Souvent, c’est en ne cherchant pas que l’on trouve un modèle précis, de ceux que je note, en passant, lorsque je prépare mes articles et que je me dis « tiens, celui-là, si j’en trouve un …. »

Et j’en ai trouvé un, un Franka Solida, dans une brocante, au soleil, dans une caisse, pour une fois pas trop fouillis.

Petite négociation et il va rejoindre quelques autres pièces dans le sac à dos ce dimanche.

Très franchement, j’en vois souvent des Solida, mais comme les Agfa Isoly, ils ne m’attirent pas . Mais j’avais lu quelque part que celui-ci était intéressant car il possédait un petit plus, que vous allez découvrir.

Pourquoi ne m’attirent-ils pas ? La fabrication est légère, les objectifs pas vraiment top et je ne parle pas des obturateurs, très souvent limités. Il y a quelques marques comme ça. Et pourtant , elles ont fait la joie de milliers d’album photo, dans les années cinquante – soixante.

Commençons par la marque, Franka – Kamerawerk, qui fut fondée en 1909 à Bayreuth (Allemagne, en Bavière, surtout connue pour son opéra des Margraves, qui inspira tant Richard Wagner).

De fait le premier nom était Vysko-Fabrik Franz Vyskocil, St. Georgen und Bayreuth car créée par … Franz Vyskocil et son épouse.

Les fondateurs possédaient une petite usine et un magasin d’appareils photo et de fournitures à Stuttgart. Ayant déménagé à Bayreuth, ils y recommencent leur business et ont profité de ce changement pour fabriquer des appareils photo pliants (appelés aussi folding).

En 1910, leur associé et investisseur, Weigand de Berneck, entre dans la capital et ils renomment l’entreprise Weigand & Vyskocil.

En 1912, re-changement de nom, elle devient Frankonia-Kamerawerk. Puis, en 1913, le dénommé Weigand devient l’unique propriétaire et s’associe à A.W. Schulze, de Dresde.

Elle prend son nom définitif, Franka-Kamerawerk, en 1914.

Jusque dans les années soixante, elle fabrique essentiellement des appareils photo peu chers, accessibles au plus grand nombre. Ils ne sont pas mauvais mais sortent difficilement du lot des appareils de ce type. Ils étaient surtout destiné à l’exportation sous des noms différents, avec pour seul repère les objectifs qui portaient la marque Frankar.

Comme la plupart de ces appareils photo ont été fabriqués pour l’exportation, une légende est gravée sur le similicuir de l’appareil photo indiquant ‘Made in Germany – US Zone’.

Après la seconde guerre mondiale, elle eut quelques succès avec des 6×6 Solida (qui furent produit quand même jusqu’en 1965 !) puis elle se tourna vers une production axée sur le 24×36.

Ensuite, en 1962, l’entreprise est rachetée par Henry Wirgin, autre spécialiste allemand des appareils photo de grande distribution (les Adox et Edixa) et fabriquant de caméras.

Las, en 1967, elle cesse de fabriquer des appareils photo et disparait du paysage.

Voilà, voilà …

Revenons un instant sur le Franka Solida, leur succès.

Le premier est sorti en 1936. C’était un 6×6 pliant, avec soufflet, bien qu’il y eut aussi quelques Solida en 4,5×6.

Sans trop de surprises, les différentes versions seront appelées Solida I, Solida II, Solida III, Solida Junior et Solida Record.

A la différence de ces petits camarades, le Solida III est un pliant vertical alors que les autres étaient horizontaux.

Dans la gamme des Solida, retenons qu’il y en aura avec télémètre découplé et posemètre aussi découplé (les II E, II L, III L) ainsi qu’une version spéciale avec deux posemètres, la III EL.

Ces appareils seront produit jusqu’en 1962.

C’est assez étonnant car à cette époque les télémétriques avaient la cote, plus compacts et plus sophistiqués mais aussi plus … chers. Le grand argument des Solida étant leur prix !

Le grand concurrent de l’époque était le Balda, lui aussi équipé d’objectifs bon marché à 3 éléments de style Enna Ennagon ou Schneider Radionar, moins prestigieux que les Voigtländer ou Zeiss Ikon contemporains. Les obturateurs étaient des Gauthier voire du Synchro-Compur pour le haut de gamme.

Dites-vous bien cependant que même un objectif de moindre qualité, pour peu que vous l’ouvriez à la bonne ouverture (le bon fxx), donne toujours un bon résultat sur un film en 120, bien plus défini qu’un 24×36.

Et puis, ces appareils pliants ont quelque chose d’intriguant, voire d’amusant : on a envie de les tester car au prix auquel on les trouve, ça donne l’occasion de faire du 6×6 pas cher ! Et ils ne sont pas encombrants une fois pliés.

A quoi ressemble l’engin ?

Avec sa taille contenue, son déclencheur bien placé, son viseur assez agréable, vous avez la sensation de travailler avec un 24×36 alors que vous allez utiliser un rouleau de 120.

Il ressemble un peu au Kodak Retina IIIc que je vous présentais il y a peu. Allez j’ose, il n’est pas très loin du Voigtländer Perkeo ou du Zeiss Ikonta B 521/16, en terme d’encombrement s’entend et de présentation physique.

Allez, nous allons voir comment il fonctionne.

Pour ouvrir la face avant, ne tirez pas sur la barrette métallique du couvercle. Il faut d’abord appuyer sur le petit bouton en dessous, sur la semelle. C’est lui qui déverrouille l’ensemble.

Et pour refermer, il suffit d’appuyer sur les deux jambes, au centre, et l’ensemble objectif/obturateur rentre tout seul dans l’appareil.

Une fois le soufflet sorti, vous avez devant vous un superbe gros objectif Schneider-Kreuznach Radionar de 80mm ouvrant à un étonnant f2,9.

Cet objectif est monté sur un obturateur Synchro-Compur qui va de 1s au 1/500s plus pause B.

Si cet ensemble était perçu comme de l’entrée de gamme chez ceux cités plus haut, ici nous sommes dans le haut de gamme de la marque.

Ce Radionar est un triplet, c.-à-d. en 3 éléments. Comme je l’écrivais, il propose un étonnant f2,9 (et jusque f22). C’est donc un objectif dit « rapide », en tout cas pour l’époque. Les auteurs consultés indiquent qu’il est au meilleur de sa forme à f8 ou f16.

On peut monter des filtres de 42,5mm. Le numéro de série de l’objectif permet de dater assez précisément l’appareil (enfin si on trouve où sont les tables !).

La mise au point se fait sur le devant de l’objectif, sur lequel vous reportez l’indication que vous donne le …. télémètre non couplé !

En fait, lorsque vous regardez dans le viseur, vous voyez un patch en forme de losange jaune. Vous devez faire correspondre l’image en actionnant la molette sur le dessus de l’appareil. Lorsque votre losange est net, vous reportez l’indication apparue dans la fenêtre du télémètre sur le devant de l’objectif.

Comme le viseur est assez déporté vers la gauche, par rapport à la molette de réglage, vous pouvez actionner celle-ci même en ayant l’œil collé au viseur, pratique !

D’accord, c’est moins facile qu’avec un télémètre couplé, comme sur le Kodak Retina IIIc mais c’est quand même plus précis que de travailler « au pif » pour la distance.

Pour prendre une photo, il et impératif de d’abord armer le déclencheur sur l’obturateur. Vous le libérerez en appuyant sur le déclencheur situé sur le capot.

Il y a aussi un petit bouton qui permet d’armer le retardateur (environ 12 secondes). Il faut armer jusqu’au bout puis pousser le bouton vers l’avant, qui « verrouille » le tout jusqu’à ce que vous déclenchiez.

Vous aurez remarqué la griffe porte flash, ou porte accessoire. Celle-ci n’est pas synchronisée. Il y a une prise PC sur le fut de l’obturateur, avec deux position X ou M. Position que l’on sélectionne avec un petit levier vert.

Manifestement, la hantise de l’époque, c’était les doubles expositions : ici aussi, il y a un mécanisme qui empêche celle-ci de se produire. Lorsque vous avez déclenché, même si vous armez l’obturateur, il est impossible de déclencher une seconde fois par inadvertance, sauf si vous avez fait tourner la bobine du film. Vous entendrez d’ailleurs un discret « clic » lorsque vous tournez celle-ci. Ce « clic » intervient au trois quart d’un tour complet. Ce qui n’est pas assez pour passer à l’image suivante « complète » et trop pour faire une surexposition de son image précédente.

Puisque je cite le film qui avance dans la chambre au fil de vos prises de vue, le compteur de celles-ci est rudimentaire : c’est par la fenêtre en rouge inactinique, au dos de l’appareil, que vous verrez les chiffres passer. Ah, et un conseil, refermez toujours bien le petit volet qui protège cette fenêtre, avec la tirette située en dessous.

Visiblement, l’autre gros soucis de l’époque, c’était le chargement du film. Ici, pour vous simplifier la chose, les deux bobines (celle contenant le film et celle qui le recevra) sont enveloppés dans un « box » rond monté sur charnière. De plus, la plaque de pression, plus grande que la taille du film, assure sa planéité tout au long des prises de vue.

Vous avez peut-être pu noter aussi que la bobine qui sert à enrouler le film porte un aide-mémoire pour la sensibilité du film. Celle-ci est exprimée en Asa/Din et s’échelonne de 25 à 200 Asa (14 à 23 Din). Vous actionnez le petit plateau avec les deux minuscules bouton rivés dessus.

Avez-vous remarqué le petit trou, derrière le déclencheur ? Il vous indique si l’appareil est armé et prêt à prendre une photo (un petit rond rouge apparait alors). Pratique si vous avez armé l’appareil celui-ci étant fermé. Vous savez que vous devrez armer le déclencheur pour prendre la photo.

Pour ouvrir le dos de l’appareil, il suffit de faire glisser le bouton du verrou dans le sens indiqué par la flèche.

Les vitesses se règlent avec la couronne autour de l’objectif et l’ouverture avec la tirette qui court sur le côté.

Ce Franka Solida IIIl daterait de 1957 et je dois avouer qu’il est en très bon état et fonctionnel. J’ai même la chance d’avoir la sangle de portage qui oblige à le tenir verticalement.

Ce qui, tout compte fait est logique puisque l’appareil s’ouvre verticalement.

Mais c’est aussi là un paradoxe me semble-t-il car le viseur étant où il est, il est plus naturel de le tenir horizontalement. Dès lors, lorsque vous ouvrez la porte, celle-ci vient se placer à votre droite, ce qui complique un peu la tenue en main. C’est une question d’habitude finalement.

Source : Butkus. Vous remarquez que ce Solida III L est équipé d’un Prontor SVS dont la vitesse maximale est le 1/250s. Celui que je vous présente possède un Synchro-Compur qui va jusqu’au 1/500s

Alors, que penser de cet appareil ?

Moins somptueux qu’un Voigtländer ou un Zeiss Ikon, il est aussi plus abordable. Son optique et son obturateur étaient considérés comme des entrées de gamme chez les deux précités, ce qui n’était déjà pas si mal.

Donc, si vous avez la chance d’en trouver un en bon état, ne le boudez pas, il en vaut la peine et vous donnera pleinement satisfaction.

Un moyen élégant et original d’entrer dans le monde du 6×6 à prix doux.

Le graal serait de trouver un Solida III EL, c-à-d avec télémètre et une cellule, non couplés. Mais ceux-là sont rares.

Si vous voulez une idée de prix, pour un exemplaire en très bon état, comptez dans les 75€.

Pour avoir une idée des photos réalisées avec cet appareil, c’est par ICI.

Pour le mode d’emploi, un petit tour par LA.

Petites videos explicatives :

Des références : https://mattsclassiccameras.com/folding-cameras/franka-solida-iii/, https://retro-pixel.com/the-franka-solida-iii-a-medium-format-folding-camera/, https://oldcamera.blog/2011/12/09/franka-solida-iii-camera/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Franka_Solida, http://www.jnoir.eu/en/cameras/franka/solida/, https://blog.bkspicture.com/review_Franka_Solida_III.html, https://collectiblend.com/Cameras/Franka-Werke/ en anglais; http://www.kameramuseum.net/0-fotokameras/franka/solida/franka-solida-3.html, https://bleckedermoor.de/fotomuseum/frankasolida3.htm (si vous voulez le démonter), en allemand; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-5635-Franka_Solida.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-5636-Franka_Solida%20III%20E.html, https://www.philcameras.be/franka/ en français