Argentique

Un Compact Deluxe oublié, un Fujica

Préambule

Comme d’habitude, une belle brocante mais sous un soleil de plomb (rare en Belgique les 33°C à l’ombre … et il n’y en avait pas !).

Heureusement, nous étions là tôt, ce qui permet de fureter au déballage des exposants et de repartir avant d’être cuits.

Bref, au détour d’un étal, un sac cout prêt en cuir noir, fatigué, me fait de l’œil car il est noté Fujica. C’est encore une des marques que j’aime bien. Donc, je me penche et ramasse l’appareil, qui fait peine à voir sous sa couche de poussière.

Petite négociation rapide et je l’enlève pour un prix dérisoire : le photo-wash, ça a un coût …

Pourquoi ce Fujica Compact Deluxe et pas le Yashica Minister D qui dormait à ses côtés ? D’abord parce que des Minister D j’en ai déjà quelques uns et ensuite – surtout – parce que je ne connaissais pas du tout ce modèle de compact Fuji, notamment avec son levier d’armement sur la semelle et une molette étrangement moderne au dos.

Hop, je le glisse dans le sac à dos et c’est reparti pour une autre chasse au trésor …

Un peu d’histoire

C’est à l’ombre des 3.776m du Mont Fuji, dans une modeste usine d’Ashigara, que nait Fuji Photo Film Co., Ltd en 1934. C’est une filiale de Daicel Corporation, dont l’activité est centrée sur les films photographiques.

Le logo de 1934.

Daicel Corporation est la fusion de huit fabricants de celluloïd, en 1919. Son nom initial était Dainippon Celluloid Company et elle ne prit son nom actuel qu’en 1966. Fuji Photo Film est sa première filiale, qui deviendra par la suite Fujifilm.

Dainippon Celluloid Company exerçait ses activités dans les technologies du celluloïd, les produits chimiques organiques, entre autres et l’acétate de cellulose, le support des films photographiques.

Ces premiers pas sont primordiaux dans l’histoire et la continuité de la marque Fuji : elle a intégré tous les produits de la photographie, les a améliorés et – surtout – rendus accessibles financièrement au plus grand nombre sans cesser de promouvoir une qualité certaine pour ses produits.

Dès 1934 donc, Fujifilm produira des matériaux de film pour le cinéma, pour la photographie et pour les appareils de radiographie. Elle fut une des premières entreprises à comprendre le potentiel du marché médical et est encore aujourd’hui à la pointe dans ce domaine. Les premiers films couleur sortent en 1948.

Les objectifs Fujinon ont précédés les appareils photo de la marque. Dès 1938, la société met en place une fonderie de verre optique à Odawara. Pour obtenir le verre le plus pur, Fujifilm utilise des creusets en platine. Fuji Photo Optical Co. Ltd. est fondée en 1944 pour s’occuper de cette branches d’activités qui apportera aussi son lot d’exclusivités mondiales, dont le revêtement par faisceau d’électrons (EBC) qui autorise la mise en place de nombreuses couches, très fines. Le premier objectif à revêtement par faisceau d’électrons sera l’EBC Fujinon 55mm f3,5 macro (1972). La transmission de lumière de ce revêtement (14 couches dont de l’oxyde de zirconium et de fluorure de cérium) était de 99,8% !

Le premier objectif Fujinon était en monture LM 39 pour Leica, le Cristar 50mm f2 (1949). Il fut mis sur le marché en même temps qu’un 35mm f3,5 et le Summitar 50mm f2. Le Fujinon 50mm f1,2 sera aussi construit en monture Nikon.

C’est à cette époque des premiers films couleurs que nait Fujica, la filiale qui commence à fabriquer des appareils photo.

Le premier appareil photo de la marque date donc de 1948, le Fujica Six, un pliant qui sera fabriqué jusqu’en 1953. Déjà à l’époque, il est pensé pour être très compact et donc transportable. C’est un moyen format qui utilise le film en bobine de 120.

Les années cinquante sont marquées par des appareils compacts, utilisant cette fois le film 135 (24×36). Ce sont des appareils sérieux pour les familles et les amateurs exigeants. Le Fujica 35 M et ses nombreuses déclinaisons en est l’exemple type.

Et à côté de ces appareils sérieux, Fujica ose un peu de fantaisie, notamment avec le Fujipet, souvent associé au Holga ou au Diana dans l’esprit. Cet appareil fut presque exclusivement destiné au marché japonais. Cet appareil, sous ses dehors très colorés, essentiellement vendu pour des familles ou des enfants, entend donner un caractère plus ludique à la photographie.

Les années soixante vont voir arriver des appareils qui répondent aux préoccupations des acheteurs : plus petits, plus simples, plus économes en pellicule : ce sera l’âge d’or des compacts, avec déjà des automatismes, des cellules, et celle des demis-formats, comme le Fujica Half 1,9.

Fujica innove encore et propose des boitiers devenus iconiques.

Par exemple, en 1961, il y aura le Fujica 35 EE, qui sera le premier appareil télémétrique, avec un objectif de 45mm, à proposer trois modes d’exposition : automatique, semi-automatique et manuel.

Puis, en 1964, le Fujica V2 au design magistral, offre un viseur télémétrique, que l’on surnommera Visible Control Center car il affiche l’ouverture et la vitesse, ce qui permet d’effectuer ses réglages sans quitter le viseur des yeux.

Cette époque voit encore le Super 8 de Kodak prendre beaucoup de place dans l’utilisation de caméras familiales. Fujica réplique avec le Single – 8, un film et une caméra pensée pour répondre aux besoins des images animées – souvenirs, entourée d’accessoires qui la rende très facile d’utilisation et accessible. Mais c’est une autre histoire.

Viennent enfin les années septante, l’ère des réflex, dans laquelle Fujica se plonge et propose des boitiers attrayants.

Le premier sera le Fujica ST 701, un reflex mécanique à monture M42 doté d’une mesure TTL utilisant des photodiodes au silicium, une première ! C’est – déjà – un appareil moderne, premier d’une trilogie fantastique : le ST 801 qui est le premier à offrir un affichage LED dans le viseur, puis le ST 901 qui pousse encore plus loin l’information dans le viseur, avec affichage numérique de la vitesse en mode automatique.

Ici déjà on se rend compte que Fujica ne suit pas le marché et il explore des voies différentes, comme l’affichage, la mesure de la lumière, l’ergonomie des boitiers.

De plus, les Fujica ST701 – ST 801 – ST 901 restent, encore de nos jours très intéressants car ils utilisent la monture M 42, celle des Fujinon traités EBC (excellents) mais aussi celle de nombreuses autres marques, ce qui ouvre un vaste choix pour les amateurs.

Les années quatre-vingt voient une nouvelle évolution majeure, celle de la monture Fujica X – attention, à ne pas confondre avec la Fujifilm X, celle des appareils numériques – et de la gamme AX : les boîtiers AX-1, AX-3 et AX-5 qui sont associés aux objectifs Fujinon X et X – Fujinar.

Le Fujica AX – 5 est le haut de gamme de la série : multi programmes, léger, très compact, avec une nouvelle ergonomie très moderne (que l’on peut qualifier d’électronique), il est, à mon humble avis, l’équivalent des Canon A-1 et du Minolta X-700, du Pentax LX. Sans rougir.

Cette série d’appareils marque aussi, progressivement, la fin de nom Fujica au profit de Fuji, puis Fujifilm, au gré de l’évolution de l’entreprise. Fujica reste associé à l’âge d’or de l’argentique chez Fuji.

Car les années nonante verront l’avènement des compacts tout électroniques, des appareils professionnels en moyen format, les appareils jetables, les instantanés et ensuite le numérique.

Petit résumé des appareils qui ont fait son histoire. Et je m’arrête volontairement aux premiers appareils numériques de la marque, les autres étant une autre histoire :

  • 1948 : premier appareil photo Fujica Six
  • 1950 : développement des appareils compacts en 35mm – Fujica 35 SE – et des télémétriques
  • 1960 : apparition des demis-formats et des compacts automatisés – Fujica Half
  • 1965 : sortie du film cinéma Single-8 (super 8), en même temps que Kodak mais dans une cartouche différente
  • 1970 : premier reflex à cellule silicium Fujica ST 701
  • 1972 : premier reflex à affichage LED de la vitesse dans le viseur Fujica ST 801
  • 1974 : premier réflex à affichage numérique dans le viseur du Fujica ST 901
  • 1979 : premier compact tous temps BAROUDEUR HD
  • 1988 : premier appareil numérique avec carte mémoire Fuji DS-1P
  • 1994 : premier reflex numérique à saisie intégrale de l’image dans le viseur FUJIX DS-505/515
  • 1996 : premier minilab entièrement numérique à bloc laser bleu – FRONTIER
  • 1998 : le FUJIFILM TX-1, appareil panoramique à visée télémétrique 35mm, à objectif interchangeable, développé en collaboration avec Hasselblad qui le commercialise sous le nom de XPan
  • 2000 : premier appareil photo numérique doté du capteur Super CCD, le FinePix 4700Z

On peut considérer que si la marque est discrète, elle nous a quand même proposé quelques belles premières mondiales.

Toujours présente, elle explore encore des chemins de traverse (premier appareil numérique en demi-format avec le Fujifilm X-Half) et reste attachée à la qualité de ses choix comme celui de ne pas fabriquer de plein format mais un excellent APS-C ou celui du moyen format (presque) abordable (je n’en ai pas touché un mot dans la liste ci-dessus, mais depuis les années septante, Fuji a développé une très belle gamme de moyens formats comme les G690, GL690, GM670, GW690, par exemple).

Présentation du Fujica Compact Deluxe

Si vous vous en souvenez, en 1967, le premier distributeur automatique de billets (DAB) a été installé à Londres ; le Boeing 737 a effectué son vol inaugural ; Charles De Gaule était à l’Elysée et le président Lyndon B. Johnson à la Maison Blanche ; le Torrey Canyon polluait les Iles Scilly et la Cornouaille ; Che Gevara trouvait la mort ; transfert du SHAPE à Mons (Belgique) ; les trois communautés Ceca, CEE et Euratom étaient réunies pour former la Communauté européenne (CE) ; la guerre des Six jours éclatait entre Israël, l’Egypte, Gaza, le Liban, la Jordanie ; René Magritte, Spencer Tracy, Viviane Leigh, André Maurois nous quittaient tandis que Jean-Paul Rouve, Benicio del Toro, Kurt Cobain, Frédéric Lopez, Sandrine Bonnaire, Joël Cantona, Julia Roberts, Carla Bruni-Tedeschi et Laurent Guerra poussaient leurs premiers cris.

A cette époque, le salaire hebdomadaire moyen aux États-Unis s’élevait à 140,38 dollars alors que le Fujica Compact Deluxe était commercialisé au prix de 99 dollars américains, ce qui en faisait l’un des appareils compacts les plus chers de l’époque.

Il pouvait se le permettre car il proposait des caractéristiques bien particulières qui le distinguaient de la masse des autres boitiers de l’époque : disposition des commandes pour une utilisation à une main, objectif Fujinon de 45mm ouvrant à f1,8 avec mesure d’exposition par cellule photoélectrique, obturateur silencieux. Un des meilleurs télémétriques à objectif fixe jamais fabriqué.

Et en plus, il est (très) rare ! En effet, son prix de vente élevé, une publicité parcimonieuse de la part de Fujica et le lancement du premier réflex en 1971, le Fujica ST 701, ont raccourcis et la période de production et le nombre de boitier.

Rare, mais rare comment ? Un auteur consulté expliquait à ce sujet : […] J’ai vu des Minolta X700 qualifiés de « rares » sur eBay, alors qu’on trouve pratiquement n’importe quel appareil photo en vente en ligne. Alors, à quel point le Fujica est-il rare ? Disons-le ainsi : il m’a fallu trois semaines pour trouver un Polaroid SX-70 en or 24 carats, six semaines pour dénicher un modèle noir du Canonet QL17 GIII, et cinq mois pour trouver un exemplaire en état de marche de cet appareil. Au moment où j’écris ces lignes, il n’y a qu’un seul exemplaire du Fujica Compact Deluxe référencé sur eBay USA (il est « non testé » – et nous savons tous ce que cela signifie).

Voilà, je trouve, un bel exemple de rareté … subjective aussi.

Mais tant qu’a enfoncer le clou, un second auteur a lui interrogé le Musée de l’Appareil Photo Fujifilm au Japon au sujet de l’appareil qui nous préoccupe, et voici la réponse qu’il a reçue : Le Fujica Compact Deluxe (1967-1970) était une version remaniée du Fujica Compact D et intégrait certaines caractéristiques originales que l’on ne retrouvait pas sur d’autres appareils à télémètre à objectif fixe. Il proposait une exposition automatique en priorité à l’obturation et était équipé d’un objectif Fujinon f/1,8 à double Gauss de 45 mm, à 6 éléments répartis en 4 groupes, rapide et à haute résolution, doté d’un filetage pour filtre de 52 mm ; cet objectif comptait parmi les meilleurs de l’époque. Il était également doté d’un obturateur à lamelles Citizen MXV pratiquement silencieux. Le viseur est étonnamment lumineux et comporte un repère de télémétrie jaune facile à repérer, des repères de cadrage fixes, des repères de compensation de parallaxe et des indicateurs d’ouverture. Bien qu’il n’ait été officiellement commercialisé qu’en argent, il semblerait que quelques exemplaires noirs aient fait leur apparition sur le marché japonais.

Là, je vous sens attentifs !

Allons plus loin dans la découverte de ce petit bijou …

Personnellement, j’aime beaucoup son design élégant, épuré et sa magnifique qualité de fabrication. Tout est pensé en fonction de l’utilité réelle des commandes, c’est très ergonomique et intuitif (comme on dit maintenant).

Par exemple, le levier d’armement, situé sous le boitier, qui permet de tout faire avec la main droite, la gauche ne servant que de support.

Et puis, cette molette encastrée à l’arrière du capot, pour régler la distance. Bon, cette molette de mise au point a existé chez quelques constructeurs allemands. Je songe notamment à Contax et sa molette située sur le capot ou encore au Vitessa L de Voigtländer, voire au Vito II avec sa languette de réglage.

Fujica l’avait déjà utilisée sur le Fujica 35 – EE et il faut avouer que cet emplacement rappelle furieusement celui du Vitessa L et on sait à quel point Voigtländer aimait à se compliquer la vie. Cette construction est couteuse, compliquée à mettre en œuvre, ce qui explique sa rareté, mais quel confort d’utilisation !

Enfin, il y a aussi la porte arrière, qui s’ouvre avec un petit verrou situé sur le flanc droit de l’appareil et qui la libère avec ouverture vers la gauche. Cette disposition est destinée en fait à faciliter le chargement de la pellicule.

De fait, le Fujica est en avance sur son temps, par exemple c’est un des tous premiers à adopter un télémètre à coïncidence et une pile à l’oxyde d’argent de 1,5v et non plus une pile au mercure.

Continuons la visite …

Toujours sur le capot, à l’extrême droite, une fenêtre abrite un posemètre qui fonctionne en mode manuel et en priorité vitesse. Par contre, l’indicateur d’ouverture, dans le viseur, ne fonctionne qu’en mode priorité vitesse, mais en mode auto, l’ouverture choisie par l’appareil est affichée dans la fenêtre sur le capot et dans le viseur.

L’idéal en photo de rue : vous réglez la distance avec la molette, vous visez et déclenchez, l’appareil s’occupe du reste.

La genèse du boitier explique sans doute ces qualités : le premier fut le Fujica Compact D, remanié par le Fujica 35-EE (les 2 appareils partageaient le même châssis et certaines fonctionnalités). Ajoutons à cela l’objectif du Fujica V2, sans les cadres de visée toutefois et vous obtenez un boitier au design minimaliste mais tellement moderne : boitier en chrome satiné, simili cuir noir, fin liseré noir autour de la fenêtre de mise au point et du viseur. Et puis, le nom de l’appareil, souligné par cette fine ligne verte, une belle trouvaille stylistique.

Le plus beau reste à venir : l’objectif ! Un Fujinon de 45mm ouvrant à f1,8 que Fujica vantait en 1969 : Le meilleur [objectif] que nous ayons jamais fabriqué. Il offre un pouvoir de résolution des lignes fines qui vous garantit un niveau de détail et un contraste extraordinaires, tant en couleur qu’en noir et blanc.

Cet objectif, selon plusieurs auteurs, n’a rien à envier aux objectifs modernes en termes de netteté, de contraste, d’excellente fidélité des couleurs et de pouvoir de résolution.

Optiquement, c’est une conception Double Gauss qui se compose de six éléments répartis en quatre groupes. Le diaphragme est composé de six lamelles. Il bénéficie d’un traitement multicouche (onze en fait), précurseur du traitement que Fuji appliquera sur ses objectifs Fujinon (application par faisceau d’électrons EBC).

Attention toutefois, le revêtement de l’époque était encore sensible au flare. Un simple pare-soleil suffit pour éviter ce désagrément.

Je reviens un instant sur la cellule du Fujica Compact Deluxe. C’est une cellule au CdS (sulfure de cadmium) qui joue avec la vitesse de l’obturateur (priorité vitesse) ou mode manuel avec indication du posemètre dans le viseur et sur le capot. En mode ouverture automatique, le viseur affiche l’ouverture recommandée, et les surexpositions ou sous-expositions sont signalées par l’indicateur d’alerte d’exposition, un gros point rouge situé à droite du viseur.

Le système d’exposition fonctionne en réglant la vitesse d’obturation à l’aide de la bague située à l’avant de l’objectif, puis en déplaçant la bague de réglage de l’ouverture, également située à l’avant, jusqu’à ce que l’aiguille du posemètre se positionne sur le petit carré noir au milieu de l’échelle d’ouverture. Une fois ce réglage effectué, la vitesse d’obturation peut être modifiée et l’aiguille du posemètre restera centrée, car la combinaison est modifiée selon la méthode « un cran vers le haut – un cran vers le bas ». En appuyant alors à mi-course sur le déclencheur, le verrouillage de l’exposition automatique en priorité à l’obturation est activé, de la même manière qu’un verrouillage AE.

Malin, pratique et moderne pour un appareil des années soixante … (1967), il va fêter ses soixante ans bientôt.

Ensuite, je reviens aussi sur la molette de réglage des distances : sur celle-ci, il y a une échelle graduée en pieds (en rouge) et en mètres, de 90 cm à l’infini. Vous constaterez vite que la course de réglage est courte : l’action du pouce passe très vite du minimum à l’infini. Imaginez le défi technique que cela représente quand on sait en plus que l’objectif est très lumineux.

Venons-en au viseur : son grossissement est de 0,7x, les cadres sont nets et lumineux. C’est un viseur très confortable, sans doute un des meilleurs que j’aie jamais porté à l’œil (hormis celui du Contax ZM).

Encore un point qui pourrait susciter un débat, celui de la position du levier d’armement, en dessous de l’appareil. Il n’est pas le seul à en bénéficier, Kodak et ses Retina (dont le Retina IIIc), le Ricoh 35, l’Agfa Flexilette(un réflex) en sont des exemples.

Ici, c’est la taille réduite du boitier et la place prise par le posemètre qui justifient ce choix. C’est pour cette raison encore que le compteur de vue est relégué à l’arrière, près de la molette de réglage des distances/

En photo de rue, il est aussi un facteur qui revêt de l’importance : passer le plus inaperçu possible et donc, lorsqu’on bénéficie d’un obturateur quasi silencieux, on en profite. Celui du Fujica est un Citizen MXV, qui donne des vitesses de 1s à 1/500s (plus pose B et synchro flash), remarquablement silencieux.

Enfin, je l’ai déjà signalé mais j’y reviens car c’est important : le Fujica Compact Deluxe est un boitier à priorité vitesse, ce qui veut dire que vous allez sélectionner votre vitesse et que l’appareil va décider de l’ouverture adéquate. Mais vous pouvez aussi travailler en tout manuel, en sélectionnant vous même la vitesse et l’ouverture. Les bagues pour le faire sont très confortables. Et la cellule continue à travailler même en mode manuel.

Petit florilège des appareils de l’époque :

Grenier- Natkin, 1968
Photo-Hall, 1968. Le Fuji et ses concurrents.

Franchement, je suis très heureux d’avoir déniché cet exemplaire pour lequel je n’ai pas beaucoup de travail à effecteur pour le remettre en route : un bon nettoyage, une nouvelle pile SR44 classique, remplacement des mousses de la chambre et il est (re)parti pour des années de bons et loyaux services, le style en plus !

Que penser de cet appareil ?

Quelques marques retiennent toujours mon attention, comme Minolta, Canon, Yashica et Fujica. Parce qu’elles me rappellent de beaux souvenirs de découvertes photographiques et parce qu’elles ont toujours été à la pointe des nouveautés.

C’est donc dans ces marques que je choisis, souvent, de garder quelques exemplaires pour mon plaisir et ma pratique : le Lynx 5000E, le Fujica AX5 (et grâce à mon ami Olivier, j’en possède un, noir, avec toute une collection d’optiques magnifiques), le Minolta 9000 AF, le Canon A-1 et ce magnifique Fujica Compact Deluxe sont les quelques appareils que je choisi de mettre de côté.

De par sa modernité, la qualité de sa fabrication, son ergonomie presque parfaite, c’est un boitier que j’ai envie de sortir et d’utiliser.

Au delà de ce plaisir, c’est un objet de collection qui, pour une fois, mérite le prix de sa rareté : comptez environ 700€ pour un très bel exemplaire, fonctionnel.

C’est toujours bien moins qu’en Leica et pourtant, il le vaut largement.

Alors, si vous avez la chance d’en croiser un sur votre route, un jour, ne le ratez pas.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

  • Fujica Compact Deluxe, Japon, 1967
  • Objectif : Fujinon 45 mm ouvrant à f1,8, 6 éléments en 4 groupes, mise au point minimale environ 90cm
  • Obturateur : Citizen MXV avec vitesses d’obturation de 1/1 à 1/500 (B, 1, 2, 4, 8, 15, 60, 125, 250, 500) et mode B
  • Minuteur : Retard d’exposition d’environ 10 secondes
  • Visée : Télémètre à coïncidence avec cadre lumineux fixe, affichage du diaphragme et alerte de sous-exposition
  • Ouverture de f/1,8 à f/22 par paliers entiers
  • Sensibilité de la cellule de ASA 25 à 400
  • Alimentation : piles à l’oxyde d’argent SR44 ou alcalines LR44
  • Fonctionnement : Mode priorité à l’ouverture ou mode manuel
  • Cellule : Mesure de l’exposition par cellule CdS
  • Autres éléments : Sabot pour accessoires (griffe flash), prise de synchronisation PC, filetage pour trépied

Le Fujica Compact Deluxe est aujourd’hui très rare. Je le recommanderais sans hésiter à un collectionneur d’appareils à visée télémétrique.

Des références

https://casualphotophile.com/2020/01/22/fujica-compact-deluxe-review/, https://thegashaus.com/2021/12/20/fujica-compact-deluxe/, https://grainoverpixel.com/products/fujica-compact-deluxe, en anglais ; https://grainoverpixel.com/products/fujica-compact-deluxe, en allemand ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-3592-Fujica_Compact%20deluxe.html, https://appareil-photo-laviale.com/marque/fujica/, https://fuji.ch/fr/story/fujifilm-heritage-une-retrospective-de-lhistoire-de-90-ans-de-fujifilm/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Fujifilm, en français

Argentique

Retour vers le futur : un analogique AgfaPhoto

Préambule

Les brocantes, ou braderies, sont des lieux étonnants que j’aime beaucoup : on y trouve vraiment de tout, de toutes les époques, dans tout les états ; on y discute de tout et de rien avec des vendeurs ou d’autres acheteurs sympathiques. Ce sont de vrais lieux de socialisation et de découvertes.

En l’occurrence, pour moi qui aime trouver des appareils photographiques ou touchant à la photographie, c’est un super terrain de jeux.

Et le hasard fait parfois qu’au détour d’un étal je puisse trouver la suite d’un article en préparation ou déjà écrit mais qui me semblait devoir bénéficier d’une suite.

Comme ce fut le cas pour le Camp Snap que je vous ai proposé il y a un petit moment. Je voulais trouver un vrai point and shot argentique aussi basique que celui-là et je suis tombé sur cet improbable AgfaPhoto, neuf, dans sa boite aux couleurs Agfa.

Mais que je vous le présente, juste pour le plaisir …

Un peu d’histoire

Honnêtement, je ne vais pas tout reprendre l’histoire d’Agfa, que vous avez déjà pu lire dans des articles consacrés à d’autres appareils de la marque. Simplement rappeler que l’Actien Gesellschaft fur Anilin Fabrikation, Agfa en abrégé, a vu le jour en 1867 à Berlin.

Elle commence dans la chimie, celle de la production d’aniline, à une époque où les colorants sont essentiellement destinés à l’industrie textile, en pleine expansion dans le 19ème siècle industriel.

C’est presque naturellement qu’elle va se diversifier vers la photographie, ce nouveau médium né aussi dans les années 1800 et qui provoque un véritable engouement, même si elle est encore réservée à une certaine élite à ce moment-là.

Un peu plus loin, à Anvers (Belgique), une autre entreprise voit le jour en 1894. Celle de L. Gevaert & Cie, créée par Lieven Gevaert, fabricant de papier destiné à la photographie.

Si chacune de ces entreprises se développent dans leur pays, elles sont aussi présentes rapidement à l’international. Toutes deux, outre leurs produits initiaux, vont en venir à construire des appareils photo, suite logique de la vente de leur matériel de base : la chimie des films pour le premier et la production de ces films ; la vente de papier photographique puis la production de films pour le second.

Les premiers appareils photo d’Agfa date de 1928 (le Billy), ceux de Gevaert des années trente, avec une nette incursion dans le cinéma balbutiant pour celui-ci.

Agfa va, un peu comme Kodak, démocratiser la pratique photographique en produisant des appareils simples, solides et financièrement accessibles. La société propose tout ce qui concerne la photographie, de la chimie aux films, en passant par les appareils photo et les caméras.

De son côté, Gevaert, s’il fabrique quelques appareils, se cantonne plus à la fabrication des films, notamment destinés au secteur médical (invention des rayons X).

C’est en 1964 que les deux entreprises fusionnent pour donner naissance à Agfa-Gevaert. Une entreprise dont le nom disparaitra complément du paysage en 2004 pour renaître sous le nom d’AgfaPhoto.

Si nous devons retenir quelque chose de cette longue aventure c’est la volonté chez Agfa de produire des appareils simples, faciles à utiliser, ne demandant pas de compétences particulières : accessibles au plus grand nombre, en un mot.

Cette volonté s’est concrétisée par une série d’appareils photographiques qui ont fait date :

  • les Agfa Box et Synchro Box (synchro avec un flash), qui donneront naissance aux Agfa Click et Clack (film 120),
  • les folding (pliant) Agfa, dont le célèbre Agfa Billy Record,qui évolueront en Isolette et Super Isolette (film 120)
  • la famille des Agfa Karat (film en cassette 135mm)
  • les Agfa Silette et Super Silette, un télémétrique p (film 135)
  • Les Agfa Ambiflex, des réflex étonnants (film 135)
  • l’improbable Agfa Flexilette, un réflex bis-objectifs de la taille d’un réflex classique (film 135)
  • les Agfa Optima, avec le premier appareil à exposition automatique programmée (film 135)
  • les Agfa Rapid, qui ont repris et amélioré le système de la cassette de film (film 135)
  • les Agfa Optima avec sensor, la fameuse pastille orange qui rend le déclenchement si doux (film 135)
  • les Agfamatic, à glisser dans toutes les poches (cassette film 110)

Je fais l’impasse sur les caméras en film 8mm, Super 8 et autres formats car elles touchent l’image animée, qui a aussi fait fureur dans les familles, mais je me cantonne aux appareils photo seuls.

Par contre, je ne peux faire l’impasse sur les films, plan film, diapositive et autres papiers qui sont les consommables incontournables de la marque. Notamment, l’Agfacolor-Neu (1936) qui, pour la première fois, introduisait le film, l’exposition unique et un seul processus de développement pour obtenir une photographie couleur.

Le premier papier couleur verra le jour, lui, en 1938.

Mais Agfa, se sont aussi des optiques (Agnar, Apotar et Solinar), des accessoires (flashs et ampoules pour flash), des posemètres, des filtres, etc.

Tout l’univers photographique était couvert par les produits Agfa-Gevaert. Un vaste terrain de jeux pour les collectionneurs, car la production est non seulement riche mais aussi très diversifiée.

Si Kodak partageait le même univers et était connu au niveau mondial, en Europe, Agfa était le leader incontesté de tous les produits liées à la photographie.

Comme son grand rival, la marque a pris de plein fouet la révolution technologique du numérique et elle a vu ses acquis dans l’argentique remis sérieusement en question. En 2004, elle regroupe ses activités photographie grand public et de produits optiques (projecteurs, caméras, scanners) dans une holding dénommée AgfaPhoto, … qui fait faillite un an plus tard !

Aujourd’hui, la marque et son logo sont encore utilisés par Lupus Imaging & Media GmBH (Allemagne), distributeur de grandes marques, notamment dans le domaine de la photographie.

Sans revenir sur les vicissitudes de la marque, ce que nous venons de survoler précédemment, sachez qu’aujourd’hui les produits AgfaPhoto sont fabriqués en Chine, comme l’appareil que nous allons découvrir.

Présentation de l’AgfaPhoto (modèle VF208)

Une boite en carton aux couleurs d’Agfa, un mode d’emploi simplissime, une pochette en tissus, une dragonne et un appareil tout en plastique : voici l’AgfaPhoto modèle VF208.

Un fix focus tellement basique qu’il est bon de souligner dans les publicités qu’il est réutilisable.

Une chose me choque, immédiatement : le revêtement en vrai simili se décolle déjà de partout. Ça promet et en dit long sur la qualité de fabrication. Même aux pires moments de la production massive des Agfamatic avec les cassettes 126 on n’atteignait pas un niveau si bas dans la qualité.

Regardez les bords du revêtement en simili ; tout se décolle.

Aïe, je suis déjà en train de démolir le boitier et je ne l’ai pas encore analysé, pas bien !

Un parallélépipède bis-tons, gris et noir pour l’ensemble, léger, très léger (130gr nu). Sur la face avant, un objectif légèrement décentré de 31mm ouvrant à f9, un viseur assez large, au centre, et à ses côtés (à droite en regardant le boitier), un flash, dont la commande est un curseur situé en dessous. Un discret AgfaPhoto achève la présentation.

Sur le capot, un bouton rouge, le déclencheur, qui n’a pas la douceur du célèbre Sensor cher à la marque. Juste devant, une petite fenêtre : c’est le compteur de vue. De l’autre côté, la manivelle de rebobinage, noire et, me semble-t-il fragile. Ne tirez pas dessus pour ouvrir le boitier, il y a un verrou sur la tranche droite, qui demande un peu d’entrainement. Presque à mi-chemin du compteur et la manivelle, une petite lampe qui s’illuminera de rouge lorsque le flash sera prêt à faire feu.

A l’arrière, outre la roue dentée pour l’avance du film, la fenêtre du viseur, assez large mais sans la moindre indication de cadre ou de parallaxe. Et un pseudo repose pouce bien trop lisse que pour être efficace.

Par dessous, un bouton en saillie pour le rebobinage et une trappe pour la pile qui alimente le flash, une simple AAA classique.

Sur la tranche droite, le verrou pour la porte qui ferme la chambre. Il faut appuyer vers le bas pour ouvrir la porte. Tout est en plastique, je le répète, donc ne pas forcer pour ouvrir ni pour refermer.

Un seul œillet pour passer la dragonne, en plastique moulé avec la carcasse. Et c’est tout.

Un mot sur le mode d’emploi, peu utile vu la complexité de l’engin. Une simple feuille entre le A5 et le A4, pliée pour présenter en 4 langues (Allemand, anglais, français, espagnol) comment fonctionne l’AgfaPhoto.

Si le flash se met en route (sifflement) rapidement avec une nouvelle pile, vous ne pourrez le tester que si vous trichez un peu avec l’AgfaPhoto. En effet, sans film, impossible d’armer l’obturateur, sauf si vous ouvrez le dos et faites tourner la molette d’entrainement avec les doigts. Au clic, vous pourrez utiliser le flash et déclencher.

Produit depuis 2020, il en a vu de toutes les couleurs : noir, rouge, marron et gris.

Ce boitier basique porte donc un objectif de 31mm ouvrant à f9, sans aucun réglage (fix-focus), qui doit être net de 1m à l’infini. La lentille est en plastique moulé (ménisque). Il n’est pas possible de fixer un filtre quelconque, ni par vissage ni par emboitement. La vitesse de l’obturateur n’est pas déterminée mais elle est unique.

N’importe quel film 24x36mm peut être utilisé et je ne résiste pas au plaisir d’extraire ces phrases de la présentation de cet appareil (publicité). J’espère qu’elles vous feront sourire autant que moi :

Les films facilement disponibles pour l’AgfaPhoto 35mm Reusable Photo Camera sont le Kodak Ultramax 400 pour les images en couleur et le Kodak T-Max 100 pour les images monochromes. Les deux films sont de haute qualité et, selon les rapports de test, fournissent des résultats fiables. Bien sûr, les films d’autres marques peuvent également être utilisés avec cet appareil photo.

Que penser de cet appareil ?

Pour environ 40€ vous aurez donc un argentique des plus basiques et tout en plastique.

Rien à régler : ni distance, ni vitesse, ni sensibilité du film. Vous cadrez (pour ça le viseur est assez grand et presque confortable) et vous appuyez sur le petit bouton rouge. Clic, clac, c’est dans la boite comme le proclamait son grand concurrent.

Franchement, cet appareil ne m’inspire pas : trop de plastique, assemblage déjà en défaut, tenue en main difficile (le plastique est trop lisse, ça glisse), trop simpliste.

Cependant, si vous allez faire un tour LA-BAS, vous verrez des images captées par cet appareil, et on a déjà vu pire.

De fait, si vous cherchez un appareil simple à utiliser, pas cher, qui ne vous laissera pas de regrets s’il venait à casser, il répondra présent. D’où la nécessité de préciser qu’il est réutilisable.

D’autres boitiers, qui jouent aussi sur la nostalgie, ne font pas mieux :

Ceci étant écris, vous pourriez trouver des boitiers autrement plus solides et mieux finis dans le stock quasi insondable des appareils anciens, mêmes dans les plus récents, motorisés et dotés de l’autofocus, et ce pour un prix comparables (au pire).

Ce qui ne choque avec ces appareils, c’est le gaspillage de ressources inutiles : il existe encore tant de bons vieux 24×36 très utilisables qui ne demandent souvent qu’un peu de nettoyage, une nouvelle pile au pire, pour vous redonner l’envie de photographier à l’ancienne, sans tricher et avec de bien meilleurs résultats souvent que ces clones mal fichus et … chers.

Si l’envie vous prenait d’en découvrir quelques uns, allez faire un tour dans la rubrique des compacts, ICI ou LA.

Bonne découvertes.

Un peu de technique

PropriétéSpécifications
Format de film35mm
Format d’image36 mm x 24 mm
Type de lentilleObjectif fixe
Focal Longueur31 mm
Ouverture maximalef/9
FlashFlash intégré
Alimentation électrique1x batterie AAA
Poids130 grammes
Date de sortie2020 (toujours en production)
MarqueAgfaPhoto
Nom de la marqueLupus Imaging & Media GmbH & Co. KG
Pays d’origineChine
Prix Référence39,99 € (août 2023)

Des références

https://fr.wikipedia.org/wiki/Agfa-Gevaert, https://www.agfaphoto-gtc.com/fr/content/6-agfaphoto-la-marque-historique-d-appareils-photo, https://www.vintagecamera.fr/agfa, https://appareil-photo-laviale.com/marque/agfa/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Agfa-Gevaert, en français ; https://www.agfa.com/corporate/history-detailed/, https://filmphotography.eu/en/camera/agfaphoto-35mm-reusable-photo-camera/, en anglais

Le Zinc du photographe

Un numérique aussi basique qu’un bon vieux « point and shot » en 2026 ? C’est le Camp Snap. Seconde partie.

Préambule

Voilà, c’est fait, j’ai essayé ce Camp Snap ce (très chaud) mois d’août (2026).

Destination : d’abord le très beau château de Vêves et sa belle au bois dormant, puis le trépignant Durbuy Adventure et un parcours dans les arbres, puis l’accrobranche.

Le premier ravira vos plus jeunes enfants car ils peuvent se déguiser pour répondre à des énigmes qui leur ouvriront la porte du Dragon et de son Trésor et les grands découvriront un magnifique château et son histoire, tandis que le second s’adressera plutôt aux pré-ados et aux ados pour son côté aventureux et physique.

Nous avions aussi prévu la visite du Labyrinthe de Durbuy, mais par 37°C sans ombre, comme on dit chez nous, trop is te veel (trop c’est trop).

En résumé, au moins deux beaux endroits pour essayer le Camp Snap en conditions réelles.

Présentation du Cam Snap

Celle-ci se trouve sur la première partie de la découverte de l’appareil, en tout cas pour sa description physique. Aussi vais-je m’attacher à la description du fonctionnement, tel que je l’ai découvert. Le mode d’emploi est succinct.

Tout d’abord, je rappelle qu’il s’agit du premier Camp Snap, qui diffère un peu du second : le premier s’allume en actionnant un curseur au dos (ON – OFF – Flash) tandis que le second simplement en appuyant longuement sur le déclencheur. J’avoue un faible pour la première solution. Ensuite, si tous les deux sont équipés de filtres qui modifient un peu les rendus images, sur le premier il faut les sélectionner un à un en agissant sur un bouton, sous la trappe, fermée par une vis ; alors que pour le second, un simple levier permet la sélection, en façade. Ce qui est beaucoup plus simple mais en même temps très tentant (souvenez-vous, vous ne voyez pas les images de suite). Ludique mais un peu inutile.

Lors de l’allumage, un léger clac prévient que l’appareil est prêt pour la photographie. Ce qui signifie qu’il y a un léger temps de latence entre la mise en route et la prise de vue. Ce retard se ressent au lancement et lorsqu’il faut sortir l’appareil de veille. C’est léger mais il existe (+/- 2s) et ralenti la prise sur le vif. Le petit écran LCD indique, brièvement, le nombre d’images disponibles pour la charge de l’appareil.

Surprise là, car lors du premier chargement, l’écran indiquait 90 et lors du second, 100 photos. Nous sommes loin des 500 promises !

Lorsque le boitier est en fonctionnement, le déclencheur s’illumine d’une lumière verte, pratique pour le retrouver dans la pénombre. Lorsqu’on appuie dessus, le déclencheur fait entendre un cloc assez bruyant.

La prise en main est amusante mais trompeuse. J’explique.

L’appareil est très léger, assez fin, avec un revêtement qui n’accroche guère (amis bricoleurs, l’ajout d’un peu de grip est un vrai plus). Ensuite – mais c’est peut-être moi seul – on a vite fait de glisser un doigt devant l’objectif, ce que l’on ne découvre qu’en branchant le boitier sur son PC, c’est- à-dire … trop tard !

Le viseur n’est pas pratique si vous portez des lunettes car il n’y a pas de dégagement. Comme je le précisais dans le premier article, ce viseur ne couvre pas toute la scène mais il est difficile de dire combien (je l’estimais à 80%). De fait, en y regardant de plus près, il semble y avoir un rectangle au centre du viseur, qui couvre la totalité de l’image qui sera captée. Mais les bords sont très imprécis et on y voit mal la scène.

Voilà, voilà … ah oui, ici, point de réglages : comme sur les anciens point and shot, vous visez et vous déclenchez, sans rien à régler. Ni vitesse, ni ouverture, ni nécessité du flash. On tire au jugé et c’est assez amusant, voire confortable, du moins si les réglages d’usine sont bons.

Lorsque vous avez déchargé les photos dans le PC, pour les effacer du boitier, pas de miracle, il faut formater le disque. Je nai pas trouvé d’autre solution.

Que penser de cet appareil ?

Là je viens de brancher l’appareil sur mon PC, à l’aide d’un câble prévu pour les charges rapides (il y a un câble simple fourni dans la boite) : le Camp Snap est immédiatement reconnu par Windows 11 et il s’affiche comme un lecteur externe.

Je télécharge les images dans un nouveau dossier créé pour cette occasion et je les découvre au fur et à mesure : agréable surprise, il n’y a pas des tonnes de déchets (sauf celles où un doigt barre l’objectif ou lorsque j’ai déclenché sans le faire exprès).

Voici une petite sélection des images captées, sans compression (fichiers bruts).

Château de Vêves : la taille de l’image est de 2448×3264 pour 4Mpx. Effet de moiré sur les tuiles du clocher mais les couleurs sont justes. Iso 100, objectif 6mm, sans compensation, à f2,8 vitesse de 1/1169s
Château de Vêves. La taille de l’image est de 2448×3264 pour 3Mpx. Iso 100, objectif de 6mm ouvrant à f2,8 vitesse de 1/1169s. Les couleurs sont justes mais les détails peu précis (relief des pierre, feuilles des arbres).
Détail d’un sol, château de Vêves. Quand on ne voit pas qu’on a deux pieds dans le cadre ! La taille de l’image 3Mpx, Iso 850, objectif 6mm, ouverture f2,8, vitesse 1/17s. Les couleurs sont justes et les détails assez précis (relief).
Château de Vêves (on ne peut pas lire l’étiquette qui signale qu’il s’agit d’une ceinture de chasteté italienne en fer forgé, vers 1550). Les couleurs ont dérivés. La taille de l’image est de 3Mpx. Iso 1462, objectif 6mm ouvrant à f2,8, vitesse 1/13s
Durbuy, arc en ciel près de la pierre anticlinale. Taille de l’image 5Mpx. Iso 100, objectif 6mm ouvrant à f2,8, vitesse de 1/1324s
Vue d’ensemble de Valley Adventure (Durbuy Adventure) et d’une plaine de jeux (on ne peut pas lire correctement les mots). La taille de l’image 5Mpx. Iso 100, objectif 6mm ouvrant à f2,8, vitesse de 1/1324s
Notre nouveau compagnon de (longue) route (temps voilé, vers 8h00 ce 19 août). La taille de l’image 4Mpx. Iso 100 objectif de 6mm ouvrant à f2,8, vitesse de 1/501s

Finalement, ce n’est pas si mauvais que cela. Toutefois, nous ne sommes pas sur du 8Mpx et l’objectif est un 6mm (pas d’équivalence sans connaitre la taille du capteur, hélas).

J’ai le sentiment que les images seront meilleures par beau temps ou plutôt si la lumière est bonne.

Que retenir de cette expérience avec le Camp Snap ?

Pas de prise de tête avec lui : on vise, on cadre (enfin on essaie) et on déclenche. Puis on attend d’être devant son PC pour transférer les images et de découvrir ce qui est susceptible d’être gardé, sachant qu’il est quasi impossible de recadrer dans l’image.

On peut même envisager une impression mais en 10x15cm maximum. De quoi garnir un album-souvenir, comme au bon vieux temps des jetables, des point and shot en plastique, voire des appareils en 126 ou 110 de notre enfance … nostalgie.

Mais ici, sauf le coût de l’appareil, on ne gaspille pas de pellicule et en fin de compte, ça ne coûte pas si cher à l’usage.

Alors si vos enfants ou petits-enfants partent en vacances, en mouvements de jeunesse, en journée pédagogique, donnez leur un Camp Snap, ils auront des souvenirs à partager et prendront sans doute goût à la photographie. En terme de pédagogie justement, c’est un bon exercice de sevrage des écrans.

Conclusion

Pour en terminer avec ce Camp Snap, j’avoue que j’étais très septique en l’emportant pour cette sortie, m’en remettant au soleil plus que généreux pour les photos.

Vous dire qu’il m’enchante serait excessif mais j’avoue qu’il m’a surpris. Certes, nous ne sommes pas sur un capteur de haute résolution – j’aurais dû prendre le Sony A7R3 pour comparer, mais dans les arbres … – comme vanté dans la publicité du produit.

Je me sens aussi assez frustré de n’avoir jamais atteint les 8Mpx eux aussi promis, ce qui aurait un peu amélioré les choses.

Ceci étant, ce n’est pas mauvais mais largement en dessous de ce que l’on peut avoir avec un vrai compact des années 2010 à 2015, mais avec un écran.

Un petit Canon Powershot, un Lumix, un Sony Cybershot, un Nikon Coolpix, un Pentax, etc. dont la définition sera d’au moins 12Mpx et pourra atteindre les 16Mpx, donneront des images plus définies, mieux exploitables. Et ils seront souvent encore plus compacts et faciles à emporter, plus solides aussi.

Certes, il faut les régler au départ mais ensuite, pour les enfants, vous laissez l’appareil sur P (programme) et ils n’ont plus qu’à faire leurs photos sans trop de risque de ratés.

D’expérience, il est vrai qu’ils comprendront vite comme jouer avec les modes scènes mais pourquoi pas, ça stimule leur imagination.

Pour les profs et les animateurs, cela reste des appareils photos acceptables pour les sorties.

Oui mais, au niveau des prix ? Si vous farfouillez un peu lors de brocante/braderie, vous en trouverez souvent pour des prix inférieurs à 20€. Il n’y a plus de chargeur ? Pas grave, sur les grands sites de vente, vous en trouvez des universels pour moins de 15€. Quelques vendeurs sérieux vous les proposeront dans une fourchette de 30 à 50€ s’ils sont accompagnés d’un chargeur, d’une bonne batterie et vérifiés.

En tout état de cause, nous sommes encore sous la barre du prix du Camp Snap.

Car, pour moi, c’est là que le bat blesse : au vu des performances, de la fabrication légère et tout plastique, le prix est trop élevé. Plus dicté par des raisons marketing et dans l’air du temps où l’on vous raconte de belles histoires pour mieux vendre des objets limités mais tendance.

Argentique

Un Roi s’invite, troisième du nom, le King Regula IIId

Préambule

Voici un second appareil déniché lors de la brocante en Bretagne, un King Regula IIId dans son sac tout prêt, les deux comme neufs.

C’est d’ailleurs un peu par hasard que j’ai ouvert le sac, mais lorsque j’ai compris que j’avais devant moi un télémétrique avec une cellule, toujours fonctionnelle, j’ai négocié son achat avec la charmante dame âgée qui le vendait.

Et le voilà dans le sac à dos, qui rejoint ses petits compagnons du jour.

Mais qui peut-être ce Roi Regula ?

Un peu d’histoire

Pas facile de raconter cette histoire car il semble que tous les auteurs ne soient pas d’accord sur l’origine de l’entreprise. Alors, de recoupements en recoupements, il s’avère qu’il y eut bien une famille King en 1936 à Pforzheim (Allemagne).

Pius (le père) et Herbert (le fils) King fondent la King KG, une entreprise familiale qui se spécialise dans les composants électriques et plus spécifiquement ceux liés à la radio.

Produits recherchés en temps de guerre qui permet à l’entreprise de déménager, dès 1938, à Bad Liebenzell (Forêt Noire, Allemagne). La région était déjà un pôle industriel pour la mécanique de précision, avec une chaîne d’approvisionnement de fournisseurs et de travailleurs qualifiés.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les installations de l’usine sont démantelées par les alliés et l’entreprise est priée de se reconvertir. Ce qu’elle fait dès 1949, en se tournant vers la photographie, King, photographe, ayant sentit que cette industrie avait de l’avenir. Elle restait ainsi dans des gammes de produits de précision, même si ses choix la portèrent vers des appareils peu chers et relativement simples, au début.

Ainsi seront produits les premiers Regula. Le succès initial est rapide. Pourtant, un incendie (1951) détruit une partie de l’usine. Les ouvriers mirent la main à la pâte et l’usine, qui devait faire face à une demande croissante, reprit la production à peine deux semaines après le sinistre.

Regula I

Les objectifs proposaient des ouvertures de f4,5, f3,5 ou f2,8 et les obturateurs proviennent de divers constructeurs ; les viseurs étaient des viseurs de Galilée simples. Leur forme un peu ronde les rendait facile à manier et ils étaient légers. Un levier d’armement apparaitra un peu plus tard. Ils avaient une surface polie, résistante et couverte d’un vernis doux pour un fini miroir.

Sauf sur les premiers modèles, le logo sera un K dans un écu couronné. Les modèles étaient identifiés par un tampon au dessus du cadre du film, dans la chambre, et comprenaient les modèles I-A, I-B, I-C, I-D, I-E, I-F, I-P, II etc.

Les Regula, identifiés par des numéros de I à III, se distinguaient par leur conception modulaire, autorisant les mises à jour rapide des modèles, voire des personnalisations L’utilisation d’un aluminium spécial (alu eloxal), avec un traitement d’anodisation, garantissait une belle tenue à la corrosion et des finitions brillantes. Par contre, les Regula Sprinty, d’entrée de gamme, utilisaient plutôt un châssis en plastique thermoset renforcé de fibre de verre, réduisant ainsi les coûts sans compromettre la solidité.

Outre le Regula, l’entreprise fabrique aussi des flashs externes Regulux avec synchronisation et le moteur d’alimentation Rapildrive pour la prise de vue en continu (un winder).

La Regula-Werk atteindra son apogée dans les années cinquante – soixante. Dès 1953, apparaissent les appareils de seconde génération, qui proposent des objectifs interchangeables et des obturateurs pointus. Les optiques étaient fournies par Iso-Gotingen, Jena, Steinhel, Rodenstock alors que les obturateurs, des Gauthier, étaient des Prontor SVS et SLK, qui atteignaient le 1/300s et, surtout, la synchronisation flash.

Le design des boitiers change en 1953. Il devient plus fin et compact ; le logo King est posé sous forme d’un badge émaillé sur le métal. De nombreuses variantes ont été introduites, avec ou sans télémètres couplés.

1955 verra la naissance du Regula IIIa,

Puis, en 1957, c’est le Regula Cita III (Regula Gipsy pour le marché américain), qui devient un haut de gamme de luxe : optique Carl Zeiss Tessar 50mm ouvrant à f2,8, cellule Metrawatt au sélénium, levier d’armement à course courte, viseur avec cadre lumineux. Une version, le Citalux ou Citalux 300 avait un corps doré et un revêtement en cuir bordeaux (la version la plus recherchée !).

Le Regula IIIb est semblable au IIIa si ce n’est son cadre lumineux imprimé et ses objectifs Rodenstock Trinar de 45mm ouvrant à f2,8, ou Cassar et, surtout, équipé d’une cellule Gossen Pilot, couplée au diaphragme et qui donnait une mesure de la lumière précise..

Quant au Regula IIIc, il n’avait pas de posemètre mais gardait son télémètre couplé à base longue et, surtout, des objectifs interchangeables avec une baïonnette unique. Les objectifs venaient de chez Enna, Steinhell et ISCO.

Enfin, le Regula IIId était l’équivalent du IIIc, incorporant le posemètre Gossen du IIIb. Le télémètre couplé était un design différent avec une base plus courte que celle du IIIc, mais très efficace. Le IIId était le modèle haut de gamme de cette gamme à objectifs interchangeables (avec baïonnette).

Le Regula RM est semblable au Cita III et, à terme, il remplacera le modèle. Le RM sera remanié de nombreuses fois, comme le viseur, emprunté au IIIb, avec un posemètre Bewi, non couplé. Il n’avait pas de couvercle et il fallait appuyer sur un bouton rouge au centre du cadran pour lire la mesure, à hauteur d’œil. Quelques unes de ces modifications seront aussi portées au IIId, comme celle du viseur avec des lignes de visées plus lumineuses et multiples, ce qui évitait d’acheter un viseur tourelle.

En 1965, le Regula Superautomatic, d’autre part, a introduit un système d’exposition semi-automatique, basé sur une priorité ouverture contrôlée par une cellule photoélectrique externe.

N’oublions pas que les modèles haut de gamme sont équipés d’un télémètre couplé.

Afin d’élargir son réseau de distribution, la société a conclu une collaboration avec Foto-Quelle et Porst. Des modèles particuliers ont ainsi été créés, comme le Revue 300 pour Foto-Quelle qui est un Regula IIIa avec des logos différents, ou le Hapo 36 qui est un IRM destiné au marché US.

Certains modèles ont été concédés sous licence à d’autres entreprises. Par exemple, il y avait des modèles fabriqués en Roumanie par IOR. D’autres ont également été construits à Calcutta en Inde (National Instruments).

Dans les années quatre-vingt, la direction de l’entreprise sera confiée à Wilfried Bauser, gendre des King, et la société sera rebaptisée Regula-Werk King & Bauser GmbH.

Mais revenons aux années septante, car elles annoncent le déclin de la société : la déferlante japonaise a lancé les automatismes, les cellules précises et, enfin, l’autofocus. Difficile de faire face. King a bien essayé le format 126 (Regula Diplomat et Instaking), le format 110 avec le Regula 118.

Ils ont même tenté une incursion dans les réflex avec le Reflex 2000 mais ils se sont fait attaquer en justice par Leitz qui affirmait que cet appareil violait leurs brevets du Leicaflex. Ce fut un premier gros impact financier car le développement d’un appareil coute toujours cher et ils ont dû tout abandonner.

Leur dernière erreur fut de croire aux appareil à disque (1984), tels que ceux que Kodak avait lancé. Hélas, ensuite, ce sera la faillite.

Pourtant, de 1949 à 1984, l’entreprise a produit jusqu’à cinq millions d’appareils photo, ce qui en fait l’un des fabricants allemands les plus prospères de l’après-guerre.

Présentation du King Regula IIId

Comme je l’écrivais en préambule, cet appareil est quasi neuf alors qu’il va sur ces 70 ans. C’est en 1956 que le Regula IIId est apparu sur le marché.

Grâce à sa construction en aluminium Eloxal, il est léger, bien proportionné et agréable à prendre en mains.

Comme les autres Regula, il sera régulièrement mis à jour et tous les modèles portent quelques différences. Ainsi, celui que je vous présente n’a pas de porte pour protéger la cellule au sélénium, mise en façade et au dessus de celle-ci, c’est un bouton rond qui permet de régler les Asa/Din. Elle est toujours fonctionnelle sur cet exemplaire et il doit s’agir d’une Bewi.

Un Regula IIId avec cellule Goosen protégée par une porte
Notre exemplaire, sans protection de la cellule.

La caractéristique de la gamme des Regula III c’est la plaque avant, marquée de deux lignes noires verticales, autour de l’objectif, dont une marquée du K couronné de la marque et, en contre-point, la prise du flash de l’autre côté.

Autre particularité du IIId, les objectifs interchangeables avec baïonnette, à la manière des Agfa ou Voigtländer par exemple : c’est la partie avant de l’objectif qui se détache et se remplace par un autre. Il faut appuyer sur le bouton rouge, placé sur l’objectif, qui déverrouille le tout, puis un quart de tour à droite désolidarise la partie avant. On voit directement l’obturateur en iris par dessous.

Ici, il s’agit d’un Isco-Gottingen, Regula Color Westanar de 50mm ouvrant à f2,8. D’autres focales ont existé, dans d’autres marques, mais avec les distances de 28 à 200mm (elles sont rares à trouver, ceci dit).

Le viseur, avec cadres gravés et lumineux, plus correction de la parallaxe, montre un patch carré en son centre, pour la mise au point du télémètre à coïncidence. Certains modèles auront des cadres projetés avec marque des focales mais généralement, il faudra utiliser un complément pour les autres focales que le 50mm.

Les marques sur le verre sont bien visibles.
Le Regula IIId avec le viseur multi focale et un 135mm Tele Westanar

L’obturateur est un Prontor SVS qui offre des vitesses de 1s à 1/300s plus une pose B. Après le B, vous verrez des chiffres verts : ceux-ci vous donnent une indication du temps de pose nécessaire en fonction de l’ouverture choisie après lecture de l’indice de lumination (LV) lu sur le cadran de la cellule (voir ci-dessous). Les lettres M et X indiquent le type de synchro flash tandis que la lettre V est celle du retardateur (armer avant de le mettre sur cette position), qui vous laisse entre 6 et 8s pour être dans le cadre.

Petite particularité propre aux appareils allemands des années cinquante : le couplage du diaphragme avec le temps de pose ou l’utilisation de l’indice de lumination (LV). J’explique …

Après avoir réglé la sensibilité de la cellule (en faisant tourner le disque portant des excroissances sur la bonne valeur DIN ou Asa), vous allez faire coïncider la flèche rouge avec le trait jaune sur l’écran noir de lecture. Vous verrez alors un chiffre apparaitre (en rouge) sur le disque, celui de l’indice LV, que vous aller reporter sur la bague des ouvertures.

Si vous manipulez les ouvertures, vous constaterez que les vitesses bougent de concert, vous donnant toujours un couple vitesse/ouverture calculé en fonction de cet indice LV : réglez la distance et il vous suffit de déclencher pour prendre votre photo. C’est un peu déstabilisant au début mais c’est assez rapide quant on a compris le truc et vous pouvez jouer sur la distance focale (profondeur de champ) tout en gardant une vitesse adéquate. Vous pouvez modifier le rapport en appuyant sur le levier derrière celui du réglage des synchro flash.

La griffe du flash est dite froide, c’est-à-dire qu’il faut coupler le flash à l’appareil via un câble pour effectuer la synchronisation.

Pour ouvrir le dos de l’appareil, c’est via un petit verrou sur la tranche droite. Le bouton de rebobinage est sur la semelle.

Que penser de cet appareil ?

Les publicités de l’époque vantaient la durabilité des appareils Regula, grâce à son revêtement spécifique en aluminium anodisé. Hé bien, s’il a été bien traité, cet appareil en est un bon exemple : il a l’air neuf !

Mais outre cette première (bonne) impression, c’est un boitier que je ne connaissais pas. Et pour tout vous dire (enfin, écrire), je ne m’attardais généralement pas sur ces King car leur esthétique et leurs fonctionnalités ne m’inspiraient pas. Il aura vraiment fallu que je tombe sur cet exemplaire pour m’intéresser à la marque, son histoire et ses produits.

En l’occurrence, un très bel exemplaire de télémétrique typique des années cinquante – soixante, avec ce petit plus que les objectifs de ce modèle sont interchangeables, même si je crains ne pas en trouver régulièrement, sauf à aller sur des sites spécialisés.

C’est un appareil intéressant, non pas pour ses trouvailles techniques, somme toute celles de son époque, mais parce qu’elles sont bien mises en œuvre et que le Regula IIId est un boitier agréable à manipuler, facile à utiliser et, ce qui ne gâche rien, assez inhabituel que pour vous démarquer si vous en utilisez un dans la rue.

Si j’avais un reproche à faire, c’est sa vitesse maximale, un peu courte de 1/300s mais il ne fait pas pire que d’autres de son époque, encore une fois. N’oublions pas qu’en ces temps-là la sensibilité des films n’était pas aussi élevée que de nos jours. Si vous travaillez avec un 100 Asa et avec le système de lumination (LV) de l’appareil, vous ne raterez pas souvent vos photos, c’est un plus indéniable.

Relativement peu courant sans être vraiment rare, vous devriez en trouver un exemplaire en bon état, avec sa gaine et au moins son 50mm, pour moins de 50€. S’il vous arrivait d’avoir la chance d’en trouver un avec ses accessoires, ouvrez votre portefeuille et prenez-le, vous ne le regretterez pas si vous cherchez un télémétrique différent et de bel aspect.

Qu’en pensez-vous ?

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Appareil photo 35 mm, appareil télémétrique
Marque : Regula King, Bad Liebenzell, Allemagne
Film photographique 135 (24×36)
Télémétrique à coïncidence d’image
Posemètre intégré, non couplé à indice de lumination (LV)
Contrôle de l’exposition : manuelle
Objectif interchangeable sur appareil photo : Isco-Gottingen, Regula Color Westanar de 50mm ouvrant à f2,8 ou Enna Werk München Color-Ennit 50 mm f/2.8
Obturateur de la marque : Gauthier, Calmbach, Allemagne. Prontor SvS
Obturateur central ; vitesses de 1s à 1/300s plus pause B
Flash : griffe froide, contact avec câble, synchro M et X
Période de production à partir de 1956

Des références

https://www.flickr.com/photos/10456228@N00/4465556640/, https://mikeeckman.com/2022/06/king-regula-rm-1956/, https://cameracollector.net/king-regula-camera-list/, https://web.archive.org/web/20070321233452/http://www.mwclassic.com/articles/irregular_regulas/irregular_regulas.htm, en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/king-regula-iiid/, https://de.wikipedia.org/wiki/Regula-Werk_King_%26_Bauser, https://www.gigers.com/ernst/ALTEKAMERAS/Samml_king.htm , en allemand ; https://fotocccp.ru/king-regula-iiid, en russe ; https://ibericadigital.es/compactas-de-visor/177-king-regula-iiia.html, en espagnol ; https://filmphotography.eu/fr/appareils-photo/king/, https://www.mes-appareils-photos.fr/Regula.htm, https://www.mes-appareils-photos.fr/Regula-IIId.htm, en français ; https://www.storiadellafotografia.com/regula-werk-king-kg/, en italien

Numérique

Un numérique aussi basique qu’un bon vieux « point and shot » en 2026 ? C’est le Camp Snap. Première partie.

Préambule

Curieux de nature, j’avais entendu et lu quelque part que ce type d’appareil existait. J’en avais d’ailleurs trouvé assez vite sur les grands sites de vente chinois ou autre, ainsi que dans une enseigne spécialisée chez nous, Mediamarkt.

Mais à 79,90€ le boitier, plus d’une fois je me suis dit, non, tu ne peux pas acheter ce bidule. Alors, grâce aux soldes, j’ai fait le pas et ouvert mon portefeuille pour en sortir cette fois 59€ (ce qui est encore cher à mon humble avis).

Non, je ne vais pas vous faire le coup du gars qui ouvre une boite, déballe tous les articles qui sont dedans, semble hésiter sur l’utilisation alors que c’est la vingtième prise et vous traine comme ça pendant un quart d’heure (le format You Tube) pour vous dire que c’est : un appareil formidable – une daube pas possible – une erreur marketing – un produit sympa (biffer la mention inutile).

Toutefois, ce qui m’a déjà fait rigoler, c’est le côté boy scout de Brian et Mélanie, les improbables inventeurs de cette chose fabriquée à des millions d’exemplaire en Chine mais qui vous vantent la liberté de la vie au grand air !

Oui, je sais, c’est très subjectif mais c’est bien l’intitulé de la rubrique petite analyse subjective du matériel photographique dans laquelle vous découvrez, entre autre, cet appareil.

Un peu d’histoire

Les boitiers assez petits que pour être emportés partout et, surtout, dans une poche, existent depuis longtemps. Je songe par exemple au Vest Pocket de Kodak, le (très/trop) célèbre Leica, le Rollei 35, le Minox 35 GT, le Canon Prima 5, le Ricoh R1, etc. pour panacher un peu dans toutes les époques, avec des boitiers sans ou très peu de réglages.

L’avantage d’un point and shot (viser et tirer) est de n’avoir rien à régler, sauf à peaufiner votre cadrage : la focale choisie par le constructeur vous permet généralement d’être bon à partir d’un mètre jusque l’infini (oui, je simplifie).

L’avènement de la cellule couplée, de l’autofocus ensuite, vous aide grandement, mais on peut faire sans. Revisitez les albums photo de vos parents et grands parents, vous serez surpris !

Le seul inconvénient, finalement de ces appareils à bobines, c’est qu’il faut attendre d’avoir terminé la pellicule pour savoir si vos photos sont bonnes ou pas. Un des étranges plaisirs de l’argentique.

En numérique aussi les constructeurs ont créé des boitiers minuscules, ceux que l’on appelaient les compacts et qui ont, dit-on, disparus au profit du smartphone. Grave erreur …

Les fabricants ont progressivement abandonné ce créneau, sauf à vous proposer des compacts experts … et à vous soutirer un maximum d’argent !

Les plus jeunes d’entre vous qui partez encore en camp de mouvements de jeunesse ou en journée pédagogique, vous savez bien que les animateurs et les professeurs ont une sainte horreur des smartphones, qui vous détournent de ce que l’on est censé vous apprendre. Vous êtes donc nombreux à revenir à ces petits appareils de poches, qui ne vous permettent que de faire des photos (finalement, c’est un peu leur but, non ?).

Mais pour aller plus loin dans l’esprit et la démarche, certains ont posé le postulat que l’on pouvait aussi attendre avant de regarder le travail photographique, même si celui-ci avait été réalisé en numérique.

Là, il y a deux écoles :

  • celle de Leica, qui vous propose son M11 – D, un télémétrique numérique sans écran de 60,3 Mpx offert au prix (fort de café) de 9.650€
  • et celle de Camp Snap, un point and shot de 8 Mpx offert (finalement, c’est pas cher) au prix de 79,90€ (normalement)

Si le premier vise l’excellence photographique à prix d’or, le second envisage de faire ce qu’il peut à prix raisonnable.

Pour autant, va-t-il rencontrer son public, habitué au tout, tout de suite !

C’est un pari lancé. Et pourquoi pas, nos ados sont coutumiers d’essayer des concepts originaux, comme le Low-fi (mauvaise qualité) où ils recherchent de vieux compacts pour autant qu’ils aient l’impression de revenir à l’essence des premiers modèles et se ruent sur les appareils aux résolutions qui font aujourd’hui sourire (du genre 5Mpx). Il faut bien que jeunesse se passe !

Alors pourquoi pas attendre quelques jours ou heures pour voir ce que l’on a capturé ?

Mais nous allons voir cela de plus près …

Présentation du Camp Snap

Une boite en carton au design soigné, qui a un petit côté nature (on vous précise que le boitier est écologique et réutilisable), fait pour attirer les plus jeunes et/ou ceux qui le sont restés.

A l’intérieur, bien emballé dans un papier de soie, un petit boitier très … léger : il est tout en plastique et ressemble furieusement aux jetables ou réutilisables des années nonante (quatre-vingt-dix pour nos amis français). On vous précise d’ailleurs qu’une pellicule n’est pas nécessaire.

Cet exemplaire est noir mais il aurait pu être brun ou vert forêt, blanc, rose, translucide en bleu, rose, orange, vert fluo, etc.

Son concept est, parait-il, solide. Assez en tout cas pour être glissé dans une poche, un sac, mais pas pour dégringoler d’un étage sur un béton dur. Ce qui me fait le plus peur, ce sont les œillets en plastique pour fixer une dragonne ou une lanière : ils risquent de ne pas faire long feu.

Ensuite, un mode d’emploi, en anglais. Mais le site est aussi en français et on y retrouve ce dernier, il est vrai, simplissime.

Ceci étant écris, l’assemblage est correct. Venons-en au boitier en lui-même :

  • un rectangle très léger (et pour cause) qui présente sur sa face avant un objectif tout en plastique lui aussi
  • et en regard du nom Camp Snap, une LED qui est le flash intégré
  • au milieu, un viseur de Galilée tout simple mais qui a le mérite d’exister
  • un faux revêtement cuir donne une petite illusion de boitier à l’ancienne
  • à l’arrière, le gainage à disparu et le plastique noir est bien lisse et glissant, même si un micro enfoncement fait penser que l’on peut y poser son pouce
  • et – horreur – il y a bien un minuscule écran LCD : rassurez-vous, il ne sert qu’à vérifier le nombre de photos et la charge de la batterie
  • à gauche, un interrupteur à trois positions pour gérer l’alimentation et le flash
  • au dessus, un bouton noir et tout lisse pour déclencheur
  • en dessous, un filetage pour fixer un trépied, une trappe protégée par un couvercle en caoutchouc et qui abrite la prise de recharge en USB-C et, enfin, une seconde trappe, fermée par une vis : celle-ci abrite le réglage de la date et la possibilité de choisir entre six filtres numériques (mais un à la fois), plus un que vous pouvez créer
  • et dans cette baie enfin ouverte, une bonne surprise : une carte de 4Go, largement suffisante que pour y caser environ 2.000 photos (photo de 1 à 4Mo selon les conditions d’éclairage (3264×2448 pixels avec une résolution de 72dpi – c’est juste suffisant pour une impression en 10×15).

Dépouillé est le mot qui vient à l’esprit devant cet objet, dont on se demande toujours si ça va fonctionner, et comment ?

Si je résume, nous avons donc une lentille en plastique qui semble être l’équivalent d’un 35mm mais dont on ignore l’ouverture. La distance de mise au point semble être de 1m à l’infini (pas pratique pour les selfies, sauf si vous avez de très longs bras).

Un viseur à l’ancienne, pas très agréable à regarder (fortes distorsions) et qui ne couvre pas tout le champ de la photo (environ 80%) et augure de cadrages approximatifs.

Le constructeur nous dit qu’avec une charge on doit pouvoir faire 500 images. Le petit écran nous renseigne bien sur le nombre de photo mais pas sur l’état de la batterie. Le seul indicateur à son sujet est une LED rouge qui passe au vert quand il est chargé.

Petit aparté : le modèle que je vous présente est le numéro 1. Une seconde itération a vu le jour, qui serait 15% moins épaisse, dont le seul changement est que l’on peut modifier le réglage des filtres directement, grâce à un nouveau bouton, placé près de l’écran. Et il existe un modèle Pro, légèrement plus sophistiqué (flash au Xénon, 16 Mpx, choix entre 4 filtres, viseur déporté sur la gauche) et plus cher (99€).

Le capteur serait un haute résolution de 8Mpx, sans autre précision de taille. Mais on peut penser qu’il doit être aussi petit que celui d’un smartphone, voire peut-être moins.

Au dos, un bouton ON/OFF et pour activer le flash sur le premier opus et pas de bouton ON/OFF sur le second, mais il suffit d’appuyer sur le déclencheur pour éveiller l’engin. Un autre appuis, long, l’éteindra. Et si vous l’oubliez, il se coupe tout seul après 10 minutes (pour les deux modèles).

Un câble est fourni avec le boitier, pour la recharge de la batterie et la décharge des images vers le PC.

Second aparté : ici, pas de batterie amovible, elle est fixe. Ce qui signifie qu’il faut démonter pour la remplacer ou jeter dans le container ad hoc le boitier.

Il faut que je l’essaie pour vous dire tout le bien ou le mal que cet Camp Snap nous donnera. La suite au prochain numéro, comme on dit à la télé !

Que penser de cet appareil ?

C’est amusant, car sur une autre brocante, j’ai trouvé, dans son emballage, un AgfaPhoto argentique d’époque.

Ils se ressemblent furieusement, sauf que le premier nommé fonctionne aux sels d’argent et le second au lithium. On appelle ça le progrès !

Ceci étant posé, comme je l’écrivais quelques lignes plus haut, je reviendrai sur le Camp Snap lorsque j’aurais fait des photos avec lui, en conditions réelles.

Un peu de patience …

Vidéos d’illustration

Des références

https://www.campsnapphoto.com/, https://www.urbanoutfitters.com/fr-fr/brands/camp-snap, en anglais ; https://www.campsnapphoto.com/fr, https://vincentjeannerot.blog/premieres-impressions-de-lappareil-photo-camp-snap/, en français

Argentique

The Self Worker, un appareil véritablement… français.

Préambule

Même en vacances, il nous arrive de tomber sur une brocante, en l’occurrence ici, une braderie, puisque nous étions en Bretagne pour quelques jours de congé.

Et sous 30°C, ce qui, il faut l’avouer, est plutôt rare en pays breton !

En baguenaudant d’étals en étals, j’ai trouvé quelques pépites dont celle-ci : un appareil dit jumelle, très ancien. Vendu par un Monsieur âgé qui signalait sur son stand trente-cinquième et dernière année de braderie.

Fatigué, il avait déjà liquidé une partie de son stock et il lui restait quelques pièces, dont cet étrange appareil, que j’ai négocié, pour son plaisir et le mien, un petit peu.

Mais que je vous le présente …

Un peu d’histoire

A l’inspection du boitier, je ne découvre que les mots The Self Worker et la mention étrange Btè France et Etranger (breveté pour la France et l’Etranger), sur la gauche de la plaque avant, et à droite, un entrelacs de lettres dont je suppose qu’il s’agit des initiales du ou des fabricants.

La boite, en bois gainé de cuir, ressemble à une pyramide tronquée, en deux parties : un magasin amovible et le corps avec une face avant qui porte des réglages et l’objectif. Au dessus, un viseur rudimentaire qui s’appellera sans doute sportif.

En dessous, un filetage pour le fixer sur un trépied.

Voilà avec quoi je dois me débrouiller pour trouver des renseignements utiles et créer cet article.

Revenons sur le nom, The Self Worker (= le travailleur autonome), en anglais, alors que l’appareil est bel et bien français.

Commençons cette longue histoire …

Alfred Alexandre Pipon, coiffeur à Paris, avec son épouse, Claire Duplessis, auront trois garçons : Alexandre Jules (1865), Jules Alexandre (1870) et Emile Alfred Jean (1872).

Petit aparté : il faudra faire attention à ne pas mélanger les prénoms pour s’y retrouver !

A leur majorité, chacun des garçons disposent d’un bagage technique : Alexandre Jules est tourneur en cuivre, Jules Alexandre est ajusteur et Emile Alfred ajusteur en optique.

En 1890, Alexandre Jules termine son service militaire (5 ans à l’époque) et épouse ensuite Cécile Montès. Il auront un fils, Jean Jules Alexandre (1895).

Dès 1893, Alexandre Jules fait breveter un obturateur à vitesses réglables et pour le commercialiser, il crée une société familiale avec son frère Jules Alexandre, qui termine aussi sa période de conscription (plus courte, trois ans).

Leur association porte ses fruits et ils déposent de nouveaux brevets pour leurs inventions : une chambre pliante en 1894 et un obturateur s’intégrant dans l’objectif en 1895.

Avec sans doute un début de réussite commerciale, les deux frères créent une association de fait en novembre 1895, au nom de A et J Pipon, fabricants d’appareils photographiques. Alexandre Jules s’inscrit alors à la chambre syndicale des constructeurs et négociants en matériel photographique.

Ayant lui aussi terminé son service sous les drapeaux (trois ans aussi), Emile Alfred Jean se lance là encore dans la pratique photographique. Il dépose son premier brevet en 1897 pour un obturateur mécanique et en 1895 un second pour une chambre pliante elle aussi.

Loin de rester les bras croisés, ces deux frères se lancent dans la fabrication de matériel cinéma, alors très en vogue. Dans la foulée, ils déposent en 1896 un brevet pour le Cinographoscope. Pour pouvoir grandir, ils s’associent avec Monsieur Presseq et fondent ensemble la société Cinographoscope. Devant la réussite commerciale de cette entreprise, les frères la rachètent et reprennent leur indépendance.

A la Foire Universelle de Bruxelles (1897) ils obtiennent la médaille d’argent pour leur appareil détective le Cosaque et une médaille de bronze lors de la Foire Universelle de Paris (1900). L’appareil détective est un box, malheureusement très semblable au Kodak, ce qui leur vaut un procès avec la maison américaine, qui gagne celui-ci. Elle laisse toutefois six mois aux frères Pipon pour retirer tous les appareils Cosaque de la circulation.

Toujours en 1897, les frères Pipon déposent un brevet révolutionnaire : une enveloppe de sureté pour film photographique, l’ancêtre de la bobine de film qui inspirera celle du film 135mm, repris par … Kodak.

Les appareils détectives se vendent bien et les deux frères veulent créer un appareil de meilleure qualité, qu’ils présentent lors de l’Exposition de Rochefort (1898) et qui leur vaudra une médaille d’or. C’est le The Self Worker de notre article.

Cependant, dès 1899, c’est une période noire qui s’ouvre pour l’entreprise Pipon : le procès intenté par Kodak d’abord, puis le décès de Jules Alexandre.

Alexandre Jules doit alors gérer la succession de son frère, la refonte de leur catalogue (suite au procès) et modifier la structure de l’entreprise. Ce n’est qu’en 1900 que celle-ci est rebaptisée Société de Fabrication des Appareils A et J Pipon et qu’elle devient une Société Anonyme, dont l’objet social est tous travaux d’optique, de mécanique, d’ébénisterie et d’une façon générale tous travaux concernant la photographie.

Las, en 1902, il dépose le bilan de la SA mais garde la possibilité de continuer ses activités. Il développe un nouvel appareil jumelle, le Ultra. Puis il rejoint son plus jeune frère, Emile Alfred Jean, qui venait aussi de faire faillite. Les deux frères travaillent donc ensemble et sortent un appareil jumelle pliant (1903) puis ils développent la gamme d’appareils Français (1904).

Ils forment alors la Société Pipon et Cie, tandis qu’Alexandre Jules quitte la chambre syndicale des constructeurs et fournisseurs d’appareils photographiques.

Vers 1905, les deux frères se séparent : Emile Alfred Jean se tourne vers l’électricité civile et pour voiture tandis qu’Alexandre Jules continue la fabrication et la vente d’appareils photographiques.

Entre 1905 et 1910, il met en avant la fabrication des objectifs Pipon, notamment en faisant éditer des cartes postales qui portent la mention photo prise avec un objectif Pipon et en faisant référence à un photographe amateur qui remporte de nombreux prix, Jules Seeberger, en utilisant les objectifs Pipon.

Mais en 1913, l’entreprise est de nouveau déclarée en faillite et mise en concordat pendant huit ans, pour rembourser la moitié des dettes.

Alexandre Jules s’éteindra en 1923 après avoir déposé encore deux brevets en 1920 dont un pour une charnière de porte.

Présentation du The Self Worker

C’est un appareil dit jumelle à cause de sa tenue en mains, qui rappelle celle de l’instrument d’optique. Cet appareil évoluera régulièrement pour tenir compte des progrès techniques. Les premiers exemplaires datent de 1897 et celui qui nous occupe porte le n° 3332.

Le corps est en bois, recouvert d’un fin cuir noir. La platine qui porte l’objectif et les commandes est en métal, tout comme la porte et le fonds du magasin. Tout est en habit noir, sauf quelques pièces, en laiton doré. La platine est gravée du nom de l’appareil et son numéro (à droite) , puis des initiales AJP (à gauche)

L’objectif est en laiton et son bouchon est en cuir épais.

Sur le dessus, un viseur dit sportif, un verre marqué d’une croix rouge qui, lorsqu’il se soulève, libère une petite tige métallique, qui sert de mire. Il faut d’abord rabattre la tige avant le verre, qui la bloque. En appuyant ensuite sur la base de cette tige, elle libère le verre de visée.

Le format des plaques de verre évoluera aussi, passant du 6,5×9, 9 x12 ou 83 x108 (seulement en 1898), avec une mise au point à partir de 2m jusque l’infini.

Petite particularité de la mise au point : elle s’opère grâce à un levier situé sur la droite du boitier. En le déplaçant, on actionne une crémaillère qui fait avancer ou reculer tout le bloc avant.

Le magasin compte 12 plaques de verre, interchangeable. Un levier pivote sur une plaque de laiton, sur la gauche : c’est le verrou. Poussé vers l’avant, il libère le magasin, muni de sa plaque noire, qui cache les images et les plaques. Attention, il n’y a pas de protection si on oublie de la remettre en place lorsqu’on retire le magasin, donc risque de voile sur les plaques.

Le fonds du magasin comporte deux verrous, rectangulaires : si vous les mettez à l’horizontale, ils libèrent la porte du magasin. Ce dernier est équipé d’un compteur de vue sur le dessus.

Lorsque le magasin est retiré, on tombe directement dans la chambre, disons … assez rudimentaire !

L’obturateur est à guillotine, qui s’arme en tirant sur une tige, à droite, qui arme l’obturateur et fait monter le déclencheur, sur le dessus de la plaque avant. Il permet de faire une pose, en déplaçant un petit curseur, au dessus de l’objectif, noté P (pose) et I (instantané), et il dispose de plusieurs vitesses, régulées par la tension d’un ressort.

Étonnamment, les vitesses ne sont pas étalonnées. Par contre, elles sont variables, grâce à deux molettes, l’une en façade et graduée de 1 à 6 et l’autre, sur le côté gauche, graduée de 1 à 4.

Les objectifs sont, au choix, des A.J. Pipon, des Goerz ou des Zeiss-Krauss. Ici, c’est un F. Goerz de 100mm. Les ouvertures, qui se règlent avec un petit levier au dessus de l’objectif sont de 2/3 (!), 1, 2, 4, 8 et 16.

Présentation de la jumelle The Self Worker dans Le Nord Photographe du 1er décembre 1897.

Par dessous, un pas de vis dit au pas du Congrès pour y fixer un trépied et un second, sur le côté droit.

C’est bien construit, solide, mais peu pratique à utiliser, du moins par manque d’habitude sans doute.

Publicité du Bon Marché, 1903

Tout fonctionne encore parfaitement (ouvertures de l’objectif, tirette de l’armement, déclencheur, réglage des vitesses, de la pose B, verrou, plaque noire, etc.).

D’autres marques (Gallus, Carpentier, Makenstein, Gaumont, pour n’en citer que quelques uns) se sont illustrées dans ces appareils-jumelles, qui ont eu leur heure de gloire entre 1890 et 1910). Ils seront remplacés par des folding, plus compacts lorsqu’ils sont repliés et au moins aussi perfectionnés, eux-même supplantés par les télémétriques puis les premiers réflex, plus polyvalents.

Les premières années de l’histoire des appareils photographiques sont riches de ces boitiers étonnants … Bien plus tard, nous verrons apparaître des jumelles couplées à un appareil photo, même en numérique, mais c’est une autre histoire.

C’est un objet curieux, vraiment de collection, d’autant que cet exemplaire est complet, avec son étuis en cuir épais garni de feutrine verte et son magasin rempli de plaques.

Que penser de cet appareil ?

Outre l’obligation de placer des plaques de verre dans le magasin et donc d’être encore capable de les enduire de produit adéquat, puis de les développer, ce boitier est intriguant : comment le charger et faire tourner les plaques ?

Autre question, comment bien le tenir pour viser et faire ses réglages avant de tirer sa première image ?

Bref, ce n’est pas un appareil à embarquer vite fait pour une balade. En tout cas de nos jours car, comme son nom l’indique, ce devait être un appareil photo destiné aux personnes qui se voulaient autonomes en matière de photographie.

Sa taille et son poids permettait en effet de l’emmener avec soi sans trop de soucis et ceux qui s’étaient habitués à son maniement devait le trouver facile pour l’époque et moins encombrant que les chambres traditionnelles.

Est-il encore utilisable ? Sans doute mais ce ne sera pas simple de le remettre en œuvre.

Sa place est plus, à mon humble avis, plutôt chez un collectionneur avisé ou un musée de la photographie. Son prix exprime sa rareté et il se négocie autour de 350€.

Je pense donc que je vais le proposer lors de la foire de Villers Bretonneux, en février de l’an prochain.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

  • Fabricant Alexandre & Jules Pipon (France)
  • Type : photo-jumelle
  • Format : 9×12 sur plaque de verre
  • Objectif : F. Goerz de 100mm
  • Obturateur à guillotine, armement par tirette latérale; 6 vitesses (1 à 6) et 4 vitesses (1 à 4)
  • Diaphragme en iris; ouvertures de f 2/3 – 2 -4 – 8 – 16
  • Mise au point par avance de la platine, commandée par un levier qui actionne une crémaillère; mise au point minimale 2m
  • Magasin de 12 plaques avec compteur automatique
  • Remarque : Jumelle en bois gainé noir sans décentrement.
    Grand viseur pliant.
    Deux écrous de pied.
    En façade, l’inscription THE SELF WORKER No3.332 Bté FRANCE & ETRANGER. Les Self-Worker mono en format 6,5 x 9 cm, stéréo 6 x 13 cm et 8 x 16 cm sont équipés d’objectifs de 9 cm.
    Les Self-Worker mono en format 9 x 12 cm sont équipés d’objectifs de 120 mm, sauf celui-ci équipé d’un 100mm Goerz.

Des références

http://cinematographes.free.fr/pipon.html, https://www.club-niepce-lumiere.org/media/files/PDF-F/045.pdf, https://stereoantica.com/pipon-alexandre-jules-the-self-worker-9-x-12/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-6849-Pipon_The%20Self%20Worker.html, https://www.autrefoislaphoto.com/musee/appareils-photographiques/appareils-jumelles/pipon-the-self-worker en français ; https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/people/cp135064, en anglais,

Argentique

Tiens, revoilà un Polaroid ! Le 1200 FF, une Image pas comme les autres.

Préambule

La brocante de Ciply ne se présente pas sous les meilleures augures, un ciel bas et bouché, un vent fort qui arrache les tonnelles et, pour finir, un crachin persistant mais intermittent.

Bref, un dimanche pas très propice à la balade et la chine. Mais nous y sommes et, si mes souvenirs sont bons, un grand collectionneur de Polaroid doit vendre encore quelques pièces rares.

De fait, au bout de sa rue, sous une tonnelle bien arrimée, un ensemble d’objets et dans des caisses, près des tables, un monceau de Polaroid, des ensembles de filtres spéciaux, des sacs estampillés de la marque, des supports de flash, des flashs, etc. Tout ce qu’un collectionneur de la marque peut avoir en double et que d’autres recherchent avec ferveur car ce sont, pour la grande majorité, des objets peu courant. Pour ceux que cela peut intéresser, la brocante à lieu tous les ans, fin juillet.

Je me suis plutôt attaché à trouver des appareils qui sortent de l’ordinaire, pas une énième variation en bleu ou en jaune d’un 636, ni un bel exemplaire de 600 encore neuf, dans sa boite. Non, quelque chose qui m’intrigue et, je l’espère, vous aussi.

Voilà pourquoi j’ai jeté mon dévolu sur de Polaroid 1200 FF, étonnant à plus d’un titre.

Un peu d’histoire

Les nombreux articles du site sur les Polaroid vous auront déjà donné une belle idée de l’histoire de la marque, toujours captivante.

Ici, je vais m’attarder un peu plus sur cette gamme particulière des Images ou Spectra si vous êtes de l’autre côté de l’Atlantique.

Cette gamme est apparue en 1986, en même temps que les appareils de la gamme 600 (appelés ainsi en fonction de leur type de film). Les premiers étaient des hauts de gamme, les seconds plus abordables.

Les formats étaient différents : les Images ont un format de 10,3 x10,2 cm pour une image de 7,2 x 9,1cm. Un peu plus large que le film 600 (7,9 x 7,9cm, format carré) et donc plus étirée, elle n’est que 6% plus grande. Un film pack Image/Spectra contenait le film, la chimie et la pile (comme les 600). Les images étaient au nombre de 10 par pack, sauf pour les boitiers 1200 qui en comptaient 12 et la batterie.

A gauche, le format Image, à droite le 600.

J’ai sciemment utilisé l’imparfait car, contrairement au film 600, le Spectra/Image a définitivement disparu (depuis 2008 pour les Polaroid et 2017 pour les Impossible Project), à moins d’en trouver encore quelques reliquats chez des commerçants ou amateurs qui ont pris la précaution de les placer au frigo. Mais même cette mesure ne garantit pas de les trouver intacts et fonctionnels.

Les deux systèmes proposaient la même technique et la même chimie, ainsi que la batterie. Leur sensibilité était de 640Asa/29Din.

Avec les Image, Polaroid voulait passer à un stade supérieur, tant dans la qualité des images que de celle des appareils : l’optique était de bien meilleure qualité et la mesure de la lumière améliorée et plus précise.

Presque tous les modèles utilisent un système de mise au point à lentilles en arc à l’intérieur du boitier, qui pivotent devant la lentille extérieure pour assurer un mise au point plus précise. Ceci plutôt que d’ajuster la distance entre les éléments optiques internes.

Schéma de la lentille Quintic des Image/Spectra

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Je cite un texte trouvé sur Internet à ce sujet :

La maison Polaroid n’est pas en reste pour les solutions imaginatives. Si ses appareils donnent parfois l’impression de sortir d’une pochette surprise, l’examen de l’intérieur révèle de véritables délires d’ingénieur. En témoigne l’objectif Quintic de 1986, qui équipait les Spectra et/ou Image System. Ouvert à f/10, ce 125mm est peu lumineux, mais il faut rappeler qu’il est destiné à couvrir du quasi grand format : 9,2×7,3cm. Cela donne un cercle image de diamètre 82 mm environ (angle de champ à vue de nez : 36° et des poussières). C’était un triplet, pas si simple que ça d’ailleurs : on hésite à donner le nom de « lentille » à l’élément intermédiaire  : il s’agit encore d’une légumineuse, mais d’après sa forme c’est plutôt un haricot synthétique (qui se déplace transversalement à l’axe optique). Impossible d’y trouver la moindre portion de sphère. Le plus étonnant est que cela donne des résultats satisfaisants. (source : dg77.net)

Autre particularité des Image : ils se déplient (presque) tous, dans l’esprit du SX-70 mais en moins fragile et en un peu plus épais.

La gamme des appareils Image, de 1986 à 2001

Certains utilisent le sonar pour faire la mise au point tandis que les derniers modèles fonctionnent avec des ultra-sons. Si vous avez parcouru le site, vous y aurez découvert les Polaroid Image System (1986), Polaroid Image 2 (1991), Polaroid Image Elite (1997). D’aucuns sont tout automatiques tandis que d’autres le sont mais peuvent être utilisés en manuel. Une chose est certaine : ces appareils étaient vraiment le haut de gamme de la marque.

Et celui que je vous présente aujourd’hui, le 1200 FF est dans les tous derniers produits (2001) des appareils de la marque et le dernier de la gamme Image/Spectra.

Présentation du Polaroid 1200FF

Lors de son lancement, en 2001, le 1200 FF a étonné tout le monde par son design original, inédit dans le sérail Polaroid, même s’il semblait se rattacher à un autre modèle emblématique, le SX-70, une fois ouvert.

Plus portable et moins encombrant que les autres Polaroid, toute gamme confondue, il a séduit la clientèle par la taille de ses images et leur qualité. La courroie de portage le fait porter verticalement, et il suffit d’un petit bouton pour le mettre en fonction.

Comme le SX-70, celui-ci s’ouvre en soulevant le bloc optique et viseur. Pas besoin de tirer dessus mais plutôt enfoncer un petit bouton noir, près du viseur, appareil replié. Ceci fait, c’est toute la partie qui se soulève et la protection de l’objectif s’ôte, le boitier se met sous tension (s’il y a un film dedans bien évidemment, c’est lui qui porte la pile !).

Le refermer est encore plus pratique car il suffit d’appuyer sur la plaque métallique sous le viseur et l’appareil se referme, souplement.

Cette position haute du viseur fait irrémédiablement penser au SX-70 mais attention, ici, pas de visée réflex, plutôt un viseur un peu chiche, qui a la chance d’exister.

On le tient avec les deux mains, à l’horizontale cette fois, pour effectuer la visée et prendre la photo.

L’objectif retient notre attention car il est considéré comme un grand angle : il est 25% plus large que celui des autres Image et 33% plus large que celui des Polaroid 600. De plus, il est bien protégé par un cache métallique qui ne se rabat que lorsque l’appareil est en ordre de marche.

Lorsque le pictogramme Portrait est sélectionné avec le curseur placé autour de l’objectif, la distance de prise de vue est réduite de 0,6 à 1,2 mètre grâce à l’activation d’une lentille de rapprochement et un voyant d’avertissement rouge s’allume à côté du viseur. Le pictogramme Personnage correspond, en intérieur, à une distance comprise entre 1,2 et 3 mètres, et, en extérieur, à une distance comprise entre 1,2 mètre et l’infini.

Pour le reste, l’exposition se règle automatiquement, le flash se déclenche lui encore en mode automatique, sans pouvoir le désactiver.

Fait remarquable : ici pas de réglage clair/obscur (pourtant si classique sur les Polaroid – j’en connais qui vont le chercher !), l’appareil réglant lui-même la luminosité. Autre entorse aux habitudes : le compteur de vue ne décroit pas mais incrémente positivement. Enfin, pas de pas de vis pour y fixer un trépied.

Techniquement maintenant, quelques éléments utiles :

L’objectif est un 100mm ouvrant à f11,5. La mise au point est fixe bien que l’on puisse descendre à 60cm. Un voyant, près du viseur, rappelle que l’on est en mode macro, au cas où.

Le flash électronique intégré dispose de 2 réglages, qui en fait un flash d’appoint (fill in, pour éviter la perte de détails dans un contraste clair/foncé élevé) ou un flash normal. Une fonction particulière, appelée Quench, minimise l’effet de surexposition à distance normale (l’anti yeux rouges de Polaroid en somme).

Au niveau du film, spécifique à la gamme, il faut savoir qu’habituellement il était vendu en pack de 10 clichés mais qu’il a été porté à 12 (d’où les appellations 1200).

Malheureusement tous discontinués tant par Polaroid qu’Impossible Project (redevenu Polaroid).

Petite remarque au sujet du pack film : il ne peut être introduit dans l’appareil que lorsque celui-ci est ouvert (c’est-à-dire objectif relevé).

Enfin, pour les indicateurs de fonctionnement, ils sont réduits à leur plus simple utilité : une lumière rouge près du viseur pour signaler la position macro, et une lumière verte pour indiquer que le flash est prêt.

Voici donc un appareil étonnant, qui a pu séduire une large clientèle, grâce à ses qualités photographiques.

Que penser de cet appareil ?

C’est toujours frustrant de décrire un appareil intrigant quand on sait que l’on ne pourra pas le tester, faute de pellicule.

L’Image 1200 FF fait partie de ces frustrations. Alors si vous voulez avoir une idée des possibilités de ce dernier, allez voir LA quelques images qui ont pu être captées.

Ceci dit, pour un collectionneur, c’est un appareil intéressant car vraiment différent de la production habituelle de la marque.

Et celui que je vous ai présenté est en très bel état. Quelques traces discrètes signalent qu’il a été utilisé mais sans ostentation. Il a gardé un très bel aspect extérieur (et intérieur).

Sa côte est fixée autour des 40€, dans cet état. Alors, si vous êtes curieux de la production des Polaroid, cet appareil est fait pour vous.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA et ICI.

Format de filmImage/Spectra
Format d’image91 mm x 72 mm
Type d’objectifobjectif fixe
Distance focale100 mm
Ouverture maximalef/11.5
Distance minimale de mise au point60 cm
Exposition automatiqueOui
PosemètreOui
Modes d’expositionProgramme automatique
FlashFlash intégré
Filetage pour trépiedOui
Alimentation1x pile Filmpack
MarquePolaroid

Des références

https://filmphotography.eu/fr/appareils-photo/polaroid-spectra-1200ff/, https://www.polaroid-passion.com/appareils-format-image-spectra.php?id=40, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-14297-Polaroid_1200FF.html, en français ; https://theinstantmuseum.com/cameras/spectra-1200ff, https://camera-wiki.org/wiki/Polaroid_Spectra, https://filmphotography.eu/en/camera/polaroid-spectra-1200ff/, https://danfinnen.com/article/polaroid-spectra-system-instant-film-camera-guide/, https://thelomographer.com/2008/nl_spectra/, https://asminhascamaras.blogspot.com/2019/10/polaroid-spectra-1200ff-1985.html, en anglais ; https://de.wikipedia.org/wiki/Polaroid_Image, https://kameramuseum.de/objekte/polaroid-1200-ff/, en allemand

Argentique

Le Chinon CM-7, le mal compris (chez nous)

Préambule

Où ai-je bien pu trouver ce Chinon CM-7 ? Plus moyen de m’en souvenir (aïe, je vieilli !) mais cela ne va pas nous empêcher de nous y intéresser.

Chinon est une marque que j’ai déjà mainte fois abordée, tant au travers ses compacts que ses réflex. Et s’ils sont décriés aujourd’hui par ceux qui n’ont pas connu la marque, elle a produit des appareils intéressants, même pour des marques connues. Car elle fut volontiers le produit blanc de nombreux fabricants.

Un exemple ? Alpa, marque Suisse de renom, lui a confié la réalisation de son Si 3000. Et j’ai déjà évoqué les Chinon CE-4, le Chinon CM-4s, pour ne rester qu’au rayon réflex.

Alors, commençons la visite …

Un peu d’histoire

Je vous avoue que lorsque j’ai cherché des informations sur ce modèles, je n’en ai pas trouvé pléthore. Par contre, c’est un appareil qui se vend bien car du Japon au réseau mondial d’Ebay et les auctions (ventes aux enchères) d’un tas de sites connus, j’en ai vu des dizaines. C’est qu’il y a un intérêt certain pour ce modèle en particulier. Nous allons tenter de savoir pourquoi.

Chiro Hiroshi fonde Sanshin Seisakusho en 1948, dans la ville de Chino (préfecture de Nagano (Japon). Il est alors âgé de 28 ans. Le nom sera changé en Sanshin Optics Industrial Co. en 1962 et deviendra finalement Chinon Industries Inc. en 1973.

Leur première spécialité était de fabriquer des composants d’objectifs pour Canon et d’autres grands manufacturiers. Puis l’entreprisse fabriquera les appareils en entier pour compte de ces fabricants.

En 1956, Chinon se lance dans la fabrication et la vente de projecteurs et de caméras de cinéma en 8mm. Dans les années quatre-vingt, Chinon pourra revendiquer d’être le plus gros fabricants de caméra Super 8 au monde.

Il faut dire que le domaine du cinéma Super 8 sera pour l’entreprise une source importante d’entrées d’argent. Elle développera par exemple pas mal de premières dans l’industrie, comme être la première entreprise japonaise à produire une caméra de cinéma de 8mm pour enregistrer l’image et le son simultanément, ou à produire le premier objectif zoom pour une caméra (1956).

Vers 1971, sans doute attirée par l’essor d’autres entreprises japonaises dans le domaine, elle se tourne aussi vers les appareils photo, les compacts et les réflex, proposé à prix compétitifs.

Leurs appareils sont reconnus pour leur construction simple, robuste et leurs fonctions automatisées, comme l’exposition automatique ou la priorité ouverture.

C’est dans les années septante et quatre-vingt que Chinon devient un acteur assez incontournable dans le domaine des réflex d’entrée de gamme. Ses modèles CS – CE – CM et CP sont souvent associés à la monture vissante M 42 d’abord, puis la Pentax K (1979), ce qui leur ouvre un large choix d’objectifs de qualité.

Les années quatre-vingt sont celles de l’innovation, encore, car ils ont été les premiers au Japon à développer un système d’autofocus utilisant l’infrarouge (1981) et Chinon sera le premier a introduire le double programme dans un réflex (1983).

Dans d’autres domaines, ils seront dans les premiers à s’intéresser aux dispositifs de stockage de l’information (1982).

Ils fabriqueront des compacts 35mm sous leur nom, mais aussi des appareils en produit blanc pour d’autres constructeurs. Grâce à leur capacité de production en sous traitance, ils fournissent des boitiers ou des éléments pour des marques comme Revue, Porst ou Prinzflex.

Hélas, le marché du Super 8, qui soutient toute l’entreprise, décline rapidement sous les coups de la vidéos, puis du numérique.

Curieusement, le nom de Chinon disparait doucement des vitrines dans les années nonante. Pourquoi, car l’entreprise est toujours en (pleine) activité ?

Deux raisons à cela :

1. l’invention de l’autofocus (en anglais)

2. L’association avec Kodak :

Chinon s’associe avec Kodak pour fabriquer leurs appareils (OEM = fabriquant d’équipement d’origine). Cette collaboration se renforce encore dans les années nonante lorsque Chinon commence à fournir à Kodak des appareils numériques sur la même base OEM.

La participation de Kodak passe de 9,5% à 50,1% dans le capital de Chinon (particiaption majoritaire de Kodak Japan Limited, devenant une filiale de Eastman Kodak Company). L’entreprise se concentre encore sur la fabrication d’appareils numériques pour Kodak et offre une assistance technique à Kodak Electronic Products (Shanghai), l’unité de fabrication de ses caméras. Ils ont ainsi produit plus d’un million d’appareils numériques en 1998 et plus de cinq millions en 2002.

De nos jours, la marque n’existe plus dans le domaine de la photographie mais ses reflex argentiques restent appréciés pour leur rapport qualité/prix et leur accessibilité aux débutants, surtout ceux qui souhaitent explorer la monture K sans se ruiner.

Pour en terminer, quelques petits faits anecdotiques :

  1. Chinon est reconnu comme fabricant (OEM) pour d’autres marques, en tout cas pour les boitiers. Mais lui-même achetait ses objectifs chez d’autres fabricants, dont Tomioka et Tamron.
  2. Le summum de l’innovation de Chinon est atteint en 1982 avec l’introduction du Chinon CE-5 – un boitier qui a permis d’utiliser le système d’autofocus infrarouge breveté de Chinon (sur certains objectifs), soit trois ans avant Minolta et son AF 7000. Mais lorsque Minolta lance son réflex autofocus, Chinon ne compte pas se lancer dans la bagarre avec eux, ni avec Canon, Pentax, Olympus, etc. Ils se concentrent sur leurs appareils compacts et la série Génésis, des bridges eux aussi novateurs.

Présentation du Chinon CM-7

De prime abord l’appareil étonne : sa livrée ressemble curieusement aux appareils dits titanium : un gris spécial, un peu brillant pour le capot et la semelle, et du cuir noir pour le reste.

Au moins, celui-ci sort de l’habituel noir et métal ou tout noir.

Pour le reste, il est assez classique :

1. Œillet pour courroie d’épaule
2. Compteur de vue
3. Déclencheur
4. Levier d’avance du film
5. Molette de sélection de la vitesse d’obturation
6. Griffe porte-accessoire
7. Bouton de rebobinage du film / ouverture du couvercle arrière
8. Index de sensibilité du film
9. Molette de sélection de la sensibilité du film
10. Poignée
11. Levier du retardateur
12. Bouton de déverrouillage de l’objectif
13. Bague d’ouverture
14. Échelle de profondeur de champ
15. Échelle de distance
16. Bague de mise au point
17. Arbre de rembobinage
18. Oculaire du viseur
19. Dents du pignon d’avance du film
20. Bobine réceptrice
21. Plaque de pression du film
22. Couvercle arrière
23. Bouton de rebobinage
24. Rail de film
25. Rail de guidage du film
26. Fixation pour trépied
27. Obturateur
28. Couvercle du compartiment à piles
29. Chambre noire

Sobre, efficace et facilement appréhendable pour un débutant ou pour redécouvrir l’argentique sans se ruiner.

Voyons cela de plus près.

Collé contre le boitier, le levier d’armement coupe l’alimentation électrique. Il faut le décoller légèrement pour mettre en batterie l’appareil et réveiller la cellule. Pour éviter de gaspiller les 2 LR44 nécessaires au circuit de la cellule, rabattez toujours le levier contre le capot.

L’obturateur est mécanique et fonctionne donc si les piles sont à plat. Cet obturateur est entièrement métallique, à plan focal vertical. Il propose des vitesses de 1s à 1/2000s, une pose B et une synchro flash au 1/125s. Pas mal pour un entrée de gamme en 1988.

Mieux, lorsque vous lancez le minuteur (que l’on ne peut interrompre), un réglage particulier fait qu’il soulève le miroir et ferme l’ouverture au début de son cycle, ceci afin d’éviter les vibrations pendant l’exposition. Pratique pour les poses longues.

Ceci étant, c’est un argentique à mise au point et exposition manuelle, bien doté et facile d’utilisation.

Le viseur est assez clair, avec un stigmomètre à coïncidence, horizontal, avec un micro prisme fin. Sur la gauche, une plage noire où vont s’éclairer des diodes rouge qui signaleront une sous ou sur exposition. Vous modifiez l’exposition en jouant soit avec la vitesse (barillet sur le capot) ou l’ouverture (bague des ouvertures sur l’objectif).

A = surexposition ; B = exposition correcte ; C= sous exposition

Ah oui, puisqu’il est équipé de piles, la sensibilité de la cellule se règle avec la roue sous la manivelle de rebobinage (de 25 à 1600 Iso).

Par rapport au Chinon CM-4, ce modèle amène quelques modifications, comme la mesure de l’exposition avec les diodes, le minuteur qui perd sa lampe clignotante et son esthétique unique.

Petit résumé de l’appareil : vitesses jusqu’au 1/2000s, flash synchro au 1/125s, obturateur à rideaux métalliques, monture Pentax K, léger et … joli (ça c’est subjectif).

De quoi donner envie, non ?

Que penser de cet appareil ?

C’est vrai qu’il a un look différent, qui lui va bien. Mais nous leurrons pas, s’il est si léger (490gr) c’est parce que le capot et la semelle sont en plastique, de qualité certes, mais plastique.

Ceci étant, il est bien assemblé et celui-ci, qui approche de ses quarante ans bientôt est encore en très bel état et, surtout, tout fonctionne sans anicroches.

Quand j’ai découvert sa fiche technique, je me suis dit que c’était là un appareil qui méritait bien le nombre de ventes que j’ai trouvées sur Internet le concernant.

Sa petite poignée, en façade, assure une bonne préhension et son ergonomie, pour être classique, est agréable et facilite la prise de vue.

On pourrait lui reprocher de ne pas donner plus d’information dans le viseur mais rappelons que c’est avant tout un boitier destiné aux amateurs. Les informations sont suffisantes et claires pour éviter de rater ses images.

L’utilisation de la monture Pentax K élargit le cercle des possibilités dans le vaste champ des optiques disponibles, ce qui arrange bien tout le monde, surtout si vous devez faire attention aux coûts.

Voici donc un boitier qu’il ne faut pas négliger si vous en trouvez un. D’autant que son prix, avec au moins un 50mm, ne devrait pas dépasser les 50€.

Que demander de plus ?

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Appareil photo reflex 35 mm avec système de mesure de la lumière à LED.
  • Format d’image : 24 x 36 mm.
  • Monture d’objectif : Monture à baïonnette universelle Chinon (compatible avec les montures K, KA et RK).
  • Obturateur métallique à plan focal à course verticale, déclenchement mécanique.
  • Vitesses d’obturation : 1 – 1/2 000 s, B.
  • Synchronisation du flash : griffe, contact X, 1/125 s.
  • Viseur : pentaprisme fixe au niveau des yeux, stigmomètre avec collier à microprismes et écran mat.
  • Grossissement du viseur : 0,86x (à 50 mm, à l’infini)
  • Couverture du viseur : 93 %
  • Correction dioptrique : – 1,0 dioptrie
  • Indicateurs dans le viseur : LED rouge avec croix (surexposition), LED verte (point) (exposition correcte),
  • LED rouge (point) (sous-exposition)
  • Mesure de l’exposition : Système TTL à pondération centrale à pleine ouverture utilisant un CdS,
  • indicateur d’exposition à 3 niveaux avec 3 LED.
  • Plage d’exposition : EV +3 à EV +20 (F1,4 à 50 mm, ISO 100).
  • Plage ISO : 25-1 600 (DIN 15-33) par paliers de 1/3.
  • Avance du film : en un seul mouvement sur un arc de 130° avec un écart de 30°.
  • Compteur de poses : indique automatiquement le nombre de poses et se remet à S lorsque le dos de l’appareil est ouvert.
  • Chargement du film : type bobine réceptrice à fentes multiples.
  • Rembobinage du film : en appuyant sur le bouton de rembobinage et en actionnant le levier de rembobinage.
  • Verrouillage du déclencheur : le déclencheur est verrouillé lorsque le levier d’avance est rangé en position de repos.
  • Déclencheur à câble : possible.
  • Retardateur : intégré, délai d’environ 10 secondes.
  • Alimentation : deux piles alcalines de 1,5 V (LR44) ou piles à l’oxyde d’argent (SR44).
  • Poids : 410gr nu

Les accessoires optionnels :

Objectifs 50mm :

  • Standard Lens 50 mm f1.4 multicoated
  • 50 mm f1.7 multicoated
  • 50 mm f1.9

Grands angles :

  • 17 mm f3.5 multicoated
  • 28 mm f2.8 multicoated

Téléobjectif :

  • 135 mm f2.8 multicoated

Zoom :

  • 28-70 mm f3.5-4.5 multicoated MACRO
  • 35-70 mm f3.4-4.5 multicoated MACRO
  • 35-80 mm f3.5-4.8 multicoated MACRO
  • 35-105 mm f3.5-4.5 multicoated MACRO
  • 35-200 mm f4.0-5.6 multicoated MACRO
  • 70-210 mm f4.0-5.6 multicoated MACRO
  • 75-300 mm f5.6 multicoated MACRO

Autres accessoires :

  • Flashs CHINON série S Anneau d’extension automatique
  • Soufflet
  • Étui de transport de luxe, Sac souple pour accessoires
  • Sangle large avec logo CHINON

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Chinon_CM-7, https://cameragocamera.com/2021/02/04/chinon-cm-7-versus-nikon-fm10/, https://www.chinonshop.com/pages/about-chinon, https://filmphotography.eu/en-p/cameras/chinon/, https://camera-wiki.org/wiki/Chinon, https://japb.net/business/company-profiles/chinon/, https://japb.net/theory/autofocus/, en anglais ; https://kitatoma.web.fc2.com/hobby_room/1_camera/CHINON_CM-7.htm, en japonais ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Chinon_Industries, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1470-Chinon_CX-II.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Chinon_Industries, https://wikimonde.com/article/Chinon_Industries, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Chinon, https://www.mes-appareils-photos.fr/Chinon.htm, en français

Argentique

Le Yashica FX-D, le vrai, celui de 1981

Préambule

Celui-ci vient de la brocante de Braine-le-Château, dimanche dernier (21/06). Je l’ai acheté en même temps qu’un Canon Prima AS-1 avec son verrou intact, un Halina 6×6, un Kodak Retina S2 et un Minolta X-700 MPS. Ils avaient en commun d’être restés au moins mille ans sur une étagère noyée de poussières et d’avoir très mal vécu la chose !

Donc, dimanche après-midi, presque au frais à la maison (dehors = 32°C et dedans = 26°C), j’ai d’abord entrepris de leur rendre un aspect plus engageant et ce fut la séance grand nettoyage. Puis vint celle des tests avec piles pour vérifier ceux qui fonctionnaient correctement, et les autres.

Pour le Halina, pas besoin de pile mais il faudra refaire tous les cuirs, il n’y en a plus un seul qui tienne. Pour le Retina S2, c’est la triste occasion de voir ce qu’est devenue, au fil du temps, cette magnifique lignée signée Kodak. Et c’est trèèèèès décevant !

Enfin, le Canon Prima AS-1 et le Minolta X-700, ainsi que le Yashica FX-D sont repartis sans soucis. Sauf que pour le dernier cité, il faut aussi refaire tout le cuir, mais on sait que c’est un problème récurrent, tant chez Yashica que chez Contax.

Voilà de quoi passer quelques heures à l’intérieur alors que dehors le soleil tape dur, et j’ai une pensée émue pour les brocanteurs qui affrontent ses ardeurs, tant bien que mal.

Mais voyons voir de plus près ce Yashica qui a refait peau neuve …

Un peu d’histoire

Lors de la présentation du Yashica 107 MP, j’ai parcouru assez bien l’histoire des réflex de la marque. J’y notais que deux types d’appareils allaient modifier la vision des reflex chez le fabricant : les FR et les FX, fabriqués en collaboration avec Carl Zeiss et Contax. Ce qui allait lancer deux lignées de réflex argentiques de grande qualité, dont les optiques étaient interchangeables. Si Contax a gardé une certaine aura, due à son passé célèbre, les Yashica n’avaient pas à rougir, surclassant souvent leurs cousins, notamment par une meilleure résistance à la poussière, voire à l’eau, et une excellente durabilité (sauf, encore une fois, leur revêtement qui se desquame littéralement, chez les deux fabricants).

Malheureusement, la marque fut vendue et revendue et lorsque j’ai cherché des information sur cet appareil, quelle ne fut pas ma surprise de voir que ce nom était réutilisé pour … ça :

Appareil photo Yashica FX-D 300 avec objectif et design vintage.

En fait, trois boitiers qui jouent éhontément avec le néo-retro avec un simulacre de reflex argentique : capteur minuscule de 1/3,6″ (13Mpx) au ratio 4:3 avec un zoom 3x, équivalent à un 25-76mm (soit en 24×36) ouvrant de f1,6 à f2,8. A cette imposture, ils ajoutent six simulations de film : Ruby 60s, Sapphire 70s, Yashica 400, Golden 80s et deux rendus N&B.

Six pellicules photo Yashica de différentes variétés et couleurs, sur un fond gris.

Soit, passons ce mauvais remake pour en revenir au vrai Yashica FX-D, celui de 1981.

Il s’agit en fait d’un Contax 139 Quartz simplifié mais qui garde la compatibilité avec les excellentes optiques Y/C et ceux de la gamme Yashica ML. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écris : si c’est un 139 simplifié, il n’est pas construit sur cette base et c’est bel et bien un Yashica

Que lui manque-t-il ? Il n’a pas de contrôle de la profondeur de champ, ni de mesure TTL au flash.

Peu de choses en fait pour bien débuter avec un appareil à priorité ouverture dont on sait que les vitesses seront justes car réglées par les oscillations du quartz.

De fait, lors du lancement du Contax 137 MD Quartz, en partenariat donc avec Yashica, il y eut deux autres boitiers destinés aux amateurs : le Contax 139 Quartz et le Yashica FX-D. Si le premier cité peut revendiquer d’être un des premiers reflex à motorisation interne, n’oublions pas que le premier fut un Konica FS-1 (1978).

Tableau comparatif des spécifications des appareils photo Contax 139Q, Yashica FX-D et Contax 137 MD.
Petit résumé des caractéristiques des 3 mousquetaires.

Finalement, en 1985, le FX-D sera remplacé par le FX-103, basé sur le même châssis mais avec un viseur plus lumineux, le flash TTL et un mode programme.

Mais nous allons examiner notre FX-D ci-dessous.

Présentation du Yashica FX-D

Les réflex des années quatre-vingt rompent avec ceux des années septante au niveau du design : ils sont plus compacts et ont recours au plastique pour leur assemblage. Pour vous donner une idée de taille, celui-ci est presque 1cm plus court que l’Olympus OM-2N réputé compact. Il fait armes égales avec le Praktica B200.

Petite revue de détails :

Image d'un appareil photo Yashica FX-D avec des annotations numérotées des différentes fonctionnalités et réglages.
Vue d'une caméra avec des annotations numérotées indiquant divers composants, tels que le compartiment de pellicule, le bouton de déblocage, et la prise pour télécommande.

Voyons cela de plus près et commençons par le capot de l’appareil, qui est sobre mais tout s’y trouve : à droite, le levier d’avance du film et d’armement, et, à son côté, la molette pour régler la vitesse, graduée de B à 1/1000s, plus les marques X (flash) et AE (verrouillage exposition) qui contient en son centre le déclencheur électromagnétique.

Le mot quartz indique que les vitesses de l’obturateur sont régulées très précisément de 11 secondes au 1/1000s en automatique, et de 1s au 1/1000s en manuel.

C’est donc un appareil automatique, débrayable en semi-automatique et qui peut travailler en manuel.

Le prisme avec le viseur au milieu, qui porte la griffe flash, et à gauche toute, la molette pour régler la sensibilité des films et la correction d’exposition. Pour la faire tourner, ne pas forcer mais plutôt enfoncer le minuscule bouton sur le bord du capot, derrière.

Le viseur. Il couvre 95% de la surface et son grossissement est de x86. Les informations ne sont pas légions mais finalement ce qui compte est là : une échelle, à droite, indique les vitesses au moyen de minuscules diodes rouges. Certains auteurs estiment que le viseur est peu lumineux, mais personnellement je ne trouve pas.

Une femme souriante portant une robe rayée se tenant près d'un écran avec des annotations techniques, notamment sur les réglages de l'appareil photo.

Toujours sur le bord arrière du capot, à droite cette fois, un minuscule capuchon cache la prise pour un déclencheur ou une télécommande (Contax S ou L).

Sur la face avant, un levier à trois positions et un bouton central : position O (orange), position AE-L, position ST (minuteur). L’appareil est en automatique si le levier est sur O ; en position AE-L, l’appareil est sous tension et les diodes clignotent pour prévenir que le boitier est sur le verrouillage AE* (attention de remettre le levier sur O pour éviter de décharger les piles) ; le bouton central a aussi plusieurs fonctions car il permet le vérifier si les piles sont bonnes et, surtout, contrairement à d’autres appareils, il faut appuyer dessus pour avoir une mesure de la scène avant de déclencher. Si vous déclenchez sans l’avoir enfoncé, la scène sera captée en lecture instantanée.

*L’exposition est verrouillée aussi longtemps que le levier reste dans cette position.

En mode manuel, la ou les diodes clignoteront devant la vitesse correcte selon la valeur d’ouverture sélectionnée. Si vous avez sélectionné une mauvaise vitesse, la diode vous indique la bonne vitesse à sélectionner.

La griffe porte flash possède un contact central pour la synchronisation au 1/100s mais cette synchro n’est pas TTL.

Le flash dédié est le CS-201. C’est un flash automatique qui peut régler le boitier à sa vitesse de synchronisation pendant que l’exposition est en mode automatique.

Outre ce flash, le boitier peut accepter un winder, le FX Winder ou le Contax 139 II, qui autorisent une rafale à 2i/s. Ce qui est plus intéressant, c’est qu’il propose une petit poignée qui assure une meilleure prise et il vous dispense de réarmer.

Enfin, il est difficile de trouver de nos jour des eyecup en caoutchouc d’origine (ces caoutchoucs ronds qui rendent confortable la visée). Mais on peut les remplacer par les carrés destinés aux Canon Eos 100D – 1100D.

Pour ouvrir le dos du Yashica, pas de mystère, on tire sur la manivelle de rebobinage et la chevillette chute.

La semelle nous réserve le traditionnel filet pour y fixer un trépied, le petit bouton de débrayage pour rebobiner et la trappe pour les piles. Ne pas oublier que sans elles, rien ne fonctionne : il n’y a pas de vitesse mécanique de secours. Prévoyez donc quelques LR44 avec vous, surtout si vous avez oublié de remettre le levier cité plus haut sur la position O.

Le Yashica FX-D est donc un appareil a exposition automatique qui donne la priorité à l’ouverture. Concrètement, vous choisissez une ouverture (f5,6 par exemple) et le boitier va sélectionner automatiquement la vitesse la plus appropriée fonction de la lumière disponible. Cette vitesse est visualisée par les diodes dans le viseur.

La mesure de lumière est à prépondérance centrale à pleine ouverture.

Vous placez la bague des vitesses sur AE : l’appareil va pouvoir déterminer la vitesse grâce à son circuit électronique ; vous réglez l’ouverture sur celle que vous voulez ; vous visez votre sujet et faites la mise au point ; vous appuyez sur le bouton de contrôle d’exposition (positionné sous la marque) : si une diode s’allume en face d’une valeur de 1000 à LT, c’est la vitesse sélectionnée adéquate. Si deux diodes s’allument ensemble, c’est une valeur intermédiaire qui sera choisie. Appyez sur le déclencheur et c’est dans la boite.

Bien que cet appareil soit à priorité ouverture, on peut aussi l’utiliser avec une priorité vitesse Vous devez alors appuyez sur le bouton de contrôle d’exposition et tourner la bague d’ouverture jusqu’à ce qu’une diode s’allume en face de la vitesse déterminée. Appuyez alors sur le déclencheur.

Pour passer en manuel, quittez la position AE et choisissez une vitesse. Celle-ci va clignoter dans le viseur alors qu’une seconde diode s’allume est clignote rapidement sans arrêt. Celle-là vous indique ce que recommande l’appareil. Faites tourner la bague des ouvertures jusqu’à ce que les deux diodes se fondent ; vous êtes à la bonne vitesse, il suffit de déclencher.

C’est un fonctionnement assez classique pour un automatique. S’il vous restait des questions, voyez le mode d’emploi multilingues ici plus bas.

Enfin, le revêtement étant hors service, j’avais le choix d’aller faire un tour chez Ashahi Aki ou de le refaire moi-même, avec des feuilles de cuir. C’est Olivier qui m’en a donné l’idée. J’ai donc sélectionné un cuir bordeaux et avec un peu de patience et de la colle, vous voyez le résultat sur les photos.

Que penser de cet appareil ?

Si vous voulez vous faire plaisir avec un appareil fiable et solide, qui accepte – selon les budgets – des optiques de très bonnes qualité Yashica ou excellentes chez Carl Zeiss – Contax, je pense que vous avez trouvé en ce Yashica FX-D de quoi vous satisfaire pleinement.

Certes, le flash n’est pas TTL, il n’y a pas de bouton pour verrouiller le miroir, ni faire un contrôle de profondeur de champ mais il a tout le reste et même plus.

D’autant que cet appareil ayant eut, en son temps, beaucoup de succès, il s’en trouve assez facilement et à des prix sympathiques : comptez environ 50€ pour un bel exemplaire avec un 50mm Yashica (à minima). A ce prix là, vous devrez refaire les mousses, comme pour d’autres, et le revêtement. Si vous en voulez un tout prêt, le prix devrait friser les 90€.

Il vous reste de quoi achetez du film et le tester à votre aise. Faites attention, on s’y attache vite !

Si vous êtes impatients de voir ce qu’il donne comme résultat, vous aurez quelques idées ICI.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, multilingues, c’est par LA.

  • Type : SLR 35mm à priorité ouverture, automatique, fabriqué de 1981 à 1986
  • Taille de l’image : 24 x 36 mm
  • Monture d’objectif : monture de baïonnette Contax/Yashica.
  • Obturateur : volet vertical électronique à plan focal en métal.
  • Vitesses d’obturation: pilotées par quartz avec des vitesses variables sur AUTO de 1s à 1/1000s ; en mode manuel, vitesses de 1s à 1/1000s ; plus synchro X (1/100 s) et pose B. Pas de vitesse mécanique.
  • Contrôle d’exposition : TTL, pondéré au centre à pleine ouverture. Exposition automatique avec priorité à l’ouverture.
  • Cellule : SPD = Silicon Photo Diode
  • Plage de mesure : plage de sensibilité EV 1 à EV 18 à ASA 100 avec objectif f1.4. Gamme ASA 25-1600.
  • Déclenchement de l’obturateur : électromagnétique
  • Compensation d’exposition : + 2 EV
  • Viseur : Type de pentaprisme fixe au niveau des yeux ; champ de vision 95% ; 0,86 grossissement (avec objectif de 50 mm)
  • Affichage du viseur : Vitesses d’obturation indiquées par 16 LED.
  • Focus : stigmomètre à coïncidence, avec collier de microprisme et champ mat.
  • Avance de film : Avec levier d’avance rapide; angle de réglage de 130°; position du bras à 20°.
  • Auto-minuteur : Auto-minuteur électronique avec 10 sec. retard.
  • Alimentation : 2x 1.55 V batteries argent-oxyde SR44 ou alcalines LR44. Contrôle de batterie.
  • Dimensions : 135 x 86 x 50 mm
  • Poids : 460g

Si vous aimez les éclatés façon Ikea, voici (merci Collection-appareils) :

Schéma éclaté d'un appareil photo Yashica FX-D, montrant tous les composants internes et externes détaillés.

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10313-Yashica_FX-D%20Quartz.html, https://forum.35mm-compact.com/viewtopic.php?t=23227, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/rfl35/Yashica_FX-D_Quartz.html, https://phototrend.fr/2025/06/yashica-fx-d-3-compacts-au-look-retro-sur-kickstarter/, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_FX-D, https://davidde.com/2022/02/27/review-the-yashica-fx-d/, https://kosmofoto.com/2018/12/yashica-fx-d-review/, https://davidde.com/2022/02/27/review-the-yashica-fx-d/, en anglais ; https://reinholdgraf.com/photo_sammlung_Yashica_FX-D.php, en allemand

Argentique

Un centenaire encore alerte, le Ernemann Rolf 1

Préambule

Alors que je désespérais de trouver quelque chose sur cette brocante du Brabant Wallon, j’ai découvert ce tout petit appareil dans une caisse, à côté d’un Zenit 12 XP. Propres, en bon état, le vendeur m’a expliqué que c’était un vieux monsieur qui les lui avait donné, pour les vendre, car il ne s’avait plus qu’en faire et que c’eut été dommage de les jeter. Nous sommes bien d’accord !

Si j’ai laissé de côté le Zenit, celui-ci m’a intrigué, d’abord par son nom : un Ernemann, une légende dresdoise qui sera absorbée par le géant Zeiss Ikon.

Bien sût, il a vécu, les traces sur sa peinture noire en sont la preuve mais à sa décharge, il fonctionne toujours sans soucis alors qu’il est plus que centenaire.

Mais nous allons voir cela ensemble …

Un peu d’histoire

Le nom de Zeiss Ikon revient souvent sur le site car ils furent prolifiques. Mais n’oublions pas que la marque est le résultat de la fusion d’entreprises connues, en 1926 : Ernemann fusionne avec ICA (Internationale Camera AG), Contessa-Nettel et Goerz pour former Zeiss Ikon.

Les débuts de l’histoire

Mais commençons par le début de l’histoire. En mai 1850 nait à Gernrode (Allemagne) un certain Johan Heinrich Ernemann. Il n’est pas issu des classes sociales favorisées et son enfance se passe dans une ferme pauvre. Après avoir fréquenté l’école primaire dans son village, il quitte sa région en 1866.

Portrait en noir et blanc d'un homme âgé avec une barbe blanche, portant un costume sombre et une cravate, les mains jointes devant lui.

Il ne sera pas enrôlé dans l’armée et échappe ainsi à la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Il s’inscrit en 1873 dans une école de commerce à Pirna. Ensuite, on le retrouve voyageur de commerce avant d’épouser, en 1875, la fille d’une dame tenant une mercerie. Qu’il fera prospérer et qui lui permettra d’économiser pour racheter les parts d’un magasin de photographe, petit à petit.

Pas n’importe quel magasin de photographie, celui de Wilhelm Franz Matthias, qui fabriquait des châssis d’appareils photo.

En 1889, les deux compères s’associent pour fonder la Dresdner Photographische Apparate-Fabrik Ernemann & Matthias, qui fabrique dans un premier temps des appareils en bois pour les studios et pour les voyageurs nantis. C’est la période des chambres Globus.

Appareil photo ancien en bois avec lentille et mécanisme d'extension.

Déjà H. Ernemann essaie de développer un côté industriel à une production autrefois individualisée et artisanale. Il introduit des machines à vapeur (1890) pour la production, sans plus devoir compter sur des fournisseurs externes pour les petites pièces métalliques, notamment, et le travail du bois.

Un industriel innovant et visionnaire

Las, mécontent de cette industrialisation, W. Mattias quitte l’entreprise un an plus tard, laissant seul aux commandes H. Ernemann, le photographe et industriel autodidacte.

Son entreprise dépose plusieurs brevets et publie son premier catalogue en 1896, année où il reçoit des prix lors de l’exposition Great Trade and Art à Dresde.

Autre innovation, il signe ses appareils de son nom alors qu’auparavant, c’était le nom des distributeurs que l’on y notait.

La qualité de ses fabrications, leurs innovations, la structure visionnaire de son entreprise le place sur le même pied que des grands noms, à Dresde, tels que Emil Wünsche ou Richard Hüttig, qui fusionneront en ICA pour éviter la faillite. Car Dresde est un centre reconnu pour la fabrication des appareils photo. Or trop de production et pas assez de commandes (les acheteurs doivent être assez aisés à cette époque pour se payer un appareil photo) et c’est la culbute.

Il a bien compris que l’industrialisation de la production est la condition sine qua non pour perdurer. Les fabricants de l’époque qui ne l’ont pas assimilé tombent en faillite les uns après les autres ou sont rachetés par ceux qui ont compris.

En 1899, il introduit son entreprise en bourse et pour protéger ses inventions, il dépose la marque Lichtgöttin (Déesse de la Lumière), utilisée sur les productions d’équipement de l’entreprise jusqu’en 1920, après quoi elle n’a été utilisée que pour leurs produits chimiques.

Mosaïque représentant une femme avec un visage vert, des cheveux longs et une couronne, entourée de motifs géométriques colorés.
Lichtgöttin ( = déesse de lumière, mosaïque à l’usine d’Ernemann, Dresde

Le logo suivant sera celui utilisé pour l’association avec Krupp (voir ci-dessous)

Logo d'Ernemann représentant une forme stylisée en noir et blanc.

Ernemann, c’est aussi du cinéma

Toujours à l’affut de marchés porteurs, en 1903, H. Ernemann lance sa première caméra cinéma destinée aux amateurs, la Kino. C’est d’ailleurs un bel exemple de l’approche, parfois agressive, de Ernemann : c’est Fridolin Kretzschmar qui, en 1902, avait inventé une telle caméra utilisant du film 17,5mm et destinée aux amateurs. H. Ernemann a bien compris l’intérêt de cette invention car sa Kino est très proche de cette invention, parfois en collaboration avec Kretzschmar, puis en détournant sa clientèle jusqu’à ce qu’il quitte le marché.

Un ensemble d’accessoires étaient prévus pour cette caméra. Mais soyons de bon compte, elle était destinée aux amateurs, certes, mais nantis.

Ceci dit, sur la lancée, et avec son fils Alexander, Ernemann a produit des films éducatifs et scientifiques destinés à ceux qui avaient un projecteur en 17,5mm (un film 35mm non perforé tranché dans le sens de la longueur avec des trous de pignon qui descendaient au centre). Ceux-ci devaient être excellents car il obtint un doctorat scientifique en 1924 grâce à eux.

Ernemann construit une nouvelle usine, non loin d’ICA, à Dresde, qui devient ainsi le centre de l’industrie photographique de l’Empire Allemand. Ensuite, sous l’impulsion de son fils*, la société se dote de contrôles qualité et d’un système d’apprentissage destiné au futurs collaborateurs.

*Alexander Karl Heinrich Ernemann (1878 – 1956) a fait des études en Amérique, notamment pour la gestion moderne des entreprises. H. Ernemann eut aussi d’autres enfants : Frieda Henriette Marie Therese (1876–1954), Anna Katharina Gertrud (1880–1940), Dora Bertha Johanna (1883–1942) et Fritz Henry Otto (1886–1941). L’épouse de Heinrich Ernemann, Marie Therese, décédait le 22 août 1917, onze ans avant lui.

L’entreprise développe un marché à l’international. Un exemple cité : l’Institut topographique russe de St Petersbourg à fait construire un équipement spécial basé sur 7 caméras Ernemann pour photographier, depuis un ballon, les opérations de la guerre russo-japonaise.

Portrait en noir et blanc d'un homme barbu avec des cheveux blancs, portant un costume, avec un cadre décoratif. Texte en plusieurs langues indiquant "Heinrich Ernemann, société anonyme pour la fabrication d'appareils photographiques, Dresden".

Vers 1907, Ernemann fabrique ses propres optiques (auparavant, c’était Carl Zeiss et Goerz qui le fournissaient) et se fait livrer le verre par Jena (ou Iéna). Il sortira aussi un réflex à objectif unique, une caméra panoramique et un projecteur de film de cinéma, l’Imperator, qui reçu de nombreux prix, notamment pour sa fiabilité. Quasi tous les cinémas de Paris se sont, par exemple, équipés en H. Ernemann.

La gamme de la production des entreprises Ernemann va donc maintenant des appareils à plaques aux appareils à pellicule, des projecteurs de cinéma, des appareils stéréoscopiques et des stéréoscopes (pour lire les films), ainsi que des appareils pour usages particuliers. Tous leurs produits sont reconnus pour leur innovation et la qualité de leur fabrication.

Pour la petite histoire, Ernemann employait un certain Johan Steenbergen, celui là même qui devait fonder plus tard Ihagee !

La Seconde Guerre mondiale

Las, la Première Guerre Mondiale pointe le bout de son vilain nez. Pendant celle-ci, l’entreprise va produire des appareils destinés à l’armée (caméra de mitrailleuse par exemple). La situation est précaire au début de la guerre mais bien vite, grâce aux commandes de l’armée allemande, l’entreprise réengage du personnel et trouve un débouché avec des appareils semblables aux Vest Pocket de Kodak, appareils destinés aux soldats sur le front et ailleurs. Ces appareils autrefois destinés aux civils eurent beaucoup de succès.

Le nom de la société change en 1917 et devient Ernemann-Werke AG. Trois ans plus tard, Ernemann crée, avec le géant de l’acier Krupp auquel il s’associe, un département dédié à la production des projecteurs pour cinéma, appelé Ernemann-Krupp Kinoapparate.

Au sortir de la guerre, en 1920, l’entreprise lance enfin la construction d’un nouveau bâtiment, avec un espace central en forme d’une tour de très grande taille. En 1923, Dresden-Streisen devint le siège de l’usine d’appareils photo. Le bâtiment existe toujours et est encore connu sous le nom de Tour Ernemann.

Autre petite histoire, au sujet de cette tour : c’est elle l’emblème de Pentacon ! C’est l’ogre est-allemand qui a avalé la moitié de Zeiss Ikon au sortir de la seconde guerre mondiale.

L’après guerre enfin

Dresde était vraiment à l’époque l’épicentre de l’industrie photographique allemande et même mondiale.

L’inflation qui suivi les années de guerre fut favorable aux exportations de la société, en tout cas jusqu’en 1923. Car dès 1924, il faut rationaliser et réorganiser pour, enfin, convaincre ICA (Internationale Camera AG – Dresde), Goerz (Berlin) et Contessa-Nettel (Stuttgart) de fusionner pour former Zeiss Ikon en 1926. Ce qui est une autre histoire …

Entre temps, Ernemann avait encore produit l’Ermanox (1925) avec un objectif immense de 85mm ouvrant à f1,8, assez unique pour l’époque. L’appareil sera suivi d’une version réflex en 1926.

Appareil photo vintage noir avec un objectif en verre, un boîtier rectangulaire et un couvercle supérieur repliable.
Un appareil étonnant et très en avance sur son temps que cet Ermanox (nox en latin veut dire nuit car l’objectif permettait de photographier par très faible luminosité, pour l’époque).

Au moment de son passage chez Zeiss Ikon, Ernemann avait alors déposé 213 brevets.

L’Ermanox sera abandonné en 1931. Cet appareil sortant de l’ordinaire devant s’incliner devant le Leica et le Contax, plus portables et d’aussi excellente qualité.

Heinrich Ernemann s’éteint en 1928. Son fils, Alexander, reste dans la société jusqu’à son décès, en 1956.

Finalement le nom d’Ernemann disparait au seuil des années quatre-vingt. Quoique la Ernemann CinoTec GmbH reste un producteur allemand de systèmes de projection encore de nos jours.

Présentation du Ernemann Rolf 1

Illustration d'une femme avec des bijoux et un coiffure élaboré, entourée de motifs géométriques, avec le texte 'ERNEMANN CAMERAS' en bas.

Le Rolf 1, sorti en 1922, était destiné aux débutants. C’est un appareil facile d’utilisation, sans trop de réglages mais fabriqué très sérieusement. Il sera produit jusqu’en 1923. Son corps est en métal embouti, sans doute du laiton (l’appareil pèse quand même 332gr, sans film à l’intérieur)

Nous pourrions le comparer au Vest Pocket de Kodak, légèrement antérieur dans sa première version.

A gauche, le Vest Pocket de Kodak ; à droite, le Rolf 1 d’Ernemann

Comme lui, l’appareil s’ouvre en abaissant une porte avant. Il faut ensuite faire avancer le bloc obturateur/objectif sur le rail place sur l’intérieur de la porte (ce n’est pas le plus évident à faire). Ceci étant fait, le soufflet est complètement sortir et tendu (c’est là que j’ai constaté une petite déchirure dans le mien).

L’obturateur maison n’a qu’une vitesse … modulable selon le photographe qui appuie sur le levier plus ou moins vite. Il est couplé à un levier, sur le côté gauche, pour régler l’ouverture, indiquée par des lettres et chiffres : M12 = Moment, soit le mode instantané à f/12, Z12 = Zeit pour le mode temps à f/12 et Z18 = mode temps à f/18.

Une prise, filetée, sur la droite, permet de fixer un déclencheur souple.

L’objectif est un Rapid Rectilinear de 75mm ouvrant à f12. La distance se règle en faisant coulisser l’ensemble sur un rail. Les distances sont gravée sur une échelle, à gauche du rail.

Le viseur est mobile, sur le dessus du bloc obturateur/objectif. On peut le faire basculer sur le côté pour les prises de vue horizontales. Disons que la visée est assez … aléatoire (j’ai pourtant bien nettoyé les verres et le miroir. Mais c’est très petit).

Sur la porte abattue, vous trouverez un filetage pour fixer un trépied. Elle tient fermement ouverte grâce à deux compas, sur lequel il faut appuyer pour libérer l’ensemble et refermer la porte.

C’est un appareil qui utilise du film en rouleau au format dit 127.

Pour ouvrir l’appareil, il faut tirer fermement sur le clip , au dessus, et le boitier s’ouvre en deux, découvrant la chambre. Les photos auront un format de 4x6cm.

Pour avancer le film, une simple clé, à l’opposé de laquelle vous trouverez un second filetage pour trépied.

Ici pas de compteur de vue mais une fenêtre rouge inactinique, qui ne porte pas de volet de protection.

Il existe une variante de ce modèle, qui réalise des images de 22x33mm sur pellicule 24×36. Attention, il s’agit du même film que celui du Ernemann Unette, c’est – à – dire un film au format 24x36mm mais avec un support en papier, comme le 127.

Le successeur, le Rolf 2 gagnera un meilleur obturateur et il sera possible de choisir entre plusieurs objectifs différents. Il était aussi recouvert d’une feuille de cuir véritable. Celui-là sera produit de 1923 à 1926.

Que penser de cet appareil ?

Comme je l’écrivais, les réglages sont très limités mais, contrairement au Vest Pocket de Kodak, ils sont plu clairs et accessibles.

Bien que très simple, on sent que l’ensemble a été assemblé avec soin et fait pour durer … longtemps : cet exemplaire est centenaire et toujours fonctionnel !

Ceci étant, c’est plus un appareil de collection qu’un boitier que l’on a envie de sortir pour prendre des photos, bien que le film 127 existe toujours (voir le site de Retrocamera.be).

Laissons-le se reposer, il a bien servi.

De fait, je suis très heureux d’avoir eu en mains mon premier Ernemann et je ne désespère pas d’en trouver d’autres, qui sait, un Ernemanox par exemple (on peut toujours rêver, non ?).

Quant à sa valeur selon l’état, les prix varient de 30 à 100€. Le prix d’un vieux Monsieur qui a vu passer deux guerres mondiales et une infinité d’autres conflits.

Un peu de technique

  • Appareil à soufflet, pliant Ernemann Rolf 1
  • Ouverture par porte abattance
  • film 127 pour image de 4x6cm
  • Objectif Rapid Rectilinear à simple ménisque de 75mm, ouvrant à f12 et f18
  • Obturateur simple
  • Viseur de côté, à la taille
  • Construction métallique

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/camera-2559-Ernemann_Rolf%201.html, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Ernemann, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10070-Ernemann_.html, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Ernemann_Rolf_I, https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/objects/co16160/ernemann-rolf-1-folding-bellows-camera-for-rollfilm-no-127-v-p-k-rollfilm-camera, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Ernemann_Rolf_I, https://camera-wiki.org/wiki/Ernemann, https://en.wikipedia.org/wiki/Heinrich_Ernemann, https://www.historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=3285, https://stereoscopyhistory.net/compendium/ernemann, en anglais ; https://www.engel-art.ch/ernemann-rolf-i/, https://saebi.isgv.de/biografie/Heinrich_Ernemann_(1850-1928), en allemand

Argentique

Le Pentax ES, le premier réflex automatique (1971) : toute une histoire.

Préambule

Tubize, ville autrefois industrielle, fief d’une sidérurgie qui s’en est allée, laissant sur le carreau des milliers de familles désemparées.

Petit petit, les plaies se referment, de nouveaux acteurs économiques sont venus remplacer les anciens et même si tout le monde n’a pas retrouvé sa place, pour beaucoup cela va mieux.

Et dans ce décor, un dimanche frais qui hésite entre soleil et nuages menaçants. Et une grande brocante où domine les vêtements dames, enfants et articles de puériculture. Quelques objets amusants mais je désespère de trouver quelque chose. Il faut dire que contrairement à notre habitude, nous étions partis tard (9h00).

C’était sans compter sur un peu de chance car, à la fin d’une allée, un monsieur vend quelques réflex. Je les regarde à mon aise : un Minolta SRt 101X (j’ai déjà), un Pentax ES (celui de l’article du jour), un Yashica FX-D qui viendra en son temps, quelques flashs dont deux sont bons pour la poubelle (les piles ont coulés et l’acide a tout rongé) dont j’extrais un beau Minolta quasi neuf et avec ses accessoires (flash Cobra), puis un Instax 100 en bien mauvais état et j’oublie un autre réflex qui ne m’a pas tenté.

Bref, de quoi remplir le sac à dos. Ce seront là mes seuls achats d’ailleurs.

Rentré à la maison, séance de nettoyage pour le Pentax et le Yashica, qui refuse tout à coup de fonctionner, et découverte des dégâts sur l’Instax (tout le compartiment piles est mangé par la rouille et l’acide).

Va y avoir du travail …

Un peu d’histoire

Pour mémoire, sur dix des développements les plus importants/utiles des réflex depuis leur invention, cinq sont à porter au crédit de Pentax seul : le miroir à retour instantané, le compteur de vue à retour automatique, la mesure TTL automatique à priorité ouverture, l’autofocus. Les cinq autres se répartissent entre Pentacon pour le viseur à pentaprisme, Topcon pour la mesure TTL à ouverture complète, Konica pour l’obturateur automatique de série, Olympus pour le flash TTL et Nikon pour la mesure matricielle.

Ce fut sans doute pourquoi Ashi Pentax a fabriqué par mois plus de réflex que Canon et Nikon réunis dans les années soixante- septante. Ils se sont surtout concentrés sur les SLR. Comme de nos jours, ils ne sont toujours pas passés aux hybrides.

Pentax est une marque pour laquelle il existe déjà plusieurs articles sur le site, comme ceux sur les Pentax LX, le Spotmatic SP2, le Spotmatic F, le Super A, les ME et ME Super, sans compter tous les compacts de la marque (de quoi vous amusez à visiter le site un moment).

Toutefois, ce Pentax ES (Electro-Spotmatic) mérite sa petite histoire à lui tout seul, y compris sous son autre nom, le Honeywell Pentax ES.

Au début il y avait le Spotmatic (1964), un appareil fiable, solide et simple : pas de griffe flash synchronisée, pas de cellule. Pour en obtenir une, intégrée, il faut attendre le Spotmatic SL (1968). Elle était basique mais fonctionnelle. Je fais l’impasse sur les SL 500 et 1000, qui sont des Spotmatic simplifiés et aux vitesses limitées (SL 500 = vitesse maximum 1/500s), auxquels on avait ôté le minuteur.

Une nette amélioration se profile avec le Spotamic 2 (SP II) car il ouvre la voie aux nouveaux objectifs SMC (toujours en monture vissante M42) : la sensibilité de la cellule est augmentée au 3200Asa, la cellule est plus sensible et il gagne une griffe flash avec contact central et la synchronisation FP (lampe) ou X (flash électronique) est réglée par un commutateur.

Un mot (enfin, plusieurs) sur les nouveaux objectifs SMC (Super Multi Coated) : ils sont conçus pour permettre la mesure à ouverture complète sur les ES, ES II et Spotmatic F. Ce qui signifie que le viseur reste dès lors lumineux en toutes circonstances, ce qui facilite la mise au point sur le sujet.

Dans le cas d’objectifs plus anciens, sans le couplage de mesure à ouverture complète, l’ES, grâce au curseur placé contre le fut de l’objectif, permet quand même de le faire.

Petit aparté sur les Takumar SMC : en 1971, Pentax met au point le premier revêtement anti réfléchissant multicouche au monde. Celui-ci permettait un contrôle du flare et des images fantômes. A l’époque, les Takumar SMC assurait une excellente qualité d’image, même en contre jour et cela dans une large gamme d’optiques robustes, compactes et de prix abordables.

Oublions le Spotmatic IIa (1971), réservé au seul marché US car il fut fabriqué pour pouvoir être utilisé avec les flashs électroniques Honeywell Strobonar (un œil électronique était placé sur la face avant afin d’effectuer la synchronisation avec le flash).

Retenons par contre le Pentax Electro-Spotamic (1971), qui sera le premier réflex à priorité ouverture, électronique et automatique. Un seul regret, il ne sera vendu qu’au Japon. Mais il n’était pas encore très au point, la carte électronique était rudimentaire, instable et sujette à des nombreux soucis. Dur, dur d’être précurseur … Pourtant il eut du succès car il apportait réellement quelque chose de neuf.

Enfin le Pentax ES (contraction de Electro Spotmatic quand même) voit le jour en 1972. Il est destiné cette fois à être vendu partout dans le monde car il a corrigé les écueils du Electro-Spotmatic premier du nom. Lui possède une vraie carte électronique moderne* qui suppriment les ennuis de son prédécesseur. Il sera suivi d’un ES II en 1973 et par un Spotmatic F : tous les trois utilisent maintenant la ligne des Takumar SMC (Super Multi Coated = traité multi couches) et, surtout, effectuent la mesure de la lumière en direct

*Moderne au sens où il s’agissait réellement d’un circuit imprimé mais loin d’être, déjà, miniaturisé. En effet, la taille du circuit a fait que sur l’ES et l’ES II on a dû supprimer le minuteur.

Ce que l’on peut retenir de cet appareil dans le parcours du Spotmatic, c’est qu’il a permis à la monture reine de cette époque, la monture à viser M42, de rester dans la modernité de l’automatisme, une prouesse technique.

En effet, le Pentax ES proposait un obturateur mécanique et un circuit électronique qui contrôlait le système d’exposition automatique, avec une priorité à l’ouverture. De quoi contenter les photographes qui recherchaient la commodité de l’automatisation sans abandonner la satisfaction des commandes manuelles.

Pentax propose ici une première mondiale : le premier reflex avec un obturateur mécanique mais asservit, en mode automatique, à l’électronique. La calculateur propose alors, en continu, des expositions entre 8s et 1/1000s. Ce qui veut dire que si vos mesures donnaient 1/475s, c’est à cette vitesse que l’appareil déclenchait.

Affiche vintage présentant un appareil photo Asahi Pentax ES avec une femme stylée, mettant en avant la caméra et le slogan sur la révolution de la photographie.

Le Pentax ES sera suivi du Pentax ES II (1973). Quelques différences, outre le nom, les distinguaient : retour du minuteur sur l’ES II, la batterie se trouve en dessous, la plage des vitesses s’affichent dans le viseur, la sensibilité des films est portée à 3200Asa (contre 1600Asa), un verrou est ajouté au bouton de déclenchement, par exemple.

Enfin, pour clôturer l’histoire du ES, sachez que la couleur noire est la couleur standard. Si, normalement, cette teinte était une commande spéciale pour les autres modèles, ici il fallait que ce soit pour obtenir un boitier bis-colors qu’il fallait faire cette commande.

Petite revue des Pentax en 1973 -1974 :

Page de catalogue montrant les appareils photo Asahi Pentax SPOTMATIC II et ES, avec des détails techniques et des spécifications des objectifs.
Phokina 1973 – 1974

Présentation

Si la filiation avec le Spotmatic est assez évidente, cet appareil est un peu plus moderne dans ses lignes, un peu moins rugueuses.

Ceci étant, nous sommes bien face à un appareil des années septante : en métal, solide, avec ce petit côté rassurant que l’on en a pour son argent !

Mais commençons la visite :

Sur le capot, le levier d’armement et d’armement de l’obturateur, avec le compteur de vue intégré (réinitialisation automatique), le déclencheur et à côté, le barillet de réglage des vitesses ou de la position automatique.

Au centre, le prisme avec par dessus une griffe flash avec contact au centre pour la synchronisation.

De l’autre côté, la manivelle de rebobinage et autour, le réglage de l’exposition (de1/2à 4), qu’il faut déverrouiller avec le minuscule bouton à côté. En soulevant le pourtour, vous réglez la sensibilité de la cellule. Remarquez aussi les deux petits crochets, qui sont des aide-mémoires pour le type de film utilisé (diapo, N/B, couleur)

L’arrière est sobre, juste le viseur.Pour ouvrir le dos, soulever la manivelle de rebobinage. Remarquez à ce sujet la qualité de fabrication, vu le nombre de vis qui tiennent l’ensemble.?

La chambre est classique, étonnamment propre.Juste les mousses à refaire, rien de difficile.

Par dessous, le bouton de débrayage et au centre, le filet pour fixer un trépied.

Sur la face avant, à côté de fut d’objectif, un cylindre fermé par un bouchon à visser, pour y installer la pile, une 4LR44 de 6v moderne.

De l’autre côté, 2 prises PC pour la synchronisation des anciens flashs avec lampe (FP) et la synchronisation X. Au dessus, le curseur pour ouvrir l’objectif avec les anciens Takumar (non SMC)

Le viseur est clair et sur la droite de celui-ci, l’échelle des vitesses que le boitier vous donne quand vous êtes en automatique.

Au centre, un champ de micro prismes fins pour effectuer la mise au point facilement (même si je regrette qu’il n’y ait pas un stigmomètre à coïncidence)..

L’objectif, ici un Takumar SMC de 55mm ouvrant à f2, qui accompagnait l’appareil.

Que penser de cet appareil ?

C’est un très bel appareil, qui respire son époque mais reste une machine à photographier magnifique.

Il fait son poids mais reste très confortable à porter. Mieux vaut avoir une bonne sangle solide toutefois, vos cervicales vous remercieront.

Personnellement, malgré sa sobriété, je ne le considère par comme dépassé. Car avec ce type de boitier, si vous n’y connaissez rien, vous allez apprendre les subtilités du triangle d’exposition ou du Sunny 16. Avec un peu d’entrainement, vous ne raterez pas beaucoup d’images, faites confiance à la cellule et à la qualité de l’optique.

Ce n’est pas un appareil très courant (environ 125.000 fabriqué) mais terriblement attachant. De plus, cet exemplaire à cette petite patine qui lui sied bien.

Si vous en trouvez un en très bon état, ne le laissez pas partir sans vous, vous le regretteriez bien vite. Question budget, comptez quand même entre 80 et 100€. Le prix de l’excellence de l’époque .

Vidéos d’illustration

Pour comprendre les progrès de l’électronique …

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI (english) ou LA (en français).

Caractéristiques techniques d'un appareil photo reflex mono-objectif 35 mm avec diverses spécifications, y compris l'obturateur électronique, le viseur, et les options de synchronisation du flash.

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Pentax_ES, https://www.pentaxforums.com/camerareviews/pentax-es.html, https://camera-wiki.org/wiki/Pentax_ES_II, https://www.analogcams.com/cameras/b9fb6fa1, https://www.aperturepreview.com/pentax-es, https://www.photoethnography.com/ClassicCameras/index-frameset.html?AsahiPentaxSpotmatic.html~mainFrame en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-4320-Pentax_ES.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_produits_Pentax en français ; https://www.aohc.it/, en italien ;

Argentique

Trop beau pour être vrai, le Halina A1 ?

Préambule

Voici donc le second appareil de la brocante de Braine-le-Château, sorti de la poussière comme le Yashica FX-D dont l’article est paru sous peu.

Hormis donc qu’il a fallu bien nettoyer intérieur et extérieur, son revêtement était partout décollé. Alors, comme pour le Yashica, j’ai puissé dans mon stock de feuilles de cuir pour le rhabiller. Comme j’avais lu en diagonale les articles qui ont servi à écrire celui-ci, je pense que le côté chic ostentatoire va lui aller comme un gant.

Cutter, ciseaux, colle et beaucoup de patience pour en venir à bout car, en passant, j’en ai profité pour refaire aussi la carrosserie rouillée et les chromes. Et quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’un film était encore présent dans la chambre, arrêté à la photo 7. Un film a terminer donc, pour le fun.

Mais voyons voir de quoi il retourne avec cet appareil : son plumage vaut-il son ramage ?

Un peu d’histoire

Dans un article sur le Haking Compact-SC, j’ai déjà, rapidement abordé l’histoire de cette marque. Je vais y revenir un peu plus profondément car c’est une marque que l’on disqualifie souvent, considérant qu’elle n’est que du rebadging d’autres marques et qu’elle n’a écoulé que des appareils de piètre qualité. La réalité est un peu différente, vous allez voir …

Le début d’une longue histoire.

L’histoire débute au Siam (actuelle Thaïlande) où Wong Suen Chung (1872 – 1930) , le père de notre héro du jour, âgé de dix-huit ans, né dans une famille pauvre d’agriculteur chinois, s’y est installé pour rejoindre son oncle et y apprendre le métier de charpentier pendant trois ans. Il se fera connaître dans le quartier chinois de Bangkok en tant que maître artisan. Il y construit un bâtiment en bois de six étages, un exploit qui attire l’attention du roi du Siam.

Invité au palais royal, il réussit à réparer une porte que personne ne parvenait à réparer, ce qui entrainera d’autres commandes royales, de mobilier, un pavillon chinois, des murs du Palais d’Eté d’Ayutthaya, notamment. En remerciement de ses contributions, le roi du Siam lui décerne l’Ordre du Mérite de Première Classe.

Wong Suen Chung, le père de Haking Wong

Un personnage charismatique et visionnaire, le début de la légende

Huang Zuyi (1906 -1996) est né à Hong-Kong et hormis l’époque de l’invasion japonaise de la Chine et de la seconde guerre mondiale, il a toujours vécu dans la colonie britannique.

A quatre ans, il déménage dans le quartier chinois de Bangkok. A dix-sept ans, il épouse sa première femme et refuse le nom de Wong Chiu Wan, attribué par sa famille et choisi Haking Wong, qui signifie triompher de l’adversité, tout un programme.

En 1923, il est admis au collège St Stephen où il se fait remarquer par ses notes, son leadership et sons sens des responsabilités sociales. Alors qu’il est encore étudiant, il fonde la St. Stephen’s Free School à Sheung Wan et Sai Ying Pun (1924), qui offre des programmes d’éducation aux milieux défavorisés.

L’entrepreneuriat dans le sang

A l’obtention de son diplôme, il retourne à Bangkok avec son épouse pour aider à gérer la quincaillerie familiale. Cependant, il veut trouver sa propre voie et retourne à Hong Kong pour tester divers secteurs comme la fabrication de pneus de vélo et la confiserie. Puis, ayant remarqué la croissance des activités de constructions et réparations navales, il saisi cette opportunité et, avec un ami sorti lui aussi du St Stephen’s Collège et la Peninsula Dockyard Company, il se lance dans ces activités.

Hélas, deux ans plus tard, il doit abandonner, c’est un échec commercial. Cette expérience va renforcer sa détermination et sa résilience. Il reprend un emploi de salarié, le temps de retrouver uns stabilité financière et réfléchir à son avenir.

Il rejoint Hong Kong et le Rubber Manufactory Limited, un producteur de chaussures en caoutchouc et des bottes Wellington. Son ascension est rapide et il est nommé directeur général n 1928.

Ses résultats de vente de chaussures de sport et de bottes font qu’il sera surnommé le Roi de la chaussure de sport.

Il introduit des réformes dans la gestion de la production et renforce le contrôle qualité, tout en mettant fermement en avant le confort de ses salariés avec, par exemple, des examens médicaux obligatoires, l’organisation des consultations sur site. Il met en place des fonds dédiés pour soutenir le personnel en cas de besoin.

Comment passer de Roi de la brosse à dents à la photographie

Passe par là la Seconde Guerre Mondiale. En 1947, il co fonde la W. Haking & Company Limited, qui importe des produits occidentaux dont des machines à se brosser les dents !

Madame Chan Chiu Kam, alias Pauline Chan rejoint l’entreprise en tant que secrétaire. Elle devient rapidement directrice commerciale. Avec elle et Wong Chiu Lee (le frère ainé de Wong), ils fondent la W. Haking Industries Brushworks Limited et se lancent dans la fabrication de brosses à dent. Elle devient la plus grosse entreprise dans le domaine en Extrême Orient, ce qui valut le surnom de Roi des brosses à dents à Haking Wong.

Mais ce secteur devint très concurrentiel et comme les marges diminuaient, il cherche d’autres débouchés. C’est la rencontre fortuite avec un Kodak Brownie qui lui ouvrira de nouveaux horizons. Pour Haking Wong, l’appareil photo ne devait pas être un bien de luxe mais un outil pratique pour préserver l’histoire, notamment celle des familles et des jeunes générations.

Son credo sera de développer des appareils légers qui allient performances et prix abordables. Grâce à ses réseaux, il s’équipe de machines pour la production d’appareils photo au Japon et engage un ingénieur nippon pour la partie optique. Il fonde alors la W. Haking Industries Mechanics and Optics Limited, posant ainsi les bases de la fabrication d’appareils photo à Hong Kong.

Les défis techniques n’ont pas manqué, ni le scepticisme du marché lors de la présentation de ses produits dans les foires internationales. Il s’est accroché, en puisant dans les bénéfices générés par les brosses à dents.

Mais ces ressources n’étaient pas inépuisables, alors il s’est posé un ultimatum : si l’entreprise des appareils photo n’était pas rentable en 1959, il jetait le gant.

Une ascension bien pensée

Proche de la fermeture, lors d’un salon commercial en Angleterre, Wong réussi a obtenir un distributeur pour ses appareils photo, J.J.Silber Limited. Et dans un Royaume-Uni d’après guerre, encore soumis aux restrictions d’importation, ce qui limitait le choix des consommateurs, le modèle qui nous occupe aujourd’hui, le Halina A1, d’un prix très compétitif, a trouvé là un marché de choix. Fabriqué à Hong Kong, toujours sous protectorat anglais, et marqué comme Empire Made, l’appareil a bénéficié d’un avantage commercial intéressant.

Le Halina A1 a donc rapidement gagné de la popularité et un second modèle, le Halina 35X (film 35mm) élargit encore le marché, en rendant le format accessible à un plus large public. Haking Wong popularise la photographie en Angleterre, à tel point que certains le compare à Henry Ford car il a transformé un produit spécialisé en une marchandise grand public.

Dans le partenariat au sein de l’entreprise, chacun a ses responsabilités, clairement définies : Haking Wong s’occupe de la fabrication et du développement technologique ; Pauline Chan dirige les opérations commerciales internationales et les négociations. Avec ce duo, l’entreprise se développe rapidement.

Eastman Kodak devient leur plus grand client car il utilise les appareils de Wong pour augmenter la consommation de pellicule au niveau mondial.

Diversifiant encore ses activités, il s’est lancé dans la fabrication de jumelles, qui générait de fortes marges. Sa stratégie d’intégration verticale lui assurait des avantages en terme de coûts et de qualité : tous les composants, des lentilles aux plus petits ressorts, tout était fabriqué en interne. Associé à sa vision stratégique de conception assistée par ordinateur, qui améliorait la précision et donc la production et le temps de mise sur le marché, il gagne son pari.

A tel point que l’association japonaise des fabricants de jumelles lui a demandé de ne pas pratiquer des prix trop bas !

Dès les années septante, la W. Haking a adopté un modèle de double production : 80% de production d’équipements d’origine et 20% sous la marque Halina. Des entreprises comme Kodak, Fujifilm, Ricoh, Nikon, Polaroid, Agfa se fournissaient chez eux pour des produits optiques.

A son apogée, la firme produisait quotidiennement plus de 30.000 appareils photo et 6000 jumelles. Elle était la plus grande productrice mondiale de jumelles et l’une des plus grandes en instruments optiques.

Le roi de la brosse à dents devenait le père de l’optique !

Une conscience sociale et une éthique de travail

J’ai déjà signalé plus haut la préoccupation de Haking Wong vis-à-vis de son personnel, dont il plaçait le bien-être au centre de sa stratégie d’entreprise durable. C’est ainsi qu’en 1963 il inaugure à Quarry Bay (le district résidentiel et commercial de Hong Kong) le Haking Building. Un complexe qui prévoyait des installations de production avec des logements pour le personnel, avec des loyers abordables, un environnement de vie stable et accueillant. Ce qui a permis aux employés de s’installer en toute sécurité et de rester dans l’entreprise jusqu’à leur pension. De nombreux enfants ayant vécu dans cette communauté ont pu faire des études et sont devenus médecins, ingénieurs, enseignants, etc. contribuant à leur tour à la société, au sens large cette fois.

Cérémonie d’inauguration du bâtiment Haking en 1963. Loyauté, Pardon, Détermination et Patience étaient gravés sur la première pierre

Ce que d’aucuns appelleront sans doute paternalisme était peut-être une bonne idée, qui profitait à tous et respectait le personnel.

Education et philanthropie

Si le but de Haking Wong était de réussir dans les affaires, il estimait que les richesses devaient être redistribuées à la société citoyenne.

Il a ainsi consacré une énergie considérable au service public et s’est engagé dans la philanthropie utile : dès 1930, il a œuvré au sein d’un groupe d’hôpitaux et à soutenu des initiatives de bien-être social. Il s’est aussi engagé dans l’éducation professionnelle et technique, en encourageant la création d’institution pour former les talents du secteur manufacturier alors en plein essor à Hong Kong. Ce seront les bases de l’Université Polytechnique de Hong Kong.

Il a financé la création de l’Institut technique Haking Wong et celle du bâtiment du même nom à l’Université de Hong Kong, devenant l’un des plus importants bienfaiteurs de l’établissement. Sa co-équipière, Pauline Chan a aussi fait des dons importants la Faculté de médecine.

Vers la fin de sa vie, Haking Wong a encore investi dans sa ville natale, Xinhui. Il y a soutenu la construction d’écoles, de ponts, du système d’approvisionnement en eau, l’installation d’une fabrique d’optique. Il a ainsi contribué au développement local et à la modernisation de la population. Il sera fait citoyen d’honneur.

Cérémonie d’ouverture du pont Wong Chung Suen, Xinhui, le 26 décembre 1992

Une légende est née

Le Docteur Haking Wong occupe une place singulière dans l’histoire de Hong Kong. Il a donné un exemple rare de la manière dont le succès personnel peut rejaillir sur la société lorsque l’on assume sa responsabilité sociale. Entrepreneur, industriel, passeur d’idées et de valeurs, philanthrope, il laisse un héritage riche dans la société hong kongaise.

L’emblème de l’entreprise est une couronne et elle incarne la philosophie et l’identité de Wong : elle est formée à partir des initiales W et H ; la partie basse du H est sensé ressembler à un objectif et à un faisceau de lumière qui le pénètre. Une allégorie de la réputation du Père de l’optique.

Lorsqu’il s’est diversifié dans l’optique et les appareils photo, il avait plus de 50 ans. Grâce à ses innovations, il a amélioré les obturateurs, les prismes et le revêtement des lentilles. Il a détrôné les Allemands et les Japonais du secteur des jumelles et de l’optique.

Son credo était de produire des appareils simples, qui remplissent correctement ce pour quoi ils avaient été fabriqué, sans fioritures mais avec quelques trouvailles, plus dictées par un besoin de rentabilité que d’innovation à tout crin. Des appareils photo vendus à un juste prix, qui ont fait le bonheur de pas mal d’amateurs, un peu partout dans le monde.

Il méritait bien, outre ses titres honorifiques officiels, d’être reconnu le Roi de l’optique.

Haking Wong

Un peu de vie privée

Si le nom de l’entreprise porte le même nom que celui de son fondateur, tout comme ses produits, les premiers appareils photos se sont appelés Paulette, dérivé de Pauline Chan, son associée et co-fondatrice (1957) de l’entreprise.

Haking Wong s’est vu attribué nombre de titres honorifiques. Il fut notamment Docteur Honiris Causa de l’Université de Hong Kong (1980) et il reçut l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) en 1968 , tout comme il sera nommé membre de la Cour universitaire en décembre 1978.

Plusieurs bâtiments portent son nom, car il les a financés : la création de l’Institut technique Haking Wong et du bâtiment Haking Wong à l’Université de Hong Kong, pour le département d’ingénierie, qui sera officiellement inauguré le 6 octobre 1983. Outre à Hong Kong, Haking Wong a également investi dans la construction du pont Haking Wong à Xinhui (1992). 

Il fut président honoraire de l’Association des fabricants chinois et membre du comité des fondateurs de la Fédération des industries de Hong Kong qui est devenue l’organisation représentant les industries à Hong Kong.

Si vous vous en souvenez, il s’est marié jeune (17 ans). De fait, il se convolera trois fois et eut onze enfants.

Bien que le nom de Haking Wong est indissociable de Hong Kong, malheureusement sa descendance ne se montrera pas digne de lui. Plusieurs procès ont eu lieu en raison de conflits financiers. En 2000, trois de ses fils ont demandé la liquidation de sa fondation, ce qui a conduit l’entreprise à s’exiler en Chine. Enfin, en 2002, la Titan Continental Ltd a racheté plus de 70% des parts de la fondation et à viré les descendants de la famille du conseil d’administration.

Triste sort …

Présentation du Haking A1

Le Halina A1 est donc un vrai TLR (double optiques), en métal, produit par Halina, la branche photographique de la Hanking Wong, au début des années soixante.

La coque est faite en tôle d’acier pliée et elle est commune à d’autres modèles de la marque (Halina Prefect, Kinoflex, Star-Lite, Sunscop, Votar Flex, Wales Reflex). Il semble que ce soit une copie assez proche du Ricohflex Model VI.

S’il en reprend l’architecture, il est néanmoins un (bon) cran en dessous du Ricohflex au niveau qualité. Mais c’est un vrai TRL (Twin Lens Reflex) avec son tunnel de visée qui s’ouvre et se referme automatiquement, son verre dépoli, une loupe pour affiner la mise au point.

Les vitesses sont limitées : 1/25 – 1/50 -1/100s et pose B. Elles se règlent avec une roue dentée chromée, située sous celle du réglage de la distance. Une prise PC permet de connecter un flash, synchronisé à toutes les vitesses.

L’obturateur est maison, à deux lames. Il ne provoque pas de vibrations, ce qui est avantageux.

L’ouverture se règle, elle, via un curseur qui tourne sur un quart de cercle gradué de f3,5 à f22.

L’armement est très court : il faut remonter le levier vers le haut, entendre le discret clac de l’armement puis abaisser le même levier pour déclencher. A noter que l’on peut aussi fixer un câble de commande.

L’avance du film se fait à l’aide du gros bouton sur la droite. Attention, il n’arme pas l’obturateur, il fait juste avancer la pellicule. Pas de compteur de vue, il faut regarder par la fenêtre en rouge inactinique, avec un volet, située sur le dos du boitier.

Pour ouvrir ce dernier, il faut faire tourner le verrou qui est en dessous et faire pivoter le dos vers le haut. Remarquez les deux petits pieds sous l’appareil, qui assurent son maintien sur surface plane. Ceci étant, comme il y a encore un film (à la 7ème image) dans l’exemplaire que je vous montre, je l’ai ouvert pas mégarde lorsque j’ai démonté le tunnel de visée pour le nettoyer, y compris le verre dépoli. Je l’ai refermé bien vite et avec un (tout petit) peu de chance, je pourrai faire développer le film. Ensuite, le dos fait des bruits étranges lorsqu’on manipule le boitier. J’imagine qu’il peut y avoir des fuites de lumière.

Ce qui saute aux yeux, c’est les chromes de la face : le cadre et les optiques. c’est assez heu … clinquant.

Les optiques sont aussi maison : celle du viseur (au dessus) est un 80mm ouvrant à f3,5 et celle du dessous (pour la prise de vue) un Halina Anastigmat de 80mm ouvrant aussi à f3,5.

Sous ces dehors chics, le reste est un peu léger : tout le revêtement se décolle et je l’ai donc remplacé par du vrai cuir gris. A certains endroits, la peinture est attaquée par la rouille. Je vais donc procéder à un ponçage partiel pour remettre de la peinture noire aux endroits nettoyés.

Mais, me direz-vous, pourquoi cet appareil a-t-il suscité tant d’achats ? Des années cinquante à la fin des années septante, les TLR étaient vus comme des appareils de qualité supérieure, tirés notamment par la réputation des Rolleiflex allemands, voire des Yashica Mat, des Minolta japonais, des Semflex français, par exemple. La taille de leurs négatifs n’y étant pas étrangère car elle autorisait plein de détails dans la prise de vue. Son argument de poids étant, bien entendu , son prix de vente !

Que penser de cet appareil ?

Honnêtement, par rapport un Lubitel 2 en bakélite, il n’est pas mal. Mais, à mon humble avis, il est trop limité au niveau des vitesses. Les autres TLR de l’époque proposaient souvent à minima le 1/300s, voire aussi un minuteur. Il est vrai que dans les années soixante, les films étaient plus lent, mais quand même …

Plusieurs auteurs signalent que l’optique n’est pas terrible, pourtant les quelques photos que j’ai pu voir ne sont pas si mal que ça. Certes, on est loin du piqué des Rolleiflex, mais on en a pour son argent.

Pour tenter de vous en convaincre, voyez sur le site de Lomography les photos réalisées avec cet Halina A1

Toujours au sujet des optiques, elle semblent être sujette au champignons, mais cela se nettoie assez facilement.

La construction est légère et le revêtement une catastrophe mais ce n’est pas ça qui fait les photos. Il faut plutôt prévoir de refaire un joint à la porte arrière pour éviter les fuites de lumière et, éventuellement, refaire la tapisserie.

Alors, que penser de cet Halina A1 ? Le prix d’achat est souvent à la hauteur de son état cosmétique, c’est-à-dire peu cher (de 20 à 40€). Une façon économique de rentrer dans le club des TLR par la petite porte, pour vérifier si cela vous plait et avoir encore assez de sous pour vous payer quelques bobines.

Tout n’est pas a jeter dans cet appareil, le système d’ouverture et fermeture du tunnel de visée est un modèle du genre, tout comme la position de la (grande) loupe.

Le mieux étant encore, si vous en trouvez un, de l’essayer par vous-même.

Qu’en pensez-vous ?

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Type : Appareil photo reflex à double objectif pour film 120
Fabricant : Haking
Année de lancement : 1957
Film : rouleaux de film type 120
Objectifs : Halina Anastigmat de 80mm ouvrant à f3.5
Obturateur : obturateur à deux lames avec vitesses B, 1/25, 1/50 et 1/100 sec., sélectionnable avec la molette autour de l’objectif
Armement : déplacer un peu le levier de déclenchement vers le haut
Ouverture : levier sous l’objectif, f3,5 à f22 sélectionnable
Mise au point : utilisation de l’une des roues dentées qui synchronisent le viseur et la mise au point de l’appareil photo comme molette
Viseur : viseur TLR pliable avec écran en verre dépoli, et loupe articulée pour usage optionnel
Avance de film : bouton, fenêtres de comptage d’exposition fermées à l’arrière
Accessoire : étui en cuir possède deux languettes en tôle pour fixer l’appareil photo
Remarque : le volet de la fenêtre en rouge inactinique porte l’empreinte Made Empire (= Hong Kong britannique)
Connecteur 1 : filetage de connexion pour déclencheur à distance
Connecteur 2 : connecteur flash
Connecteur 3 : filetage de connexion pour trépied

Des références

https://www.analogcams.com/cameras/a0cf85bf, https://camera-wiki.org/wiki/Halina_A1, https://licm.org.uk/livingImage/Halina_AI.html, https://foxesden.blog/2023/08/11/halina-a1-reflex-test-roll-its-foggy-out/, https://www.photo.net/forums/topic/326162-images-from-halina-a1-tlr/ (pour voir des images réalisées avec cet appareil), https://sites.google.com/bigcellence.com/hw120/panel-1, https://camera-wiki.org/wiki/Haking, en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2756-Haking_Halina%20A1.html, en français

Argentique

L’Olympus Pen EE-3, l’autre demi format de légende

Préambule

Voici donc le troisième appareil recueilli lors de la brocante où j’ai emporté les deux Fujica Half et Half 1,9.

Avec celui-ci, je peux presque faire la synthèse de cette mode du demi-format, qui ne s’est pas tout à fait éteinte à la fin des années septante, heureusement pour nous.

Ce Pen EE-3 est un très bel exemplaire, bien propre et fonctionnel, noir comme j’aime ce genre d’appareil. Je ne devrai refaire que les mousses, comme d’habitude, pour assurer une parfaite étanchéité.

Mais partons à sa découverte …

Un peu d’histoire

Lors de la présentation de l‘Olympus OM-2N, j’ai longuement repris l’histoire de cet homme extraordinaire qui est à la source des Olympus Pen, Monsieur Y. Maitani. Je ne vais donc pas y revenir, sauf pour vous conter l’histoire du Pen en particulier.

Celle-ci commence en 1959. A l’époque, acheter un appareil photo était (déjà !) un investissement que tout le monde ne pouvait se permettre. Mais c’était un investissement pour la vie, car on n’envisageait pas de changer de boitier aussi vite que de nos jours. La photographie apportait beaucoup de satisfactions mais elle avait un coût dont on tenait compte.

Nombreux étaient d’ailleurs les photographes un peu plus avertis qui développaient et tiraient leurs photos eux-mêmes, souvent en noir et blanc, parce que plus accessible financièrement (la chimie N/B se dégrade moins vite que celle de la couleur).

Il existait bien les alternatives des appareils de type box, très limités techniquement et encombrants ; quelques folding aussi mais moins pratiques car en film 120.

C’est dans ce contexte qu’Olympus a fait le pari d’un appareil de petite taille, facile à emporter, peu cher à l’achat, techniquement plus évolué et économique à l’usage : Yoshihisa Maita, le designer de l’époque, a alors créé le Pen, premier du nom.

Un appareil réellement de poche, facile à utiliser, abordable et qui va multiplier par deux le nombre de photos utilisables sur un film car c’est un demi-format.

Cet appareil aura un grand succès et donc une descendance qui en reprend les grands principes, en ajoutant des améliorations, comme une cellule au sélénium et un automatisme qui simplifie encore l’utilisation.

Ainsi nait la gamme des EE pour Electric Eye, la cellule en nid d’abeille qui entoure les objectifs Zuiko des descendants.

Le Pen EE ajoute cette cellule en 1961, couplée à un objectif dit rapide ; le Pen EE-2 l’améliore sensiblement et le Pen EE – 3 encore un peu. Voici d’ailleurs un petit tableau qui reprend leurs caractéristiques :

ModèleAnnéeCelluleFix FocusGriffeSynchroOptiqueProduction
Pen1959SéléniumOuif3,527.000
Pen EE1961SéléniumOuif1,7584.000
Pen EE-21968SéléniumNonOuif2,81.143.000
Pen EE-31973SéléniumNonOuiOuif3,51.731.000

Leurs qualités principales sont donc :

  • la compacité
  • la facilité d’utilisation
  • le demi format
  • l’objectif Zuiko D
  • la cellule au sélénium (donc pas de piles)

Le Pen EE-3 qui nous occupe aujourd’hui fait une certaine synthèse de la famille Pen EE car il propose une cellule au sélénium qui autorise le fonctionnement automatique, et de passer en manuel si besoin ; un mode flash qui fige l’ouverture à f3,5 et la vitesse de synchro à 1/40s, notamment grâce à une griffe dite chaude, c’est-à-dire avec un contact de synchronisation au centre ; un objectif Zuiko D de 28mm ouvrant à f3,5.

Tout comme le box de Kodak en son temps, le Pen va démocratiser la photographie et permettre à tout un chacun de remplir ses albums de souvenirs de vacances, sans se compliquer la vie, techniquement.

Présentation de l’Olympus EE-3

Si l’on rejoue au jeu des 7 erreurs avec un Pen EE-2 et un Pen EE-3, on remarquera vite quelques différences marquantes :

  • alors que sur le Pen EE-2 la bague autour de l’objectif ne compte que deux échelles, il y en a trois sur le EE-3
  • sur le Pen EE-2, l’échelle graduée en Asa autorise l’automatisme et l’autre donne les ouvertures pour un fonctionnement manuel du flash
  • sur le Pen EE-3, seule la troisième échelle est tout à fait différente. Notée for flash GN 14, elle vous évite de calculer l’ouverture en fonction de la distance puisque elle vous donne la juste ouverture pour un flash GN 14 (GN = nombre guide)
  • l’ouverture du dos se simplifie puisqu’il n’y a plus qu’un verrou à tirer vers le bas sur l’EE-3
  • le compteur de vue se remet à zéro lorsque l’on ouvre la porte

Le Pen EE-3 aura encore l’insigne honneur d’être construit tout en métal. Il sera en production de 1973 à 1982.

Sinon, pour le reste, le boitier présente toujours le même minimalisme :

  • sur le capot, à droite, le rond du compteur de vue (remarquez qu’il est gradué jusque 72) et devant lui, presque petit, le déclencheur ; au centre, la griffe porte accessoire qui a cette fois un contact central pour la synchronisation ; à gauche, la manivelle de rebobinage
Un appareil photo vintage argenté avec des cadrans pour la vitesse et l'exposition.
  • sur la semelle, le petit bouton pour débrayer le film lors du rebobinage, le filet pour le trépied
Appareil photo vintage vu de dos, avec une sangle en tissu et un design en métal.
  • sur la face avant, le viseur, un peu décalé ; presque sous l’objectif, la prise PC pour les flashs plus anciens
Appareil photo Olympus Pen avec un design compact, couleur argentée et noire.
  • le dos ne montre que le viseur, qui parait bien petit (mais c’est trompeur) et la molette crantée pour faire avancer le film et réarmer l’obturateur
Appareil photo vintage noir et argent vu de l'arrière avec une sangle en cuir.
  • sur la tranche gauche, discret, un petit verrou pour ouvrir le dos
Un appareil photo moderne avec une texture en acier inoxydable, vue de côté.
  • revenons sur la face pour découvrir l’objectif et la cellule en nid d’abeille.
Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo vintage avec des réglages d'exposition. La marque 'Olympus-Pen' est visible sur le corps de l'appareil.

Commençons par le début : le EE-3 est équipé d’une fonction d’exposition entièrement automatique et l’EE signifie Electronic Eye. Il mesure la lumière disponible avec sa cellule au sélénium autour de l’objectif et choisit entre deux vitesses d’obturation: 1/200s et 1/40s. L’ouverture est fixée via la cote ISO/ASA du film. Pour la photographie flash, l’ouverture peut être réglée manuellement.

Comme les autres Pen, c’est un demi cadre, ce qui se voit immédiatement à la forme du viseur, placé verticalement. Lorsque vous ouvrez la chambre du EE-3, vous découvrez une espèce de plaque soudée et qui occupe la moitié du cadre 24x36mm. C’est un montage différent que celui du Fujica Half 1,9 que j’ai déjà déposé sur le site.

Vue intérieure d'un boîtier de caméra, montrant le compartiment du film et d'autres composants internes.

C’est un fix focus, donc pas de réglage de distances. Vous visez, vous déclenchez.

Un appareil photo vintage Olympus EE-3 vu de face, avec un objectif et des commandes visibles.

Je reviens sur ces différents éléments, dont le principal est l’objectif Zuiko D de 28mm ouvrant à f3,5, constitué de 4 éléments répartis en 3 groupes. La plage d’ouverture court de f3,5 à f22. Si vous avez lu l’histoire consacrée à l’Olympus OM-2N, vous savez que cet objectif est une pièce de grande précision, qui a couté une fortune mais qui est capable de rivaliser avec un Tessar. Cet objectif est tellement bon qu’il équipera le premier Pen (1959), les Trip 35 (1967) ensuite et jusqu’au Miju (1991).

Le diamètre des filtres, si vous désirez en utiliser, est de 43.5mm (les anciens filtres de 22.5mm ne peuvent pas être montés ici).

Autour de cette belle pièce, la cellule au sélénium, qu’il faut préserver au maximum en utilisant un bouchon d’objectif car elle peut s’épuiser et rendre l’appareil inutilisable (drapeau rouge bloqué, j’y reviendrai).

Les réglages sont autour de cet objectif : la sélection de la sensibilité Asa, de 50 à 400. Selon la sensibilité choisie, en automatique, la vitesse de l’obturateur se règle sur 1/200s, l’ouverture se régulant de f11 et f22 lorsqu’il y a beaucoup de lumière ; au plus lent, dans de mauvaises conditions de lumière, la vitesse sera de 1/40s avec un objectif ouvrant entre f3,5 et f8. L’appareil n’a donc toujours que deux vitesses, le 1/40s et le 1/200s.

Gros plan sur un appareil photo vintage avec un objectif et une molette d'ouverture.

Si vous passez en manuel, en réglant l’ouverture entre f3,5 et f22, la vitesse sera de 1/40s. Si jamais la vitesse devait chuter sous le 1/40s , il faudra utiliser le système Flashmatic, introduit sur le EE-3 avec les flashs Olympus de nombre guide 14. Ce système Flashmatic permet de définir une valeur d’ouverture correcte en faisant correspondre manuellement le réglage de l’anneau d’ouverture à l’une des distances estimées (1-4m) gravées sur le fut.

Lorsque vous appuyez sur le déclencheur à mi course, la cellule mesure la lumière. Si celle-ci est suffisante, la photo est captée en appuyant à fond ; s’il n’y en a pas assez, une espèce de drapeau rouge se lève et bloque le déclencheur. Pour détourner (un peu) le système, vous pouvez viser une zone plus claire, en maintenant le déclencheur à mi course, puis revenir à votre cadrage et appuyer à fond.

Petit aparté au sujet de ce drapeau rouge : c’est une fonction que l’on retrouve sur les Olympus Pen et les Trip. De fait, elle vous empêche de prendre une photo sous exposée et donc gâchée. C’est un système malin (voyez dans la vidéo du démontage complet comment cela est construit, c’est brillant) que l’on peut contourner si besoin.

Rappelez-vous, le Pen EE-3 possède deux vitesses fixes, le 1/200s et le 1/40s. La première ne sera utilisée que si vous êtes en automatique alors que la seconde est celle de la synchronisation du flash. Donc, si vous stabilisez fermement l’appareil, vous pouvez contourner la limitation en choisissant l’ouverture (entre f3,5 et f22), auquel cas vous passez en mode manuel et l’appareil fera tout au 1/40s.

Si vous passez au flash, regardez les réglages pour utiliser un flash, qui doit être de de nombre guide 14 (c’est la puissance). Ces réglages tiennent compte de la distance, qui doit se situer entre 1,5m à 4m. Notez, comme je l’ai déjà signalé, que le système Flashmatic vous dispense de faire des calculs de mesure, il le fait lui-même pour doser correctement l’éclair.

Affichage du calculateur Prinz Jupiter 277C avec un tableau de conversions en pieds et mètres.
Exemple d’une grille d’aide sur un flash électronique de l’époque. Vous y voyez la corrélation entre la sensibilité, la distance et l’ouverture recommandée.

Un mot aussi sur le viseur. Extérieurement, et surtout vu du dos, il semble minuscule. Il est juste confortable, avec ses lignes de cadre lumineuses, et rappel de la parallaxe. N’oubliez pas que la tenue normale de l’appareil induit une photo au format portrait et qu’il faut mettre le boitier à l’horizontale pour retrouver une image en paysage. Attention si vous comptez créer des diptyques, des histoires.

Voilà, voilà … j’ai fait le tour de ce sympathique petit appareil (113x70x44mm), léger (280gr nu) que l’on glisse dans toutes les poches et petits sacs. Il sera très à son aise en photographie de rue, avec un peu d’habitude.

Catalogue de caméras compactes Olympus et Ricoh, incluant des descriptions et des spécifications techniques, datant de janvier 1979.
Petit tour d’horizon des Olympus en 1979 – 1980 (Phokina) et de quelques concurrents.

Encore un détail, peut-être, au sujet de la date de construction de votre appareil : elle se trouve généralement sous la plaque de pression. Je vais reprendre l’exemple cité dans un site de référence : K98. Le « K » est le code de l’usine de production. Le 9 est l’année. Ce modèle a été fabriqué de ’73 à ’83 donc c’est 1979, et le 8 est le mois – août.

Si vous cherchez un peu d’inspiration pour vos premiers essais, regardez sur ce site ICI (en anglais).

Que penser de cet appareil ?

Si ce Pen s’est vendu si longtemps et s’il suscite encore de nos jours autant d’engouement, c’est parce que c’est un appareil bien né.

Il répond à ce que demande un photographe amateur, qui veut se faire plaisir sans se ruiner (prix d’achat, cette fois en occasion, et pellicule) et qu’il emporte facilement avec lui, tout le temps.

Il est vrai que d’autres appareils, y compris dans la même marque – je pense ici au Miju ou à l’AX – ont été encore plus loin, surtout au niveau technologique (cellule couplée, zoom, etc.), aucun de ceux-là ne peut se targuer de la solidité et de la longévité des Pen. Ce que de nombreux photographes ont parfaitement compris.

Comme vous avez pu le voir dans un des tableaux cités dans l’article, ces boitiers ne sont pas rares, ils ont été produit en million d’exemplaires et tous n’ont pas finis à la déchetterie. Toutefois, je vois parfois des prix hallucinants à leur sujet.

Pour ma part, un bel exemplaire, tout à fait fonctionnel, avec les mousses refaites et un bouchon d’objectif (important), je considère qu’il ne doit pas dépasser les 80€.

Et si jamais il tombe en panne, dans les vidéos ci-dessous, vous verrez comment le démonter et le réparer.

Ah, encore quelques petites choses … si vous trouvez que le noir ou le gris lui va bien, ne changez rien, mais sachez que chez Ashahi Aki vous trouverez des covering de toutes les couleurs et parfaitement coupés à des prix très attractifs. Pourquoi photographier triste si vos cuirettes se font la malle ?

Il me reste à vous souhaiter de trouvez le Pen de vos rêves et de l’emmenez partout avec vous pour raconter vos histoires … différemment.

Vidéos d’illustration

Et au cas où vous tomberiez sur une épave

Un peu de technique

AttributSpécification
Type d’appareil photoAppareil photo demi-format
Format de film35mm
Avancement du filmManuel
Mécanisme d’entraînement du filmMolette de pouce
Format d’image24 mm x 18 mm
Nom de l’objectifOlympus D. Zuiko
Focale28 mm
Ouverture la plus grandef/3.5
Mise au pointFixe
Construction de l’objectif4 éléments dans 3 groupes
ViseurViseur à cadre lumineux
Temps d’exposition1/200 seconde à 1/40 seconde
PosemètrePosemètre au sélénium
Sensibilités de film prises en chargeISO 25 à 400
Modes d’expositionProgramme automatique
Connexion flashHot Shoe, Flash PC
Vitesse de synchronisation du flash1/40 s
Fixation trépiedOui
Filetage pour déclencheur soupleOui
RetardateurNon
Fixation pour sangle d’appareil photoOui
Taille11,3 x 7 x 4,4 cm
Poids280 grammes
Prix moyen d’occasion dans l’année 2025130,27 euro

Des références

https://www.imagingpixel.com/p/pen-ee-3.html, https://www.camerasbymax.co.uk/blogs/featured-cameras/featured-camera-the-olympus-pen-ee-3, https://kosmofoto.com/2023/10/olympus-pen-ee3-review/, https://cameragocamera.com/2023/10/27/olympus-pen-ee3/, https://andysphotoblog.org/2025/11/06/olympus-pen-ee-3/, https://www.lomography.com/magazine/71576-olympus-pen-ee-3-pen-o-tastic-half-frame-camera, https://cameracollector.net/olympus-pen-family/ (pour vous y retrouver dans tous les PEN), en anglais ; https://pelloche.com/olympus-pen-ee3/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2044-Olympus_Pen%20EE-3.html, https://filmphotography.eu/t/fr/olympus-pen-ee-3-5/, https://dutchthrift.com/fr/blogs/gear/olympus-pen-ee-3-half-frame-icon-in-2025, https://appareil-photo-laviale.com/marque/olympus/ (une mine de renseignements utiles), en français

Argentique

Fuji, le spécialiste ancien et nouveau du demi-format présente le Fujica Half 1.9

Préambule

C’était une de ces longues brocantes dans laquelle je désespère de trouver quelque chose à déposer dans le sac à dos.

Et puis, là, au détour d’un bout de rue, une petite famille et sur la bâche bleue étendue au sol, quelques appareils photo très propres. Bizarre, personne ne semble s’être intéressé à eux, est-ce parce qu’ils sont en panne ou parce que le lieux est de fait un peu hors du circuit emprunté à trottinette par les chasseurs de trésors qui écument les brocantes, tôt le matin ?

Je ramasse donc deux Fujica Half et un petit Pen EE-3 noir. Je les teste : tout semble bien fonctionner. Je m’enquiers de leur histoire et du prix demandé.

Comme je m’y attendais, ils ont appartenu à un grand père collectionneur, aujourd’hui disparu. Ce sont là des dernières pièces, le petit-fils ne gardant qu’un Rolleiflex, qu’il trouve magnifique, à défaut d’avoir envie de l’utiliser. Ceci explique pourquoi ces trois appareils sont si propres et proches du neuf.

Le prix est correct, que je négocie un peu, pour le plaisir de la brocante et voilà – enfin – trois appareils à poser dans le sac à dos.

Ceci étant, je ne ferai qu’un article sur les deux Fujica Half que j’ai emporté car l’un est le Half classique pour lequel j’ai déjà commis un article.

Un peu d’histoire

ll faut dire que nos amis de chez Fujica ont de la suite dans les idées puisque après avoir honoré le XXè siècle de leurs demi format argentiques (dans les années soixante, nous y reviendrons), ils ont débarqué au XXIè siècle (fin 2025) avec un authentique demi format … numérique.

Ce Fujica Half X (Fujifilm X-HF1) reprend d’ailleurs vaguement les codes de ses ancêtres avec un levier d’armement (mode appareil photo argentique), il joue le jeu de l’argentique en embarquant 13 simulations de film, des filtres créatifs comme Fuite de Lumière ou Halo, ainsi qu’un effet de grain et une surimpression de date.

Appareil photo numérique avec un boîtier gris métal et noir, équipé d'un objectif Fujinon asphérique.

A ces fantaisies s’ajoute la possibilité d’imprimer directement via une imprimante Instax Link pour profiter immédiatement de ses photos. Petite entorse aux anciens appareils car il fallait d’abord terminer les 72 images de votre film de 36 poses, courir chez le photographe pour les développer et les faire tirer. Que voulez-vous, on n’arrête pas le progrès !

Alors clin d’œil à son passé ou pied de nez à Pentax et son véritable demi-format argentique, le Pentax 17, sorti lui en 2024 ?

Mais revenons à l’histoire …

Logo de FUJI FILM et FUJICA sur fond jaune.

Les débuts de l’histoire

En 1920, la majorité des films sont encore en rouleaux : le 127, le 120 et ses extensions comme le 220 et le 620, le 135mm (je passe volontairement les tailles plus exotiques de l’époque, qui n’ont pas eu de descendance moderne). Soit vous les enrouliez vous-même dans des cassettes vides, soit certains fabricants vous livraient un appareil photo avec ses cassettes propriétaires.

Un bel exemple sont les cassettes AGFA Karat (1930) que vous chargiez d’un film sur l’une et l’autre devenait le récepteur des images au fur et à mesure des prises de vue.

Dans cet esprit, et pour rester près de notre univers du demi-format, Ansco a vendu dès 1927 un petit appareil étonnant qui utilisait ce format avec des cassettes de film adaptées.

Ancienne caméra noire avec une finition en cuir texturé et un objectif ronde.

Mais c’est au tournant des années soixante que la pratique photographique se démocratise vraiment. Les appareils compacts ont la cote et un homme, Y. Maitani vient encore bouleverser le paysage en présentant le Pen en 1959. C’est un appareil tout petit, manuel, objectif fixe, focale de 28mm à multiplier par 1,5 (équivalent 42mm en 24×36). C’est l’appareil que l’on emporte partout, tout le temps.

Mais surtout, il propose un demi cadre vertical (18x24mm). Cela veut dire que sur la largeur d’un film de 35mm vous pouvez juxtaposer deux images ayant chacune la moitié de la surface.

Comparaison entre le format 35 mm et la taille réduite, avec des cadres marqués en vert.

Cette disposition particulière permet de multiplier par deux le nombre de photo (72 images sur un film de 36 poses par exemple), ce qui rend le coût à la photo moindre et permet d’en prendre plus pour le même prix. Un autre avantage est que le film utilisé est un film standard (depuis qu’il existe en cassette, vers 1934), plus courant que le format 16mm utilisé par Minolta pour ses appareils sub-miniatures, ou que le format Minox (8x11mm) encore plus petit et qui nécessitent des agrandissements plus importants.

Schéma des formats de film photographique montrant les dimensions 24x36 mm (horizontal) et 18x24 mm (vertical).

Ensuite, pour les plus créatifs, cela permet de construire de petites histoires en posant deux images l’une à côté de l’autre. On peut alors créer des diptyques : avant/après, capter des mouvements dans l’espace, ou des changements subtils d’expression. Un seul rouleau peut devenir un journal visuel, racontant une histoire en moments compacts et reliés.

Plusieurs marques vont se lancer dans ce domaine : Olympus bien sûr, Canon avec son Demi, Konica avec le Recorder, Ricoh avec l’Auto Half et Fujica. D’autres pays que le Japon vont aussi en proposer, comme l’Allemagne avec le Robot Star 50, ou les Russes avec le Chaika II, ou encore les Chinois avec le Seagull 203.

Même les belles histoires ont une fin

Deux facteurs vont sonner le glas de ces demis formats : tout d’abord, le Rollei 35 (1963), un appareil 24×36 qui a une taille proche de celle d’un demi format et ensuite le film 126 introduit par Kodak la même année. Le Rollei 35 ouvre la voie à d’autres appareils de plus en plus compacts mais qui utilisent le film 135 et Kodak, puis Agfa et consorts ouvrent la voie des appareils simplissimes et minuscules.

Les années septante verront la fin de ces boitiers particuliers … quoique (voir plus bas).

Vous pouvez toujours vous amuser et exprimer vos fantaisies, tant avec des appareils anciens que de plus récents.

Pour en revenir plus spécifiquement à Fujica, il lance son Half en 1963, la même année que le Demi de Canon. Ils ont tous deux des caractéristiques similaires : exposition automatique, cellule au sélénium à côté du viseur, vitesses et ouvertures de 1/250s à f22 jusque 1/30s à f2,8. Vous pouvez lire l’échelle ouverture/vitesse dans le viseur et certains permettent de travailler en manuel (sauf sur le Canon Demi).

Un appareil photo vintage Fujica Half sur une table en bois.

Ce Fujica Half connait un réel engouement dû non seulement à la qualité de sa fabrication, sa taille réduite et ses spécificités que j’ai reprise dans l’article qui lui est consacré.

Petite revue des demis-formats de chez Fujica

Le Mini, présenté en 1964, est sans doute le plus petit appareil photo demi cadre connu. Il propose une lentille de 25mm ouvrant à f2,8, fixe. Il possède une vitesse unique de 1/200s et sa cellule au sélénium assure des sensibilités de 25 à 200Asa.

Un appareil photo vintage Fujica Mini avec un design noir et argenté.

Puis, en 1966, ce sera au tour du Rapide D1 dont la principale curiosité est le moteur à ressort. Sa cellule est autour de l’objectif, un 28mm ouvrant à f2,8.

Appareil photo vintage Fujica argenté avec un objectif rond et une finition noire.

En 1967 le concept du Half évolue et Fujica présente le Half 1,9 avec, vous l’avez deviné, un objectif ouvrant à f1,9. Je reviendrai plus loin sur ces caractéristiques.

Finalement, en 1985, Fujica produira encore le TW-3, un dernier demi cadre à la forme originale et au concept qui ne l’est pas moins puisqu’il propose deux focales : un 23mm et un 69mm ouvrant tous les deux à f8 et un moteur intégré (piles).

Appareil photo Fuji sur un fond de feuilles d'automne.

Cette mode s’est éteinte au fur et à mesure que les appareils plein cadre (24×36) se miniaturisaient mais les photographes ont dés lors perdu la faculté de raconter des histoires courtes, possibles avec le demi format. Il est vrai aussi que cette technique avait toute sa pertinence quand le film coutait encore cher et l’a tout à fait perdue avec la raréfaction de ce dernier.

Le dernier hybride ludique semble donc bien être le Fujifilm X-HF1 ou Fujifilm Half X et en argentique le Pentax 17 (550€) ou le Loumourette (69€) de Lomography, bien que Kodak présente de nos jours un appareil aussi tout en plastique (69€) en demi-format (Kodak Ektar H35 Retro).

Amis photographes, courage, certains fabricants ont encore des idées !

Présentation du Fujica Half 1,9

Physiquement, c’est un beau rectangle aux angles arrondis, chromé et noir, finalement d’un abord qui inspire la confiance. Notamment par son poids et la qualité de ses assemblages.

Par rapport au Fujica Half classique, le Half 1,9 apporte quelques différences visibles rapidement, surtout si vous aimez le jeu des 7 erreurs :

Deux appareils photo Fujica Half et Fujica Half 1.9 sur fond blanc.

Descriptif du Half 1,9

Vue aérienne d'un appareil photo ancien avec des étiquettes indiquant différentes parties et réglages, comme l'objectif, le déclencheur et les leviers d'ajustement.
Image d'un appareil photo Fujica Half 1.9 avec des étiquettes indiquant les composants précis comme le bouton de rebobinage, le compteur de vue à remise à zéro automatique et le filetage pour trépied.
Vue arrière et intérieure de l'appareil photo Fujica Half 1.9 avec des composants étiquetés comme la manivelle de reboitage, le minuteur, le pignon de la cartouche de film, et d'autres éléments.

Présentation des commandes

Ce petit boitier a la bonne idée de pouvoir travailler en automatique, auquel cas le posemètre va fixer la combinaison ouverture/vitesse et, cerise sur la gâteau, va l’afficher dans le viseur. C’est très complet, hélas, lorsque la cellule rend l’âme (cellule au sélénium), vous basculez en manuel et vous ne bénéficiez plus de l’aide du posemètre mais vous pouvez tout régler vous-même.

Appareil photo Fujica Half 1.9 avec un design rétro et un objectif Fujinon.

L’ouverture du diaphragme se règle avec la molette du réglage Asa/Din. Lorsque vous la mobilisez, les chiffres changent sur le pourtour de l’objectif. Attention, la vitesse et l’ouverture sont couplées en fonction de la sensibilité du film. Lorsque la cellule fonctionne, une aiguille à droite dans le viseur, vous indique si l’exposition est bonne.

Gros plan sur le sélecteur de sensibilité ASA d'un appareil photo vintage avec un boîtier métallique et une lentille en verre.

La distance se règle elle avec le petit levier à gauche de l’objectif et elle se répète dans le viseur via des pictogrammes explicites (personnage, foule, montagne).

Appareil photo vintage de marque Fujifilm, avec un objectif argenté et un corps noir texturé.

Tout se corrige du bout des doigts, facilement.

Un homme tenant un appareil photo Fujica Half 1,9, illustrant les contrôles de shooting avec des flèches et des annotations. Les instructions montrent comment utiliser les doigts pour ajuster l'ouverture et la distance de mise au point.
Voici comment le mode d’emploi vous conseille de tenir l’appareil et de le régler

Petit aparté à ce sujet : maintenant, le levier des distances fonctionne sur cet exemplaire, mais quand j’ai acheté le Fujica Half 1,9, impossible de le mouvoir, la graisse du mécanisme ayant figé. J’ai alors utilisé une fine aiguille, que j’ai remplie d’essence à briquet et je l’ai injectée dans le mécanisme (et j’ai dû m’y reprendre à 3 fois). Enfin, le levier s’est libéré et j’ai pu faire les réglages sans difficulté ensuite. Comme quoi un petit bidon de réserve peut nous sauver la mise.

Sur la face avant donc, la grosse molette pour régler la sensibilité du film (limité de 25 à 400Asa) : vous soulevez la roue pour placer le repère sur le chiffre adéquat. A côté, la fenêtre du viseur et le nid d’abeille de la cellule au sélénium (ici, épuisée). A coté de l’objectif, à gauche, un connecteur PC pour le flash, si nécessaire.

Sur le capot, le levier d’armement, très court et avec une course réduite. Devant lui, le déclencheur. Au milieu, la griffe porte-accessoires, sans contact.

Appareil photo vintage avec un design argenté et noir, affichant des boutons et un objectif au-dessus.

A l’extrémité gauche, une grosse molette avec en son centre, la manivelle de rebobinage. Mais cette molette a une double fonction car elle sert aussi à régler le minuteur.

Par dessous, le compteur de vue, qui se réinitialise dès l’ouverture de la porte. Puis le petit bouton pour débrayer le film avant de le rebobiner, et un peu plus loin, le filetage pour fixer un trépied.

Le viseur, à l’arrière, ouvre sur la face avant. Il est clair et positionné en format portrait (cadrage vertical), ce qui veut dire que si vous voulez prendre une photo en format horizontal, il tourner l’appareil à 90°.

Diagramme d'un exposimètre avec une échelle d'indices de lumière et des symboles de réglage pour l'exposition.

Lorsque vous regardez à l’intérieur, sur la gauche, les pictogrammes de distances ; à droite, l’aiguille qui se déplace selon la lumière captée, avec des repères de sur ou sous exposition ; et au dessus, l’ouverture choisie en fonction de la vitesse (illustration en mode automatique). En mode manuel, la vision est identique mais l’aiguille ne se déplace pas.

Les vitesses s’échelonnent de 1/8s – 1/15 – 1/30 – 1/60 – 1/125 – 1/250 – 1/500s, plus pose B. Les ouvertures, elles, s’échelonnent de f1,9 à f22.

C’est assez étonnant de retrouver sur un si petit boitier un concentré de se qui se faisant le mieux à l’époque.

Un mot encore sur son objectif : un 3,3cm ouvrant à f1,9, un Fujinon. Qui a généralement très bonne réputation, et l’ouverture, ici, tranche avec les f2,8 ou f3,5 que l’on retrouve habituellement sur ce type d’appareil. Plusieurs auteurs le qualifient de très pointu, un autre bon point.

Un gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Fujica Half 1.9 avec inscription Fujinon 1:1,9.

Si vous voulez y placer un filtre, c’est au diamètre de 43mm

La griffe porte-accessoire est dite froide, il n’y a pas de contact pour la synchronisation au centre. Il faut relier le flash au Half 1,9 via la prise PC qui se trouve à côté de l’objectif, à gauche. Le flash se synchronise à toutes les vitesses mais si vous utilisez des ampoules, la vitesse de synchro doit être de 1/30s

Un appareil photo vintage avec un design argenté et noir, comprenant un objectif et plusieurs boutons de réglage.

Un mot aussi sur le minuteur. Sur la face arrière, un point vert fluo sur un levier coulissant de S à L : lorsque vous désirez utiliser le minuteur, vous faites glisser le levier vers la lettre L et vous tournez, dans le sens horaire (voir la flèche) la molette au dessus de ce levier. Ensuite vous armez l’appareil et vous lancez le minuteur est faisant glisser le levier sur S. Vous aurez environ 10 secondes pour être sur la photo.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo avec un bouton vert et une étiquette indiquant "PASSED".

Petite attention car vous pouvez avoir armé le minuteur mais ne pas vous en servir de suite : tant que vous ne placez pas le levier sur S, vous pouvez continuer à prendre des photos normalement.

Ah oui, si vous voulez voir ce que donne les images captées par ce Fujica Half 1,9, rendez-vous LA.

Que penser de cet appareil ?

S’il est un peu plus grand que l’Olympus EE-3, il est aussi plus sophistiqué que ce dernier et plus polyvalent.

Deux appareils photo vintage, un Fujica Half et un Olympus Pen, posés sur un fond blanc.

Avec lui, prévoyez soit une grande poche solide ou, mieux, un petit sac car il est encore fait de bon métal et très peu de plastique. L’exemplaire que je vous ai montré ici était aussi équipé d’une dragonne d’époque, que l’on peut changer pour un modèle moderne, plus confortable.

A coup sûr, c’est un appareil qui ne laissera pas indifférent car il est très connoté sixties, c’est d’ailleurs là tout son charme, je trouve.

Soit vous ajoutez dans votre sac une cellule à main, soit vous pratiquez le Sunny f16 mais vous pourrez toujours tout contrôler, surtout si comme ici, la cellule est hors service.

Finalement, la question à se poser est : Fujica Half ou Fujica Half 1,9 ?

C’est une question de goût car tous les deux sont agréables et donnent satisfaction pour raconter des histoires, les vôtres.

A quoi faire attention en cas de trouvaille ? La cellule fonctionne-t-elle encore ? Si oui, l’appareil ne devrait pas dépasser 50€, si non, à vous de négocier. Le minuteur est-il toujours fonctionnel (ressort) ? Les mousses du dos doivent-elles être changées ? Le curseur des distances glisse-t-il facilement ? Arme-t-il et déclenche-t-il ? A vous de vérifier ces points, sachant que ce type d’appareil est solide mais rien ne résiste aux brutes et aux maladroits.

Bon amusement, il vous reste à acheter de la pellicule.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Des références

https://findmax.fr/nos-tests-produits/appareils-photo,compact-fuji/test-fujifilm-x-half-compact-demi-format/, https://phototrend.fr/2025/04/fujifilm-teaser-half-the-size-twice-the-story/, https://www.chassimages.com/index.php/2025/05/22/fujifilm-x-half-compact-retro/, https://www.digitec.ch/fr/page/fujifilm-x-hf1-le-digicam-le-plus-analogique-du-monde-38081, https://dutchthrift.com/fr/blogs/gear/fujica-half-review-vintage-half-frame-35mm-gem-for-creatives, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-5849-Fujica_Half.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-15397-Fuji_Fujica%20Half%201,9.html, https://bromurefilm.com/blogs/argentique/appareils-photo-argentiques-demi-format-economiser-sur-pellicules-capturer-plus-images, https://reportage-image.com/blog/2025/7/7/tous-les-formats-de-pellicules-argentiques (pour tous connaître sur les formats de film), https://www.lomography.fr/magazine/355203-the-beauty-of-half-frame-photography, https://pratique.photo/le-demi-cadre-en-24×36/, https://99camerasmuseum.com/fr/ansco-memo, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Fujica_Half_1.9, https://women-and-dreams.blogspot.com/2017/08/fujica-half-demi-siecle.html, https://juliantanase.com/fujica-half-the-72-frames-journey/, https://www.35mmc.com/15/06/2023/5-frames-with-fujica-half-1-9-33mm-f1-9-half-frame-camera/, https://thegashaus.com/2018/05/12/fujica-half/, https://www.halfframeclub.com/fujicahalf.html, https://subclub.org/shop/fuji.htm, https://mikeeckman.com/2018/05/fujica-drive-1964/, en anglais

Argentique

Le Canon AT-1 par Olivier : le Canon trop oublié

Préambule

Olivier, que vous connaissez maintenant, cherchait ce Canon depuis un moment déjà. Quelques uns lui étaient passé sous le nez et un avant dernier, qui était en panne, fut réellement détruit par son propriétaire qui, croyant le réparer lui-même, a fait pire que mieux.

Mais notre ami ne se laisse pas démotiver et voilà qu’il en a enfin trouvé un, fonctionnel.

Comme il sait que j’en ai déjà présenté quelques uns eet que celui-là manquait, il m’a alors gentiment proposé d’écrire l’article que vous allez découvrir ci-après.

Donc, je lui laisse le clavier …

Un peu d’histoire

CANON AT-1

Le dernier appareil manuel de CANON.

                Dans la série A de CANON, il y en a un qui manquait dans les appareils présentés, et il est d’ailleurs souvent oublié, c’est le CANON AT-1. Il est dans une situation bien spécifique car il est issu du CANON AE-1 et est très souvent présenté comme un CANON AE-1 dégradé. Même si cette interprétation peut-être justifiée, il reste que ce boîtier sera le dernier boîtier semi-automatique que CANON proposera au grand public. Nous verrons, au travers de cette présentation, que ce boîtier n’a pas été conçu dans l’urgence mais qu’il répond à une demande des utilisateurs qui voulaient un successeur à leur Ftb (et dérivés).

Le CANON AT-1 est très similaire au CANON AE-1 mais ne bénéficiera pas d’une version noire comme la majorité des boitiers CANON de la série A ( AE-1, AE-1p, AV-1 et AL-1 )

                Ainsi, c’est durant mes sorties sur la toile que je vois une annonce pour un CANON AT-1 à un prix acceptable (en effet, pas mal de vendeurs regardent les prix proposés pour des articles identiques et alignent leur proposition sur ceux-ci). Mais quelle erreur de considérer que les prix proposés sont les prix du marché. Regardez plutôt la date à laquelle l’annonce a été publiée. Si celle-ci date de 5 ou 6 mois, cela veut dire que cela ne se vendra pas à ce prix ! Un boîtier CANON AT-1 ne partira pas à un prix supérieur à 30 euro. Et ne me dites pas que le fait qu’il soit manuel soit un plus…

Lors de ma dernière braderie, j’ai croisé un Minolta Srt 101 équipé d’un objectif Minolta 50 mm f 1.4 dans son sac en cuir en très bon état… Le vendeur le proposait à 30 euro. N’étant pas Minolta (mon armoire pour le matériel photo est déjà bien chargée) j’ai du laisser le boîtier de coté. Alors oui, j’aurai pu l’acheter, le rénover et tenter de le vendre sur internet pour une centaine d’euro, mais je ne suis pas de cette étoffe. Bien au contraire, si vous êtes comme cela, on risque de ne pas s’entendre.

Allez, une petite anecdote pour illustrer mon propos : Il y a quelques années, je devais remplacer le pare-choc d’une de mes voitures (il était en bon état mais soufrait de quelques chocs ou rayures assez prononcées). Comme le véhicule passait en collection, je souhaitais le rendre bien plus présentable. Finalement, j’ai rencontré un vendeur qui m’avait donné RDV sur un parking. Il avait dans son coffre le pare-choc et aussi un hayon arrière. Il voulait me vendre chaque élément plus de 100 euro. Son argumentaire était de me dire que ce type de produit était vendu plus de 150 euro dans les casses et qu’il en avait encore 4 ou 5 en stock. J’ai vite compris que j’avais affaire à un professionnel. Alors calmement, je lui explique que pour moi, c’était 50 euro maxi par élément, que je devais refaire la peinture, débosseler ce qui était déformé…Et à la remarque « Ah oui, mais vous en avez besoin ! », je lui répondis que non, la voiture était là et qu’elle m’attendait pas après. Il a fini par me faire une proposition à 80 euro que j’ai refusée. Je lui explique que je ne suis pas pressé, qu’il ne reste que peu de véhicule comme le mien dans le département et qu’il risque de garder longtemps les pièces qu’il a en stock. Enfin, je lui affirme que je finirai par trouver ce que je cherche (et finalement, ce fut le cas). En conclusion, cette petite histoire vous montre que si vous êtes patient, alors vous  trouverez ce que vous cherchez et ne partez pas du principe que vous ferez de l’argent avec des articles dits « collectors ».

Bon, après cette dissertation philosophique sur le commerce équitable, passons à notre CANON AT-1.

Présentation du Canon AT-1

1) AE-1 dégradé ou pas ?

                Et oui, dès que vous l’avez dans les mains, la tentation est grande de le confondre avec un AE-1. Le boitier est géométriquement identique et toute la partie droite est calquée sur le CANON AE-1. Seule la face avant présente le nom du produit « AT-1 » et le bouton de rembobinage se voit associer un interrupteur marche/arrêt ainsi qu’un test de pile.  De plus, il reprend aussi la même architecture interne que l’AE-1 et pour ceux qui démonteront le capot supérieur, ils auront la surprise de retrouver le célèbre fil de tungstène qui relie la couronne de sensibilité (potentiomètre dans la partie gauche, situé sous le bouton de rembobinage) à la commande de sélection de sensibilité contenue dans la couronne de sélection de la vitesse (C’est d’ailleurs une bête noire pour ceux qui démontent un tel boitier pour la première fois, la probabilité est grande de justement casser ce fil). Il est donc très clair que les ingénieurs de CANON ont bien repris beaucoup d’éléments de l’AE-1 pour concevoir l’AT-1.

Toutefois, il faut garder à l’esprit que le marché a été conquis principalement par l’AE-1, il n’est donc pas surprenant que CANON ait voulu créer un boitier qui reprenait des éléments éprouvés. L’AE-1 arrivait avec une fonctionnalité déjà existante (le mode priorité vitesse)  et aussi une fonctionnalité nouvelle : le déclenchement électromagnétique. Et finalement, je pense que c’est cette nouvelle fonction qui a créé son succès. D’autres appareils proposaient le mode Tv, le MAMIYA NC-1000, le KONICA TC… mais étaient dépourvus de cette commande électromagnétique.

Dans cet éclaté du service manual de l’AT-1, on voit très bien le fils de tungstène (flèche rouge) associé à la sélection de la sensibilité.

                Alors oui, l’AT-1 est bien issu de l’AE-1 et il a surtout gardé les éléments qui en ont fait une réussite. Ainsi l’AT-1 se verra doté du déclencheur électromagnétique.

(1)        (2)

Avec cette vue partielle du boitier, il est impossible de dire s’il s’agit d’un AT-1 ou d’un AE-1. ( La photo (1) est celle d’un AE-1 et la (2), celle d’un AT-1 ).

                Toutefois, dès que l’on arrive à la griffe porte-flash, celle de l’AE-1 est dotée de deux contacts auxiliaire alors que celle de l’AT-1 n’en comporte qu’un.

2) Alors qui a servi de modèle pour l’AT-1 ?

                Et bien la réponse est liée aux propriétaires de boitier CANON semi-automatique. C’est à dire les heureux propriétaires de FT, FTb ou encore Ftb-QL… CANON comptait bien les associer à la sortie de cette nouvelle gamme (La série A), à les faire migrer progressivement vers la nouvelle série d’objectifs FD et à délaisser les anciens FL. Pour se rendre compte de cette évolution induite, il suffit de regarder dans le viseur d’un FTb et de comparer avec ce que l’on voit dans un AT-1.

                CANON FTb                                                                                       CANON AT-1

                Il y a une similitude parfaite au niveau des repères d’exposition. Bien évidement, l’AT-1 bénéficiera du nouveau verre de visée, bien plus clair et possédant la couronne de micro-prisme ainsi que le stigmomètre. Par contre, aucun rappel de vitesse ou d’ouverture dans le viseur. Rien ne viendra troubler l’ancien utilisateur de FTb ou autres. Les nouveaux venus dans la gamme CANON n’iraient pas, de toutes les façons, prendre un AT-1.

Enfin, un autre élément, bien surprenant, nous montre que CANON avait bien des vues sur les anciens propriétaires de FT, FTb et autres. Alors que l’AV-1 (Priorité ouverture) accepte le montage des objectifs FD ou le mode TV est activé (réglage de la bague des diaphragmes sur A), l’AT-1 refusera cette configuration. La bague de fixation de l’AT-1 ne possède pas de trou pour la commande TV alors que la bague de l’AV-1 en est équipée. Bien évidement, utiliser cette commande ne passera pas votre AV-1 en mode priorité vitesse puisqu’il en est dépourvu. Cette singularité montrait bien que CANON avait encore en tête les utilisateurs de semi-automatique et comptait bien leur montrer que ce mode n’était pas condamné. D’ailleurs, pour ce boitier, j’ai trouvé des bagues TAMRON adaptall pour CANON FTb qui permettent le réglage de l’exposition à pleine ouverture en interdisant le passage en mode A de l’objectif.

3) Alors comment on s’en sert ?

                Compte tenu de la section précédente, on a déjà la réponse ! Il suffit de lire la doc du CANON FTb pour faire des photos. Comme notre ami Jean-Pascal a déjà fait une présentation du FTb, pourquoi ne pas relire cet article passionnant. Toutefois, s’il y a des lecteurs qui souhaitent rester sur cette page, je leur donne les informations essentielles. Bien évidement, tout est MANUEL !  Il faut mettre la bonne sensibilité et faire la mise au point en utilisant le télémètre. Arrivé à ce stade, il faut que dans le viseur, le cercle soit confondu avec la petite aiguille. Il faut agir, soit sur la vitesse, soit sur l’ouverture, opérations qu’un possesseur de FTb faisait de manière innée.

Pour l’AT-1, les ingénieurs de CANON ont gardé une règle que l’on retrouve sur tous les appareils dotés d’aiguille : la possibilité d’ajuster à +/-  0.5 f/stops. Caractéristique que l’on a définitivement perdue quand on est passé à l’affichage par diode.

                CANON a toutefois gardé une des possibilités de l’AE-1, si vous utilisez un flash CANON, l’appareil passera automatiquement au 1/60, mais il faudra quand même reporter l’ouverture sur l’objectif (et oui, le boitier ne pilote pas l’ouverture).

Que penser de cet appareil ?

Pourquoi acheter un CANON AT-1 ?

                Ce boitier est peu courant (n’allez pas en déduire qu’il est introuvable !). Il n’a pas eu de successeur et est bien moins populaire que l’AE-1. C’est pour cette raison qu’il restera dans des prix respectables si le vendeur ne veut pas le garder sur son étagère.

Par contre, il a quand même pas mal de point positif par rapport à un FTb. Certes il ne sera pas aussi durable qu’un FTb dépourvu d’électronique mais il soulagera bien votre cou si vous êtes un peu sensible. Il acceptera tous les accessoires CANON : objectifs FL et FD, moteur(s), flash(s), sacoche(s), soufflet…  alors il pourrait être un compagnon pour votre autre boitier CANON et vous obliger à vous replonger dans le triangle d’exposition.

Par contre, comme tous les semi-automatiques, il vous laissera « jouer » avec la sur ou la sous exposition qui feront que vous ferez ressortir les détails plongés dans l’ombre ou bien restituer plus de nuance sur les visages lors de séance de portrait en extérieur. Je crois bien que cette fois, toute la série A a bien été passée en revue !

                Enfin, un dernier petit détail… Comme il est presque identique au CANON AE-1, mon AT-1 a un verre de visée qui a « un peu » souffert. Je compte bien le remplacer en utilisant une épave de CANON AE-1.

Vidéos de présentation

Un résumé de ce que nous écrivait Olivier

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Boitier sorti en 1976, uniquement pour l’exportation (il ne fut pas vendu au Japon)
  • Appareil reflex type 35mm à obturateur à plan focal
  • Taille de l’image : 24 x 36 mm
  • Objectif de dotation : Canon FD 50mm f/1.8 SC à objectif normal
  • Monture FD
  • Obturateur Obturateur à quatre axes, déplacement horizontal, avec rideaux en tissu. X, B, 2, 1, 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/250, 1/500, 1/1000 s. Toutes les vitesses sont contrôlées électroniquement. Un minuteur intégré (avec LED clignotante).
  • Synchronisation Flash Sync X-sync à commutation automatique des contacts (synchronisation) avec prise allemande (prise PC) et griffe courte.
  • Viseur : pentaprisme fixe à hauteur des yeux. 0,82x de grossissement, 93,5 % de couverture verticale, 96,3 % de couverture horizontale. Télémètre à image divisée entouré par un télémètre à micro prisme au centre de l’écran mat de Fresnel. Aiguille de correspondance dosée, alerte de surexposition (et indicateur de contrôle de la batterie) et alerte de sous-exposition fournies.
  • Cellule CdS de contrôle pour la mesure TTL pleine ouverture, aiguille correspondante et moyenne pondérée au centre. Plage de mesure à ISO 100 et objectif f/1.8 : EV 3 – 17. La vitesse du film varie de ISO 25 à 3200.
  • Source d’alimentation : une batterie à oxyde de mercure 6 V (interdite) ou une batterie alcaline 4LR44
  • Chargement de films : bobine de prise à fentes avancées. Avance avec le levier de 120 degrés du dessus de la caméra (courses partielles activées). Levier prêt à armer à 30 degrés.
  • Compteur de vues. Réinitialisation automatique lorsque le dos de la caméra est ouvert.
  • Rembobinage de film manuel
  • Dimensions & Poids 141 x 87 x 48 mm, 590 g

Des références

https://global.canon/en/c-museum/product/film96.html, https://www.canonclassics.com/canon-at-1/20-20/, en anglais ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_AT-1, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10513-Canon_AT-1.html, en français