Un Ashahi Pentax Spotmatic F,  version extended

Un Ashahi Pentax Spotmatic F, version extended

Préambule.

Celui-ci, ça fait quelques mois qu’il trône sur un bureau et que je me dis qu’il faut lui consacrer un article.

Aujourd’hui, comme j’ai besoin de place sur ledit bureau, c’est l’occasion ou jamais de m’y mettre.

C’est lors d’une brocante couverte à Ath, tout début 2025, que j’avais acheté cet appareil, avec quelques autres, à un charmant Monsieur âgé et grand collectionneur devant l’autel de la photographie, entre autre.

Et vous allez comprendre le sens du titre dans les paragraphes qui suivent, bonne lecture.

Un peu d’histoire.

Pour ceux que ce chapitre n’enthousiasme pas d’ordinaire, pas de panique, je ne m’étendrai pas et pour les autres qui aiment comprendre le pourquoi de leur appareil, je vais les renvoyer à l’article consacré au Ashahi Pentax Spotmatic SP2 où j’ai retracé les grandes lignes de l’épopée du célèbre Spotmatic.

Juste retenir que le Spotmatic F, apparu en 1973, est un des derniers modèles qui, associé à une gamme d’objectifs remaniée de Takumar Super Multi Coated (SMC), avait la capacité de mesurer la lumière sans arrêter l’objectif.

Mais, me diriez-vous, qu’est-ce que ça change ?

Rappelez-vous, avec le Spotmatic premier du nom, le processus de déclenchement se déroule comme suit :

  • la mise au point s’effectue à la plus grande ouverture
  • car il est plus aisé de régler le plan focal de cette manière, le dépoli étant alors plus lumineux
  • puis il faut pousser le levier à gauche de l’objectif pour activer le posemètre et le témoin de profondeur de champ
  • il faut ensuite régler l’exposition correcte
  • enfin, on peut déclencher

Avec le F, on saute l’étape de la mise au point objectif ouvert et activation du posemètre car cela se fait automatiquement grâce à l’obturateur et le nouvel objectif.

Car pour pouvoir effectuer correctement la mesure TTL, il fallait de nouveaux objectifs afin d’établir la communication avec l’appareil photo. Cette liaison est assuré grâce à un tenon sur l’objectif car la monture M42 n’avait pas été prévue pour cela. Cet obstacle sera résolu au passage à la baïonnette de la monture K qui viendra juste après celle-ci.

Les anciennes optiques s’appelaient Auto-Takumar ou Super Takumar. Les nouvelles recevront les désignations de Super Multi Coated Takumar (1971), ou SMC Takumar pour les intimes de la marque (1972). Outre l’ergot sur l’objectif, les focales bénéficient d’un traitement spécial pour réduire le flare et atténuer certaines aberrations.

Détail d'un objectif avec monture M42, mettant en évidence l'ergot pour la communication avec l'appareil photo.

Le Spotmatic modèle F reste un merveilleux appareil école pour apprendre à gérer le triangle d’exposition avec déjà un petit avant goût de ce que seront les appareils plus perfectionnés d’après (monture K) mais en offrant aux néophytes (et aux autres aussi) un parc d’optiques immense, la monture M42 ayant été exploitée tant par les japonais que les allemands ou les russes. Et ces optiques restent particulièrement abordables.

Présentation du Spotmatic F.

Schéma technique du reflex Asahi Pentax Spotmatic F avec numérotation des composants et descriptions.
Source : mes appareils photo

Comme une image vaut mille mots, voici celle qui résume au mieux la philosophie de ce Spotmatic F : du simple, du bien pensé, du solide, même si tout n’est pas parfait.

Du simple.

La présentation est d’un grand classicisme pour un réflex :

  • sur le capot, au milieu et sur le prisme, la griffe pour le flash, avec contact central et synchro X mais aussi une prise pour les flashs plus anciens
  • sur la gauche, la molette de rembobinage avec la manivelle. Si vous la soulevez, elle ouvre la porte arrière. Par dessous, un mémo pour le type de film
  • sur la droite, le levier d’armement, tout en métal, juste légèrement recourbé pour être saisi rapidement par le pouce. Au milieu, le compteur de vue, qui se remet à zéro dès qu’on ouvre l’appareil. Ensuite, la grosse molette qui permet de régler les vitesses et, lorsque vous la soulevez, la sensibilité Asa du film (de 20 à 3200Iso/Asa). Entre les deux, le déclencheur, entouré d’un verrou (On/Off) et fileté si besoin d’un déclencheur souple
  • sous le prisme, le viseur, dépouillé mais bien lisible, avec sur le côté le réglage des valeurs en suivant l’aiguille, alimentée par la cellule. Il offre un grossissement de x0,88 ; la mise au point s’effectue sur un microprisme et l’on peut voir l’action du bouton de test de profondeur de champ directement.
  • par dessous l’appareil, la trappe pour la pile, le bouton pour assurer le rembobinage, le filetage pour le trépied.

Du bien pensé.

La particularité de cet appareil, c’est sa cellule au CdS. En fait, deux cellules au CdS sont placées de part et d’autre de l’oculaire tandis qu’une troisième est située au dessus de celui-ci. Cette dernière est tournée vers le verre de visée et mesure la quantité de lumière reçue, ou pas. Si elle n’en détecte pas, ou pas assez, elle alimente un transistor qui va faire passer le courant vers les deux autres cellules. Enfin, si elle constate assez de lumière, elle considère le transistor comme conducteur et alimente les deux autres cellules en courant. Le système est efficace mais il est gourmand en électricité.

Rappelez-vous, c’est une cellule non pas spot comme le nom de l’appareil l’indique, mais à prépondérance centrale, avec toutefois une petite tendance à utiliser la partie basse de la lumière entrante, afin d’équilibrer mieux celle-ci.

Nous pourrons donc écrire qu’il s’agit d’un appareil semi-automatique à mesure TTL intégrale pondérée, à diaphragme ouvert avec les objectifs SMC Takumar, et à diaphragme fermé avec les Takumar et Super-Takumar, ainsi que les autres objectifs en 42 à vis (qui n’ont pas la petite aiguille pour le réglage de la communication avec le boitier)..

Autre petite chose qui pourrait paraître insignifiante, sauf quand on se rend compte de son utilité : sur le petit bouton de débrayage pour le rembobinage, vous verrez un petit point. Celui-ci indique si le film tourne lorsque vous l’avez accroché et que vous armez.

Vue supérieure d'un appareil photo Pentax Spotmatic F montrant le compartiment de la batterie et le bouton d'ouverture sur le côté.

L’appareil est entièrement manuel et mécanique, l’alimentation électrique n’étant nécessaire que pour la cellule. Il est donc toujours possible de faire des photos avec le Spotamic F, avec ou sans pile.

A ce sujet, un point qui me semble utile à souligner : exit la pile au mercure des appareils de ces années-là, une PX625 qui délivrait 1,35v. Or, de nos jours, on ne trouve plus que des piles PX625A (alcaline) de 1,5v. Mais là où les ingénieurs japonais ont eu le nez fin, c’est qu’ils ont installé un pont Wheatstone sur le circuit. Comme je ne suis pas électronicien, ce que j’ai pu en comprendre, c’est que la valeur absolue de la tension n’est pas pertinente pour ce circuit, mais seulement une différence de tension entre deux diviseurs de tension.

Vous êtes perdus par la technologie (moi aussi) ? En gros, retenez qu’ici peu importe la tension de la pile, qu’il s’agisse de 1,35v ou de 1,5v, la cellule fonctionnera correctement.

Du solide.

L’obturateur est entièrement mécanique, donnant des vitesses de 1s jusqu’au 1/1000s, avec retardateur et pose B, plus synchro flash via la griffe placée sur le toit du pentaprisme (1/60s) ou contact pour flashs plus anciens avec prise et fil.

Presque entièrement en métal, il en faut beaucoup pour l’abîmer et le dérégler (toutefois aucun appareil n’est indestructible !).

C’est une gamme qui sera toujours louée pour sa fiabilité et sa robustesse. Rappelez-vous le Spotmatic SP 2 de l’ami Jean, que je vous ai présenté ICI.

Et pourtant, tout n’est pas parfait, mais on s’y fait rapidement.

Je reviens un instant sur la question de la consommation électrique de l’appareil. Comme il n’y a pas d’interrupteur On/Off pour la mesure d’exposition, celle-ci consomme en continu de l’électricité et vide la pile. Mais seulement s’il y a de la lumière (voir ci-dessus). Habituez-vous donc a toujours garder le bouchon de l’objectif à portée de main car dans le noir, la cellule ne fonctionne plus et vous économisez vos piles !

Second point de friction : l’appareil accepte toujours toutes les optiques en M42 mais seules celles munies de la petite tige d’accouplement vous donneront la mesure à pleine ouverture, dont les Takumar SMC. Pour les anciens Takumar, c’est à ouverture fermée qu’il faut travailler.

Ensuite, quelques uns pourraient lui reprocher son poids (642gr tout nu) mais c’est gage de stabilité aussi, d’autant que le boitier est bien construit et pour l’époque, assez ergonomique en mains.

Petite publicité d’époque :

Appareil photo Asahi Pentax Spotmatic F sur fond spatial avec des étoiles et une planète.
Source : mes appareils photo

Pourquoi extended ?

Enfin j’en viens à ce titre qui vous a peut-être intrigué, mais l’exemplaire que j’ai acquis est monté avec un rail, deux soufflets et un objectif Takumar de 35mm f2.

Un appareil photo de type reflex, avec un soufflet ajustable monté sur un objectif Takumar, posé sur un bureau en désordre avec un ordinateur en arrière-plan.

Alors que je le tournais entre mes mains dubitatives, j’ai compris que cet ensemble, qui fait plus de 50cm une fois tout déplié, n’était pas destiné à la macrophotographie mais à la reprographie de diapositive.

Si de nos jours on peut scanner facilement n’importe quel document, à l’époque de ce boitier on utilisait encore cette technique délicate : on glisse la diapo dans l’espace réservé et on règle les distances pour que tout soit bien net. Ensuite, calcul de la vitesse et clic-clac, c’est dans la boite !

Il suffit d’avoir un bon trépied, solide, ou une table qui ne tremble pas et c’est parti.

Avouez quand même que l’ensemble est un peu impressionnant …

Que penser de cet appareil ?

Muni d’une bonne sangle de transport, vous voici prêt à sillonner les rues, les paysages qui sont près (ou loin) de chez vous. Juste à penser de mettre quelques films dans son sac, de prendre un flash au cas où, et quelques piles pour ce dernier et vous voici dans la peau d’un photographe old school, de ceux qui savaient utiliser la lumière, bien secondés par leur boitier fidèle.

Personnellement, je ne regrette qu’une chose sur ce Spotmatic F : il n’y a pas de stignomètre à coïncidence pour aider à la visée, seulement un dépoli, fin, mais moins précis que l’autre système pour les prises de vue.

Même si on s’y habitue, pour moi, c’est un manque.

Mais à côté de cela, quel plaisir !

Il me rappelle les sensations de mon bon vieux Fujica ST 605N (aussi un appareil avec objectifs à vis M42) ; il ne faut pas être pressé mais quelle joie quand vos photos vont apparaître dans leur bain de révélateur !

Question prix, un exemplaire comme celui-ci se négocie autour des 100€ et environ 80€ pour le boitier et un objectif seul (sauf s’il s’agit d’un Takumar SMS de 50mm ouvrant à f1,4 car là il vous faudra bien casser votre tirelire)

Des exemples d’images prises avec un boitier identique LA.

Vidéos d’illustration.

Restons dans la famille, … quand j’écrivais que c’était un excellent appareil école !

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi en français, c’est par ICI.

  • Origine : Japon
  • Ashahi Pentax Spotmatic F
  • Date de fabrication : à partir de 1973
  • Format de film : 35mm
  • Visée : stigmomètre à image non divisée, dépoli fin
  • Cellule : oui, TTL
  • Mode(s) d’exposition : manuel
  • Sélecteur d’ISO : de 20 à 3200 ISO
  • Vitesse : B jusqu’au 1/1000ème
  • Retardateur : oui
  • Monture : M42 (à vis) dit universelle
  • Nombre de poses : jusqu’à 36 poses
  • Poids : 620 grammes nu environ
  • Pile : oui (Px625A)
  • Accessoires : flash, objectifs interchangeables
  • Dimensions : 143 mm (longueur) x  92 mm (hauteur) x 88 mm (largeur) avec objectif 50mm.
Tableau des spécifications de l'Asahi Pentax Spotmatic F, incluant des informations sur l'année d'introduction, les modes d'exposition, les vitesses d'obturation, et d'autres caractéristiques techniques.

Résumé de la gamme :

Tableau comparatif des modèles d'appareils photo Spotmatic, présentant leurs caractéristiques techniques et fonctionnalités.
Source : whitemetal

Des références.

https://www.danstacuve.org/test-asahi-pentax-spotmatic-f/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10314-Pentax_Spotmatic%20F.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Pentax, https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_produits_Pentax, https://www.mes-appareils-photos.fr/Pentax-Spotmatic-F.htm, https://www.vincentmorreale.com/blogue/asahi-pentax-spotmatic-f, en français ; https://www.pentaxforums.com/camerareviews/pentax-spotmatic-f.html, https://en.wikipedia.org/wiki/Pentax_Spotmatic, https://www.35mmc.com/14/09/2020/pentax-spotmatic-f-review/, https://dustygrain.com/pentax-spotmatic-f-review/, en anglais

Vos commentaires sont les bienvenus, ils aident à faire avancer nos réflexions.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

En savoir plus sur L'Atelier de JP

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture