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Les appareils espions, suite : le Minox B

« What is your name ? » – « Bond, James Bond »

Voilà le décor, bien planté, pour vous présenter ce Minox B.

En effet, s’il y a bien un appareil minuscule qui fait partie intégrante du monde de l’espionnage, fantasmé ou réel, c’est bien le Minox.

Notre bon James l’a utilisé au moins deux fois, dans « On ne vit que deux fois » (1967) et « Au service de sa Majesté » (1969) et d’autres héros, comme Mission Impossible (1967).

Mais commençons par le commencement.

C’est l’ingénieur Walter Zapp qui a conçu ce petit bijou, dès les années vingt . Il a ensuite conclu un accord avec la société VEF (Valsts Elektrotehniskā Fabrika) en Létonie pour la fabrication et la vente dans le monde entier. Ils furent produits là-bas de 1937 à 1943. Le premier Minox s’appelait d’ailleurs Riga.

Imaginé dès les années vingt (1922) les premiers modèles ont vu le jour en 1934 mais la production ne commença qu’à partir de 1936.

Ensuite, la société déménagea en Allemagne, à Wetzlar (tient, comme Leica et Zeiss Ikon) et depuis 1948, c’est là qu’ils sont produits.

Pourquoi a t’il imaginé ce minuscule appareil ? Ses débuts en photographie ont eu lieu dans le studio photographique de Walter Lemberg (1922) et il trouvait les appareils de l’époque lourds, encombrants et mal commodes. C’est ce qui l’a poussé a inventer un appareil beaucoup plus petit et très performant.

Ça ne vous rappelle pas l’histoire d’un autre ingénieur ? Oskar Barnak, le père du Leica a aussi construit son appareil pour faciliter la vie des photographes (1923).

A l’origine, le Minox se destinait à une clientèle aisée et était considéré comme un produit de luxe.

La qualité de ses images, sa robustesse et – surtout – sa très petite taille ont fait qu’il fut finalement adopté par les services de renseignements tant des Alliés que de l’Allemagne pendant la seconde guerre mondiale, puis par les services secrets russes pendant la guerre froide.

Une interview de Walter Zapp décrivait son désarroi devant ce « détournement » de son appareil : « ...le premier VEF Minox Riga officiellement vendu est allé à un diplomate étranger, et malheureusement j’ai tout de suite compris ce que cela signifiait en anglais simple: Espionnage ! J’étais horrifié ! Je n’ai jamais pensé à la possibilité d’utiliser [la caméra] pour cette application. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas (désiré?) que [l’appareil photo] a été utilisé davantage dans ce domaine. C’était la meilleure publicité gratuite, mais la plus méchante! [..] – Des sources ultérieures indiquent qu’il s’agissait peut-être d’un diplomate français »

« Son principal avantage était sa taille. Le Minox était tout simplement idéal, il pouvait être expédié sur le territoire ennemi par divers canaux (dans des objets discrets) et ensuite facilement caché par son opérateur lors de la réalisation d’opérations secrètes dangereuses. Vous devez être capable de masquer une caméra du mieux que vous le pouvez. Surtout lors de l’observation ou même de l’entrée dans des zones ou des bâtiments top secrets, vous deviez inévitablement passer de nombreux points de contrôle. Par exemple, vous pouvez cacher la caméra de manière circulaire sur votre corps car vous ne feriez que rarement ou jamais l’objet d’une fouille à nu complète. De même, vous pouvez le cacher dans un objet et vous en éloigner en danger. Cela dépendait vraiment de la situation. »

 » Son plus gros inconvénient était le transport du film. Avancer manuellement chaque image en ouvrant et en fermant la caméra était un énorme obstacle et montre que la caméra n’a pas été conçue comme une caméra espion. Soit vous deviez faire sauter votre couverture et prendre des photos rapidement lorsque vous en aviez l’occasion, soit avancer minutieusement chaque image en secret. Cela coûtait un temps précieux, rendant les prises de vue séquentielles presque impossibles. Déménager était toujours mieux et comme vous seriez presque toujours entouré de quelqu’un. La règle d’or serait de ne pas se comporter différemment des autres. Pas d’arrêt, pas d’attente. Tochka, la copie Minox post-guerre ultérieure, a résolu ce problème en intégrant un mécanisme à ressort dans l’appareil photo permettant aux photos de prendre rapidement sans révéler aucun mouvement. » source : http://minoxriga.atwebpages.com/

Si vous voulez en apprendre plus sur les espions qui ont utilisés cet appareil, je vous renvoie au site Minox Riga qui est une mine de renseignements.

Donc, chronologiquement, nous avons le Riga, premier Minox, (1938- 1943), celui de la seconde guerre mondiale, ensuite le Minox A (1948 – 1969), celui de la guerre froide, avec son successeur le Minox B (1958 – 1969), puis un Minox C (1969 – 1978), un Minox LX (1978 – 2003), un Minox EC (1981 – 1992) le premier Minox en plastique,

Minox a aussi créé des appareils utilisant le format 24×35 : c’est la gamme des Minox 35, mais ça, c’est une autre histoire !

Actuellement, la firme se spécialise dans la production d’appareils miniatures digitaux, qui sont des « hommages » au Leica, Rolleiflex, …

Elle appartient, le croirez-vous, à Leica, qui s’est aussi offert son concurrent historique, Zeiss Ikon.

Mais revenons à notre Minox B.

C’est donc un subminiature, tellement petit qu’il tient dans la paume d’une main. Successeur du modèle A de l’après-guerre, il a été le modèle le plus célèbre et le plus utilisé dans le monde de la photo d’espionnage et ce jusque la fin de la guerre froide, au début des années nonante.

Même s’il fut remplacé en 1969 par le modèle C, amélioré, c’est lui qui a gardé la plus grande popularité. Il fut produit à 384 327 unités, fabriquées entre 1958 et 1969

Le corps de l’appareil est en aluminium et fermé, il mesure 97x27x15 mm, ce qui permet de le dissimuler facilement sur soi.

L’appareil photo est actionné en le tirant vers l’extérieur par une des deux extrémités. Lorsqu’il est fermé, le film avance à la position suivante. C’est ce mouvement tirer – fermer qui fait sa particularité et qui pouvait être considéré comme gênant lors de la copie de documents.

Le Minox est entouré de quelques accessoires particuliers qui accentuent encore ce côté espion. Par exemple, la chainette qui permet de l’attacher à ses vêtements (pour ne pas le perdre) : lors de la photographie de documents, la chaine mesure 60 cm de long et possède de petits marqueurs (nœuds) à 20, 24, 30 et 40 cm, tout comme les marquages ​​sur le cadran de mise au point (lorsque vous utilisez toute la longueur de la chaîne – soit 60 cm, la distance est idéale pour photographier des documents au format A4 +).; un minuscule trépied, à monter rapidement, permet de le fixer à la bonne hauteur pour les copies; un autre accessoire permet de le fixer sur l’oculaire d’une paire de jumelle et de lui adjoindre ainsi un super téléobjectif; il y a aussi un flash que l’on peut monter à son extrémité, mais à réserver aux espions qui se savent vraiment seuls !

La bande du film, non perforée, mesure 9,2mm de large. Elle est stockée sur une bobine à l’intérieur d’une cartouche pouvant contenir 50 images. Actuellement, les films sont limités à 36 vues, sauf si vous les coupez vous-mêmes dans des cartouches de film 135 (il existe une découpeuse dédiée à cet effet). Le négatif est de 8×11 mm, généralement en N/B, plus performant au niveau qualité des détails que le film en couleurs.

L’objectif de très haute qualité, combiné à un film au rendu excellent, permet d’obtenir des images (N/B) avec d’énormes détails malgré de si petits négatifs.

Le Minox B est le premier appareil subminiature avec une cellule intégrée, qui ne nécessite pas de pile, c’est une cellule au sélénium, qui convertit la lumière en électricité et entraine directement la jauge de la cellule.

Le compteur de vues augmente à chaque prise de vue, jusqu’à un maximum de 50 expositions. La fermeture de la caméra protège également l’objectif en déplaçant une plaque devant lui. Veuillez noter qu’à chaque fois que l’appareil photo est fermé, le film avance à la position suivante, que la photo ait été prise ou non. Cette mauvaise fonctionnalité, ou anomalie, a été résolue dans les modèles Minox ultérieurs.

Son obturateur mécanique fonctionne avec des vitesses allant de 1/2 à 1/1000 sec. L’objectif de haute précision permet une mise au point de 20 cm (8 pouces) à l’infini.

Lorsque vous tournez la molette de mise au point, le viseur se déplace en tandem pour corriger les erreurs de parallaxe. Au-dessus du viseur se trouve une barre de filtre, qui permet de déplacer un filtre vert ou neutre (ND) devant l’objectif. Ces filtres sont utilisés pour augmenter le contraste et réduire la luminosité en plein jour. Ce dernier est nécessaire pour photographier à l’extérieur alors que l’appareil photo est chargé d’un film très sensible.

Si vous vous rappelez que cet appareil, à l’origine, était prévu pour être un appareil destiné aux photographes aisés et exigeants, vous avez là tous les éléments d’une machine d’exception, dans un format lilliputien.

Mais est-il toujours exploitable ?

Pourquoi pas ? De fait, on fabrique toujours des films, que vous pouvez trouver chez Fotoimpex et il est possible d’acheter les films avec le processus de développement inclus pour un prix tout à fait raisonnable.

L’Allemagne voue un certain culte à cet appareil. Des clubs existent à son sujet et il y a de véritables spécialistes de tous les modèles produits par Minox. Un univers à découvrir.

Je vous ai trouvé une petite vidéo explicative

Des références, comme d’habitude : https://boowiki.info/art/entreprises-fondee-en-1937/minox.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Minox en français, https://cryptomuseum.com/covert/camera/minox/index.htm une bible de l’espionnage, http://minoxriga.atwebpages.com/ en anglais, http://minoxclub.de/ en allemand

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