Argentique

Le Yashica FX-D, le vrai, celui de 1981

Préambule

Celui-ci vient de la brocante de Braine-le-Château, dimanche dernier (21/06). Je l’ai acheté en même temps qu’un Canon Prima AS-1 avec son verrou intact, un Halina 6×6, un Kodak Retina S2 et un Minolta X-700 MPS. Ils avaient en commun d’être restés au moins mille ans sur une étagère noyée de poussières et d’avoir très mal vécu la chose !

Donc, dimanche après-midi, presque au frais à la maison (dehors = 32°C et dedans = 26°C), j’ai d’abord entrepris de leur rendre un aspect plus engageant et ce fut la séance grand nettoyage. Puis vint celle des tests avec piles pour vérifier ceux qui fonctionnaient correctement, et les autres.

Pour le Halina, pas besoin de pile mais il faudra refaire tous les cuirs, il n’y en a plus un seul qui tienne. Pour le Retina S2, c’est la triste occasion de voir ce qu’est devenue, au fil du temps, cette magnifique lignée signée Kodak. Et c’est trèèèèès décevant !

Enfin, le Canon Prima AS-1 et le Minolta X-700, ainsi que le Yashica FX-D sont repartis sans soucis. Sauf que pour le dernier cité, il faut aussi refaire tout le cuir, mais on sait que c’est un problème récurrent, tant chez Yashica que chez Contax.

Voilà de quoi passer quelques heures à l’intérieur alors que dehors le soleil tape dur, et j’ai une pensée émue pour les brocanteurs qui affrontent ses ardeurs, tant bien que mal.

Mais voyons voir de plus près ce Yashica qui a refait peau neuve …

Un peu d’histoire

Lors de la présentation du Yashica 107 MP, j’ai parcouru assez bien l’histoire des réflex de la marque. J’y notais que deux types d’appareils allaient modifier la vision des reflex chez le fabricant : les FR et les FX, fabriqués en collaboration avec Carl Zeiss et Contax. Ce qui allait lancer deux lignées de réflex argentiques de grande qualité, dont les optiques étaient interchangeables. Si Contax a gardé une certaine aura, due à son passé célèbre, les Yashica n’avaient pas à rougir, surclassant souvent leurs cousins, notamment par une meilleure résistance à la poussière, voire à l’eau, et une excellente durabilité (sauf, encore une fois, leur revêtement qui se desquame littéralement, chez les deux fabricants).

Malheureusement, la marque fut vendue et revendue et lorsque j’ai cherché des information sur cet appareil, quelle ne fut pas ma surprise de voir que ce nom était réutilisé pour … ça :

Appareil photo Yashica FX-D 300 avec objectif et design vintage.

En fait, trois boitiers qui jouent éhontément avec le néo-retro avec un simulacre de reflex argentique : capteur minuscule de 1/3,6″ (13Mpx) au ratio 4:3 avec un zoom 3x, équivalent à un 25-76mm (soit en 24×36) ouvrant de f1,6 à f2,8. A cette imposture, ils ajoutent six simulations de film : Ruby 60s, Sapphire 70s, Yashica 400, Golden 80s et deux rendus N&B.

Six pellicules photo Yashica de différentes variétés et couleurs, sur un fond gris.

Soit, passons ce mauvais remake pour en revenir au vrai Yashica FX-D, celui de 1981.

Il s’agit en fait d’un Contax 139 Quartz simplifié mais qui garde la compatibilité avec les excellentes optiques Y/C et ceux de la gamme Yashica ML. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écris : si c’est un 139 simplifié, il n’est pas construit sur cette base et c’est bel et bien un Yashica

Que lui manque-t-il ? Il n’a pas de contrôle de la profondeur de champ, ni de mesure TTL au flash.

Peu de choses en fait pour bien débuter avec un appareil à priorité ouverture dont on sait que les vitesses seront justes car réglées par les oscillations du quartz.

De fait, lors du lancement du Contax 137 MD Quartz, en partenariat donc avec Yashica, il y eut deux autres boitiers destinés aux amateurs : le Contax 139 Quartz et le Yashica FX-D. Si le premier cité peut revendiquer d’être un des premiers reflex à motorisation interne, n’oublions pas que le premier fut un Konica FS-1 (1978).

Tableau comparatif des spécifications des appareils photo Contax 139Q, Yashica FX-D et Contax 137 MD.
Petit résumé des caractéristiques des 3 mousquetaires.

Finalement, en 1985, le FX-D sera remplacé par le FX-103, basé sur le même châssis mais avec un viseur plus lumineux, le flash TTL et un mode programme.

Mais nous allons examiner notre FX-D ci-dessous.

Présentation du Yashica FX-D

Les réflex des années quatre-vingt rompent avec ceux des années septante au niveau du design : ils sont plus compacts et ont recours au plastique pour leur assemblage. Pour vous donner une idée de taille, celui-ci est presque 1cm plus court que l’Olympus OM-2N réputé compact. Il fait armes égales avec le Praktica B200.

Petite revue de détails :

Image d'un appareil photo Yashica FX-D avec des annotations numérotées des différentes fonctionnalités et réglages.
Vue d'une caméra avec des annotations numérotées indiquant divers composants, tels que le compartiment de pellicule, le bouton de déblocage, et la prise pour télécommande.

Voyons cela de plus près et commençons par le capot de l’appareil, qui est sobre mais tout s’y trouve : à droite, le levier d’avance du film et d’armement, et, à son côté, la molette pour régler la vitesse, graduée de B à 1/1000s, plus les marques X (flash) et AE (verrouillage exposition) qui contient en son centre le déclencheur électromagnétique.

Le mot quartz indique que les vitesses de l’obturateur sont régulées très précisément de 11 secondes au 1/1000s en automatique, et de 1s au 1/1000s en manuel.

C’est donc un appareil automatique, débrayable en semi-automatique et qui peut travailler en manuel.

Le prisme avec le viseur au milieu, qui porte la griffe flash, et à gauche toute, la molette pour régler la sensibilité des films et la correction d’exposition. Pour la faire tourner, ne pas forcer mais plutôt enfoncer le minuscule bouton sur le bord du capot, derrière.

Le viseur. Il couvre 95% de la surface et son grossissement est de x86. Les informations ne sont pas légions mais finalement ce qui compte est là : une échelle, à droite, indique les vitesses au moyen de minuscules diodes rouges. Certains auteurs estiment que le viseur est peu lumineux, mais personnellement je ne trouve pas.

Une femme souriante portant une robe rayée se tenant près d'un écran avec des annotations techniques, notamment sur les réglages de l'appareil photo.

Toujours sur le bord arrière du capot, à droite cette fois, un minuscule capuchon cache la prise pour un déclencheur ou une télécommande (Contax S ou L).

Sur la face avant, un levier à trois positions et un bouton central : position O (orange), position AE-L, position ST (minuteur). L’appareil est en automatique si le levier est sur O ; en position AE-L, l’appareil est sous tension et les diodes clignotent pour prévenir que le boitier est sur le verrouillage AE* (attention de remettre le levier sur O pour éviter de décharger les piles) ; le bouton central a aussi plusieurs fonctions car il permet le vérifier si les piles sont bonnes et, surtout, contrairement à d’autres appareils, il faut appuyer dessus pour avoir une mesure de la scène avant de déclencher. Si vous déclenchez sans l’avoir enfoncé, la scène sera captée en lecture instantanée.

*L’exposition est verrouillée aussi longtemps que le levier reste dans cette position.

En mode manuel, la ou les diodes clignoteront devant la vitesse correcte selon la valeur d’ouverture sélectionnée. Si vous avez sélectionné une mauvaise vitesse, la diode vous indique la bonne vitesse à sélectionner.

La griffe porte flash possède un contact central pour la synchronisation au 1/100s mais cette synchro n’est pas TTL.

Le flash dédié est le CS-201. C’est un flash automatique qui peut régler le boitier à sa vitesse de synchronisation pendant que l’exposition est en mode automatique.

Outre ce flash, le boitier peut accepter un winder, le FX Winder ou le Contax 139 II, qui autorisent une rafale à 2i/s. Ce qui est plus intéressant, c’est qu’il propose une petit poignée qui assure une meilleure prise et il vous dispense de réarmer.

Enfin, il est difficile de trouver de nos jour des eyecup en caoutchouc d’origine (ces caoutchoucs ronds qui rendent confortable la visée). Mais on peut les remplacer par les carrés destinés aux Canon Eos 100D – 1100D.

Pour ouvrir le dos du Yashica, pas de mystère, on tire sur la manivelle de rebobinage et la chevillette chute.

La semelle nous réserve le traditionnel filet pour y fixer un trépied, le petit bouton de débrayage pour rebobiner et la trappe pour les piles. Ne pas oublier que sans elles, rien ne fonctionne : il n’y a pas de vitesse mécanique de secours. Prévoyez donc quelques LR44 avec vous, surtout si vous avez oublié de remettre le levier cité plus haut sur la position O.

Le Yashica FX-D est donc un appareil a exposition automatique qui donne la priorité à l’ouverture. Concrètement, vous choisissez une ouverture (f5,6 par exemple) et le boitier va sélectionner automatiquement la vitesse la plus appropriée fonction de la lumière disponible. Cette vitesse est visualisée par les diodes dans le viseur.

La mesure de lumière est à prépondérance centrale à pleine ouverture.

Vous placez la bague des vitesses sur AE : l’appareil va pouvoir déterminer la vitesse grâce à son circuit électronique ; vous réglez l’ouverture sur celle que vous voulez ; vous visez votre sujet et faites la mise au point ; vous appuyez sur le bouton de contrôle d’exposition (positionné sous la marque) : si une diode s’allume en face d’une valeur de 1000 à LT, c’est la vitesse sélectionnée adéquate. Si deux diodes s’allument ensemble, c’est une valeur intermédiaire qui sera choisie. Appyez sur le déclencheur et c’est dans la boite.

Bien que cet appareil soit à priorité ouverture, on peut aussi l’utiliser avec une priorité vitesse Vous devez alors appuyez sur le bouton de contrôle d’exposition et tourner la bague d’ouverture jusqu’à ce qu’une diode s’allume en face de la vitesse déterminée. Appuyez alors sur le déclencheur.

Pour passer en manuel, quittez la position AE et choisissez une vitesse. Celle-ci va clignoter dans le viseur alors qu’une seconde diode s’allume est clignote rapidement sans arrêt. Celle-là vous indique ce que recommande l’appareil. Faites tourner la bague des ouvertures jusqu’à ce que les deux diodes se fondent ; vous êtes à la bonne vitesse, il suffit de déclencher.

C’est un fonctionnement assez classique pour un automatique. S’il vous restait des questions, voyez le mode d’emploi multilingues ici plus bas.

Enfin, le revêtement étant hors service, j’avais le choix d’aller faire un tour chez Ashahi Aki ou de le refaire moi-même, avec des feuilles de cuir. C’est Olivier qui m’en a donné l’idée. J’ai donc sélectionné un cuir bordeaux et avec un peu de patience et de la colle, vous voyez le résultat sur les photos.

Que penser de cet appareil ?

Si vous voulez vous faire plaisir avec un appareil fiable et solide, qui accepte – selon les budgets – des optiques de très bonnes qualité Yashica ou excellentes chez Carl Zeiss – Contax, je pense que vous avez trouvé en ce Yashica FX-D de quoi vous satisfaire pleinement.

Certes, le flash n’est pas TTL, il n’y a pas de bouton pour verrouiller le miroir, ni faire un contrôle de profondeur de champ mais il a tout le reste et même plus.

D’autant que cet appareil ayant eut, en son temps, beaucoup de succès, il s’en trouve assez facilement et à des prix sympathiques : comptez environ 50€ pour un bel exemplaire avec un 50mm Yashica (à minima). A ce prix là, vous devrez refaire les mousses, comme pour d’autres, et le revêtement. Si vous en voulez un tout prêt, le prix devrait friser les 90€.

Il vous reste de quoi achetez du film et le tester à votre aise. Faites attention, on s’y attache vite !

Si vous êtes impatients de voir ce qu’il donne comme résultat, vous aurez quelques idées ICI.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, multilingues, c’est par LA.

  • Type : SLR 35mm à priorité ouverture, automatique, fabriqué de 1981 à 1986
  • Taille de l’image : 24 x 36 mm
  • Monture d’objectif : monture de baïonnette Contax/Yashica.
  • Obturateur : volet vertical électronique à plan focal en métal.
  • Vitesses d’obturation: pilotées par quartz avec des vitesses variables sur AUTO de 1s à 1/1000s ; en mode manuel, vitesses de 1s à 1/1000s ; plus synchro X (1/100 s) et pose B. Pas de vitesse mécanique.
  • Contrôle d’exposition : TTL, pondéré au centre à pleine ouverture. Exposition automatique avec priorité à l’ouverture.
  • Cellule : SPD = Silicon Photo Diode
  • Plage de mesure : plage de sensibilité EV 1 à EV 18 à ASA 100 avec objectif f1.4. Gamme ASA 25-1600.
  • Déclenchement de l’obturateur : électromagnétique
  • Compensation d’exposition : + 2 EV
  • Viseur : Type de pentaprisme fixe au niveau des yeux ; champ de vision 95% ; 0,86 grossissement (avec objectif de 50 mm)
  • Affichage du viseur : Vitesses d’obturation indiquées par 16 LED.
  • Focus : stigmomètre à coïncidence, avec collier de microprisme et champ mat.
  • Avance de film : Avec levier d’avance rapide; angle de réglage de 130°; position du bras à 20°.
  • Auto-minuteur : Auto-minuteur électronique avec 10 sec. retard.
  • Alimentation : 2x 1.55 V batteries argent-oxyde SR44 ou alcalines LR44. Contrôle de batterie.
  • Dimensions : 135 x 86 x 50 mm
  • Poids : 460g

Si vous aimez les éclatés façon Ikea, voici (merci Collection-appareils) :

Schéma éclaté d'un appareil photo Yashica FX-D, montrant tous les composants internes et externes détaillés.

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10313-Yashica_FX-D%20Quartz.html, https://forum.35mm-compact.com/viewtopic.php?t=23227, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/rfl35/Yashica_FX-D_Quartz.html, https://phototrend.fr/2025/06/yashica-fx-d-3-compacts-au-look-retro-sur-kickstarter/, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_FX-D, https://davidde.com/2022/02/27/review-the-yashica-fx-d/, https://kosmofoto.com/2018/12/yashica-fx-d-review/, https://davidde.com/2022/02/27/review-the-yashica-fx-d/, en anglais ; https://reinholdgraf.com/photo_sammlung_Yashica_FX-D.php, en allemand

Argentique

Un centenaire encore alerte, le Ernemann Rolf 1

Préambule

Alors que je désespérais de trouver quelque chose sur cette brocante du Brabant Wallon, j’ai découvert ce tout petit appareil dans une caisse, à côté d’un Zenit 12 XP. Propres, en bon état, le vendeur m’a expliqué que c’était un vieux monsieur qui les lui avait donné, pour les vendre, car il ne s’avait plus qu’en faire et que c’eut été dommage de les jeter. Nous sommes bien d’accord !

Si j’ai laissé de côté le Zenit, celui-ci m’a intrigué, d’abord par son nom : un Ernemann, une légende dresdoise qui sera absorbée par le géant Zeiss Ikon.

Bien sût, il a vécu, les traces sur sa peinture noire en sont la preuve mais à sa décharge, il fonctionne toujours sans soucis alors qu’il est plus que centenaire.

Mais nous allons voir cela ensemble …

Un peu d’histoire

Le nom de Zeiss Ikon revient souvent sur le site car ils furent prolifiques. Mais n’oublions pas que la marque est le résultat de la fusion d’entreprises connues, en 1926 : Ernemann fusionne avec ICA (Internationale Camera AG), Contessa-Nettel et Goerz pour former Zeiss Ikon.

Les débuts de l’histoire

Mais commençons par le début de l’histoire. En mai 1850 nait à Gernrode (Allemagne) un certain Johan Heinrich Ernemann. Il n’est pas issu des classes sociales favorisées et son enfance se passe dans une ferme pauvre. Après avoir fréquenté l’école primaire dans son village, il quitte sa région en 1866.

Portrait en noir et blanc d'un homme âgé avec une barbe blanche, portant un costume sombre et une cravate, les mains jointes devant lui.

Il ne sera pas enrôlé dans l’armée et échappe ainsi à la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Il s’inscrit en 1873 dans une école de commerce à Pirna. Ensuite, on le retrouve voyageur de commerce avant d’épouser, en 1875, la fille d’une dame tenant une mercerie. Qu’il fera prospérer et qui lui permettra d’économiser pour racheter les parts d’un magasin de photographe, petit à petit.

Pas n’importe quel magasin de photographie, celui de Wilhelm Franz Matthias, qui fabriquait des châssis d’appareils photo.

En 1889, les deux compères s’associent pour fonder la Dresdner Photographische Apparate-Fabrik Ernemann & Matthias, qui fabrique dans un premier temps des appareils en bois pour les studios et pour les voyageurs nantis. C’est la période des chambres Globus.

Appareil photo ancien en bois avec lentille et mécanisme d'extension.

Déjà H. Ernemann essaie de développer un côté industriel à une production autrefois individualisée et artisanale. Il introduit des machines à vapeur (1890) pour la production, sans plus devoir compter sur des fournisseurs externes pour les petites pièces métalliques, notamment, et le travail du bois.

Un industriel innovant et visionnaire

Las, mécontent de cette industrialisation, W. Mattias quitte l’entreprise un an plus tard, laissant seul aux commandes H. Ernemann, le photographe et industriel autodidacte.

Son entreprise dépose plusieurs brevets et publie son premier catalogue en 1896, année où il reçoit des prix lors de l’exposition Great Trade and Art à Dresde.

Autre innovation, il signe ses appareils de son nom alors qu’auparavant, c’était le nom des distributeurs que l’on y notait.

La qualité de ses fabrications, leurs innovations, la structure visionnaire de son entreprise le place sur le même pied que des grands noms, à Dresde, tels que Emil Wünsche ou Richard Hüttig, qui fusionneront en ICA pour éviter la faillite. Car Dresde est un centre reconnu pour la fabrication des appareils photo. Or trop de production et pas assez de commandes (les acheteurs doivent être assez aisés à cette époque pour se payer un appareil photo) et c’est la culbute.

Il a bien compris que l’industrialisation de la production est la condition sine qua non pour perdurer. Les fabricants de l’époque qui ne l’ont pas assimilé tombent en faillite les uns après les autres ou sont rachetés par ceux qui ont compris.

En 1899, il introduit son entreprise en bourse et pour protéger ses inventions, il dépose la marque Lichtgöttin (Déesse de la Lumière), utilisée sur les productions d’équipement de l’entreprise jusqu’en 1920, après quoi elle n’a été utilisée que pour leurs produits chimiques.

Mosaïque représentant une femme avec un visage vert, des cheveux longs et une couronne, entourée de motifs géométriques colorés.
Lichtgöttin ( = déesse de lumière, mosaïque à l’usine d’Ernemann, Dresde

Le logo suivant sera celui utilisé pour l’association avec Krupp (voir ci-dessous)

Logo d'Ernemann représentant une forme stylisée en noir et blanc.

Ernemann, c’est aussi du cinéma

Toujours à l’affut de marchés porteurs, en 1903, H. Ernemann lance sa première caméra cinéma destinée aux amateurs, la Kino. C’est d’ailleurs un bel exemple de l’approche, parfois agressive, de Ernemann : c’est Fridolin Kretzschmar qui, en 1902, avait inventé une telle caméra utilisant du film 17,5mm et destinée aux amateurs. H. Ernemann a bien compris l’intérêt de cette invention car sa Kino est très proche de cette invention, parfois en collaboration avec Kretzschmar, puis en détournant sa clientèle jusqu’à ce qu’il quitte le marché.

Un ensemble d’accessoires étaient prévus pour cette caméra. Mais soyons de bon compte, elle était destinée aux amateurs, certes, mais nantis.

Ceci dit, sur la lancée, et avec son fils Alexander, Ernemann a produit des films éducatifs et scientifiques destinés à ceux qui avaient un projecteur en 17,5mm (un film 35mm non perforé tranché dans le sens de la longueur avec des trous de pignon qui descendaient au centre). Ceux-ci devaient être excellents car il obtint un doctorat scientifique en 1924 grâce à eux.

Ernemann construit une nouvelle usine, non loin d’ICA, à Dresde, qui devient ainsi le centre de l’industrie photographique de l’Empire Allemand. Ensuite, sous l’impulsion de son fils*, la société se dote de contrôles qualité et d’un système d’apprentissage destiné au futurs collaborateurs.

*Alexander Karl Heinrich Ernemann (1878 – 1956) a fait des études en Amérique, notamment pour la gestion moderne des entreprises. H. Ernemann eut aussi d’autres enfants : Frieda Henriette Marie Therese (1876–1954), Anna Katharina Gertrud (1880–1940), Dora Bertha Johanna (1883–1942) et Fritz Henry Otto (1886–1941). L’épouse de Heinrich Ernemann, Marie Therese, décédait le 22 août 1917, onze ans avant lui.

L’entreprise développe un marché à l’international. Un exemple cité : l’Institut topographique russe de St Petersbourg à fait construire un équipement spécial basé sur 7 caméras Ernemann pour photographier, depuis un ballon, les opérations de la guerre russo-japonaise.

Portrait en noir et blanc d'un homme barbu avec des cheveux blancs, portant un costume, avec un cadre décoratif. Texte en plusieurs langues indiquant "Heinrich Ernemann, société anonyme pour la fabrication d'appareils photographiques, Dresden".

Vers 1907, Ernemann fabrique ses propres optiques (auparavant, c’était Carl Zeiss et Goerz qui le fournissaient) et se fait livrer le verre par Jena (ou Iéna). Il sortira aussi un réflex à objectif unique, une caméra panoramique et un projecteur de film de cinéma, l’Imperator, qui reçu de nombreux prix, notamment pour sa fiabilité. Quasi tous les cinémas de Paris se sont, par exemple, équipés en H. Ernemann.

La gamme de la production des entreprises Ernemann va donc maintenant des appareils à plaques aux appareils à pellicule, des projecteurs de cinéma, des appareils stéréoscopiques et des stéréoscopes (pour lire les films), ainsi que des appareils pour usages particuliers. Tous leurs produits sont reconnus pour leur innovation et la qualité de leur fabrication.

Pour la petite histoire, Ernemann employait un certain Johan Steenbergen, celui là même qui devait fonder plus tard Ihagee !

La Seconde Guerre mondiale

Las, la Première Guerre Mondiale pointe le bout de son vilain nez. Pendant celle-ci, l’entreprise va produire des appareils destinés à l’armée (caméra de mitrailleuse par exemple). La situation est précaire au début de la guerre mais bien vite, grâce aux commandes de l’armée allemande, l’entreprise réengage du personnel et trouve un débouché avec des appareils semblables aux Vest Pocket de Kodak, appareils destinés aux soldats sur le front et ailleurs. Ces appareils autrefois destinés aux civils eurent beaucoup de succès.

Le nom de la société change en 1917 et devient Ernemann-Werke AG. Trois ans plus tard, Ernemann crée, avec le géant de l’acier Krupp auquel il s’associe, un département dédié à la production des projecteurs pour cinéma, appelé Ernemann-Krupp Kinoapparate.

Au sortir de la guerre, en 1920, l’entreprise lance enfin la construction d’un nouveau bâtiment, avec un espace central en forme d’une tour de très grande taille. En 1923, Dresden-Streisen devint le siège de l’usine d’appareils photo. Le bâtiment existe toujours et est encore connu sous le nom de Tour Ernemann.

Autre petite histoire, au sujet de cette tour : c’est elle l’emblème de Pentacon ! C’est l’ogre est-allemand qui a avalé la moitié de Zeiss Ikon au sortir de la seconde guerre mondiale.

L’après guerre enfin

Dresde était vraiment à l’époque l’épicentre de l’industrie photographique allemande et même mondiale.

L’inflation qui suivi les années de guerre fut favorable aux exportations de la société, en tout cas jusqu’en 1923. Car dès 1924, il faut rationaliser et réorganiser pour, enfin, convaincre ICA (Internationale Camera AG – Dresde), Goerz (Berlin) et Contessa-Nettel (Stuttgart) de fusionner pour former Zeiss Ikon en 1926. Ce qui est une autre histoire …

Entre temps, Ernemann avait encore produit l’Ermanox (1925) avec un objectif immense de 85mm ouvrant à f1,8, assez unique pour l’époque. L’appareil sera suivi d’une version réflex en 1926.

Appareil photo vintage noir avec un objectif en verre, un boîtier rectangulaire et un couvercle supérieur repliable.
Un appareil étonnant et très en avance sur son temps que cet Ermanox (nox en latin veut dire nuit car l’objectif permettait de photographier par très faible luminosité, pour l’époque).

Au moment de son passage chez Zeiss Ikon, Ernemann avait alors déposé 213 brevets.

L’Ermanox sera abandonné en 1931. Cet appareil sortant de l’ordinaire devant s’incliner devant le Leica et le Contax, plus portables et d’aussi excellente qualité.

Heinrich Ernemann s’éteint en 1928. Son fils, Alexander, reste dans la société jusqu’à son décès, en 1956.

Finalement le nom d’Ernemann disparait au seuil des années quatre-vingt. Quoique la Ernemann CinoTec GmbH reste un producteur allemand de systèmes de projection encore de nos jours.

Présentation du Ernemann Rolf 1

Illustration d'une femme avec des bijoux et un coiffure élaboré, entourée de motifs géométriques, avec le texte 'ERNEMANN CAMERAS' en bas.

Le Rolf 1, sorti en 1922, était destiné aux débutants. C’est un appareil facile d’utilisation, sans trop de réglages mais fabriqué très sérieusement. Il sera produit jusqu’en 1923. Son corps est en métal embouti, sans doute du laiton (l’appareil pèse quand même 332gr, sans film à l’intérieur)

Nous pourrions le comparer au Vest Pocket de Kodak, légèrement antérieur dans sa première version.

A gauche, le Vest Pocket de Kodak ; à droite, le Rolf 1 d’Ernemann

Comme lui, l’appareil s’ouvre en abaissant une porte avant. Il faut ensuite faire avancer le bloc obturateur/objectif sur le rail place sur l’intérieur de la porte (ce n’est pas le plus évident à faire). Ceci étant fait, le soufflet est complètement sortir et tendu (c’est là que j’ai constaté une petite déchirure dans le mien).

L’obturateur maison n’a qu’une vitesse … modulable selon le photographe qui appuie sur le levier plus ou moins vite. Il est couplé à un levier, sur le côté gauche, pour régler l’ouverture, indiquée par des lettres et chiffres : M12 = Moment, soit le mode instantané à f/12, Z12 = Zeit pour le mode temps à f/12 et Z18 = mode temps à f/18.

Une prise, filetée, sur la droite, permet de fixer un déclencheur souple.

L’objectif est un Rapid Rectilinear de 75mm ouvrant à f12. La distance se règle en faisant coulisser l’ensemble sur un rail. Les distances sont gravée sur une échelle, à gauche du rail.

Le viseur est mobile, sur le dessus du bloc obturateur/objectif. On peut le faire basculer sur le côté pour les prises de vue horizontales. Disons que la visée est assez … aléatoire (j’ai pourtant bien nettoyé les verres et le miroir. Mais c’est très petit).

Sur la porte abattue, vous trouverez un filetage pour fixer un trépied. Elle tient fermement ouverte grâce à deux compas, sur lequel il faut appuyer pour libérer l’ensemble et refermer la porte.

C’est un appareil qui utilise du film en rouleau au format dit 127.

Pour ouvrir l’appareil, il faut tirer fermement sur le clip , au dessus, et le boitier s’ouvre en deux, découvrant la chambre. Les photos auront un format de 4x6cm.

Pour avancer le film, une simple clé, à l’opposé de laquelle vous trouverez un second filetage pour trépied.

Ici pas de compteur de vue mais une fenêtre rouge inactinique, qui ne porte pas de volet de protection.

Il existe une variante de ce modèle, qui réalise des images de 22x33mm sur pellicule 24×36. Attention, il s’agit du même film que celui du Ernemann Unette, c’est – à – dire un film au format 24x36mm mais avec un support en papier, comme le 127.

Le successeur, le Rolf 2 gagnera un meilleur obturateur et il sera possible de choisir entre plusieurs objectifs différents. Il était aussi recouvert d’une feuille de cuir véritable. Celui-là sera produit de 1923 à 1926.

Que penser de cet appareil ?

Comme je l’écrivais, les réglages sont très limités mais, contrairement au Vest Pocket de Kodak, ils sont plu clairs et accessibles.

Bien que très simple, on sent que l’ensemble a été assemblé avec soin et fait pour durer … longtemps : cet exemplaire est centenaire et toujours fonctionnel !

Ceci étant, c’est plus un appareil de collection qu’un boitier que l’on a envie de sortir pour prendre des photos, bien que le film 127 existe toujours (voir le site de Retrocamera.be).

Laissons-le se reposer, il a bien servi.

De fait, je suis très heureux d’avoir eu en mains mon premier Ernemann et je ne désespère pas d’en trouver d’autres, qui sait, un Ernemanox par exemple (on peut toujours rêver, non ?).

Quant à sa valeur selon l’état, les prix varient de 30 à 100€. Le prix d’un vieux Monsieur qui a vu passer deux guerres mondiales et une infinité d’autres conflits.

Un peu de technique

  • Appareil à soufflet, pliant Ernemann Rolf 1
  • Ouverture par porte abattance
  • film 127 pour image de 4x6cm
  • Objectif Rapid Rectilinear à simple ménisque de 75mm, ouvrant à f12 et f18
  • Obturateur simple
  • Viseur de côté, à la taille
  • Construction métallique

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/camera-2559-Ernemann_Rolf%201.html, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Ernemann, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10070-Ernemann_.html, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Ernemann_Rolf_I, https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/objects/co16160/ernemann-rolf-1-folding-bellows-camera-for-rollfilm-no-127-v-p-k-rollfilm-camera, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Ernemann_Rolf_I, https://camera-wiki.org/wiki/Ernemann, https://en.wikipedia.org/wiki/Heinrich_Ernemann, https://www.historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=3285, https://stereoscopyhistory.net/compendium/ernemann, en anglais ; https://www.engel-art.ch/ernemann-rolf-i/, https://saebi.isgv.de/biografie/Heinrich_Ernemann_(1850-1928), en allemand

Argentique

Le Pentax ES, le premier réflex automatique (1971) : toute une histoire.

Préambule

Tubize, ville autrefois industrielle, fief d’une sidérurgie qui s’en est allée, laissant sur le carreau des milliers de familles désemparées.

Petit petit, les plaies se referment, de nouveaux acteurs économiques sont venus remplacer les anciens et même si tout le monde n’a pas retrouvé sa place, pour beaucoup cela va mieux.

Et dans ce décor, un dimanche frais qui hésite entre soleil et nuages menaçants. Et une grande brocante où domine les vêtements dames, enfants et articles de puériculture. Quelques objets amusants mais je désespère de trouver quelque chose. Il faut dire que contrairement à notre habitude, nous étions partis tard (9h00).

C’était sans compter sur un peu de chance car, à la fin d’une allée, un monsieur vend quelques réflex. Je les regarde à mon aise : un Minolta SRt 101X (j’ai déjà), un Pentax ES (celui de l’article du jour), un Yashica FX-D qui viendra en son temps, quelques flashs dont deux sont bons pour la poubelle (les piles ont coulés et l’acide a tout rongé) dont j’extrais un beau Minolta quasi neuf et avec ses accessoires (flash Cobra), puis un Instax 100 en bien mauvais état et j’oublie un autre réflex qui ne m’a pas tenté.

Bref, de quoi remplir le sac à dos. Ce seront là mes seuls achats d’ailleurs.

Rentré à la maison, séance de nettoyage pour le Pentax et le Yashica, qui refuse tout à coup de fonctionner, et découverte des dégâts sur l’Instax (tout le compartiment piles est mangé par la rouille et l’acide).

Va y avoir du travail …

Un peu d’histoire

Pour mémoire, sur dix des développements les plus importants/utiles des réflex depuis leur invention, cinq sont à porter au crédit de Pentax seul : le miroir à retour instantané, le compteur de vue à retour automatique, la mesure TTL automatique à priorité ouverture, l’autofocus. Les cinq autres se répartissent entre Pentacon pour le viseur à pentaprisme, Topcon pour la mesure TTL à ouverture complète, Konica pour l’obturateur automatique de série, Olympus pour le flash TTL et Nikon pour la mesure matricielle.

Ce fut sans doute pourquoi Ashi Pentax a fabriqué par mois plus de réflex que Canon et Nikon réunis dans les années soixante- septante. Ils se sont surtout concentrés sur les SLR. Comme de nos jours, ils ne sont toujours pas passés aux hybrides.

Pentax est une marque pour laquelle il existe déjà plusieurs articles sur le site, comme ceux sur les Pentax LX, le Spotmatic SP2, le Spotmatic F, le Super A, les ME et ME Super, sans compter tous les compacts de la marque (de quoi vous amusez à visiter le site un moment).

Toutefois, ce Pentax ES (Electro-Spotmatic) mérite sa petite histoire à lui tout seul, y compris sous son autre nom, le Honeywell Pentax ES.

Au début il y avait le Spotmatic (1964), un appareil fiable, solide et simple : pas de griffe flash synchronisée, pas de cellule. Pour en obtenir une, intégrée, il faut attendre le Spotmatic SL (1968). Elle était basique mais fonctionnelle. Je fais l’impasse sur les SL 500 et 1000, qui sont des Spotmatic simplifiés et aux vitesses limitées (SL 500 = vitesse maximum 1/500s), auxquels on avait ôté le minuteur.

Une nette amélioration se profile avec le Spotamic 2 (SP II) car il ouvre la voie aux nouveaux objectifs SMC (toujours en monture vissante M42) : la sensibilité de la cellule est augmentée au 3200Asa, la cellule est plus sensible et il gagne une griffe flash avec contact central et la synchronisation FP (lampe) ou X (flash électronique) est réglée par un commutateur.

Un mot (enfin, plusieurs) sur les nouveaux objectifs SMC (Super Multi Coated) : ils sont conçus pour permettre la mesure à ouverture complète sur les ES, ES II et Spotmatic F. Ce qui signifie que le viseur reste dès lors lumineux en toutes circonstances, ce qui facilite la mise au point sur le sujet.

Dans le cas d’objectifs plus anciens, sans le couplage de mesure à ouverture complète, l’ES, grâce au curseur placé contre le fut de l’objectif, permet quand même de le faire.

Petit aparté sur les Takumar SMC : en 1971, Pentax met au point le premier revêtement anti réfléchissant multicouche au monde. Celui-ci permettait un contrôle du flare et des images fantômes. A l’époque, les Takumar SMC assurait une excellente qualité d’image, même en contre jour et cela dans une large gamme d’optiques robustes, compactes et de prix abordables.

Oublions le Spotmatic IIa (1971), réservé au seul marché US car il fut fabriqué pour pouvoir être utilisé avec les flashs électroniques Honeywell Strobonar (un œil électronique était placé sur la face avant afin d’effectuer la synchronisation avec le flash).

Retenons par contre le Pentax Electro-Spotamic (1971), qui sera le premier réflex à priorité ouverture, électronique et automatique. Un seul regret, il ne sera vendu qu’au Japon. Mais il n’était pas encore très au point, la carte électronique était rudimentaire, instable et sujette à des nombreux soucis. Dur, dur d’être précurseur … Pourtant il eut du succès car il apportait réellement quelque chose de neuf.

Enfin le Pentax ES (contraction de Electro Spotmatic quand même) voit le jour en 1972. Il est destiné cette fois à être vendu partout dans le monde car il a corrigé les écueils du Electro-Spotmatic premier du nom. Lui possède une vraie carte électronique moderne* qui suppriment les ennuis de son prédécesseur. Il sera suivi d’un ES II en 1973 et par un Spotmatic F : tous les trois utilisent maintenant la ligne des Takumar SMC (Super Multi Coated = traité multi couches) et, surtout, effectuent la mesure de la lumière en direct

*Moderne au sens où il s’agissait réellement d’un circuit imprimé mais loin d’être, déjà, miniaturisé. En effet, la taille du circuit a fait que sur l’ES et l’ES II on a dû supprimer le minuteur.

Ce que l’on peut retenir de cet appareil dans le parcours du Spotmatic, c’est qu’il a permis à la monture reine de cette époque, la monture à viser M42, de rester dans la modernité de l’automatisme, une prouesse technique.

En effet, le Pentax ES proposait un obturateur mécanique et un circuit électronique qui contrôlait le système d’exposition automatique, avec une priorité à l’ouverture. De quoi contenter les photographes qui recherchaient la commodité de l’automatisation sans abandonner la satisfaction des commandes manuelles.

Pentax propose ici une première mondiale : le premier reflex avec un obturateur mécanique mais asservit, en mode automatique, à l’électronique. La calculateur propose alors, en continu, des expositions entre 8s et 1/1000s. Ce qui veut dire que si vos mesures donnaient 1/475s, c’est à cette vitesse que l’appareil déclenchait.

Affiche vintage présentant un appareil photo Asahi Pentax ES avec une femme stylée, mettant en avant la caméra et le slogan sur la révolution de la photographie.

Le Pentax ES sera suivi du Pentax ES II (1973). Quelques différences, outre le nom, les distinguaient : retour du minuteur sur l’ES II, la batterie se trouve en dessous, la plage des vitesses s’affichent dans le viseur, la sensibilité des films est portée à 3200Asa (contre 1600Asa), un verrou est ajouté au bouton de déclenchement, par exemple.

Enfin, pour clôturer l’histoire du ES, sachez que la couleur noire est la couleur standard. Si, normalement, cette teinte était une commande spéciale pour les autres modèles, ici il fallait que ce soit pour obtenir un boitier bis-colors qu’il fallait faire cette commande.

Petite revue des Pentax en 1973 -1974 :

Page de catalogue montrant les appareils photo Asahi Pentax SPOTMATIC II et ES, avec des détails techniques et des spécifications des objectifs.
Phokina 1973 – 1974

Présentation

Si la filiation avec le Spotmatic est assez évidente, cet appareil est un peu plus moderne dans ses lignes, un peu moins rugueuses.

Ceci étant, nous sommes bien face à un appareil des années septante : en métal, solide, avec ce petit côté rassurant que l’on en a pour son argent !

Mais commençons la visite :

Sur le capot, le levier d’armement et d’armement de l’obturateur, avec le compteur de vue intégré (réinitialisation automatique), le déclencheur et à côté, le barillet de réglage des vitesses ou de la position automatique.

Au centre, le prisme avec par dessus une griffe flash avec contact au centre pour la synchronisation.

De l’autre côté, la manivelle de rebobinage et autour, le réglage de l’exposition (de1/2à 4), qu’il faut déverrouiller avec le minuscule bouton à côté. En soulevant le pourtour, vous réglez la sensibilité de la cellule. Remarquez aussi les deux petits crochets, qui sont des aide-mémoires pour le type de film utilisé (diapo, N/B, couleur)

L’arrière est sobre, juste le viseur.Pour ouvrir le dos, soulever la manivelle de rebobinage. Remarquez à ce sujet la qualité de fabrication, vu le nombre de vis qui tiennent l’ensemble.?

La chambre est classique, étonnamment propre.Juste les mousses à refaire, rien de difficile.

Par dessous, le bouton de débrayage et au centre, le filet pour fixer un trépied.

Sur la face avant, à côté de fut d’objectif, un cylindre fermé par un bouchon à visser, pour y installer la pile, une 4LR44 de 6v moderne.

De l’autre côté, 2 prises PC pour la synchronisation des anciens flashs avec lampe (FP) et la synchronisation X. Au dessus, le curseur pour ouvrir l’objectif avec les anciens Takumar (non SMC)

Le viseur est clair et sur la droite de celui-ci, l’échelle des vitesses que le boitier vous donne quand vous êtes en automatique.

Au centre, un champ de micro prismes fins pour effectuer la mise au point facilement (même si je regrette qu’il n’y ait pas un stigmomètre à coïncidence)..

L’objectif, ici un Takumar SMC de 55mm ouvrant à f2, qui accompagnait l’appareil.

Que penser de cet appareil ?

C’est un très bel appareil, qui respire son époque mais reste une machine à photographier magnifique.

Il fait son poids mais reste très confortable à porter. Mieux vaut avoir une bonne sangle solide toutefois, vos cervicales vous remercieront.

Personnellement, malgré sa sobriété, je ne le considère par comme dépassé. Car avec ce type de boitier, si vous n’y connaissez rien, vous allez apprendre les subtilités du triangle d’exposition ou du Sunny 16. Avec un peu d’entrainement, vous ne raterez pas beaucoup d’images, faites confiance à la cellule et à la qualité de l’optique.

Ce n’est pas un appareil très courant (environ 125.000 fabriqué) mais terriblement attachant. De plus, cet exemplaire à cette petite patine qui lui sied bien.

Si vous en trouvez un en très bon état, ne le laissez pas partir sans vous, vous le regretteriez bien vite. Question budget, comptez quand même entre 80 et 100€. Le prix de l’excellence de l’époque .

Vidéos d’illustration

Pour comprendre les progrès de l’électronique …

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI (english) ou LA (en français).

Caractéristiques techniques d'un appareil photo reflex mono-objectif 35 mm avec diverses spécifications, y compris l'obturateur électronique, le viseur, et les options de synchronisation du flash.

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Pentax_ES, https://www.pentaxforums.com/camerareviews/pentax-es.html, https://camera-wiki.org/wiki/Pentax_ES_II, https://www.analogcams.com/cameras/b9fb6fa1, https://www.aperturepreview.com/pentax-es, https://www.photoethnography.com/ClassicCameras/index-frameset.html?AsahiPentaxSpotmatic.html~mainFrame en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-4320-Pentax_ES.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_produits_Pentax en français ; https://www.aohc.it/, en italien ;

Argentique

Trop beau pour être vrai, le Halina A1 ?

Préambule

Voici donc le second appareil de la brocante de Braine-le-Château, sorti de la poussière comme le Yashica FX-D dont l’article est paru sous peu.

Hormis donc qu’il a fallu bien nettoyer intérieur et extérieur, son revêtement était partout décollé. Alors, comme pour le Yashica, j’ai puissé dans mon stock de feuilles de cuir pour le rhabiller. Comme j’avais lu en diagonale les articles qui ont servi à écrire celui-ci, je pense que le côté chic ostentatoire va lui aller comme un gant.

Cutter, ciseaux, colle et beaucoup de patience pour en venir à bout car, en passant, j’en ai profité pour refaire aussi la carrosserie rouillée et les chromes. Et quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’un film était encore présent dans la chambre, arrêté à la photo 7. Un film a terminer donc, pour le fun.

Mais voyons voir de quoi il retourne avec cet appareil : son plumage vaut-il son ramage ?

Un peu d’histoire

Dans un article sur le Haking Compact-SC, j’ai déjà, rapidement abordé l’histoire de cette marque. Je vais y revenir un peu plus profondément car c’est une marque que l’on disqualifie souvent, considérant qu’elle n’est que du rebadging d’autres marques et qu’elle n’a écoulé que des appareils de piètre qualité. La réalité est un peu différente, vous allez voir …

Le début d’une longue histoire.

L’histoire débute au Siam (actuelle Thaïlande) où Wong Suen Chung (1872 – 1930) , le père de notre héro du jour, âgé de dix-huit ans, né dans une famille pauvre d’agriculteur chinois, s’y est installé pour rejoindre son oncle et y apprendre le métier de charpentier pendant trois ans. Il se fera connaître dans le quartier chinois de Bangkok en tant que maître artisan. Il y construit un bâtiment en bois de six étages, un exploit qui attire l’attention du roi du Siam.

Invité au palais royal, il réussit à réparer une porte que personne ne parvenait à réparer, ce qui entrainera d’autres commandes royales, de mobilier, un pavillon chinois, des murs du Palais d’Eté d’Ayutthaya, notamment. En remerciement de ses contributions, le roi du Siam lui décerne l’Ordre du Mérite de Première Classe.

Wong Suen Chung, le père de Haking Wong

Un personnage charismatique et visionnaire, le début de la légende

Huang Zuyi (1906 -1996) est né à Hong-Kong et hormis l’époque de l’invasion japonaise de la Chine et de la seconde guerre mondiale, il a toujours vécu dans la colonie britannique.

A quatre ans, il déménage dans le quartier chinois de Bangkok. A dix-sept ans, il épouse sa première femme et refuse le nom de Wong Chiu Wan, attribué par sa famille et choisi Haking Wong, qui signifie triompher de l’adversité, tout un programme.

En 1923, il est admis au collège St Stephen où il se fait remarquer par ses notes, son leadership et sons sens des responsabilités sociales. Alors qu’il est encore étudiant, il fonde la St. Stephen’s Free School à Sheung Wan et Sai Ying Pun (1924), qui offre des programmes d’éducation aux milieux défavorisés.

L’entrepreneuriat dans le sang

A l’obtention de son diplôme, il retourne à Bangkok avec son épouse pour aider à gérer la quincaillerie familiale. Cependant, il veut trouver sa propre voie et retourne à Hong Kong pour tester divers secteurs comme la fabrication de pneus de vélo et la confiserie. Puis, ayant remarqué la croissance des activités de constructions et réparations navales, il saisi cette opportunité et, avec un ami sorti lui aussi du St Stephen’s Collège et la Peninsula Dockyard Company, il se lance dans ces activités.

Hélas, deux ans plus tard, il doit abandonner, c’est un échec commercial. Cette expérience va renforcer sa détermination et sa résilience. Il reprend un emploi de salarié, le temps de retrouver uns stabilité financière et réfléchir à son avenir.

Il rejoint Hong Kong et le Rubber Manufactory Limited, un producteur de chaussures en caoutchouc et des bottes Wellington. Son ascension est rapide et il est nommé directeur général n 1928.

Ses résultats de vente de chaussures de sport et de bottes font qu’il sera surnommé le Roi de la chaussure de sport.

Il introduit des réformes dans la gestion de la production et renforce le contrôle qualité, tout en mettant fermement en avant le confort de ses salariés avec, par exemple, des examens médicaux obligatoires, l’organisation des consultations sur site. Il met en place des fonds dédiés pour soutenir le personnel en cas de besoin.

Comment passer de Roi de la brosse à dents à la photographie

Passe par là la Seconde Guerre Mondiale. En 1947, il co fonde la W. Haking & Company Limited, qui importe des produits occidentaux dont des machines à se brosser les dents !

Madame Chan Chiu Kam, alias Pauline Chan rejoint l’entreprise en tant que secrétaire. Elle devient rapidement directrice commerciale. Avec elle et Wong Chiu Lee (le frère ainé de Wong), ils fondent la W. Haking Industries Brushworks Limited et se lancent dans la fabrication de brosses à dent. Elle devient la plus grosse entreprise dans le domaine en Extrême Orient, ce qui valut le surnom de Roi des brosses à dents à Haking Wong.

Mais ce secteur devint très concurrentiel et comme les marges diminuaient, il cherche d’autres débouchés. C’est la rencontre fortuite avec un Kodak Brownie qui lui ouvrira de nouveaux horizons. Pour Haking Wong, l’appareil photo ne devait pas être un bien de luxe mais un outil pratique pour préserver l’histoire, notamment celle des familles et des jeunes générations.

Son credo sera de développer des appareils légers qui allient performances et prix abordables. Grâce à ses réseaux, il s’équipe de machines pour la production d’appareils photo au Japon et engage un ingénieur nippon pour la partie optique. Il fonde alors la W. Haking Industries Mechanics and Optics Limited, posant ainsi les bases de la fabrication d’appareils photo à Hong Kong.

Les défis techniques n’ont pas manqué, ni le scepticisme du marché lors de la présentation de ses produits dans les foires internationales. Il s’est accroché, en puisant dans les bénéfices générés par les brosses à dents.

Mais ces ressources n’étaient pas inépuisables, alors il s’est posé un ultimatum : si l’entreprise des appareils photo n’était pas rentable en 1959, il jetait le gant.

Une ascension bien pensée

Proche de la fermeture, lors d’un salon commercial en Angleterre, Wong réussi a obtenir un distributeur pour ses appareils photo, J.J.Silber Limited. Et dans un Royaume-Uni d’après guerre, encore soumis aux restrictions d’importation, ce qui limitait le choix des consommateurs, le modèle qui nous occupe aujourd’hui, le Halina A1, d’un prix très compétitif, a trouvé là un marché de choix. Fabriqué à Hong Kong, toujours sous protectorat anglais, et marqué comme Empire Made, l’appareil a bénéficié d’un avantage commercial intéressant.

Le Halina A1 a donc rapidement gagné de la popularité et un second modèle, le Halina 35X (film 35mm) élargit encore le marché, en rendant le format accessible à un plus large public. Haking Wong popularise la photographie en Angleterre, à tel point que certains le compare à Henry Ford car il a transformé un produit spécialisé en une marchandise grand public.

Dans le partenariat au sein de l’entreprise, chacun a ses responsabilités, clairement définies : Haking Wong s’occupe de la fabrication et du développement technologique ; Pauline Chan dirige les opérations commerciales internationales et les négociations. Avec ce duo, l’entreprise se développe rapidement.

Eastman Kodak devient leur plus grand client car il utilise les appareils de Wong pour augmenter la consommation de pellicule au niveau mondial.

Diversifiant encore ses activités, il s’est lancé dans la fabrication de jumelles, qui générait de fortes marges. Sa stratégie d’intégration verticale lui assurait des avantages en terme de coûts et de qualité : tous les composants, des lentilles aux plus petits ressorts, tout était fabriqué en interne. Associé à sa vision stratégique de conception assistée par ordinateur, qui améliorait la précision et donc la production et le temps de mise sur le marché, il gagne son pari.

A tel point que l’association japonaise des fabricants de jumelles lui a demandé de ne pas pratiquer des prix trop bas !

Dès les années septante, la W. Haking a adopté un modèle de double production : 80% de production d’équipements d’origine et 20% sous la marque Halina. Des entreprises comme Kodak, Fujifilm, Ricoh, Nikon, Polaroid, Agfa se fournissaient chez eux pour des produits optiques.

A son apogée, la firme produisait quotidiennement plus de 30.000 appareils photo et 6000 jumelles. Elle était la plus grande productrice mondiale de jumelles et l’une des plus grandes en instruments optiques.

Le roi de la brosse à dents devenait le père de l’optique !

Une conscience sociale et une éthique de travail

J’ai déjà signalé plus haut la préoccupation de Haking Wong vis-à-vis de son personnel, dont il plaçait le bien-être au centre de sa stratégie d’entreprise durable. C’est ainsi qu’en 1963 il inaugure à Quarry Bay (le district résidentiel et commercial de Hong Kong) le Haking Building. Un complexe qui prévoyait des installations de production avec des logements pour le personnel, avec des loyers abordables, un environnement de vie stable et accueillant. Ce qui a permis aux employés de s’installer en toute sécurité et de rester dans l’entreprise jusqu’à leur pension. De nombreux enfants ayant vécu dans cette communauté ont pu faire des études et sont devenus médecins, ingénieurs, enseignants, etc. contribuant à leur tour à la société, au sens large cette fois.

Cérémonie d’inauguration du bâtiment Haking en 1963. Loyauté, Pardon, Détermination et Patience étaient gravés sur la première pierre

Ce que d’aucuns appelleront sans doute paternalisme était peut-être une bonne idée, qui profitait à tous et respectait le personnel.

Education et philanthropie

Si le but de Haking Wong était de réussir dans les affaires, il estimait que les richesses devaient être redistribuées à la société citoyenne.

Il a ainsi consacré une énergie considérable au service public et s’est engagé dans la philanthropie utile : dès 1930, il a œuvré au sein d’un groupe d’hôpitaux et à soutenu des initiatives de bien-être social. Il s’est aussi engagé dans l’éducation professionnelle et technique, en encourageant la création d’institution pour former les talents du secteur manufacturier alors en plein essor à Hong Kong. Ce seront les bases de l’Université Polytechnique de Hong Kong.

Il a financé la création de l’Institut technique Haking Wong et celle du bâtiment du même nom à l’Université de Hong Kong, devenant l’un des plus importants bienfaiteurs de l’établissement. Sa co-équipière, Pauline Chan a aussi fait des dons importants la Faculté de médecine.

Vers la fin de sa vie, Haking Wong a encore investi dans sa ville natale, Xinhui. Il y a soutenu la construction d’écoles, de ponts, du système d’approvisionnement en eau, l’installation d’une fabrique d’optique. Il a ainsi contribué au développement local et à la modernisation de la population. Il sera fait citoyen d’honneur.

Cérémonie d’ouverture du pont Wong Chung Suen, Xinhui, le 26 décembre 1992

Une légende est née

Le Docteur Haking Wong occupe une place singulière dans l’histoire de Hong Kong. Il a donné un exemple rare de la manière dont le succès personnel peut rejaillir sur la société lorsque l’on assume sa responsabilité sociale. Entrepreneur, industriel, passeur d’idées et de valeurs, philanthrope, il laisse un héritage riche dans la société hong kongaise.

L’emblème de l’entreprise est une couronne et elle incarne la philosophie et l’identité de Wong : elle est formée à partir des initiales W et H ; la partie basse du H est sensé ressembler à un objectif et à un faisceau de lumière qui le pénètre. Une allégorie de la réputation du Père de l’optique.

Lorsqu’il s’est diversifié dans l’optique et les appareils photo, il avait plus de 50 ans. Grâce à ses innovations, il a amélioré les obturateurs, les prismes et le revêtement des lentilles. Il a détrôné les Allemands et les Japonais du secteur des jumelles et de l’optique.

Son credo était de produire des appareils simples, qui remplissent correctement ce pour quoi ils avaient été fabriqué, sans fioritures mais avec quelques trouvailles, plus dictées par un besoin de rentabilité que d’innovation à tout crin. Des appareils photo vendus à un juste prix, qui ont fait le bonheur de pas mal d’amateurs, un peu partout dans le monde.

Il méritait bien, outre ses titres honorifiques officiels, d’être reconnu le Roi de l’optique.

Haking Wong

Un peu de vie privée

Si le nom de l’entreprise porte le même nom que celui de son fondateur, tout comme ses produits, les premiers appareils photos se sont appelés Paulette, dérivé de Pauline Chan, son associée et co-fondatrice (1957) de l’entreprise.

Haking Wong s’est vu attribué nombre de titres honorifiques. Il fut notamment Docteur Honiris Causa de l’Université de Hong Kong (1980) et il reçut l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) en 1968 , tout comme il sera nommé membre de la Cour universitaire en décembre 1978.

Plusieurs bâtiments portent son nom, car il les a financés : la création de l’Institut technique Haking Wong et du bâtiment Haking Wong à l’Université de Hong Kong, pour le département d’ingénierie, qui sera officiellement inauguré le 6 octobre 1983. Outre à Hong Kong, Haking Wong a également investi dans la construction du pont Haking Wong à Xinhui (1992). 

Il fut président honoraire de l’Association des fabricants chinois et membre du comité des fondateurs de la Fédération des industries de Hong Kong qui est devenue l’organisation représentant les industries à Hong Kong.

Si vous vous en souvenez, il s’est marié jeune (17 ans). De fait, il se convolera trois fois et eut onze enfants.

Bien que le nom de Haking Wong est indissociable de Hong Kong, malheureusement sa descendance ne se montrera pas digne de lui. Plusieurs procès ont eu lieu en raison de conflits financiers. En 2000, trois de ses fils ont demandé la liquidation de sa fondation, ce qui a conduit l’entreprise à s’exiler en Chine. Enfin, en 2002, la Titan Continental Ltd a racheté plus de 70% des parts de la fondation et à viré les descendants de la famille du conseil d’administration.

Triste sort …

Présentation du Haking A1

Le Halina A1 est donc un vrai TLR (double optiques), en métal, produit par Halina, la branche photographique de la Hanking Wong, au début des années soixante.

La coque est faite en tôle d’acier pliée et elle est commune à d’autres modèles de la marque (Halina Prefect, Kinoflex, Star-Lite, Sunscop, Votar Flex, Wales Reflex). Il semble que ce soit une copie assez proche du Ricohflex Model VI.

S’il en reprend l’architecture, il est néanmoins un (bon) cran en dessous du Ricohflex au niveau qualité. Mais c’est un vrai TRL (Twin Lens Reflex) avec son tunnel de visée qui s’ouvre et se referme automatiquement, son verre dépoli, une loupe pour affiner la mise au point.

Les vitesses sont limitées : 1/25 – 1/50 -1/100s et pose B. Elles se règlent avec une roue dentée chromée, située sous celle du réglage de la distance. Une prise PC permet de connecter un flash, synchronisé à toutes les vitesses.

L’obturateur est maison, à deux lames. Il ne provoque pas de vibrations, ce qui est avantageux.

L’ouverture se règle, elle, via un curseur qui tourne sur un quart de cercle gradué de f3,5 à f22.

L’armement est très court : il faut remonter le levier vers le haut, entendre le discret clac de l’armement puis abaisser le même levier pour déclencher. A noter que l’on peut aussi fixer un câble de commande.

L’avance du film se fait à l’aide du gros bouton sur la droite. Attention, il n’arme pas l’obturateur, il fait juste avancer la pellicule. Pas de compteur de vue, il faut regarder par la fenêtre en rouge inactinique, avec un volet, située sur le dos du boitier.

Pour ouvrir ce dernier, il faut faire tourner le verrou qui est en dessous et faire pivoter le dos vers le haut. Remarquez les deux petits pieds sous l’appareil, qui assurent son maintien sur surface plane. Ceci étant, comme il y a encore un film (à la 7ème image) dans l’exemplaire que je vous montre, je l’ai ouvert pas mégarde lorsque j’ai démonté le tunnel de visée pour le nettoyer, y compris le verre dépoli. Je l’ai refermé bien vite et avec un (tout petit) peu de chance, je pourrai faire développer le film. Ensuite, le dos fait des bruits étranges lorsqu’on manipule le boitier. J’imagine qu’il peut y avoir des fuites de lumière.

Ce qui saute aux yeux, c’est les chromes de la face : le cadre et les optiques. c’est assez heu … clinquant.

Les optiques sont aussi maison : celle du viseur (au dessus) est un 80mm ouvrant à f3,5 et celle du dessous (pour la prise de vue) un Halina Anastigmat de 80mm ouvrant aussi à f3,5.

Sous ces dehors chics, le reste est un peu léger : tout le revêtement se décolle et je l’ai donc remplacé par du vrai cuir gris. A certains endroits, la peinture est attaquée par la rouille. Je vais donc procéder à un ponçage partiel pour remettre de la peinture noire aux endroits nettoyés.

Mais, me direz-vous, pourquoi cet appareil a-t-il suscité tant d’achats ? Des années cinquante à la fin des années septante, les TLR étaient vus comme des appareils de qualité supérieure, tirés notamment par la réputation des Rolleiflex allemands, voire des Yashica Mat, des Minolta japonais, des Semflex français, par exemple. La taille de leurs négatifs n’y étant pas étrangère car elle autorisait plein de détails dans la prise de vue. Son argument de poids étant, bien entendu , son prix de vente !

Que penser de cet appareil ?

Honnêtement, par rapport un Lubitel 2 en bakélite, il n’est pas mal. Mais, à mon humble avis, il est trop limité au niveau des vitesses. Les autres TLR de l’époque proposaient souvent à minima le 1/300s, voire aussi un minuteur. Il est vrai que dans les années soixante, les films étaient plus lent, mais quand même …

Plusieurs auteurs signalent que l’optique n’est pas terrible, pourtant les quelques photos que j’ai pu voir ne sont pas si mal que ça. Certes, on est loin du piqué des Rolleiflex, mais on en a pour son argent.

Pour tenter de vous en convaincre, voyez sur le site de Lomography les photos réalisées avec cet Halina A1

Toujours au sujet des optiques, elle semblent être sujette au champignons, mais cela se nettoie assez facilement.

La construction est légère et le revêtement une catastrophe mais ce n’est pas ça qui fait les photos. Il faut plutôt prévoir de refaire un joint à la porte arrière pour éviter les fuites de lumière et, éventuellement, refaire la tapisserie.

Alors, que penser de cet Halina A1 ? Le prix d’achat est souvent à la hauteur de son état cosmétique, c’est-à-dire peu cher (de 20 à 40€). Une façon économique de rentrer dans le club des TLR par la petite porte, pour vérifier si cela vous plait et avoir encore assez de sous pour vous payer quelques bobines.

Tout n’est pas a jeter dans cet appareil, le système d’ouverture et fermeture du tunnel de visée est un modèle du genre, tout comme la position de la (grande) loupe.

Le mieux étant encore, si vous en trouvez un, de l’essayer par vous-même.

Qu’en pensez-vous ?

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Type : Appareil photo reflex à double objectif pour film 120
Fabricant : Haking
Année de lancement : 1957
Film : rouleaux de film type 120
Objectifs : Halina Anastigmat de 80mm ouvrant à f3.5
Obturateur : obturateur à deux lames avec vitesses B, 1/25, 1/50 et 1/100 sec., sélectionnable avec la molette autour de l’objectif
Armement : déplacer un peu le levier de déclenchement vers le haut
Ouverture : levier sous l’objectif, f3,5 à f22 sélectionnable
Mise au point : utilisation de l’une des roues dentées qui synchronisent le viseur et la mise au point de l’appareil photo comme molette
Viseur : viseur TLR pliable avec écran en verre dépoli, et loupe articulée pour usage optionnel
Avance de film : bouton, fenêtres de comptage d’exposition fermées à l’arrière
Accessoire : étui en cuir possède deux languettes en tôle pour fixer l’appareil photo
Remarque : le volet de la fenêtre en rouge inactinique porte l’empreinte Made Empire (= Hong Kong britannique)
Connecteur 1 : filetage de connexion pour déclencheur à distance
Connecteur 2 : connecteur flash
Connecteur 3 : filetage de connexion pour trépied

Des références

https://www.analogcams.com/cameras/a0cf85bf, https://camera-wiki.org/wiki/Halina_A1, https://licm.org.uk/livingImage/Halina_AI.html, https://foxesden.blog/2023/08/11/halina-a1-reflex-test-roll-its-foggy-out/, https://www.photo.net/forums/topic/326162-images-from-halina-a1-tlr/ (pour voir des images réalisées avec cet appareil), https://sites.google.com/bigcellence.com/hw120/panel-1, https://camera-wiki.org/wiki/Haking, en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2756-Haking_Halina%20A1.html, en français

Argentique

L’Olympus Pen EE-3, l’autre demi format de légende

Préambule

Voici donc le troisième appareil recueilli lors de la brocante où j’ai emporté les deux Fujica Half et Half 1,9.

Avec celui-ci, je peux presque faire la synthèse de cette mode du demi-format, qui ne s’est pas tout à fait éteinte à la fin des années septante, heureusement pour nous.

Ce Pen EE-3 est un très bel exemplaire, bien propre et fonctionnel, noir comme j’aime ce genre d’appareil. Je ne devrai refaire que les mousses, comme d’habitude, pour assurer une parfaite étanchéité.

Mais partons à sa découverte …

Un peu d’histoire

Lors de la présentation de l‘Olympus OM-2N, j’ai longuement repris l’histoire de cet homme extraordinaire qui est à la source des Olympus Pen, Monsieur Y. Maitani. Je ne vais donc pas y revenir, sauf pour vous conter l’histoire du Pen en particulier.

Celle-ci commence en 1959. A l’époque, acheter un appareil photo était (déjà !) un investissement que tout le monde ne pouvait se permettre. Mais c’était un investissement pour la vie, car on n’envisageait pas de changer de boitier aussi vite que de nos jours. La photographie apportait beaucoup de satisfactions mais elle avait un coût dont on tenait compte.

Nombreux étaient d’ailleurs les photographes un peu plus avertis qui développaient et tiraient leurs photos eux-mêmes, souvent en noir et blanc, parce que plus accessible financièrement (la chimie N/B se dégrade moins vite que celle de la couleur).

Il existait bien les alternatives des appareils de type box, très limités techniquement et encombrants ; quelques folding aussi mais moins pratiques car en film 120.

C’est dans ce contexte qu’Olympus a fait le pari d’un appareil de petite taille, facile à emporter, peu cher à l’achat, techniquement plus évolué et économique à l’usage : Yoshihisa Maita, le designer de l’époque, a alors créé le Pen, premier du nom.

Un appareil réellement de poche, facile à utiliser, abordable et qui va multiplier par deux le nombre de photos utilisables sur un film car c’est un demi-format.

Cet appareil aura un grand succès et donc une descendance qui en reprend les grands principes, en ajoutant des améliorations, comme une cellule au sélénium et un automatisme qui simplifie encore l’utilisation.

Ainsi nait la gamme des EE pour Electric Eye, la cellule en nid d’abeille qui entoure les objectifs Zuiko des descendants.

Le Pen EE ajoute cette cellule en 1961, couplée à un objectif dit rapide ; le Pen EE-2 l’améliore sensiblement et le Pen EE – 3 encore un peu. Voici d’ailleurs un petit tableau qui reprend leurs caractéristiques :

ModèleAnnéeCelluleFix FocusGriffeSynchroOptiqueProduction
Pen1959SéléniumOuif3,527.000
Pen EE1961SéléniumOuif1,7584.000
Pen EE-21968SéléniumNonOuif2,81.143.000
Pen EE-31973SéléniumNonOuiOuif3,51.731.000

Leurs qualités principales sont donc :

  • la compacité
  • la facilité d’utilisation
  • le demi format
  • l’objectif Zuiko D
  • la cellule au sélénium (donc pas de piles)

Le Pen EE-3 qui nous occupe aujourd’hui fait une certaine synthèse de la famille Pen EE car il propose une cellule au sélénium qui autorise le fonctionnement automatique, et de passer en manuel si besoin ; un mode flash qui fige l’ouverture à f3,5 et la vitesse de synchro à 1/40s, notamment grâce à une griffe dite chaude, c’est-à-dire avec un contact de synchronisation au centre ; un objectif Zuiko D de 28mm ouvrant à f3,5.

Tout comme le box de Kodak en son temps, le Pen va démocratiser la photographie et permettre à tout un chacun de remplir ses albums de souvenirs de vacances, sans se compliquer la vie, techniquement.

Présentation de l’Olympus EE-3

Si l’on rejoue au jeu des 7 erreurs avec un Pen EE-2 et un Pen EE-3, on remarquera vite quelques différences marquantes :

  • alors que sur le Pen EE-2 la bague autour de l’objectif ne compte que deux échelles, il y en a trois sur le EE-3
  • sur le Pen EE-2, l’échelle graduée en Asa autorise l’automatisme et l’autre donne les ouvertures pour un fonctionnement manuel du flash
  • sur le Pen EE-3, seule la troisième échelle est tout à fait différente. Notée for flash GN 14, elle vous évite de calculer l’ouverture en fonction de la distance puisque elle vous donne la juste ouverture pour un flash GN 14 (GN = nombre guide)
  • l’ouverture du dos se simplifie puisqu’il n’y a plus qu’un verrou à tirer vers le bas sur l’EE-3
  • le compteur de vue se remet à zéro lorsque l’on ouvre la porte

Le Pen EE-3 aura encore l’insigne honneur d’être construit tout en métal. Il sera en production de 1973 à 1982.

Sinon, pour le reste, le boitier présente toujours le même minimalisme :

  • sur le capot, à droite, le rond du compteur de vue (remarquez qu’il est gradué jusque 72) et devant lui, presque petit, le déclencheur ; au centre, la griffe porte accessoire qui a cette fois un contact central pour la synchronisation ; à gauche, la manivelle de rebobinage
Un appareil photo vintage argenté avec des cadrans pour la vitesse et l'exposition.
  • sur la semelle, le petit bouton pour débrayer le film lors du rebobinage, le filet pour le trépied
Appareil photo vintage vu de dos, avec une sangle en tissu et un design en métal.
  • sur la face avant, le viseur, un peu décalé ; presque sous l’objectif, la prise PC pour les flashs plus anciens
Appareil photo Olympus Pen avec un design compact, couleur argentée et noire.
  • le dos ne montre que le viseur, qui parait bien petit (mais c’est trompeur) et la molette crantée pour faire avancer le film et réarmer l’obturateur
Appareil photo vintage noir et argent vu de l'arrière avec une sangle en cuir.
  • sur la tranche gauche, discret, un petit verrou pour ouvrir le dos
Un appareil photo moderne avec une texture en acier inoxydable, vue de côté.
  • revenons sur la face pour découvrir l’objectif et la cellule en nid d’abeille.
Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo vintage avec des réglages d'exposition. La marque 'Olympus-Pen' est visible sur le corps de l'appareil.

Commençons par le début : le EE-3 est équipé d’une fonction d’exposition entièrement automatique et l’EE signifie Electronic Eye. Il mesure la lumière disponible avec sa cellule au sélénium autour de l’objectif et choisit entre deux vitesses d’obturation: 1/200s et 1/40s. L’ouverture est fixée via la cote ISO/ASA du film. Pour la photographie flash, l’ouverture peut être réglée manuellement.

Comme les autres Pen, c’est un demi cadre, ce qui se voit immédiatement à la forme du viseur, placé verticalement. Lorsque vous ouvrez la chambre du EE-3, vous découvrez une espèce de plaque soudée et qui occupe la moitié du cadre 24x36mm. C’est un montage différent que celui du Fujica Half 1,9 que j’ai déjà déposé sur le site.

Vue intérieure d'un boîtier de caméra, montrant le compartiment du film et d'autres composants internes.

C’est un fix focus, donc pas de réglage de distances. Vous visez, vous déclenchez.

Un appareil photo vintage Olympus EE-3 vu de face, avec un objectif et des commandes visibles.

Je reviens sur ces différents éléments, dont le principal est l’objectif Zuiko D de 28mm ouvrant à f3,5, constitué de 4 éléments répartis en 3 groupes. La plage d’ouverture court de f3,5 à f22. Si vous avez lu l’histoire consacrée à l’Olympus OM-2N, vous savez que cet objectif est une pièce de grande précision, qui a couté une fortune mais qui est capable de rivaliser avec un Tessar. Cet objectif est tellement bon qu’il équipera le premier Pen (1959), les Trip 35 (1967) ensuite et jusqu’au Miju (1991).

Le diamètre des filtres, si vous désirez en utiliser, est de 43.5mm (les anciens filtres de 22.5mm ne peuvent pas être montés ici).

Autour de cette belle pièce, la cellule au sélénium, qu’il faut préserver au maximum en utilisant un bouchon d’objectif car elle peut s’épuiser et rendre l’appareil inutilisable (drapeau rouge bloqué, j’y reviendrai).

Les réglages sont autour de cet objectif : la sélection de la sensibilité Asa, de 50 à 400. Selon la sensibilité choisie, en automatique, la vitesse de l’obturateur se règle sur 1/200s, l’ouverture se régulant de f11 et f22 lorsqu’il y a beaucoup de lumière ; au plus lent, dans de mauvaises conditions de lumière, la vitesse sera de 1/40s avec un objectif ouvrant entre f3,5 et f8. L’appareil n’a donc toujours que deux vitesses, le 1/40s et le 1/200s.

Gros plan sur un appareil photo vintage avec un objectif et une molette d'ouverture.

Si vous passez en manuel, en réglant l’ouverture entre f3,5 et f22, la vitesse sera de 1/40s. Si jamais la vitesse devait chuter sous le 1/40s , il faudra utiliser le système Flashmatic, introduit sur le EE-3 avec les flashs Olympus de nombre guide 14. Ce système Flashmatic permet de définir une valeur d’ouverture correcte en faisant correspondre manuellement le réglage de l’anneau d’ouverture à l’une des distances estimées (1-4m) gravées sur le fut.

Lorsque vous appuyez sur le déclencheur à mi course, la cellule mesure la lumière. Si celle-ci est suffisante, la photo est captée en appuyant à fond ; s’il n’y en a pas assez, une espèce de drapeau rouge se lève et bloque le déclencheur. Pour détourner (un peu) le système, vous pouvez viser une zone plus claire, en maintenant le déclencheur à mi course, puis revenir à votre cadrage et appuyer à fond.

Petit aparté au sujet de ce drapeau rouge : c’est une fonction que l’on retrouve sur les Olympus Pen et les Trip. De fait, elle vous empêche de prendre une photo sous exposée et donc gâchée. C’est un système malin (voyez dans la vidéo du démontage complet comment cela est construit, c’est brillant) que l’on peut contourner si besoin.

Rappelez-vous, le Pen EE-3 possède deux vitesses fixes, le 1/200s et le 1/40s. La première ne sera utilisée que si vous êtes en automatique alors que la seconde est celle de la synchronisation du flash. Donc, si vous stabilisez fermement l’appareil, vous pouvez contourner la limitation en choisissant l’ouverture (entre f3,5 et f22), auquel cas vous passez en mode manuel et l’appareil fera tout au 1/40s.

Si vous passez au flash, regardez les réglages pour utiliser un flash, qui doit être de de nombre guide 14 (c’est la puissance). Ces réglages tiennent compte de la distance, qui doit se situer entre 1,5m à 4m. Notez, comme je l’ai déjà signalé, que le système Flashmatic vous dispense de faire des calculs de mesure, il le fait lui-même pour doser correctement l’éclair.

Affichage du calculateur Prinz Jupiter 277C avec un tableau de conversions en pieds et mètres.
Exemple d’une grille d’aide sur un flash électronique de l’époque. Vous y voyez la corrélation entre la sensibilité, la distance et l’ouverture recommandée.

Un mot aussi sur le viseur. Extérieurement, et surtout vu du dos, il semble minuscule. Il est juste confortable, avec ses lignes de cadre lumineuses, et rappel de la parallaxe. N’oubliez pas que la tenue normale de l’appareil induit une photo au format portrait et qu’il faut mettre le boitier à l’horizontale pour retrouver une image en paysage. Attention si vous comptez créer des diptyques, des histoires.

Voilà, voilà … j’ai fait le tour de ce sympathique petit appareil (113x70x44mm), léger (280gr nu) que l’on glisse dans toutes les poches et petits sacs. Il sera très à son aise en photographie de rue, avec un peu d’habitude.

Catalogue de caméras compactes Olympus et Ricoh, incluant des descriptions et des spécifications techniques, datant de janvier 1979.
Petit tour d’horizon des Olympus en 1979 – 1980 (Phokina) et de quelques concurrents.

Encore un détail, peut-être, au sujet de la date de construction de votre appareil : elle se trouve généralement sous la plaque de pression. Je vais reprendre l’exemple cité dans un site de référence : K98. Le « K » est le code de l’usine de production. Le 9 est l’année. Ce modèle a été fabriqué de ’73 à ’83 donc c’est 1979, et le 8 est le mois – août.

Si vous cherchez un peu d’inspiration pour vos premiers essais, regardez sur ce site ICI (en anglais).

Que penser de cet appareil ?

Si ce Pen s’est vendu si longtemps et s’il suscite encore de nos jours autant d’engouement, c’est parce que c’est un appareil bien né.

Il répond à ce que demande un photographe amateur, qui veut se faire plaisir sans se ruiner (prix d’achat, cette fois en occasion, et pellicule) et qu’il emporte facilement avec lui, tout le temps.

Il est vrai que d’autres appareils, y compris dans la même marque – je pense ici au Miju ou à l’AX – ont été encore plus loin, surtout au niveau technologique (cellule couplée, zoom, etc.), aucun de ceux-là ne peut se targuer de la solidité et de la longévité des Pen. Ce que de nombreux photographes ont parfaitement compris.

Comme vous avez pu le voir dans un des tableaux cités dans l’article, ces boitiers ne sont pas rares, ils ont été produit en million d’exemplaires et tous n’ont pas finis à la déchetterie. Toutefois, je vois parfois des prix hallucinants à leur sujet.

Pour ma part, un bel exemplaire, tout à fait fonctionnel, avec les mousses refaites et un bouchon d’objectif (important), je considère qu’il ne doit pas dépasser les 80€.

Et si jamais il tombe en panne, dans les vidéos ci-dessous, vous verrez comment le démonter et le réparer.

Ah, encore quelques petites choses … si vous trouvez que le noir ou le gris lui va bien, ne changez rien, mais sachez que chez Ashahi Aki vous trouverez des covering de toutes les couleurs et parfaitement coupés à des prix très attractifs. Pourquoi photographier triste si vos cuirettes se font la malle ?

Il me reste à vous souhaiter de trouvez le Pen de vos rêves et de l’emmenez partout avec vous pour raconter vos histoires … différemment.

Vidéos d’illustration

Et au cas où vous tomberiez sur une épave

Un peu de technique

AttributSpécification
Type d’appareil photoAppareil photo demi-format
Format de film35mm
Avancement du filmManuel
Mécanisme d’entraînement du filmMolette de pouce
Format d’image24 mm x 18 mm
Nom de l’objectifOlympus D. Zuiko
Focale28 mm
Ouverture la plus grandef/3.5
Mise au pointFixe
Construction de l’objectif4 éléments dans 3 groupes
ViseurViseur à cadre lumineux
Temps d’exposition1/200 seconde à 1/40 seconde
PosemètrePosemètre au sélénium
Sensibilités de film prises en chargeISO 25 à 400
Modes d’expositionProgramme automatique
Connexion flashHot Shoe, Flash PC
Vitesse de synchronisation du flash1/40 s
Fixation trépiedOui
Filetage pour déclencheur soupleOui
RetardateurNon
Fixation pour sangle d’appareil photoOui
Taille11,3 x 7 x 4,4 cm
Poids280 grammes
Prix moyen d’occasion dans l’année 2025130,27 euro

Des références

https://www.imagingpixel.com/p/pen-ee-3.html, https://www.camerasbymax.co.uk/blogs/featured-cameras/featured-camera-the-olympus-pen-ee-3, https://kosmofoto.com/2023/10/olympus-pen-ee3-review/, https://cameragocamera.com/2023/10/27/olympus-pen-ee3/, https://andysphotoblog.org/2025/11/06/olympus-pen-ee-3/, https://www.lomography.com/magazine/71576-olympus-pen-ee-3-pen-o-tastic-half-frame-camera, https://cameracollector.net/olympus-pen-family/ (pour vous y retrouver dans tous les PEN), en anglais ; https://pelloche.com/olympus-pen-ee3/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2044-Olympus_Pen%20EE-3.html, https://filmphotography.eu/t/fr/olympus-pen-ee-3-5/, https://dutchthrift.com/fr/blogs/gear/olympus-pen-ee-3-half-frame-icon-in-2025, https://appareil-photo-laviale.com/marque/olympus/ (une mine de renseignements utiles), en français

Argentique

Fuji, le spécialiste ancien et nouveau du demi-format présente le Fujica Half 1.9

Préambule

C’était une de ces longues brocantes dans laquelle je désespère de trouver quelque chose à déposer dans le sac à dos.

Et puis, là, au détour d’un bout de rue, une petite famille et sur la bâche bleue étendue au sol, quelques appareils photo très propres. Bizarre, personne ne semble s’être intéressé à eux, est-ce parce qu’ils sont en panne ou parce que le lieux est de fait un peu hors du circuit emprunté à trottinette par les chasseurs de trésors qui écument les brocantes, tôt le matin ?

Je ramasse donc deux Fujica Half et un petit Pen EE-3 noir. Je les teste : tout semble bien fonctionner. Je m’enquiers de leur histoire et du prix demandé.

Comme je m’y attendais, ils ont appartenu à un grand père collectionneur, aujourd’hui disparu. Ce sont là des dernières pièces, le petit-fils ne gardant qu’un Rolleiflex, qu’il trouve magnifique, à défaut d’avoir envie de l’utiliser. Ceci explique pourquoi ces trois appareils sont si propres et proches du neuf.

Le prix est correct, que je négocie un peu, pour le plaisir de la brocante et voilà – enfin – trois appareils à poser dans le sac à dos.

Ceci étant, je ne ferai qu’un article sur les deux Fujica Half que j’ai emporté car l’un est le Half classique pour lequel j’ai déjà commis un article.

Un peu d’histoire

ll faut dire que nos amis de chez Fujica ont de la suite dans les idées puisque après avoir honoré le XXè siècle de leurs demi format argentiques (dans les années soixante, nous y reviendrons), ils ont débarqué au XXIè siècle (fin 2025) avec un authentique demi format … numérique.

Ce Fujica Half X (Fujifilm X-HF1) reprend d’ailleurs vaguement les codes de ses ancêtres avec un levier d’armement (mode appareil photo argentique), il joue le jeu de l’argentique en embarquant 13 simulations de film, des filtres créatifs comme Fuite de Lumière ou Halo, ainsi qu’un effet de grain et une surimpression de date.

Appareil photo numérique avec un boîtier gris métal et noir, équipé d'un objectif Fujinon asphérique.

A ces fantaisies s’ajoute la possibilité d’imprimer directement via une imprimante Instax Link pour profiter immédiatement de ses photos. Petite entorse aux anciens appareils car il fallait d’abord terminer les 72 images de votre film de 36 poses, courir chez le photographe pour les développer et les faire tirer. Que voulez-vous, on n’arrête pas le progrès !

Alors clin d’œil à son passé ou pied de nez à Pentax et son véritable demi-format argentique, le Pentax 17, sorti lui en 2024 ?

Mais revenons à l’histoire …

Logo de FUJI FILM et FUJICA sur fond jaune.

Les débuts de l’histoire

En 1920, la majorité des films sont encore en rouleaux : le 127, le 120 et ses extensions comme le 220 et le 620, le 135mm (je passe volontairement les tailles plus exotiques de l’époque, qui n’ont pas eu de descendance moderne). Soit vous les enrouliez vous-même dans des cassettes vides, soit certains fabricants vous livraient un appareil photo avec ses cassettes propriétaires.

Un bel exemple sont les cassettes AGFA Karat (1930) que vous chargiez d’un film sur l’une et l’autre devenait le récepteur des images au fur et à mesure des prises de vue.

Dans cet esprit, et pour rester près de notre univers du demi-format, Ansco a vendu dès 1927 un petit appareil étonnant qui utilisait ce format avec des cassettes de film adaptées.

Ancienne caméra noire avec une finition en cuir texturé et un objectif ronde.

Mais c’est au tournant des années soixante que la pratique photographique se démocratise vraiment. Les appareils compacts ont la cote et un homme, Y. Maitani vient encore bouleverser le paysage en présentant le Pen en 1959. C’est un appareil tout petit, manuel, objectif fixe, focale de 28mm à multiplier par 1,5 (équivalent 42mm en 24×36). C’est l’appareil que l’on emporte partout, tout le temps.

Mais surtout, il propose un demi cadre vertical (18x24mm). Cela veut dire que sur la largeur d’un film de 35mm vous pouvez juxtaposer deux images ayant chacune la moitié de la surface.

Comparaison entre le format 35 mm et la taille réduite, avec des cadres marqués en vert.

Cette disposition particulière permet de multiplier par deux le nombre de photo (72 images sur un film de 36 poses par exemple), ce qui rend le coût à la photo moindre et permet d’en prendre plus pour le même prix. Un autre avantage est que le film utilisé est un film standard (depuis qu’il existe en cassette, vers 1934), plus courant que le format 16mm utilisé par Minolta pour ses appareils sub-miniatures, ou que le format Minox (8x11mm) encore plus petit et qui nécessitent des agrandissements plus importants.

Schéma des formats de film photographique montrant les dimensions 24x36 mm (horizontal) et 18x24 mm (vertical).

Ensuite, pour les plus créatifs, cela permet de construire de petites histoires en posant deux images l’une à côté de l’autre. On peut alors créer des diptyques : avant/après, capter des mouvements dans l’espace, ou des changements subtils d’expression. Un seul rouleau peut devenir un journal visuel, racontant une histoire en moments compacts et reliés.

Plusieurs marques vont se lancer dans ce domaine : Olympus bien sûr, Canon avec son Demi, Konica avec le Recorder, Ricoh avec l’Auto Half et Fujica. D’autres pays que le Japon vont aussi en proposer, comme l’Allemagne avec le Robot Star 50, ou les Russes avec le Chaika II, ou encore les Chinois avec le Seagull 203.

Même les belles histoires ont une fin

Deux facteurs vont sonner le glas de ces demis formats : tout d’abord, le Rollei 35 (1963), un appareil 24×36 qui a une taille proche de celle d’un demi format et ensuite le film 126 introduit par Kodak la même année. Le Rollei 35 ouvre la voie à d’autres appareils de plus en plus compacts mais qui utilisent le film 135 et Kodak, puis Agfa et consorts ouvrent la voie des appareils simplissimes et minuscules.

Les années septante verront la fin de ces boitiers particuliers … quoique (voir plus bas).

Vous pouvez toujours vous amuser et exprimer vos fantaisies, tant avec des appareils anciens que de plus récents.

Pour en revenir plus spécifiquement à Fujica, il lance son Half en 1963, la même année que le Demi de Canon. Ils ont tous deux des caractéristiques similaires : exposition automatique, cellule au sélénium à côté du viseur, vitesses et ouvertures de 1/250s à f22 jusque 1/30s à f2,8. Vous pouvez lire l’échelle ouverture/vitesse dans le viseur et certains permettent de travailler en manuel (sauf sur le Canon Demi).

Un appareil photo vintage Fujica Half sur une table en bois.

Ce Fujica Half connait un réel engouement dû non seulement à la qualité de sa fabrication, sa taille réduite et ses spécificités que j’ai reprise dans l’article qui lui est consacré.

Petite revue des demis-formats de chez Fujica

Le Mini, présenté en 1964, est sans doute le plus petit appareil photo demi cadre connu. Il propose une lentille de 25mm ouvrant à f2,8, fixe. Il possède une vitesse unique de 1/200s et sa cellule au sélénium assure des sensibilités de 25 à 200Asa.

Un appareil photo vintage Fujica Mini avec un design noir et argenté.

Puis, en 1966, ce sera au tour du Rapide D1 dont la principale curiosité est le moteur à ressort. Sa cellule est autour de l’objectif, un 28mm ouvrant à f2,8.

Appareil photo vintage Fujica argenté avec un objectif rond et une finition noire.

En 1967 le concept du Half évolue et Fujica présente le Half 1,9 avec, vous l’avez deviné, un objectif ouvrant à f1,9. Je reviendrai plus loin sur ces caractéristiques.

Finalement, en 1985, Fujica produira encore le TW-3, un dernier demi cadre à la forme originale et au concept qui ne l’est pas moins puisqu’il propose deux focales : un 23mm et un 69mm ouvrant tous les deux à f8 et un moteur intégré (piles).

Appareil photo Fuji sur un fond de feuilles d'automne.

Cette mode s’est éteinte au fur et à mesure que les appareils plein cadre (24×36) se miniaturisaient mais les photographes ont dés lors perdu la faculté de raconter des histoires courtes, possibles avec le demi format. Il est vrai aussi que cette technique avait toute sa pertinence quand le film coutait encore cher et l’a tout à fait perdue avec la raréfaction de ce dernier.

Le dernier hybride ludique semble donc bien être le Fujifilm X-HF1 ou Fujifilm Half X et en argentique le Pentax 17 (550€) ou le Loumourette (69€) de Lomography, bien que Kodak présente de nos jours un appareil aussi tout en plastique (69€) en demi-format (Kodak Ektar H35 Retro).

Amis photographes, courage, certains fabricants ont encore des idées !

Présentation du Fujica Half 1,9

Physiquement, c’est un beau rectangle aux angles arrondis, chromé et noir, finalement d’un abord qui inspire la confiance. Notamment par son poids et la qualité de ses assemblages.

Par rapport au Fujica Half classique, le Half 1,9 apporte quelques différences visibles rapidement, surtout si vous aimez le jeu des 7 erreurs :

Deux appareils photo Fujica Half et Fujica Half 1.9 sur fond blanc.

Descriptif du Half 1,9

Vue aérienne d'un appareil photo ancien avec des étiquettes indiquant différentes parties et réglages, comme l'objectif, le déclencheur et les leviers d'ajustement.
Image d'un appareil photo Fujica Half 1.9 avec des étiquettes indiquant les composants précis comme le bouton de rebobinage, le compteur de vue à remise à zéro automatique et le filetage pour trépied.
Vue arrière et intérieure de l'appareil photo Fujica Half 1.9 avec des composants étiquetés comme la manivelle de reboitage, le minuteur, le pignon de la cartouche de film, et d'autres éléments.

Présentation des commandes

Ce petit boitier a la bonne idée de pouvoir travailler en automatique, auquel cas le posemètre va fixer la combinaison ouverture/vitesse et, cerise sur la gâteau, va l’afficher dans le viseur. C’est très complet, hélas, lorsque la cellule rend l’âme (cellule au sélénium), vous basculez en manuel et vous ne bénéficiez plus de l’aide du posemètre mais vous pouvez tout régler vous-même.

Appareil photo Fujica Half 1.9 avec un design rétro et un objectif Fujinon.

L’ouverture du diaphragme se règle avec la molette du réglage Asa/Din. Lorsque vous la mobilisez, les chiffres changent sur le pourtour de l’objectif. Attention, la vitesse et l’ouverture sont couplées en fonction de la sensibilité du film. Lorsque la cellule fonctionne, une aiguille à droite dans le viseur, vous indique si l’exposition est bonne.

Gros plan sur le sélecteur de sensibilité ASA d'un appareil photo vintage avec un boîtier métallique et une lentille en verre.

La distance se règle elle avec le petit levier à gauche de l’objectif et elle se répète dans le viseur via des pictogrammes explicites (personnage, foule, montagne).

Appareil photo vintage de marque Fujifilm, avec un objectif argenté et un corps noir texturé.

Tout se corrige du bout des doigts, facilement.

Un homme tenant un appareil photo Fujica Half 1,9, illustrant les contrôles de shooting avec des flèches et des annotations. Les instructions montrent comment utiliser les doigts pour ajuster l'ouverture et la distance de mise au point.
Voici comment le mode d’emploi vous conseille de tenir l’appareil et de le régler

Petit aparté à ce sujet : maintenant, le levier des distances fonctionne sur cet exemplaire, mais quand j’ai acheté le Fujica Half 1,9, impossible de le mouvoir, la graisse du mécanisme ayant figé. J’ai alors utilisé une fine aiguille, que j’ai remplie d’essence à briquet et je l’ai injectée dans le mécanisme (et j’ai dû m’y reprendre à 3 fois). Enfin, le levier s’est libéré et j’ai pu faire les réglages sans difficulté ensuite. Comme quoi un petit bidon de réserve peut nous sauver la mise.

Sur la face avant donc, la grosse molette pour régler la sensibilité du film (limité de 25 à 400Asa) : vous soulevez la roue pour placer le repère sur le chiffre adéquat. A côté, la fenêtre du viseur et le nid d’abeille de la cellule au sélénium (ici, épuisée). A coté de l’objectif, à gauche, un connecteur PC pour le flash, si nécessaire.

Sur le capot, le levier d’armement, très court et avec une course réduite. Devant lui, le déclencheur. Au milieu, la griffe porte-accessoires, sans contact.

Appareil photo vintage avec un design argenté et noir, affichant des boutons et un objectif au-dessus.

A l’extrémité gauche, une grosse molette avec en son centre, la manivelle de rebobinage. Mais cette molette a une double fonction car elle sert aussi à régler le minuteur.

Par dessous, le compteur de vue, qui se réinitialise dès l’ouverture de la porte. Puis le petit bouton pour débrayer le film avant de le rebobiner, et un peu plus loin, le filetage pour fixer un trépied.

Le viseur, à l’arrière, ouvre sur la face avant. Il est clair et positionné en format portrait (cadrage vertical), ce qui veut dire que si vous voulez prendre une photo en format horizontal, il tourner l’appareil à 90°.

Diagramme d'un exposimètre avec une échelle d'indices de lumière et des symboles de réglage pour l'exposition.

Lorsque vous regardez à l’intérieur, sur la gauche, les pictogrammes de distances ; à droite, l’aiguille qui se déplace selon la lumière captée, avec des repères de sur ou sous exposition ; et au dessus, l’ouverture choisie en fonction de la vitesse (illustration en mode automatique). En mode manuel, la vision est identique mais l’aiguille ne se déplace pas.

Les vitesses s’échelonnent de 1/8s – 1/15 – 1/30 – 1/60 – 1/125 – 1/250 – 1/500s, plus pose B. Les ouvertures, elles, s’échelonnent de f1,9 à f22.

C’est assez étonnant de retrouver sur un si petit boitier un concentré de se qui se faisant le mieux à l’époque.

Un mot encore sur son objectif : un 3,3cm ouvrant à f1,9, un Fujinon. Qui a généralement très bonne réputation, et l’ouverture, ici, tranche avec les f2,8 ou f3,5 que l’on retrouve habituellement sur ce type d’appareil. Plusieurs auteurs le qualifient de très pointu, un autre bon point.

Un gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Fujica Half 1.9 avec inscription Fujinon 1:1,9.

Si vous voulez y placer un filtre, c’est au diamètre de 43mm

La griffe porte-accessoire est dite froide, il n’y a pas de contact pour la synchronisation au centre. Il faut relier le flash au Half 1,9 via la prise PC qui se trouve à côté de l’objectif, à gauche. Le flash se synchronise à toutes les vitesses mais si vous utilisez des ampoules, la vitesse de synchro doit être de 1/30s

Un appareil photo vintage avec un design argenté et noir, comprenant un objectif et plusieurs boutons de réglage.

Un mot aussi sur le minuteur. Sur la face arrière, un point vert fluo sur un levier coulissant de S à L : lorsque vous désirez utiliser le minuteur, vous faites glisser le levier vers la lettre L et vous tournez, dans le sens horaire (voir la flèche) la molette au dessus de ce levier. Ensuite vous armez l’appareil et vous lancez le minuteur est faisant glisser le levier sur S. Vous aurez environ 10 secondes pour être sur la photo.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo avec un bouton vert et une étiquette indiquant "PASSED".

Petite attention car vous pouvez avoir armé le minuteur mais ne pas vous en servir de suite : tant que vous ne placez pas le levier sur S, vous pouvez continuer à prendre des photos normalement.

Ah oui, si vous voulez voir ce que donne les images captées par ce Fujica Half 1,9, rendez-vous LA.

Que penser de cet appareil ?

S’il est un peu plus grand que l’Olympus EE-3, il est aussi plus sophistiqué que ce dernier et plus polyvalent.

Deux appareils photo vintage, un Fujica Half et un Olympus Pen, posés sur un fond blanc.

Avec lui, prévoyez soit une grande poche solide ou, mieux, un petit sac car il est encore fait de bon métal et très peu de plastique. L’exemplaire que je vous ai montré ici était aussi équipé d’une dragonne d’époque, que l’on peut changer pour un modèle moderne, plus confortable.

A coup sûr, c’est un appareil qui ne laissera pas indifférent car il est très connoté sixties, c’est d’ailleurs là tout son charme, je trouve.

Soit vous ajoutez dans votre sac une cellule à main, soit vous pratiquez le Sunny f16 mais vous pourrez toujours tout contrôler, surtout si comme ici, la cellule est hors service.

Finalement, la question à se poser est : Fujica Half ou Fujica Half 1,9 ?

C’est une question de goût car tous les deux sont agréables et donnent satisfaction pour raconter des histoires, les vôtres.

A quoi faire attention en cas de trouvaille ? La cellule fonctionne-t-elle encore ? Si oui, l’appareil ne devrait pas dépasser 50€, si non, à vous de négocier. Le minuteur est-il toujours fonctionnel (ressort) ? Les mousses du dos doivent-elles être changées ? Le curseur des distances glisse-t-il facilement ? Arme-t-il et déclenche-t-il ? A vous de vérifier ces points, sachant que ce type d’appareil est solide mais rien ne résiste aux brutes et aux maladroits.

Bon amusement, il vous reste à acheter de la pellicule.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Des références

https://findmax.fr/nos-tests-produits/appareils-photo,compact-fuji/test-fujifilm-x-half-compact-demi-format/, https://phototrend.fr/2025/04/fujifilm-teaser-half-the-size-twice-the-story/, https://www.chassimages.com/index.php/2025/05/22/fujifilm-x-half-compact-retro/, https://www.digitec.ch/fr/page/fujifilm-x-hf1-le-digicam-le-plus-analogique-du-monde-38081, https://dutchthrift.com/fr/blogs/gear/fujica-half-review-vintage-half-frame-35mm-gem-for-creatives, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-5849-Fujica_Half.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-15397-Fuji_Fujica%20Half%201,9.html, https://bromurefilm.com/blogs/argentique/appareils-photo-argentiques-demi-format-economiser-sur-pellicules-capturer-plus-images, https://reportage-image.com/blog/2025/7/7/tous-les-formats-de-pellicules-argentiques (pour tous connaître sur les formats de film), https://www.lomography.fr/magazine/355203-the-beauty-of-half-frame-photography, https://pratique.photo/le-demi-cadre-en-24×36/, https://99camerasmuseum.com/fr/ansco-memo, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Fujica_Half_1.9, https://women-and-dreams.blogspot.com/2017/08/fujica-half-demi-siecle.html, https://juliantanase.com/fujica-half-the-72-frames-journey/, https://www.35mmc.com/15/06/2023/5-frames-with-fujica-half-1-9-33mm-f1-9-half-frame-camera/, https://thegashaus.com/2018/05/12/fujica-half/, https://www.halfframeclub.com/fujicahalf.html, https://subclub.org/shop/fuji.htm, https://mikeeckman.com/2018/05/fujica-drive-1964/, en anglais

Argentique

Le Canon AT-1 par Olivier : le Canon trop oublié

Préambule

Olivier, que vous connaissez maintenant, cherchait ce Canon depuis un moment déjà. Quelques uns lui étaient passé sous le nez et un avant dernier, qui était en panne, fut réellement détruit par son propriétaire qui, croyant le réparer lui-même, a fait pire que mieux.

Mais notre ami ne se laisse pas démotiver et voilà qu’il en a enfin trouvé un, fonctionnel.

Comme il sait que j’en ai déjà présenté quelques uns eet que celui-là manquait, il m’a alors gentiment proposé d’écrire l’article que vous allez découvrir ci-après.

Donc, je lui laisse le clavier …

Un peu d’histoire

CANON AT-1

Le dernier appareil manuel de CANON.

                Dans la série A de CANON, il y en a un qui manquait dans les appareils présentés, et il est d’ailleurs souvent oublié, c’est le CANON AT-1. Il est dans une situation bien spécifique car il est issu du CANON AE-1 et est très souvent présenté comme un CANON AE-1 dégradé. Même si cette interprétation peut-être justifiée, il reste que ce boîtier sera le dernier boîtier semi-automatique que CANON proposera au grand public. Nous verrons, au travers de cette présentation, que ce boîtier n’a pas été conçu dans l’urgence mais qu’il répond à une demande des utilisateurs qui voulaient un successeur à leur Ftb (et dérivés).

Le CANON AT-1 est très similaire au CANON AE-1 mais ne bénéficiera pas d’une version noire comme la majorité des boitiers CANON de la série A ( AE-1, AE-1p, AV-1 et AL-1 )

                Ainsi, c’est durant mes sorties sur la toile que je vois une annonce pour un CANON AT-1 à un prix acceptable (en effet, pas mal de vendeurs regardent les prix proposés pour des articles identiques et alignent leur proposition sur ceux-ci). Mais quelle erreur de considérer que les prix proposés sont les prix du marché. Regardez plutôt la date à laquelle l’annonce a été publiée. Si celle-ci date de 5 ou 6 mois, cela veut dire que cela ne se vendra pas à ce prix ! Un boîtier CANON AT-1 ne partira pas à un prix supérieur à 30 euro. Et ne me dites pas que le fait qu’il soit manuel soit un plus…

Lors de ma dernière braderie, j’ai croisé un Minolta Srt 101 équipé d’un objectif Minolta 50 mm f 1.4 dans son sac en cuir en très bon état… Le vendeur le proposait à 30 euro. N’étant pas Minolta (mon armoire pour le matériel photo est déjà bien chargée) j’ai du laisser le boîtier de coté. Alors oui, j’aurai pu l’acheter, le rénover et tenter de le vendre sur internet pour une centaine d’euro, mais je ne suis pas de cette étoffe. Bien au contraire, si vous êtes comme cela, on risque de ne pas s’entendre.

Allez, une petite anecdote pour illustrer mon propos : Il y a quelques années, je devais remplacer le pare-choc d’une de mes voitures (il était en bon état mais soufrait de quelques chocs ou rayures assez prononcées). Comme le véhicule passait en collection, je souhaitais le rendre bien plus présentable. Finalement, j’ai rencontré un vendeur qui m’avait donné RDV sur un parking. Il avait dans son coffre le pare-choc et aussi un hayon arrière. Il voulait me vendre chaque élément plus de 100 euro. Son argumentaire était de me dire que ce type de produit était vendu plus de 150 euro dans les casses et qu’il en avait encore 4 ou 5 en stock. J’ai vite compris que j’avais affaire à un professionnel. Alors calmement, je lui explique que pour moi, c’était 50 euro maxi par élément, que je devais refaire la peinture, débosseler ce qui était déformé…Et à la remarque « Ah oui, mais vous en avez besoin ! », je lui répondis que non, la voiture était là et qu’elle m’attendait pas après. Il a fini par me faire une proposition à 80 euro que j’ai refusée. Je lui explique que je ne suis pas pressé, qu’il ne reste que peu de véhicule comme le mien dans le département et qu’il risque de garder longtemps les pièces qu’il a en stock. Enfin, je lui affirme que je finirai par trouver ce que je cherche (et finalement, ce fut le cas). En conclusion, cette petite histoire vous montre que si vous êtes patient, alors vous  trouverez ce que vous cherchez et ne partez pas du principe que vous ferez de l’argent avec des articles dits « collectors ».

Bon, après cette dissertation philosophique sur le commerce équitable, passons à notre CANON AT-1.

Présentation du Canon AT-1

1) AE-1 dégradé ou pas ?

                Et oui, dès que vous l’avez dans les mains, la tentation est grande de le confondre avec un AE-1. Le boitier est géométriquement identique et toute la partie droite est calquée sur le CANON AE-1. Seule la face avant présente le nom du produit « AT-1 » et le bouton de rembobinage se voit associer un interrupteur marche/arrêt ainsi qu’un test de pile.  De plus, il reprend aussi la même architecture interne que l’AE-1 et pour ceux qui démonteront le capot supérieur, ils auront la surprise de retrouver le célèbre fil de tungstène qui relie la couronne de sensibilité (potentiomètre dans la partie gauche, situé sous le bouton de rembobinage) à la commande de sélection de sensibilité contenue dans la couronne de sélection de la vitesse (C’est d’ailleurs une bête noire pour ceux qui démontent un tel boitier pour la première fois, la probabilité est grande de justement casser ce fil). Il est donc très clair que les ingénieurs de CANON ont bien repris beaucoup d’éléments de l’AE-1 pour concevoir l’AT-1.

Toutefois, il faut garder à l’esprit que le marché a été conquis principalement par l’AE-1, il n’est donc pas surprenant que CANON ait voulu créer un boitier qui reprenait des éléments éprouvés. L’AE-1 arrivait avec une fonctionnalité déjà existante (le mode priorité vitesse)  et aussi une fonctionnalité nouvelle : le déclenchement électromagnétique. Et finalement, je pense que c’est cette nouvelle fonction qui a créé son succès. D’autres appareils proposaient le mode Tv, le MAMIYA NC-1000, le KONICA TC… mais étaient dépourvus de cette commande électromagnétique.

Dans cet éclaté du service manual de l’AT-1, on voit très bien le fils de tungstène (flèche rouge) associé à la sélection de la sensibilité.

                Alors oui, l’AT-1 est bien issu de l’AE-1 et il a surtout gardé les éléments qui en ont fait une réussite. Ainsi l’AT-1 se verra doté du déclencheur électromagnétique.

(1)        (2)

Avec cette vue partielle du boitier, il est impossible de dire s’il s’agit d’un AT-1 ou d’un AE-1. ( La photo (1) est celle d’un AE-1 et la (2), celle d’un AT-1 ).

                Toutefois, dès que l’on arrive à la griffe porte-flash, celle de l’AE-1 est dotée de deux contacts auxiliaire alors que celle de l’AT-1 n’en comporte qu’un.

2) Alors qui a servi de modèle pour l’AT-1 ?

                Et bien la réponse est liée aux propriétaires de boitier CANON semi-automatique. C’est à dire les heureux propriétaires de FT, FTb ou encore Ftb-QL… CANON comptait bien les associer à la sortie de cette nouvelle gamme (La série A), à les faire migrer progressivement vers la nouvelle série d’objectifs FD et à délaisser les anciens FL. Pour se rendre compte de cette évolution induite, il suffit de regarder dans le viseur d’un FTb et de comparer avec ce que l’on voit dans un AT-1.

                CANON FTb                                                                                       CANON AT-1

                Il y a une similitude parfaite au niveau des repères d’exposition. Bien évidement, l’AT-1 bénéficiera du nouveau verre de visée, bien plus clair et possédant la couronne de micro-prisme ainsi que le stigmomètre. Par contre, aucun rappel de vitesse ou d’ouverture dans le viseur. Rien ne viendra troubler l’ancien utilisateur de FTb ou autres. Les nouveaux venus dans la gamme CANON n’iraient pas, de toutes les façons, prendre un AT-1.

Enfin, un autre élément, bien surprenant, nous montre que CANON avait bien des vues sur les anciens propriétaires de FT, FTb et autres. Alors que l’AV-1 (Priorité ouverture) accepte le montage des objectifs FD ou le mode TV est activé (réglage de la bague des diaphragmes sur A), l’AT-1 refusera cette configuration. La bague de fixation de l’AT-1 ne possède pas de trou pour la commande TV alors que la bague de l’AV-1 en est équipée. Bien évidement, utiliser cette commande ne passera pas votre AV-1 en mode priorité vitesse puisqu’il en est dépourvu. Cette singularité montrait bien que CANON avait encore en tête les utilisateurs de semi-automatique et comptait bien leur montrer que ce mode n’était pas condamné. D’ailleurs, pour ce boitier, j’ai trouvé des bagues TAMRON adaptall pour CANON FTb qui permettent le réglage de l’exposition à pleine ouverture en interdisant le passage en mode A de l’objectif.

3) Alors comment on s’en sert ?

                Compte tenu de la section précédente, on a déjà la réponse ! Il suffit de lire la doc du CANON FTb pour faire des photos. Comme notre ami Jean-Pascal a déjà fait une présentation du FTb, pourquoi ne pas relire cet article passionnant. Toutefois, s’il y a des lecteurs qui souhaitent rester sur cette page, je leur donne les informations essentielles. Bien évidement, tout est MANUEL !  Il faut mettre la bonne sensibilité et faire la mise au point en utilisant le télémètre. Arrivé à ce stade, il faut que dans le viseur, le cercle soit confondu avec la petite aiguille. Il faut agir, soit sur la vitesse, soit sur l’ouverture, opérations qu’un possesseur de FTb faisait de manière innée.

Pour l’AT-1, les ingénieurs de CANON ont gardé une règle que l’on retrouve sur tous les appareils dotés d’aiguille : la possibilité d’ajuster à +/-  0.5 f/stops. Caractéristique que l’on a définitivement perdue quand on est passé à l’affichage par diode.

                CANON a toutefois gardé une des possibilités de l’AE-1, si vous utilisez un flash CANON, l’appareil passera automatiquement au 1/60, mais il faudra quand même reporter l’ouverture sur l’objectif (et oui, le boitier ne pilote pas l’ouverture).

Que penser de cet appareil ?

Pourquoi acheter un CANON AT-1 ?

                Ce boitier est peu courant (n’allez pas en déduire qu’il est introuvable !). Il n’a pas eu de successeur et est bien moins populaire que l’AE-1. C’est pour cette raison qu’il restera dans des prix respectables si le vendeur ne veut pas le garder sur son étagère.

Par contre, il a quand même pas mal de point positif par rapport à un FTb. Certes il ne sera pas aussi durable qu’un FTb dépourvu d’électronique mais il soulagera bien votre cou si vous êtes un peu sensible. Il acceptera tous les accessoires CANON : objectifs FL et FD, moteur(s), flash(s), sacoche(s), soufflet…  alors il pourrait être un compagnon pour votre autre boitier CANON et vous obliger à vous replonger dans le triangle d’exposition.

Par contre, comme tous les semi-automatiques, il vous laissera « jouer » avec la sur ou la sous exposition qui feront que vous ferez ressortir les détails plongés dans l’ombre ou bien restituer plus de nuance sur les visages lors de séance de portrait en extérieur. Je crois bien que cette fois, toute la série A a bien été passée en revue !

                Enfin, un dernier petit détail… Comme il est presque identique au CANON AE-1, mon AT-1 a un verre de visée qui a « un peu » souffert. Je compte bien le remplacer en utilisant une épave de CANON AE-1.

Vidéos de présentation

Un résumé de ce que nous écrivait Olivier

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Boitier sorti en 1976, uniquement pour l’exportation (il ne fut pas vendu au Japon)
  • Appareil reflex type 35mm à obturateur à plan focal
  • Taille de l’image : 24 x 36 mm
  • Objectif de dotation : Canon FD 50mm f/1.8 SC à objectif normal
  • Monture FD
  • Obturateur Obturateur à quatre axes, déplacement horizontal, avec rideaux en tissu. X, B, 2, 1, 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/250, 1/500, 1/1000 s. Toutes les vitesses sont contrôlées électroniquement. Un minuteur intégré (avec LED clignotante).
  • Synchronisation Flash Sync X-sync à commutation automatique des contacts (synchronisation) avec prise allemande (prise PC) et griffe courte.
  • Viseur : pentaprisme fixe à hauteur des yeux. 0,82x de grossissement, 93,5 % de couverture verticale, 96,3 % de couverture horizontale. Télémètre à image divisée entouré par un télémètre à micro prisme au centre de l’écran mat de Fresnel. Aiguille de correspondance dosée, alerte de surexposition (et indicateur de contrôle de la batterie) et alerte de sous-exposition fournies.
  • Cellule CdS de contrôle pour la mesure TTL pleine ouverture, aiguille correspondante et moyenne pondérée au centre. Plage de mesure à ISO 100 et objectif f/1.8 : EV 3 – 17. La vitesse du film varie de ISO 25 à 3200.
  • Source d’alimentation : une batterie à oxyde de mercure 6 V (interdite) ou une batterie alcaline 4LR44
  • Chargement de films : bobine de prise à fentes avancées. Avance avec le levier de 120 degrés du dessus de la caméra (courses partielles activées). Levier prêt à armer à 30 degrés.
  • Compteur de vues. Réinitialisation automatique lorsque le dos de la caméra est ouvert.
  • Rembobinage de film manuel
  • Dimensions & Poids 141 x 87 x 48 mm, 590 g

Des références

https://global.canon/en/c-museum/product/film96.html, https://www.canonclassics.com/canon-at-1/20-20/, en anglais ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_AT-1, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10513-Canon_AT-1.html, en français

Argentique

Le Yashica 107 Multi Program, le premier samuraï ?

Préambule

Aïe, celui-ci je ne me souviens plus où je l’ai acheté. Simplement que je l’avais pris parce qu’il était tout beau avec son imposant zoom et sa sacoche pratique.

J’avais juste vérifié que le compartiment piles était propre, pour me rassurer, car je ne connaissais pas ce modèle : un Yashica 107 Multi Program.

Vous non plus vous ne le connaissez pas ? Commençons alors la visite.

Un peu d’histoire

Ce sera aussi assez court car je vous ai déjà écris pas mal sur cette marque, notamment lorsque j’évoquais les classiques Yashica Minister, les tout aussi célèbres Electro 35 et quelques uns des plus abordables 6×6, les Yashica C, D, Mat, Mat LM et suivant, sans oublier les fameux reflex Yashica conçus en collaboration avec Carl Zeiss et qui sont souvent la base des Contax 139 et consorts, fabriqués par Kyocera.

Fondée en 1949, elle sera rachetée en 1983 par Kyocera, qui vendra encore des appareils sous le nom Yashica jusqu’en 2005, date de la cessation d’activités. La marque sera cédée une première fois en 2008 à JNC Datum Tech International, filiale de MF Jebsen Group. Finalement, en mars 2015, les droits liés à la marque ont été transférés à Yashica International Company Limited, et la société 100 Entreprises International Group Co. Limited a été désigné comme représentant Yashica exclusif au niveau mondial.

Je vous invite à fouiller un peu le site, notamment via la recherche rapide des menus et vous découvrirez les pans de l’histoire riche de cette marque finalement assez discrète et elle aussi disparue trop tôt.

Et ce ne sont pas les tentatives maladroites des repreneurs du nom qui vont ranimer les meilleurs souvenirs de ces appareils qui ont eu leurs heures de gloire des années cinquante à quatre-vingt.

Histoire des réflex Yashica

Partons plutôt des bons réflex que la marque a produits pour présenter celui-ci, que vous trouverez parfois sous d’autres noms : Yashica 107 MP, Yashica TR7000 MP, ou encore Daewoo 107 Multi Program, et Revue AC7 de Foto-Quelle, et enfin, plus incongru, l’Oeil dentaire (Dental Eye), j’y reviendrai.

En 1973, Yashica entame donc une collaboration avec Car Zeiss pour créer les réflex Contax 139 et suivant. Les deux marques vont alors partager la même baïonnette et les mêmes optiques de haute qualité.

Cette baïonnette ou monture appelée Y/C, restera en fonction jusqu’au terme des activités de la marque et on la retrouve donc ici dans ce modèle, sorti en 1988.

Le 107 MP est le cadet d’une fratrie qui compte aussi un 108 MP et un 109 MP. Chaque numéro étant doté de spécificités plus affinées.

Mais revenons un instant sur des dates clés de la marque :

  • le premier réflex Yashica est le Pentamatic (1958), qui aura peu de succès à cause d’une baïonnette propriétaire et d’un parc optique trop restreint ;
  • le second opus sera le Yashica TL-Super (1966), qui sera décliné en TL Super et Electro X. Mine de rien, il introduit deux nouveautés : les piles à l’oxyde d’argent et non plus au mercure et ensuite la mesure TTL via deux cellules au CdS. Autre bon point, il abandonne la baïonnette de son prédécesseur pour utiliser la monture vissante M42, qui offre un vaste parc optique aux photographes. Dans la famille, en 1972, il y aura le Yashica TL-Electro, un réflex à posemètre intégré électronique et obturateur Copal contrôlé électroniquement
  • Le troisième jalon des réflex est celui concocté avec Carl Zeiss pour produire les Yashica FR et le Contax RTS dont l’obturateur est contrôlé électroniquement. Introduction de la monture Y/C pour Yashica/Contax et une gamme d’optiques de haute qualité.
  • la quatrième date clé sera 1979 avec l’introduction du FX-3, un réflex destiné aux amateurs mais pourvu de la monture Y/C qui leur ouvrait de larges perspectives
  • et enfin, en 1983, toujours en collaboration avec Contax, naissance du FX-103, le premier réflex de la marque à proposer des modes programmes et le flash TTL. Il garde toujours la monture Y/C.

Une petite idée des appareils Yashica de l’époque :

Catalogue Yashica de 1969 présentant divers modèles d'appareils photo, y compris le Yashica TL Super et le MINISTER III, avec descriptions et prix.

Les nouveaux réflex Yashica

En 1988, afin de répondre à la demande d’appareils à exposition automatiques programmée et motorisés grand public, Yashica/Kyocera met sur le marché un appareil Multi Program, le 107MP. Il sera suivi par les modèles 108MP et 109MP.

Une caméra Yashica 107 Multi Program avec un objectif visible, en gros plan.

Cet appareil rompt avec le design des autres réflex de la marque car il introduit le polycarbonate à la place du métal (il devient léger), son ergonomie est revue et plus intuitive (forme arrondie, poignée plus prononcée pour faciliter la prise en main, meilleur positionnement des commandes), son viseur est très clair

Comme je l’écrivais plus haut, il va exister trois modèles de ce nouveau boitier :

  • le Yashica 107 Multi Program (MP pour les intimes) – 1988. Il existera aussi sous les noms de Revue AC7, TR-7000 et DAEWOO 107MP
  • le Yashica 108 MP (ou Revue AC-8 – FX80 – Yodobashi Camera) – 1989
  • le Yashica 109 MP – 1995
  • le Yashica 109 MP De Luxe (1995) de couleur champagne

Un petit résumé sympa des 3 boitiers :

Tableau comparatif des modèles Yashica 107, 108 et 109, avec des informations sur le mode de conduite, les programmes d'exposition, et les spécifications de batterie.

Nous entrons dans la pré-modernité avec cet appareil, celle des moteurs intégrés qui dispensent de réarmer et donnent une cadence à la rafale, mais pas encore d’autofocus.

Découverte du Dental Eye

Nous allons découvrir cela ci-dessous, mais avant j’aimerais faire un aparté sur un appareil tout à fait spécial : l’Oeil du Dentiste ou Dental Eye en anglais.

Chaque marque développe, à côté des appareils grands publics ou professionnels de la photographie, une série d’appareils plus spécifiques et répondant à des besoins bien particuliers. Je vous ai par exemple proposé un Polaroid étonnant à ce sujet.

Ici il s’agit d’un appareil destiné aux dentistes.

Il sera d’abord basé sur un Electro 35 et appelé Oral-Eye, cet appareil était distribué par une entreprise spécialisée dans les équipements dentaires, Tokyo Shizaisha.

Appareil photo dentaire Yashica avec accessoires, incluant un étui noir marqué 'ORAL-EYE'.

Puis cet appareil sera construit sur base de réflex Yashica, le FX-3. La conception de cet appareil est optimisée pour des applications médicales et scientifiques. Il est équipé d’un objectif macro fixe et un flash annulaire était fixé d’origine à l’avant.

Aucun de ces Dental Eyes ne peut focaliser à l’infini, ils ne fonctionnent qu’en zone de mise au point (très) rapprochée, jusqu’à un grossissement de 1:10. L’ouverture est mécaniquement liée à la distance de mise au point.

Le premier Yashica Dental Eye, sur Yashica FX-3 (1983), avait un objectif de 55mm ouvrant à f4 avec un grossissement de 1:10. Ensuite, le Dental Eye II sera construit sur un Yashica 107 avec avance motorisée et équipé d’un objectif de 100mm ouvrant à f4. Le grossissement passe alors à 1:15. Pus il y aura un Dental Eye III, produit de 1997 à 2006, toujours basé sur un 107. Il sera très épuré et ses fonctions réduites à l’essentiel, ce qui autorisera une refonte du boitier, plus petit et maniable.

Ces appareils sont assez limités dans leur utilisation et particulier à trouver (sauf si vous connaissez de vieux dentistes). Toutefois, chez Lomography, quelques uns ont trouvé des utilisations dérivées. Voyez ICI ce que cela donne.

Présentation du Yashica 107 Multi Program

Comme je le signalais au chapitre précédant, le Yashica 107 MP, sorti en 1988, rompt avec la forme classique des réflex antérieurs. L’utilisation du polycarbonate autorise des formes plus anatomiques et ergonomique, voire une certaine beauté (quoique celle-ci soit toujours relative à chacun).

Lorsque l’on pense aux derniers réflex d’avant le numérique, celui-ci parait comme anachronique : il est motorisé et perd donc le levier d’avance et d’armement mais son objectif est encore à réglages manuels (l’autofocus, c’est pour bientôt) et il y a encore une molette pour rebobiner le film à son terme, avec l’habituel bouton de débrayage sur la semelle.

Ceci dit, il est agréable à prendre en main, même avec un gros zoom comme celui qui équipe cet exemplaire, un 28 – 200 ouvrant de f3,5 à 5,6. Et puisque j’évoque les optiques, sachez qu’elles sont à monture Y/C, ce qui permet de monter sur cet appareil des Carl Zeiss très qualitatifs et des Yashica très performant.

Appareil photo numérique noir avec un objectif zoom, vu de dessus.

Puisque ce Yashica 107 est Multi Program, voyons donc ceux-ci. Ils sont cinq : un programme auto (Program), programme Haute Vitesse (HP), programme à basse vitesse (LP), exposition manuelle, exposition flash manuel (synchro X à 1/90s avec les flashs non dédiés).

Le déclencheur est électronique.

Boutons et molette d'un appareil photo noir sur fond blanc.

Lorsque toutes les photos sont prises, l’appareil s’arrête. Pour rembobiner, il faut enfoncer le bouton sur la semelle et utiliser la molette pour rebobiner le film manuellement.

Diagramme d'un appareil photo avec des annotations des différentes parties, incluant des boutons et des fonctionnalités.
Schéma d'une caméra avec annotations des différentes parties et fonctions, y compris le œilleton, le verrou du dos, la prise de déclenchement, et le couvercle du compartiment de la batterie.

Mettre un film est simplifié par la motorisation : il suffit de placer la cartouche dans la chambre, de tirer l’amorce jusqu’à un trait orange, refermer le dos de l’appareil et appuyer sur le déclencheur. La motorisation tire le film et l’enroule jusqu’à la première image. Lecture du code DX des films pour régler la sensibilité de la cellule, de 50 à 3200Asa.

Vue intérieure d'un appareil photo reflex, montrant le compartiment du film et les connexions électriques.

Le compteur de vue, situé sur le capot, près du bouton de réglage, se met sur la position S. Vous pouvez y aller, tout est prêt. Notons que le compteur de vue se remet à zéro dès l’ouverture de la porte.

La mise au point est manuelle, aidée par un stigmomètre à coïncidence, entouré de micro prisme fin.

Le viseur propose un grossissement de 0,82 dans un champ de vision de 92%. Dans ce viseur, des diodes signale qu’il faut ajouter un flash (risque de sous exposition), que l’on est en mode P (programme) ou M (manuel). Lorsque la diode clignote si la vitesse descend sous les 1/30s, elle reste fixe lorsque le flash est complètement chargé

L’appareil effectue ses mesures en prépondérance centrale à travers l’objectif (TTL).

Comme il est destiné aux amateurs, tout est pensé pour simplifier la vie mais obtenir de bonnes photos :

  • en mode P (AE) : le boitier choisit un couple vitesse/ouverture afin que l’image soit bien exposée.
  • en mode HP (program vitesse élevée) : l’appareil choisit une vitesse plus élevée au détriment de l’ouverture.
  • en mode LP (program vitesse basse) : l’appareil choisit une ouverture plus élevée au détriment de la vitesse
  • en exposition manuelle : on choisit le couple vitesse/diaphragme de son choix.

Vous n’aurez donc pas trop d’informations dans le viseur mais encore une fois, le Yashica 10 MP était prévu pour des amateurs, ceux qui désirent que l’appareil s’occupe des réglages et offre de bonnes photos à la fin.

Ceci étant dit, la marque s’est souvent illustrée pour la gestion des images délivrées par ses appareils, faisons lui donc confiance. Toutefois, pour les modes programmes HP et LP, il pourrait être nécessaire de modifier l’exposition. Le correcteur d’exposition, de +/- 1,5 est accessible via un petit bouton placé à côté (gauche) de l’objectif. Toujours utile en cas de grand contraste dans l’exposition.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo, mettant en évidence la molette de réglage du mode macro et une inscription indiquant '28'.

Comme tout appareil de cette génération, il s’inscrit dans une foule d’accessoires, ce qui le rend très polyvalent.

Schéma des accessoires du système Yashica 107 Multi Program, incluant un appareil photo, des objectifs, un déclencheur à distance, et des accessoires variés.

Il possède aussi un minuteur, placé juste à côté du déclencheur, mais vous faudra courir vite car il ne vous offre que 10s. Une diode rouge clignote lentement et plus vite lors des deux dernières secondes.

Un gros plan sur le dessus d'un appareil photo Yashica, montrant le bouton de prise de vue et la lentille.

Le dos est interchangeable et vous pouviez y placer une unité avec dateur. Pour ouvrir le dos, il faut appuyer sur un minuscule bouton et baisser le petit verrou (impossible d’ouvrir l’appareil par inadvertance). C’est une précaution que l’on trouve surtout sur des appareils plus professionnels d’habitude.

Tiens, au sujet des piles, le boitier réclame 4 AAA très courantes pour alimenter le moteur d’entrainement, la cellule et l’obturateur. Sans elles, pas de photos !

Pour ôter l’optique, il suffit d’appuyer sur le petit bouton à côté de l’objectif, à droite, et de tourner dans le sens anti-horaire. Pour le remettre, il faut faire coïncider les deux points rouges et tourner dans le sens horaire jusqu’au clic discret qui vous assure que l’objectif est bien fixé.

Le boitier propose des vitesses de 16s à 1/2000s plus pose B et une synchro flash au 1/90s, en mode automatique, et de 1s à 1/2000s en mode manuel.

Des flashs lui étaient dédiés, parfois aussi sous le nom de Revue. Il s’agit des flash Électronique CS-15, flash CS-140 et CS-220 Auto Flash.

A l’époque, le Yashica 107 MP est en concurrence avec le Canon T50, le Nikon F301, le Pentax P30, le Minolta X300-MPS, par exemple. Du beau monde, difficile à départager, qu’en pensez-vous ?

Que penser de cet appareil ?

Je vous avoue que je l’aime bien, mieux qu’un Canon de la série T notamment et à égalité avec un Pentax P30 ou un Minolta X300.

Ce n’est pas un petit boitier mais on l’a bien en mains et il est vraiment confortable à utiliser. De plus, dans sa configuration ici, avec le 28 – 200mm, il est très polyvalent.

Bref, c’est un chouette appareil qui mérite d’être redécouvert et utilisé. N’oubliez pas que le parc optique qui lui est dédié, les optiques Y/C, sont de grandes qualités et assez faciles à trouver sur la Grande Toile. La combinaison des deux vous offrira beaucoup de plaisir.

Et pour ceux qui débutent, c’est un excellent appareil école car on passe sans complexe des automatismes au manuel et vice-versa.

Son prix d’achat, en très bon état, ne devrait pas dépasser les 50€, avec un 50mm à minima.

Vérifiez bien le compartiment à piles, qui ne doit pas être oxydé pour éviter les soucis, et la mousse du miroir ainsi que celle autour de la fenêtre qui vous permet de voir si un film est inséré dans la chambre. Du classique en fait …

Et vous, vous ne pensez quoi ?

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI (multilingues).

  • Yashica – Kyocera, introduit en 1988 jusqu’en 1990
  • réflex mono-objectif à baïonnette Y/C
  • obturateur à plan focal vertical métallique, contrôlé électroniquement
  • vitesses en mode auto : 16s à 1/2000s, pose B et synchro flash 1/90s ou plus lente selon le programme
  • vitesses en mode manuel : 1s à 1/2000s, pose B et synchro flash 1/90s
  • minuteur électronique de +/- 10s
  • mesure centrale pondérée, TTL, cellule de photodiode au silicium ; sensibilité de 50 à 3200Asa (si film sans codage, sensibilité automatique de 100Asa)
  • viseur à 92%, grossissement de x82
  • affichage du mode et flash par diode dans le viseur (sur la droite)
  • 5 modes : Program, LP (programme lent), HP(programme rapide), mode manuel
  • alimentation par 4 piles AAA
  • poids : 500gr nu

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_107_MP,c https://www.365electric.com/cameras/filmcameras/56767.html, https://stason.org/TULARC/recreation/photography/yashica-35mm-slr-camera/3-3-107MP-108MP-109MP.html, https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_Dental_Eye, https://www.lomography.com/magazine/19173-yashica-dental-eye-no-longer-for-the-teeth, en anglais ; https://fotobox.over-blog.fr/2024/03/yashica-mp-107-108-109.html, https://528506.com/Appareils/Appareils-photo/Sp%C3%A9cifications-de-la-cam%C3%A9ra-Yashica-TR7000-.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-5175-Foto-Quelle_Revue%20AC8%20Multiprogramm.html, en français ; https://kameramuseum.de/objekte/yashica-107-multi-program/, https://maniacphotos.com/yashica-107-multi-program-multi-gut/ en allemand

Argentique

Avant le Canon FTb, il y eut le Canon FT QL

Préambule

Ah, celui-ci vient de chez Emmaüs. Selon la personne qui me le présentait, il a appartenu à un monsieur qui en prenait soin et dont c’était le seul appareil. Il était propre, c’est vrai, livré un 50mm f1.8 FL, avec une bague FL vers M39, une seconde M39 vers FL, un tube pour la macrophotographie, un câble souple qui avait bien vécu et une lanière en cuir tressé.

Toutefois, il était complétement bloqué !

Pas moyen ni d’armer ni de déclencher, et le minuteur avait souffert. Heureusement, la pile n’avait pas coulé dans le boitier.

Au vu de l’état, petite négociation pour l’emporter à un prix plus raisonnable que demandé initialement. Et le voilà dans le coffre de la voiture pour un éventuel dépannage car je ne sais pas encore si je vais réussir à le débloquer.

Un peu d’histoire

Il y a un moment déjà que je vous ai présenté le Canon FTb QL. Ce dernier succédait au Canon Ft QL qui nous occupe aujourd’hui en 1971. Et il inaugurait une nouvelle monture, la FD, qui remplaçait l’ancienne FL dédiée elle au FT.

Mais reprenons depuis le début. Canon s’est forgé une excellente réputation, comme d’autres fabricants japonais, avec la production de télémétriques efficaces et moins onéreux que leurs homologues allemands comme le Leica ou le Contax (voir le Canon P).

Au tournant des années cinquante – soixante, c’est le réflex qui s’impose et Nikon lance le plus gros pavé dans la marre, le Nikon F (1959).

Canon n’est pas encore prêt à riposter et il multiplie les tentatives pour répondre à Nikon : du Canononflex (1959) au Canonex (1963), il propose des solutions parfois osées mais peu convaincantes (comme le Canonflex R 2000 – 1960). Puis vient le FX (1964), le premier réflex de la marque qui propose une cellule CdS, des objectifs interchangeables, des vitesses jusqu’au 1/1000s.

Outre la parenthèse Pellix (un miroir fixe semi-transparent plutôt qu’un à retour instantané), c’est le FT QL (1966) qui lance les réflex Canon dans la cours du grand public : objectifs à monture FL interchangeables, vitesses jusqu’au 1/1000s, semi-automatique, minuterie, possibilité de bloquer le miroir et chargement rapide (QL = quick load).

A partir de ce moment, l’histoire est lancée. En 1971 sortent deux appareils qui vont changer les choses : le F1, appareil professionnel qui inaugure la nouvelle monture FD et le FTb destiné aux amateurs et experts. Nous connaissons la suite.

Mais revenons un moment sur ce Canon FT QL, lancé en mars 1966, un an après le Pellix, un peu comme si la marque hésitait entre deux concepts. Et de fait, les retours clients ont marqué la fin du second, notamment à cause de la mauvaise luminosité de la visée et de l’usure rapide du miroir fixe, que les clients astiquaient de trop bon cœur pour qu’il résiste.

C’est donc la technique du miroir mobile, à retour instantané qui restera en lice. A cela, Canon ajoute la mesure de la cellule à travers l’objectif (TTL) et le chargement rapide (QL), la monture à baïonnette FL, la prévisualisation de la profondeur de champ, un minuteur, une cellule au CdS, un testeur de pile et la synchronisation du flash (1/60s).

Nous allons découvrir tout ceci plus en profondeur …

Présentation du Canon FT QL

Comme nous venons de le voir, le Canon FT QL est le premier d’une série qui aboutira au FTb, plus moderne, en 1972. Les trois appareils sont respectivement le FX, équipé d’une cellule placée en façade et donc non TTL ; le FP, qui n’a pas de cellule et est donc l’entrée de gamme de la série ; le FT QL, le haut de gamme.

Concrètement, que nous propose-t-il à cette époque ?

  • tout d’abord la monture FL, qui présente un verrouillage assez semblable à celle qui va lui succéder en 1972, la FD
  • ensuite, et c’est une première pour Canon, la mesure de la lumière à travers l’objectif, dite TTL (Through-The-Lens). Le condensateur de lumière est placé sur une surface réfléchissante qui représente 12% de l’image, incliné à 45°. La lumière passe à travers un miroir semi-transparent et frappe le posemètre. Celui-ci, alimenté par une pile, indique la quantité de lumière reçue dans le viseur via une aiguille qui bouge selon les réglages effectués, le but étant de la stabiliser dans le petit cercle.
  • cette technique, bien que précise par temps clair, montre vite ses limites en faible lumière. Un accessoire était prévu, le Booster Canon. Il permettait d’augmenter la plage de sensibilité des films de 25Asa à un incroyable 12.800Asa. Il était pratiquement possible de photographier en pleine nuit, avec un film de 100Asa, comme en plein jour. Monté sur la griffe porte accessoire, ce Booster amplifiait la lumière entrante. Sans cet accessoire, la sensibilité des films est de 25 à 2000 Asa.
Appareil photo reflex numérique Canon FT QL avec un boîtier et un cordon de connexion, affichant des indications concernant la compensation d'exposition.
  • qui dit cellule au CdS dit pile. Au mercure à l’époque, vous pouvez remplacer la PX625 de 1,35v par une pile moderne PX635A de 1,5v, mais il faudra corriger la sensibilité du film. Ou alors, mieux, utiliser une pile zinc-air destinée aux appareils auditifs, à placer dans un adaptateur, ou une WinCell, plus chère mais qui est la copie conforme de la PX625 d’origine (taille) et qui propose le même voltage
  • le réglage de la sensibilité s’effectue en soulevant la molette sur laquelle les vitesses sont notées. En face des mots Din ou Asa, il y a deux petites fenêtres dans lesquels vous verrez défiler les chiffres des sensibilités des films
  • le viseur est une lentille de Fresnel avec un cercle de micro-prisme au centre, fixe. La mise au point se fait en centrant l’image dans le rectangle gris (12% de l’image). Sur le côté droit, en bas, l’aiguille du posemètre. Il faut régler l’exposition en mode arrêt (stop-down).
Une jeune femme s'accroupit près de l'eau, souriant, avec un bateau à voile en arrière-plan.
  • l’obturateur est en tissu. Il est à plan focal horizontal et offre des vitesses de 1s jusqu’au 1/1000s, plus une pose B et la synchro flash au 1/60s. La griffe porte accessoire ne porte pas de contact
  • de synchronisation, il faut donc relier le flash à la prise PC

Comment s’y retrouver dans les commandes de l’appareil ?

Vue d'un appareil photo Canon avec des étiquettes indiquant ses différentes fonctionnalités et réglages.
Vue de dessus d'un appareil photo Canon FT avec étiquettes indiquant les différentes parties, notamment le viseur, le compartiment de la batterie, le rail pour correcteurs dioptriques, et le bouton pour libérer le rebobinage.

Du classique, vous en conviendrez. La nouveauté, à l’époque, est à l’intérieur (mesure TTL).

Un objet a son importance avec ce boitier : c’est le petit levier multi-fonctions qui est à l’aplomb de la marque FT.

Appareil photo Canon FT avec objectif visible et détails du boîtier.

Si vous le poussez vers l’objectif, il agit comme un bouton de prévisualisation de la profondeur de champ, que vous pouvez bloquer en faisant glisser sur L le petit interrupteur à son côté.

Et lorsque vous le poussez dans l’autre sens, il libère la minuterie.

Je vous avoue que j’étais un peu frustré ici car sur mon exemplaire, ce levier était bloqué je le rappelle. Parce qu’on avait forcé les fonctions de ce levier. Je l’avais d’abord neutralisé mais en parcourant le Net, j’ai trouvé comment tout remettre dans le bon ordre et tout fonctionne correctement.

De l’autre côté de l’objectif, l’autre petit levier permet de bloquer le miroir et, en dessous, c’est la prise pour la synchronisation du flash.

Un appareil photo argentique Canon FT avec un objectif visible, sur fond blanc.

Enfin, pour ouvrir le dos de cet appareil, ne vous acharnez pas sur la tirette de rebobinage, il y a un discret verrou par dessous.

Une fois ouvert, vous découvrez le mécanisme, bien pensé de l’aide au chargement (QL = quick load)

Appareil photo argentique ouvert montrant le compartiment à film.

Que penser de cet appareil ?

Selon le code inscrit dans la chambre, à l’emplacement de la bobine de film, (K522) cet appareil daterait du 5ème mois 1970 (voir références).

A son époque, ses concurrents étaient le Pentax Spotmatic SP II, le Nikkormat FTn, le Minolta SR T 101, l’Olympus OM-1 ou le Fujica ST 701 par exemple et pour rester chez nos amis Japonais.

Des appareils simples, où le mécanique l’emporte encore sur l’électronique, balbutiante mais déjà équipé de cellule embarquée et couplée.

Aujourd’hui, je les appelle des appareils-école car c’est avec eux que vous aurez le plus de chance d’apprendre le triangle d’exposition (sensibilité-vitesse-ouverture) ou la règle du Sunny f16 (revoir l’article sur le Fujica ST 701 pour ceux qui ne connaissent pas). Chaque action sur un des éléments influencera le résultat de votre photo.

Tiens, petit aparté à ce sujet : il peut être utile d’emporter avec soit un petit carnet où vous noterez les conditions de prise de vue et le réglages que vous avez choisis. Lorsque votre film sera développé, c’est un mémo utile pour savoir si vos choix étaient les bons, ou s’il faut les corriger.

Il fait son poids mais il est tout en métal, donc solide. En cas d’achat, pensez à vérifier qu’il déclenche à toutes les vitesses, que les mousses sont à faire ou ont été refaites et que le compartiment pile n’est pas oxydé. Idéalement vous devriez avoir sur vous une pile PX625A pour tester la cellule mais dites-vous bien que même si elle est HS, l’appareil fonctionne toujours et donnera d’excellentes photos.

Le levier du retardateur possède 2 utilisations : remonté dans le sens anti-horaire, c’est un retardateur mécanique. Poussé vers l’objectif, il ferme l’objectif et met la cellule sous tension pour une mesure à ouverture réelle. C’est peut-être le reproche qu’on peut lui faire, contrairement au FTb QL qui lui succèdera car lui fait la mesure de la lumière à l’ouverture choisie.

Sinon, c’est un superbe appareil, construit pour durer … longtemps.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Réflex SLR 35mm (image 24×36)
  • Monture objectif : Canon FL
  • Obturateur à plan focal horizontal ; vitesses de 1s à 1/1000s et pose B ; synchro flash par prise PC au 1/60s
  • Mesure via une cellule au CdS, à travers l’objectif (TTL)
  • Sensibilité de la cellule : de 25 à 2000Iso, sans Booster
  • Viseur par pentaprisme fixe, lentille de Fresnel avec mise au point sur cercle dépoli
  • Chargement simplifié, technique QL (Quick Load)
  • Pile PX625A avec compensatin ou WinCell
  • Poids avec objectif 50mm: 1095gr (+/-)

Des références

https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_FT_QL, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1250-Canon_FT%20QL.html, https://www.mes-appareils-photos.fr/Canon-FT-QL.htm, http://www.ericconstantineau.com/photo/review_canonftql_fr.html, https://mhphot.fr/Notices/Canon_FT_QL/canon_ft_ql.pdf, https://wikimonde.com/article/Canon_FT_QL, en français ; https://vintagecameralab.com/canon-ft-ql/, https://all-my-cameras.com/2022/06/26/the-canon-ft-ql/, https://www.localpointphotography.com/canon-ft-ql-review/,https://www.vintagecamerareviews.com/brands/canon/canon-ft-ql/, https://www.imagingpixel.com/p/canon-ft-ql.html, https://www.mir.com.my/rb/photography/companies/canon/fdresources/ftql/index.htm, http://www.luistriguez.es/fotos/cameras/canonft/index_canonft.htm, https://www.imagingpixel.com/p/canon-ft-ql.html, https://canon.cavey.org/en/canon_date_codes.php, https://blog.jimgrey.net/2013/08/02/canon-ft-ql/ , en anglais

Argentique

Le réflex le plus compact de son époque, l’Olympus OM-2N MD

Préambule

Une braderie/brocante de fin d’avril, où le ciel hésite entre soleil rare et pluies fréquentes.

C’est dire si nous regardions autant à nos pieds qu’au-dessus de nous car les exposants étaient sur le qui-vive et prêts à jeter leur bâche à la moindre alerte.

Enfin, la majorité. D’autres avaient choisi l’insouciance et un seul petit parapluie pour se mettre (un peu) à l’abri. C’est dire, dès lors, qu’il faut toujours bien regarder ce qu’on achète dans de tels lieux car certains ne protègent rien, même si ce sont des objets électriques ou électroniques. Traquez les traces d’oxydation et de gouttes de pluie, cela vous évitera des soucis.

Et pourtant, il y a parfois des exceptions, car le matériel ancien est souvent très solide : c’est le cas de cet Olympus dont le petit sac où il s’abritait avait pris toute la pluie et épargné partiellement le boitier.

Encore un qu’il va falloir négocier et, une fois rentré à la maison, sécher quand même un peu et bien nettoyer. Comme de plus je ne pouvais pas le tester (pas de pile) et que le levier du retardateur s’était fait la malle, c’était un pari à gagner. En effet, ici pas de vitesse mécanique pour vous sauver la mise.

Mais nous allons découvrir cela ensemble …

Un peu d’histoire

Puisque vous êtes fidèles au site, vous vous souvenez sans doute de l’Olympus OM-1 qu’Olivier nous avait présenté, de celui que j’avais eu entre les mains et de son petit frère, l‘Olympus OM-10.

A l’occasion de ces billets, j’ai déjà survolé la riche histoire de la marque, sur laquelle je vais revenir un moment, à travers un homme.

Le génie d’un homme

Un homme qui a révolutionné la conception des appareils photographiques chez Olympus et, par ricochet, chez les autres :

Un homme souriant présente une caméra, entouré de plusieurs appareils photo Olympus sur une table, avec un article de publicité sur les innovations de Maitani en matière de conception de caméra.

[…. Un fabricant d’appareils photo qui copie simplement l’idée des autres n’a pas le droit de se qualifier de créateur original en premier lieu.] – Yoshihisa Maitani (1933 – 2009), créateur du Pen, du système photographique OM, et du XA, entre autres.

Encore étudiant en ingénierie mécanique à l’Université Waseda, Yoshihisa Maitani aimait la photographie, qu’il pratiquait avec un antique Leica IIIf équipé d’un Tessar. Son esprit inventif lui avait déjà donné quelques envies de fabriquer des appareils et à 16 ans, il avait déposé 4 brevets pour ceux-ci.

Lorsqu’en 1956, il reçoit deux offres d’emploi, la première chez un constructeur automobile et la seconde pour Olympus. Au risque de froisser son université, il choisit la seconde.

[En ce temps-là, un étudiant qui refusait de travailler pour la première entreprise qui lui offrait un emploi était considéré comme une honte pour son université. J’avais reçu une offre d’emploi d’un constructeur automobile, mais j’ai prétendu que je ne l’avais pas fait et je suis donc allé travailler pour Olympus à la place.] dixit Y. Maitani.

C’est le concepteur des premiers appareils Olympus, Eiichi Sakurai, tombé sur les brevets de Maitani, qui a insisté auprès de sa direction pour que celui-ci rejoigne son équipe de concepteurs.

Olympus lui propose alors un parcours original : dans un premier temps, il ne doit rien concevoir mais faire le tour des différents postes dans l’usine. De fait, tous les 6 mois, il change de secteur, ce qui lui permet de s’imprégner de la philosophie et des méthodes de la marque.

Au bout de deux ans de ce parcours formateur, Monsieur Sakurai lui propose d’essayer de concevoir quelque chose.

Il s’est fixé un objectif hors du commun : concevoir un appareil qui couterait le quart du prix du boitier le moins cher de chez Olympus. Il pouvait se le permettre, ayant obtenu un degré inhabituel de liberté … et un budget conséquent.

Pour Y. Maitani, l’appareil photo doit être le prolongement du photographe, ce qui implique que cet outil doit être léger, peu encombrant et contenir la meilleure technicité possible. Son second crédo est que l’objectif est lui le prolongement de l’œil du photographe et l’âme de la caméra.

Sans doute des réminiscences de son expérience avec le Leica et le Tessar. Il demande alors qu’on lui conçoive une lentille exceptionnelle, capable de rivaliser avec l’optique de Carl Zeiss.

Le résultat sera le D-Zuiko, une optique de grande qualité mais dont la conception lui a couté la quasi totalité de son budget.

Il est donc revenu à sa planche à dessin : il avait une optique de feu, restait à concevoir l’appareil qui irait avec, tenant compte de ce qui lui restait d’argent !

Après avoir développé plusieurs prototypes, il soumet ce qui deviendra l’Olympus Pen à Monsieur Sakurai. Conquis par le concept de cet appareil demi-format avec un objectif éblouissant, ce dernier décide de lancer immédiatement la fabrication.

Mais le directeur de l’usine de production s’est opposé à la mise en œuvre de ce qu’il considérait comme un jouet ! Finalement, Olympus confiera la production à Sanko Shoji, une entreprise tiers.

Lancé en 1959, ce sera un premier succès : en quelques mois, l’usine fabriquait 5000 appareils par mois et n’arrivait pas encore à répondre à toutes les demandes.

Séduite, la direction d’Olympus lui assigna une nouvelle tâche : faire de nouveaux appareils, plus rapidement.

Ainsi, lorsque Olympus voudra lancer le Pen S, le directeur de l’usine qui avait opposé son refus au premier du nom, suppliera qu’on lui en confie l’honneur de le fabriquer.

Y. Maitani dira [ … J’ai senti que j’avais enfin gagné la reconnaissance au sein de l’entreprise, et que j’avais finalement franchi la barrière de la sagesse acceptée. Cela était dû en partie au soutien de mes supérieurs, qui ont pu voir au-delà de la barrière, mais un autre facteur était le soutien des innombrables utilisateurs qui ont acheté la caméra après sa sortie].

Le Pen et ses nombreuses itérations se vendra, in fine, à plus de 17 millions d’exemplaires. Un premier succès pour Maitani.

L’idée qui révolutionne le réflex

En 1963, c’est Y. Maitani qui dirige maintenant la création et le développement chez Olympus. Fort du succès du Pen, un appareil avec un viseur simple, il décide de s’orienter vers un réflex à objectifs interchangeables munis d’une suite d’accessoires pour créer un système capable de rivaliser avec leurs concurrents.

Faisant fi de la croyance qu’un réflex de qualité devait être surmonté d’un prisme, il créera le Pen F, un chef d’œuvre mécanique, plein d’innovations techniques dont je vous parlerai sans doute un jour, le temps de mettre la main sur un bel exemplaire abordable.

Toutefois, il n’eut pas le succès escompté … trop en avance sur son temps peut-être et, surtout, les professionnels (à qui il était destiné) ne voulaient pas d’un appareil demi-cadre.

Ce demi échec relança la machine à inventer de Y. Maitani et il allait en surprendre encore plus d’un.

[Il y a peu de valeur dans la production d’un nouvel appareil photo qui ne se distingue guère de ses concurrents], écrira-t-il quelques années plus tard.

[ Si, cependant, une nouvelle caméra reflex à objectif unique apparaît sur le marché qui offre des fonctionnalités et une performance du système indisponibles dans les caméras précédentes de ce type, son accueil sera assuré puisqu’il apporte une véritable contribution à l’amélioration des normes et à l’établissement de nouvelles valeurs. Si, en plus, c’est le genre d’appareil photo qui inspire une satisfaction croissante au fur et à mesure que le photographe apprendra à mieux le connaître, il gagnera une place permanente dans ses affections en tant qu’outil photographique indispensable. Atteindre une telle distinction était le but du système de l’OM et la raison de sa conception].

Pourtant, ce ne fut pas facile car il fallait convaincre la direction pour un autre appareil révolutionnaire. Il utilisera toute l’année 1967 pour convaincre celle-ci du bien fondé de son nouveau concept.

A l’époque, le Nikon était LA référence, notamment pour les professionnels et le Pentax Spotmatic rendait l’appareil photo de type réflex populaire auprès des amateurs. Bien que Olympus eut sorti un FTL (1971), très classique, avec objectif à monture visante M42, Y. Maitani pressentait que ce type d’appareil n’avait rien d’exceptionnel et ne révolutionnerait rien.

Ses exigences sont simples : fabriquer un réflex mono objectif qui sera 20% moins grand en largeur et en hauteur que n’importe quel concurrent et 50% que le Nikon F, avec un obturateur capable d’effectuer au moins 100.000 cycles.

Pendant 4 ans, ses équipes et lui même vont rogner tous les millimètres superflus, repositionner les fonctions incontournables, telles que le sélecteur de vitesse ; ils vont exploiter le moindre espace sous-utilisé dans le châssis.

Envers et contre tous, il a maintenu les dimensions de son nouveau bébé, même si, en fin de compte, l’appareil fini sera un millimètre plus grand que prévu !

C’est à la Photokina de 1972 que ce nouvel appareil sera dévoilé : l’Olympus M-1 (M pour Maitani, belle reconnaissance de son travail acharné) est un SRL (Single Reflex Lens) avec un viseur extraordinairement grand et clair, des commandes faciles à faire bouger (même avec de gros doigt), une taille et un poids extrêmement réduit mais capable de faire tout ce que les autres appareil professionnels de l’époque faisaient. Même se retrouver en zone de conflit, dans des laboratoires, des salles de presse, des sacs à dos de baroudeurs, les sacs photo des familles, des studios de mode, etc.

Y. Maitani et ses équipes venaient de produire un nouveau chef d’œuvre d’ingénierie mécanique, qui allait changer la vision du réflex pour les années à venir. La course à la miniaturisation était lancée, sans sacrifier les capacités de ces nouveaux boitiers.

Les 25 années qui suivront verront constamment évoluer ce boitier devenu légendaire. De Monsieur et Madame-tout-le-monde aux photographes professionnels, il y aura un modèle OM.

Pour mémoire :

  • L’OM-1, celui qui bouscule tout : un réflex pas plus encombrant qu’un télémétrique !
  • L’OM-2 introduit le semi-automatisme à ouverture contrôlée électroniquement
  • L’OM-3 perfectionne l’OM-1, destiné aux professionnels et reste entièrement mécanique
  • l’OM-4 faisait évoluer le semi-automatisme de l’OM-2 et raffine encore la mesure de la lumière
  • Les OM-10, OM-20, OM-30 et OM-40 sont des boitiers simples d’emploi, plus abordables et orientés vers les amateurs
  • Enfin, les OM-3 et OM-4 en titane, plus légers et plus solides encore, offrent aux professionnels une meilleure protection contre les intempéries.

Aux boitiers s’ajoutaient une série d’objectifs de petites tailles et très performantes, les OM-Zuiko. Elles rejoignaient l’obsession de Y. Maitani pour la qualité des optiques. Celles-ci étaient non seulement plus légères et plus petites que celles de la concurrence, mais offraient un rendement incroyable.

Tiens, petit aparté : pourquoi l’appareil a-t-il changé de nom de modèle ? C’est Leica qui vint jouer les troubles fêtes, arguant que la lettre M leur était réservée. Y. Maitani aura pu faire observer qu’il s’agissait d’un réflex et non d’un télémétrique, ce qui n’entrainait aucune confusion, mais c’était aussi quelqu’un d’affable et conciliant, aussi accepta-t-il que l’on rebaptise l’appareil O (Olympus) M (Maitani)-1.

Mais quelles étaient ces révolutions ?

La liste est longue, outre l’exploitation particulièrement intelligente du moindre espace et le fait de repenser les liaisons mécaniques modifiées par leurs nouvelles implantations.

  • Pour atteindre un poids plume, c’est un alliage qui sera utilisé en remplacement du laiton pour le corps de l’appareil
  • On utilisera des vis en acier plutôt qu’en laiton pour grappiller quelques milligrammes précieux
  • Le mécanisme de l’obturateur et du miroir – amorti par air – a été revu pour qu’il soit plus silencieux et crée moins de vibrations
  • Le viseur du pentaprisme est entièrement revu pour gagner de la place. Exit donc le condenseur de lumière traditionnel
  • Le miroir reçoit une section semi-translucide au centre pour faciliter la mesure lorsque celui-ci est en position base
  • L’obturateur est entièrement mécanique
  • Le viseur couvre environ 97% du cadre, lumineux, épuré et vraiment étonnant lorsqu’on le porte à l’œil (grossissement de x0.92)
  • Réglage des vitesses autour du support de l’objectif pour garder ceux-ci rapides et instinctifs, sans quitter le sujet des yeux
  • Minuteur et verrouillage du miroir intégré dans un seul contrôle pour réduire les vibrations
  • Poids réduit à 490gr boitier nu
Schéma d'un appareil photo Olympus avec des détails internes exposés.

Comme tous les boitiers bien nés, il va évoluer au fil du temps. Car à l’origine il n’était pas prévu de monter un moteur, sauf à modifier la plaque inférieure. En 1974, Olympus va lancer un OM-1MD (Motor Drive) qui n’a plus besoin de cette modification. Une discrète marque MD est fixée sur la face avant. Ensuite, en 1979, le OM-1N remplaçait le précédent et apportait un peu de revue cosmétique (le levier d’armement), mais surtout une diode pour indiquer que le flash était prêt ou pas, une synchronisation automatique du flash (X-sync) avec les flashs de la série T.

En 1975, c’est l’OM-2 qui pointe son nez.

Celui-ci ouvre de nouvelles perspectives avec des évolutions importantes et inédites :

  • L’obturateur devient électronique (plus précis et stable, mais nécessite toujours une pile)
  • Les cellules de mesure de la lumière sont déplacées dans la boite du miroir. Elles peuvent ainsi continuer à prendre des mesures jusqu’à ce que l’exposition soit terminée (système TTL – OTF), ce qui permet de tenir compte des changements soudain de luminosité pendant la prise de vue
  • La mesure de lumière au flash est aussi plus précise grâce à une section translucide au centre pour faciliter la mesure quand il est en position basse.

Puis ce sera un OM-2N, celui que nous allons examiner, qui sera lui-même suivi d’un OM-3 et d’un OM-4, le summum de la gamme. Ce dernier sera un revirement complet de la politique d’Olympus, qui s’était égaré dans des modèles autofocus comme l’OM-101 et l‘OM-707 … assez catastrophiques il faut en convenir.

Présentation de l’Olympus OM-2N

De l’Olympus OM-1 à l’OM-2

Si l’OM-1 a bien secoué la planète photo, l’OM-2 a accroché une autre étoile dans le ciel des photographes professionnels et/ou amateurs avertis.

Sorti en 1975, ce second opus reprend la compacité de son ainé (78.6 x 83 x 50 mm), semblable au millimètre près à celle du Leica M3, qui n’a portant pas de prisme de prise de vue puisqu’il s’agit d’un appareil télémétrique.

Comparé à ses rivaux du moment, le Nikon F2, le Canon F-1, le Pentax LX, il fait vraiment petit. Pourtant, il apporte lui aussi un système sophistiqué et complet : moteur à 5i/s, optiques de grande qualité à foison, flash dédié et toute une série d’accessoires parfois plus anecdotiques. Là où on pourrait chicaner, c’est que le prisme n’est pas interchangeable mais on peut changer les verres de visée.

Mais outre sa taille, ce qui frappe dans ce boitier, c’est le nombre d’articles disponibles pour répondre à toutes les demandes des photographes, qu’il soit destiné à des scientifiques, des chercheurs, des architectes, des astronomes, ou des photo reporters, des photographes de studio ou des amateurs.

Toutefois, c’est à l’intérieur que tout se passe …

L’Olympus OM-2 dispose d’un système de mesure directe à travers l’objectif (TTL) pour la pellicule (OTF), appelé Auto Dynamic Metering (ADM). A l’époque, c’est une première mondiale car le calcul de la lumière se fait en continu, en mesurant la quantité de lumière réfléchie par le film.

Deux capteurs jumeaux (cellules bleues en silicium) mesurent la lumière réfléchie sur une surface graduée tournée du côté de l’objectif. Pour des vitesses d’obturation inférieures à 1/60 s, l’exposition est calculée à partir de la quantité de lumière réfléchie sur la surface du film pendant l’exposition. L’obturateur est de type tissu à coulée horizontale. En mode automatique, l’appareil est capable d’afficher des expositions allant de 60s à 1/1000s, tout comme en mode manuel, avec là des vitesses de 1s à 1/1000s, plus la pose B.

Plus simplement, au lieu de mesurer la lumière à travers l’objectif avant de prendre une photo, l’OM-2 la mesure sur le rideau de l’obturateur (pour les expositions courtes) ou directement hors de la surface du film (pour les longues expositions) lors de l’exposition réelle elle-même.

Cette manière de faire permet d’obtenir d’excellents résultats même dans des conditions d’éclairage difficile.

Ensuite, l’OM-2 est un hybride mécanique/électronique : il y a deux vitesses mécaniques, le 1/60s et la pose B, les autres vitesses sont électroniques.

C’est donc un semi-automatique à priorité ouverture : vous réglez celle-ci et l’appareil sélectionne automatiquement la vitesse d’obturation, ajustant parfois de manière invisible l’exposition médiane si nécessaire.

Plusieurs photographes célèbres ont utilisé l’OM-2, dont Patrick Lichfield, Kon Sasaki, Don McCullin, Roy Morsch, Jacques Schumacher, Robert Semeniuk et James Sugar (si, comme moi, vous ne les connaissez pas tous, un petit tour sur la Grande Toile pour parfaire notre culture photographique).

Mais comme je l’écrivais plus haut, les appareils bien nés évoluent par petites touches (OM-2, OM-2 MD – avec moteur, OM-2N- MD, OM-2S – OM-2 Spot Program – avec mesure spot entre autre), même si celles-ci sont des révolutions.

De l’Olympus OM-2 au OM-2N

En 1979 apparait donc l’Olympus OM-2N. Il sera fabriqué jusqu’en 1984.

Pas de grands chambardements mais des évolutions en douceur :

  • Amélioration de l’OTF pour les faibles luminosités
  • La synchro flash devient TTL avec les flashs de la série T
  • Le moteur se monte sans modification sur le boitier
  • Informations plus précises dans le viseur (introduction de diode, indication de la compensation d’exposition)
  • Gamme de mesure du posemètre élargie
  • Le viseur est encore plus lumineux
Image d'un appareil photo Olympus OM-2 avec des étiquettes détaillant les différentes fonctionnalités et réglages de l'appareil.

Point de vue purement esthétique, les OM-2, OM-2N et OM-2MD ont existé en livrée bis-colors ou noire, alors que le Spot Programme n’existait qu’en noir.

Revue de détails de l’OLympus OM-2N

Ensuite, vous avez sans nul doute remarqué le minuscule N majuscule gravé sur la face avant et le fait que la fonction de réinitialisation a été déplacée en haut de la caméra via l’interrupteur d’alimentation et le mot Reset est gravé à côté du mot Check sur la plaque supérieure de la caméra.

Commençons en haut, sur le prisme. Première remarque, le sabot du flash est amovible et non fixe comme sur les concurrents, ce qui ajoute à la compacité de l’ensemble. A la place donc, une douille filetée avec deux trous pour les broches de contact. Juste au dessus du viseur, il est écrit shoe 4 pour vous aider dans le vaste choix de sabot ayant existé pour la gamme.

Vue rapprochée du sommet d'un appareil photo argentique OM-2N avec des boutons et un objectif.

Les contacts du flash modifient les informations dans le viseur : une lumière signale que le flash est prêt à l’emploi et une seconde, rouge, confirme l’exposition correcte du flash après déclenchement. Si vous utilisez un flash de la série T, celui-ci et l’obturateur se synchronisent au réglage X.

Si vous regardez sur la gauche de la monture de l’objectif, vous verrez une prise PC. Autour de celle-ci, un interrupteur vous permet de choisir entre X ou FP. Le X est à choisir pour tous les flashs électroniques, y compris bien sûr ceux de la marque ; le FP est à réserver aux flashs plus anciens, à ampoules.

Appareil photo argentique Olympus avec objectif, vu de côté.

Si nous continuons le tour du propriétaire, nous ne pouvons rater ce qui fit, aussi, la réputation de la gamme OM et ce que HBC (Henri Cartier Bresson pour les intimes) disait en précisant que l’appareil était une extension de son oeil : le viseur !

Sa taille, sa lisibilité facilite la relation du photographe avec son boitier et c’est surement ce qui explique l’engouement que cette gamme continue d’entretenir auprès des amateurs.

Alors, nous allons y coller notre œil … et regarder les positions du sélecteur.

Au centre, un stigmomètre à coïncidence entouré d’un champ à micro-prismes très fin. Lorsque vous basculez du mode manuel en automatique,

Un gros plan sur le bouton de réglage d'un appareil photo OM-2N, avec un doigt touchant le sélecteur entre les modes AUTO et MANUEL.

sur la gauche, vous voyez apparaître une échelle avec une aiguille qui bouge en fonction soit de l’ouverture, soit de la vitesse.

Illustration montrant un viseur avec l'indication 'OFF' à gauche et 'AUTO' à droite, indiquant un changement d'état.

Si vous êtes resté en mode manuel, les indications sont plus succinctes mais néanmoins suffisantes et précises :

Symboles d'exposition photographique : 1 stop surexposé, 1/2 stop surexposé, exposition correcte, 1/2 stop sous-exposé, 1 stop sous-exposé.

En mode automatique, c’est plus précis : l’aiguille vous indique la vitesse retenue fonction de l’ouverture que vous avez déterminée (priorité ouverture).

Panneau de contrôle avec indicateur de réglage en position AUTO, OFF et MANUAL, affichant des chiffres et des flèches pour le réglage.

Le plus surprenant sur l’Olympus OM-2N c’est vraiment son système de mesure de la lumière en automatisme ; il analyse la lumière, renvoyée par le premier rideau ou le film (tout dépend de la vitesse d’obturation), grâce à deux photodiodes au Silicium (SBC).

Lorsque le circuit de commande estime que le film a reçu suffisamment de lumière, il libère le second rideau, ce qui du même coup interrompt l’alimentation des SBC. Au 1/60 s, l’estimation de l’exposition se fait sensiblement pour moitié sur le premier rideau et pour moitié sur le film. Cependant, en raison de la disposition fortement pondérée des éléments réfléchissants du premier rideau, on conserve une nette impression de pondération centrale. Cette variation de la pondération peut-elle affecter l’exposition ? Dans la plupart des cas, elle sera sans doute négligeable. Sans doute, néanmoins, y aura-t-il des cas de luminosité où cela ne fonctionnera pas. Les deux photodiodes SBC servent également au contrôle de l’exposition en temps réel avec les flashs Olympus de la série T, dont celui dédié à ce boitier, le T20.

En mode manuel, deux cellules au CdS classiques mesurent la lumière au niveau du dépoli, à pleine ouverture et pondérée.

Un tel système interdit la mémorisation, mais pas la correction volontaire d’exposition qui, lors de sa mise en œuvre est rappelée dans le viseur, bravo ! De plus, il est totalement insensible aux lumières parasites provenant du viseur.

Petite particularité de cet appareil : si vous êtes en OFF vous pourriez croire que tout est éteint. Ce n’est pas tout à fait exact car si vous appuyez sur le déclencheur pour prendre une photo, le mode Auto s’allume automatiquement et momentanément pour vous donner une photo correctement exposée, pour autant que la vitesse soit au minimum de 1/30s. Petite précaution pour les photographes pro qui doivent faire face à une situation inopinée.

Enfin, sur le bouton de sélection il reste check-reset : poussé vers cette position, c’est un contrôle de l’état de la batterie (si elles sont bonnes, une diode rouge s’allume et clignote si elles sont faibles) et il réinitialise le miroir si l’appareil le verrouille en position haute.

Vue rapprochée du boîtier d'un appareil photo OM-2 N avec des réglages de mode et un indicateur de contrôle.

Un mot à ce sujet (à vous de l’exploiter en cas d’achat par quelqu’un qui ne connait pas l’appareil … chuuuut, je n’ai rien écris) : le miroir est verrouillé si vous avez enfoncé le déclencheur avec des batteries fatiguées ou si le film est avancé lorsqu’une longue exposition. Le manuel indique que le verrouillage du miroir est une caractéristique de sécurité et non un défaut mécanique.

Bon, continuons la visite …

Sur le capot, près du prisme, un cadran rond qui a deux fonctions. La première, si vous tirez dessus, vous permet de régler la sensibilité du film (Asa/Iso) ; si vous ne le levez pas, vous réglez la compensation d’exposition, par 1/3 d’arrêt. Notez que si vous utilisez la compensation, un petit indicateur +/- glisse dans le viseur, à gauche.

Détail d'un appareil photo argentique montrant le cadran ASA et des boutons de réglage.

En façade, un petit bouton rond, à côté duquel un R rouge est gravé, indique qu’il permet de déverrouiller l’avance du film pour le rebobinage. La semelle ne porte plus alors que les couvercles pour les piles, pour l’entrainement du moteur et les contacts de celui-ci.

Détail d'un appareil photo OM-2N avec un bouton de recharge et un objectif visible.

En dessous de ce petit bouton, un large levier actionne le minuteur, modulable de 8 à 12 secondes.

Autour du bloc objectif, un anneau avec deux excroissances faciles à appréhender permet de modifier rapidement la vitesse, et sans regarder ce que l’on fait. L’aiguille du posemètre, dans le viseur, montre immédiatement les conséquences des changements.

Appareil photo argentique Olympus OM-2N avec objectif visible et cadrans détaillés.

Si vous désirez ôter l’objectif, il suffit d’appuyer sur les deux boutons sur le pourtour et de tourner dans le sens anti horaire. Pour le remettre, il faut aligner les deux points rouges et tourner dans le sens horaire.

Un mot d’ailleurs au sujet de la monture OM : tous les objectifs antérieurs ou postérieurs de la gamme sont compatibles avec les boitiers de la gamme, tout comme les autres éléments du système Olympus OM. C’est ce qui a permis à la marque de rivaliser avec d’autres modèles professionnels de son époque, comme le Nikon F2, le Canon F-1, le Minolta XK et aussi le système Pentax K.

Les objectifs Zuiko ont en plus une excellente réputation et couvrent tous les besoins des photographes. Sur l’exemplaire que je vous propose, j’ai d’ailleurs un étonnant zoom 24 -48mm ouvrant à f4 constant (Zuiko OM-System S Auto-zoom, diamètre de 48mm), très compact.

Un mot aussi sur les piles qui vont alimenter le boitier : il s’agit de deux SR ou LR 44 de 1,5v.

La gamme de vitesses du OM-2N est assez spécifique. Elle s’étale de 1s au 1/1000s plus pose B en mode manuel mais passe de 120s à 1/1000s en mode automatique.

Enfin, un dernier mot au sujet du rideau, sur lequel est dessiné un damier très particulier, celui sur lequel la mesure de la lumière se fait. Deux mots à retenir absolument : pas touche !

Ce damier noir et blanc fait partie du système OTF (off the film), que vous apercevez derrière le miroir. Il permet de faire la mesure de la lumière hors du film de manière très précise et en continu, ce qui évite les erreurs dues au changement de lumière pendant la prise de vue. Il permet encore de contrôler la durée de l’éclair du flash en dosant la lumière qui frappe le film lui-même.

Petit résumé

Si je devais résumer cet Olympus OM-2N, je reviendrais sur quatre mots : léger (510gr nu), compact, évolutif et solide.

J’ai déjà largement évoqué les trois premiers mais je reviens sur le quatrième. De nos jours, dans l’imagerie collective, on retient les Nikon comme étant de tous les fronts de guerre (quelques exemples ci-dessous) ou les lieux sensibles, voire chez les peoples.

Mais d’autres ont mouillé leurs chemises avec des Olympus OM

Bref, les Olympus OM ont encore de l’avenir malgré leur plus de 50 ans !

Petite revue de ce qu’en disait la presse spécialisée/ la publicité de l’époque

Description de l'appareil photo reflex Olympus OM 2 N, avec vue de l'avant, de l'arrière et du dessous, accompagné de spécifications techniques.
Granier-Natkin 1981
Un article présentant des appareils photo reflex, notamment le Minolta XD 5 et l'Olympus OM 2n, avec des spécifications techniques et des descriptions.
Camara 1981, les meilleurs réflex de l’époque (voir encadré en bleu)

Que penser de cet appareil ?

Comme je le précisais dans le préambule de cet article, cet exemplaire semblait n’avoir pas trop souffert, hormis le petit cache qui tient le minuteur qui s’est fait la malle !

Bien nettoyé, j’ai refait les mousses du miroir et du dos, remis des pile neuves et collé le bouton du minuteur au gaffer, en attendant mieux.

Il est vrai que c’est un appareil plaisant à manipuler et, je l’avoue, j’ai repris mon OM-D EM-1 à ses côtés : la filiation est étonnante et Olympus avait gardé la philosophie de feu Y. Maitani intacte. Gageons que OM System perdure celle-là.

Deux appareils photo Olympus sur un bureau, l'un est numérique OM-D et l'autre est un ancien modèle OM-2.

Il faut un peu s’habituer au réglage de la vitesse, autour du fut d’objectif mais c’est plus une question de pratique.

Pour le reste, c’est un appareil classique qui cache bien son jeu car, extérieurement, rien n’indique sa très bonne maitrise de la lumière. Sa compacité vous encourage à le prendre souvent avec vous en sortie et ses petites astuces vous aideront bien à capter sur le vif. C’est aussi un excellent compagnon en street photography.

Si l’OM-1 a ouvert une brèche quant au design des boitiers réflex, amenant une vraie réflexion sur leur taille et leur ergonomie, l’OM-2N a clairement posé cet appareil comme un incontournable, recherché et bien plus abordable que les opus 3 et 4.

Donc, si vous croisez la route d’un très bel exemplaire, laissez-vous tenter, c’est un appareil que vous en regretterez que lorsque vous devrez le quitter.

Une idée des images captées par ce type d’appareil ICI.

Quelques vidéos d’illustration

Rappel utile :

Petits conseils pour ceux qui utilisent peu YouTube : vous pouvez (presque) toujours traduire les vidéos dans votre langue. Voici comment faire :

Bon visionnement :

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Comment estimer l’âge de votre OM-2 ou OM-2N

Plage de nombres en sérieModèleAnnées De Production Approximatives
100000 – 299999Début OM-2Catégorie: 1975 à 1977
300000 – 499999OM-2 / OM-2 MD tardifCatégorie: 1977-1979
500000+OM-2N1979-1987

Où trouver le numéro de série :

  • Le numéro de série est gravé sur la plaque supérieure près du levier de rembobinage.

Données techniques

  • Olympus OM-2n introduit en 1979
  • Obturateur horizontal en tissu caoutchouté à plan focal, à commande électronique
  • Plage de vitesse d’obturateur: 1s-1/1000s plus pose B, synchro flash et vitesse mécanique 1/60s ; prise PC pour les flashs ; minuteur
  • Sensibilité de la cellule : 12-1600Asa ; mesure TTL directement sur le rideau (cellules SPD)
  • Indications dans le viseur : aiguille avec sur et sous exposition en manuel, indicateur de la vitesse en automatique
  • Griffe porte accessoire optionnelle et détachable (référence n° 4)
  • Alimentation : 2SR44 ou 2LR44
  • Modes d’exposition : priorité ouverture (automatique) ou manuel
  • Viseur : 97% du champ, grossissement x.84
  • Ecran de visée interchangeable (13 modèles)
  • Monture : Olympus OM
  • Flash dédié Olympus T20
  • Poids 519gr

Des références

https://expert-photo.fr/olympus-om-2n-avis-test-complet/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-11635-Olympus_OM-2n.html, https://www.appaphot.be/fr/brands/olympus/olympus-om-2n-md/, https://35mm-compact.com/reflex/olympusom2n.htm, https://parlonsargentique.com/olympus-om-2n-fiche-technique-avis/, https://www.mes-appareils-photos.fr/Olympus-OM-2N.htm, en français ; https://en.wikipedia.org/wiki/Olympus_OM-2, https://thenoisyshutter.com/2024/05/06/classic-camera-review-olympus-om-2n/, https://zuikography.com/olympus-om-2-family-precision/, https://www.35mmc.com/29/07/2024/olympus-om2n-best-of-both-worlds/, https://www.mir.com.my/rb/photography/hardwares/classics/olympusom1n2/ (lien désactivé à la demande de l’auteur, pour ne pas bloquer le serveur qui l’héberge), https://amateurphotographer.com/technique/film-photography/classic-film-cameras-olympus-om-2n/, https://zuikography.com/olympus-om-2-family-precision/, https://www.edwardmunn.co.uk/blog/olympus-om2n-review-the-best-value-film-slr-in-2025, https://www.digitalcameraworld.com/features/the-man-behind-the-olympus-om-camera-yoshihisa-maitani, https://zuikography.com/yoshihisa-maitani-the-visionary-behind-olympuss-revolutionary-cameras/, https://casualphotophile.com/2018/01/12/yoshihisa-maitani-the-man-who-made-olympus/, en anglais

Argentique

Le petit frère du Canon FTb QL, le Canon TX (seconde partie)

Dans cette seconde partie, nous allons découvrir ce Canon TX, comment il fonctionne et ce que j’en pense pour l’avoir manipulé un moment.

Bonne découverte.

Présentation du Canon TX

Comme vous avez pu le découvrir dans l’histoire de cet appareil, il est donc une version simplifiée du Canon FTb qui ne sera jamais vendue au Japon mais produite pour l’exportation, notamment vers les USA (aussi sous le nom de Bell&Howell FD 35) et l’Europe. Il est apparu sur le marché en mars 1975.

Qu’a-t-on sacrifié sur l’autel du prix ? Ce qui frappe en premier, c’est la vitesse maximale, limitée au 1/500s et non plus au 1/1000s ; ensuite, le bouton de déclenchement n’a pas de verrou ; puis, ils ont retiré le minuteur (le levier existe toujours mais il sert à tester la profondeur de champ). Ça, c’est ce qui se voit avec un peu d’habitude.

Vue plongeante d'un appareil photo argentique avec objectif, bouton de réglage d'ouverture et cadran de vitesse d'obturation.

Au moins, ils ont gardé la pose B, pour les expositions longues, le testeur de profondeur de champ et la griffe porte-flash avec contact synchronisé, même s’il y a encore une prise PC.

Pour le reste, il faut lire le mode d’emploi. En effet, dans le TX, la mesure de la lumière est une moyenne pondérée au centre alors que celle du FTb est une mesure partielle au centre (12%). Cette différence affecte la précision de l’exposition dans les scènes très contrastées.

Ceci dit, cette mesure s’effectue toujours à travers l’objectif (=TTL) et la mesure s’affiche au travers d’une mire avec une aiguille qu’il faut placer au centre d’un cercle pour éviter la sur ou sous exposition. Une pile est donc nécessaire. Une PX625A pour remplacer celle autrefois au mercure.

Dans le viseur, une première aiguille se déplace suivant la vitesse sélectionnée et la réaction du posemètre. Une seconde aiguille, qui se termine par un anneau, se déplace suivant le choix du diaphragme. Le but du jeu est d’amener les deux aiguilles à coïncidence.

Diagramme présentant trois indicateurs : aiguille de mesure, aiguille de l'ouverture et indice de la pile. La première position montre l'aiguille qui descend, la deuxième position indique une exposition correcte, et la troisième position montre un signal rouge pour une exposition hors du couplage de la cellule.

La cellule est située derrière le prisme, près de l’œilleton de visée. Sa mesure est pondérée, centrée au-dessous de la plage des micro-prismes.

Diagramme illustrant la relation entre le déclencheur, le diaphragme et le miroir d'un appareil photo.

Rassurez-vous, même sans pile, le TX fonctionne toujours, elle ne sert qu’à alimenter le circuit du posemètre.

C’est un appareil tout manuel, de ceux que je qualifie souvent d’appareils école car avec lui vous apprendrez les subtilités du triangle d’exposition.

Graphique illustrant les paramètres de l'exposition photographique : ouverture du diaphragme, vitesse d'obturation et sensibilité ISO, avec des icônes représentant le mouvement.

Pour le reste, c’est un appareil très classique dans sa présentation et ses fonctions:

Vue du dessus d'un appareil photo Canon TX avec un objectif Canon FD 50mm f/1.8 S.C., présentant plusieurs étiquettes indiquant les fonctions des différents éléments de l'appareil.
Schéma illustrant un appareil photo Canon TX avec des étiquettes indiquant les différentes parties et fonctions comme le levier de prévisualisation, le compartiment de la batterie, et le filetage pour trépied.

Tout comme le FTb, il utilise la nouvelle monture Canon, la FD (qui remplace la FL plus ancienne). Il vous ouvre donc un vaste parc d’optiques de qualité, chez Canon même et chez les opticiens tiers de l’époque (Vivitar, Chinon, Tamron, etc.). Pensez-y : les objectifs Canon FD permettent une mesure de l’exposition à pleine ouverture alors que les objectifs FL et R ne permettent une mesure qu’à diaphragme fermé.

Quant aux flashs, tous ceux dits électroniques de l’époque fonctionnent, même ceux avec un câble de raccordement. La vitesse de synchronisation est de 1/60s.

Résumons-nous : le Canon TX est un appareil fiable, solide, qui devait faire le bonheur de nombreux photographes car moins cher que les autres appareils de la gamme. Il offre le nécessaire, sans le superflu et vous permet d’apprendre la photographie sans risque puisqu’il est tout mécanique, la pile ne servant qu’à alimenter la cellule.

Pourtant, ce ne fut pas, en Europe du moins, un succès commercial comme attendu, vous allez comprendre pourquoi.

Petite revue de détail des Canon de l’époque:

Page de catalogue Canon présentant différents modèles d'appareils photo et accessoires, avec des spécifications techniques et des descriptions.

De fait, la date de sa sortie sur le marché le place entre deux énormes succès commerciaux de la marque : le Canon FTB (1971) et ensuite le AE-1 (1976). Hormis son prix, il ne pouvait rien offrir d’autres aux photographes de l’époque.

Que penser de cet appareil ?

Que du bien, même s’il se fait rare sur les braderies/brocantes, pour les raisons exprimées ci-devant.

C’est un boitier que l’on tient facilement en mains, que l’on peut utiliser de suite, même sans avoir lu le mode d’emploi et qui ne déçoit pas. Ses réglages sont naturels et simples à mettre en œuvre et sa compatibilité avec les objectifs FD vous permettent d’envisager tous types de photo.

Tout mécanique, il ne vous lâche pas si la pile est morte, vous pourrez toujours photographier.

Subjectivement, c’est un appareil que l’on a envie d’emmener dehors, car c’est sa place. Il vous en voudra si vous le laissez dans un placard, une vitrine.

Et comme son prix, toujours attractif (comptez au maximum 50€ pour un très bel exemplaire) ne vous ruinera pas, vous pourrez courir acheter de la pellicule et l’essayer de suite.

Donc, soyez raisonnable ou soyez fou, mais faites-vous plaisir.

Des vidéos d’illustration

Un peu de technique

Le mode d’emploi est par LA.

  • Réflex mono objectif 35mm
  • Image de 24x36mm
  • Monture FD, optique de dotation Canon FD 50mm f1.8 SC
  • Obturateur à plan focal horizontal à deux axes, avec rideaux en tissu. Vitesses de 1s, 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/250, 1/500s plus pose B et synchro flash au 1/60s.
  • Viseur avec pentaprisme au niveau des yeux ; grossissement 0.85x et couverture de 94%. Télémètre à microprisme au centre de l’écran de Fresnel, mat . Aiguille d’indication de la cellule, avertissement flash insuffisant, avertissement de surexposition et de sous-exposition.
  • Mesure avec une cellule CdS à travers l’objectif à pleine ouverture, mesure moyenne pondérée centrale. Sensibilité de 25 à 2000 Iso
  • Compteur de vue avec réinitialisation à l’ouverture du dos
  • Pile PX625A de 1,5v ou WeinCell pour remplacer la pile au mercure PX625 de 1,35v
  • Dimensions et poids 144 x 93 x 43 mm, 680 g

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10506-Canon_TX.html, https://filmphotography.eu/t/fr/canon-tx-5/, https://clicclacphotoblog.wordpress.com/2018/02/16/petite-histoire-de-la-photographie-le-pays-du-soleil-levant-5-6/, http://photogamme.com/histoire-de-la-photographie-japonaise, https://zenuacademie.com/photographie/comprendre-triangle-exposition-debutants/, https://repairedescreateurs.com/triangle-exposition/, en français ; https://mikeeckman.com/photovintage/vintagecameras/canontx/index.html, https://global.canon/en/c-museum/product/film90.html, https://www.vintagecamerareviews.com/brands/canon/canon-tx/, https://www.canonclassics.com/canon-tx/20-5/, https://flynngraphics.ca/the-collection/the-cameras/f-series/canon-tx/ (une mine de renseignements), https://www.photoethnography.com/ClassicCameras/CanonTX.html, en anglais

Argentique

Le petit frère du Canon FTb QL, le Canon TX (première partie)

Préambule

C’est encore chez Emmaüs que j’ai trouvé ce pauvre Canon TX.

Couvert de poussières grasses, sans objectif, la mousse du miroir en lambeaux et plein de micro débris indéfinissables dans la chambre, le compartiment pile oxydé. Mais il armait et déclenchait encore.

Sans doute un peu masochiste — mais aussi parce que je terminais l’article sur le Canon FT QL — j’ai décidé de l’emporter et d’essayer de lui redonner un aspect plus convenable et un objectif pour qu’il puisse à nouveau s’exprimer.

Essence de nettoyage, dissolvant, coton-tiges, carrés de micro-fibres, produits de carrosserie, nettoyant pour lunettes, mousses à découper et quelques heures de patience m’ont effectivement été nécessaires pour arriver à un Canon TX enfin présentable et pleinement fonctionnel, même la cellule.

Je vais donc pouvoir vous le détailler.

Un peu (beaucoup) d’histoire

Cet article sera aussi l’occasion de faire un résumé plus complet sur l’histoire de la photographie et celle de la marque, et de la replacer dans son contexte temporel et géographique.

Car le Canon TX est un reflex 35 mm lancé dans les années 1970. Moins connu que le Canon FTb, il représente pourtant une étape importante dans l’histoire des appareils photo argentiques Canon…

Vous êtes prêt ? Alors, commençons…

Les inventeurs

Nous sommes au milieu du XIXe siècle, en France et en Angleterre. Car c’est en Europe que la photographie est née. Le Français Nicéphore Niépce réussira un premier essai en 1822 mais c’est l’image Point de vue du Gras qui est considérée comme la première héliographie (reproduction spontanée de l’action de la lumière, avec la dégradation de teintes noires, sur les images reçues dans une Camera obscura – 1824) fixée sur un support.

Un autre français, Jacques Louis Daguerre, s’intéresse à l’invention et prend contact avec Niépce. Après quelques hésitations, une collaboration nait entre les deux hommes (en 1829) pour le développement et l’industrialisation de l’invention. Hélas, en 1833, Nicéphore Niépce décède subitement et Daguerre s’approprie l’invention, qu’il présente au député François Arago sous le nom de Daguerréotype.

Enthousiaste, ce dernier décrit l’invention à la Chambre des Députés (1839) et ouvre à l’univers tout entier l’invention de la photographie. Il va s’en dire qu’une polémique s’en suivra et que finalement la paternité de l’invention sera rendue à Niépce.

Si l’invention de Niépce se basait sur du bitume de Judée, qui réagit à la lumière, étalé sur une plaque de cuivre et exposée plusieurs jours à la lumière, Daguerre l’a perfectionnée : il utilise les vapeurs d’iode comme agent sensibilisateur sur une plaque de cuivre recouverte d’une couche d’argent polie et la réaction entre l’iode et l’argent produit de l’iodure d’argent, une substance qui se révèle plus sensible à la lumière que le bitume de Judée. Le temps de pose se réduit mais exige encore au moins quelques heures.

Et c’est par hasard qu’il découvre que si une plaque exposée était traitée aux vapeurs de mercure, l’image latente apparaissait nettement. À partir de ce moment-là, le temps de pose se réduit considérablement. Encore quelques tâtonnements et Daguerre se rend compte qu’en trempant la plaque dans une solution saline, il pouvait empêcher l’image de noircir avec le temps. En découvrant le principe du développement de l’image latente, Daguerre raccourcit le temps de pose à quelques dizaines de minutes.

Pendant ce temps, de l’autre côté du la Mer du Nord, William Henry Fox Talbot mène des recherches qui lui font penser qu’il a inventé la photographie (1840) en proposant un procédé négatif-positif qui permet la diffusion multiple des images et qu’il appelle un calotype. Le procédé permet d’obtenir un négatif papier direct et donc de reproduire des images positives par simple tirage contact. Le procédé négatif-positif deviendra la base de la photographie argentique moderne, après d’autres améliorations s’entend.

Revenons en France car, toujours à la même époque (décidément féconde), Hippolyte Bayard effectue aussi des travaux sur le procédé négatif-positif sur papier. Hélas, il eut du mal à se faire reconnaître comme inventeur et à l’instar d’un Galillée qui conclut que pourtant elle est ronde (en parlant de la Terre), il publia en 1839 le premier autoportrait (le noyé-suicide) pour clamer son indignation.

Deux autres inventions, le colodion humide, inventé en 1851 par Frederick Scott Archer, et le gélatinobromure d’argent inventé par Richard Leach Maddox en 1871, font avancer l’invention : le premier permet d’enduire des plaques de verre, plus faciles à manipuler que des plaques de métal polies et le second donnera à John Carbutt, un anglais ayant émigré aux Etats-Unis, l’idée de coucher l’émulsion sur un support souple.

Idée que George Eastman (son employeur) va mettre sur le marché en 1888, en même temps que son premier appareil photo (Box) préchargé de la pellicule en nitrate de cellulose. Les produits Kodak seront distribués en France et en Angleterre par Paul Tournachon, dit Paul Nadar, fils de Félix Tournachon dit Nadar, photographe. Il sera le président-fondateur de la Société des auteurs photographes et président de la Chambre syndicale de la photographie et de ses applications.

Ces inventions et leurs développements, assorties des évolutions en matière d’optique et des appareils photographiques, qui voient leur taille et leur utilisation facilitée, vont véritablement lancer la photographie auprès du public. Elle quitte peu à peu le domaine des personnes aisées et instruites (utilisation de produits dangereux et mélanges chimiques des premiers temps) pour rencontrer les attentes de tout un chacun, enfin, presque.

Le matériel

Car un autre pays vient jouer dans la cour des grands, l’Allemagne, réputée pour la qualité de ses optiques d’abord. Associées aux nouveaux procédés permettant de capturer les images, les optiques autorisent des temps d’exposition plus courts et confortables pour les clients des nouveaux photographes, cette profession qui monte et se déploie un peu partout dans le monde.

Les objectifs donc et ensuite la qualité des mécaniques des appareils allemands vont asseoir cette nation dans l’histoire de la photographie. Car si Kodak lance le premier le marché de masse des produits et des appareils photos, comme les folding et les box, l’Allemagne propose des inventions qui vont révolutionner la pratique photographique.

Le Rolleiflex de Franke & Heidecke apparait en 1929. C’est un réflex bis-objectifs qui utilise du film en rouleau (format 120 en général) qui, associé à une grande qualité optique, va s’imposer comme un maître étalon jusque dans les années 1990. Ses images au format 6x6cm fourmillent de détails et autorisent des agrandissements de qualité. Le concept inspirera nombre de copies, notamment au Japon, en France, en Allemagne même, par exemple.

Toujours en Allemagne d’avant les deux guerres mondiales, un autre appareil photo va revendiquer une place de choix : c’est l’ Exakta Reflex, le premier réflex mono-objectif (1936), qui sera suivi par un Ihagee Kine Exakta (1936) avec objectif interchangeable. Cet appareil ouvre une voie nouvelle qui ne s’est pas encore tout à fait éteinte de nos jours. C’est l’appareil le plus polyvalent de tous, que l’on peut équiper d’une foule d’accessoires pour répondre aux besoins particuliers de chaque photographe (ce que l’on appellera plus tard un système).

En Allemagne encore, un certain Oskar Barnak, ingénieur chez l’opticien Leitz, conçoit un appareil aux proportions réduites qui va accueillir la pellicule utilisée verticalement dans le cinéma. Il a l’idée ingénieuse de faire défiler cette pellicule dans le sens horizontal, lui donnant alors le format du 24x36mm. En 1913 – 1914, deux Ur-Leica seront assemblés et testés mais il faudra attendre 1923 – 1924 pour que les premiers prototypes (31), les Leica 0 soient finalisés.

Enfin, le Leica 1 sera commercialisé en 1925, avec un objectif fixe ; puis le Leica 1C en 1930, avec 3 objectifs interchangeables (monture à visser de 39mm) ; en 1932, le Leica II qui accueille une visée télémétrique en plus et enfin le Leica III (1933 – 1960) qui inspirera tant d’imitations, voire carrément des copies (Fed 2). Les photographes professionnels et amateurs avertis (et riches) vont l’adopter.

La possibilité d’enfin disposer d’un appareil ultra portable va attirer d’autres fabricants dans ce créneau, dont le grand concurrent de Leitz, Zeiss Ikon. Celui-ci va produire un appareil, le Contax (1932), très différent du Leica : son obturateur est en métal et se déplace verticalement, permettant d’atteindre des vitesses de 1/1000s (1/1250s pour le Contax II), tandis que le Leica avait opté pour un rideau en tissus caoutchouté à défilement horizontal qui ne pouvait pas atteindre ces vitesses ; son télémètre a une base beaucoup plus large que celle du Leica, gage d’une meilleure précision ; les objectifs, conçus par Ludwig Bertele étaient considérés comme de meilleure qualité, la surface totale réduite des lentilles permettait un rendu plus contrasté et moins sensible au flare, à une époque où les traitements anti-reflets n’existaient pas encore ; le Contax était beaucoup plus facile à charger d’un film que le Leica.

En 1936, les Contax II et Contax III (équipé d’un posemètre intégré mais non couplé) conquièrent le sac photo de nombreux photographes professionnels, notamment les photojournalistes qui pouvaient facilement travailler en lumière naturelle grâce aux excellents objectifs.

Plus tard, au sortir de la seconde guerre mondiale, le Contax servira de base pour un des premiers réflex moderne, le Contax S avec un pentaprisme non inversé et une nouvelle monture, qui sera presque universelle, la M42.

Hélas, le conflit allait laisser de terribles marques dans l’histoire de la marque (une partie des usines étaient déménagées en Allemagne de l’Est, pour la production des Kiev 4 et suivants) et affaiblir celle-ci. Un marché parallèle va se constituer en Allemagne de l’Est (sous influence soviétique) avec des copies de Contax, les Kiev, mais aussi des copies de Leica avec les Fed et les Zorki. Toutefois, les copieurs vont aussi innover et faire progresser ensuite les appareils initiaux pour finalement être parfois plus modernes que l’original. Il faut aussi leur reconnaitre une capacité de production que n’atteindront jamais ni Contax ni Leica et ils feront perdurer les appareils télémétriques jusqu’au seuil des années nonante (Zorki 4K).

Mais au delà de Contax, c’est toute l’industrie photographique allemande qui souffre, ses brevets étant considérés comme des dommages de guerre et dispersés un peu partout. Zeiss Ikon accepta dès lors de faire des partenariats avec des entreprises japonaises comme Pentax, avec qui il produira la monture Pentax K ; puis avec Yashica avec lequel il développera les réflex Contax modernes (le RTS, 1975) et une monture commune (monture Y/C) pour des objectifs toujours de très grande qualité optique.

Ne brulons pas les étapes mais un nouveau venu s’invite dans la grande histoire des appareils photographiques, le Japon.

Le Japon, un peu de son histoire

Pour beaucoup, dont je suis, c’est un pays fascinant mais qui est resté très longtemps insulaire : l’archipel du Japon est constitué de 14.125 îles, quelques unes étant minuscules.

Ce sont les Chinois qui ont eu les premiers contacts avec le Japon, qui adoptera le bouddhisme et le système d’écriture. Il faudra attendre 1543 pour que des Portugais, perdus en mer, atteignent les côtes japonaises. Ils y établiront des comptoirs commerciaux, bientôt rejoint par les Hollandais et les Anglais, qui introduiront aussi le christianisme. Mais craignant de devenir des vassaux de ces empires coloniaux, ils vont d’abord interdire la nouvelle religion (1537) puis couper (presque) tous les ponts avec les autres pays (seuls subsisteront quelques contacts commerciaux avec les Hollandais et les Chinois) en 1639 et expulseront tous les étrangers du sol, interdiront à leurs compatriotes de sortir, isoleront les commerçants du port de Nagazaki.

Pendant près de deux siècles, le Japon restera isolé du reste du monde, volontairement.

Pendant ce temps, le commerce occidental s’élargit vers la Chine et de nombreux navires voguent dans la mer du Japon, mais sans pouvoir accoster. De fait, les navires, surtout américains, cherchent des stations où faire le plein de charbon pour continuer leur route. Quand la France, l’Angleterre et les Russes tentent de forcer le blocus japonais, les américains, craignant d’être en reste, sous la menace des canonnières, obtiendront que le pays s’ouvre vers d’autres contrées en 1854.

Après un premier traité, un second traité fut signé en 1858, qui ouvrit les ports de Yokohama, Hakodate et Nagasaki au commerce et à la colonisation étrangère.

Carte du Japon avec les îles principales et les villes notables, incluant Hokkaido, Honshu, Shikoku et Kyushu, ainsi que la mention 'La Maison de Canon'.

En 1868, l’ère Meiji va imposer de profondes réformes dans le pays, qui s’inspire de ce qui existe en occident, pour aboutir, en 1890 à une Constitution établissant une monarchie constitutionnelle avec un Empereur à la tête du pays.

Le pays s’industrialise rapidement. Les importantes réformes économiques, sociales et militaires transforment le Japon en une puissance régionale. Une forte ambition de développement se transformera en guerres, contre la Chine en 1895, la Russie en 1905 à l’issue desquelles le Japon incorpore la Corée, Taïwan et d’autres territoires comme colonies.

Un puissant mouvement de démocratie anime le pays dès 1900 et le pays adoptera le suffrage universel (mais pour les hommes uniquement) dès 1925.

Las, la Grande crise économique de 1929 atteint aussi le pays et crée des tensions qui favorisent la prise de pouvoir par les militaires. Le Japon reprend alors ses velléités expansionnistes : il envahit la Mandchourie (1931) puis la Chine du Nord, avant de vouloir la conquérir toute en 1937. Le morceau est difficile à digérer et les puissances occidentales se liguent contre lui, notamment à cause des atrocités commises par les militaires. Il décide alors d’attaquer les Etats-Unis à Pearl Habor en 1941 et entreprend de libérer de nombreuses colonies occidentales établies en Asie, avec le but (in)avoué de créer une sphère économique de la Grande Asie orientale.

Finalement, le Japon doit capituler en août 1945 après que les USA aient lancé deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, tuant des centaines de milliers de japonais en quelques secondes et bien d’autres ensuite, victimes des radiations provoquées par les bombes.

Le Japon et la photographie

Ces longs détours pour situer le Japon dans le parcours photographique du monde au début de cette ère d’une nouvelle invention.

Comme je l’écrivais plus haut, le pays avait gardé quelques contacts avec l’extérieur, notamment avec les Hollandais. Ce sont eux qui ont introduit, dès 1848, le premier daguerréotype à Nagasaki, le port qui restait ouvert sur l’Occident.

Il fut acquis par un notable de la ville mais il fut compliqué de s’en servir, les produits à utiliser étant rares et le processus complexe. Finalement, ce sera un photographe américain, Eliphalet Brown, équipé d’un daguerréotype, qui illustra la vie au Japon de cette époque. Il prit plus de 400 épreuves (dont malheureusement la plupart ont disparu) de la région de Tokugawa.

Mister Brown quittera l’archipel mais d’autres viendront s’y établir, comme Orrin Freeman qui ouvre un studio à Shangai dès 1859, puis à Yokohama. Il sera le premier étranger à ouvrir un tel commerce au Japon. En plus de son studio photo, il se consacrera à enseigner la photographie aux étudiants japonais. Un de ceux-ci, Ukai Gyokusen, lui a ensuite acheté du matériel et a créé le premier studio photo japonais à Edo (Tokyo) en 1861.

Un autre étranger, le photographe aventurier Felice Beato, ouvrira un studio à Yokohama en 1864 et lui aussi enseignera les rudiments de la photographie aux japonais qui voulaient devenir photographes. Là, heureusement, on a gardé de nombreuses images, dont certaines sont disponibles sur la Grande Toile.

N’imaginons pas que les échanges allaient toujours dans le même sens : une tradition d’impression en couleurs, faite à partir de bois peints a été exportée vers l’Europe et a impressionné nombre d’artistes occidentaux. Sur base de ces travaux minutieux, les Japonais ont très vite colorisé les images en noir et blanc. Cette pratique s’est développée et a créé un véritable commerce exporté vers les pays occidentaux, qui en étaient friands au XIXe siècle. Ah, l’exotisme…

On estime qu’environ 100 photographes japonais exerçaient vers 1870. L’introduction, dès 1880, des plaques sèches à la gélatine, a permis le développement de la pratique tant chez les photographes professionnels qu’amateurs. Cette nouvelle industrie a provoqué une demande accrue pour les produits chimiques et les appareils photo. Elle a aussi permis la création de clubs photo et la production de magazines dédiés à la photographie.

Pourtant, le plus important c’est ce qui se joue chez certains industriels : des hommes, ambitieux, ont compris que la photographie était un commerce à développer, tant au niveau des produits chimiques, que des optiques et de la fabrication de leur propre matériel photographique.

Citons, rapidement, Rokusaburo (Rokuemon) Sugiura qui se lance dans le commerce des produits chimiques (1873), importés de l’Ouest avant de les fabriquer dans son entreprise. Puis il fabriquera ses propres plaques photo et le papier (1902) et, enfin, ce que l’on peut considérer comme le premier appareil photo japonais (1903), le Cherry (Cerise) avec un magasin de 6 plaques, une seule lentille (ménisque), une seule vitesse mais produit en série et donc abordable. Cette entreprise sera plus connue, plus tard, sous le nom de Konica.

Citons encore Ryuzo Fuji, ingénieur naval, très intéressé par les appareils optiques. Lors d’une visite en Angleterre, il y étudie celle-ci à travers des livres techniques qu’il a acheté, dont certains viennent d’Allemagne. Il fonde, avec son frère Mitsuzo Fuji la société Jujii Lens Seizo-Sho (1909) pour réparer les équipements optiques importés de la marine impériale. Il achète l’équipement de mesure et d’étalonnage optique, des meuleuses en verre et de l’équipement de polissage, des tours et d’autres équipements optiques. Bientôt il produit son propre équipement optique qui tient la comparaison avec les importations occidentales. Il a produit des télescopes, des microscopes et des lentilles photographiques.

La Première Guerre mondiale absorbera les instruments et la matière première, qui ne seront plus exportés. Le Japon décide alors de fabriquer ce dont il a besoin.

En 1917, sous l’impulsion de la marine impériale, trois des principales sociétés d’optique du Japon, Iwaki Glass Seisaku-Sho, Jujii Lens Seizo-Sho et Tokyo Keiki Seisaku-Sho se réunissent pour former une nouvelle société appelée Nippon Kogaku Kogyo Kazushikigaisha (Japan Optical Industries Corporation). Elle produira des jumelles, des télescopes, des prismes, des miroirs et des microscopes.

Les premiers produits optiques de Nippon Kogaku ont été réalisés grâce à huit techniciens allemands invités au Japon et qui ont enseigné leur pratique et aidé à la conception et l’organisation de la fabrication. En 1930, le groupe était le principal fabricant d’optiques au Japon. L’entreprise a commencé à produire ses propres appareils photo sous le nom de Nikon (même s’il a fallu attendre 1988 pour que ce nom deviennent celui de l’entreprise).

A cette époque, presque tous les modèles d’appareils étaient présents dans l’archipel mais le rêve des passionnés restait les Leica et Contax allemands, hélas hors de portée financièrement pour la majorité des photographes nippons.

Qu’à cela ne tienne, les japonais vont en construire d’aussi bons, avec même des fonctions améliorées et à prix abordable. Il fallait trouver des hommes de la trempe d’un Oskar Barnack, un curieux, un bricoleur de génie, un inventeur.

L’histoire de Canon

Un homme âgé portant des lunettes et un costume à carreaux, se tenant devant des plantes.

Cette photo représente Goro Yoshida (1900 – 1993), l’homme qui correspond à cette description.

Jeune homme dans les années vingt, il travaille dans une entreprise de réparation de projecteurs et d’appareils photo. Naturellement, il cherche à les comprendre, les assembler, en imagine d’autres, pourquoi pas le sien ?

Un jour, il démonte un Leica II et fera cette réflexion : Je viens de démonter l’appareil photo sans aucun plan spécifique, mais simplement pour jeter un coup d’œil à chaque partie. J’ai trouvé qu’il n’y avait pas d’objets spéciaux, comme des diamants, à l’intérieur de la caméra. Les pièces étaient fabriquées en laiton, aluminium, fer et caoutchouc. J’ai été surpris que lorsque ces matériaux peu coûteux ont été mis ensemble dans une caméra, cela exigeait un prix exorbitant. Cela m’a mis en colère.

Fort de cette constatation, il a décidé qu’il était possible de garder les qualités de l’engin mais a un prix plus raisonnable. Avec son beau-frère, Saburo Uchida, et un associé, Takeo Maeda, ils créent le Precision Optical Instruments Laboratory, Seiki Kogaku Kenkyujo pour développer le projet d’un télémètre en 35mm.

Comme d’autres génies plus tard, ils ont loué … une chambre pour travailler sur le projet. Et comme il fallait trouver un nom pour le futur appareil, ils ont choisi la déesse bouddhiste de la miséricorde, Kwanon.

On ne sait pas combien de prototypes seront produits, on pense qu’il y en eut une dizaine, dont un seul aurait survécu et appartient au musée de la marque (appelé Kwanon X).

Un appareil photo vintage avec un boîtier noir et des éléments en métal chromé.

Mais avant cet appareil, il y eut, dès 1934, des publicités dans le Asahi Camera Magazine, qui montrait un boitier un peu différent, qui est comme un mélange de Leica II et de Contax. Cet appareil, qui a aussi disparu (si tant est qu’il fut réellement fabriqué) est appelé Kwanon A.

Publicité pour l'appareil photo KWANON, avec une illustration du produit et des spécifications techniques sur fond noir et blanc.

On y voit un objectif rentrant, un bouton d’avancement sur la face avant (Contax), pas de bouton de rembobinage (à l’époque, le film passait d’une cassette contenant le film à une cassette vide, il n’était pas alors utile de rebobiner), trois fenêtres (viseur et télémètre – Leica II). La traduction du texte publicitaire indique qu’il s’agit d’un appareil avec télémètre couplé, que l’avance du film arme aussi l’obturateur à plan focal et que les objectifs sont interchangeables (monture à vis 39M).

Bref, sans entrer dans des détails techniques qui n’amuseraient que les collectionneurs, résumons en écrivant qu’il y eut plusieurs versions de ce prototype. Mais peu ou pas, on ne sait trop, ont survécu. La rigueur n’étant pas encore de mise dans l’entreprise ou est-ce le feu de l’inventivité qui a dépassé nos trois personnages ?

Toujours est-il que de développements en développements, les premiers appareils commercialisables étaient prêts. Mais il manquait un objectif car celui imaginé pour les prototypes, le Kasapya (dont le nom est issu d’une autre déesse du panthéon bouddhiste), ne correspondait pas à leurs attentes. Enfin, point important s’il en est, le nom évolue aussi et devient Canon.

Finalement, grâce à des relations, Canon s’associe à Nippon Kogaku, et ils coopèrent non seulement pour la fourniture d’un objectif 35mm Nikkor mais aussi pour le télémètre et son montage, Canon fabricant le boitier, l’obturateur, le plan focal.

Mais il fallait éviter de violer les brevets de Leica et Contax, notamment pour la liaison de l’objectif au boitier. Canon, toujours avec Nippon Kogaku, a imaginé une monture avec un filet, qui était monté dans un système de baïonnette avec le mécanisme de focalisation, la J Flange.

Les premiers Canon arrivent sur le marché en février 1936. Toutefois, si les boitiers étaient prêts, encore fallait-il pouvoir les vendre ! En effet, Seiki Kogaku n’avait pas de canal de distribution. Ils ont alors fait appel à l’entreprise Omya Sashi, Yohin Co.Ltd. pour le marketing et la vente.

Cette entreprise accepte mais à la condition que son nom commercial, Hansa, soit accolé au nom de Canon sauf si les appareils n’étaient pas vendus par leur canal.

Un article paru dans le numéro d’Asahi Camera (octobre 1935) décrit l’appareil en ces termes (citation du musée Canon) : Appareil photo Hansa Canon… Canon est une imitation Leica fabriquée au Japon. Bien qu’une certaine influence de Contax soit trouvée, la majorité de ses caractéristiques sont calquées sur la Leica. …. Il utilise un magazine spécial et l’objectif est Nikkor 50mm f/3.5 de Nippon Kogaku. L’objectif est amovible. …

Ceci a le mérite d’être clair ! Ainsi donc, le premier télémétrique de qualité en 35mm japonais, ne reniait pas sa filiation avec les appareils allemands. On estime qu’entre 1935 et 1940, 1.100 unités seront produites. Pour arriver à leur fins, Seiki Kogaku a accepté qu’un tiers s’occupe d’une partie de la gestion de son appareil (optique, télémètre, baïonnette via Nippon Kogaku). Ensuite, toujours pour favoriser son essor, ils ont accepté qu’un autre nom vienne se coller au leur, Hansa.

Ils ont appris de ces collaborations et dix ans plus tard, ils étaient maîtres de leur destin et fabriquaient eux-même leurs objectifs, télémètre et développaient leur réseau de distribution.

Tout était fait à la main et le rythme n’était pas très rapide ; de plus, ils manquaient de fonds. Ils ont alors créé Precision Optical Industry Co. Ltd le 10 août 1937, date considérée comme celle de la fondation de l’entreprise. Dès lors, même si la fabrication est encore essentiellement manuelle, elle s’accélère. Ce qui n’empêche pas que des améliorations continues sont apportées et les modèles se succèdent : modèle J, modèle S, modèle NS, modèle JS.

Canon et l’effort de guerre japonais

Si nous n’oublions pas que le Japon est en guerre depuis 1931 (cfr.supra), la taille réduite de l’entreprise initiale a permit à Canon de ne pas être sollicitée à l’effort de guerre.

Mais dans les années quarante, elle produisait assez pour intéresser l’armée impériale, qui a acquis nombre de ses appareils. Lorsque la guerre du Pacifique a progressé, toutes les forces des entreprises étaient destinées aux armées. Pour Canon aussi. Ils durent fabriquer des lentilles destinées aux agrandisseurs et aux appareils à rayons X ; le nombre d’appareil photo chut drastiquement.

Sur base des Canon J, ils produisent des appareils à rayon X et cette production perdura au delà de la guerre. Un obstétricien, Takeshi Mitarai, s’intéressa à la production de ces appareils car Seiki Kogaku cherchait des solutions pour rendre la pratique de ces analyses moins onéreuses. Monsieur Takeshi Mitarai investit et s’investit dans l’entreprise dès 1942 et en fut même le président jusqu’en 1974.

La fin du conflit, que nous avons évoquée plus haut, laisse le pays exsangue et en ruines. Bien que l’entreprise Canon n’ait pas été trop endommagée, il était très difficile de trouver des matières premières, les équipements étaient quasiment impossible à entretenir ou réparer, et le personnel était plongé dans un profond désespoir. Le marché intérieur s’était effondré : ce qui était important c’était de trouver un toit et de quoi manger, le reste était superflu.

Ils ont bien failli tout arrêter car, de plus, les quelques appareils que l’industrie japonaise pouvait encore produire était des boitiers très simples, sans réglages ni sophistication, pas toujours de bonne qualité. L’armée d’occupation américaine, si elle se comportait en terrain conquis, consommait et amenait des devises. Elle achetait ces produits pour quelques dollars mais les dénigrait aussitôt pour les raisons que j’expliquais. Le matériel japonais était alors considéré comme de piètre qualité et les japonais comme de mauvais ingénieurs et/ou commerçants.

C’était pourtant mal connaître l’âme nippone devant l’affront : en 1948, le gouvernement promulguait une loi réglementant l’inspection et le contrôle des produits destinés à l’exportation ; les produits japonais se devaient d’être de qualité supérieure !

Tous les industriels ont réagi et amélioré leurs produits (aussi parce que les matières premières redevenaient un peu plus accessibles) et dans le domaine qui nous préoccupe, la photographie, toutes les entreprises ont mis les bouchées doubles pour proposer aux forces d’occupation des boitiers de qualité à des prix raisonnables.

Les soldats en ont acheté en quantité, les magasins des bases militaires (PX) ont fait des stocks et au fur et à mesure que ces soldats rentraient au pays, les appareils photo japonais se sont introduits aux USA.

Au début des années cinquante, les grandes entreprises d’appareils photo japonaises se sont regroupées et ont formé la Japan Industry Association pour structurer le marché, le développer, se former aux nouvelles technologies. Et pour vaincre les craintes des acheteurs américains (d’abord), ils ont mis en place le Japan Caméra Information and Service Center, un lieu unique pour référer aux acheteurs les pièces détachées éventuelles, les réparateurs qualifiés ; il permettait aussi d’effectuer des essais. De quoi rassurer les consommateurs US. De plus, les différentes sociétés japonaises ont ouvert des bureaux aux Etats-Unis et ont conclu des accords avec des entreprises américaines pour commercialiser leurs produits.

Par exemple, Ashahi conclu un accord avec Honeywell et Canon avec Bell & Howell.

J’en reviens un moment à la loi promulguée pour assurer la qualité des appareils destinés à l’exportation : pour certifier celle-ci, le Japan Camera Inspection Institute (JCII ) effectuait des tests rigoureux et certifiait leur qualité par un ruban avec un médaillon en papier doré, puis une étiquette, toujours dorée, qui était apposée sur chaque appareil. C’est pourquoi vous trouverez encore cette fameuse mention passed sur nombre d’anciens appareils japonais.

Ceci a perduré jusqu’au début des années quatre-vingt, lorsque le matériel japonais était devenu la norme mondiale et les appareils photo allemands étaient en déclin total. Le JCII sera démantelé à la fin des années quatre-vingt.

Canon sort de la tourmente

Le credo de Canon a toujours été de produire de bons appareils à prix décents, même s’il n’en fabriquait plus beaucoup. Ils ont toujours amélioré leurs produits. Ainsi, proche du Leica II, ils ont proposé le Model S-II (1946 -1949) plus pratique, puis le Model IIB (1949) qui intégrait un viseur révolutionnaire, qui offrait des grossissements sélectionnables de l’image pour une mise au point fine. Ils donnaient aussi la vision de l’objectif de 50mm, de 100 et 135mm. Ceci rendait le viseur auxiliaire inutile pour ces focales (Leica avait toujours besoin de sa tourelle).

Ces qualités ont permis à Canon de s’introduire dans les PX américains. Mais si les USA étaient un marché intéressant pour Canon, le marché européen l’était aussi.

Pour cela, il fallait des entreprises qui puissent les introduire aux USA. Ils en ont essayé plusieurs mais cela ne fonctionnait pas. Ils ont donc ouvert un bureau à New-York pour s’en occuper eux-mêmes (1955). De même ils ouvrent le Centre européen de distribution à Genève Suisse (1957) et prennent le contrôle direct des ventes européennes.

Les ventes décollent lentement aux USA et Canon se tourne vers Bell & Howell pour vendre leurs appareils (accord portant sur la période 1961 – 1976), tantôt sous leur seul nom, parfois avec les deux noms accolés ou encore sous la seule marque de Bell & Howell. Il n’est donc pas rare, surtout en Amérique, de trouver des appareils Canon avec différents noms.

Bell & Howell ont même demandé à Canon de leur fabriquer un boitier réflex qui porterait leur seul marque. Canon a utilisé comme base le TLb auquel ils ont ajouté, selon le désir de leur commanditaire, une griffe flash synchronisée. Le Bell & Howell FD35 était lancé (1973).

Cet appareil est donc un FTb simplifié, un TLb donc : pas de minuteur, pas de syncrho flash, vitesse maximale de 1/500s, mesure de la lumière moyenne pondérée au centre seul. Pour le B&H FD35 on garde la même recette mais on y ajoute donc une griffe flash synchronisée.

Appareil photo argentique Bell & Howell FD 35 avec objectif Canon 50 mm f/1.8.

Comme la formule était bonne (appareil solide, qualitatif mais peu onéreux), en 1975, Canon sort le même appareil sous son nom cette fois : c’est le Canon TX (et la boucle est bouclée !).

Appareil photo reflex Canon TX avec un objectif de 50 mm.

Ça va, vous suivez toujours ?

Alors voici les derniers paragraphes qui concernent, entre autre, les différents noms utilisés par l’entreprise :

  • Seiki-Kogaku Kenkyusyo (Société de Recherche Optique de Précision), novembre 1933
  • Nippon Seiki-Kogaku Kenkyusyo, juin 1936
  • Seiki-Kogaku Kogyo Company Limited, août 1937
  • Fournisseur vérifié – Canon Camera Co., Ltd., septembre 1947
  • Canon Camera Company Inc., janvier 1951
  • Canon Inc., mars 1969

Sacré parcours pour une entreprise dont le premier but était de produire des clones de Leica, japonais, de très bon niveau et abordables (le Kwanon – 1934). Ensuite comme ils fabriquaient les boitiers et qu’il leur fallait des optiques, ils se sont alliés à Nippon Kogaku (qui deviendra Nikon). Quand ils sont arrivés à tout produire eux-mêmes, ils ont essaimé dans l’archipel du Soleil Levant et puis ils ont conquis le monde, toujours avec la même philosophie : créer de bons appareils, abordables et bien conçus.

Sans doute le pieux Goro Yoshida avait-il bien fait de choisir Kwannon (le nom japonais de Kuan Yin, en Chine), la déesse bouddhiste de la miséricorde pour son premier appareil photo …

Ah oui, une dernière chose : le Canon TX ne fut jamais vendu au Japon !

La suite

Comme dans tout bon feuilleton qui se respecte, elle sera fidèle au prochain numéro. Un peu de patience.

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10506-Canon_TX.html, https://filmphotography.eu/t/fr/canon-tx-5/, https://clicclacphotoblog.wordpress.com/2018/02/16/petite-histoire-de-la-photographie-le-pays-du-soleil-levant-5-6/, http://photogamme.com/histoire-de-la-photographie-japonaise en français ; https://mikeeckman.com/photovintage/vintagecameras/canontx/index.html, https://global.canon/en/c-museum/product/film90.html, https://www.vintagecamerareviews.com/brands/canon/canon-tx/, https://www.canonclassics.com/canon-tx/20-5/, https://flynngraphics.ca/the-collection/the-cameras/f-series/canon-tx/ (une mine de renseignements), https://www.photoethnography.com/ClassicCameras/CanonTX.html, en anglais

Argentique

Les deux Praktica B200 de Papy, des appareils argentiques modernes qui auront 50 ans bientôt

Préambule

C’est donc lors de la brocante de Jemeppe-S-Sambre que j’ai trouvé le petit Chinon Micro 35 EF et ces deux appareils. Ils étaient dans un de ces antiques sacs photo en tissu et qui avait dû connaître des jours bien meilleurs.

Couvert de poussière, j’hésitais à l’ouvrir complétement car ce que j’apercevais des appareils à l’intérieur ne me disait trop rien. Le vendeur m’a alors expliqué que cet ensemble appartenait à un vieux monsieur de 92 ans, qui s’en séparait à regret car il n’y voyait plus rien.

Au fur et à mesure de mes hésitations, le prix chutait drastiquement au point que j’ai dis stop à un moment, sinon il allait me les donner ou à défaut, ils partaient pour la déchetterie. Vous connaissez mon cœur d’artichaut …

Bref, j’emportais donc un sac qui fut autrefois couleur sable contenant 2 Praktica B200, deux flashs, un 28mm Prakticar, un 135mm Prakticar en plus des deux 50mm montés sur les boitiers. Les cuirettes en lambeaux ne me disaient rien qui vaillent mais les compartiments des piles étaient propres, tout comme pour les flashs. Sait-on jamais …

Un peu d’histoire

Si vous suivez le site depuis un moment, vous savez que j’ai déjà pas mal présenté les modèles de chez Praktica.

les appareils soviétiques des années septante et quatre-vingt

En effet, ces appareils, comme leurs concurrents, les Zenit, ont fait le bonheur de nombreux photographes dans les années 1970 – 80 car ils étaient plus abordables que les stars japonaises de l’époque. La qualité de leur assemblage était parfois sujette à discussion mais, globalement, ils donnaient satisfaction à leurs usagers, la qualité des optiques en monture M42 achevant de sauver la mise.

Les Praktica sont des appareils solides, taillés à la serpe et montés au marteau (désolé pour le jeu de mots !) mais faciles d’utilisation car ils n’embarquaient pas une foule d’aides électroniques : une bonne cellule au CdS, couplée mais fonctionnant à travers l’objectif (TTL), un réglage de la sensibilité des films utilisés, un miroir à retour rapide, par exemple.

Dans un article, je faisais aussi le tour des réparations que l’on pouvait tenter sur ces appareils, c’est toujours utile.

Surtout, n’oublions pas qu’un des tous premiers reflex au monde fut le Praktiflex, présenté en 1939 !

l’évolution des appareils Praktica

Au fur et à mesure des évolutions techniques (que vous pourrez découvrir avec les articles consacrés aux Praktica sur le site, comme celui dédié au Praktica Super TL 1000), ces appareils ont intégré ce qu’il fallait pour faire des photos sans trop de soucis : miroir à retour automatique, objectifs interchangeables, cellule précise, mesure TTL, synchronisation du flash sur la griffe porte accessoires, un grand choix d’objectifs abordables et de qualité, des accessoires comme des filtres, des tubes allonge pour la photographie de reproduction ou la proxi photographie, voire la photo astronomique, par exemple.

Et puis, pour essayer de garder la tête hors de l’eau, au tournant des années 1980 (1978 plus précisément), Praktica se réinvente et propose le B200, qui sera suivi par un B100 en 1981, le premier tout automatique de la marque.

Le Praktica B200 sera donc l’appareil du renouveau et de la modernité chez Praktica, présenté à la Photokina de 1978.

Le design change du tout au tout. Après nous avoir habitué pendant des décennies à des formes rectangulaires anguleuses, des appareils largement fabriqués en métal, une monture longtemps en M42 ( à viser), voilà que les ingénieurs maison sont priés de changer leur fusil d’épaule.

Exit le tout métal, place au plastique ; exit le (presque) tout manuel, bienvenue à l’électronique des automatismes ; exit la forme sage et convenue des gammes antérieures, on ajoute des revêtements gaufrés, jugés plus modernes ; exit la monture à visser, on ajoute une monture propriétaire, la monture PB (Praktica Bayonet) ; exit la cellule au CdS, voilà celle au Gallium ; exit la taille XXL, on passe au S.

On peut même y ajouter un moteur, pensez donc !

Finalement, la série B comptera, outre, le B200 et le B100, les BC et un M égaré dans la lignée ; elle sera suivie par la série des BX (1987 – 2001) qui clôturera l’épopée des reflex de la marque.

Présentation du Praktica B200

Comme je le soulignais précédemment, le plastique fait la part belle dans la construction de ce boitier. La porte arrière reste toutefois en métal, tout comme le châssis interne.

Le gainage gaufré, original mais peu résistant, sera remplacé ensuite par un revêtement lisse, considéré comme plus moderne.

Si les ingénieurs maison ont dû créer un nouvel appareil, ils ne partaient pas tout à fait d’une page vraiment blanche car ils ont pu s’appuyer sur les modèles les plus innovants de la marque, tels le EE, le EE2 et le VLC2 qui avaient reçu des obturateurs électroniques, des miroirs à retour progressif, des couplages avec la cellule à pleine ouverture et des contacts électriques. Mais la monture M42 limitait les avancées techniques.

Ils ont donc conçu une baïonnette d’assez grand diamètre, assez proche de celle de Pentax, qui affiche des contacts électriques pour le couplage, l’appareil étant un automatique débrayable à priorité ouverture.

Pour éviter de fâcher les clients qui possèdent des objectifs en M42, un adaptateur est prévu :

Un objectif d'éclairage en anneau noir sur fond gris.

Les objectifs seront des Prakticar (Pentacon) et/ou des Carl Zeiss Jena mais il n’y aura pas d’opticiens tiers qui se tourneront vers cette monture (ce sera, hélas, un frein au développement de l’appareil). La gamme s’étendra du 20mm au 300mm.

Appareil photo Praktica avec un objectif noir sur fond blanc.

Ces nouveaux objectifs seront appelés Prakticar Electric pour ne pas les confondre avec les Pentacon Electric (en monture M42), pour lesquels l’adaptateur à été conçu.

Pour ôter un objectif, il faut appuyer sur la petite touche, à droite (un peu comme sur Pentax toujours) et tourner vers la gauche.

Autre nouveauté, un obturateur électronique avec 3 lamelles métalliques, qui offrent des vitesses de 40s à 1/1000s, plus une synchro flash au 1/90s et pose B. Toutes ces vitesses sont contrôlées électroniquement pour garantir leur précision.

Vue rapprochée d'un boîtier de caméra avec un cadran de réglage de vitesse d'obturation, incluant des options automatiques et manuelles.

Il faut donc alimenter l’obturateur et la cellule : c’est chose faite grâce à une 4LR44 de 6v moderne, qui se loge sous l’objectif, sous une trappe avec un verrou ON/Lock (ne pas forcer pour l’ouvrir, un demi-tour suffit). En cas de défaillance des piles, l’appareil reste utilisable à la vitesse de synchro du flash, le 1/90s (vitesse mécanique).

Vue d'une caméra Pentacon avec un objectif visible, vue de dessous, affichant des détails de fabrication.

Grâce à la transmission électrique de la valeur d’ouverture du diaphragme vers le boitier, la mesure interne est effectuée à la vraie ouverture, ce qui donne une vision très claire de la scène dans le viseur.

Un moteur, un winder, peut être monté sur le B200, évitant de réarmer manuellement et qui offre une rafale de 2i/s.

Publicité pour l'appareil photo Praktica B 200, décrivant ses caractéristiques en 10 points forts, avec un visuel des différents modèles Praktica.

Le viseur aussi est moderne : affichage par diodes sur le bord droit des vitesses d’obturation, avec des valeurs limites (sur ou sous exposition = Over/Under). Ainsi que les modes automatique ou semi-automatique. En dessous, le chiffre du diaphragme sélectionné apparait clairement, grâce à la petite fenêtre qui apparait sur le boitier, au dessus de l’objectif.

En mode automatique, les diodes indiquent la vitesse sélectionnée selon l’ouverture choisie, alors qu’en mode semi-automatique, elles indiquent la vitesse suggérée

La mise au point se fait grâce à un stigmomètre incliné et divisé en 3, très pratique et efficace. Le verre de visée est très fin.

Deux bateaux de pêche naviguant dans une mer bleue sous un ciel clair, entourés d'oiseaux. Un cercle concentrique est superposé à l'image avec des chiffres indiquant des valeurs de mesure.

Si je devais résumer ici le Praktica B200, nous constaterions qu’il offre une exposition manuelle ou automatique, une mesure TTL de la lumière, la possibilité de mémoriser cette mesure (AE), une compensation d’exposition, une vitesse mécanique de secours, la possibilité de monter un winder, une baïonnette moderne, un testeur de pile, un viseur clair avec diodes, une minuterie et un testeur de profondeur de champ. C’est un classement de haut de gamme en 1978-79, gâché par un revêtement peu classieux et fragile.

Sa présentation est moderne et bien pensée, plus agréable de par sa forme plus compacte et arrondie que ses prédécesseurs Est-Allemands.

Image d'un appareil photo Praktica B200 avec des étiquettes numérotées identifiant différentes parties de l'appareil.
Document présentant la liste des composants d'un appareil photo, avec des descriptions en néerlandais et en français.
Diagramme des réglages d'une caméra, listant les différentes commandes et leur fonction avec des explications en néerlandais et en français.
Vue arrière d'un appareil photo avec des annotations numérotées décrivant les différentes parties, y compris l'obturateur, le compartiment de la cartouche de film, et le dos de l'appareil.
Vue arrière d'un appareil photo avec des étiquettes numérotées indiquant les différentes fonctionnalités et composants.

Franchement, par rapport aux anciens Praktica, ceux de la série B marquent une belle évolution et ils ont eu le bon goût, à l’époque, de rester très abordables. Rien de révolutionnaire mais du bien pensé pour vous permettre de vous concentrer sur la prise de vue. Remarquez le soin apporté à l’obturateur, métallique.

Reste que si les appareils tout métallique d’avant étaient réputés quasi indestructibles, ceux-ci semblent plus fragiles.

Sur les deux exemplaires de ce vieux Monsieur, je n’ai pu en sauver qu’un, le second est irrémédiablement bloqué. Mais il sera accompagné de trois chouettes optiques, d’un flash fonctionnel et de son sac tout prêt en très bon état.

Que penser de cet appareil ?

Franchement, ce n’est pas un mauvais appareil qui propose des solutions qui à son époque étaient considérées comme du haut de gamme : manuel, automatique, vitesse mécanique de secours au 1/90s, infos utiles dans le viseur dont rappel de l’ouverture choisie, priorité ouverture, compensation d’exposition, etc.

Si on fait abstraction de son revêtement un peu limite, on a un bon appareil, bien équipé si on a la chance de l’acheter avec des objectifs dédiés, car ceux-ci ne sont pas très nombreux ni faciles à trouver, les opticiens tiers n’ayant pas emboité le pas de la baïonnette propriétaire.

C’est un bon appareil pour débuter, qui ne vous ruinera pas et vous permettra de sortir des sentiers battus.

Je pense que ce vieux Monsieur avait fait le bon choix à son époque et vu les traces d’utilisation sur le second appareil (bords où le laiton apparait, signe d’usage intensif), je crois qu’il en a fait bon usage, longtemps.

Ne le négligez pas, comme tous les Praktica, il reste très abordable et celui-ci est moderne.

Vidéos d’illustration

Si vous aimez voir ce qui est à l’intérieur

N’oubliez pas de traduire la vidéo

Un peu de technique

  • Praktica B200 35mm slr
  • Priorité ouverture en mode automatique et entièrement manuel
  • Mesure TTL avec capteur sur le miroir
  • Plage de sensibilité du film 25 à 3200Asa ; cellule au Gallium – Arsenide – Phosphide
  • Batterie simple 6v (4LR44)
  • Vitesses d’obturation 40s à 1/1000s + B en automatique et de 1sà 1/1000s en manuel, minuteur (+/-8s)
  • Obturateur électronique, lamelles métalliques
  • Bouton de mémoire (AE)
  • Baïonnette Praktica PB
  • Griffe porte accessoire avec contact et prise PC de synchronisation flash
  • Motor drive disponible
  • Synchronisation à 1/90sec pour le flash
  • Vitesse mécanique de 1/90s
  • Poids nu : 530gr

Pour lire les infos et les tests d’époque, c’est par ICI.

Des références

https://focusargentique.fr/appareil-photo/praktica-b200/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1202-Pentacon_Praktica%20B200%20Electronic.html, https://fotobox.over-blog.fr/2022/05/praktica-b200.html, https://app-phot-col.com/photcol/pdfr/T36/2121.pdf, en français ; https://everythingvintage.uk/vintage-camera/praktica-b200-electronic-review/, https://camera-wiki.org/wiki/Praktica_B_200, https://thecamerasite.lauro.fi/01_SLR_Cameras/Pages/practica.htm#mtl50, en anglais

Argentique

Au pays des tous petits, il y a aussi le Chinon Micro 35 EF

Préambule

Une brocante (braderie pour nos amis français) sous un frais matin d’avril : lorsque nous avons quitté la maison, l’afficheur de température de la voiture indiquait 8°C, mais lorsque nous nous sommes garés à Jemeppe-Sur-Sambre, le givre recouvrait la prairie ! Brrr …

Prenant notre courage à deux mains et un cache cou sous le blouson matelassé, nous voilà à explorer les stands à la recherche de l’objet insolite – utile – qui plait – à ajouter aux appareils que je ne connais pas (biffer la mention inutile).

Au détour d’une caisse, je découvre plusieurs cellules à main, toujours fonctionnelles, un objectif pour agrandisseur et un minuscule appareil plein de poussière. Je négocie le tout et les voilà dans le sac à dos.

Hormis deux Praktica B200 à qui je consacrerai un article et un Polaroid Now quasi neuf, je ne trouverai rien d’autre.

De retour à la maison, séance de nettoyage pour tout le monde (sauf le Pola) et je découvre enfin ce petit, tout petit Chinon qui me rappelle furieusement les Minox 35 ou le Bellami. Mais nous allons découvrir cela ensemble.

Présentation du Chinon Micro 35 EF

Pour vous donner une idée de sa taille, il n’est guère plus grand que le titre de ce paragraphe sur mon écran !

Appareil photo vintage Micro 35EF noir avec un design compact.

Mais commençons par le début : une fois bien propre, j’ai ouvert le compartiment piles (ouf, bien propre) et j’y ai glissé deux piles AA classiques. Puis j’ai trouvé l’abattant de la porte avant , qui s’ouvre vers le bas, comme sur les Minox 35. Ce qui découvre un bloc objectif. J’essaie de déclencher, rien.

A y regarder de plus près, je distingue deux mini-poignées sur les côtés de ce petit bloc optique : serait-ce qu’il faille tirer dessus pour le sortir ? De fait, oui, et se faisant, je mets en batterie l’appareil lui-même.

Un sifflement caractéristique et le flash se charge. Après quelques secondes, j’appuie sur le déclencheur, le flash se déclenche et l’obturateur fonctionne (ça, je m’en suis rendu compte à l’oreille car je ne voyais plus rien !).

Tout va bien, il fonctionne, mais comment ?

Sur ce bloc, peu d’indications : Lens Made in Japan, que l’objectif est un 38mm ouvrant à f3,8. Sur le côté, deux positions sur un curseur : 100 ou 400 Asa. C’est peu.

Un appareil photo Chinon noir avec un flash, vu de côté, sur fond blanc.

Sous l’appareil, le compteur de vue et un autre petit curseur, marqué d’un point et de la lettre R. J’imagine qu’il faut mettre sur cette position lorsque l’on veut rebobiner le film.

Sur la tranche gauche, un verrou coulissant pour ouvrir le dos de l’appareil et y glisser un film. Un astucieux point rouge vous averti que vous êtes en position ouverte ou fermée sur le verrou. Sur la tranche droite, la dragonne.

Le dessus est tout aussi minimaliste : le déclencheur, carré et très doux puis la manivelle pour le rebobinage.

Détail d'un appareil photo noir avec les inscriptions 'FLASH' et un voyant vert 'OK'.

Enfin, au dos, le viseur, étonnement grand et très clair, avec un cadre collimaté et lignes pour la correction de la parallaxe mais sans autre indication. Juste à côté de ce viseur, deux diodes, rouge et verte : la première indique que le flash est prêt et la seconde, qui ne s’allume qu’au moment où vous enfoncez le déclencheur, que la photo est prise.

Tout en dessous, une roue crantée pour l’avancement du film et l’armement de l’obturateur électronique.

Voilà, voilà … je vous avoue que je n’ai pas trouvé pléthore d’informations à son sujet, sauf qu’il s’appellerait aussi Carena Micro Micro 35 EF au Royaume-Unis. Toutefois, ayant vérifié l’info, il ne s’agit pas du même appareil. Par contre, j’ai trouvé un Miranda Micro 35 EF qui est une copie conforme. Hélas, sans plus d’explications, sauf à savoir que ce Chinon est sorti en 1982.

Il semble en plus qu’il a existé dans d’autres couleurs que le noir

Appareil photo chinon rouge avec un objectif déployé et un design rétro.

Que penser de cet appareil ?

En résumé, c’est un petit fix focus de 38mm avec une ouverture moyenne qui devrait autoriser des prises de vue nettes à partir de 90cm jusque l’infini.

Pas ou prou de réglages : juste celui de la sensibilité du film, qui permet en fait de modifier l’ouverture. Une seule vitesse, mais laquelle ?

Ceci étant, je pense qu’il faut le tester pour voir ce que cela donne car il est sympa ce petit boitier. On peut le glisser dans toutes les poches et tous les petits sacs. Rien à régler, sauf son cadrage.

Vu sa simplicité, le fait qu’il ait été re-badgé sous d’autres marques, qu’il existe en plusieurs couleurs, c’est clairement un produit d’appel, un entrée de gamme qui mérite notre respect mais ne doit pas affoler notre portefeuille : 30€ sont un grand maximum pour le mettre dans votre poche.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Des références

https://collectiblend.com/Cameras/Chinon/Micro-35-EF.html, https://camera-wiki.org/wiki/Chinon_Micro_35_EF, en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-14285-Chinon.html , en français

Argentique

Imaginez un Week End en bord de Seine (ou de Senne)

Préambule

Celui-ci, je l’avais trouvé l’an passé, sur la brocante d’Hanzinelle.

J’ai hésité car les Box sont souvent très limités et tout aussi souvent dans un état proche de la déchetterie.

Mais voilà, celui-ci est tout revêtu d’un beau cuir bordeaux, à peine griffé par un usage sans doute précautionneux.

Puis, et vous comprendrez alors mon jeu de mot sur la Seine (Paris) et la Senne (Bruxelles), cet appareil est français.

Un peu d’histoire

Vu la forme de l’engin, on pourrait croire que cet appareil date du début du siècle précédant (le premier Box Kodak date de 1888). Eh bien non, il date de la fin des années quarante.

En 1947, un Monsieur Goldstein, dont on ne trouve pas de traces ailleurs, fonde la société Goldy à Paris.

Logo de la caméra Box Goldy, fabriqué à Paris, France.

A l’origine, ses activités sont diverses et variées : vente de produits liés à l’imprimerie, le matériel de bureau, le papier ; de matériel lié à l’électricité ; à l’optique ; des articles liés à l’art, la lithographie, la peinture, la photographie ; le cinématographe, le phonographe, la photographie ; des articles publicitaires …. et un raton laveur !

Finalement il semble que l’entreprise fabrique essentiellement des box en carton, dans un premier temps. De toutes les couleurs, grâce au revêtement en papier, voire en cuir. Ce seront les Spring, Superas, Week-End , Racing, Kid, Touring, etc.

Puis vient le métal, dès 1948, mais le plus souvent sous la forme connue d’une boite rectangulaire, celle des box. Il y aura le Starmétal, qui sera uniquement livrable en couleur marron peinte et non gainé. Ensuite, il sera suivi en 1949 par le Fotobox . Lui sera un peu différent, avec une forme qui n’est pas s’en rappeler celle du Gevabox

Si cet appareil innove un peu, par exemple en couplant l’armement à l’avance du film, ce qui évite les superpositions involontaires, il ne sera pas au point et assez vite abandonné au profit du Metabox, qui reprend l’essentiel de son prédécesseur, la fiabilité en plus et, surtout, un prix très bas qui lui procurera quelques beaux succès de vente.

Au début des années cinquante, retour à un appareil en forme de box, le Monococ, réalisé en aluminium embouti avec un gainage uniquement en noir. Mais il gagne une synchronisation du flash et un écrou pour le fixer su un trépied.

Publicité ancienne pour des appareils photo, incluant les modèles Super-Fex, Box Goldy, Midelly et Lumière, avec descriptions et prix.
Publicité Photo Plait de 1950

Enfin, début 1960, la marque aurait fabriqué un appareil en bakélite, un compact simplissime qui répond au nom de Marly. Assez semblable au Flex, dans la forme et l’esprit.

Le prix modiques des appareils Goldy font qu’ils ont été soit repris comme appareils publicitaires pour des marques telles que le chocolat Lanvin (les enfants qui avaient gagnés assez de points en mangeant le chocolat recevaient un appareil), les caves Sainte-Marguerite (vin de table), Delespaul (encore du chocolat). Ils seront encore présentés sous d’autres enseignes, agissant alors en produit blanc pour Manufrance, Coronet, Phot Office (une entreprise qui vendait des produits photographiques en pharmacie et dont les représentants offraient des appareils photo aux – sans doute – meilleurs vendeurs).

Les rares documents explicatifs de la société montre souvent de petits elfes qui expliquent simplement comment estimer une distance, entretenir son appareil, comment le charger, … ce qui devait enthousiasmer les enfants.

Puis la marque disparait vers la moitié des années soixante, discrètement.

Je vous encourage à découvrir les sites de Collection-appareils et Fotofex, une mine de renseignements sur les différents modèles et qui illustre clairement comment faire du neuf avec toujours le même concept : il suffit de changer de nom, de couleurs et de saupoudrer de quelques nouveautés !

La simplicité de ces appareils dans les années cinquante et soixante, en plein moment d’efforts et de recherches chez d’autres fabricants, explique sans doute pourquoi la marque n’a pas survécu. Elle me rappelle la sage des Diana, in fine mais elle n’a pas eut la chance de se retrouver chez Lomography.

Ses prix modiques et sa simplicité ne l’ont pas empêchée d’être exportée, notamment au Royaume Uni.

Et puis, soyons de bon compte : d’autres marques ont agit de la même façon et on se rappelle les box Kodak, Agfa, Coronet, Zeiss Ikon, Altissa, GAP, …

Ce qui marquera la fin de ces appareils, au seuil des années soixante, c’est un autre appareil, tout aussi simple mais plus moderne : le Kodak Instamatic. On connait la suite …

Présentation du Week End par Goldy

Comme je l’écrivais en préambule, c’est le beau cuir bordeaux qui m’a attiré vers cet appareil et, sur le côté, quelques leviers et tirettes qui me faisaient penser au Brownie Six-20.

Mais commençons par le début : c’est donc un box de forme rectangulaire, en carton revêtu de cuir bordeaux. Sur le dessus, il devait y avoir une lanière soit en plastique soit en carton revêtu mais fragile. Ici, elle a disparu.

Deux viseurs bombés, l’un sur le dessus et l’autre sur le côté permettent de voir (enfin, c’est un bien grand mot !) à travers deux petits ronds en verre collés sur la face avant.

Sur la droite, une manivelle en ferraille pour faire avancer le film et sur laquelle il faut tirer pour ouvrir l’appareil et charger le nouveau film. Soyons précis, il faut d’abord faire pivoter les deux crochets sur les côté puis tirer sur la manivelle avant de tirer vers l’avant la face de l’appareil et dégager ainsi le corps de la chambre, noir et fixé à la face.

Le film utilisé est du 620, pour des images en 6x9cm que l’on utilisait souvent par simple tirage contact.

Sur le devant, un rond en métal reprend le nom de l’appareil, WEEK END et précise en com et pouces qu’il s’agit d’un 6×9, ensuite qu’il est équipé d’un ménisque, sans autre précision (focale, ouverture ?) et qu’il est précisé qu’il est Made in France.

Appareil photo vintage en cuir bordeaux avec un objectif Meniscus, modèle Week End, fabriqué en France.

A l’arrière, il y a une seule fenêtre en rouge inactinique qui sert de compteur de vue

Un carnet en cuir brun, présentant des signes d'usure, positionné entre deux enveloppes blanches.

En enfin, sur le côté droit, une plaquette métallique avec 3 tirettes et le déclencheur. La tirette du haut fait apparaître un filtre jaune derrière l’objectif ; celle juste en dessous permet de jouer sur l’ouverture du diaphragme (heu … deux positions indéterminées) : celle du bas permet de bloquer l’obturateur en position ouverte tant que vous gardez le doigt sur le déclencheur.

Appareil photo vintage avec un boîtier en cuir marron et des boutons sur le côté.

Déclencheur qui possède un ressort de rappel pour revenir à sa position initiale. L’obturateur est rotatif, métallique, à une vitesse unique, mais laquelle ?

Pour ouvrir la boite, il suffit de relever les deux crochets qui sont sur le côté et de tirer sur la face avant, ce qui dégage la chambre entière.

Et c’est tout !

Avouons que pour les années cinquante, voire soixante, c’est un minimal syndical difficile à défendre ! Mais ces appareils gardaient leurs adeptes, qui détestait à n’en pas douter tout signe de modernité…

Que penser de cet appareil ?

Hormis son cuir élégant, c’est de fait un appareil simplissime.

Tout en carton, il est difficile voire impossible de le désassembler sans le détruire car tout est collé. Impossible donc de nettoyer les verres de visées, les miroirs de renvoi et le mécanisme de prise de vue. La médiocre qualité des métaux font qu’ils rouillent très vite et que leur maniement est parfois difficile (les tirettes sont collées par la rouille). .

De plus, la bobine de 620, qu’on ne trouve plus ou qui nécessite de modifier une bobine de 120, le rend peu intéressant à utiliser.

Reste que c’est un bel objet. Si vous avez été voir les sites recommandés plus haut, ces Goldy sont même collectionnables pour la richesse de leurs différences.

Pour moi, il reste un bel objet décoratif mais à l’histoire intéressante.

Qu’en pensez-vous ?

Vidéo d’illustration

Remarquez qu’au début de la vidéo, la face avant est montée à l’envers !

Un peu de technique

En l’absence d’informations, je ne pourrais émettre que des suppositions, en regard d’autres produits similaires, aussi vous recommanderais-je d’aller voir les Kodak Brownie Six-20 sur le site.

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2647-Goldstein_Week%20End.html, http://glangl1.free.fr/Liste-Goldstein.html, https://stereoantica.com/week-end-metallique/, https://collectionappareilsphotos.wordpress.com/2017/06/16/goldstein-goldy/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Goldy, en français ; https://www.fotofex.fr/post/goldy-prototype-parts-for-6×9-box-camera (pour y voir toutes les couleurs des Goldy), en anglais