Argentique

Trop beau pour être vrai, le Halina A1 ?

Préambule

Voici donc le second appareil de la brocante de Braine-le-Château, sorti de la poussière comme le Yashica FX-D dont l’article est paru sous peu.

Hormis donc qu’il a fallu bien nettoyer intérieur et extérieur, son revêtement était partout décollé. Alors, comme pour le Yashica, j’ai puissé dans mon stock de feuilles de cuir pour le rhabiller. Comme j’avais lu en diagonale les articles qui ont servi à écrire celui-ci, je pense que le côté chic ostentatoire va lui aller comme un gant.

Cutter, ciseaux, colle et beaucoup de patience pour en venir à bout car, en passant, j’en ai profité pour refaire aussi la carrosserie rouillée et les chromes. Et quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’un film était encore présent dans la chambre, arrêté à la photo 7. Un film a terminer donc, pour le fun.

Mais voyons voir de quoi il retourne avec cet appareil : son plumage vaut-il son ramage ?

Un peu d’histoire

Dans un article sur le Haking Compact-SC, j’ai déjà, rapidement abordé l’histoire de cette marque. Je vais y revenir un peu plus profondément car c’est une marque que l’on disqualifie souvent, considérant qu’elle n’est que du rebadging d’autres marques et qu’elle n’a écoulé que des appareils de piètre qualité. La réalité est un peu différente, vous allez voir …

Le début d’une longue histoire.

L’histoire débute au Siam (actuelle Thaïlande) où Wong Suen Chung (1872 – 1930) , le père de notre héro du jour, âgé de dix-huit ans, né dans une famille pauvre d’agriculteur chinois, s’y est installé pour rejoindre son oncle et y apprendre le métier de charpentier pendant trois ans. Il se fera connaître dans le quartier chinois de Bangkok en tant que maître artisan. Il y construit un bâtiment en bois de six étages, un exploit qui attire l’attention du roi du Siam.

Invité au palais royal, il réussit à réparer une porte que personne ne parvenait à réparer, ce qui entrainera d’autres commandes royales, de mobilier, un pavillon chinois, des murs du Palais d’Eté d’Ayutthaya, notamment. En remerciement de ses contributions, le roi du Siam lui décerne l’Ordre du Mérite de Première Classe.

Wong Suen Chung, le père de Haking Wong

Un personnage charismatique et visionnaire, le début de la légende

Huang Zuyi (1906 -1996) est né à Hong-Kong et hormis l’époque de l’invasion japonaise de la Chine et de la seconde guerre mondiale, il a toujours vécu dans la colonie britannique.

A quatre ans, il déménage dans le quartier chinois de Bangkok. A dix-sept ans, il épouse sa première femme et refuse le nom de Wong Chiu Wan, attribué par sa famille et choisi Haking Wong, qui signifie triompher de l’adversité, tout un programme.

En 1923, il est admis au collège St Stephen où il se fait remarquer par ses notes, son leadership et sons sens des responsabilités sociales. Alors qu’il est encore étudiant, il fonde la St. Stephen’s Free School à Sheung Wan et Sai Ying Pun (1924), qui offre des programmes d’éducation aux milieux défavorisés.

L’entrepreneuriat dans le sang

A l’obtention de son diplôme, il retourne à Bangkok avec son épouse pour aider à gérer la quincaillerie familiale. Cependant, il veut trouver sa propre voie et retourne à Hong Kong pour tester divers secteurs comme la fabrication de pneus de vélo et la confiserie. Puis, ayant remarqué la croissance des activités de constructions et réparations navales, il saisi cette opportunité et, avec un ami sorti lui aussi du St Stephen’s Collège et la Peninsula Dockyard Company, il se lance dans ces activités.

Hélas, deux ans plus tard, il doit abandonner, c’est un échec commercial. Cette expérience va renforcer sa détermination et sa résilience. Il reprend un emploi de salarié, le temps de retrouver uns stabilité financière et réfléchir à son avenir.

Il rejoint Hong Kong et le Rubber Manufactory Limited, un producteur de chaussures en caoutchouc et des bottes Wellington. Son ascension est rapide et il est nommé directeur général n 1928.

Ses résultats de vente de chaussures de sport et de bottes font qu’il sera surnommé le Roi de la chaussure de sport.

Il introduit des réformes dans la gestion de la production et renforce le contrôle qualité, tout en mettant fermement en avant le confort de ses salariés avec, par exemple, des examens médicaux obligatoires, l’organisation des consultations sur site. Il met en place des fonds dédiés pour soutenir le personnel en cas de besoin.

Comment passer de Roi de la brosse à dents à la photographie

Passe par là la Seconde Guerre Mondiale. En 1947, il co fonde la W. Haking & Company Limited, qui importe des produits occidentaux dont des machines à se brosser les dents !

Madame Chan Chiu Kam, alias Pauline Chan rejoint l’entreprise en tant que secrétaire. Elle devient rapidement directrice commerciale. Avec elle et Wong Chiu Lee (le frère ainé de Wong), ils fondent la W. Haking Industries Brushworks Limited et se lancent dans la fabrication de brosses à dent. Elle devient la plus grosse entreprise dans le domaine en Extrême Orient, ce qui valut le surnom de Roi des brosses à dents à Haking Wong.

Mais ce secteur devint très concurrentiel et comme les marges diminuaient, il cherche d’autres débouchés. C’est la rencontre fortuite avec un Kodak Brownie qui lui ouvrira de nouveaux horizons. Pour Haking Wong, l’appareil photo ne devait pas être un bien de luxe mais un outil pratique pour préserver l’histoire, notamment celle des familles et des jeunes générations.

Son credo sera de développer des appareils légers qui allient performances et prix abordables. Grâce à ses réseaux, il s’équipe de machines pour la production d’appareils photo au Japon et engage un ingénieur nippon pour la partie optique. Il fonde alors la W. Haking Industries Mechanics and Optics Limited, posant ainsi les bases de la fabrication d’appareils photo à Hong Kong.

Les défis techniques n’ont pas manqué, ni le scepticisme du marché lors de la présentation de ses produits dans les foires internationales. Il s’est accroché, en puisant dans les bénéfices générés par les brosses à dents.

Mais ces ressources n’étaient pas inépuisables, alors il s’est posé un ultimatum : si l’entreprise des appareils photo n’était pas rentable en 1959, il jetait le gant.

Une ascension bien pensée

Proche de la fermeture, lors d’un salon commercial en Angleterre, Wong réussi a obtenir un distributeur pour ses appareils photo, J.J.Silber Limited. Et dans un Royaume-Uni d’après guerre, encore soumis aux restrictions d’importation, ce qui limitait le choix des consommateurs, le modèle qui nous occupe aujourd’hui, le Halina A1, d’un prix très compétitif, a trouvé là un marché de choix. Fabriqué à Hong Kong, toujours sous protectorat anglais, et marqué comme Empire Made, l’appareil a bénéficié d’un avantage commercial intéressant.

Le Halina A1 a donc rapidement gagné de la popularité et un second modèle, le Halina 35X (film 35mm) élargit encore le marché, en rendant le format accessible à un plus large public. Haking Wong popularise la photographie en Angleterre, à tel point que certains le compare à Henry Ford car il a transformé un produit spécialisé en une marchandise grand public.

Dans le partenariat au sein de l’entreprise, chacun a ses responsabilités, clairement définies : Haking Wong s’occupe de la fabrication et du développement technologique ; Pauline Chan dirige les opérations commerciales internationales et les négociations. Avec ce duo, l’entreprise se développe rapidement.

Eastman Kodak devient leur plus grand client car il utilise les appareils de Wong pour augmenter la consommation de pellicule au niveau mondial.

Diversifiant encore ses activités, il s’est lancé dans la fabrication de jumelles, qui générait de fortes marges. Sa stratégie d’intégration verticale lui assurait des avantages en terme de coûts et de qualité : tous les composants, des lentilles aux plus petits ressorts, tout était fabriqué en interne. Associé à sa vision stratégique de conception assistée par ordinateur, qui améliorait la précision et donc la production et le temps de mise sur le marché, il gagne son pari.

A tel point que l’association japonaise des fabricants de jumelles lui a demandé de ne pas pratiquer des prix trop bas !

Dès les années septante, la W. Haking a adopté un modèle de double production : 80% de production d’équipements d’origine et 20% sous la marque Halina. Des entreprises comme Kodak, Fujifilm, Ricoh, Nikon, Polaroid, Agfa se fournissaient chez eux pour des produits optiques.

A son apogée, la firme produisait quotidiennement plus de 30.000 appareils photo et 6000 jumelles. Elle était la plus grande productrice mondiale de jumelles et l’une des plus grandes en instruments optiques.

Le roi de la brosse à dents devenait le père de l’optique !

Une conscience sociale et une éthique de travail

J’ai déjà signalé plus haut la préoccupation de Haking Wong vis-à-vis de son personnel, dont il plaçait le bien-être au centre de sa stratégie d’entreprise durable. C’est ainsi qu’en 1963 il inaugure à Quarry Bay (le district résidentiel et commercial de Hong Kong) le Haking Building. Un complexe qui prévoyait des installations de production avec des logements pour le personnel, avec des loyers abordables, un environnement de vie stable et accueillant. Ce qui a permis aux employés de s’installer en toute sécurité et de rester dans l’entreprise jusqu’à leur pension. De nombreux enfants ayant vécu dans cette communauté ont pu faire des études et sont devenus médecins, ingénieurs, enseignants, etc. contribuant à leur tour à la société, au sens large cette fois.

Cérémonie d’inauguration du bâtiment Haking en 1963. Loyauté, Pardon, Détermination et Patience étaient gravés sur la première pierre

Ce que d’aucuns appelleront sans doute paternalisme était peut-être une bonne idée, qui profitait à tous et respectait le personnel.

Education et philanthropie

Si le but de Haking Wong était de réussir dans les affaires, il estimait que les richesses devaient être redistribuées à la société citoyenne.

Il a ainsi consacré une énergie considérable au service public et s’est engagé dans la philanthropie utile : dès 1930, il a œuvré au sein d’un groupe d’hôpitaux et à soutenu des initiatives de bien-être social. Il s’est aussi engagé dans l’éducation professionnelle et technique, en encourageant la création d’institution pour former les talents du secteur manufacturier alors en plein essor à Hong Kong. Ce seront les bases de l’Université Polytechnique de Hong Kong.

Il a financé la création de l’Institut technique Haking Wong et celle du bâtiment du même nom à l’Université de Hong Kong, devenant l’un des plus importants bienfaiteurs de l’établissement. Sa co-équipière, Pauline Chan a aussi fait des dons importants la Faculté de médecine.

Vers la fin de sa vie, Haking Wong a encore investi dans sa ville natale, Xinhui. Il y a soutenu la construction d’écoles, de ponts, du système d’approvisionnement en eau, l’installation d’une fabrique d’optique. Il a ainsi contribué au développement local et à la modernisation de la population. Il sera fait citoyen d’honneur.

Cérémonie d’ouverture du pont Wong Chung Suen, Xinhui, le 26 décembre 1992

Une légende est née

Le Docteur Haking Wong occupe une place singulière dans l’histoire de Hong Kong. Il a donné un exemple rare de la manière dont le succès personnel peut rejaillir sur la société lorsque l’on assume sa responsabilité sociale. Entrepreneur, industriel, passeur d’idées et de valeurs, philanthrope, il laisse un héritage riche dans la société hong kongaise.

L’emblème de l’entreprise est une couronne et elle incarne la philosophie et l’identité de Wong : elle est formée à partir des initiales W et H ; la partie basse du H est sensé ressembler à un objectif et à un faisceau de lumière qui le pénètre. Une allégorie de la réputation du Père de l’optique.

Lorsqu’il s’est diversifié dans l’optique et les appareils photo, il avait plus de 50 ans. Grâce à ses innovations, il a amélioré les obturateurs, les prismes et le revêtement des lentilles. Il a détrôné les Allemands et les Japonais du secteur des jumelles et de l’optique.

Son credo était de produire des appareils simples, qui remplissent correctement ce pour quoi ils avaient été fabriqué, sans fioritures mais avec quelques trouvailles, plus dictées par un besoin de rentabilité que d’innovation à tout crin. Des appareils photo vendus à un juste prix, qui ont fait le bonheur de pas mal d’amateurs, un peu partout dans le monde.

Il méritait bien, outre ses titres honorifiques officiels, d’être reconnu le Roi de l’optique.

Haking Wong

Un peu de vie privée

Si le nom de l’entreprise porte le même nom que celui de son fondateur, tout comme ses produits, les premiers appareils photos se sont appelés Paulette, dérivé de Pauline Chan, son associée et co-fondatrice (1957) de l’entreprise.

Haking Wong s’est vu attribué nombre de titres honorifiques. Il fut notamment Docteur Honiris Causa de l’Université de Hong Kong (1980) et il reçut l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) en 1968 , tout comme il sera nommé membre de la Cour universitaire en décembre 1978.

Plusieurs bâtiments portent son nom, car il les a financés : la création de l’Institut technique Haking Wong et du bâtiment Haking Wong à l’Université de Hong Kong, pour le département d’ingénierie, qui sera officiellement inauguré le 6 octobre 1983. Outre à Hong Kong, Haking Wong a également investi dans la construction du pont Haking Wong à Xinhui (1992). 

Il fut président honoraire de l’Association des fabricants chinois et membre du comité des fondateurs de la Fédération des industries de Hong Kong qui est devenue l’organisation représentant les industries à Hong Kong.

Si vous vous en souvenez, il s’est marié jeune (17 ans). De fait, il se convolera trois fois et eut onze enfants.

Bien que le nom de Haking Wong est indissociable de Hong Kong, malheureusement sa descendance ne se montrera pas digne de lui. Plusieurs procès ont eu lieu en raison de conflits financiers. En 2000, trois de ses fils ont demandé la liquidation de sa fondation, ce qui a conduit l’entreprise à s’exiler en Chine. Enfin, en 2002, la Titan Continental Ltd a racheté plus de 70% des parts de la fondation et à viré les descendants de la famille du conseil d’administration.

Triste sort …

Présentation du Haking A1

Le Halina A1 est donc un vrai TLR (double optiques), en métal, produit par Halina, la branche photographique de la Hanking Wong, au début des années soixante.

La coque est faite en tôle d’acier pliée et elle est commune à d’autres modèles de la marque (Halina Prefect, Kinoflex, Star-Lite, Sunscop, Votar Flex, Wales Reflex). Il semble que ce soit une copie assez proche du Ricohflex Model VI.

S’il en reprend l’architecture, il est néanmoins un (bon) cran en dessous du Ricohflex au niveau qualité. Mais c’est un vrai TRL (Twin Lens Reflex) avec son tunnel de visée qui s’ouvre et se referme automatiquement, son verre dépoli, une loupe pour affiner la mise au point.

Les vitesses sont limitées : 1/25 – 1/50 -1/100s et pose B. Elles se règlent avec une roue dentée chromée, située sous celle du réglage de la distance. Une prise PC permet de connecter un flash, synchronisé à toutes les vitesses.

L’obturateur est maison, à deux lames. Il ne provoque pas de vibrations, ce qui est avantageux.

L’ouverture se règle, elle, via un curseur qui tourne sur un quart de cercle gradué de f3,5 à f22.

L’armement est très court : il faut remonter le levier vers le haut, entendre le discret clac de l’armement puis abaisser le même levier pour déclencher. A noter que l’on peut aussi fixer un câble de commande.

L’avance du film se fait à l’aide du gros bouton sur la droite. Attention, il n’arme pas l’obturateur, il fait juste avancer la pellicule. Pas de compteur de vue, il faut regarder par la fenêtre en rouge inactinique, avec un volet, située sur le dos du boitier.

Pour ouvrir ce dernier, il faut faire tourner le verrou qui est en dessous et faire pivoter le dos vers le haut. Remarquez les deux petits pieds sous l’appareil, qui assurent son maintien sur surface plane. Ceci étant, comme il y a encore un film (à la 7ème image) dans l’exemplaire que je vous montre, je l’ai ouvert pas mégarde lorsque j’ai démonté le tunnel de visée pour le nettoyer, y compris le verre dépoli. Je l’ai refermé bien vite et avec un (tout petit) peu de chance, je pourrai faire développer le film. Ensuite, le dos fait des bruits étranges lorsqu’on manipule le boitier. J’imagine qu’il peut y avoir des fuites de lumière.

Ce qui saute aux yeux, c’est les chromes de la face : le cadre et les optiques. c’est assez heu … clinquant.

Les optiques sont aussi maison : celle du viseur (au dessus) est un 80mm ouvrant à f3,5 et celle du dessous (pour la prise de vue) un Halina Anastigmat de 80mm ouvrant aussi à f3,5.

Sous ces dehors chics, le reste est un peu léger : tout le revêtement se décolle et je l’ai donc remplacé par du vrai cuir gris. A certains endroits, la peinture est attaquée par la rouille. Je vais donc procéder à un ponçage partiel pour remettre de la peinture noire aux endroits nettoyés.

Mais, me direz-vous, pourquoi cet appareil a-t-il suscité tant d’achats ? Des années cinquante à la fin des années septante, les TLR étaient vus comme des appareils de qualité supérieure, tirés notamment par la réputation des Rolleiflex allemands, voire des Yashica Mat, des Minolta japonais, des Semflex français, par exemple. La taille de leurs négatifs n’y étant pas étrangère car elle autorisait plein de détails dans la prise de vue. Son argument de poids étant, bien entendu , son prix de vente !

Que penser de cet appareil ?

Honnêtement, par rapport un Lubitel 2 en bakélite, il n’est pas mal. Mais, à mon humble avis, il est trop limité au niveau des vitesses. Les autres TLR de l’époque proposaient souvent à minima le 1/300s, voire aussi un minuteur. Il est vrai que dans les années soixante, les films étaient plus lent, mais quand même …

Plusieurs auteurs signalent que l’optique n’est pas terrible, pourtant les quelques photos que j’ai pu voir ne sont pas si mal que ça. Certes, on est loin du piqué des Rolleiflex, mais on en a pour son argent.

Pour tenter de vous en convaincre, voyez sur le site de Lomography les photos réalisées avec cet Halina A1

Toujours au sujet des optiques, elle semblent être sujette au champignons, mais cela se nettoie assez facilement.

La construction est légère et le revêtement une catastrophe mais ce n’est pas ça qui fait les photos. Il faut plutôt prévoir de refaire un joint à la porte arrière pour éviter les fuites de lumière et, éventuellement, refaire la tapisserie.

Alors, que penser de cet Halina A1 ? Le prix d’achat est souvent à la hauteur de son état cosmétique, c’est-à-dire peu cher (de 20 à 40€). Une façon économique de rentrer dans le club des TLR par la petite porte, pour vérifier si cela vous plait et avoir encore assez de sous pour vous payer quelques bobines.

Tout n’est pas a jeter dans cet appareil, le système d’ouverture et fermeture du tunnel de visée est un modèle du genre, tout comme la position de la (grande) loupe.

Le mieux étant encore, si vous en trouvez un, de l’essayer par vous-même.

Qu’en pensez-vous ?

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Type : Appareil photo reflex à double objectif pour film 120
Fabricant : Haking
Année de lancement : 1957
Film : rouleaux de film type 120
Objectifs : Halina Anastigmat de 80mm ouvrant à f3.5
Obturateur : obturateur à deux lames avec vitesses B, 1/25, 1/50 et 1/100 sec., sélectionnable avec la molette autour de l’objectif
Armement : déplacer un peu le levier de déclenchement vers le haut
Ouverture : levier sous l’objectif, f3,5 à f22 sélectionnable
Mise au point : utilisation de l’une des roues dentées qui synchronisent le viseur et la mise au point de l’appareil photo comme molette
Viseur : viseur TLR pliable avec écran en verre dépoli, et loupe articulée pour usage optionnel
Avance de film : bouton, fenêtres de comptage d’exposition fermées à l’arrière
Accessoire : étui en cuir possède deux languettes en tôle pour fixer l’appareil photo
Remarque : le volet de la fenêtre en rouge inactinique porte l’empreinte Made Empire (= Hong Kong britannique)
Connecteur 1 : filetage de connexion pour déclencheur à distance
Connecteur 2 : connecteur flash
Connecteur 3 : filetage de connexion pour trépied

Des références

https://www.analogcams.com/cameras/a0cf85bf, https://camera-wiki.org/wiki/Halina_A1, https://licm.org.uk/livingImage/Halina_AI.html, https://foxesden.blog/2023/08/11/halina-a1-reflex-test-roll-its-foggy-out/, https://www.photo.net/forums/topic/326162-images-from-halina-a1-tlr/ (pour voir des images réalisées avec cet appareil), https://sites.google.com/bigcellence.com/hw120/panel-1, https://camera-wiki.org/wiki/Haking, en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2756-Haking_Halina%20A1.html, en français

Argentique

Imaginez un Week End en bord de Seine (ou de Senne)

Préambule

Celui-ci, je l’avais trouvé l’an passé, sur la brocante d’Hanzinelle.

J’ai hésité car les Box sont souvent très limités et tout aussi souvent dans un état proche de la déchetterie.

Mais voilà, celui-ci est tout revêtu d’un beau cuir bordeaux, à peine griffé par un usage sans doute précautionneux.

Puis, et vous comprendrez alors mon jeu de mot sur la Seine (Paris) et la Senne (Bruxelles), cet appareil est français.

Un peu d’histoire

Vu la forme de l’engin, on pourrait croire que cet appareil date du début du siècle précédant (le premier Box Kodak date de 1888). Eh bien non, il date de la fin des années quarante.

En 1947, un Monsieur Goldstein, dont on ne trouve pas de traces ailleurs, fonde la société Goldy à Paris.

Logo de la caméra Box Goldy, fabriqué à Paris, France.

A l’origine, ses activités sont diverses et variées : vente de produits liés à l’imprimerie, le matériel de bureau, le papier ; de matériel lié à l’électricité ; à l’optique ; des articles liés à l’art, la lithographie, la peinture, la photographie ; le cinématographe, le phonographe, la photographie ; des articles publicitaires …. et un raton laveur !

Finalement il semble que l’entreprise fabrique essentiellement des box en carton, dans un premier temps. De toutes les couleurs, grâce au revêtement en papier, voire en cuir. Ce seront les Spring, Superas, Week-End , Racing, Kid, Touring, etc.

Puis vient le métal, dès 1948, mais le plus souvent sous la forme connue d’une boite rectangulaire, celle des box. Il y aura le Starmétal, qui sera uniquement livrable en couleur marron peinte et non gainé. Ensuite, il sera suivi en 1949 par le Fotobox . Lui sera un peu différent, avec une forme qui n’est pas s’en rappeler celle du Gevabox

Si cet appareil innove un peu, par exemple en couplant l’armement à l’avance du film, ce qui évite les superpositions involontaires, il ne sera pas au point et assez vite abandonné au profit du Metabox, qui reprend l’essentiel de son prédécesseur, la fiabilité en plus et, surtout, un prix très bas qui lui procurera quelques beaux succès de vente.

Au début des années cinquante, retour à un appareil en forme de box, le Monococ, réalisé en aluminium embouti avec un gainage uniquement en noir. Mais il gagne une synchronisation du flash et un écrou pour le fixer su un trépied.

Publicité ancienne pour des appareils photo, incluant les modèles Super-Fex, Box Goldy, Midelly et Lumière, avec descriptions et prix.
Publicité Photo Plait de 1950

Enfin, début 1960, la marque aurait fabriqué un appareil en bakélite, un compact simplissime qui répond au nom de Marly. Assez semblable au Flex, dans la forme et l’esprit.

Le prix modiques des appareils Goldy font qu’ils ont été soit repris comme appareils publicitaires pour des marques telles que le chocolat Lanvin (les enfants qui avaient gagnés assez de points en mangeant le chocolat recevaient un appareil), les caves Sainte-Marguerite (vin de table), Delespaul (encore du chocolat). Ils seront encore présentés sous d’autres enseignes, agissant alors en produit blanc pour Manufrance, Coronet, Phot Office (une entreprise qui vendait des produits photographiques en pharmacie et dont les représentants offraient des appareils photo aux – sans doute – meilleurs vendeurs).

Les rares documents explicatifs de la société montre souvent de petits elfes qui expliquent simplement comment estimer une distance, entretenir son appareil, comment le charger, … ce qui devait enthousiasmer les enfants.

Puis la marque disparait vers la moitié des années soixante, discrètement.

Je vous encourage à découvrir les sites de Collection-appareils et Fotofex, une mine de renseignements sur les différents modèles et qui illustre clairement comment faire du neuf avec toujours le même concept : il suffit de changer de nom, de couleurs et de saupoudrer de quelques nouveautés !

La simplicité de ces appareils dans les années cinquante et soixante, en plein moment d’efforts et de recherches chez d’autres fabricants, explique sans doute pourquoi la marque n’a pas survécu. Elle me rappelle la sage des Diana, in fine mais elle n’a pas eut la chance de se retrouver chez Lomography.

Ses prix modiques et sa simplicité ne l’ont pas empêchée d’être exportée, notamment au Royaume Uni.

Et puis, soyons de bon compte : d’autres marques ont agit de la même façon et on se rappelle les box Kodak, Agfa, Coronet, Zeiss Ikon, Altissa, GAP, …

Ce qui marquera la fin de ces appareils, au seuil des années soixante, c’est un autre appareil, tout aussi simple mais plus moderne : le Kodak Instamatic. On connait la suite …

Présentation du Week End par Goldy

Comme je l’écrivais en préambule, c’est le beau cuir bordeaux qui m’a attiré vers cet appareil et, sur le côté, quelques leviers et tirettes qui me faisaient penser au Brownie Six-20.

Mais commençons par le début : c’est donc un box de forme rectangulaire, en carton revêtu de cuir bordeaux. Sur le dessus, il devait y avoir une lanière soit en plastique soit en carton revêtu mais fragile. Ici, elle a disparu.

Deux viseurs bombés, l’un sur le dessus et l’autre sur le côté permettent de voir (enfin, c’est un bien grand mot !) à travers deux petits ronds en verre collés sur la face avant.

Sur la droite, une manivelle en ferraille pour faire avancer le film et sur laquelle il faut tirer pour ouvrir l’appareil et charger le nouveau film. Soyons précis, il faut d’abord faire pivoter les deux crochets sur les côté puis tirer sur la manivelle avant de tirer vers l’avant la face de l’appareil et dégager ainsi le corps de la chambre, noir et fixé à la face.

Le film utilisé est du 620, pour des images en 6x9cm que l’on utilisait souvent par simple tirage contact.

Sur le devant, un rond en métal reprend le nom de l’appareil, WEEK END et précise en com et pouces qu’il s’agit d’un 6×9, ensuite qu’il est équipé d’un ménisque, sans autre précision (focale, ouverture ?) et qu’il est précisé qu’il est Made in France.

Appareil photo vintage en cuir bordeaux avec un objectif Meniscus, modèle Week End, fabriqué en France.

A l’arrière, il y a une seule fenêtre en rouge inactinique qui sert de compteur de vue

Un carnet en cuir brun, présentant des signes d'usure, positionné entre deux enveloppes blanches.

En enfin, sur le côté droit, une plaquette métallique avec 3 tirettes et le déclencheur. La tirette du haut fait apparaître un filtre jaune derrière l’objectif ; celle juste en dessous permet de jouer sur l’ouverture du diaphragme (heu … deux positions indéterminées) : celle du bas permet de bloquer l’obturateur en position ouverte tant que vous gardez le doigt sur le déclencheur.

Appareil photo vintage avec un boîtier en cuir marron et des boutons sur le côté.

Déclencheur qui possède un ressort de rappel pour revenir à sa position initiale. L’obturateur est rotatif, métallique, à une vitesse unique, mais laquelle ?

Pour ouvrir la boite, il suffit de relever les deux crochets qui sont sur le côté et de tirer sur la face avant, ce qui dégage la chambre entière.

Et c’est tout !

Avouons que pour les années cinquante, voire soixante, c’est un minimal syndical difficile à défendre ! Mais ces appareils gardaient leurs adeptes, qui détestait à n’en pas douter tout signe de modernité…

Que penser de cet appareil ?

Hormis son cuir élégant, c’est de fait un appareil simplissime.

Tout en carton, il est difficile voire impossible de le désassembler sans le détruire car tout est collé. Impossible donc de nettoyer les verres de visées, les miroirs de renvoi et le mécanisme de prise de vue. La médiocre qualité des métaux font qu’ils rouillent très vite et que leur maniement est parfois difficile (les tirettes sont collées par la rouille). .

De plus, la bobine de 620, qu’on ne trouve plus ou qui nécessite de modifier une bobine de 120, le rend peu intéressant à utiliser.

Reste que c’est un bel objet. Si vous avez été voir les sites recommandés plus haut, ces Goldy sont même collectionnables pour la richesse de leurs différences.

Pour moi, il reste un bel objet décoratif mais à l’histoire intéressante.

Qu’en pensez-vous ?

Vidéo d’illustration

Remarquez qu’au début de la vidéo, la face avant est montée à l’envers !

Un peu de technique

En l’absence d’informations, je ne pourrais émettre que des suppositions, en regard d’autres produits similaires, aussi vous recommanderais-je d’aller voir les Kodak Brownie Six-20 sur le site.

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2647-Goldstein_Week%20End.html, http://glangl1.free.fr/Liste-Goldstein.html, https://stereoantica.com/week-end-metallique/, https://collectionappareilsphotos.wordpress.com/2017/06/16/goldstein-goldy/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Goldy, en français ; https://www.fotofex.fr/post/goldy-prototype-parts-for-6×9-box-camera (pour y voir toutes les couleurs des Goldy), en anglais

Argentique

Un moyen format un peu délaissé, et c’est une erreur : le Zenza Bronica S2

Préambule

Encore un moyen format de poids que ce Zenza Bronica S2 et un très bel objet, d’une époque où l’on fabriquait pour que cela dure, longtemps. D’autant qu’ici il n’y a pas d’électricité (pile) ni électronique, juste de la mécanique de précision, pensée par un homme féru de technique fine et d’innovation.

Celui-ci aussi, cela fait un moment que je devais vous le présenter. Cependant, comme il est assez proche d’un exemplaire que je vous ai déjà démontré, j’ai un peu attendu.

Vous souvenez-vous du Zenza Bronica S2A ? Celui du jour est son prédécesseur …

Un peu d’histoire

Au sortir de la seconde guerre mondiale, Monsieur Zenzaburo Yoshino, qui fabriquait alors des objets personnels de luxe (briquets, montres, étuis à cigarettes, etc.), décide de construire un appareil photo qu’il espère parfait.

Ses parents, marchands de riz, l’ont vu grandir avec cette prédestination pour la technique et une certaine obstination pour arriver à ses fins. En effet, c’est pour financer ses idées qu’il construit, en 1947, Shinkodo Works. Grâce à ses contacts avec les objets de luxe de l’époque, il côtoie les Leica, Rolleiflex et Contax. Et il se sent frustré car même ces appareils ont des limites qu’aucun d’entre eux ne parvient à dépasser. Son rêve est alors de fabriquer un appareil qui allie les qualités de ceux-là, sans leurs défauts et limites.

C’est ainsi qu’il pense à un appareil modulaire, pouvant répondre aux besoins spécifiques de chaque photographe et pour le construire, il s’inspire du Hasselblad, un réflex mono-objectif à optiques interchangeables de précision.

Son prototype s’appelle Yoshino Flex. Il sera produit par Shinkodo Works en 1956, entièrement construit à la main. Au fil du temps et des améliorations de ce prototype, en octobre 1958, nait le Zenza Bronica, un nom latinisé que l’on pourrait traduire par le Bronica Z avec des films en rouleaux (Zen-za).

Cet appareil est présenté au Philadelphia Camera Show en mars 1959 et il est d’emblée reconnu comme un appareil techniquement supérieur à ce qui existe alors.

Toujours en quête de perfection, Zenzaburo Yoshina fait évoluer l’appareil qui devient le Bronica D (pour Deluxe).

Dans un premier temps, les optiques fournies avec les appareils proviennent de chez Nikon (Nikkor). Ensuite, Bronica fabriquera ses propres optiques de qualité et il se fournira chez Seiko pour ses obturateurs.

Si les coûts de développement des appareils ont couté une fortune, ils ont permis le dépôt d’un portefeuille impressionnant de brevets internationaux (voir exemple chez Collection-appareils).

Les premiers boitiers (6×6) possèdent un obturateur plan focal ( du S au EC-TL II), les suivants voient le remplacement de cet obturateur par un obturateur central (des ETR en 4,5 x6, aux SQ redevenus 6×6) et propose toujours l’interchangeabilité des objectifs et des magasins.

Petit résumé des modèles :

  • Bronica Z (Zen -za), mars 1959 et rebaptisé Bronica D (Deluxe) en décembre 1959. Fin en mars 1961
  • Bronica S (Standard), avril 1961 – avril 1965
  • Bronica C (Compact), décembre 1964 – mai 1965
  • Bronica C2, mai 1965 – septembre 1972
  • Bronica S2, juillet 1965 – S2A 1969) – S2A de type 2 (1972 – 1977)
  • Bronica EC (contrôle électrique), avril 1972 – décembre 1978
  • Bronica EC-TL (Electrical Control with Through-the-Lens), juin 1975, EC-TL II (1978 – 1980)

Ces appareils étaient donc des 6×6. Quelques uns ont proposé des premières mondiales, comme le Bronica EC, premier réflex à obturateur à plan focal électrique, ou l’EC-TL, premier boitier de moyen format avec exposition automatique prioritaire à l’ouverture (AE).

Ensuite, la série des 4,5 x 6 des ETR :

  • ETR : mars 1976 – mars 1980. ETR était un acronyme pour Electronic TTL-metering Reflex.
  • ETR-C : novembre 1977 – décembre 1980. Identique au modèle ETR, sauf que le dos n’est pas interchangeable
  • ETRS : octobre 1978. Version améliorée de l’ETR avec un contact supplémentaire pour prendre en charge le mode d’auto-exposition avec le viseur à prisme et cellule AE-II et plus tard AE-III.
  • ETRS bis : évolution du précédant en juillet 1982 – septembre 1989. Cette version est en plastique (en fait du polycarbonate pour les panneaux latéraux et le magasin).
  • ETRC : octobre 1978 – octobre 1980. Identique au modèle ETRS, si ce n’est que le magasin de film ne peut être enlevé du dos interchangeable
  • ETRSi : décembre 1988 – décembre 2004. Version améliorée de l’ETRS avec capacité de verrouillage du miroir, exposition flash TTL-OTF.

Puis la série SQ, qui revient au format 6×6 :

  • SQ : août 1980 – septembre 1984. Remplaçant et successeur des caméras classiques qui n’utilise plus les lentilles Nikkor et possède un obturateur à feuilles .
  • SQ-A : janvier 1982 – décembre 1991
  • SQ-Am : août 1982 – mars 1991.
  • SQ-Ai : décembre 1990 – décembre 2003. Ajout d’une carte de circuit imprimé qui nécessitait également que le compartiment de la batterie soit moins haut. La batterie unique de 6v a été remplacée par quatre piles bouton de 1,5 volt.
  • SQ-B (Basic) : avril 1996 – décembre 2003. Le SQ-B était un SLR tout manuellement, extrapolé du SQ-Ai, construit pour satisfaire principalement les besoins des photographes professionnels studio.

Il y aura encore la série GS, qui est au format 6×7 :

  • GS-1 : avril 1983 – juin 2002. Système modulaire léger avec quatre viseurs interchangeables, poignée de vitesse et dos de film optionnel pour film Polaroid (pack 100), film de 6×4,5 cm, 6×6 cm et 6×7 cm sur bobines 120 et 220. Le GS-1 utilise des objectifs de la série « PG » dans une variété de focales: 50mm, 65mm, 80mm, 100mm, 110mm macro, 150mm, 200mm, 250mm et 500mm.

Et enfin, la série RF :

  • RF645 : mai 2000 – septembre 2005. Système télémétrique couplé au format 6×4,5 cm, léger et compact, avec quatre objectifs interchangeables avec obturateur à lames: 45mm, 65mm, 100mm et 135mm.

Un mot aussi au sujet des objectifs : il y eut un 30mm (fisheye) et à l’autre bout, un 1200mm. Entre les deux, environ 30 objectifs. Ces optiques étaient fournies par Carl Zeiss Jena, Tokyo Optical Co. (Nikon), Ltd., Norita optics, Komura-Komuranon (Sankyo Kohki), Schneider Kreuznach, ainsi que les lentilles fabriquées plus tard par Bronica lui-même (Zenzanon) sur la base de conceptions par Zeiss et des fabricants d’objectifs japonais.

De plus, une large gamme d’accessoires était disponible, comme des poignées, des flashs dédiés, des magasins spécifiques (comme un dos Polaroid pack 100)-, des accessoires de visée avec ou sans cellule, etc.

Collection d'équipements photographiques incluant un appareil photo, des objectifs, des étuis et divers accessoires, présentés sur un fond blanc.

Les Bronica ont eu une carrière faste jusqu’en 1998, lorsque la firme est reprise par Tamron, qui mise sur la qualité optique des Bronica. Quelques modèles seront encore produits jusqu’en 2004, date à laquelle Tamron cesse de produire ces boitiers, devenus électroniques mais jamais numériques à une époque où les photographes professionnels délaissaient les sels d’argent au profit des pixels.

Car Bronica était avant tout un appareil destiné aux professionnels, ceux qui couvraient les mariages et/ou pratiquaient le portrait, voire le paysage.

Pendant des années, Bronica fut synonyme d’appareil de qualité supérieure (même à celle de son illustre modèle, le Hasselbald), fiable et extrêmement modulaire.

Finalement, il n’eut qu’un tort, celui de rester fidèle au film 120 qui lui avait fait gagner ses lauriers …

Présentation du Bronica S2

Attention, ici c’est du costaud : l’appareil est en acier inoxydable 18/8 et le plastique n’a pas droit de cité car les molettes, les boutons, les engrenages, tout est en métal, assemblé avec une minutie qui frise l’exceptionnel. Pas de fuite de lumière ici, tout est parfaitement en place, sans jeu ni tremblement, tout s’ajuste au millimètre. On est loin de l’approximation d’un Kiev 88

Une question se pose maintenant : quelle(s) différence(s) entre un S – S2 – S2A ?

Avant toute réponse, je vous recommande les excellents sites de dirapon et de briseux au sujet de ces appareils, ce sont des mines de renseignements.

Et puis, il faut faire un petit retour en arrière : l’appareil qui a permis le S est le Zenza Bronica D, apparu en 1959. Celui-ci offrait des caractéristiques élevées pour un réflex mono-objectif. Par exemple une vitesse de 1/1250s, un miroir à retour instantané, la possibilité de faire des doubles expositions, minuterie, etc. Un appareil exceptionnel mais cher (D pour Deluxe).

Le premier modèle S simplifie le modèle D : exit la double exposition et la minuterie, réduction de la vitesse de l’obturateur (1/1000s) et fiabilisation de celui-ci, amélioration de la mise au point même si celle-ci est confiée à une rampe fixe, et le miroir se relève manuellement.

Enfin, en 1964, apparition du modèle S2 qui reprend les éléments du S mais y ajoute une nouvelle rampe hélicoïdale pour la mise au point, avec encore la possibilité de passer du film 120 au 220 grâce à un petit levier sur le corps (ce qui permet de doubler le nombre de photo). Possibilité d’estimer la profondeur de champ avec un bouton à enfoncer.

Quant au S2A, il améliore sensiblement l’obturateur mais ne révolutionne pas le concept de cet appareil bien né.

Pour le reste, je vous renvoie à l’article sur le Zenza Bronica S2A cité en préambule, il reprend le maniement du boitier, voulu par ailleurs très intuitif par son concepteur.

Schéma annoté d'un appareil photo Bronica, montrant les différentes parties telles que le capuchon de visée, la prise synchro, la bague hélicoïdale, le cadran de l'obturateur, et les boutons de contrôle.
Schéma d'un appareil photo avec étiquettes indiquant ses différentes parties et fonctionnalités.

Un mot toutefois sur le cycle d’ouverture/fermeture à la prise de vue :

Illustration montrant l'intérieur de la chambre de visée d'un appareil photo, avec le diaphragme ouvert à pleine ouverture.

Au déclenchement:

  • le miroir s’escamote au fond de la chambre de prise de vue (au lieu de se relever comme sur la plupart des reflex); ceci permet d’utiliser des objectifs dont le bloc optique arrière rentre dans la chambre;
  • un volet métallique noir recouvre le miroir pour empêcher les réflexions parasites dans la chambre;
  • un rideau se déploie et occulte le dépoli;
  • un levier actionne le diaphragme de l’objectif qui se referme à la valeur sélectionnée;
  • l’obturateur s’ouvre, et se referme;
  • le miroir, son volet anti-reflets, le rideau du dépoli et le diaphragme reprennent leur place

Ce long cheminement est un peu lent et guère silencieux mais il est exempt de vibrations car la photo est faite lorsque tout se remet en place.

Et un dernier mot sur les protections dont jouit l’appareil :

La liaison du dos au boîtier est extrêmement bien conçue et réalisée, excluant pratiquement tout risque de fausse manœuvre.

  • Impossible de retirer le dos sans le volet en place;
  • impossible de retirer le volet si le dos n’est pas fixé sur le boîtier;
  • Impossible de déclencher si le volet est en place
  • A chaque connexion dos/boitier, l’appareil effectue un cycle de synchronisation armement/avancement. C’est bien pensé et tout mécanique, rien que mécanique.

Ici aussi, on n’est pas obligé de retirer le dos si on veut se simplifier (!?) la vie, car le dos s’ouvre et libère (dans le noir absolu si un film est chargé) les bobines.

Les rideaux de l’obturateur se déplacent verticalement, ce qui permet d’éviter des renvois d’angle dans les pignons et engrenages d’armement, faiblesse de conception des Blad et consorts dont les rideaux se déplacent horizontalement.

Petit panel des appareils moyens formats de l’époque :

Tableau comparatif des appareils photo moyen format avec détails sur la marque, le type, le format, et d'autres spécifications techniques.

Que penser de cet appareil ?

C’est un fait, c’est un appareil plus à l’aise en studio qu’en Urbex ou en photos de rue, … sauf à avoir une bonne sangle et des cervicales en béton armé !

Mais c’est la rançon d’un appareil solide, fait pour durer si vous l’entretenez à minima et – surtout – qui délivrera des images de grande qualité.

Moins auréolé que son cousin Hasselblad, il vous offre le moyen format à un prix encore abordable et des objectifs de grande qualité dans la même gamme de prix.

Sortez-le avec un bon trépied pour capter de splendides paysages et vous serez étonné de sa facilité d’utilisation et de sa capacité à restituer les plus infimes détails de ce que vous voyez, que ce soit en N/B ou en couleurs.

La pellicule au format 120 ou 220 existe toujours même s’il faut regretter que les photographes et les studios n’en proposent plus ni les magasins généralistes. Il vous faudra vous tourner vers des entreprises sur le Net. Pour ma part, je les achète chez Retrocamera.be qui devrait pouvoir satisfaire vos envies.

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI et LA.

  • Type de film: 120 / 220 Film de rouleau (douze ou vingt-quatre expositions 6cm x 6cm par rouleau)
  • Objectif: 7.5cm f/2.8 Nikkor-P, enduit, avec 5 éléments en 4 groupes
  • Monture de l’objectif: baïonnette Bronica
  • Mise au point minimale: de 40cm à l’infini, type d’hélicoïde, course 14 mm, angle de rotation de la bague de focalisation 250 degrés
  • Echelle des distances : pour les lentilles de 75 mm, 50 mm, 135 mm et 200 mm
  • Viseur : Viseur de niveau de taille interchangeable, lentille de Freznel et loupe
  • Obturateur : en tissu à plan focal vertical
  • Miroir: retour instantané, un système de miroir automatique
  • Diaphragme: diaphragme entièrement automatique – objectifs 75 mm, 100 mm, 135 mm, 200 mm et 400 mm
  • Vitesses: pose B, 1s – 1/1000 s (B, 1, 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/500, 1/1000 et synchro X au 1/40)
  • Cellule : sans mais peu recevoir des viseurs dotés de celle-ci
  • Support Flash: M et X Flash, X-Sync à 1/40s
  • Enroulement de film: manivelle ou bouton d’enroulement.
  • Compteur de vues avec remise à zéro automatique
  • Poids: 1857 grammes avec le 75mm Nikkor, 1645gr (corps seulement)

Comme souvent, les mousses de ces appareils deviennent poisseuses et collantes : c’est sur le site de diapron que vous trouverez comment faire et ici pour la mousse du miroir.

Des références

https://www.dirapon.be/bronica.htm (incontournable), https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1587-Bronica_S2A.html, http://briseux.free.fr/bronica/bronica.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-20143-Bronica_S2.html, en français ; https://mikeeckman.com/2021/05/bronica-s2-1965/, https://camera-wiki.org/wiki/Bronica_S2, https://www.lomography.com/magazine/278682-lomopedia-zenza-bronica-s2, https://camera-wiki.org/wiki/Bronica_S, https://en.wikipedia.org/wiki/Bronica, en anglais. Si vous voulez refaire l’habillage de votre appareil, une bonne adresse : http://aki-asahi.com/store/html/Bronica/SII/index.php

Argentique

Un moyen format qui traverse le temps, le Yashica Mat LM

Préambule

Cet appareil fait partie de ceux que j’avais achetés à la veuve du collectionneur à qui j’ai consacré un article.

De fait, cela fait un moment que je dois vous le faire découvrir et l’occasion m’en est donnée après avoir analysé le Yashica Mat que je vous présentais y a quelques temps.

Ici aussi, il est en parfait état et a été conservé non pas dans son sac tout près mais dans une trousse moderne et étanche à la lumière, ce qui a préservé la cellule, toujours fonctionnelle, nous en reparlerons.

Alors partons à la découverte de ce nouveau Yashica bis-objectifs (TLR).

Un peu d’histoire

Mais cette fois alors vraiment très peu car je vous ai déjà presque tout raconté dans l’article précité sur le Yashica Mat tout court.

Lors de la sortie du Mat classique, en 1958, Yashica a voulu être un peu à la page et a préparé ce Mat LM. Mat pour automatic puisque lui aussi couple l’armement à l’avance du film, tout comme le film se place automatiquement à la première image, et LM pour Ligth Meter ou posemètre. C’est en 1960, vraisemblablement, que l’appareil est apparu sur le marché.

C’est encore une cellule au sélénium, qui ne demande donc pas de pile car c’est la lumière qui excite la matière et produit le courant nécessaire à la gestion du posemètre. Elle n’est pas couplée non plus

S’il succède donc au Yashica Mat, il sera suivi, en 1964, par le Yashica Mat EM. Ce dernier sera très semblable au Mat LM si ce n’est que Yashica aura simplifié la lecture du posemètre.

Ce modèle est apprécié pour sa cellule, assez précise. Toutefois, il utilise le système de valeurs EV, qu’il faut traduire sur un calculateur, j’y reviendrai. C’est un peu moins pratique d’utilisation, c’est d’ailleurs pourquoi le Mat LM sera remplacé par le Mat EM.

Présentation du Yashica Mat LM

Inutile de reprendre la description du Mat LM, elle est en tout point identique à celle du Mat. Enfin, presque …

Puisque celui-ci bénéficie d’une cellule, un sérieux avantage.

Sur le devant de l’appareil, impossible de la manquer, avec son verre en nid d’abeilles.

Et puis il y a, au dessus des lettres LM, cette échelle de valeurs que donne la cellule.

De fait, l’aiguille de la cellule se déplace devant des chiffres, qui sont des valeurs EV ou indices de lumination, en français.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo, montrant les réglages de vitesse et d'ouverture, ainsi qu'un compteur de film.

Ces chiffres, il faut les traduire en ouvertures grâce à un calculateur, situé autour de la molette de mise au point, à gauche. Ce n’est pas très ergonomique puisqu’il faut quitter sa visée pour voir les chiffres utiles, sur le côté, puis les reporter sur la commande de l’obturateur. Le Mat EM simplifiera cette gymnastique.

C’est d’autant plus dommage que la lecture de la vitesse, de l’ouverture et celle de la cellule sont elles visibles par au dessus, quand on vise son sujet. Mais bon, ne chicanons pas, il y a au moins une cellule.

Autre légère modification donc, la molette située à gauche de l’appareil : outre l’échelle de distance inscrite au pourtour, il y a encore l’échelle de profondeur de champ, puis une petite fenêtre pour indiquer la sensibilité du film (de 6 à 400Asa) et enfin, en rouge, le disque qu’il faut faire tourner en fonction du chiffre donné par la cellule. En le reportant sur le cadran rouge, on trouve alors la combinaison de l’ouverture adéquate.

Gros plan sur le cadran d'un appareil photo vintage, avec un doigt ajustant le réglage de l'ASA.
Gros plan sur le cadran d'une caméra vintage avec des réglages pour la vitesse d'obturation et l'ouverture.

A noter que sous la manivelle d’avance et d’armement, il y a encore une roue de correspondances, celles entre les Din et les Asa qui sont curieusement notés jusqu’à 800Asa là.

Pour le reste, comme je le soulignais au début de l’article, tout est comme sur le Yashica Mat.

Le système de visée :

Instructions pour utiliser un appareil photo vintage, montrant des doigts ajustant les réglages sur le dessus de l'appareil et ouvrant le compartiment de l'objectif.
Soit en regardant dans le tunnel, soit en faisant sortir la loupe pour affiner la netteté, soit en viseur dit sportif.
Intérieur d'un appareil photo avec un viseur montrant une grille rouge sur un fond noir.

La remarque qu’il faut toujours laisser le commutateur du flash sur X si on veut utiliser le minuteur.

Détail d'un appareil photo vintage avec des objectifs doubles et des réglages visibles.

Le flash est synchronisé à toutes les vitesses en position M, synchronisé au 1/60s ou 1/30s (avec le minuteur) sur X

Tableau des réglages de l'appareil photo indiquant les positions de sélecteur, les types de bulbes utilisés, et les vitesses d'obturation recommandées.

Que penser de cet appareil ?

Avant tout, au risque de me répéter, cela reste un Yashica Mat, solide, bien construit et quoiqu’en disent certaines méchantes langues, un appareil parfait pour apprendre à coût raisonnable le moyen format avec un boitier bis-objectifs.

Les optiques sont très bonnes et il faut chercher la petite bête pour discerner une très nette différence par rapport au Rolleiflex, par exemple.

Sa cellule est un avantage, malgré la petite contorsion qu’elle impose. Cependant, comme elle est au sélénium, viendra un temps où elle s’épuisera. Pas de panique, l’appareil restera parfaitement fonctionnel, simplement, vous devrez vous munir alors d’une cellule à main pour compenser celle qui vient de défaillir. Rien d’insurmontable donc …

Reste encore alors pour moi la question du choix : le Yashica Mat LM (car j’ai entre temps vendu le Mat à une demoiselle qui en fera bon usage) ou le Rolleiflex T type 3 ?

J’hésite, j’hésite …

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Reflex bi-objectif Format 120
  • Yashica Mat LM
  • Japon, fabrication d’avril 1958 à avril 1962
  • Optiques : Prise de vue : Yashinon 80mm f3,5 (4 lentilles en 3 groupes, optique de type Tessar). Visée: Yashinon 80mm f3,2 . Toutes les deux sont traitées multicouche
  • Obturateur : Copal MXV B, 1s à 1/500eme. Synchro X et M.
  • Système de mesure : Cellule au sélénium montée sur le boîtier, système L V de 0-10
  • Synchro flash à toutes les vitesses, commutateur M – X avec prise, pour câble PC à l’avant du boitier.
  • Dimensions et poids 1,2kg

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Fr/Yashica-Mat_LM, https://35mm-compact.com/anciens/yashica-tlr.htm, https://collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=11861, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/mformat/Yashica_mat_LM.html en français ; https://www.williamsphotographic.com/yashica.html, https://ewoodsphoto.com/2017/11/25/this-old-camera-the-yashica-mat-lm/, https://yashicatlr.com/66ModelsPage7.html, https://www.photoethnography.com/ClassicCameras/index-frameset.html?YashicamatLM.html~mainFrame en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/yashica-mat-lm/, en allemand

Argentique

Un moyen format abordable et performant, le Yashica Mat

Préambule

Encore un que j’ai trouvé sur la brocante de Bois de Villers, un peu avant le Minox 35 AF que je vous présentais il y a quelques jours.

Autant ce dernier pouvait encore se glisser dans une poche, autant celui-ci demandera un petit sac et une bonne sangle pour le porter. Pas qu’il soit aussi lourd que le Mamiya C33 déjà vu sur le site, mais il est de cette école où le plastique était encore utilisé avec parcimonie et le métal majoritaire.

Il est en très bon état et me crée d’emblée un cas de conscience : vais-je le garder ou plutôt le Rolleiflex T type 3 ?

J’entends déjà quelques uns qui frémissent de cette question, mais vous allez comprendre pourquoi elle se pose …

Un peu d’histoire

Yashica est une marque que j’ai déjà beaucoup évoquée, en réflex (le FX-3 comme bel exemple), en compacts (le MF-2 me vient, entre autre, à l’esprit), en télémétriques (Le Lynx 5000 par exemple) et en moyens formats (ah, le Mat 124 G).

Je vais donc plutôt approfondir leur gamme en moyen format, qui mérite bien un historique.

Leur premier appareil fut le Pigeonflex (1953), très, très inspiré du Rolleicord II mais bien plus abordable financièrement. C’est lui qui donna le goût de la photographie au TLR à grand nombre de Japonais.

Schéma explicatif du fonctionnement d'un appareil photo bis-objectifs, avec des annotations numérotées décrivant les principales parties : objectif, miroir, lentille de Fresnel, loupe, second objectif, bouton d'obturation, film.

En 1957, Yashica améliore son premier opus et sort le Mat : un appareil très époque, car il propose l’avance du film et l’armement de l’obturateur couplé grâce à une manivelle. Ce Mat sera le premier d’une longue série qui se clôturera avec le Yashica Mat 124 G, un excellent TLR à prix encore doux pour des prestations de haut niveau.

Puisque j’évoque le terme de séries, accrochez-vous : il y eut deux grandes familles dans les reflex à double objectifs, les 66 (pour 6×6 en film 120) et les 44 (pour le 4×4, en film 127). Dans ces familles, on compte environ (parce que tous les auteurs ne sont pas d’accord) 31 modèles pour les premiers et 4 pour les seconds, mais 81 variations pour les 2 séries. Amis collectionneurs, bon amusement …

Tiens, au fait, pourquoi Yashica MAT ? Deux hypothèse se côtoient : la première dit que c’est une contraction comme une autre d’automatique alors que la seconde dit que cela serait une énième copie du terme utilisé par Rolleiflex pour son Rolleiflex Automat, … lui -même contraction d’automatique.

Rassurez-vous, je ne vais pas tout reprendre, alors voici les grandes lignes de la gamme 66 (les 44 sont plus anecdotiques et je n’en ai plus sous la main) :

  • les YashicaFlex, l’équivalent des Rolleicord chez Franke & Heidecke (exemple YashicaFlex S), de 1953 à 1959
  • les Yashica avec bouton pour l’avancement (Yashica C et D en exemples), de 1957 à 1965
  • les Yashica avec manivelle pour l’avancement et l’armement (celui-ci et le Yashica Mat 124 G), de 1957 à 1983

Pour plus de détails, je vous renvoie LA.

Ce qui est important à retenir, me semble-t-il, c’est la distinction entre ceux à boutons et ceux à manivelles, distinction reprise aussi chez Rolleicord et Rolleiflex . Ceux avec les boutons sont (un peu) plus simples au niveau mécanique mais n’en sont pas moins aussi bien équipé que leurs frères tant en ce qui concerne les objectifs que les obturateurs.

Encore une fois, comme chez Rolleiflex, avec même – comme là aussi – parfois des appareils à bouton qui peuvent en remonter à ceux à manivelle (combinaison objectif/obturateur plus évoluée (un bel exemple est le Yashica 635 équipé d’un obturateur Copal MXV qui monte au 1/500s et d’un objectif Yashinon de formule Tessar ouvrant à f2,8).

Que ce soit en formule avec boutons ou manivelles, ces TLR sont majoritairement en métal, très bien ajustés, et pensés pour être faciles d’utilisation.

Sans doute n’ont-ils pas l’aura du précurseur allemand mais ils ne déméritent pas en terme de qualité d’images et de fonctionnalités.

Car au fur et à mesure de l’évolution des boitiers, ceux-ci vont bénéficier de vitesses en expansion, de minuteur, de synchronisation flash, de cellule non couplée puis couplée, de compteur de vue, de griffe porte-accessoire, de baie de tailles différentes (bay 1, bay2, etc.) et de toutes une série d’accessoires utiles.

Si je devais résumer ici les TLR de Yashica, je dirais qu’ils sont un excellent choix pour débuter et/ou pratiquer le moyen format car ils sont moins onéreux que certaines marques et tout aussi efficaces à caractéristiques égales (là, je sens que je vais susciter des commentaires !).

Pour en revenir à notre Yashica Mat, premier du nom, il sera d’abord équipé d’objectifs Lumaxar de 75mm ouvrant à f/3.5, ainsi que d’un Lumaxar de75mm ouvrant lui à f/3.2 comme objectif de vision, suivis plus tard d’objectifs similaires bien qu’en version 80mm. Là encore, il existe une petite polémique car d’aucuns disent que les objectifs étaient livrés à Yashica par l’Allemagne de l’Ouest et assemblés à Nagano alors que d’autres disent qu’ils étaient fabriqués et livré par Tomioka (Japon).

Ces objectifs sont de type Tessar, composés de 4 éléments répartis en 3 groupes. Ils changeront ensuite de nom et deviendront des Yashinon

On estime que 95% de la production sera en 80mm. Autre différence, selon l’âge des appareils, les vitesses d’ouverture auront deux échelles différentes : l’ancienne échelle de vitesses – B, 1, 2, 5, 10, 25, 50, 100, 250 et 500 – puis la nouvelle échelle des unités – B, 1, 2, 4, 8, 15, 30, 60, 125, 250 et 500)

Ceci étant, l’obturateur est un Copal d’excellente réputation (MX, MXV et SV par la suite).

Le Yashica Mat et le Yashica MAT 124-G seront les deux appareils les plus vendus, tant en termes de quantité que de durée (plus de 16 ans chacun). Voilà deux maîtres achat à ne pas négliger.

Présentation du Yashica Mat

Celui que je vous présente aujourd’hui est un modèle équipé du Luxamar de 75mm ouvrant à f3,5 et f3,2 pour la visée et d’un obturateur Copal MXV. Il est sans doute issu des premières séries de 1957.

Sa présentation est on ne peut plus classique : un beau rectangle vertical, tout en métal, avec une platine qui avance selon un système à crémaillère, très fluide et assez court. Gainé de cuirette noire, celle-ci est sensible dans le temps et il n’est pas rare d’en trouver avec un revêtement un peu abimé. Ce qui n’empêche en rien l’appareil de fonctionner parfaitement, c’est juste une question d’esthétique.

Appareil photo vintage avec des réglages sur le côté, y compris des commandes pour l'exposition et l'ASA.

Le plus intéressant sur cet appareil est bien évidemment la manivelle qui fait donc avancer le film d’une vue et arme l’obturateur : il faut la faire tourner dans le sens anti-horaire jusqu’à ce qu’elle bloque, puis revenir dans l’autre sens jusqu’au niveau du compteur de vue, où elle cale de nouveau et vous permet de remettre la manivelle dans son encoche. Vous êtes prêt à déclencher.

Appareil photo vintage noir avec un design classique et un levier de déclenchement.

Mais avant, réglons la distance : vous ouvrez le viseur et regardez dans le tunnel l’image renvoyée par le miroir sur le dépoli, assez clair je trouve, et quadrillé pour une meilleure composition. Soit vous travaillez en regardant uniquement là, en tournant la molette de gauche, et arrêtez votre réglage dès que l’image est nette (et vous pouvez vous aider de la loupe fournie dans le couvercle), soit vous regardez l’échelle de mise au point situé sur le côté gauche de l’appareil (mise au point minimale de 1m à l’infini). Le diaphragme compte 10 lamelles.

Le dépoli contient une lentille de Fresnel avec un quadrillage de lignes rouges (5×5) aidant la composition. Pour une mise au point plus précise, on peut toujours sortir la petite loupe qui est sous le capot. Petite remarque en passant : la visée est de 5,5×5,5cm sur un film de 120. Les photos captées seront au format 55x55mm (dite 6×6). Le viseur est donc à 100% de la vision.

Il reste maintenant à régler la vitesse et l’ouverture. Ici le conseil est d’utiliser une cellule à main que vous réglez grâce à l’aide mémoire fourni par l’appareil (réglage de la sensibilité Asa/Din – de 5 à 400 Asa – sur la grosse molette de gauche, pour mémoire).

Gros plan sur les réglages d'une vieille caméra, mettant en évidence le cadran de vitesse et les échelles DIN et ASA.

Ensuite, avec le petit bouton rond de gauche, judicieusement placé entre les objectifs, vous réglez l’ouverture. Petit plus non négligeable de l’appareil, le petit écran au dessus des objectifs qui reprend l’ouverture (f) et la vitesse (sec) que vous aurez choisies.

Gros plan sur le bouton de réglage d'une ancienne caméra, mettant en avant les chiffres et les marques de focalisation.

Plus besoin ici de quitter le viseur des yeux, vous voyez immédiatement les réglages prévus, juste en regardant par dessus l’objectif.

La vitesse, vous l’aurez compris, se règle avec le bouton de droite, du bout des doigts, vous permettant d’assurer une bonne stabilité à l’appareil, niché au creux de vos paumes.

Le déclencheur est situé en bas à droite du boitier. Une légère pression suffit pour déclencher et vous serez surpris du bruit très contenu de cet appareil (ce n’est pas un Praktica ni un Zenit).

Au milieu des 2 objectifs toujours, sur la gauche, le sélecteur pour la position de la synchro flash : M ou X. M étant réservé aux anciens flashs et X aux flashs plus modernes. L’obturateur étant central, il y a synchronisation à toutes les vitesses.

Attention toutefois à un point important : mettez toujours la synchro flash en position X si vous voulez utiliser le minuteur, minuteur que l’on arme après avoir tourné la manivelle d’avance et d’armement. L’obturateur possède une protection pour éviter les mauvaises manœuvres mais que vous pourriez passer (= casser) en forçant. Second conseil utile (et ça c’est LE conseil à ne jamais oublier) : si ça résiste, si ça coince, on ne force pas !

Gros plan sur un appareil photo Yashica avec lentille et réglages visibles.

Je résume : on cadre, on ajuste la distance, on règle la vitesse et clic !

Cet appareil accepte des accessoires B1, comme le pare-soleil, utile à très utile car l’objectif n’est pas traité anti-reflet. Il existe aussi des filtres, moins courant.

Le déclencheur n’est pas fileté pour y ajouter un câble de déclenchement. En fait, il faut une petite pièce qui se vise dessus et sur laquelle vous pourrez fixer le câble.

Le chargement de l’appareil est aussi très facile : il suffit de faire tourner le verrou, en dessous, qui libère la porte, que l’on soulève vers les haut.

Appareil photo vintage en noir et blanc, vue de face avec un objectif sur le dessus et un cadran de réglage sur le devant.

La bobine réceptrice se place en haut, en tirant sur la petite molette sur la gauche de l’appareil afin de bien placer le film. On tire sur l’amorce pour la glisser dans la fente de la bobine et on fait avancer le film jusqu’à la flèche marquée sur le papier du film, qu’il faut faire coïncider avec les 2 flèches rouges sur le bord de la chambre. Ensuite, on referme et on tourne la manivelle jusqu’à ce qu’elle se bloque sur le chiffre 1. Le boitier est prêt pour ses premières photos.

Lorsque vous refermez la porte, vérifiez toujours que le petit ergot fixé sur le boitier est bien pris dans la lame du verrou.

L’appareil ne possède pas de griffe porte-accessoire et pourtant, il y a bien une prise pour un flash et une discrète tirette pour la synchro de celui-ci : M pour les anciens flashs à ampoules, et X pour les nouveaux. Il faudra trouver une planchette à fixer sous l’appareil et qui portera le flash, déporté.

Et sous l’objectif qui prend la photo, une discrète tirette avec un point rouge : c’est celle de la minuterie (+/+-10sec).

Enfin, sur le flanc droit, une petite fenêtre ronde, en haut, celle du compteur de vue. Et sous l’appareil, un filetage pour le fixer sur un trépied ou pour y attacher un porte-flash.

En résumé, un bel appareil, simple, pas trop onéreux et qui offre de très bonnes prestations photographiques.

Que penser de cet appareil ?

Eh bien, j’en reviens à ma question existentielle du début : vais-je le choisir plutôt que le Rolleiflex T que j’avais mis de côté ?

En termes de fonctionnalités, ils se valent, avec – pour moi – une préférence au Yashica qui utilise un système simple de réglage de la vitesse et de l’ouverture, alors que le Rolleiflex T utilise un couplage basé sur l’indice de lumination (EVS), débrayable mais que je n’aime pas.

Ensuite, le Luxamar avec formule Tessar offre les meilleures prestations, quasi au même niveau que le Tessar et le Xénar du cousin allemand.

Finalement, j’aurais peut-être dû garder le Mat 124-G, encore un cran au dessus et avec une cellule au CdS et un objectif plus lumineux. Mais, franchement, celui-ci évite les soucis de cellules parfois capricieuses et avec un peu d’entrainement, donne d’aussi bons résultats.

Car ces appareils ne sont pas faits pour travailler dans l’urgence. Plutôt dans le moment, en réfléchissant à ce que l’on fait : cadrage, composition (le carré est une belle surface mais il faut l’apprivoiser), réglages de la vitesse, de l’ouverture. Et puis ce déclic typique, tout en douceur.

Un film de 120 autorise 12 poses sur une bobine. Il faut les savourer comme il convient et, en cas de longue sortie, prévoir son petit stock. Ensuite, quel plaisir que de découvrir les détails dont fourmillent les images captées et qui reviennent du labo !

Enfin, cerise sur le déclencheur, ces appareils n’ont pas la grosse tête et restent abordables : comptez environ 180€ pour un bel exemplaire, idéalement avec son sac tout prêt en cuir. De quoi vous laissez des sous pour acheter une bonne sangle de portage et quelques bobines de film.

Essayez, vous y reviendrez …

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

  • Reflex bis-objectifs avec viseur de poitrine
  • Film 120 (B2-4 / B2-6 / B2-8 de 1932)
  • Format négatif 6 x 6 cm
  • Transport de films : manuel
  • Objectifs Luxamar 75mm f3,2 et f3,5 (prise de vue)
  • Obturateur Copal MVX
  • Vitesses : B, 1s – 1/500s
  • Synchro flash à toutes les vitesses, positions M et X, prise PC, pas de griffe porte-accessoires
  • Armement et avance du film couplé par manivelle
  • Année de sortie : 1957

Des références

https://www.dirapon.be/TLR.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2541-Yashica_Yashica-Mat.html, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/mformat/Yashica_mat.html en français ; https://casualphotophile.com/2020/06/26/yashica-mat-review/, https://jnoir.eu/en/cameras/yashica/yashica-mat/, https://www.yashica.com/our-history, https://yashicatlr.com/(une mine d’informations), en anglais

Argentique

Pas courant ce Solida troisième du nom

Préambule.

Une belle trousse en cuir, épais, en bon état, plate : sans aucun doute un folding. Encore un, perdu dans une caisse, balloté entre quelques épaves qui devraient terminer leur triste vie autrement …

J’ouvre le sac tout près et découvre effectivement un folding (pliant) que je ne parviens pas à identifier tout de suite, il faudrait le sortir complètement. Mais il se déplie, l’objectif est propre, ce qui doit tourner tourne et ce qui doit déclencher … ne déclenche pas !

Petite négociation et il va se poser dans le sac à dos. Il faudra que je regarde pourquoi il ne déclenche pas mais ce n’est peut être pas grave.

De retour à la maison, j’ôte le cuir et je découvre un Solida III. Tiens, on est en terrain pas tout à fait inconnu.

Un peu d’histoire.

Histoire que je ne vais pas toute refaire car vous en trouverez des larges extraits dans les articles consacrés au Solida Junior et au Solida III E.

Juste rappeler que la Franka Kamerawerk fut fondée en 1909 par Franz Vyskocil et son épouse Leoni. Au départ, c’était un magasin de fournitures photographiques et d’appareils photo, alors situé à Stuttgart.

Ils déménagent assez rapidement à Bayreuth (plus connue pour ses opéras de Wagner) et commencent à construire des appareils photo abordables. Ils s’associent avec un investisseur, Weigand et l’entreprise s’appelle dés lors Weigand & Vyskocil (1910). Deux ans plus tard apparait la Frankonia-Kamerawerk.

Les époux Vyskocil quittent l’entreprise en 1913. Celle-ci change de nom à nouveau et devient Hogaschwerk, nom éphémère car 5 mois plus tard, ce sera la Franka-Kamerawerk.

Sa production était essentiellement des appareils à plaques de verre, de différentes tailles. Pendant la Première Guerre mondiale, elle vend beaucoup aux soldats du Kaizer, notamment grâce à des slogans du style Mit Franka in den Krieg (avec Franka à la guerre).

Jusqu’en 1930, la production sera essentiellement des appareils à plaques de verre. Puis, elle passe (enfin !) au film en rouleau, en 120, en 135 et même quelques subminiatures.

En 1958, l’usine était le plus grande de la Haute-Franconie et avait atteint son apogée. Las, en 1962, elle est rachetée par Wirgin, un autre fabricant d’appareils photo allemand. Il vendra dés lors les appareils Franka sous sa propre marque ainsi que sous le nom de Wirgin. La production des Franka cesse en 1966.

L’usine de Bayreuth sera démantelée et les activités déplacées à Wiesbaden.

Mais revenons à 1930. C’est donc à cette époque que la marque passe au film en rouleau, d’abord le 120. Leurs appareils étaient souvent livrés avec des cadres qui permettaient de photographier en 6×9, 6×6 ou 6×4,5. En 1939, Franka propose la Kleinbildkamera, son premier appareil en film 135 mais l’appareil ne sera produit qu’après la guerre.

En 1955, la firme abandonne le 6×9 pour ne plus proposer que du 6×6 et du 24×36.

Le dernier appareil développé par Franka sera le Frankamatic Lux, avec un posemètre au sélénium relié à l’obturateur et un indicateur de sous exposition qui était monté dans le viseur.

Le Franka 16 et l’Edixa 16, des appareils de type espion avec du film 13x16mm seront produits sous l’ère Wirgin.

Dernier retour en arrière. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, puisque l’entreprise vendait essentiellement à l’export et qu’elle avait la chance d’être du bon côté du futur rideau de Fer, que le Mcartisme faisait rage aux USA et que le régime soviétique n’était que très peu apprécié, la Franka-Kamerawerk apposait sur la plupart de ses appareils la mention Made in Germany – US Zone. On n’est jamais trop prudent en marketing …

Présentation du Franka Solida III.

Le premier appareil du nom de Solida date de 1936. C’est un pliant très simple avec un viseur soudé sur le capot.

Appareil photo pliant Franka Solida III, avec objectifs Schneider-Kreuznach Radionar, en position dépliée.

Mais il faudra attendre les années cinquante pour que revienne ce modèle. Ce seront des appareils de moyenne gamme, sans fonctionnalités couteuses mais honnêtement construit : les obturateurs seront des Gauthier mais il y eut des Synchro-Compur ; les objectifs étaient des triplets comme le Frankar, l’Enna Ennagon, des Schneider-Kreuznach dont il y eut quelques Xenar.

On dénombre sept variantes de Solida dans ces années-là :

  • Solida I : souvent équipé d’un Frankar Anastigmat 75 mm, en configurations f/4.5, f/5.6 ou f/6.3 ; avec des obturateurs Pronto ou Vario à 4 vitesses. Le bouton de déverrouillage est situé sur le couvercle supérieur, et la porte s’ouvre verticalement.
  • Solida II : ici l’objectif le plus fréquent es un objectif Ennagon 75/3,5 sur des obturateurs Pronto ou Prontor-S, avec 4 ou 5 vitesses. Les exemplaires fabriqués à la fin des années 60 étaient équipés d’objectifs Jsco Westar fabriqués par Schneider-Kreuznach.
  • Solida IIE : identique au précédent mais un télémètre non accouplé.
  • Solida II : identique au Solida II, mais avec un posemètre Gossen non couplé.
  • Solida III : souvent présenté avec des objectifs Schneider-Kreuznach Radionar et des obturateurs Prontor-S ou Prontor-SV à 9 vitesses. La porte s’ouvre latéralement, au moyen d’un bouton situé en bas de la caméra.
  • Solida IIIE : identique au précédent mais avec un télémètre qui peut être combiné ou non.
  • Solida IIIb : identique au Solida III mais avec un posemètre non couplé

Pour que la liste soit complète, il faudrait ajouter le Solida Jr (Junior) ou le Solida Record, par exemple.

Les différences entre les modèles n’étaient pas flagrantes, plutôt des améliorations :

  • 1951-1958 : en commun, l’utilisation du film 120, expositions 4×4 ou 6x6cm, appareil pliant, viseur.
  • 1951 : capot plat avec table de profondeur de champ, bouton de rembobinage à gauche
  • 1952 : bouton de rembobinage sur le côté droit, ouverture horizontale
  • 1954 : viseur plus grand, capot plus haut
  • 1958 : format 4x4cm
  • 1958 : format 6x6cm, levier d’armement.

Mais venons-en à notre exemplaire, un Solida 3 de 1951.

Tout d’abord, pour l’ouvrir, il faut appuyer sur le petit bouton qui est par dessous. La porte s’ouvre et se déplie vers la droite, laissant apparaître le soufflet et le combo objectif/obturateur.

Sur le capot, à droite nous voyons le bouton du déclencheur, devant la griffe porte-accessoire ; au milieu, une table de profondeur de champ ; et à gauche, le bouton pour faire avancer le film avec pas dessus, un mémo pour le type de pellicule utilisée.

Vue du dessus d'un appareil photo pliant avec des réglages d'ouverture et de profondeur de champ visibles.

Le viseur est minuscule et on n’y voit pas grand chose. On pourrait envisager d’y poser un viseur annexe, mais la griffe est déportée. Mauvais point.

L’objectif est un Schneider-Kreuznach Radionar qui ouvre à f2,9. Ce qui en fait un objectif dit rapide à cette époque, car la concurrence faisait au mieux dans le f3,5 ou f4,5. C’est un triplet qui n’a pas mauvaise réputation mais qui aime les ouvertures un peu plus petites car il est très bon entre f8 et f11, parait-il. Il accepte des filtres au diamètre de 42,5mm. La mise au point se fait avec la lentille frontale.

Gros plan sur l'objectif Schneider-Kreuznach Radionar d'un appareil photo vintage, avec des inscriptions visibles sur le dessus de l'objectif et un éclairage mettant en valeur les détails.

Ici l’obturateur est un Prontor SV, qui propose les vitesses suivantes : 1s – 1/2s – 1/5s – 1/10s – 1/25s – 1/50s – 1/100s – 1/250s – pose B. On règle la vitesse avec la grande roue dentée derrière l’objectif. Le retardateur est en dessous (point rouge)

Détail d'un objectif de caméra pliable avec un soufflet en cuir noir, affichant des réglages de vitesse et d'ouverture.

Pour la réglage des ouvertures, c’est une languette que l’on fait coulisser sur le pourtour, de f2,9 à f22.

Sur la partie gauche du combo, un dernier curseur permet de faire passer l’index pour le flash de M à X. La prise pour le flash est d’ailleurs au dessus de l’index.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo vintage, affichant les réglages d'ouverture et des boutons pour la mise au point, avec un arrière-plan flou d'objets de bureau.

L’armement de l’obturateur se fait sur le combo, avec un petit levier qu’il faut tirer vers la droite. On déclenche en appuyant sur le bouton sur le capot. Ce dernier actionne une came qui vient appuyer sur un levier, ce qui déclenche l’obturateur. Il y a aussi une prise filetée pour fixer un câble souple.

Zoom sur l'objectif Schneider-Kreuznach Radionar f2.9/80 à l'intérieur d'une trousse noire, avec un fond flou.

D’ailleurs, il y a un filet en dessous de l’appareil pour y fixer un trépied.

Pour ouvrir le dos, il faut faire glisser un curseur situé sur le flanc gauche, sous la lanière. La porte est montée sur charnière et dévoile une grande chambre en 6x6cm. La porte est munie d’une plaque de pression et d’une fenêtre rouge inactinique, qui sert aussi de compteur de vue. On peut fermer cette fenêtre avec un petit curseur qui fait glisser une pastille marquée 6×6 et la mesure anglaise. A laisser fermé lorsqu’il y a beaucoup de soleil et en cas de non utilisation prolongée.

Sous le bouton du déclencheur, une lettre T et en dessous, un curseur marqué d’une flèche, qui m’a intrigué. En fait, c’est la pose T : il faut positionner le curseur des vitesses sur B puis actionne le curseur sous le T dans le sens de la flèche et ensuite déclencher. L’obturateur restera ouvert aussi longtemps que l’on ne remet pas le curseur à sa place. C’est un type de pose à très longue durée que l’on utilise sans doute rarement mais qui n’impose pas de laisser le doigt sur le déclencheur, comme pour la pose B.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo pliant Solida III, montrant les boutons de réglage et le marquage 'T' pour la pose longue.

Le nom du modèle est embossé dans le cuir, sur la gauche, et par derrière, la mention Made in Germany – US Zone car ces appareils étaient essentiellement destinés à l’exportation (Quelle, Walmart, Mongomery Ward pour ne citer qu’eux exportaient les appareils souvent sous leurs propres noms).

Attention, pour refermer l’appareil, il est vivement conseillé de remettre la distance sur l’infini avant de refermer la porte, en appuyant au milieu des jambes d’extension du soufflet.

Que penser de cet appareil ?

Comme je l’écris souvent, ce type d’appareil vous permet de toucher au moyen format sans se ruiner car un Franka Solida 3, avec son sac-tout-prêt, en bon voire très bon état, se négocie autour des 60€ maximum.

L’autre avantage de cet appareil, c’est sa compacité pour un moyen format : une fois replié, vous le glissez sans soucis dans une (grande) poche ou un sac.

Son objectif avec cette ouverture avantageuse vous permet de faire des photos même dans des conditions de lumière un peu moins bonne.

Les manœuvres sont faciles et simples, les réglages aussi.

Reste à regretter le viseur riquiqui et quasi inexploitable.

Sur mon exemplaire, je dois faire un petit réglage car la came qui doit pousser sur le déclencheur ne vas pas assez loin et ne permet pas ainsi de déclencher, sauf à passer mon doigt sur le côté pour actionner moi-même le mécanisme.

C’est d’ailleurs la manœuvre à effectuer pour contourner la sécurité contre les doubles expositions.

A tenter, pour le plaisir d’un bel objectif.

Exemples de photos prises avec cet appareil ICI.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Franka Solida 3, produit de 1951 à 1958 (6 versions)
  • Objectif Schneider-Kreuznach Radionar 80mm f2,9 jusque f22, triplet (autres optiques possibles)
  • Obturateur : Prontor SV à lamelles métalliques avec les vitesses de 1s à 1/250s plus pose B, synchro flash avec prise PC
  • Déclencheur sur le capot et prise filetée sur l’obturateur pour câble souple
  • Viseur simple intégré dans le capot
  • Type de film : rouleau de 120
  • Formats image : 6×9 – 6×6 – 6×4,5 – 4×4 avec cadres spécifiques ou série
  • Prévention de la double exposition

Des références.

https://camerapedia.fandom.com/wiki/Franka_Solida, https://blog.bkspicture.com/review_Franka_Solida_III.html, https://www.jnoir.eu/en/cameras/franka/solida/, https://vintagecameralab.com/brand/franka/, https://collectiblend.com/Cameras/Franka-Werke/ , https://www.jnoir.eu/en/cameras/franka/, https://cameracollector.net/franka-franka/ en anglais ; https://antique-autoradio-madness.org/1_A.C.M(Photo)/ACM-2-Appareils-Photo/ACM-Franka/ACM-FRANKA-Solida-III-1954-Radionar_1.htm, en français ; https://www.dewitcameras.nl/merk/franka/, en néerlandais ; https://kameramuseum.de/firmen/franka/, https://kameramuseum.de/bernd-arnal-fotogeraete-aus-oberfranken-i-franka-co-heft-326/, en allemand

Argentique

Un nouveau mythe entre les mains, le Mamiya C33 Professionnal. Deuxième partie.

Préambule.

Le Mamiya C33 Professional fait partie de ces appareils mythique que l’on est heureux d’avoir en mains au moins une fois dans sa vie.

Son histoire est intéressante, vous avez pu la lire dans la première partie de cet article, et sa manipulation un peu particulière, même si elle n’est pas compliquée. Mais ses particularités ont toutes une explication rationnelle et utile qu’il est bon de comprendre pour en tirer le meilleur.

Nous allons essayer de vous les présenter … quoique les vidéos ci-dessous vous offrent une belle combinaison de manipulations.

Présentation du Mamiya C33 Professional.

Comme d’habitude, je ne vais pas faire le tour du mode d’emploi, ce serait fastidieux pour tout le monde, juste revenir sur quelques points intéressants.

La mise au point.

Ainsi que je l’évoquais dans la première partie, la mise au point utilise un système de soufflet et de crémaillère qui donne un extension d’environ 56mm. Cette extension dépend de la distance initiale requise pour la mise au point à l’infini selon chaque objectif.

Le soufflet est particulier au sens où il est divisé en deux parties, en déflecteur interne sépare la visée de la prise de vue.

Les échelles de mise au point varient d’un modèle à l’autre et elles peuvent être modernisées pour utiliser des objectifs plus récents. Cette plaque est fixée sur le cadre de montage du soufflet, à gauche.

Il est utile de manipuler les deux gros boutons en même temps pour éviter d’abîmer l’axe de sortie des platines, monté sur une crémaillère.

L’exposition multiple.

Généralement, lorsqu’on veut faire des expositions multiples, on essaie d’empêcher le film d’avancer lors du réarmement et on débraye le système d’avance.

Ici, on expose la première image, puis on passe en mode Multi avec la petite roue sur le côté droit, on réarme et on déclenche. Ne pas oublier de remettre la roue sur Single pour les autres images.

En fait cette petite roue ne fait que désengager le dispositif de prévention et pas l’avance du film.

Le chargement d’un film.

Vous avez ouvert la porte arrière et vous allez placer la bobine de film en bas, en tirant légèrement sur l’amorce que vous avez décollée et placée dans la fente de la bobine réceptrice. Pour engager les deux bobines, il faut faire tourner et tirer sur les deux boutons à gauche de l’appareil puis les remettre à leur place. Vous aller faire avancer le film avec la manivelle jusqu’à ce que la flèche inscrite sur le papier soit en face du repère (un point sur les bords). Puis vous refermez le dos et vous le bloquez. Faites encore tourner la manivelle jusqu’à ce qu’elle se bloque : vous êtes à l’image une ; il reste à tourner la manivelle dans le sens anti-horaire pour la mettre en position de repos..

Lorsque vous atteindrez la douzième image, le verrou d’avance se déverrouille et vous pouvez encore faire quelques tours pour déplacer tout le film sur la bobine réceptrice. N’oubliez pas de coller la languette de fermeture du film terminé et vous voilà prêt à tout recommencer.

Le déclenchement.

Il y a en fait trois manières de déclencher l’obturateur avec cet appareil. La première est de fixer un câble souple dans le filet prévu à cet effet et, après avoir armé l’obturateur avec la manivelle, à enfoncer le bouton de déclenchement.

La seconde est d’utiliser le déclencheur situé à droite, en dessous du filetage pour câble souple. C’est la méthode la plus simple et la plus commune.

La troisième en fait fait l’impasse sur la tige qui fait basculer le déclencheur et vous permet de pousser vers le bas directement le déclencheur placé sur l’objectif.

Vous le voyez, le reste est semblable aux autres TLR : réglage de la distance avec les deux roues qui fera avancer le soufflet et la platine d’objectifs. Vous pouvez toujours vérifier celle-ci sur la table fixée à droite, sur la platine et qui diffère selon les objectifs montés sur le boitier.

Pour les focales de 65 et 80 mm, l’échelle est sur la gauche, sous la manivelle.

L’équivalence des focales.

Quand j’écris que cet exemplaire de C33 est équipé d’un 105mm, de fait, si on le compare au standard du 24×36, on obtient une focale de 68mm.

Le 60 et le 80mm qui sont aussi prévus et qui font l’objet d’une échelle différente, représentent respectivement des focales de 37mm (un grand angle) et 51mm (la focale classique des réflex 24×36).

Le tableau ci-dessous reprend ces équivalences :

Tableau des longueurs focales comparatives pour photographies au format 645, 6x6, 6x9, et 35mm.
Source : lens2nshutter

La correction de la parallaxe.

C’est une particularité du modèle : en fonction de l’objectif utilisé – et il ne faut pas oublier de l’indiquer lorsque vous changez d’optique sur la roue à gauche de l’appareil – vous verrez un indicateur sur l’écran de visée qui vous indique quelle partie de l’image ne sera pas vue si vous vous approchez beaucoup de votre sujet. Mamiya avait sorti un accessoire bien utile sur pied pour corriger non seulement la position mais aussi la perspective : le Paramender.

Et comme c’est plus parlant en images animées :

Les accessoires.

Ce genre de boitier s’inscrit surtout, comme son nom l’indique, dans le milieu professionnel. J’ai rencontré un photographe pour qui il fut l’outil de travail pendant des années (il en avait d’ailleurs plusieurs de la gamme) – mes amitiés Salvatore – lorsqu’il travaillait comme photographe pro pour des mariages, des photos de commandes en B2B, etc. Il en gardait un excellent souvenir mais était aussi content de son fidèle trépied !

Et, outre la gamme des objectifs adaptés aux besoins particuliers de chaque professionnel, il y avait aussi des accessoires pour aller encore un peu plus loin. Citons, en vrac :

  • un viseur Porroflex pour un visée réflex classique
  • des caches-objectifs avant et arrière
  • des filtres
  • des accessoires de trépied
  • des poignées
  • des accessoires pour glisser du film 135 au lieu du 120
  • des sangles de transport
  • des houses de protection
  • des dos pour mettre du plan film
  • etc.

Bref, tout un univers sensé rencontrer tous les besoins du photographe. Si vous surfez sur Ebay, vous aurez sans doute l’occasion de trouver l’accessoire qui vous manque …

Si vous voulez découvrir des images prises avec cet appareil, c’est ICI et LA.

Que penser de cet appareil ?

C’est un appareil que j’avais envie de manipuler au moins une fois car il fait partie de ces mythes historiques.

Il est agréable à manipuler, facile à utiliser et très polyvalent avec ses objectifs interchangeables – rare sur un TLR – et, si vous avez des besoins particuliers, pour ses nombreux accessoires.

Cependant, il est lourd : 1,8kg nu et plus de 2 kg avec ses objectifs. Il faut impérativement une bonne sangle pour le porter et un bon trépied pour le supporter. S’il ne rechigne pas à sortir, c’est surtout un appareil de studio ou en tout cas de photo posée.

Vais-je l’utiliser ? Non, mes vertèbres ne s’en remettraient pas et j’ai toujours le même souci avec ces TLR, je n’arrive pas à remettre l’image dans le bon sens !

Outre ces considérations toutes personnelles, il faut ajouter que c’est un appareil qui a fait et fait encore ses preuves et qui est toujours recherché car sur ce modèle le plastique reste encore exceptionnel alors que les suivants (pour alléger l’ensemble) y auront plus recours.

Question prix, il reste raisonnable, bien plus qu’un Rolleiflex par exemple, car vous pouvez le trouver aux environs de 250€ – 300€ avec un objectif. Les prix grimpent si la série est complète au niveau optiques, bien évidemment.

Tout ceci étant écris, quelle belle machine à photographier !

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Dates de fabrication : 1965 – 1969
  • Poids (corps seul) : 1810 gr
  • Avance du film : Manivelle, un tour à complet, retour d’1/2 pour la position repos
  • Armement de l’obturateur : Automatique
  • Déclencheurs : Simple, monté sur le côté
  • Compensation de parallaxe : Automatique pour 80, 105, 135 et 180 mm
  • Compensation d’exposition : Comme compensation de parallaxe
  • Capacité 120/220 : 120 uniquement.
  • Échelles de mise au point de l’objectif 65mm et 80mm dans la fenêtre sur le côté droit, 105mm (chrome), 135mm, 180mm sur les plaques montées sur le rack d’objectif sur le côté gauche. Les modèles de 1968 et ultérieurs peuvent avoir des échelles supplémentaires pour le 55 mm et le 250 mm. Une mise à niveau pour accepter les objectifs de 55 mm et 250 mm était disponible, ce qui diffère de la version C3/C22 qui n’ont pas d’échelles de 65 mm et 80 mm.
  • Écrans interchangeables : Non.
  • Griffe flash : dite froide, partie supérieure gauche
  • Dos amovible : Oui, option de plan film, deux loquets à goupille à ressort, comme C3
  • Multi-exposition : Oui
  • Déclencheur par câble : Douille filetée conique sur le cadre du panneau d’objectif
  • Vis de trépied : 1/4″
  • Autres particularités : Revêtement en caoutchouc texturé, changement pour les boutons de mise au point noirs. La manivelle doit être enroulée à l’envers en position de repos après chaque avance d’une photo

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-11288-Mamiya_C33.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Mamiya_(entreprise), https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Mamiya, https://fr.wikiital.com/wiki/Mamiya_(azienda), en français ; https://camerapedia.fandom.com/wiki/Mamiya_C33_Professional, https://camera-wiki.org/wiki/Mamiya_C33, https://web.archive.org/web/20021210011821/http://www.btinternet.com/~G.A.Patterson/mfaq/m_faq-1.html#Heading21, https://prabook.com/web/seiichi.mamiya/3719183, https://www.jeremymuddphoto.com/blog/2020/8/13/life-in-squares-the-mamiya-c33-c330, https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Mamiya_products (tous les appareils Mamiya), https://www.readgrain.com/a-very-unique-tlr-mamiya-c33/, en anglais ; http://www.hmw-foto.at/kamera/c33.shtm, http://www.hmw-foto.at/kamera/c33.shtm#handling, en allemand ; https://web.archive.org/web/20130730211313/http://www.mamiya.co.jp/home/camera/museum/janru/chu-nigan.htm, en japonais (Mamiya museum)

Argentique

Un nouveau mythe entre les mains, le Mamiya C33 Professional. Première partie.

Préambule.

Franchement, j’ai essayé de résister mais Monsieur Loiseau (dit Le Piaf) a eu les mots pour me faire craquer …

Son stand était juste à l’angle du nôtre et nous avons évidemment engagé la conversation, amicale et sympathique. De fait, les trois appareils que j’ai achetés lors de la 25ème Foire de Cormontreuil viennent de chez lui, et voici le premier.

Un peu d’histoire.

Seiichi Mamiya est né dans la préfecture de Shizuoka (Japon) en 1899. S’il a terminé son école primaire, c’est en parfait autodidacte qu’il obtient l’examen de qualification des diplômés universitaires (1918).

Un homme asiatique, portant une veste, en train de travailler sur un appareil photo, avec un stylo à la main, dans un environnement intérieur.

C’est d’abord dans le domaine de la caisse enregistreuse qu’il se fera connaître (il recevra le prestigieux Prix Impérial pour cette invention) en créant la Nippon Cash Register Company en 1938. Il y sera l’ingénieur en chef et ira présenter ses inventions en Europe et en Amérique.

Au terme de ses nombreux voyages, il fonde la Mamiya Koki Seisakusho, une entreprise spécialisée dans l’optique, qui deviendra la Mamiya Optical Instrument Company. Il en sera le directeur de laboratoire de recherche photographique (1950).

Considéré comme l’un des 10 plus prolifiques inventeurs du pays du Soleil Levant, il invente de nombreux mécanismes qui améliore les appareils photo. Il recevra la Médaille du Ruban Bleu pour ses inventions.

C’est en 1940 qu’il fonde, avec le banquier Tsunejiro Sugawara la marque Mamiya. Deux usines sortent de terre et elles emploieront 200 ouvriers.

Le premier appareil de la nouvelle société sera le Mamiya-6, un pliant à soufflet (folding) au format 6x6cm, avec visée télémétrique. Cet appareil sera construit et commercialisé avant la Guerre du Pacifique (1941), interrompu pendant celle-ci et sera repris après la fin du conflit (1945).

Fait assez rare, après la Seconde Guerre Mondiale, Mamiya va recevoir des commandes conséquentes des Etats-Unis. Cela va lui permettre de construire une nouvelle usine à Tokyo. En 1950, elle ouvrira des bureaux à New York et à Londres.

La production se partagera entre :

  • le Mamiya 35 (1949) et ses descendants, le 35 II (1955) et le 35 III (1957), un magnifique télémétrique à objectif fixe
  • le Mamiya Super 16 (1951), lui aussi décliné en Mamiya 16 Super (1957), Mamiya 16 Automatic (1960), Mamiya 16 De Luxe (1961), un très beau sub-miniature qui utilisait, vous l’avez compris, le film 16mm
  • pendant les années cinquante, toute une série de très beaux télémétriques (Wide E, 35 Crown, Metra, etc.) sortiront des différentes usines Mamiya (voir ICI la liste complète des appareils)
  • les années soixante garderont la production de quelques télémétriques mais verra l’introduction de reflex (SLR), dont le Mamiya Prismat (1960), le Mamiya Sekor (1966), le Mamiya X 1000 (1972), etc.
  • des appareils au format 6×4,5cm, le Mamiya 645 (1975) qui se déclinera en de nombreuses versions jusqu’au seuil des années 2000 et même jusqu’en 2012 pour les versions avec autofocus
  • des reflex bis-objectifs (TLR) dont le Mamiya Flex Junior sera le premier (1948) d’une longue série qui deviendra la série des Mamiya C Profesionnal (1956 -1983)
  • des appareils au format 6x7cm, dont le premier Mamiya RB 67 Professionnal (1970), le Mamiya RZ 67 (1982) et leurs déclinaisons (jusqu’en 2014) ; puis un particulier Mamiya 7, un télémétrique (1995 – 2011-
  • des appareils au format 6x9cm, dont les fameux Mamiya Press (1960 – 1969)

Il y eut aussi de nombreuses collaborations, notamment avec Nikon et Ricoh (Nikkorex F, Ricoh Singlex, Nikkor J) en monture Nikon F (1962), Polaroid (Polaroid 600/600SE — semblable au Mamiya Universal, PhaseOne pour la série Mamiya 645 (2008).

Et on ne peut faire l’impasse sur les optiques créés pour les différents types d’appareils proposés, dont les montures changent au rythme des avancées technologiques, des flashs et des dos digitaux.

La plupart des appareils ont introduit des innovations, comme la double mesure de la lumière (spot et évaluative) sur le Mamiya DSX 1000 (1974).

Si tout semble bien fonctionner pour l’entreprise, un de ses principaux fournisseurs, Osawa, fait faillite en 1984. Dès lors, Mamiya abandonne le secteur des films 135 pour se concentrer exclusivement sur les moyens formats.

S’ensuivront une série d’appareils aujourd’hui recherchés, comme le 645 Pro (1992), le Mamiya 6MF (pour multi-format), le RZ67 Pro II, le Mamiya 7, le Mamiya AFD et, en 2006, le Mamiya ZD, un moyen format numérique.

A partir du second opus de cet appareil, Mamiya va collaborer encore plus avec Phase One, une entreprise danoise et ils sortiront conjointement des moyens formats sous des références différentes mais qui sont des appareils identiques (Mamiya 645 AFD III et Phase One 645).

Finalement Phase One investira massivement en Mamiya en 2009. Elle continuera à sortir des dos numériques pour appareils photos et des logiciels pour le traitement photo (Capture One). En 2011, la firme est considérée comme une partie de Phase One et en 2023 le nom de Mamiya aura disparu.

On gardera en mémoire que Mamiya fabriquait d’excellents appareils, bien construits, souvent originaux, avec des solutions inédites, comme celui que nous allons voir aujourd’hui.

Les appareils moyens format bis-objectifs ont tous la même limitation : leurs objectifs sont inamovibles. Si vous voulez changer la distance focale, vous ne pouvez le faire qu’avec des accessoires dédiés et dans une plage très limitée.

Au début des années cinquante, le Rex Reflex français avait tenté une réponse, hélas restée sans lendemain, et plus tard, en 1968, le Koni Omegaflex M, l’un et l’autre en proposant déjà des platines d’objectifs interchangeables.

Chez Mamiya, dès 1948, on a construit des TLR classiques. Mais à cette époque, et pour quelques années encore, LA référence s’appelait Rolleiflex.

De nombreuses autres entreprises fabriquaient pourtant d’excellents TLR, aussi bien construits (matériaux, rigueur d’assemblage), aussi bien conçus (armement automatique, protection contre les doubles expositions), assortis eux aussi d’excellentes optiques ; rien à faire, l’initiateur du genre régnait.

En 1956, Mamiya a lancé six modèles : les Mamiyaflex Junior, I, II, Automatic A, Automat B et Mamiyaflex C. C’est le dernier qui retient notre attention, le Mamiyaflex C introduisait la nouveauté, les optiques interchangeables.

Appareil photo Mamiya C33 Professionnel, un modèle TLR à double objectif en noir et chrome, présenté de face avec ses objectifs clairement visibles.

Celui-ci propose déjà tout ce qui fera le succès de la série : les objectifs interchangeables et un soufflet. Dès le début quatre ensembles d’objectifs sont proposés : 60 – 80 – 105 – 135 mm.

Les concurrents de l’époque, le Zeiss Ikon Ikoflex, le Minolta Autocord, le Rolleicord V, le Rolleiflex 3,5 venaient de trouver un challenger original et innovant et Mamiya un créneau à exploiter.

Dès 1958, le Mamiyaflex C2 entérinait la suite et le succès de cette série qui ne s’éteindra que 38 ans plus tard.

Ensuite, en 1962, le nom évolue et devient Mamiya tout court. Cette année introduit aussi un nouveau modèle, le C3. En fait, l’introduction de ce nouveau numéro détermine aussi une nouvelle gamme dans la série : le C2 sera suivi d’un C22, d’une C220 et enfin un C220f alors que le C3 évoluait vers les C33, C330, C330f.

A noter que dans l’évolution des séries, le plastique sera plus présent (à partir des C220/330), ce qui a permis de réduire (un peu) le poids et la taille des boitiers.

Ces deux gammes ne devraient pas s’opposer en termes de clivage amateur contre professionnel mais plutôt par une offre de fonctionnalités plus importantes dans la série 3. Les objectifs des deux séries, ainsi que leurs accessoires, peuvent toutefois être utilisés dans l’une ou l’autre série et réciproquement.

Si, initialement, le terme professional n’apparaissait que dans la série 3, à partir de la C22, il sera indiqué partout.

Quel est le point commun de ces boitiers ?

  • le principe du TLR (Twins Lens Reflex ou reflex bis-objectifs)
  • des objectifs interchangeables
  • un soufflet pour la mise au point
  • un viseur à puits de lumière
  • le film 120
  • le format d’image 6x6cm
  • des objectifs à obturateur central
  • le verrouillage de la double exposition
  • le transport du film avec arrêt automatique
  • pas d’électronique

Ce qui différencie au premier coup d’œil les 2 séries, c’est la manivelle de la série 3 pour le transport et l’armement alors que sur la série 2, c’est un gros bouton. Si les nouvelles caractéristiques des appareils sont apparues d’abord sur les séries 3, elles se retrouveront pour la plupart sur l’autre série, avec un petit temps de décalage. De fait, encore une fois, les différences entre les séries ne sont pas énormes.

Enfin, dernier point à aborder, celui des platines d’objectifs/obturateurs.

Pour faire simple, disons d’emblée qu’il y a deux séries (ça y est, ça recommence !) : les chromés et les noirs. Dans les objectifs chromés, vous trouverez trois obturateurs Seikosha différents selon leur vitesse (MX, S et SVL) alors que la série noire n’aura qu’un obturateur Seiko. Comme vous vous en doutez, le MX est le moins rapide, avec 1/400s tandis que le S et le SVL arrivent au 1/500s pour leur plus grande vitesse.

Les premiers modèles sont traités monocouches alors que les séries noires sont toutes multi-revêtement.

La gamme s’étend du 55 et 250 mm, ce qui correspond à la plupart des besoins de ce type d’appareil.

Les filtres sont soit au diamètre de 40,5mm, soit de 46mm, quoiqu’il existe aussi du 49mm pour les télé à partir de 180mm et dans le 65mm f3,5. Quant aux pare-soleil, ils sont rares et très difficiles à trouver mais rien n’empêche d’utiliser des pare-soleil en caoutchouc ou autre, à viser.

Tableau résumant les modèles de la série Mamiya avec leur année de production initiale et d'arrêt.

Si l’ancêtre commun était le Mamiya C, il y eut aussi le C3, la version qui rendit populaire la gamme et qui introduit la manivelle pour l’avance du film et l’armement de l’obturateur. Ensuite, le C33, qui améliore le C3 avec notamment la compensation de parallaxe. Enfin, le C330, qui améliore logiquement son prédécesseur en proposant des écrans de mise au point interchangeables et la possibilité de charger du film 120 et 220. Les deux dernières versions le C330f et le C330S clôtureront la gamme en 1994, soit près de 40 ans après le premier Mamiyaflex C.

Une belle et longue histoire …

Présentation du Mamiya C33 Professional.

Le Mamiya C33 a vu le jour en 1965 et sera produit jusqu’en 1969.

C’est un (très) gros boitier de 1,8kg. Il sera d’ailleurs le plus lourd de tous. Ne laissez pas vos pieds trainer s’il venait à tomber ou alors avec des chaussures de sécurité !

Appareil photo Mamiya C33 Professional présenté sur un bureau, avec des touches d'autres appareils en arrière-plan.

Le boitier, tout métallique, est recouvert d’une espèce de caoutchouc texturé quasi indestructible, que l’on peut nettoyer avec un peu d’eau savonneuse. Par contre, les joints d’étanchéité de la porte arrière peuvent laisser à désirer, comme souvent. N’hésitez pas à les changer si besoin, c’est toujours facile à faire et cela évite des déboires.

Le viseur à puits de lumière vous donne une image lumineuse, droite et … inversée comme il se doit. Attention, le viseur n’affiche que 91% de la surface du film (dépoli de 51mm alors que le film fait 56mm), pensez-y lors des prises de vue.

Comme souvent dans ces puits à lumière, il y a une loupe et pour une fois celle-ci est suffisamment grande que pour être exploitable. Il y a aussi un viseur sport, constitué d’un carré découpé dans la tôle arrière du puits et en rabattant vers l’intérieur le couvercle avant. Vous avez bien évidemment la possibilité d’ôter le puits à lumière et de le remplacer par d’autres viseurs, nous y reviendrons (si je n’oublie pas), il suffit de faire déserrer le bouton situé sous la trappe.

la séquence d’ouverture/fermeture du puits à lumière.

Vous aurez remarqué les 2 petites broches sur le couvercle : elles servent à fixer des plaques de masquage pour les focales longues en utilisant le viseur sport.

Photographie d'un appareil photo reflex Mamiya C33 Professional, sur un bureau, avec des accessoires photo en arrière-plan.

Pour ouvrir le dos de l’appareil, un simple bouton à faire glisser et le dos bascule, dévoilant une chambre de grande dimension, superbement construite. En cas de besoin, le dos peut s’ôter totalement grâce à deux astucieux petits ressorts dans la charnières (un peu comme pour les bracelets de montre). Il existe aussi une petite fenêtre rouge inactinique, protégée par un volet coulissant afin de voir l’avance du film, même s’il y a par ailleurs un compteur de vues.

Sous l’appareil, un filetage pour fixer un trépied. Ce qui sera souvent le cas, vu le poids et la destination de l’engin. Il sera toujours plus à l’aise en studio que lors de longues balades en montagnes !

Vue arrière d'un appareil photo Mamiya C33 Professional, montrant les commandes et la conception robuste.

Sur le côté gauche, deux boutons, l’un en haut et l’autre en bas, pour placer la bobine de film 120 dans la chambre, que l’on fait un peu tourner avant de tirer dessus. Entre les deux, un cadran pour indiquer , en mémo puisqu’il n’y a pas de cellule, les Asa du film utilisé, de 10 à 1000. Le bouton au centre qu’il faut bloquer lorsque l’on change d’objectif et en dessous, un curseur pour corriger la parallaxe fonction de l’objectif utilisé .

La griffe de flash est dite froide car il n’y a pas de contact pour la synchronisation mais bien une prise coaxiale sur le devant pour y fixer un câble de flash.

Gros plan sur le Mamiya C33 Professional, montrant l'objectif et les boutons de réglage sur le boîtier.

Sur le côté droit, dans une fenêtre, le compteur de vue puis dessous, la manivelle d’avance du film et d’armement de l’obturateur. Juste à côté de celle-ci, un petit bouton pour permettre de faire des doubles expositions si besoin. Un peu plus bas encore, une fenêtre qui vous indique la distance de mise au point pour les focales de 65 et 80mm, avec pour chacune la distance minimale de travail.

Enfin, la face particulière du boitier qui possède une espèce de menton, là où se fixent deux grosses molettes, qui servent à faire avancer ou reculer la platine. Sur le dessus, à droite, un emplacement fileté permet de fixer un câble de déclenchement souple. En dessous, un bouton rond, qui est le déclencheur d’une simplicité rare et largement dimensionné.

Sur la gauche, un gros bouton relié à un solide ressort maintient la platine à sa place et lorsqu’on la décoche de son encoche, de retirer la platine entière.

Gros plan sur un Mamiya C33 Professional, mettant en évidence l'objectif et le mécanisme de fixation du boîtier.

Enfin, les deux optiques : en haut, un Mamiya Sekor de 105mm ouvrant à f3,5 (en tout cas, sur cet exemplaire et qui correspond à un 68mm en 24×36), qui sert à la visée ; en bas, le même objectif, si ce n’est que celui-ci sert à la prise de vue. On peut évidemment fixer des filtres sur l’optique mais attention, le diamètre change fonction des focales (de 80 à 105mm, filtre de 40,5mm ; pour le 135mm, filtre de 46mm ; pour les 60 et 180mm, filtre de 49mm).

Si la distance se règle grâce au soufflet interne, la vitesse se modifie avec la roue crantée autour de l’objectif (index sur la gauche), de 1s à 1/500s plus la pose B. Le retardateur est le gros bouton qu’il faut abaisser sur le côté. Au dessus de ce gros bouton, une tirette crantée vous permet de choisir entre les lettres M ou X pour les flashs. La synchro M (pour les anciens flashs à lampe) se fixe jusqu’au 1/500s , tandis que la vitesse de synchro X se limite au 1/30s.

Tableau des vitesses de synchronisation de flash pour différents types de déclencheurs.

Enfin, l’ouverture, de f3,5 à f32, se modifie avec le petit curseur situé sur la droite.

Il y a encore toutefois un éléments dont je n’ai pas fait mention, l’échelle de profondeur de champ qui se trouve sur la droite de l’appareil. De fait, lorsque vous manœuvrez le soufflet pour régler la distance, en fonction de l’optique montée sur le boitier, et reprises sur cette échelle, vous pouvez déterminer la distance de mise au point exacte.

Vous aurez aussi remarqué les deux attaches prévues pour fixer une lanière de portage.

Publicité d’époque: elle vous présente toutes les optiques compatibles avec le C33.

Publicité vintage pour l'appareil photo Mamiya C33, avec l'appareil affiché à droite et une liste d'accessoires à gauche.
Source : Collection-appareils. Foto-Quelle 1968-69

Publicité d’époque qui permet de situer le Mamya C33 avec la production du moment.

An advertisement page featuring various models of Mamiya cameras, along with Minolta, Minox, and Miranda equipment, displaying images, specifications, and prices.
Source : Collection-appareils. PhoKina 1969

Voilà, ici s’achève la première partie de ce long article.

Dans la seconde, nous verrons comment utiliser cet appareil particulier, des vidéos d’illustration, un peu de technique et où trouver le mode d’emploi.

A tout bientôt.

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-11288-Mamiya_C33.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Mamiya_(entreprise), https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Mamiya, https://fr.wikiital.com/wiki/Mamiya_(azienda), en français ; https://camerapedia.fandom.com/wiki/Mamiya_C33_Professional, https://camera-wiki.org/wiki/Mamiya_C33, https://web.archive.org/web/20021210011821/http://www.btinternet.com/~G.A.Patterson/mfaq/m_faq-1.html#Heading21, https://prabook.com/web/seiichi.mamiya/3719183, en anglais ; http://www.hmw-foto.at/kamera/c33.shtm, http://www.hmw-foto.at/kamera/c33.shtm#handling, en allemand

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-11288-Mamiya_C33.html, en français ; https://camerapedia.fandom.com/wiki/Mamiya_C33_Professional , en anglais

Argentique

Un Kinaflex en bel état dans son beau sac en cuir.

Préambule.

Cela fait une semaine que je dois ranger ce Rolleiflex qui est à côté de mon bureau mais au moment où je le prend en mains, je me rends compte que c’est la boite marquée Kinax que j’avais à mes pieds !

Quand ais-je acheté celui-ci ? Sans doute à la brocante de … je ne m’en souviens plus, l’âge sans doute …

Mais trêve de plaisanterie, je me souviens que cet appareil m’avait, comme souvent, intrigué et c’est pourquoi je vous le présente aujourd’hui.

Un peu d’histoire.

Elle est compliquée, disons-le d’emblée !

Gustave Pierre Jousset, né en 1868 à Paris, est représentant de commerce avec son frère Emile Albert (né en 1870) alors architecte. Ce dernier rencontre Auguste Dumont et obtient de construire son usine. Cette entreprise est spécialisée dans l’ébénisterie et fabrique notamment des pièces pour Bellieni. Gustave Jousset rencontre à cette occasion Auguste Dumont, dont il devient le fondé de pouvoir des Ets. A. Dumont.

Les Ets. A. Dumont produisent alors les Indiscret et Indiscret Stéréo, très proches des Gamine de Mattioli, deux sociétés qui sont selon toute vraisemblance, en relation.

C’est sans doute à cette occasion que le constructeur d’obturateurs et autres accessoires destinés à la photographie, Gaëtan Mattioli, rencontre Gustave Jousset.

Celui-ci désire remettre son exploitation. C’est Gustave Jousset qui s’en porte acquéreur (1908) et pendant près d’un an, Mattioli fait la passation de savoir. Ainsi, les obturateurs Mattioli deviennent Jousset.

Auguste Dumont décède fortuitement en 1909. Gustave Jousset reprend alors la production des pliants Indiscret.

Gustave Jousset continuera les productions de Dumont et Mattioli et élargit un peu la gamme des obturateurs en intégrant les type Guerry à son offre.

La Première Guerre Mondiale interrompt les activités, que Gustave Jousset relance ensuite en s’associant avec la Maison Hébert (1922). Deux ans plus tard, l’association se dissout et Gustave Jousset se spécialise dans la construction de pliant (folding) en 6,5×9 et 9×12 à châssis métalliques pour plaques de verre ou film, de pieds photographiques et de pinces pour le développement dont la Pince Idéale brevetée en 1895.


S’il produit toujours des appareils photo c’est essentiellement pour des revendeurs car il laisse dans l’anonymat la majorité de sa production. Son fils cadet, André, le rejoint dans la société.


La Seconde Guerre Mondiale interrompt à nouveau la production de l’entreprise, qui renaitra ensuite sous le nom Anciens Ets. Jousset, Société Industrielle de Photographie et d’Optique. Petit à petit, Gustave Gousset laisse les rennes de l’entreprise à son fils André.

C’est en octobre 1945 que la nouvelle société dépose la marque Kinax et entre 1945 et 1950, elle déposera quatre brevets autour de cet appareil.
Pour simplifier les choses, le premier brevet déposé en 1945 l’est au nom des Anciens Ets. Jousset, celui de 1948 le sera sous le nom de la Société Industrielle de Photographie et d’Optique (IPO), tandis que ceux de 1949 et 1950 le sont  au nom de la Société Kinax S.A.

Finalement, la production se concentrera sur des folding 6×9 et quelques appareils bis-objectifs (TLR) 6×6 dont le fameux Kinaflex, même si ce dernier est inspiré du boitier fabriqué par ATOMS, qui sera d’ailleurs la base de nombreux autres TLR français comme l’Aiglon, le Luxoflex et l’Atoflex.

Il faut se souvenir que les premiers constructeurs et producteurs de TLR, avant la Seconde Guerre Mondiale, étaient essentiellement Allemands, avec en tête de file l’inventeur du genre, la firme Franke & Heidecke et leur Rolleiflex (1929).

Ce n’est qu’après cette période que les français, entre autres, se lanceront dans la construction de ce type d’appareil, le champ étant libre et, il faut bien l’avouer, l’aventure du pliant (folding) commençait franchement à s’essouffler.

In fine, la société Kinax s’éteindra en 1958, après la série Kinaflex (6×6), celle d’une caméra stéréoscopique.

Présentation du Kinaflex.

Ce TLR est donc basé sur l’Atoflex fabriqué par Atoms. C’est un TLR (Twin Lens Reflex) assez classique, équipé d’un objectif Anastigmat de 75mm f3 pour la visée et d’un Flor Berthiot de 75mm f3,5 pour la prise de vue. L’obturateur est un Atos-2 qui offre des vitesses de 1s au 1/300s plus pose B.

C’est un boitier tout en métal, recouvert de faux cuir noir, avec une face avant en métal un peu proéminente qui porte les deux objectifs.

Le Kinaflex (1951) est un 6×6 qui offre la particularité de faire la mise au point par rotation des deux objectifs, liés par un système par rotation des deux objectifs en même temps. La mise au point est assurée par une rampe hélicoïdale. Une échelle de profondeur de champ est gravée sur l’objectif du dessus

Un Babyflex, faux TLR, sera aussi produit mais il n’offre pas d’intérêt étant très simpliste.

Seconde particularité, le capuchon de visée offre en son centre une lentille qui, associée au viseur sportif, rendrait la visée plus confortable et fine.

Les vitesses se sélectionnent avec une roue crantée sous l’objectif, un simple point servant de repère. L’armement se fait avec un levier situé à droite, qu’il faut monter vers le haut une fois la vitesse choisie et le déclenchement s’opère avec un levier à l’opposé, qu’il faut aussi faire monter. Il n’y a pas de retardateur. Un trou fileté, sous le déclencheur, permet de fixer un câble. A son opposé, une prise PC pour le flash, sans doute synchronisé à toutes les vitesses, aucune mention de type de flash n’étant reprise (ni X ni M). Les deux rigoles chromées sous l’objectif permettent de fixer les fils du flash et le câble de déclenchement.

Quant aux ouvertures, elles se règlent avec un petit levier, sur la gauche, de f3,5 à, f16.

La grosse molette, sur la droite du boitier, ne sert qu’à l’avancement du film. Il n’y a pas de protection contre les doubles expositions.

Pour ouvrir le dos, il faut faire glisser un bouton au dessus, ce qui libère deux crochets. Au dos, une simple fenêtre en rouge inactinique sert de compteur. Un petit bouton rond permet de masquer la fenêtre.

Vue en détail du haut d'un appareil photo Kinaflex, mettant en évidence le capuchon de visée et les commandes sur la surface supérieure.

Et là je me maudis un peu car j’ai commis une erreur de débutant en ouvrant l’appareil alors qu’un film y était engagé. Je n’avais pas vu de chiffre ou autre dans la dite fenêtre rouge (on n’y voit rien !). Dommage, ce seront sans doute quelques images gâchées !

Toujours est-il que lorsque vous l’ouvrez, c’est tout le dos qui s’escamote. Il faut, pour le refixer, veiller à ce que 2 petits tenons à l’avant soient bien engagés dans les trous de la porte avant de refermer et de mal le placer et donc de causer des fuites de lumière.

Quand au capuchon du viseur, il suffit de le relever pour qu’il se déplie automatiquement mais par contre, il faut replier les parois une à une pour le refermer. Un trou, percé dans la paroi arrière, permet de faire une visée dite sportive, à hauteur d’œil, grâce à la lentille sur la face avant, Ce n’est guère précis mais ça aide (un peu). Une petit loupe est intégrée aussi à la face arrière et permet de faire une mise au point plus fine sur le dépoli. Mise au point qui commence à 1,5m seulement, jusque l’infini.

Par dessous l’appareil, un pas de vis permet de le fixer sur un trépied.

Vue arrière d'un appareil photo Kinaflex, en métal noir avec une finition texture, présentant un pas de vis au bas pour trépied.
An advertisement featuring the Kinaflex and Olbia cameras, showcasing their specifications, prices, and features. The Kinaflex is highlighted as a dual-objective reflex camera with a Berthiot lens.
Source : Collection-appareils. Photo-Plait 1952.

Que penser de cet appareil ?

La publicité d’époque nous racontait déjà des histoires : … comporte les perfectionnements que l’amateur averti exige d’un Réflex à deux objectifs. Puis vient le prix, 25.030 fr de l’époque.

Pourtant, si je regarde un Semflex du même moment, il est plus sophistiqué et sensiblement au même prix. Un Meopta Flexaret III ou un Rolleicord III, encore mieux pourvu, offraient aussi des alternatives intéressantes.

Soyons honnête, l’appareil n’est pas médiocre, loin de là (nous ne sommes pas chez Lubitel) même s’il a des lacunes. Tout le nécessaire est là : un bon objectif de visée clair (f3), un objectif de prise de vue agréable (le Flor Berthiot a bonne réputation), un déclencheur qui offre une vitesse dans la moyenne (1/300s), une construction sérieuse.

Avec son beau sac tout prêt en cuir, il a même fier allure.

Mais voilà, c’est un appareil qui n’a pas vraiment d’âme, de fantaisie, de ce petit quelque chose qui fait qu’on le retient.

Finalement, son pire défaut c’est d’être trop semblable à d’autres, muris sur le même moule que l’Atoms. Cela se ressent au niveau des prix si vous voulez en acquérir un : vous en trouverez en bon, voire très bon état dans une fourchette de 50 à 110€ pour les plus parfaits.

C’est là une manière de se mettre au moyen format sans faire trop de frais, avec un vrai boitier école, solide et qui vous laissera encore assez d’argent que pour acheter des films et faire des photos.

Qu’en pensez-vous ?

Vidéo d’illustration.

Un peu de technique.

  • TLR 6×6
  • KINAX sur base : Atoms, modèle Kinaflex
  • Visée reflex sur dépoli
  • Mise au point par rotation des objectifs couplés par engrenage
  • Objectif de prise de vue : Som Berthiot Flor f:3,5/75mm ; de visée : Anastigmat 1:3/75mm
  • Obturateur Atos II 1s-300e +B – avec armement préalable – mise au point de 1,6m à l’infini
  • Flash : oui – prise coaxiale
  • 1Avance du film : Bouton
  • Format : 6×6, bobine 120
  • Pays : France
  • Année de construction : 1951

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1342-Kinax_Kinaflex.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-501-Atoms_Atoflex%20I.html, http://glangl1.free.fr/Liste-Kinax.html, https://www.collectiongeven.com/piwigo/index.php?/category/745, http://glangl1.free.fr/Liste-Atoms.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Kinax, en français ; https://en.wikipedia.org/wiki/Twin-lens_reflex_camera, https://camera-wiki.org/wiki/Kinax, https://collectiblend.com/Cameras/Kinax/Kinaflex.html en anglais

Argentique

Le Meopta Flexaret VI Automat, un TLR trop méconnu

Préambule.

Un beau stand, celui d’une dame âgée qui vend de beaux bibelots, de la belle vaisselle et, au détour d’une de ses tables, un beau sac tout prêt qui me titille l’œil.

Ce doit être un TLR, mais lequel. Rapide regard sur le devant du sac en cuir, c’est un Flexaret VI. Tient, j’en ai déjà analysé un par le passé, c’était le Flexaret V.

L’étui est ouvert sur un bel appareil gris, qui possède encore son cache objectif d’origine. Vite, j’ouvre le tunnel de visée et je découvre un magnifique verre gravé de lignes de mise au point. Je sens que je vais bien l’aimer celui-là.

Petite négociation et le voilà dans le sac à dos.

Un peu d’histoire.

Nous sommes à l’Université de Přerov (en Tchécoslovaquie, aujourd’hui République Tchèque), en 1933. Le professeur de physique Alois Mazurek décide de créer une petite usine pour fabriquer des composants optiques, des loupes, des jumelles. Ainsi nait Optikotechna, lancée grâce aux locaux et aux capitaux d’un ingénieur qui croit en l’aventure, Alois Beneš

Dès 1934, la petite société élargit sa gamme de produits et propose des agrandisseurs, des objectifs photographiques en plus des condensateurs de lumières, des loupes et des jumelles initiales.

Pour grandir encore, en 1935, Alois Beneš vend l’entreprise à un important fabricant d’arme pour l’armée tchécoslovaque, Zbrojovka Brno. Avec les nouveaux investissements, on construit une nouvelle usine sur le site et la production s’accroit encore.

Finalement, en 1938, elle fabrique des appareils photo pour compléter son offre. Ce seront les Optiflex, Autoflex et Flexette, des reflex bi-objectifs (TLR) de moyen format 6 × 6, qui marquent le début d’une longue série.

Des bruits de botte annoncent une nouvelle direction pour l’entreprise : de 1939 à 1945 elle est obligée de fabriquer des télémètres, des périscopes, des jumelles et des lunettes de tir pour l’armée allemande, au détriment des autres produits.

Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale (1946), l’entreprise est nationalisée et agglomérée avec une série d’autres entreprises actives dans les mêmes domaines. Elle s’appelle désormais Meopta (MEchanická a OPTická výrobA – fabrication mécanique et optique) et reprend la fabrication d’appareils photo, de projecteurs, de caméras pour le cinéma, de jumelles, de lunettes de visée, d’agrandisseurs, etc.

Meopta est maintenant connue dans le monde entier et reconnue pour la qualité de ses produits. Notamment avec ses appareils 6×6 Flexaret, qui seront produits à plus de 600.000 exemplaires jusque dans le début des années septante (1971).

De 1947 à 1970, Meopta sera l’un des plus grands fabricants d’agrandisseurs au monde et le seul fabricant de projecteurs de cinéma (Meopton) en Europe centrale et orientale.

Lors de l’Exposition Universelle de 1958, à Bruxelles, Meopta est primé pour ses appareils photo Mikroma (16mm) et Flexaret (6×6). Le projecteur Meopton 4 a reçu une médaille d’or du Grand Prix.

A l’Exposition Universelle de 1967 à Montréal, Meopta fait la démonstration de ses techniques de projection modernes et reçoit des éloges dans le monde entier.

Dès 1971, la production de produit militaire augmente considérablement dans le cadre du Pacte de Varsovie.

Mais au cours des années quatre-vingt, la demande militaire décroissant rapidement, elle ne fabrique plus que des lunettes de visée pour l’armée et pour la chasse, des télescopes. D’ailleurs, dès les années nonante, les programmes militaires sont réduits à zéro et l’entreprise devient privatisée en 1992, restant alors la seule entreprise d’optique en République Tchèque. Elle sera le fournisseur des grandes entreprise optiques du monde entier.

Elle développe alors des produits pour la chasse et les sportifs, sans abandonner les recherches sur l’optique et l’optoélectronique, dont elle devient un des grands leaders mondiaux.

A ce jour, Meopta fabrique toujours des lunettes de visée pour la chasse, pour les tireurs sportifs, des télescope d’observation, de l’optique de précision, des jumelles et des systèmes optoélectronique dont des conducteurs et des systèmes de commande électroniques optiques pour l’industrie des semi-conducteurs, des systèmes optiques pour projecteurs numériques, des systèmes de mesure sans contact, des lentilles, des prismes optiques.

Pour en revenir aux appareils photos bis-objectifs, les Flexaret ont commencé leur carrière sous le nom de Flexette, en fait un appareil appelé Autoflex de Bradac, fabriqué un court moment par les frères Bradac qui, lorsqu’ils ont cessé leurs activités, ont semble-t-il revendu les brevets à Optikotechna.

Le Flexaret I serait donc un Autoflex remanié, devenu un Optiflex puis un Flexette.

Puis il y aura un Flexaret II (1945 – objectif Mirar 80 mm f4,5 obturateur Prontor) suivi d’un IIa (1948 – obturateur Metax), d’un III (1950 – objectif Mirar 80mm f3,5, obturateur Prontor et manivelle automatique pour l’avance du film), d’un IV (1955 – objectifs Mirar 80mm f3,5, obturateur Prontor SV), d’un V (1958 – objectifs Belar 80mm f3,5 et obturateur Metax, plus avancement et armement couplés par molette ), d’un VI (1964 – 1968 avec d’abord obturateur Metax puis Prontor SVS , et enfin d’un VII (1968 – 1971, obturateur Pentacon Prestor).

Pour en terminer avec la généalogie de ce bel appareil, il faut savoir que les Soviétiques ont repris dans le VEB Pentacon la fabrication des appareils photo et le successeur de ces Flexaret, loués pour leur fiabilité et leur confort d’utilisation sera le … Lubitel !

Présentation du Meopta Flexaret VI Automat.

Tout d’abord, mais c’est tout personnel, je trouve que sa robe grise lui va à ravir, c’est moins triste que le sempiternel noir si sérieux.

Ensuite, l’exemplaire que j’ai acheté doit dater de 1964 car il est équipé d’objectifs Belar (copies très convaincantes des Tessar) et d’un obturateur Metax (copie du Compur). Les appareils ultérieurs, qui bénéficieront d’un obturateur Prontor SVS, auront en plus une échelle de réglage basée sur les EV (indice de lumination), calquée sur les données des cellule à main, qui vous permettait de régler en un seul geste l’ouverture et la vitesse, avec possibilité de débrayage du système.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Meopta Flexaret VI Automat, mettant en évidence la lentille gravée et les réglages de vitesse.

S’il parait un peu plus simple dès lors, cet exemplaire est toutefois fichtrement bien construit.

Commençons par la visée : dés l’ouverture du couvercle de protection, les 3 autres côtés se déploient au dessus du verre gravé. Certain me diront encore que c’est sombre. Oui, c’est là la touche de ce type d’appareil, à part quelques rares exceptions comme le Mamya C220 ou le Rolleiflex haut de gamme.

Rassurez-vous, la visée se fait très bien car on s’habitue vite et finalement on se rend compte que ce n’est pas si mal que ça.

Le réglage de la distance est simplissime et très agréable car il suffit de faire bouger de droite à gauche et inversement une espèce de compas, en dessous des objectifs, pour faire la mise au point, à partir d’un mètre et jusque l’infini. On peut le manipuler du bout des indexes tout en tenant fermement l’appareil entre ses mains. Ce compas est en outre doté d’une échelle de profondeur de champ bien pratique. Mais, surtout, ce qui ne se voit pas, c’est la superbe mécanique qui est là-dessous car les optiques sont montées sur une rampe hélicoïdale qui assure le parallélisme entre le plan optique et le film bien mieux que les autres systèmes (platine).

Vue rapprochée de l'objectif d'un appareil photo Meopta Flexaret VI Automat, montrant les détails du verre gravé et des réglages de l'obturateur.

Il est équipé d’un obturateur Metax, qui propose des vitesses de 1s à 1/400s, plus un retardateur de 7s et la pose B. Comme c’est un obturateur central, il est synchronisé à toutes les vitesses pour les flashs. Flash qui se monte sur la griffe à gauche mais viendra ensuite se brancher sur la prise PC, en haut sur la face avant.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Meopta Flexaret VI Automat, mettant en évidence les détails de la lentille et du mécanisme de mise au point.

Autre point fort de cet engin, l’avance du film : elle se fait en tournant la grosse molette à droite. Celle-ci arme l’obturateur (point dur sur la course) et faire avancer le film d’une vue exactement. C’est d’ailleurs ce mécanisme complexe qui donne son nom au modèle (automat).

Un système discret empêche les doubles expositions involontaires. Et je n’ai pas trouvé comment le contourner.

A propos des films, le boitier accepte donc le 120 et le 135mm moyennant l’installation d’un accessoire pour fixer le film 24×36. Un second compteur, à droite, permet de compter les vues (jusque 36) mais n’ayant pas cet accessoire, je ne peux que vous renvoyer au mode d’emploi (voir ici plus bas).

Détail du boîtier d'un appareil photo Flexaret VI Automat, mettant en évidence le sélecteur de comptage et le bouton de déclenchement.

Pour ouvrir le dos de l’appareil, le principe est astucieux et n’autorise pas les fausses manœuvres : il faut d’abord dévisser le petit bouton en haut à gauche et ensuite pousser sur celui-ci pour libérer le verrou du dos. Impossible d’ouvrir par erreur.

Vue latérale d'un appareil photo Flexaret VI Automat, montrant son design élégant en métal avec des accents gris. Le boîtier est posé sur une surface de travail, avec un clavier d'ordinateur visible en arrière-plan.

La bobine réceptrice doit se trouver en haut. Il faut un peu tirer sur le gros bouton d’armement pour faire entrer la bobine sur les axes et le relâcher ensuite. Normalement, les deux compteurs se remettent à zéro lorsque l’on ouvre le dos mais à vérifier. Si ce n’est pas le cas, en tout cas pour le compteur 24×36, le faire tourner à la main.

Attention, lorsque l’appareil est vide, il est impossible de déclencher, notamment pour vérifier si l’obturateur fonctionne bien. Vous devrez ouvrir le dos et faire tourner la grosse molette pour armer et déclencher, dos ouvert.

Une seconde protection existe pour éviter de gaspiller de la pellicule : au dessus du déclencheur, un petit curseur bloque ce dernier. Pratique si vous avez armé mais pas fait la photo.

Gros plan sur le côté d'un appareil photo Flexaret VI Automat, montrant l'obturateur et l'échelle d'ouverture, avec un capuchon d'objectif à l'arrière.

Petite remarque utile, le pas de vis pour le trépied est dit au pas du Congrès, il faut donc prévoir un adaptateur pour nos trépieds modernes.

Si vous voulez y monter des filtres, les deux optiques possèdent une monture pour accessoires
spécifique à deux baïonnettes opposées, diamètre intérieur 36mm. Etant donné la forme de la baïonnette, je me demande s’il n’est quand même pas possible de viser un filtre classique en 36mm, à vérifier.

A noter le tableau, à l’arrière de l’appareil, qui reprend ces filtres et, en dessous, un mémo pour se souvenir des caractéristiques du film introduit dans la chambre.

Enfin, le Flexaret VI Automat peut se transporter dans son sac tout prêt, qui porte la bandoulière, ou sans, en ajoutant alors la sangle directement sur le boitier.

La série se terminera par un Flexaret VII qui verra sa vitesse atteindre le 1/500s et qui acceptera 4 formats différents, mais c’est une autre histoire.

Pour des exemples de photos prises avec cet appareil, je vous suggère d’aller voir LA et LA.

Que penser de cet appareil ?

Encore une fois, c’est très subjectif, mais cet appareil est beau, sobre mais avec toutes les commandes utiles au bon endroit, sans superflu.

Facile à utiliser, on pourrait lui reprocher son poids (un bon kilo quand même !) mais tenu à deux mains pour mieux régler la distance, on ne le sent finalement pas, sauf quand vous le portez à l’épaule. Ceci étant, ce poids s’explique aussi parce que dans ce boitier il n’y a rien en plastique, rien que du métal, solide et durable.

Je le citais en titre, c’est un appareil trop peu connu chez nous et pourtant, il fut en son temps reconnu comme excellent : ses objectifs sont une formule Tessar (4 lentilles) et, rappelez-vous le paragraphe sur l’histoire de la marque, la qualité optique est au rendez-vous. L’obturateur Metax est inspiré du célèbre Compur et donne entière satisfaction.

Son verre de visée, gravé pour vous aider à la composition, est finalement bien lisible, même mieux que certains appareils plus chers (non, je ne citerai pas de nom, voyons)

Bref, c’est un TLR que je recommande car il est largement abordable (moins de 200€ en très bon état avec sa gaine en cuir). Ce qui vous laisse encore de quoi acheter des films et gouter aux joies du moyen format, un autre univers. Un petit coup d’œil sur un grand site de vente vous rassurera aussi sur la quantité d’accessoires destinés à cet appareil.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi en français, c’est par ICI (anglais) et LA (français).

  • Appareil photo reflex à deux objectifs (TLR)
  • Marque : Meopta, Přerov, Tchécoslovaquie
  • Film photographique : film120 / 220 en rouleau de film (B2-4 / B2-6 / B2-8 à partir de 1932), accessoire spécial pour film 135
  • Format négatif : 6 x 6 cm (12 vues) ; 24×36 mm (36 vues) – 2 compteurs de vues
  • Transport de films : avancement par molette
  • Mécanisme empêchant la double exposition
  • Sécurité du déclencheur
  • Lentille de prise de vue : Meopta Belar, anastigmat à quatre lentilles de 80mm de f3,5 à f16, mise au point minimale de 1m à l’infini ; lentille de visée Meopta Belar anastigmat à 3 lentilles de 80mm f3,5 ; les lentilles sont traitées antireflet (le 80mm équivaut à un 44mm en 24×36)
  • Obturateur : Prontor SVS, obturateur central ; vitesses de 1s à 1/400s plus pose B ; retardateur de 7s ; synchro flash à toutes les vitesses ; couplage vitesse/ouverture selon indice de lumination (EV) ou obturateur Metax (mêmes caractéristiques sauf échelle EV)
  • Flash : prise sur le côté gauche, contact PC sur la face avant
  • Tableau des filtres à l’arrière plus mémo de la sensibilité du film en ASA et DIN
  • Période de production à partir de 1961jusque 1967
  • Matériaux du boîtier : Métal (aluminium, laiton), sellerie cuir gris clair
  • Poids : 970gr nu
  • Existe aussi en version noire

Si, par malchance, votre Flexaret VI Automat était en panne, Monsieur Suadeau vous explique comment le réparer ICI.

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=2003, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/mformat/Flexaret_automat.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Meopta, https://app-phot-col.com/photcol/pdfr/D6/405.pdf en français ; https://kameramuseum.de/objekte/meopta-flexaret-6-automat/, https://www.lomography.de/magazine/231342-meine-tolle-meopta-flexaret-vi (aussi avec des exemples de photos en 120 et en 135) enallemand ; https://blog.killmayer.fr/flexaret-vi/, http://ericconstantineau.com/photo/review_meoptaflexaretvi_en.html, https://www.thelightmixer.com/blog/flexaret-automat, https://www.meopta.com/en/brief-history/ en anglais

Argentique

Le Franka Solida Junior, le plus simple

Préambule.

D’habitude c’est un modèle que j’évitais. Pourtant, aujourd’hui j’en ai acquis un exemplaire car sur le même stand j’ai trouvé un Solida III E avec celui-ci.

Je ne voulais pas briser la fratrie …

Sérieusement, j’ai déjà écris un article sur ces appareils et celui-ci manquait dans la liste.

Un peu d’histoire.

Pour être honnête, je ne reprendrai pas ici l’histoire de la marque car vous pourrez la trouver LA.

Je préciserai toutefois que l’acquisition du grand frère, le Solida III E m’a permis de corriger l’article précité car celui qui je vous avais présenté était munis d’un Synchro-Compur qui affiche des vitesses de 1s au 1/500s, plus pause B, alors que le dernier acheté possède un Prontor SVS dont la vitesse maximale est réduite au 1/300s.

Et j’en profite pour rappeler à certains vendeurs que ce n’est pas toujours la marque qui fait le prix mais les attributs du modèle : le Franka Solida III E équipé du Synchro-Compur est le haut de gamme tandis que celui équipé du Gauthier Prontor SVS est l’entrée de gamme. Les objectifs sont identiques, un Schneider-Kreusnach Radionar de 80mm ouvrant à f2,9 en triplet.

Cette légère différence fait presque doubler le prix de l’appareil.

Mais revenons à notre Junior. Plusieurs modèles ont pu exister dont un modèle issu du Solida I et qui offrait la possibilité, moyennant un cadre spécial, de passer du 6×6 au 4,5×6, juste en poussant sur une tirette en façade.

Les premiers Solida datent de 1936 et se sont déclinés en versions I, II, III, Record et Junior. Contrairement au Solida III E, L ou EL, ils s’ouvrent horizontalement.

Ces modèles évolueront lentement, surtout cosmétiquement car la mécanique reste assez identique. Toutefois, à partir des années cinquante, les formes se modernisent et les vitesses sont indiquées différemment

Présentation du Franka Solida Junior.

En effet, les premiers Solida Junior ont des vitesses de 1/25 – 1/75 – B, qui évoluent vers le 1/30s – 1/100s et toujours la pose B (1958).

Vue rapprochée d'un appareil photo Franka Solida Junior, mettant en évidence l'objectif Frankkar Anastigmat 75mm f6,3 et les réglages de vitesse sur le dessus.

Les Juniors de 1954 possèdent encore le levier à l’avant pour passer du 4,5×6 au 6×6 tandis que ceux de 1958 abandonnent cette faculté.

L’objectif reste un Frankar de 75mm ouvrant à f6,3 avec une mise au point minimale de 1m.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Franka Solida Junior, avec inscriptions visibles sur la lentille, notamment 'Frankar Anastigmat 75mm f6.3' et 'Singlo-2'.

Il va sans dire que c’est bien un appareil d’entrée de gamme. Toutefois les solutions retenues fonctionnent très bien par temps clair et à l’extérieur, même si l’appareil est muni d’une griffe porte-accessoire et d’une prise PC qui autorise l’utilisation d’un flash.

Les réglages sont réduits à leur plus simple expression avec cependant l’introduction d’une petite nouveauté : l’utilisation de symboles pour figurer les ouvertures à utiliser.

Voyez, sur le pourtour de l’objectif vous avez en haut le réglage avec les temps et par dessous, les symboles soleil et nuage qui encadrent les chiffres f6.3 et f11, avec un petit clic entre les deux positions.

Comme cet appareil reprend le châssis du Solida I, il bénéficie aussi de cette petite astuce pour savoir si l’appareil est armé ou pas : le petit point rouge, derrière le déclencheur ; s’il n’apparait pas, c’est que vous devrez armer pour la prochaine photo.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo vintage Franka Solida Junior, mettant en évidence le bouton d'avancement du film et la prise pour le flash.

Ensuite, c’est le fait de tourner la grosse molette dans le sens de la flèche qui va faire avancer le film d’une image et aussi armer l’obturateur. Dans la foulée, et contrairement au premier modèle, il y a aussi le verrou pour empêcher les doubles expositions qui s’enclenche.

Ah oui, si pour ouvrir l’appareil il faut appuyer sur un petit bouton sur le capot, pour le refermer, il faut juste enfoncer le petit curseur entre les béquilles à l’avant (ne jamais forcer).

Close-up of a Franka Solida Junior camera lens and controls, showcasing the lens markings and aperture settings.

Petite publicité d’époque, qui reprend la gamme des Franka Solida de 1959

An advertisement featuring vintage cameras including the Franka Solida model, showcasing specifications and pricing details alongside images of the cameras.
Source : Collection-appareils, Sears 1959

Pour le reste, c’est classique : un verrou sur la tranche libère la porte arrière, qui ouvre sur la chambre, munie de deux demi-ronds qui entourent les bobines, celle du nouveau film et celle du film terminé.

Pas de compteur d’image ici, mais une petite fenêtre rouge inactinique par laquelle vérifier le numéro de vue engagée. Quant au viseur, il est un simple viseur de Galilée sans marque d’aucune sorte.

Que penser de cet appareil .

Junior parce qu’il était destiné aux plus jeunes ou parce qu’il était particulièrement dépouillé ?

Honnêtement, je penche plutôt pour la seconde solution. A l’époque (années cinquante) il n’était pas rare de trouver des appareils très simples, voire simplistes, comme les Brownie de Kodak, les Clic et Clac d’Agfa, les Flex, etc.

L’avantage de celui-ci, comme d’autres pliants (folding) plus prestigieux, c’est la compacité : plié, il entre dans une grand poche ou un sac alors même qu’il utilise le film en bobine 120 (image de 6x6cm).

Ceci étant, quant il fait plein soleil vous risquez peu de rater une photo, ça va se gâter quand il fera sombre ou en intérieur, même si on peut accoler un flash.

Si vous visionnez la vidéo ci-dessous, vous aurez u aperçu des capacités du Junior.

La question maintenant de sa cote ? Disons dans un très bon état avec son sac tout prêt en cuir : pas plus de 20€.

Pour 20 ou 30€ e plus vous pourriez déjà vous achetez un Zeiss Ikon Nettar, un Agfa Solinette, par exemple. Nettement plus qualitatifs et performants. A moins que vous ne vouliez rester chez Franka car dans ce cas le Solida III E est une excellente option.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Vidéo d’illustration.

Un peu de technique.


Marque : Franka, Bayreuth, Allemagne
Film photographique : 120 / 220 Rouleau de film (B2-4 / B2-6 / B2-8 à partir de 1932)
Film photographique format négatif : 6 x 6 cm
Lentille : Franka, Bayreuth, Allemagne, Frankkar Anastigmat 75mm f6,3
Obturateur : Alfred Gauthier, Calmbach, Allemagne, obturateur central Singlo 2, vitesses de 1/30s 1/100s pose B
Flash : griffe porte-accessoires, prise PC sur le fut de l’objectif
Période de production : 1954
Matériaux du boîtier : métal, soufflet en cuir
Métal (aluminium, laiton, fonte, etc.), sellerie cuir

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-5350-Franka_Solida%20Junior.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-3584-Franka_Solida%20Junior.html, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Franka_Solida, https://www.jnoir.eu/en/cameras/franka/solida/, https://bezdoganno.com/en/testuvannia-fotoaparatu-franka-solida-jr./ en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/franka-solida-jr/, https://www.emtus.ch/franka-solida-junior—gepraegt.html, en allemand ; http://www.jnoir.eu/camaras/franka/solida/, en espagnol

Argentique

L’Eagle Eye de Pho-Tak Corporation, un box intéressant

Préambule.

Une brocante triste à regretter d’y être venu si tôt : les brocanteurs arrivent au compte-goutte et déballent eux aussi sans grand enthousiasme semble-t-il. S’il fait frais, la météo est formelle, il ne pleuvra pas.

Finalement, après avoir fait au moins trois fois le tour de celle-ci pour découvrir au fur et à mesure les déballages, je fini par découvrir ce box tout métallique qui m’intrigue. Je n’en ai jamais vu portant ce nom ni dans cette configuration, que vous allez découvrir aussi.

Ce jour-là, il sera bien seul dans le sac à dos, les quelques (rares) autres qui vont le rejoindre étant des petits compacts numériques.

Un peu d’histoire.

Elle sera brève, pour une fois, les renseignements sur la Pho-Tak Corporation de Chicago étant assez limités.

Son adresse, 17 N. Loomis à Chicago ne nous apprend pas grand chose de plus, sauf que c’est un tout petit constructeur/distributeur qui était lié à la United State Camera (USC) qui a produit plusieurs variantes de modèles très semblables à ceux de Pho-Tak mais avec des noms différents. Une vieille technique marketing pour écouler des rossignols.

Pho-Tak a produit quelques modèles, des foldings ou des box, voire des faux TLR (vous pourrez retrouver les images de ces appareils LA), qui avaient tous des points communs : un prix bas, des spécifications simplissimes, la refonte successive de vieux modèles sous de nouveaux noms.

Leur slogan résume cela très bien d’ailleurs :

Logo de la Pho-Tak Corporation présentant le slogan "Outstanding - Low Priced - Easy to Use" sur un fond noir et jaune.

Quoique l’exceptionnel (outstanding), je le cherche encore … – sinon prix bas – facilité d’emploi des appareils et accessoires.

Cette entreprise sera active approximativement de 1948 à 1960, alors que USC tiendra jusqu’en 1970, en vendant toujours des appareils très simples et pas chers.

Présentation du Eagle Eye.

C’est un petit box tout en métal embouti, avec une face avant un peu décorée, qui utilise du film en bobine 120. Une simple sangle en cuir, sur le dessus, permet de le tenir en main, à moins de le laisser dans son sac en cuir qui possède lui une lanière. Cet appareil sera produit en 1950 et sans doute encore une ou deux années de plus, sous son nom ou celui d’une de ses nombreuses copies.

Petite particularité, le viseur, un long tunnel en tôle sur le côté, qui est en fait un viseur de Galilée très simple : un trou rond minuscule d’un côté et un carré pas bien plus grand de l’autre, avec deux morceaux de verre plats.

Bizarre comme position car l’appareil est un 6x9cm en vertical (8 vues sur un film 120) et donc, le fait de le tenir à plat pour viser produit une photo presque panoramique. D’autant que les commandes sont elles aussi sur le côté droit de l’engin. Ergonomie où es-tu ?

Appareil photo vintage Eagle Eye en métal avec un design simple et des commandes sur le côté, incluant un viseur en forme de tunnel.

Puisque j’écris au sujet des commandes, nous allons ici aussi faire vite : une longue tige qui dépasse sur la droite (appareil debout donc), qui est le déclencheur ; au dessus, une réglette très dure et malcommode pour passer de time (pose) à instant (instantané) et c’est tout !

Sur l’arrière, ce que certains appellent un verrou de sécurité (un simple ressort plat) retient la porte de la chambre, montée sur charnière. A l’intérieur, la chambre, amovible, (il faut tirer sur le bouton de bobinage pour pouvoir l’ôter), qui tient une bobine de métal pour film 120.

L’obturateur est de type instantané, ce qui veut dire qu’à chaque fois que vous le manipulez, il ouvre et ferme une feuille de métal qui sert à empêcher la lumière d’atteindre le film. Notez que c’est le même procédé sur d’autres box anciens. Lorsqu’il est en position time, il reste ouvert tant que vous gardez le doigt sur le déclencheur. Pas commode car il n’y a pas de filetage pour un câble. Sa vitesse est unique, au 1/50s.

Au milieu de la face avant trône un objectif à ménisque de focale fixe, un Zellar de 110mm à l’ouverture non déterminée.

Appareil photo vintage Eagle Eye de la Pho-Tak Corporation, avec un objectif Zellar de 110 mm et un design en métal noir.

Pas de prise flash, pas de vitesses, pas de filetage pour un trépied, pas de compteur (une fenêtre rouge inactinique à l’arrière), rien, le minimum syndical, qui se retrouvera aussi sur le Trailblazer.

Il faudra attendre le Spectator Flash 120 pour avoir une prise PC synchronisée, sur le dessus de l’appareil (idem sur le Macy Flash 120 et le Scout Flash 120, ce dernier étant un appareil destiné aux seuls Scouts américains). On passait alors d’un prix de 5,95$ à 7,95$.

Appareil photo Spectator Flash de la Pho-Tak Corporation, présentant un design vintage avec un corps en métal et un objectif circulaire au centre.

Plus fort, Pho-Tak vendait 10,95$ un kit Cub Photographer comprenant un appareil Spectator Flash 120, un flash, 4 lampes, deux piles AA, un rouleau de film Ansco 120 N/B, un livre Getting Started in Photography et … une carte de presse !

Pour trois dollars de plus vous bénéficiez d’un kit Official Photographer’s Kit qui contenait, outre la carte de presse, un étui en cuir et quelques ampoules de plus que le précédant kit. Marketing, marketing …

Que penser de cet appareil ?

Comme je l’écrivais en préambule, si j’ai acheté cet appareil c’est parce que c’était la première fois que j’en voyais un. Il est assez rare en Europe, moins aux USA.

Mais à part ça, rien de nouveau sous le soleil, sauf cet étrange viseur sur le côté dont on ne doit pas se servir souvent et donc la visée se fait d’avantage au pifomètre (on peut recadrer sur un 6×9 au cas où).

Finalement, la seule chose intéressante serait qu’il utilise du film 120, plus simple que le 620 des box Kodak que j’ai déjà présentés sur le site. Quelques Agfa ont aussi cet avantage.

L’exemplaire que je possède est en très bon état, son étui aussi.

En regardant un peu partout une cote à vous proposer, je suis tombé sur un 69,95€ chez Oldcam (Anvers), mais fluctue entre 20 et 50€ sur un grand site de vente en ligne.

Est-ce bien raisonnable ? Ok, il est assez rare, il présente pas trop mal, mais c’est bien tout.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Des références.

https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=2940, https://collectiblend.com/Cameras/Pho-tak/Eagle-Eye.html, https://www.historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=2939, https://camera-wiki.org/wiki/Pho-Tak en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-15924.html

Argentique

Une Rolls-Royce au temps des 2CV : le Rolleiflex T type 3 bay 1

Préambule.

Une brocante maussade, entre crachin froid et éclaircies menteuses, dans le namurois (Hanzinelles). Les brocanteurs peinent à s’installer, hésitant à déballer déjà au petit matin blême.

Nous avons déjà fait au moins trois fois les allées de la brocante, patients et attentifs quand soudain je vois une dame âgée qui déballe une caisse de vieux appareils. Le temps de m’approcher, hélas, deux autres amateurs emportent une chambre exotique ! Il me reste quelques Box, en bon état, dont un très beau WeekEnd recouvert de cuir bordeaux, que je présenterai bientôt.

Mais du coin de l’œil, je repère dans sa voiture une autre caisse. Prudent, je paie mes achats et lui laisse le temps d’installer le reste, ne m’éloignant que de quelques mètres …

Regard rapide vers mes deux concurrents qui tergiversent sur des cartes Pokémon et je me hâte lentement vers la dame qui a effectivement posé la seconde caisse, que j’entreprends d’explorer.

D’autres Box, un sac tout prêt de Rolleiflex vide mais en superbe état et … un Rolleiflex aussi dans son sac, en superbe état lui aussi. Bien évidemment, je les ramasse et essaie d’encore trouver une pépite, une petite chambre un peu abîmée mais mignonne.

La dame me reconnait et lorsque je lui demande le prix de ces articles, dans un clin d’œil, elle me donne un prix qui manque me faire laisser tomber mes achats !

Je vois que vous aimez vraiment ces vieux appareils et moi je dois les liquider, alors autant vous faire plaisir ! Chère Madame, si vous saviez la joie que vous me faites …

Un peu d’histoire.

J’ai, rapidement j’en conviens, évoqué un autre Rolleiflex il y a un moment. Je le comparais à un Yashica D et j’ai peu abordé l’histoire de cette marque qui a inscrit son nom au panthéon de la photographie. Je vais y remédier.

Penché sur le premier Rollei comme une prophétesse sur sa boule de cristal, on questionne le temps. – Robert Doisneau

Peu d’appareils photo dans toute l’histoire de la photographie peuvent se targuer d’être devenu un nom commun : quand on voit un télémétrique, on dit un Leica ; quand on voit un appareil carré avec un gros objectif, on dit un Hasselblad ; quand on voit un appareil instantané, on dit un Polaroid ; et quand on voit un appareil muni de deux objectifs superposés, on dit un Rolleiflex.

Mais commençons par le début de l’histoire …

Au début de la photographie, de nombreux appareils ont été construits par des artisans et/ou artisans photographes. Chacun y allant de ses découvertes, sans vraiment répéter les appareils, la pratique photographique étant encore balbutiante et, c’est vrai, réservée à une certaine élite sociale car les produits coûtaient chers et il fallait un peu d’instruction pour les manipuler sans (trop) de risques.

On estime que c’est l’appareil de Giroux, un des premiers daguerréotypes, qui peut être considéré comme le précurseur des appareils reproductibles et standardisés.

Les chambres photographiques ne sont jamais qu’une amélioration de cet appareil, le soufflet permettant une plus grande liberté de réglages.

Mais la vraie révolution viendra du … cinématographe tout neuf qui offre aux photographes le film souple. En effet, auparavant, les supports étaient essentiellement des plaques de verre, fragiles et délicates à manipuler. En 1889, Kodak lance le film sur nitrate de cellulose, un support que l’on peut mettre en rouleau dans un appareil cinématographique ou photographique. Ainsi nait, dans la foulée, le Kodak n°1, préchargé de 100m de film, que l’on renvoie à l’usine pour le développement et qui revient rechargé d’un autre film et le film précédant développé.

Une autre (r)évolution est en marche. Si les chambres se sont améliorées, elles présentent toujours un inconvénient inhérent à leur construction, à savoir que la visée est indissociable de la prise de vue : on vise à travers un dépoli, que l’on remplace par un support argentique au même endroit pour la prise de vue (voir l’article sur le G. Glunz & Sohn).

Des chercheurs vont donc proposer des solutions pour dissocier ces deux aspects. C’est à l’Angleterre que l’on doit une solution originale et qui va révolutionner l’appareil photo. La London Stereoscopic and
Photographic Company
crée le Carlton, le premier TLR (twin lens reflex = reflex double objectifs) en 1885 et le produit de manière industrielle.

Appareil photo vintage Rolleiflex, modèle T, affichant une conception à double objectif avec un boîtier noir ouvert.

Ce sont sans doute les appareils de stéréoscopie (qui permettent de voir des images en relief) qui ont donné l’idée des deux objectifs. Mais ici, ils sont montés l’un au dessus de l’autre et un seul est destiné à la visée, le second étant réservé à la prise de vue proprement dite.

Ces appareils vont inspirer les pères du Rollei. Le premier, Reinhold Heidecke, travaille comme concepteur chez Voigtländer (1900) où il dessine des appareils photo et à qui il propose des innovations, hélas souvent rejetées. Dépité, il songe à quitter l’entreprise pour fonder sa propre société mais doit reculer, faute d’investisseur. Le second, Paul Francke, a aussi travaillé chez Voigtländer (1909), comme commercial. Il quittera celle-ci en 1912 pour se lancer dans ses propres affaires jusqu’à ce qu’il soit enrôlé dans l’armée en 1917.

Au sortir de la Première Guerre Mondiale, il reprend contact avec Voigtländer et il y rencontre Reinhold Heidecke, toujours en recherche d’investisseur. Les deux hommes finiront par s’associer et ils créent le 1er février 1920 la Cie Franke & Heidecke, Werkstatt für Feinmechanik und Optik (Atelier de mécanique de précision et optique) à Braunschweig.

Ils ne vont pas immédiatement révolutionner la photographie mais commercialiser des appareils dans le moule des Voigtländer et notamment des boitiers stéréoscopiques, alors en vogue. Leur premier appareil sera le Heidoscop (1921).

Un ancien appareil photo à plaques de verre, le Heidoscop, avec des objectifs visibles et un viseur sur le dessus.
Source : Kameramuseum

C’est un appareil à plaques de verre, avec un viseur qui rappelle, tout comme les objectifs, ce qui sera la marque des Rollei plus tard.

Toute une série d’évolutions vont imposer la qualité de fabrication de l’appareil et faire connaître leur nom : passage à un plus grand format, utilisation d’optiques Zeiss, passage au film 120 et 127. C’est d’ailleurs à ce moment que l’appareil change de nom et devient le Rolleidoscope.

Cet appareil est imposant et cher, et donc reste l’apanage d’une clientèle riche. Partant de ce constat, Reinhold Heidecke va réfléchir à un appareil plus grand plublic, qui devra être plus compact.

Mais qui dit plus compact dit revoir le format du film, or les conventions artistiques du moment sont plutôt à un format rectangulaire. Il testera le 4,5X6 mais devant la forme de son idée, ce format ne convient pas et il doit se résoudre adopter le format carré 6×6. Ce format rompt complétement avec les standards de l’époque.

Lorsque en 1929, l’entreprise propose son premier modèle, il se heurte à une rude concurrence. D’abord celle des Box, lancée par Kodak. Un appareil simplissime mais qui rencontre un vif succès car peu cher à l’achat mais qui se rattrape ensuite sur le consommable (le film). Il perdurera sous le nom de Brownie (et ses très nombreuses déclinaisons) jusque dans les années soixante.

Ensuite, les folding, plus sophistiqués et très compacts puisque pliant. De petites chambres que l’on peut glisser dans une poche si besoin. D’abord à usage mixte (plaque ou film) elles passent au film avec des formats 6×9 ou 9×12, puis 6×6 cm. Ils feront florès de 1920 à 1940.

Encore, la chambre, qui reste sollicitée par les professionnels, notamment pour le travail en studio. La plus célèbre est la Graflex, un reflex primaire avec viseur. Malcommode, encombrante, lourde, les chambres gardent des partisans mais finiront par s’essouffler.

Et puis il y a un petit appareil, qui vient de sortir et qui perturbe aussi le ronron des certitudes, j’ai nommé le Leica (1925). Un concentré de technologie dans un format ultra-portable qui, s’il fut boudé au début de sa carrière justement à cause de sa taille et de celle de son film, dès 1930, connait un engouement réel des photographes de reportage.

Mais Rollei a du succès et le Rolleiflex va établir le format carré, qui avait déjà vu de nombreuses tentatives antérieures avec d’autres marques, comme un standard lui aussi.

D’abord produit sur un film 117, rapidement remplacé par du 620 puis le 120, le format carré 6x6cm va prendre pied grâce au Rolleiflex original et ses suivants.

On estime que l’âge d’or de ce format s’établit aux alentours des années cinquante, notamment avec l’arrivée du rival Hasselblad et grâce aux multiples TLR de toutes origines, japonaise bien sûr, mais aussi française, yougoslave, russe, chinoise, …

Mieux, ou pire c’est selon, en 1963, Kodak institue le format carré comme un produit de masse avec l’introduction du film sous cassette, le fameux 126 destiné aux Instamatic.

Enfin, en 1972, Polaroid lance un autre carré magnifique, le format SX-70, pour l’appareil de même nom et qui ouvrira la voie au format 600 par après.

Le format carré a établi sa légitimité et il sera prisé tant par les amateurs que par les professionnels, tant du reportage que du studio.

Finalement, il n’y a qu’en numérique que le format n’a pas été envisagé …

Pour en revenir à la marque Rollei et au Rolleiflex, le modèle original série 611 sera présenté à la Foire de Printemps de Leipzig en janvier 1929. Il possède un objectif photographique Carl Zeiss Tessar de 75mm f4,5 dans un boitier compact, avec un objectif de visée Heidosmat et obturateur Compur, le tout surmonté d’une chambre de visée à miroir fixe.

C’est sans doute un des appareils les plus sophistiqués de son temps. Il utilisait le film 117 car il était le seul alors à inclure sur le papier de protection un repère d’espacement pour le 6×6. Repère indispensable car l’appareil ne verrouille pas l’avancement du film (il faut vérifier soi-même par la fenêtre en rouge inactinique l’avance). Ce format, aussi large que le 120, ne propose que six vues, contre douze pour le 620 en 1932 (Kodak). Ce changement demandera de modifier le mécanisme d’entrainement.

Vous voyez la similitude dans les deux appareils ?

Mais pourquoi l’appareil est-il passé à la position verticale, me direz-vous ? L’histoire raconte que lors de la Première Guerre Mondiale, Reinhold Heidecke, enrôlé lui aussi, observait les alentours des tranchées avec un périscope. C’est cet appareil qui lui aurait donné l’idée de construire un appareil photo utilisant le même principe de deux objectifs séparés mais identiques. Ainsi serait né le principe du Twin Lens Reflex (TLR, une abréviation que je vais utiliser).

Après ce premier opus, réussi, Rollei va continuer à innover et à améliorer son concept, tout en gardant toujours cette excellence de qualité dans la construction.

Au nombre des améliorations, nous pouvons noter :

  • avancement du film à la bonne longueur et armement de l’obturateur par la manivelle
  • palpeur mécanique qui détecte le début du film
  • sécurité contre les doubles expositions
  • contrôle de la mise au point sur le dépoli par un bouton qui fait avancer/reculer la platine porte-objectifs
  • compensation de la parallaxe entre les deux objectifs
  • adaptateur pour film 135 (Rolleikin)
  • bonnettes de prise de vue
  • synchronisation des flashs magnésiques et électroniques

Toujours aussi compact pour un 6x6cm, il a gagné ses lettres de noblesse et de nombreux photographes, illustres ou amateurs passionnés, l’ont approuvé sans réserve.

Une seconde gamme vit aussi le jour. Un peu plus abordable que le Rolleiflex, la série des Rolleicord est – sensiblement – simplifiée et plus abordable. C’est souvent un excellent second choix, surtout la série des Rolleicord Vb (voir aussi l’article sur le Rolleicord Va).

Plus anecdotique mais néanmoins partie prenante de l’histoire de la marque, le Baby Rolleiflex reste un superbe petit appareil. Il fut construit pour rendre encore plus compact l’appareil et il utilisait le film 127 (que l’on trouve encore, par exemple chez Retrocamera.be). Ce tout petit Rolleiflex s’inscrit dans la course folle à la miniaturisation initiée par le Leica, qui donna le coup de fouet nécessaire à tous les régimes pour faire maigrir les anciens boitiers, lourds et encombrants.

Finalement, des années trente à la fin des années septante, le Rolleiflex s’imposait partout où une photographie de qualité était exigée (mode, studio, portrait, reportage). Mais un concurrent sérieux en vint à bout, le reflex. La firme dépose son bilan en 1981.

Si le Rolleiflex fut encore fabriqué jusqu’au années nonante, sa suprématie avait depuis longtemps été battue en brèche par les reflex, plus souples, plus universels, plus légers, plus polyvalents.

Un bref sursaut, sous licence Zeiss, a permis à la marque de sortir des modèles modernes au début des années deux-mille, mais cela sonnait comme un chant du cygne …

Présentation du Rolleiflex T type 3 bay 1.

Le Rolleiflex T est né d’un constat fait en 1957. A savoir que l’écart de prix entre le Rolleiflex F (le haut de gamme) et le Rolleicord (l’entrée de gamme) était trop important, créant un vide que d’autres pourraient combler.

Ils ont donc imaginé la série des T aux coûts de fabrication réduits. Comment ? La série T abandonne le mécanisme de détection automatique du film au démarrage. Il faut regarder la marque faite le long de la porte pour initier le film, comme sur le Rolleicord. Les autres mécanismes qui en découlent ont aussi été simplifiés ou abandonnés.

Il y a eu 3 modèles fabriqués :

  • Modèle 1 de 1958 à 1961
  • Modèle 2 de 1961 à 1966
  • Modèle 3 de 1971 à 1976, ce modèle peut être divisé en appareils photo avec des objectifs Tessar et ceux avec des objectifs Xenar. De plus, ce modèle a reçu un autre design de plaque frontale à partir de 1970. Le Rolleiflex T à face blanche (en fait un simili cuir gris très élégant).

Publicité de 1971.

Une publicité classique pour des appareils photo Rolleiflex, mettant en avant les modèles Rolleicord Vb et Rolleiflex T, avec une description des prix et des caractéristiques.

Ce modèle T type 3 sera donc produit jusqu’en 1976, presque à la fin du règne des Rolleiflex mais pas de sa popularité.

Evidemment au sein même de la gamme, des évolutions infimes se mettent en place, par exemple, sur le type 3 qui nous occupe aujourd’hui, les bras qui ajustent la synchronisation et l’EVS sont en métal (en plastique sur le type 1) et il possède un compteur pour du film en 220 en plus du 120.

EVS un terme étrange pour nommer la manière dont l’appareil propose ouverture et vitesse car, sauf option, le Rolleiflex T n’est pas équipé d’une cellule et lorsqu’il y en a une, elle n’est pas couplée.

Pour aider les photographes, à l’arrière de l’appareil se trouve un petit tableau qui, à l’aide de scénettes, représentent diverses situations de lumières. Il est censé vous aider à choisir le nombre EV (exposure value) le plus adéquat.

Ensuite, avec ce chiffre, vous pouvez déterminer un couple ouverture/vitesse. Un petit levier, à gauche de l’objectif, vous permet de jouer sur les paramètres de l’exposition et les vitesses car, comme sur le Rolleicord, les valeur sont couplées. Celles que vous sélectionnez sont visibles sur le dessus de l’objectif, dans une petite fenêtre.

Gros plan sur l'objectif et le mécanisme de l'appareil photo Rolleiflex T type 3, avec des inscriptions visibles sur le boîtier noir.

Il est évidemment possible de désynchroniser ces 2 valeurs et régler l’ouverture seule. Il faut tirer sur le petit levier tout en le poussant en haut ou en bas. L’ouverture va bouger, pas la vitesse. Ce n’est pas le système le plus rapide et dès lors, on fait souvent confiance aux couples qui sont prévus, sans mauvaises surprises.

Mais prenons l’appareil par le début, c’est à dire en ouvrant d’abord le capot qui libère la chambre de visée. Ainsi on découvre le dépoli, toujours un peu terne, surtout dans les coins (et Rolleiflex fait partie des plus lumineux !). Une petite loupe peut vous autoriser à mieux voir votre sujet. N’oubliez pas que la vision est inversée gauche/droite.

Vue de dessus d'un appareil photo Rolleiflex T type 3 avec un objectif visible et un intérieur en cuir texturé.
La loupe pour vérifier votre cadrage (surtout en studio !)

Pour régler la distance, il faut faire tourner le gros bouton, sur la gauche du boitier. Toute la platine porte-objectifs va alors avancer ou reculer pour vous permettre de faire la mise au point sur le dépoli dans la chambre de visée (mise au point minimale de 90cm).

Close-up of the settings dial on a Rolleiflex T type 3 camera, highlighting aperture and shutter speed adjustments.

Une échelle de profondeur de champ est associée à ce bouton, pour plus de facilité en cas de visée par zone focus. Un mémo pour la sensibilité du film est située sur le bouton de réglage de distances.

Les deux petits boutons, toujours sur la côté gauche sont juste là pour vous permettre d’insérer une nouvelle bobine dans le corps de l’appareil.

Pour l’ouvrir, par dessous, il faut faire pivoter la languette striée puis déclipser la languette métallique qui maintient encore la porte arrière, qui va s’ouvrir vers le haut.

Vous découvrez alors la chambre dans laquelle vous allez insérer une bobine de film 120 : le film se place en bas et la bobine vide en haut. Pour charger le film, je vous invite à regarder la 1ere vidéo ci-dessous, c’est plus parlant.

Notez que l’on peut, moyennant un accessoire appelé Rolleikin, poser un film de 24x36mm dans ce Rolleiflex. Il faut alors modifier la plaque de pression du film et ajouter le cache spécifique.

Voilà votre appareil prêt pour la première vue. Vous cadrez votre sujet, réglez la distance, la valeur EV et déclenchez (ne pas oublier de soulever le verrou du déclencheur avant). Reste à faire avancer le film d’une pose en tournant la manivelle une fois puis à faire un retour vers l’arrière pour armer l’obturateur.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Rolleiflex T avec le nom 'Tessar' et 'Made in Germany' clairement visibles.

Vous êtes prêt à arpenter les rues comme Viviane Maier, effectuer des reportages comme Robert Cappa, du studio comme Richard Avedon, de l’autoportrait comme Willy Ronis, et tant d’autres comme Gordon Parks, Cecil Beaton, Diane Arbus, Irving Penn …

L’appareil en soi n’est pas difficile à utiliser, il faut juste s’habituer à ses réglages, c’est une question de pratique.

Ceci dit, si vous sortez avec ce type d’engin, ne pensez pas passer inaperçu, mais c’est un bon moyen pour créer du lien.

Dites, dans le titre, vous précisez bay 1, ça veut dire quoi ?

Zut, moi qui pensait que vous n’aviez pas relevé cette info !

Bon, je vais faire un aparté à ce sujet, qui anime le petit monde du Rollei.

Tout d’abord cette question ne concerne que les TLR avec baïonnette, comme le Rolleiflex ou les Yashica et Minolta (pour les plus connus). Elle vise à pouvoir s’y retrouver quand il s’agit de monter des filtre ou autres accessoires sur les dites baïonnettes. En effet, il en existe 3 tailles différentes : bay 1 (ou 1), bay 2 et bay 3.

Car, voyez-vous, ce n’est pas inscrit sur les filtres, se serait trop facile ! Et pour ajouter à la complexité, les fabricants ajoutent parfois des mesures comme 28,5mm pour un bay 1 mais ce n’est pas son diamètre, encore ils les renomment B30 ou B-30.

De ce que j’ai pu lire, voici un moyen un peu plus simple pour s’y retrouver :

Baïonnette 1, aussi connue sous la dénomination Baie I / B30 / B-30

  • Dimensions extérieures : 37 mm
  • Diamètre intérieur : 30 mm
  • Parfois marqué : 28,5 mm
  • Convient aux : Rolleicord et Rolleiflex (avec Tessar / Xenar f3.5), Yashica EM, Yashicamat, Yashicamat-124, YashicaMat-124G Minolta Autocord

Baïonnette 2, aussi connue sous la dénomination Bay II

  • Dimensions extérieures : 41 mm
  • Diamètre intérieur : 34 mm
  • Parfois marqué : 34 ou 36 mm
  • Convient au Rolleiflex (avec Xenotar et Planar f3.5 )

Baïonnette 3, aussi connue comme Bay 3

  • Dimensions extérieures : 46 mm
  • Diamètre intérieur : 38 mm
  • Parfois marqué 38mm
  • Convient au Rolleiflex (avec Xenotar ou Planar f2.8 )

Voilà, j’espère que ceci va vous aider dans les brocantes, foires au matériel, vide grenier, … a retrouver qui va avec qui.

Que penser de cet appareil ?

Indéniablement, il a un certain charme, un peu suranné mais oh combien attachant. Et puis il y a ce nom mythique de Rolleiflex, moins ostentatoire que la pastille rouge de son concurrent mais qui attire tout autant l’œil vers lui.

Si vous avez la chance d’en trouver un avec son beau sac tout prêt, gardez-le bien mais retirez-le pour faire vos photos, il ne fera que vous encombrer, surtout au moment de changer de pellicule (et 12 vues, ça va vite).

Le hic c’est que pour le porter il faut une sangle avec des attaches spécifiques qui coutent … le prix d’une bonne sangle !

En fait, tous les accessoires, comme chez le concurrent Leica, coutent une petite fortune, sauf à tomber par hasard sur des personnes qui vendent des pièces éparses sans savoir à quoi elles correspondent.

Mais au delà de ces considérations bassement matérielle, c’est vrai qu’on a du plaisir à manipuler ce boitier : toutes les commandes sont douces, fluides, discrètes et silencieuses. Un vrai régal.

Si cet appareil est capable de petites merveilles sur grands négatifs, il n’est toutefois pas exempt de reproches. Comme son optique, fixe et fermement moins polyvalente que celles d’un reflex. Comme le fait de le charger, un peu lent. Comme le fait que le nombre de pose soit vraiment limité (12 vues). Comme sa vitesse maximale, limitée à 1/500s. Comme le fait qu’il n’ait pas de griffe pour y fixer un flash (bien qu’il y ait une prise synchro), ce qui implique un achat supplémentaire. Comme …

Soit, il est loin d’être parfait mais ce qu’il fait, il le fait bien, voire très bien, en N/B ou en couleurs d’ailleurs. Il faut l’apprivoiser et prendre son temps avec lui.

Et puis, il faudra penser à l’aspect financier car la (quasi) perfection, ça se paie : comptez entre 500 et 700€ pour un très bel exemplaire, complet. Tous les accessoires en sus s’ajoutent au prix (pare-soleil, filtres, bonnettes, etc.)

Mais ne dit-on pas que lorsqu’on aime, on ne compte pas ?

Vidéos d’illustration.

En français.

La même chose en anglais.

Celle d’un passionné de son métier.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Numéros de production : avec objectif Tessar environ 28.000 unités ; avec objectif Xenar environ 3.000 unités

  • Format : 12 poses de 6 x 6 cm sur rouleau de type 120.
  • En utilisant un ensemble de masques spéciaux, l’appareil photo peut être adapté pour prendre 16 images 4×4 ou 4×5,5 cm en rouleau. Le masque placé dans le portique du film fait passer automatiquement le compteur d’images de 12 à 16 expositions.
  • Il existe un adaptateur de plaque en option pour le film en feuille.
  • De plus, en utilisant un adaptateur Rolleikin 2 en option, des cartouches de film 35 mm peuvent être utilisées.
  • Couleur Similicuir : Noir
  • Objectif de prise de vue : Carl Zeiss Oberkochen Tessar ou Schneider Kreuznach Xenar 1:3.5 f=75mm.
  • Obturateur : Obturateur à lames Synchro-Compur MXV CR00. Vitesses 1 à 1/500 sec. et B. Retardateur.
  • Synchronisation du flash : Prise de synchronisation en façade, synchronisation X.
  • Objectif de visualisation : Heidosmat 1:2.8 f=75mm.
  • Filtre à baïonnette : Les deux objectifs, taille 1.
  • Correction d’erreur de parallaxe.
  • Système de mesure de la lumière : En option, couplé, élément photo en sélénium, 2 gammes.
  • Dimensions LxPxH : 112 x 97 x 148 mm
  • Poids : 1020 grammes

Pour vous aider à faire un choix raisonné, je vous suggère le site d’un passionné passionnant : tipiphoto (en français).

Toujours dans le registre du choix, il y a une vie au-delà des Rolleicord et Rolleiflex. Voici une bonne adresse pour faire un choix éclairé : dirapon

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=12813, https://galerie-photo.com/acheter-rolleiflex_questions.html, https://www.photosurcour.fr/appareils-photo-rollei/, http://www.appaphot.be/fr/brands/rollei-f-h/rolleiflex-t-type-3-meter/, https://www.filmisundead.com/test-avis-rolleiflex-t/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Rolleiflex, https://99camerasmuseum.com/fr/rolleirolleiflex-24-99the-professional, https://web.archive.org/web/20150924001305/http://www.ens-louis-lumiere.fr/fileadmin/recherche/2013-Katarzinsky-photo.pdf (une thèse très intéressante à lire), en français ; https://www.photrio.com/forum/threads/bay-i-ii-ii-how-to-tell-the-difference.89701/, https://camera-wiki.org/wiki/Rolleiflex_T, https://www.photographyattic.com/blog/2020/06/how-to-tell-which-rollei-bayonet-filter-mount/, https://ruimoraisdesousa.blogspot.com/2009/02/rolleiflex-t-first-day.html, https://rolleirepairs.com/(en cas de réparation), https://independent-photo.com/fr/news/rollei-and-the-rolleiflex/ en anglais ; https://internoinbakelite.wordpress.com/2014/11/16/elogio-della-rolleiflex-t/, en italien

Argentique

Le Pontiac 6×9 Bloc-Métal 45A : le must des appareils vintages.

Préambule.

J’avais déjà vu cet appareil chez ce brocanteur, mais il me semblait en trop mauvais état. Seulement voilà, ce jour-là, impossible de se mettre le moindre boitier intéressant sous la main. En désespoir de cause, j’ai négocié pour l’emporter car, finalement, on n’a pas tous les jours la chance de mettre une telle marque dans son sac à dos !

Un peu d’histoire.

C’est en 1938 que Monsieur Laroche fonde la MFAP, soit la Manufacture Française d’Appareils Photographiques. Il choisi pour marque celle de Pontiac, peut-être en référence à la voiture américaine du même nom et synonyme alors d’élégance et classe, tout en étant abordable. Ou alors en référence au chef Indien Pontiac, né en 1720 au bord du lac Nipissing, qui devint chef des Ottawa et chef suprême de la confédération des Algonquins des Grands Lacs grâce à ses qualités de stratège et de communicateur. Allié des Français, il fut un ami fidèle de Montcalm.

L’entreprise, établie à Paris, produit d’abord des folding (appareils pliants) dont le corps est en bakélite. Ce sont essentiellement des 6x9cm qui utilisent du film 620. Ces appareils sont sans doute des reprises d’un modèle Gallus, qui avait assez vite abandonné la fabrication, la bakélite étant assez fragile, notamment avec ce type d’appareil. Pontiac est arrivé à la même conclusion car il est passé à des appareils en métal dès 1941, avec la mise en vente du Bloc-Métal 41.

Publicité de la marque, en 1941.

A partir de 1941, la société produit aussi le Lynx 1, un appareil qui utilise du film 127, qui deviendra le Super Lynx en 1948 et qui adoptera lui le format 24×36. Il y eut aussi quelques Baby Lynx , dans les années ’50, aussi au format 24×36. La production s’arrête à ces quelques modèles, déclinés sous différentes versions

Comme vous l’avez remarqué, cette marque est née peu avant la seconde guerre mondiale, ce qui fut une difficulté car à ce moment les marques allemandes et américaines tenaient le marché des appareils photo ainsi que leurs accessoires, y compris les films. Pourtant, paradoxalement, ce fut aussi sa chance car au début des hostilités, ces grands concurrents furent appelés aux efforts de guerre de leurs pays respectifs et laissèrent le champ libre à Pontiac, à Lumière ou Demaria Lapierre, en France car, ayant commencé leurs activités avant la guerre, ces entreprises ne furent pas frappées par le décret des autorités d’occupation qui interdisait toute nouvelle création d’entreprise photographique. Monsieur Laroche vit là une opportunité et son dynamisme voulait faire de sa marque la première marque française.

C’est dans ces moments là que la marque Pontiac décida d’abandonner la bakélite pour des appareils en métal. Reconnue pour sa fragilité et son coût abordable, elle ne correspondait pas au renom que voulait donner Monsieur Laroche à ses créations.

La société opta pour une méthode et une matière nouvelle, faite d’un alliage dur d’aluminium baptisé Hydronaniurn. En théorie, ce métal était indéformable ; le boitier, le dos, l’abattant, la poignée, le verrou de fermeture, la béquille d’appui et le bouton d’enroulement, tout fut réalisé par moulage dans ce matériaux.

Le nouvel appareil reçut alors le nom de Bloc-Métal auquel on ajouta le chiffre 41, pour l’année de sa sortie.

Mais ne nous leurrons pas, l’époque était aux restrictions et si l’hydronanium ne manqua quasi jamais, il n’en fut pas de même pour d’autres fournitures, comme le cuir pour fabriquer le soufflet, qui sera remplacé par du tissus, mais celui-ci aura vite tendance à se percer dans les coins du soufflet ; le chromage des pièces est très fin et elles rouillent assez vite ; les ressorts en acier, cassent très vite car trop fins et d’acier de mauvaise qualité ; le cuir toujours, qui devait recouvrir le boitier, sera remplacé par un granité du métal, ensuite peint en noir ou des boitiers en métal poli.

Tout cela n’empéchait pas Pontiac de fabriquer environ 100 appareils par jour et on estime la production en temps de guerre à environ 200.000 pièces, majoritairement fabriquées à Paris. Un tour de force pour ces époques troublées.

Cependant, il faut reconnaître que le Bloc Métal 41 est fragile, parfait témoin de ce que l’on a pu réaliser à une époque où tout manquait, c’est ce qui fait son charme, avec un brin de nostalgie.

Au sortir de la guerre, les concurrents allemands avaient presque tous disparus ou étaient en pleine reconstruction (Dresde, fief de l’industrie photographique fut rasée et les vainqueurs dépecèrent en grandes parties les noms qui restaient, comme Zeiss Ikon en est un terrible exemple).

Le modèle qui nous préoccupe aujourd’hui, le Bloc Métal 45 a vu le jour en … 1945 (c’est bien, vous avez suivi !). Il sera produit jusque dans le début des années ’50, ses itérations étant notées d’une lettre différente selon les années de production (BM 45, BM 45A, BM 45B, BM 45AF et quelques autres nuances peu nombreuses).

In fine, la MFAP a existé de 1938 à 1954. En 1951, l’entreprise a déménagé de France au Maroc. Son logo était alors un objectif portant la mention PONTIAC PARIS, puis PONTIAC MAROC.

Présentation du Pontiac 6×9 Bloc Métal 45A.

Ainsi que nous venons de le découvrir, le Pontiac MB 45 a vécu quelques modifications, qui tenaient à l’objectif, à son traitement, à l’obturateur, aux vitesses de celui-ci.

Les objectifs étaient des Berthiot Spécial à trois lentilles ou des Roussel Trylor 4,5 non traités – qui disparaissent assez rapidement – (Pontiac Bloc Metal 45 A), ou des Berthiot Flor 4,5 traité, à 5 lentilles, (Pontiac Bloc Metal 45 B), des Berthiot Spécial ou des Roussel Trylor 4,5 traités (Pontiac Bloc Metal 45 AF). Le 45 B est le plus cher avec sa combinaison Berthiot Flor et Prontor II.

Les obturateurs eux, étaient soit des Gauthier Prontor II avec retardateur et vitesses de 1s à 1/200s ou 1/175s et poses B et T, voire des Gitzo affichant des poses B et des vitesses de 1/25 à 1/200s, sans retardateur.

Celui du jour est muni d’un objectif Berthiot Special de 105mm ouvrant à f4,5 et d’un obturateur Prontor II avec des poses B et T, gradué de 1s à 1/200s et d’un retardateur de 10s. Comme je pense que l’objectif n’est pas traité, j’en déduis qu’il s’agit d’un des premiers modèles, donc un Bloc Metal 45A de 1948.

Comme d’habitude avec ce type d’appareil, il faut d’abord armer l’obturateur avec un petit levier placé autour du combiné objectif/obturateur mais il suffit d’appuyer sur le déclencheur sur la capot pour prendre la photo. Un mécanisme de renvoi joue ici son rôle. A moins que vous ne choisissiez d’installer un câble à viser sur le côté pour effectuer la prise de vue.

Toujours sur le pourtour du combiné, une prise PC pour la synchronisation du flash, qui put être installé sur le capot dans la griffe dite froide.

Par dessous le combiné, un levier marqué en rouge signale le retardateur. Attention, ne l’actionner que lorsque l’on a armé sous peine de tout bloquer.

Pour régler la vitesse, il faut faire tourner la bague crantée et arrêter le témoin devant celle sélectionnée.

Les ouvertures se règlent elles avec un curseur placé à l’arrière du bloc, de f4,5 à f 32.

Enfin, la distance se règle avec l’optique à l’avant, que l’on fait tourner autour d’un axe limité dans sa course par une marque rouge, ce qui empêche de dévisser in fine la lentille.

Pour les réglages, c’est tout et c’est du grand classique.

Par contre, sur le capot, à côté du viseur, un simple tunnel de Galilée, vous voyez une grosse roue crantée : c’est une échelle de profondeur de champ, bien lisible mais non couplée à un quelconque réglage. Elle a le mérité d’exister.

Pour ouvrir le dos de l’appareil, il suffit de faire glisser le gros verrou vers le bas. A l’intérieur, la chambre, immense.

Une simple fenêtre rouge inactinique sert de compte vue. Le levier placé sur le dos, au milieu, fait basculer un cache de la fenêtre, pour éviter toute intrusion inopportune de lumière dans la chambre.

Petit détail intéressant sur l’abattant, près de la béquille de maintient : c’est un petit espace dédié à un câble à viser pour le déclenchement à distance, qui manque sur mon exemplaire.

Plus précisément, mon boitier est mal en point : le soufflet est percé et une tentative maladroite avec du papier collant ne sert à rien. Puis il a été forcé, sans doute par quelqu’un qui ne savais pas le replier, et un de compas (à droite) est brisé, ce qui empêche l’appareil de s’ouvrir seul et de tenir le soufflet bien ouvert.

Sur la face avant, et sur la semelle, deux ouverture filetées permettent de fixer Le Pontiac sur un trépied.

Le gros bouton, tout à fait à gauche, sert à enrouler le film dès que la photo est prise.

Pour ouvrir la porte avant, il suffit de tirer sur la plaque qui servira ensuite de béquille de maintient si vous le posez sur une surface plane. Et pour le refermer, appuyez légèrement sur les bras du compas et remontez la plaque avant délicatement, pour laisser au soufflet le temps de rependre sa place correctement.

Du classique en somme pour ce type d’appareil, tel que ceux-ci étaient présentés dès le début des années ’20.

Donc, hormis un aspect un peu plus moderne, grâce à ses surfaces métalliques et sa forme arrondie (qui n’est pas non plus sans rappeler celle des appareils en bakélite des débuts), ce Pontiac n’offre finalement qu’un viseur assez large par rapport à la concurrence, mais pas de télémètre ni de cadre quelconque.

Que penser de cet appareil ?

Je vous livrais déjà ci-dessus une partie de mon opinion sur ce Pontiac. A cela j’ajoute que si, effectivement, sa plastique est assez belle, le ramage vaut-il le plumage ?

Dans la série, seul le Pontiac Bloc Metal 45 A avec le Berthiot Flor f4,5 traité, à 5 lentilles équipé du Prontor II à 1/200s tire réellement son épingle du jeu. C’est le plus abouti, le plus cher et le plus rare à trouver.

Pour le reste, ce sont de beaux objets de décoration car, à moins de posséder soi-même la possibilité de développer le 6x9cm, vous aurez des difficultés pour faire tirer vos images. D’autant que la pellicule est du 620 et non du 120, ce qui nécessite de modifier la bague si vous désirez utiliser cette dernière dans le Pontiac. Ensuite, il faut bien constater qu’ils sont fragiles, les quelques uns que j’ai déjà pu croiser avaient tous un souci (soufflet, bras de compas, came du déclencheur, …).

Bref, même s’il est beau dans sa pochette en cuir brun et plus beau encore en dehors, vous ne vous en servirez pas souvent. Evitez donc de dépenser plus de 10 à 20€ pour un modèle en parfait état de fonctionnement.

Pour terminer, oserai-je la paraphrase des montres ? Pontiac, clic-clac !

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Marque : Pontiac
Année : 1945 jusqu’en 1954
Numéro de série : pas noté
Format : 6 x 9 cm
Objectif : Berthiot Spécial 105 mm f4,5
Mise au point : frontale
Diaphragmes : 4,5 – 6,3 – 8 – 11 – 16 – 23 – 32
Monture : fixe
Viseur : Galilée
Obturateur : PRONTOR II (Gauthier) synchronisation coaxiale
Vitesses : T – B – 200 – 100 – 50 – 25 – 10 – 5 – 2 – 1
Support : film 620
Ecrou de pied : avec
Griffe porte accessoires : avec
Matériau : Métal – poids de 569gr nu.

Des références.

https://collection.click-clack.fr/pontiac-appareils-photo-6×9-cm/, http://glangl1.free.fr/Liste-Pontiac.html, https://www.collectiongeven.com/piwigo/picture.php?/34907/category/52, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-652.html, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Bloc_M%C3%A9tal_41, https://www.lomography.com/magazine/9048-pontiac-bloc-metal-41-the-irrestible-charm-of-a-folding-camera, en anglais

Argentique

Le FEX Ultra Reflex version 13 : ou comment la publicité vintage nous vend un appareil simple

Préambule.

Mais que ne ferais-je pour nous trouver des appareils différents ? Ainsi, nous sommes à Amiens en début d’après-midi ce samedi 12 avril, car demain, ce sera la Grande Réderie.

Un petit tour de la Ville, repérage d’une aire pour passer la nuit dans le camping-car (camping de l’étang du Cygne) puis d’un restaurant pour le souper (pardon, le diner pour nos amis français).

Après avoir copieusement mangé (le Nord est généreux même dans les assiettes), nous décidons de faire quelques pas, le temps de retrouver le CC garé un peu en dehors du centre-ville.

Et quelle n’est pas notre surprise de voir des brocanteurs commencer à s’installer un peu partout. Mais ça ne commence que le 13, non ? Oui, certes, mais les brocanteurs peuvent s’installer dès les 18h00 et qui dit déballer dit vendre.

Bref, demi-tour, nous partons déjà en chasse et commençons écumer les échoppes alors que le soleil décline.

Et déjà le sac à dos s’emplit de quelques pépites que vous découvrirez au fur et à mesure.

Mais il est déjà 22h30 et nous avions prévu de nous lever vers 3h00 pour quitter le camping et rejoindre la Réderie. La nuit sera très courte … quoique le mauvais temps s’est invité à la fête et il a plu jusque 5h00 du matin, nous offrant ainsi 2 petites heures de sommeil en plus.

Un peu d’histoire.

Si vous vous en souvenez, c’est une marque que j’ai déjà évoquée sur le site, notamment avec le FEX Elite et l’Ultra FEX.

Je vous ferez donc grâce de l’histoire de la marque, que vous retrouverez dans lesdits articles.

Juste vous rappeler ce que j’écrivais déjà à l’époque, à savoir que la marque était dans les championnes pour le recyclage et la réutilisation de modèles plus anciens que l’on présente comme nouveaux à coup d’arguments publicitaires vantant des améliorations qui sont autant de cache-misère.

Mais vous allez comprendre …

Présentation du FEX Ultra Reflex version 13.

Photo de l’Ultra Fex de l’article précédent.

Ici la marque reprend intégralement la face de l’Ultra FEX, donc tant l’obturateur que l’objectif, mais sans l’espèce de tube extensible qui l’accompagnait car de fait, la taille de la chambre fait office de ce tube.

Donc, au point de vue des réglages, on reste dans le minimalisme : 2 vitesses (1/25 et 1/100s) plus une pose indiquée ici par un P ; ensuite, 2 ouvertures (normale et intense, ce qui correspond à f16 et f22). La position normale s’utilise par temps gris et l’intense par temps ensoleillé (neige, sable aussi).

Remarquez que comme son compère, notre Ultra Reflex tend à tromper son monde avec un beau reflet bleu dans l’objectif, qui pourrait faire croire à un traitement de la lentille mais qui est en réalité le reflet d’une pastille bleue autour du cache de l’objectif.

Venons-en au deux objectifs de ce reflex. En fait cet appareil est un faux TLR (twin lens reflex) car la visée se fait sur une loupe et un miroir à 45 °. Et comme vous pouvez le constater, il n’y a pas moyen de régler la distance, celle-ci étant fixe (mise au point minimale de 1,2m pour de ménisque de 75mm).

Même lorsque FEX vendra le Fex Indo Ultra-Reflex 4,5, pourtant équipé d’un objectif ouvrant à f4,5 et possédant un obturateur capable d’atteindre le 1/300s, ce sera un faux bis-objectifs et les nombreuses molettes de réglages ne seront là que pour faire joli car inopérantes.

Voilà, pour l’utilisation, on a (vite) fait le tour.

Vous voyez que le boitier, en bakélite mais avec un dos métallique, possède une griffe, pour y monter un flash. Que vous brancherez sur la minuscule prise coaxiale qui est sur le coté du bloc optique/obturateur. Le flash est synchronisé à toutes les vitesses.

Le déclencheur est un simple bouton poussoir placé à côté du faux premier objectif, pas très ergonomique ni bien placé.

Un mot encore du filetage pour fixer un trépied, car il est au pas dit du Congrès, soit un pas ancien et large.

Enfin, pour charger l’appareil d’un film, il faut faire basculer vers le haut la patte métallique derrière le viseur puis tirer en arrière et vers le bas l’ensemble du dos. Heu, si ça coince, assurez-vous d’avoir en poche un petit canif Suisse pour faire levier sur le haut du dos afin de le débloquer. Notez que pour le remettre en place ce n’est guère plus aisé car il faut faire entrer le bas dans les tenons et le remonter pour le bloquer avec le verrou. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Sans doute que le coût d’une charnière eut fait exploser le prix de cet engin.

Quant au film, c’est une bobine de 620 (ou une 120 modifiée) qui vous donnera 12 vues en 6x6cm.

J’allais oublier de vous parler du viseur, collimaté mon bon Monsieur, avec une loupe ou en position de viseur sportif. En somme, un viseur qui aurait pu être clair et large mais qui devient compliqué à utiliser car si vous ne levez pas le bras du viseur sportif, le viseur est bien encombré.

Que penser de cet appareil ?

Il peut amuser les collectionneurs car selon son époque, il a un dessus borgne, puis un viseur, entouré de noir, de chrome ou de couleur champagne ; la sérigraphie est droite ou courbe ; etc.

Ceci étant, cet engin, produit de 1954 à 1964 tout de même, ne donnera sans doute pas une grande image de l’industrie photographique française. Peut-être s’il avait été très abordable …

Je vous avoue que j’ai essayé de lui trouver des points positifs mais en vain, sauf sa bouille assez sympathique.

Si vous en trouvez un, avec sa gaine en cuir comme ici, ne dépensez pas plus de 15€ pour l’acquérir.

Quant à le tester, pourquoi pas, mais même chez Lomography personne encore ne s’y est risqué.

Des références.

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-481-Fex%20Indo_Ultra-reflex.html, https://collection.click-clack.fr/fex-indo-appareils-photo-ultra-reflex/, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-357-Fex%20Indo_Ultra-Reflex%204,5.html, https://www.mes-appareils-photos.fr/Fex-Ultra-Reflex.htm, https://fexmania.fr/index.php?/category/34, http://glangl1.free.fr/Liste-Fex_Indo.html