Nous apprenions le 28 décembre 2021 que Sabine Weiss (née Sabine Weber en 1924) s’en était allée rejoindre le beau monde des photographes qui ont marqué la photographie. Elle avait 97 ans.

Suisse d’origine mais naturalisée française, elle fut, aux côtés de Robert Doisneau, Willy Ronis, Édouard Boubat et Izis, l’une des principales représentantes du courant de la photographie dite humaniste.

C’est déjà toute petite qu’elle comprends que la photographie sera son moyen d’expression. Elle achète à onze ans son premier appareil photo, avec son argent de poche et commence à photographier son entourage, sa vie de famille.

Soutenue par son père, elle fera ses apprentissages chez Frédéric Buissonnas, photographe de studio à Genève, avant de décrocher son diplôme en 1945.

Puis, arrivée à Paris, elle sera l’assistante de Wilhelm Maywald,et aura l’occasion de travailler avec le Tout Paris de la mode de l’époque. Mais elle côtoiera aussi les grands musiciens du temps, les plus grands artistes du moment, les acteurs en vogue, les écrivains célèbres.

En 1950, elle devient Madame Weiss en épousant le peintre américain Hugh Weiss. Elle ouvre alors son propre studio à Paris.

Elle publiera plus de 40 ouvrages et en 2017, elle fait don de l’ensemble de ses archives, riches de 200 000 négatifs, 7 000 planches-contact, environ 2 700 tirages vintage et 2 000 tardifs, 3 500 tirages de travail et 2 000 diapositives au musée de l’Élysée, à Lausanne..

Son travail personnel mêle poésie et observation sociale. C’est l’humain qui retient son attention, la vie toute simple : »Mes photos (…) expriment un certain amour que j’ai pour la vie » disait-elle.

Elle ne voudra jamais être considérée comme une « artiste » Elle se veut le témoin des injustices faites à l’Homme et les dénonce avec vigueur, tout en sobriété et émotion.

Elle disait aussi qu’elle « photographie pour conserver l’éphémère, fixer le hasard, garder en image ce qui va disparaître : gestes, attitudes, objets qui sont des témoignages de notre passage. L’appareil les ramasse, les fige au moment même où ils disparaissent ».

Sabine Weiss utilise essentiellement le noir et blanc, avec des cadrages précis, jouant de la lumière pour créer des ambiances. Si ses sujets sont variés, l’humain en est le point central, disons même plutôt l’humanité des petits moments de vie, ceux qui apportent des émotions.

C’est une des raisons pour lesquelles, dans ses photographies, il y a beaucoup d’enfants, de personnes âgées, des sourires de stars aussi, mais tout son petit monde sera relié par cette spontanéité et simplicité qui sont sa signature : « J’aime beaucoup ce dialogue constant entre moi, mon appareil et mon sujet, ce qui me différencie de certains autres photographes qui ne cherchent pas ce dialogue et qui préfèrent se distancier de leur sujet. »

Je vous recommande évidemment son site officiel : Sabine Weiss.

Fabien Breillat a eu la chance de la rencontrer et il a consacré une longue video à ce moment particulier, que je vous encourage à regarder.

Une grande dame s’en est allée, n’oublions pas son travail, il est éternel.