Un moyen format un peu délaissé, et c’est une erreur : le Zenza Bronica S2

Un moyen format un peu délaissé, et c’est une erreur : le Zenza Bronica S2

Préambule

Encore un moyen format de poids que ce Zenza Bronica S2 et un très bel objet, d’une époque où l’on fabriquait pour que cela dure, longtemps. D’autant qu’ici il n’y a pas d’électricité (pile) ni électronique, juste de la mécanique de précision, pensée par un homme féru de technique fine et d’innovation.

Celui-ci aussi, cela fait un moment que je devais vous le présenter. Cependant, comme il est assez proche d’un exemplaire que je vous ai déjà démontré, j’ai un peu attendu.

Vous souvenez-vous du Zenza Bronica S2A ? Celui du jour est son prédécesseur …

Un peu d’histoire

Au sortir de la seconde guerre mondiale, Monsieur Zenzaburo Yoshino, qui fabriquait alors des objets personnels de luxe (briquets, montres, étuis à cigarettes, etc.), décide de construire un appareil photo qu’il espère parfait.

Ses parents, marchands de riz, l’ont vu grandir avec cette prédestination pour la technique et une certaine obstination pour arriver à ses fins. En effet, c’est pour financer ses idées qu’il construit, en 1947, Shinkodo Works. Grâce à ses contacts avec les objets de luxe de l’époque, il côtoie les Leica, Rolleiflex et Contax. Et il se sent frustré car même ces appareils ont des limites qu’aucun d’entre eux ne parvient à dépasser. Son rêve est alors de fabriquer un appareil qui allie les qualités de ceux-là, sans leurs défauts et limites.

C’est ainsi qu’il pense à un appareil modulaire, pouvant répondre aux besoins spécifiques de chaque photographe et pour le construire, il s’inspire du Hasselblad, un réflex mono-objectif à optiques interchangeables de précision.

Son prototype s’appelle Yoshino Flex. Il sera produit par Shinkodo Works en 1956, entièrement construit à la main. Au fil du temps et des améliorations de ce prototype, en octobre 1958, nait le Zenza Bronica, un nom latinisé que l’on pourrait traduire par le Bronica Z avec des films en rouleaux (Zen-za).

Cet appareil est présenté au Philadelphia Camera Show en mars 1959 et il est d’emblée reconnu comme un appareil techniquement supérieur à ce qui existe alors.

Toujours en quête de perfection, Zenzaburo Yoshina fait évoluer l’appareil qui devient le Bronica D (pour Deluxe).

Dans un premier temps, les optiques fournies avec les appareils proviennent de chez Nikon (Nikkor). Ensuite, Bronica fabriquera ses propres optiques de qualité et il se fournira chez Seiko pour ses obturateurs.

Si les coûts de développement des appareils ont couté une fortune, ils ont permis le dépôt d’un portefeuille impressionnant de brevets internationaux (voir exemple chez Collection-appareils).

Les premiers boitiers (6×6) possèdent un obturateur plan focal ( du S au EC-TL II), les suivants voient le remplacement de cet obturateur par un obturateur central (des ETR en 4,5 x6, aux SQ redevenus 6×6) et propose toujours l’interchangeabilité des objectifs et des magasins.

Petit résumé des modèles :

  • Bronica Z (Zen -za), mars 1959 et rebaptisé Bronica D (Deluxe) en décembre 1959. Fin en mars 1961
  • Bronica S (Standard), avril 1961 – avril 1965
  • Bronica C (Compact), décembre 1964 – mai 1965
  • Bronica C2, mai 1965 – septembre 1972
  • Bronica S2, juillet 1965 – S2A 1969) – S2A de type 2 (1972 – 1977)
  • Bronica EC (contrôle électrique), avril 1972 – décembre 1978
  • Bronica EC-TL (Electrical Control with Through-the-Lens), juin 1975, EC-TL II (1978 – 1980)

Ces appareils étaient donc des 6×6. Quelques uns ont proposé des premières mondiales, comme le Bronica EC, premier réflex à obturateur à plan focal électrique, ou l’EC-TL, premier boitier de moyen format avec exposition automatique prioritaire à l’ouverture (AE).

Ensuite, la série des 4,5 x 6 des ETR :

  • ETR : mars 1976 – mars 1980. ETR était un acronyme pour Electronic TTL-metering Reflex.
  • ETR-C : novembre 1977 – décembre 1980. Identique au modèle ETR, sauf que le dos n’est pas interchangeable
  • ETRS : octobre 1978. Version améliorée de l’ETR avec un contact supplémentaire pour prendre en charge le mode d’auto-exposition avec le viseur à prisme et cellule AE-II et plus tard AE-III.
  • ETRS bis : évolution du précédant en juillet 1982 – septembre 1989. Cette version est en plastique (en fait du polycarbonate pour les panneaux latéraux et le magasin).
  • ETRC : octobre 1978 – octobre 1980. Identique au modèle ETRS, si ce n’est que le magasin de film ne peut être enlevé du dos interchangeable
  • ETRSi : décembre 1988 – décembre 2004. Version améliorée de l’ETRS avec capacité de verrouillage du miroir, exposition flash TTL-OTF.

Puis la série SQ, qui revient au format 6×6 :

  • SQ : août 1980 – septembre 1984. Remplaçant et successeur des caméras classiques qui n’utilise plus les lentilles Nikkor et possède un obturateur à feuilles .
  • SQ-A : janvier 1982 – décembre 1991
  • SQ-Am : août 1982 – mars 1991.
  • SQ-Ai : décembre 1990 – décembre 2003. Ajout d’une carte de circuit imprimé qui nécessitait également que le compartiment de la batterie soit moins haut. La batterie unique de 6v a été remplacée par quatre piles bouton de 1,5 volt.
  • SQ-B (Basic) : avril 1996 – décembre 2003. Le SQ-B était un SLR tout manuellement, extrapolé du SQ-Ai, construit pour satisfaire principalement les besoins des photographes professionnels studio.

Il y aura encore la série GS, qui est au format 6×7 :

  • GS-1 : avril 1983 – juin 2002. Système modulaire léger avec quatre viseurs interchangeables, poignée de vitesse et dos de film optionnel pour film Polaroid (pack 100), film de 6×4,5 cm, 6×6 cm et 6×7 cm sur bobines 120 et 220. Le GS-1 utilise des objectifs de la série « PG » dans une variété de focales: 50mm, 65mm, 80mm, 100mm, 110mm macro, 150mm, 200mm, 250mm et 500mm.

Et enfin, la série RF :

  • RF645 : mai 2000 – septembre 2005. Système télémétrique couplé au format 6×4,5 cm, léger et compact, avec quatre objectifs interchangeables avec obturateur à lames: 45mm, 65mm, 100mm et 135mm.

Un mot aussi au sujet des objectifs : il y eut un 30mm (fisheye) et à l’autre bout, un 1200mm. Entre les deux, environ 30 objectifs. Ces optiques étaient fournies par Carl Zeiss Jena, Tokyo Optical Co. (Nikon), Ltd., Norita optics, Komura-Komuranon (Sankyo Kohki), Schneider Kreuznach, ainsi que les lentilles fabriquées plus tard par Bronica lui-même (Zenzanon) sur la base de conceptions par Zeiss et des fabricants d’objectifs japonais.

De plus, une large gamme d’accessoires était disponible, comme des poignées, des flashs dédiés, des magasins spécifiques (comme un dos Polaroid pack 100)-, des accessoires de visée avec ou sans cellule, etc.

Collection d'équipements photographiques incluant un appareil photo, des objectifs, des étuis et divers accessoires, présentés sur un fond blanc.

Les Bronica ont eu une carrière faste jusqu’en 1998, lorsque la firme est reprise par Tamron, qui mise sur la qualité optique des Bronica. Quelques modèles seront encore produits jusqu’en 2004, date à laquelle Tamron cesse de produire ces boitiers, devenus électroniques mais jamais numériques à une époque où les photographes professionnels délaissaient les sels d’argent au profit des pixels.

Car Bronica était avant tout un appareil destiné aux professionnels, ceux qui couvraient les mariages et/ou pratiquaient le portrait, voire le paysage.

Pendant des années, Bronica fut synonyme d’appareil de qualité supérieure (même à celle de son illustre modèle, le Hasselbald), fiable et extrêmement modulaire.

Finalement, il n’eut qu’un tort, celui de rester fidèle au film 120 qui lui avait fait gagner ses lauriers …

Présentation du Bronica S2

Attention, ici c’est du costaud : l’appareil est en acier inoxydable 18/8 et le plastique n’a pas droit de cité car les molettes, les boutons, les engrenages, tout est en métal, assemblé avec une minutie qui frise l’exceptionnel. Pas de fuite de lumière ici, tout est parfaitement en place, sans jeu ni tremblement, tout s’ajuste au millimètre. On est loin de l’approximation d’un Kiev 88

Une question se pose maintenant : quelle(s) différence(s) entre un S – S2 – S2A ?

Avant toute réponse, je vous recommande les excellents sites de dirapon et de briseux au sujet de ces appareils, ce sont des mines de renseignements.

Et puis, il faut faire un petit retour en arrière : l’appareil qui a permis le S est le Zenza Bronica D, apparu en 1959. Celui-ci offrait des caractéristiques élevées pour un réflex mono-objectif. Par exemple une vitesse de 1/1250s, un miroir à retour instantané, la possibilité de faire des doubles expositions, minuterie, etc. Un appareil exceptionnel mais cher (D pour Deluxe).

Le premier modèle S simplifie le modèle D : exit la double exposition et la minuterie, réduction de la vitesse de l’obturateur (1/1000s) et fiabilisation de celui-ci, amélioration de la mise au point même si celle-ci est confiée à une rampe fixe, et le miroir se relève manuellement.

Enfin, en 1964, apparition du modèle S2 qui reprend les éléments du S mais y ajoute une nouvelle rampe hélicoïdale pour la mise au point, avec encore la possibilité de passer du film 120 au 220 grâce à un petit levier sur le corps (ce qui permet de doubler le nombre de photo). Possibilité d’estimer la profondeur de champ avec un bouton à enfoncer.

Quant au S2A, il améliore sensiblement l’obturateur mais ne révolutionne pas le concept de cet appareil bien né.

Pour le reste, je vous renvoie à l’article sur le Zenza Bronica S2A cité en préambule, il reprend le maniement du boitier, voulu par ailleurs très intuitif par son concepteur.

Schéma annoté d'un appareil photo Bronica, montrant les différentes parties telles que le capuchon de visée, la prise synchro, la bague hélicoïdale, le cadran de l'obturateur, et les boutons de contrôle.
Schéma d'un appareil photo avec étiquettes indiquant ses différentes parties et fonctionnalités.

Un mot toutefois sur le cycle d’ouverture/fermeture à la prise de vue :

Illustration montrant l'intérieur de la chambre de visée d'un appareil photo, avec le diaphragme ouvert à pleine ouverture.

Au déclenchement:

  • le miroir s’escamote au fond de la chambre de prise de vue (au lieu de se relever comme sur la plupart des reflex); ceci permet d’utiliser des objectifs dont le bloc optique arrière rentre dans la chambre;
  • un volet métallique noir recouvre le miroir pour empêcher les réflexions parasites dans la chambre;
  • un rideau se déploie et occulte le dépoli;
  • un levier actionne le diaphragme de l’objectif qui se referme à la valeur sélectionnée;
  • l’obturateur s’ouvre, et se referme;
  • le miroir, son volet anti-reflets, le rideau du dépoli et le diaphragme reprennent leur place

Ce long cheminement est un peu lent et guère silencieux mais il est exempt de vibrations car la photo est faite lorsque tout se remet en place.

Et un dernier mot sur les protections dont jouit l’appareil :

La liaison du dos au boîtier est extrêmement bien conçue et réalisée, excluant pratiquement tout risque de fausse manœuvre.

  • Impossible de retirer le dos sans le volet en place;
  • impossible de retirer le volet si le dos n’est pas fixé sur le boîtier;
  • Impossible de déclencher si le volet est en place
  • A chaque connexion dos/boitier, l’appareil effectue un cycle de synchronisation armement/avancement. C’est bien pensé et tout mécanique, rien que mécanique.

Ici aussi, on n’est pas obligé de retirer le dos si on veut se simplifier (!?) la vie, car le dos s’ouvre et libère (dans le noir absolu si un film est chargé) les bobines.

Les rideaux de l’obturateur se déplacent verticalement, ce qui permet d’éviter des renvois d’angle dans les pignons et engrenages d’armement, faiblesse de conception des Blad et consorts dont les rideaux se déplacent horizontalement.

Petit panel des appareils moyens formats de l’époque :

Tableau comparatif des appareils photo moyen format avec détails sur la marque, le type, le format, et d'autres spécifications techniques.

Que penser de cet appareil ?

C’est un fait, c’est un appareil plus à l’aise en studio qu’en Urbex ou en photos de rue, … sauf à avoir une bonne sangle et des cervicales en béton armé !

Mais c’est la rançon d’un appareil solide, fait pour durer si vous l’entretenez à minima et – surtout – qui délivrera des images de grande qualité.

Moins auréolé que son cousin Hasselblad, il vous offre le moyen format à un prix encore abordable et des objectifs de grande qualité dans la même gamme de prix.

Sortez-le avec un bon trépied pour capter de splendides paysages et vous serez étonné de sa facilité d’utilisation et de sa capacité à restituer les plus infimes détails de ce que vous voyez, que ce soit en N/B ou en couleurs.

La pellicule au format 120 ou 220 existe toujours même s’il faut regretter que les photographes et les studios n’en proposent plus ni les magasins généralistes. Il vous faudra vous tourner vers des entreprises sur le Net. Pour ma part, je les achète chez Retrocamera.be qui devrait pouvoir satisfaire vos envies.

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI et LA.

  • Type de film: 120 / 220 Film de rouleau (douze ou vingt-quatre expositions 6cm x 6cm par rouleau)
  • Objectif: 7.5cm f/2.8 Nikkor-P, enduit, avec 5 éléments en 4 groupes
  • Monture de l’objectif: baïonnette Bronica
  • Mise au point minimale: de 40cm à l’infini, type d’hélicoïde, course 14 mm, angle de rotation de la bague de focalisation 250 degrés
  • Echelle des distances : pour les lentilles de 75 mm, 50 mm, 135 mm et 200 mm
  • Viseur : Viseur de niveau de taille interchangeable, lentille de Freznel et loupe
  • Obturateur : en tissu à plan focal vertical
  • Miroir: retour instantané, un système de miroir automatique
  • Diaphragme: diaphragme entièrement automatique – objectifs 75 mm, 100 mm, 135 mm, 200 mm et 400 mm
  • Vitesses: pose B, 1s – 1/1000 s (B, 1, 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/500, 1/1000 et synchro X au 1/40)
  • Cellule : sans mais peu recevoir des viseurs dotés de celle-ci
  • Support Flash: M et X Flash, X-Sync à 1/40s
  • Enroulement de film: manivelle ou bouton d’enroulement.
  • Compteur de vues avec remise à zéro automatique
  • Poids: 1857 grammes avec le 75mm Nikkor, 1645gr (corps seulement)

Comme souvent, les mousses de ces appareils deviennent poisseuses et collantes : c’est sur le site de diapron que vous trouverez comment faire et ici pour la mousse du miroir.

Des références

https://www.dirapon.be/bronica.htm (incontournable), https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1587-Bronica_S2A.html, http://briseux.free.fr/bronica/bronica.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-20143-Bronica_S2.html, en français ; https://mikeeckman.com/2021/05/bronica-s2-1965/, https://camera-wiki.org/wiki/Bronica_S2, https://www.lomography.com/magazine/278682-lomopedia-zenza-bronica-s2, https://camera-wiki.org/wiki/Bronica_S, https://en.wikipedia.org/wiki/Bronica, en anglais. Si vous voulez refaire l’habillage de votre appareil, une bonne adresse : http://aki-asahi.com/store/html/Bronica/SII/index.php

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