Un ciel gris, au loin grondent les orages, les brocanteurs scrutent le ciel avec anxiété car tous n’ont pas de tonnelles ou de bâches pour protéger les marchandises en cas de pluie …

Et les chalands un peu plus pressés que d’habitude, le nez en l’air, les oreilles aux aguets vont d’un stand à l’autre.

Prévoyant, un petit blouson bien imperméable sur le dos, je flâne à contre courant. Et c’est comme ça que je découvre un minuscule appareil dans une caisse où trônent quelques vieilles gloires du compact numérique.

Mais celui-ci est argentique et, bien que sa taille puisse le laisser penser, il est au format 24×36 et pas APS.

Brève négociation avec le vendeur et ce petit Fujifilm rejoint mes trois autres « prises » dans le sac à dos.

J’aime bien ces petits appareils, qui se glissent réellement dans une poche ou, comme ici, se cache dans un petit sac en cuir que l’on peut passer à la ceinture, pour dégainer plus vite.

La pile, une CR2 est HS mais il m’en reste à la maison, juste hâte de rentrer pour tester ce petit bijou.

Un ami montois m’avait montré le sien il y a peu et j’avais noté, dans un coin de mémoire, qu’i fallait l’ajouter à ceux que j’aimerais utiliser et décortiquer pour vous.

Alors, on y va …

D’abord sachez que cet appareil est rare. Appelé « la sardine » par ceux qui l’adorent, son vrai nom est Fujifilm DL Super Mini pour l’Europe (où il fut exporté au compte-goutte) et Cardia Mini Tiara au Japon (où la production fut aussi minime).

J’ai donc beaucoup de chance d’être tombé sur un très bel exemplaire, en parfait état et fonctionnel.

Sous sa robe en aluminium et plastique, cette petite boite, il est vrai, en forme de boite à sardine, cache bien son jeu.

Mais commençons par le début. Ce minuscule boitier est sorti d’abord au Japon en 1994, puis en Europe, en 1996. Il y eut une seconde version appelée Tiara II et un dernier opus au format APS, que je vous ai déjà présenté sur le site.

Sa forme présente un design épuré qui m’a séduit au premier coup d’œil. Le volet coulissant, devant, sert à protéger l’objectif mais encore d’interrupteur ON/OFF. C’est discret et très bien fini. Peu de choses dépassent de ce boitier minimaliste mais ô combien performant.

Lorsque vous faites coulisser le volet vers la gauche (en tenant l’appareil devant vos yeux), le bloc objectif sort (presque) en silence et se positionne un peu en dehors du boitier.

Certain le compare au Rollei 35 en terme de compacité. Mouais … je veux bien mais notons toutefois que le Rollei 35 avec son objectif sorti sera plus « long ». Pourquoi éviter la comparaison avec le Petri 35E dans ce cas, autre champion de la discrétion et de la petite taille ?

N’oublions toutefois pas que les deux appareils cités sont des « tous manuels » alors que le DL Super Mini est tout automatisé, moteur compris donc dans sa petite boite !

Alors, comparons-le à l’Olympus Mju, qui a marqué tant de passionnés. Leur taille est semblable avec cependant un avantage au Fujifilm qui, de mon point de vue, tient mieux en main et est plus solide que son concurrent, seulement en plastique et à l’électronique capricieuse.

Allez, ranimons notre petit compagnon : j’ouvre la trappe, en dessous, pour y glisser une pile CR2. Ensuite, je fais coulisser le volet vers la droite. Un très léger « Ziip » m’avertit que l’objectif sort. Pour le refermer, opération inverse : d’abord repousser le volet lentement vers la gauche, attendre une demi seconde que l’objectif se rétracte et refermer complément le cache objectif.

Ce petit bijou est un « point and shot » éminemment portable vu sa taille. Mais je ne saurais trop vous recommander de le porter dans sa gaine en cuir car si vous le « balancez » dans un sac, sa belle finition va se rayer rapidement.

Simple d’utilisation, nous y reviendrons, il présente le nécessaire pour ne pas rater ses photos, sans fioritures inutiles mais tout ce dont vous aurez besoin est là : une mise au point automatique ET une mise au point manuelle comprises de 0,35m à l’infini lorsque vous choisissez les modes prédéfinis sur le petit tableau de commande, derrière. La mise au point instantanée est un système astucieux qui définit la mise au point à une distance fixe et qui commande une petite ouverture pour fournir une zone où tout sera net (principe de la mise au point relative ou prédictive).

Un petit flash intégré, débrayable, vous rendra bien des services. Comme il est petit, il est affublé d’un détecteur de doigts : si un de vos doigts le cache, il se bloque et une LED dans le viseur vous en avertit.

Les réglages se font avec la barre de boutons située sous le petit écran LCD. Le réglage de la date (jusqu’en 2025 s’il vous plait !), les modes scènes, la sélection des programmes, le minuteur et, tout à côté, un minuscule bouton pour le rembobinage anticipé.

Tiens, justement, un mot pour le chargement du film. Ce sont les lettres DL (Drop-in Loading) qui mettent la puce à l’oreille de celui qui n’est pas pressé de tout découvrir. Lorsque vous ouvrez la trappe du film, le dos de l’appareil ne s’ouvre pas complètement mais dévoile un « conteneur » qui devra retenir le film. Lorsque vous placez la bobine dedans, l’appareil « lit » le code barre DX (sensibilité du film) et il le charge automatiquement.

Avec une particularité que j’aime bien : lorsque le film est inséré dans l’appareil, celui-ci le bobine sur une bobine réceptrice, intégrée au boitier. Et donc, si par malheur ou maladresse vous ouvrez l’appareil, seules les images non encore exposées seront gâchées, pas vos précieuses images. Comme pour le Ricoh R1.

Ca veut dire aussi que le compteur sera inversé, ne pas l’oublier : la photo 27 indique qu’il en reste 27 a faire et pas 9 (36 vues – 27) comme habituellement. On s’habitue, vous verrez …

Je reviens sur les modes de mise au point, qui méritent le détour.

Si vous avez déjà utilisé des compacts tout automatique, vous aurez constaté un truc éminemment agaçant : à travers une vitre, sur des surfaces très brillantes, impossible de faire la mise au point. C’est le principe de la mise au point par IR (infra rouge) qui est en cause car elle se concentrera sur le verre lui-même et pas le sujet qui est derrière et que nous voyons.

Donc notre petite boite propose la mise au point automatique (classique mais qui se fait piéger par les vitres), la mise au point à l’infini – qui a le bon goût de désactiver le flash, la mise au point SNAP qui donnera tout net de 1 à 3m en jouant sur la profondeur de champ de l’objectif, en position mise au point automatique mais avec le flash aussi et la mise au point manuelle de 35cm à l’infini.

Une remarque toutefois, comme le Mju, l’appareil ne fait la mise au point définitive qu’une fois enfoncé à fonds le déclencheur. Donc, vous visez, mettez au point et lorsque vous enfoncez complètement le déclencheur, l’objectif se met à la bonne position pour prendre la photo. Ce n’est peut-être pas très rapide mais efficace.

Lorsque vous prenez des photos rapprochées, tel un portrait, le boitier opte pour une grande ouverture pour offrir un beau flou d’arrière plan (le fameux « bokkeh »).

Mais je n’ai pas encore abordé le principal atout de ce joujou : son objectif EBC Fujinon, un 28mm ouvrant à f3,5 composés de 4 éléments, dont 2 asphériques, en 4 groupes, traité multicouches (reflet teinté bleu).

Il est, parait-il, redoutable ! Je vous dirai ça quand j’aurai terminé le film que j’ai mis dedans.

Sa taille pourrait être un handicap pour les grandes mains. Néanmoins, on le tient bien, sa forme rectangulaire un peu épaisse joue pour beaucoup.

Vous aurez remarqué qu’il n’y a pas de dragonne ni de place pour en fixer une. De fait, elle était proposée sur un gros bouton que l’on fixait à la place du trou pour le fixer à un trépied.

Je signalais plus avant que le Super Mini DL était équipé d’un petit flash intégré. Par défaut, il se déclenchera automatiquement si besoin, mais vous pouvez le débrayer. Il y a plusieurs modes : automatique donc, anti yeux de lapin affolé, flash débrayé, fill-in pour déboucher un contre-jour marqué et portrait de nuit.

Un seul regret, il ne garde pas en mémoire votre choix pour le flash, que vous devrez reparamétrer lorsque vous rallumez l’engin.

Si vous avez le malheur de placer vos gros doigts devant le flash, une diode rouge vous signale qu’il est temps de les retirer pour prendre votre photo. Lorsque ledit flash est prêt, une diode verte, dans le viseur toujours, vous encourage à appuyer sur le déclencheur.

Il a tout d’un grand je vous disais …

Ceci étant, il se débrouille très bien en base lumière mais vous ne pourrez pas faire de pause longue avec lui.

Quoi d’autre ? …

La fonction date, qui mérite un coup de chapeau car utilisable jusqu’en 2025 pour ceux qui aiment « taguer » leur photo, ou qui en ont besoin pour des raisons professionnelles, p. ex.

Les ingénieurs nippons l’ont aussi doté d’un retardateur.

Et un mode « panorama », que vous sélectionnez avec le gros curseur près du viseur : dès que vous l’actionnez, le viseur se transforme et vous donne l’impression de voir en cinémascope !

Tiens au sujet du viseur, s’il n’est pas grand (mais bon, vu la taille du boitier…), il est très agréable, avec un cadre colimaté bien clair et correction de la parallaxe. Un demi-rond, au centre, vous indique l’endroit de la mise au point.

Pour prendre une photo, vous visez pour mettre votre sujet au centre (que vous pouvez ensuite « délocaliser »), vous gardez le doigt à mi-course du déclencheur jusqu’à ce que l’appareil vous confirme la mise au point par un discret « bip » et une petite lumière verte dans le viseur. Clic, l’image est dans la (petite) boite !

Si je résume, voilà un petit bijou, rare, performant, joli, bien pensé, … enfin, comme je les aime !

Vous n’en trouverez pas souvent, malheureusement, et les prix s’en ressentent, comme d’habitude. Reste à croiser les doigts et à vous promener sur les brocantes dominicales, on y fait (souvent) des rencontres qui sortent de l’ordinaire, la preuve.

Et si vous en trouvez un (à prix raisonnable s’entend), ne le laissez pas partir sans vous, vous aller le regretter …

Petites videos d’illustration

Des exemples de photos prises avec cet appareil ICI et LA

Un brin de technique :

Format de film 35 mm (du vrai, pas un APS)
Boîtier en aluminium et plastique
Réglage ISO via codage DX, ISO 50 à ISO 1600
Viseur optique direct
Flash : intégré, automatique, correction des yeux rouges, flash désactivé et compensation du contre-jour
Lentille multicouche Fujinon EBC 28 mm, 4 éléments en 4 groupes
Vitesse d’obturation de ½ s à 1/800 s
Ouverture de f/3.5 à f/7.5
Mise au point : manuelle de 0,35m à l’infini, autofocus
Alimentation par 1 x CR2

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Quelques références : https://www.lomography.com/magazine/293211-lomopedia-fuji-dl-super-mini, https://kosmofoto.com/2020/01/fujifilm-dl-super-mini-review/, https://emulsive.org/reviews/camera-reviews/fuji-camera-reviews/compact-camera-mega-test-fujifilm-dl-super-mini-aka-fujifilm-tiara-the-upmarket-mju, https://www.35mmc.com/17/03/2015/fuji-dl-super-mini-tiara-review/, http://camera-wiki.org/wiki/Fujifilm_Tiara_Zoom, https://wkoopmans.ca/notebook/?p=7638, https://www.hazelandeye.com/blog/2020/8/18/4ebl6f67a66lj6hzdwhu8s7vrbftqh, en anglais, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-9436-Fujifilm_Tiara%20II.html, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Fujifilm en français.