté d’autres qui seront nettes sur la même image
  • s’il n’y avait qu’une lentille … mais il semble qu’il y en ait 4, qui créent une perte de lumière importante, qui induira un vignetage sur l’image, surtout en 6×6
  • de fait ces lentilles sont un cauchemar d’ophtalmologue : astigmatisme, aberration chromatique, aberration sphérique, la totale … mais c’est ce qui donne des photos à l’esthétique si particulière et unique pour chaque appareil
  • le boitier n’est pas bien étanche à la lumière. Il n’est donc pas rare de voir un voile apparaître sur la pellicule. Avoir du gaffer avec soi est une sage précaution, qu’il faudra recoller à chaque changement de film.
  • si vous utilisez le format 4,5×6 pensez que l’orientation de la photo change car le grand côté est vertical et le petit horizontal
  • la superposition des images est très simples à réaliser volontairement ou … involontairement : il suffit d’oublier d’avancer le film
  • l’ouverture du dos est simplissime mais elle aussi propice aux (mauvaises) surprises : pensez à coller un bout de gaffer sur les languettes métalliques
  • et tant que vous en avez en main, collez-en un bout sur la fenêtre arrière, pas franchement étanche
  • ce n’est pas un reflex … vérifiez donc a bien enlever le bouchon avant de faire une photo car la visée « télémétrique » ne vous laisse pas voir à travers l’objectif
  • lorsque vous avez terminé votre film, tournez une ou deux fois de plus le bouton de rembobinage pour être certain d’avoir bien rembobiné la pellicule sur son axe.

Comme souvent avec les appareils de la bande Lomography, on a l’impression d’avoir un appareil jouet en mains, et pourtant, celui-ci fut construit pour que des millions (nous sommes en Chine) puissent goûter aux joies de la photographie à moindre coût, ce qu’il fit très bien.

Somme toute, il possède le minimum syndical pour pouvoir faire des photos … ne riez pas, un Agfa Clack, un Kodak Dualflex, un Bilora Gevabox des années cinquante ne présentaient guère plus de possibilités, mais ils étaient vendus par de « grandes marques » !

En gros, ne vous attendez pas à des miracles mais sachez que c’est ce qui fait le charme de l’appareil. Comme tous ceux de la mouvance Lo-Fi, ils vous permettront une grande latitude créative, loin des standards figés qu’Instagram et consorts veulent nous imposer.

Parlons prix maintenant : comptez entre 30€ pour un Holga de base et jusqu’à 90€ pour un avec tous ses accessoires (flash, caches, filtres, etc.). Si vous ne prenez soin, malgré sa construction à l’emporte pièce, il vous suivra de longue années.

Le film 120 est bien évidemment toujours en fabrication et vous en trouverez pour tous les gouts (N/B avec ou sans grain, en couleurs) et tous les budgets.

Ma conclusion, comme d’habitude, si vous en croisez un et que vous vous sentez l’âme vagabonde, faites-vous plaisir !

Petite video d’illustration

Des exemples de photos ICI

Pour tout savoir sur les Holga, c’est par LA (en anglais) et le mode d’emploi est LA-BAS

Quelques références : https://fr.wikipedia.org/wiki/Holga, https://www.danstacuve.org/holga-120-un-appareil-jouet/, https://shop.lomography.com/fr/holga-120n/, https://meilleurtest.fr/holga-120n/ en français, https://filmphotography.eu/en/holga-120-n/, https://www.myfavouritelens.com/holga-120n-camera-review/, https://lumenicity.wordpress.com/category/holga-120fn/ en anglais

2 réponses »

  1. Merci pour cette review sur le Holga 120. Je voulais m’en acheter un il y a plus de dix ans attiré à l’époque par la mode « Lomo » et des images imparfaites. Va falloir que j’en prenne un d’occasion. C’est obligé.

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