Argentique

Le mal aimé, le Fuji STX-2. Pourtant un petit réflex sympathique.

Préambule

Ah, celui-ci, cela fait un moment qu’il est dans une caisse, chez moi, au sec. J’avais craqué dessus sur une brocante (braderie) et j’ai maudit, ensuite, le vendeur car si l’appareil présentait (très) bien, la porte arrière était cassée. Ce que je n’ai vu qu’une fois à la maison, le boitier étant dans son demi-étuis, qui cachait le problème.

Bref, j’attendais de trouver une pièce sur une épave pour envisager de le réparer et puis vous le présenter, enfin.

Hier, j’avais un peu de temps et c’est sur un Minolta complètement hors service que j’ai trouvé le verrou qui allait remplacer celui, en plastique, du Fuji. Une petite heure de bricolage a suffit pour trouver la solution et y remédier.

Partons alors à sa découverte …

Un peu d’histoire

C’est une marque que j’ai déjà abordée assez souvent aussi vais-je être assez court dans son histoire, vous trouverez plein de traces à ce sujet dans les articles consacrés aux appareils Fujica, Fujifilm, Fuji.

Souvenons-nous cependant que la marque doit son nom au Mont Fuji car elle est née à ses pieds (Ashigara) en 1934. La société est d’abord active dans les émulsions et la chimie. Elle produit des films pour le cinéma et la photographie dès 1936, y compris des films pour les rayons X.

Il faut attendre 1944 pour que Fuji développe une partie optique, suite au rachat d’Enomoto Kogaku Seiki Manufacturing. Toutefois, pendant cette période mouvementée, l’entreprise produit surtout pour l’armée impériale.

Enfin, en 1948, elle propose son premier appareil photo, le Fujica Six, un folding (pliant à soufflet) 6×6 en film 120. Ce qui est anecdotique car la société produit alors surtout des films en 24x36mm. Fujica est la contraction de Fuji et Camera.

Les Fujica 35, dans les années cinquante, sont des télémétriques solides, très bien construits qui ont de beaux succès.

Dans les années soixante, Fujica propose de nombreux formats, allant des demis au moyens formats. Il se lance aussi dans le Super 8, le film familial par excellence. Les caméras Single-8 sont de sérieuses concurrentes aux Kodak.

Enfin, au début des années septante, Fujica lance la série des ST avec le fameux ST 701 : c’est un réflex solide, avec une monture M42, universelle, et doté d’une mesure TTL qui utilise des photodiodes au silicium, modernes. Fuji entre dans le monde du réflex avec des appareils compacts, efficaces et faciles d’utilisation.

Suivront les ST-801 et ST-901 qui inaugurent respectivement l’affichage par LED (première mondiale) et l’affichage numérique de la vitesse en mode automatique (re-première mondiale).

Les années quatre-vingt voient Fujica monter en sophistication avec la série des AX, qui étrennent une nouvelle monture, la X-Fujinon : se seront les STX-1, AX-1,AX-3 et AX-5, le plus complet, qui propose, à l’instar du Canon A-1, la priorité vitesse, priorité ouverture, l’automatisme ou le mode manuel, le tout dans un boitier compact et très bien fini.

Pourtant, petit à petit, Fujica quittera la scène des réflex pour se consacrer aux appareils compacts, aux moyens formats, aux appareils jetables, aux appareils instantanés, puis au numérique, où il reviendra aux réflex, entre autre.

Mais je reviens au Fujica STX-1, le premier réflex qui utilisera la nouvelle monture propriétaire, la X-Fujinon. Ce boiter est l’évolution du ST-605n dont il reprend tous les bons points mais il y ajoute donc une nouvelle monture, nécessaire pour la transmission d’informations de plus en plus poussées et électriques. Il est présenté au monde en 1979, lors du 33ème Salon de Paris.

Petit aparté au sujet des objectifs Fuji X : on y distingue deux familles, les Fujinon qui sont en alu et de conception plus poussée, certains disposent du traitement EBC (electron beam coating : superposition de 11 couches de traitement sur les lentilles) et les Fujinar qui eux sont plus simples et constitués de plus de plastique. Si vous avez le choix, préférez les premiers, ils sont très bons.

Mais, surtout, les Fujinon X de l’époque ne sont absolument pas compatibles avec la nouvelle monture Mont X Fujinon des appareils numériques. Et à ma connaissance, il n’existe pas de bague d’adaptation de l’un vers l’autre et inversement.

Notons que (presque) toutes les marques d’appareils photo sont passées par là : Minolta passe à la MD, Canon à la FD, Yashica à la Y/C (en collaboration avec Contax), Pentax à la K et même Nikon avec une F qui devient électrique, et cela évoluera encore avec les années.

Comme je le précise souvent, changer de monture représente toujours un risque majeur pour une marque. En effet, les clients qui ont investi, par exemple, dans un parc d’objectifs, risquent de la trouver saumâtre lorsqu’on leur apprend qu’ils ne peuvent plus utiliser leurs fidèles cailloux sur les nouveaux boitiers. La monture précédente, la M42, était de plus assez universelle et autorisait de monter des marques différentes sur l’appareil. En passant à une monture propriétaire, Fujica abandonnait cette faculté. D’autant que, plus tard, au seuil des années nonante, Fuji abandonnera aussi le monde des appareils réflex et ne développera plus d’optiques pour ceux-ci.

Certains s’ingénient à trouver des astuces pour garder leur monture, comme Nikon avec la F, ou Pentax, avec la K mais parfois au détriment d’autres développements qui peuvent peser lourd dans un marché ultra concurrentiel. Heureusement, il existe aussi des bagues d’adaptations, développées en interne ou via des opticiens tiers. Elles sont plus rares pour la monture Fujinon, même si l’adaptateur Fujica Mount Adapter X-S permet aussi l’usage d’objectifs à vis M42 mais en mode stop-down (c’est-à-dire qu’il faut fermer le diaphragme à la valeur de prise de vue avant de prendre la mesure de lumière, puis vous déclenchez) et qu’avec Tamron, il existe une bague Adaptal 2 en monture Fujinon X.

Le Fujica STX-1 donc est entièrement manuel, équipé d’une cellule (TTL) à photodiode au silicium. Il faut une alimentation pour la faire fonctionner (2 LR44), mais l’appareil reste entièrement mécanique (vitesses de 1/2s jusqu’au 1/750s, pose B, minuterie (10sec) et synchro flash au 1/60s).

Pour l’époque, il est bien doté : outre ce que je viens de noter ci-dessus, il possède aussi un testeur de profondeur de champ et un affichage de la vitesse, plus une indication de sur ou sous exposition dans le viseur.

Cet appareil a eut un beau succès, au USA sous le nom de Fujica MPF105X et en Allemagne, re badgé par Prost, sous le nom de CR-1 et dans le reste du monde sous son vrai nom. Sa solidité et sa simplicité ont séduit.

Il évoluera en STX-1n en 1982 : pas de grands changements, juste une adaptation moderne en adoptant des LED dans le viseur. Son design est un peu plus compact, avec un capot redessiné mais la mécanique reste la même. Les indications de la cellule abandonnent l’aiguille, qui est remplacée par des LED, rouges pour la surexposition ou la sous exposition et verte pour une juste exposition.

Finalement, en 1985, la dernière évolution sera le Fuji STX-2. Notez que le nom change. En effet, dès 1985, tout ce qui concerne les appareils photo sont sur la bannière Fuji et non plus Fijica. Un autre appareil, encore plus décrié, verra la jour en 1985, le AX-Multi, mais c’est une autre histoire.

Petite remarque : pendant la période de transition Fujica vers Fuji, certains appareils sont estampillés Fujica STX-2 ou Fuji STX-2. Ce sont les mêmes boitiers.

Outre ce changement de patronyme, le STX-2 devient semi-automatique, tout en restant entièrement mécanique, pour rassurer les novices à qui il s’adresse.

Mais nous allons découvrir cela ci-après.

Présentation du Fuji STX-2

Un petit éclaté pour voir les commandes principales, ce qui permet de constater que le boitier est classique :

Diagramme d'un appareil photo Fuji STX-2 avec annotations numérotées des différentes parties et fonctions.

Que ne voyons-nous pas dans ces dessins ?

Si la silhouette nous est familière, puisque c’est celle du STX-1n, l’appareil est en plastique !

Appareil photo réflex Fujifilm STX-2 avec objectif et protection de lentille.

Exit le bon vieux métal, rassurant mais lourd, place au plastique, léger (510gr nu) mais faisant craindre pour la résistance dans le temps.

C’est d’ailleurs la raison pour lequel j’ai dû intervenir sur cet exemplaire, qui autrement paraissait neuf : le crochet de la porte arrière était cassé. J’ai dû effectuer une découpe pour pouvoir glisser un crochet de verrou en métal et sceller le tout pour assurer que l’ensemble tienne dans le temps.

C’est le seul reproche que je peux faire à ce réflex, car pour le reste, il est agréable à tenir en mains et les commandes tombent bien sous les doigts (même si nous sommes encore loin de l’ergonomie de la décennie suivante).

Pour mémoire, les AX, sortis en même temps que le STX-1 étaient plus sophistiqués et avaient donc un peu d’avance technique. Ils ont peu été remaniés, sauf le dernier, l’AX-Multi, qui simplifie à l’extrême l’utilisation de l’appareil (qui ressemble dès lors plus à un compact tout automatique).

Le STX-2 évite cet écueil : c’est un semi-automatique, avec un aperçu de la profondeur de champ, un minuteur, un viseur clair avec les indications nécessaires tout en restant un appareil destiné aux amateurs. Allez, j’ose : un Pentax K1000 (sans doute l’appareil école le plus vendu à ce jour) mais avec un brin de sophistication utile.

Avec lui, tout est simple : la mesure de la lumière (cellule) s’affiche à droite dans le viseur sous forme de trois diodes : une rouge en haut pour la surexposition, une verte au milieu pour l’exposition correcte, une rouge en bas pour la sous-exposition. Le jeu consiste à tourner la bague de vitesse ou de diaphragme jusqu’à obtenir uniquement la verte. C’est binaire, c’est rapide, et c’est exactement ce qu’on demande à un boîtier d’apprentissage.

Petite revue du tableau de bord : le levier d’armement, la roue des vitesses et du réglage de la sensibilité Iso, le déclencheur avec un pas fileté, le curseur pour verrouiller l’appareil (lock) ; au centre, la griffe flash avec contact ; de l’autre côté, le compartiment des piles et la manivelle pour le rebobinage.

Vous pouvez aussi voir, à gauche de l’objectif, le bouton qui permet de déverrouiller la monture. Sur la face, de l’autre côté de l’objectif, le minuteur et le testeur de profondeur de champ.

Deux flèches indiquant les boutons d'une caméra Fujifilm STX-2.
le minuteur (flèche rouge) et le testeur de profondeur de champ (flèche jaune)

Un brin de sophistication utile écrivais-je, notamment sa mesure de la lumière, qui se fait à travers l’objectif (TTL) et grâce à une cellule au silicium qui contrôle les 3 LED dans le viseur. La mesure est une pondération moyenne précise. C’est elle seule qui nécessite l’utilisation de 2 LR44 (ou une G11) car pour le reste, c’est un appareil tout mécanique, rassurant.

Un (autre) petit regret – le premier étant le plastique, si vous suivez bien ! – c’est le viseur : il aurait pu être un brin plus lumineux, comme celui des AX par exemple. A part cela, il porte sur sa gauche l’échelle avec les vitesses sélectionnée et à droite, les 3 LED qui indiquent la sur ou sous exposition possible. Au centre, un dépoli fin et un stigmomètre à coïncidence, rapide et précis.

Il est aussi un peu bruyant lors du déclenchement mais nous sommes encore loin des Zenit et Praktica !

Mais là où cet appareil rassure, c’est dans sa fiabilité (comme le STX-1 avant lui) : ici pas d’électronique fantaisiste et capricieuse. Car à ce petit jeu-là, les AX sont grands perdants (j’en suis à ma troisième épave non récupérable de AX-3, par exemple, et l’ami Olivier a déjà ranimé quelques AX-5).

Que penser de cet appareil ?

Si je résume, voyons ses points forts et faibles :

points positifspoints négatifs
légèreté du plastiquesa relative fragilité
semi-automatique completpas d’automatismes comme les AX
facilité d’utilisationtrop simple ?
très bons objectifs X Fujinonbaïonnette propriétaire et nombre des objectifs limités
pas beaucoup d’opticiens tiers (Tamron avec une bague adaptall 2)
bonne sensations en mains
appareil mécanique

In fine, ce n’est pas si mal.

Reste seulement, à mon sens, le problème des objectifs : Olivier (que vous connaissez bien) m’a offert un superbe AX-5 avec une collection d’objectifs mais il a dû chercher pour trouver ce que j’estimais utile à ma pratique, à savoir un 28mm minimum, un zoom 24 -70mm, un 50mm, un 135mm, un petit télé (encore merci l’ami).

Voici ce qu’il m’a trouvé (et qui pourrait vous être utile) :

  • un grand angle 24mm Auto Makinon f2,8
  • un zoom 28 – 80mm Foca MC f3,8 – f4,8
  • un 28mm Tamron avec adaptal 2 f2,5
  • un 50mm X-Fujinon DM f1,9
  • un 135mm Tokina RMC f2,8
  • un 200mm X-Fuijnon T EBC f4,5
  • et un flash Philips P36 Computer TLS

A ceux-ci j’ai ajouté un 50mm X-Fujinon DM ouvrant à f1,6, qui était attaché à l’épave d’un AX-3.

En conclusion, c’est un excellent appareil école, léger et agréable, non exempts de quelques défauts mais rien de rédhibitoire.

Si votre pratique se plait avec un bon 50mm, vous n’aurez pas trop de soucis pour en trouver un, il est généralement attaché au boitier. Pour des optiques plus exotiques, ça risque de coincer. La philosophie de l’engin étant l’apprentissage, vous ne serez pas, à mon sens, trop pénalisé avec ce choix du 50mm.

Quant au prix, on trouve de tout mais il faut rester réaliste, comme d’habitude : au delà des 50€, ce n’est l’est plus. Sauf si on vous propose un tas de cailloux compatibles (à vérifier !) et en très bon état.

Pour le reste, je suis très content d’avoir pu redonner vie à cet exemplaire et j’espère vous avoir titillé si vous cherchez un bon appareil qui vous accompagnera encore longtemps.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA (multilingue).

  • Appareil photo 35 mm, reflex mono-objectif (SLR), entièrement manuel
  • Marque : Fuji / Fujifilm / Fujica, Tokyo, Japon
  • Format 135, film photographique au format négatif 24x36mm
  • Transport de films : manuellement
  • Posemètre : TTL centre de type de moyenne pondéré ; récepteur de photocellule de silicium couplé à un circuit FET (Field Effect Transistor) ; indicateur d’exposition 3-LED en viseur ; couplé ; sensibilité de la cellule : de 25 à 3200 Asa/Iso
  • Contrôle de l’exposition manuellement
  • Objectif Fujinon monture X (attention, n’est pas compatible avec la monture X des appareils hybrides de Fuji)
  • Objectif X-Fujinon : standard 50mm ouvrant à f1,9 (5 éléments en 5 groupes) ; mise au point minimale à 60cm ; diamètre filtre de 49mm
  • Mise au point : manuellement
  • Obturateur : rideau caoutchouté à défilement horizontal
  • Vitesses : de 1/2s à 1/1000s plus pose B, synchro flash au 1/60s
  • Viseur : 0.86 X grossissement, 90% vertical 92% horizontal ; à gauche, indication de la vitesse choisie, à droite LED pour la sur ou sous exposition
  • Chargement, avance, rebobinage manuel
  • Compteur de vue avec remise à zéro automatique
  • Alimentation : 2 LR44 ou 1 G11 (3v), uniquement pour le posemètre
  • Minuteur (10secondes)
  • Verrouillage du déclencheur (économise les piles)
  • Poids : 480gr nu, 625gr avec objectif monté
  • Filetage pour trépied en dessous
  • Période de production : 1985 – 1990

Accessoires prévus : Eyecup, Objectif de réglage de la vue, tubes d’extension automatiques, adaptateur de microscope, Adaptateur inverse, soufflet d’extension automatique, capot de lentille, montage Adaptateur-X-S, Téléconvertisseur 2X, Sacs Gadget L, S, Fujica Filtres, Auto Strobo AZ, Auto Strobo 300X, Auto Strobo 200X, Copieur de diapositives. Focusing Rail, Macrooinecopy.

Disposition d'équipements photographiques comprenant divers objectifs, appareils photo, et accessoires dans des sacs.
Liste d'accessoires pour l'appareil photo Fuji STX-2, incluant des flashes, des filtres et des adaptateurs.

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Fuji_STX-2, https://www.35mmc.com/01/11/2024/fuji-stx-2-a-love-affair-with-a-much-hated-camera-simple-refinement/ , https://cameragx.com/2018/05/29/fuji-stx-2/, https://www.pentax-manuals.com/fujica/cameras/stx2.htm, https://camera-wiki.org/wiki/Fujica_STX-1, en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-12557-Fuji_STX-2.html?__r=1.934db7d58601f7af3638fabfccf67ed1, https://expert-photo.fr/fujifilm-stx-2-test-avis/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-12557-Fuji_STX-2.html?__r=2.646c5c075c4ba46eaa78d5853ca80dcf, https://adopteunboitierphoto.fabien-nguyen.fr/galerie.html?page=fuji_stx2, http://t.hacquard.free.fr/site1/fuji_stx2.html, https://photoetmac.com/2007/12/petit-historiqu/, en français ; https://kameramuseum.de/objekte/fuji-stx-2/, en allemand

Argentique

Le Savoyflex, un réflex à la française, audacieux mais bien mal inspiré.

Préambule

Où ais-je bien pu trouver cet appareil ? Impossible de m’en souvenir. Mais ce n’est pas le plus important.

Par contre, je me souviens l’avoir pris parce que j’ai déjà analysé un autre Savoy Royer, un télémétrique, qui m’avait bien intrigué.

Et je pense qu’avec celui-ci, ça va être une autre découverte étonnante .

En tout cas, il demande un peu de nettoyage mais il est complet avec son sac tout prêt en cuir, intact.

Alors, débutons les recherches …

Un peu d’histoire

Comme je le soulignais rapidement ici dessus, c’est en découvrant le Savoy Royer 3F que j’ai aussi découvert la marque et un peu de son histoire.

Sans la reprendre en entier (comme ça vous serez obligé de lire l’autre excellent article consacré à cet appareil, na !), je reviens sur ce que j’avais noté à l’époque, écrivant au sujet des réflex de la marque, dont ce Savoyflex est le premier représentant : ils ne sont pas à la hauteur des concurrents de l’époque, notamment face à un certain Nikon F, qui vient de bousculer toutes les habitudes et idées reçues sur ces appareils réflex, mais …

En fait, le Savoy Royer télémétrique va servir de base pour la construction de ce Savoyflex. Ce Savoy était, lui, un excellent appareil, très bien construit (armement par levier, objectif ouvrant à f2,8) et qui a eu un grand succès (en tout cas les derniers modèles, voir l’article consacré à celui-ci) car il était taillé pour les films couleurs qui commençaient à prendre leur part de marché chez les particuliers dans les années cinquante.

Ce modèle s’est voulu la réponse au Contaflex et ce fut une erreur. En effet, vouloir construire un réflex avec un obturateur central est très compliqué et ne permet pas de changer facilement d’objectifs, mais n’oublions pas que Monsieur René Royer était avant tout un ingénieur et la complexité, il aimait ça. De plus, il avait déjà travaillé chez Lumière pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cette période n’est pas anodine dans l’histoire de Savoy car il faut savoir qu’au sortir de cette guerre, la France voulait relancer son économie et pour accélérer la reprise, elle a interdit les importations étrangères, et surtout allemandes, pour de nombreux secteurs économiques. Dont le secteur photographique. C’est ainsi que de nombreuses petites entreprises actives dans l’optique et le matériel photographique ont vu le jour, pour combler notamment ces interdictions d’importation.

Son entreprise, SITO (Société Industrielle de Technique Optique), fabrique d’abord des obturateurs avant de se lancer dans la fabrication des premiers appareils, des 6×9 dès 1948 (folding Royer puis un Téléroy – folding télémétrique), des 6×6 en réflex bis-objectifs (le Royflex) à partir de 1952, puis des 24×36 (le Royer 35, qui devient le Savoy lorsque l’entreprise déménage en Savoie) dès 1956 et enfin des réflex avec le Savoyflex en 1958. Ajoutons à ces productions celles d’accessoires tels que filtres, bonnettes et pare soleils, flash magnésique, poignée porte-accessoires, sous son propre nom ou en tant qu’importateur.

Notez que le Savoyflex fait partie des tous premiers réflex à posséder un miroir à retour automatique (un bon point) mais il gâche cette avancée par son obturateur central. De fait, lors de la Photokina de 1958, ce sont trois réflex qui sont présentés : les Savoyflex I, Savoyflex II et Savoyflex III Automatic.

Tous les trois ont des audaces qui auraient pu leur ouvrir les portes du succès : prisme en toit, miroir à retour automatique, synchro flash, minuteur, mise au point par vis hélicoïdale et, cellule sur le gâteau, pour le troisième du nom, premier réflex automatique à cellule au sélénium avec, au choix, la préférence à l’ouverture ou à la vitesse – selon la sensibilité du film utilisé. Attention, c’est un appareil automatique mais mécanique.

De fait, l’automatisme asservit la présélection du diaphragme à l’indication du posemètre au sélénium et à la bague des vitesses. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

MAIS ces trois appareils (et leurs variantes) possédaient un obturateur central, qui interdisait de pouvoir interchanger les objectifs, outre qu’il était complexe et peu fiable.

Ces réflex ne décolleront jamais et SITO arrêtera de les produire en 1963.

Techniquement, le Savoyflex est basé sur un Savoy 2 : la taille est identique (quand on excepte le bossage du pentaprisme en toit), le dos est monté sur charnière, l’objectif, fixe, est un Som Berthiot de 50mm ouvrant à f2,8 en quatre éléments en 3 groupes. Celui que je vous présente est un Savoyflex 1 (1958 – 1960). Je vais revenir sur ses particularités mais il y en a une constante aux trois appareils : permettre un repositionnement du miroir après déclenchement et ce, sans avoir à réarmer l’appareil.

Pour y arriver, un bouton déclencheur, placé à gauche sur le capot (d’autre marque l’ont déjà fait, comme les Exakta, mais là tout est à gauche), avec une course longue comme un jour sans pain, permet tant la remontée du miroir que la commande de l’obturateur puis la descente, lente, très lente, du miroir, avant que celui-ci ne remonte, tout aussi lentement, ce qui crée un trou noir pendant la visée et ce qui entraine des photos floues et mal cadrées par le photographe, surpris !

Le Savoyflex 2 est identique en taille mais il est équipé cette fois d’un obturateur qui est soit au 1/300s soit au 1/500s et reçoit un objectif, toujours fixe, avec un réglage avec mise au pont frontale (mise au point minimale de 35cm) et hélicoïdale (mise au point minimale de 80cm).

Enfin, le Savoyflex troisième du nom gagne un automatisme à priorité vitesse (de 1/30s au 1/300s). La cellule est une Westinghouse, placée entre l’objectif et le prisme. C’est une cellule au sélénium, donc sans nécessiter de pile. On utilisait des filtres munis de petits trous selon la sensibilité des films utilisés (jusque 200 Asa) pour moduler la lumière.

Puisque l’objectif était fixe et que, par principe, la polyvalence d’un réflex c’est de pouvoir changer de focale, il y avait des compléments optiques à monter sur celui de l’appareil. Le réglage se faisait sur ce dernier seul.

Ils se visent sur la partie frontale de l’objectif Berthiot (diamètre de 32mm). On pouvait trouver un Hyperflex (ou Hyper Flor de 35mm) ouvrant à f2,8 ; un Ampliflex (ou Ampli Flor), un mini-télé de 80mm ouvrant à f4 ; un Macroflex permettant de descendre à 9cm du sujet et ouvrant encore à f2,8.

Une publicité vintage présentant les appareils photo SAVOYFLEX 3E et SAVOY 3B, avec des images des caméras et des descriptions de leurs caractéristiques techniques.

Hélas pour SITO et Monsieur Royer, la concurrence des appareils japonais, plus modernes et moins chers, a balayé ses appareils. Dès 1965 il semble que la société disparaisse complètement.

Monsieur Royer fut l’importateur français de Yashica pour la France, constat qu’il était conscient que son produit ne répondait pas aux demandes d’une clientèle toujours plus exigeantes.

Présentation du Savoyflex

C’est un boitier compact, lourd, tout en métal, comme souvent à cette époque (1959).

Ce qui frappe, c’est la sobriété de l’engin : sur le capot, au centre, le pentaprisme en toit, assez bas ; à droite, le levier d’armement avec le compteur de vue, manuel, au dessus (plateau), dégressif* ; entre le levier et le prisme, un minuscule bouton, qui permet de rebobiner le film en fin de course et, éventuellement, d’effectuer des expositions multiples ; à gauche, un bouton en saillie, le déclencheur et enfin, le bouton de rebobinage, avec, en pastille, un mémo pour le type de film utilisé.

*Attention, arrivé à zéro, le compteur ne se bloque pas, ce qui peut amener à déchirer un film !

Vue supérieure d'un appareil photo argentique avec des boutons de réglage et une finition métallique.

C’est tout et, vu les capacités de l’engin, c’est assez.

Par dessous, rien, hormis un pas de vis dit de Kodak pour y fixer un trépied.

Un haut-parleur rétro avec un grille en métal et un corps en métal argenté, légèrement usé.

Et vous aurez remarqué qu’il n’y a pas d’œillets pour y fixer une lanière ; il faudra utiliser le sac tout prêt pour en bénéficier.

Sur la face, outre le bloc optique et obturateur, une petite prise PC pour brancher un flash.

Un appareil photo vintage Savoyflex, vu de profil, avec un boîtier en métal brillant et des éléments noirs.

Sur la tranche droite, un verrou pour ouvrir la chambre. Celle-ci pourrait paraître classique, sauf si on plonge en son centre car il n’y a pas de rideau, ou de lamelles d’obturateur puisque ce dernier est au centre de l’objectif. Par contre, on aperçoit aisément une plaque noire qui bouche l’entrée de la lumière. C’est effectivement le miroir. Vous le verrez se soulever non pas lorsque vous aller armer l’appareil mais uniquement alors que vous aurez appuyé sur le déclencheur. A ce moment, le miroir se lève, permettant à la lumière de frapper le film et puis celui-ci redescend, doucement et lentement.

Autre point à signaler à propos de la porte arrière du Savoyflex : elle s’ouvre avec la charnière à gauche, alors que le film se déroule de gauche à droite (habituellement, les compartiments de film de gauche à droite sont articulés vers la droite). Ce qui signifie que s’il y a une fuite de lumière du côté de la fermeture, elle passera sur la partie du film déjà exposé. Pas rassurant.

Vue intérieure d'un appareil photo vintage montrant le mécanisme d'entraînement du film.

Si vous avez gardé l’œil rivé au viseur, vous voyez le sujet à travers l’objectif, y compris lorsque vous armez l’obturateur. Mais lorsque vous appuyez sur le looong bouton de déclencheur, une espèce de rond vient passer devant la visée et … la cache un bref moment. Bref, certes, mais déstabilisant car vous avez l’impression d’un trou noir !

Cette particularité est due au fonctionnement de l’obturateur, logé au centre du bloc optique car lorsqu’il s’ouvre, il laisse forcément passer la lumière, sur le chemin que bouche le miroir, qui doit se relever.

Là où le Savoyflex semblait inaugurer sur les autres réflex anciens, c’est que non seulement le miroir se soulève mais qu’ensuite il redescend. Tous les réflex de l’époque n’était pas doté d’un miroir à retour.

Mais entendons-nous bien : il y a miroir à retour instantané et miroir à retour rapide. Dans le premier cas, le miroir se lève seulement lorsque l’obturateur est ouvert et il se replie instantanément lorsque l’obturateur se referme. Dans le second cas, et sur le Savoyflex, le retour du miroir est conditionné à la pression que vous aurez exercé sur le déclencheur. En effet, pour un miroir à retour rapide, c’est un câble qui soulève le miroir alors que vous appuyez sur le déclencheur ; relâchez ce dernier et le miroir redescend. Mais la vitesse du retour est proportionnelle à la force et à la vitesse avec laquelle vous avez enfoncé le déclencheur.

J’ai fait l’essai et c’est très intrigant. Et aussi très gênant car c’est aussi cette pression qui fait que votre visée sera occultée plus ou moins longtemps. Ce qui entraine, naturellement, que pour limiter ce trou noir vous aurez tendance à appuyer vite et fort et de ce fait, l’appareil bougera invariablement, à cause principalement de la course exagérément longue du déclencheur.

Reste alors à accepter d’appuyer juste ce qu’il faut pour ne pas être aveugle trop longtemps et ne pas faire trop bouger le boitier. Entrainement nécessaire, mais au prix de certains films, ça donne à réfléchir.

Bref, l’histoire du miroir à retour rapide vaut que si l’idée est bonne, elle est déjà dépassée car cette année-là (1959), un certain Nikon F enfonçait tous ses petits camarades par sa modernité.

Des variantes des Savoyflex avec un E (comme éclair) ont permis de régler en partie ce soucis.

Si seulement Monsieur Royer avait eu la bonne idée d’abandonner son obturateur central !

Car, outre la complexité mécanique inhérente, elle interdit de pouvoir changer d’objectif, celui-ci étant partie intégrante du mécanisme, sauf à ajouter ensuite des compléments optiques, forcément limités en focales et performances.

Zeiss Ikon avait déjà essayé de contourner celles-ci avec son Contaflex, sans succès plus probants. Pour mémoire, eux aussi étaient parti d’un télémétrique, le Contax, pour essayer de créer un réflex, sans résultats*.

*Un lecteur attentif (merci Bernard) me fait remarquer que cette formulation porte à interprétation car, de fait, les Contaflex et Contarex, de même type de conception (obturateur central) se sont, eux, très bien vendus. Ce que je veux exprimer ici c’est que la formule de l’obturateur central peut fonctionner, certes, mais au prix de complexités mécaniques qui, à terme, font qu’il est très difficile de réparer ces appareils (j’en ai deux en parfait état mais hors service). De plus, les contorsions nécessaires pour ajouter de la polyvalence, grâce à des compléments optiques, sont limitées et peu souples pour une utilisation moderne, telle que les appareils japonais offraient à cette époque.

Pour en terminer avec la découverte extérieure et intérieure de l’engin, revenons un instant sur le cœur de la chambre pour y souligner un petit détail inhabituel : les deux petits rouleaux de guidage qui sont placés avant le passage du film au dessus de la chambre, juste en sortant de la bobine de film. Il y en a encore un, plus classique, à la sortie de celle-ci mais celui de devant est assez inhabituel.

Intérieur d'une vieille caméra avec des composants visibles, mettant en évidence deux parties marquées en rouge.

Revenons au bloc optique/obturateur et arrêtons-nous sur ce dernier. Fait étrange, alors que Royer fabrique lui-même des obturateurs, il équipe son réflex d’un Prontor Reflex, fabriqué par Gauthier (Allemagne).

Pour modifier l’exposition, vous devez utiliser la bague crantée placée autour de l’objectif. Attention, comme souvent dans les années cinquante, on utilise ici le système des valeurs de lumière, ou indice de lumination(LV). Elles sont comprises entre 2 et 17. Cette bague couple la vitesse à l’ouverture de sorte que toute modification de la vitesse entraîne une modification correspondante de l’ouverture pour conserver le même numéro LV. La bague d’ouverture a des échelles séparées marquées de f/stops et une autre avec des numéros de valeur de lumière.

Un appareil photo vintage Savoyflex, avec un objectif bien visible, posé sur une surface blanche.

Cette mesure en LV est lisible sur les posemètres à main. Notez que l’on peut débrayer le système en appuyant sur la languette sous l’objectif. Dans ce cas, on travaille en sélectionnant soi-même vitesse et ouverture, indépendamment l’une de l’autre. Cependant, si vous voulez effectuer cette manœuvre avec une netteté réglée sur l’infini, les languettes du flash et du débrayage vont se superposer, empêchant de faire la manipulation. Il faut alors revenir à une autre distance, faire l’opération de débrayage puis se remettre sur l’infini. Faut juste ne pas être pressé et espérer que la lumière ait eu la bonne idée de ne pas se modifier pendant le changement !

Ici encore, une mauvaise implantation de commande désespère le photographe : sur d’autres appareils, dotés de la même technique, il y a deux bagues, que l’on peut désynchroniser, pas une seule et une f… languette qui coince !

On peut peut-être s’en sortir grâce au réglage moyen proposé par la publicité et le mode d’emploi : se placer sur un repère rouge sur la bague des ouvertures (à f8) et sur celle des distances (à 5m) donne des images correctes de 3m à l’infini. Certes mais quand est-il de la vitesse, de la sensibilité du film, de la luminosité ambiante ?

Sur le côté de l’objectif, une autre languette permet de sélectionner trois lettres :

  • M pour les anciens flashs magnésiques (lampes) au 1/30s
  • X pour les flashs électriques à toutes les vitesses (le seul avantage de l’obturateur central)
  • V pour le minuteur (plus ou moins 10 secondes mais à manier avec précaution car on risque de bloquer l’obturateur

Ensuite, rappelez-vous, trois Savoyflex sont lancés en même temps : celui-ci est le premier, le plus simple, sans cellule, avec un objectif fixe pour lequel le réglage de la distance se fait par simple rotation de la bague crantée ; le second aura un réglage par pas de vis hélicoïdale, plus précis mais toujours sans cellule ; quant au troisième, s’il gagne une cellule au sélénium, couplée, il ne fait qu’ajouter de la complexité au compliqué. Des modèles, auxquels un E a été ajouté, bénéficient d’un miroir qui redescend plus vite.

Le viseur est assez clair, quoique sur mon exemplaire il y ait des poussières à l’intérieur. J’ai dû démonter et nettoyer car en principe les anneaux de Fresnel doivent assurer une bien meilleure vision. Au centre, un grand cercle en dépoli et un stigmomètre à coïncidence placé à 45°.

Ce qui ne simplifie pas la visée. Pourtant l’utilisation d’un bloc de Fresnel renforce la luminosité mais ne permet pas de viser avec précision.

Tout n’est pas catastrophique dans ce Savoyflex, son objectif méritant même sans doute la mention très bien. C’est le même que celui qui équipait les Savoy 35mm et qui étaient déjà reconnus pour leur qualité. Leur formule de 4 éléments en 3 groupes pourraient faire penser à une formule Tessar.

Appareil photo vintage Savoyflex avec un boîtier noir et des accents argentés, vu de face.

En tout cas, lorsque l’on est parvenu à maitriser les écueils de conception du réflex, les photos délivrées sont de bonne qualité. C’est en tout cas ce que déclare Mike Eckman qui a eut le courage de le tester avec un film et livre sur son site quelques photos (références ci-dessous) du test.

Que penser de cet appareil ?

Difficile à dire, partagé entre un certain respect pour un appareil qui a traversé plusieurs décennies et est resté fonctionnel, en bon état et un esprit critique qui ne peut s’empêcher de penser qu’on aurait pu (bien) mieux faire.

Car, in fine, l’ensemble des défauts l’emporte sur le reste. C’est dommage de devoir l’écrire.

Reste qu’il est un appareil historique au sens où il y eut peu de réflex français et que celui-ci aurait mérité mieux comme conception pour rester dans les annales.

C’est typiquement un appareil de collection, pour sa part d’histoire et sa contribution à celle de la photographie, même si elle fut malheureuse.

Si ce Savoyflex est relativement rare en dehors de l’hexagone, car il fut peu exporté, il est encore trouvable (le chiffre de 200.000 appareils entre 1948 et 1960, dont 70.000 entre 1948 et 1955, ne permet pas une approche par type d’appareils mais indique un niveau de production relativement faible).

Au niveau valeur, en bon état et avec son sac tout prêt en cuir, il devrait avoisiner les 150€, le prix de sa rareté, pas de son efficacité.

Un peu de technique

Général
Type d’appareilreflex 24×36 à obturateur central et objectif non interchangeable
Pays de fabricationFrance (sauf l’obturateur)
Période de production1959 ► 1961
Format de film135
Construction du boîtiermétallique
Avance du filmpar levier
Compteur de vuesdégressif, remise à zéro manuelle
Optique
ObjectifsSOM Berthiot 50 mm f/2,8 inamovible, mise au point de l’infini à 80 cm par la lentille frontale, 4 éléments en trois groupes
Monture des objectifsmonture avant à filetage intérieur au diamètre 32 mm
Présélection du diaphragmeoui
Visée et affichage
Viseurdépoli, lentille de Fresnel, lentille collectrice et prisme en toit à 3 réflexions internes
Informations dans le viseurstigmomètre
Mise au point
Manuellebague graduée en mètres + repères de profondeur de champ
Obturateur
Typecentral
Fabricant et marqueProntor Reflex (Gauthier, Allemagne)
Vitesse minimale (s)1
Vitesse maximale (s)1/300
Pose B ou TB
Retardement (s)10
Déclencheurbouton sur le dessus, sur la gauche du capot, avec filetage central pour déclencheur souple
Expositions multiplesdébrayage de l’entraînement du film par enfoncement d’un petit bouton sur le dessus à main droite, entre viseur et levier d’armement (sert au rembobinage)
Flash
Synchronisationdouble : flash magnésique (M) à 1/30 s, électronique (X) à toutes les vitesses
Prise pour flash externeprise PC en bas, à gauche de l’objectif
Autres caractéristiques
Écrou de piedfiletage au pas Kodak
Dimensions L x h x p (mm)130 x 90 x 80
Poids (g)740
Accessoires en optionsac en cuir « tout prêt », pare soleil, filtres et compléments optiques
Particularitéretour automatique du miroir après la prise de vue, par gravité


Manuel (modèle similaire) : ICI

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Savoyflex, https://www.pentax-slr.com/108413524.html, https://mikeeckman.com/2021/05/royer-savoyflex-ii-1959/ en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-13121-Royer_Savoyflex%20Automatic.html, https://www.lesappareilsphotographiques.com/savoyflex-p-28.html, http://www.vieilalbum.com/SavoyflexIFR.htm, https://fr.wikipedia.org/wiki/Royer_(photographie), https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Royer/Savoyflex_III, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-13120-Royer_Savoyflex%20I.html, http://glangl1.free.fr/Liste-Sito.html, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Royer/Savoyflex_I, https://fr.wikipedia.org/wiki/Royer_(photographie), https://www.club-niepce-lumiere.org/maxifiche-15-24-x-36-royer-histoire-et-modeles/, en français

Argentique

Le Nikon F90X, nostalgie ou toujours dans le coup ?

Préambule

Ce Nikon trainait dans une caisse, à côté d’un F80 et d’un D3100. Qu’ils avaient l’air tristes sous une épaisse couche de poussière et autres dépôts peu ragoutant. Si j’ai laissé le F80, j’ai pris le F90X et le D3100, le plus mal en point (il lui manquait la porte des connectiques et sa poignée était toute collante).

Mes petits produit miracles vont encore faire leur (bonne) action et redonner vie à ces deux boitiers.

Pourquoi avoir choisi ces deux-là ? Le D3100 reste un numérique d’entrée de gamme qui plait encore car bien abordable et qui met un pied dans l’univers Nikon ; le F90X parce que j’en ai déjà eu plusieurs en mains et j’ai toujours hésité, présentant pourtant un certain potentiel à l’engin.

Les voici donc dans le sac à dos, en attendant de pouvoir les remettre en état et vous les expliquer un peu plus tard.

Un peu d’histoire

Les (déjà) nombreux articles sur Nikon vous ont sans doute permis de vous familiariser avec les spécificités de la marque, dont le plus intéressant est la continuité de la monture qui lui a donné ses lettre de noblesse : la monture F apparue sur le mythique réflex F de 1959.

Bien évidemment, des compromis ont été parfois nécessaires pour que la légende perdure et la sacro-sainte compatibilité n’est pas (plus) toujours au rendez-vous, les progrès techniques étant parfois incompatibles avec la nostalgie.

Le dernier pas fut franchit lorsque Nikon est passé à l’hybride, avec une monture résolument moderne, la Z, mais c’est une autre histoire.

Dans la riche lignée des boitiers Nikon, il faut distinguer ceux destinés aux amateurs (dits) exigeants et ceux destinés aux professionnels. Comme chez le rival de toujours, Canon, plus le chiffre est petit plus l’appareil est professionnel.

A l’origine, les appareils destinés aux particuliers n’étaient même pas siglés Nikon mais Nikkorex puis Nikkormat. Cependant, pour ne pas s’éparpiller, ils en sont vite revenus à une gamme sous la même bannière, les chiffres et les lettres jouant sur les différences de statut !

Je vais encore une fois réutiliser ce tableau, car il est très explicite de ces évolutions et différences :

Tableau des mises au point manuelle des appareils photo Nikon de 1959 à 2006, classés par catégorie : professionnel, milieu de gamme et entrée de gamme.

Tiens, vous n’y voyez pas le F801 ni le F90X ?

Normal, ceux-ci sont des appareils dotés de l’autofocus, ce qui ouvrait encore une branche supplémentaire dans la famille !

Tableau récapitulatif des modèles d'appareils photo avec mise au point manuelle et autofocus de 1986 à 2020.

Car la révolution de l’autofocus est arrivée chez les réflex en 1985, avec le Minolta 7000 AF, suivi fin 1985 du Canon T80, puis en 1986 du Nikon F 501.

De ces innovations, trois concepts se détachent :

  • la monture doit être entièrement électronique.
  • le moteur doit être intégré dans l’objectif, seule manière d’assurer une mise au point à grande vitesse.
  • la création d’un mécanisme permettant la coordination entre la commande d’ouverture et la mise au point AF.

Les appareils autofocus dès ce moment auront, toutes marques confondues, ces trois éléments incontournables dans leur panoplie technique, assortie d’autres raffinements, selon les maisons, qui auront trait à la mesure de la lumière, la gestion de celle-ci et de l’autofocus, la vitesse d’obturation, la manipulation plus ou moins simple de tout cet arsenal technologique.

Et pour en revenir à Nikon, le premier autofocus grand public sera le F-501 (1986), suivi en 1987 du F-401.

Attention, à partir de cet appareil, les clients ne sont plus de simples consommateurs mais des prosumer ou prosommateur (en franglais dans le texte !). J’explique : la force de Nikon, depuis le fameux F de 1959, a été de viser et de fidéliser le client professionnel. C’est pour lui que fut créée la monture F, (presque) réutilisable à toutes les époques de la vie de son boitier pro, alors que d’autres marques, comme Canon ou Minolta faisaient le pari, risqué, de changer de monture au gré des évolutions du matériel.

Cela fonctionnait très bien jusqu’en 1987, année où Canon a justement introduit sa monture Eos, moderne, stable et évolutive. A partir de ce moment-là, Nikon a commencé à perdre son hégémonie sur le marché des seuls professionnels. Il fallait trouver une parade, ce sera celle des prosumer, c’est-à-dire un client qui échange avec le fabricant pour lui permettre de faire évoluer son boitier en soulignant pour correction (gratuitement) les erreurs ou tâtonnements du fabricant. Le client devient actif et, si la marque joue le jeu, crée un lien fort car le consommateur se sent entendu et utile.

Pourquoi le F-401 ? Parce qu’il est le premier de la gamme à utiliser une presque matrice pour l’analyse de la lumière puisqu’il utilise trois capteur. Il évoluera en F-401x en 1991, intégrant les avancées du F-801 et du F-5, professionnel. Il bénéficie d’un autofocus plus rapide et de la matrice du F-801 pour la mesure de la lumière. Cependant, il reste un entrée de gamme.

Celui qui est l’ancêtre (un bien grand mot) du F-90X, c’est bien le F-801 (1990) et, in fine, le F-801s (1992), LE vrai Nikon prosumer de l’époque. Lui, il coche toutes les (bonnes) cases :

  • ergonomie très travaillée, qui donnera le ton pour les réflex ultérieurs (comme chez Canon et ses Eos)
  • testeur de profondeur de champ
  • mesure matricielle excellente et mesure spot en renfort
  • viseur à verre interchangeable et à 100% de la scène
  • autofocus prédictif et (enfin) rapide et accrocheur
  • vitesse maximale de 1/8000s et synchro flash au 1/250s
  • modes d’exposition PASM

De fait, ces appareils sont très proches de ce que sont devenus les réflex que nous connaissons en numérique (je ne parle pas des hybrides mais bien des réflex de la gamme Nikon).

Et comme je le répète à l’envi, ce sont d’excellents appareils pour, au mieux, commencer la découverte de l’argentique lorsque l’on n’a connu que le numérique, tant l’ergonomie et les commandes des premiers sont proches des seconds.

Si nous regardons bien la fiche technique du Nkon F-90, sorti la même année que le F-801s, nous devons bien convenir qu’il s’agit presque d’un boitier professionnel, compagnon de rechange du F5, très performant mais aussi très lourd.

Le F-801 et le F-90 sont très proches mais le second est tropicalisé en grande partie, ce qui le rend plus baroudeur que son cousin destiné, lui, plus aux amateurs familiaux.

Et en tant que fidèle second d’un appareil professionnel, le F-90 doit évoluer, notamment au niveau de sa protection contre les intempéries, ses programmes (le F-90x en gagne trois de plus), sa facilité d’utilisation et, surtout, de la rapidité de son autofocus.

Le F-90x, ou N90S pour le marché US, sorti en 1994, ne sera remplacé en 1998 que par un autre appareil lui aussi très recherché, le F100. Mais c’est une autre histoire …

Présentation du Nikon F-90X ou N90S, aux USA.

Positionnement du F-90X

Dans une gamme d’appareils photo, il y en a toujours quelques uns qui se démarquent et marquent (ok, facile le jeu de mots, je le ferai plus !) les esprits, surtout pour leurs qualités intrinsèques.

Appareil photo reflex numérique Nikon F90X avec objectif Nikon, vu de face sur un fond blanc.

Que nous propose donc ce Nikon F-90X, encore bien convoité de nos jours par les photographes qui savent ce qu’ils veulent faire de leur appareil ?

Je vais tenter de répondre, mais avant, un petit aparté : pour des raisons marketing sans doute, Nikon USA a présenté le N90s comme un appareil professionnel. Les brochures de cet appareil le décrivent comme « rapide, précis, professionnel » et comme « l’appareil photo 35 mm professionnel le plus avancé » avant l’arrivée du F5.

Image d'un article sur l'appareil photo Nikon N90S, avec des spécifications, des caractéristiques et des conseils pour son utilisation.

Selon la tradition de Nikon, seules les séries F sont des appareils photo professionnels, tandis que toutes les séries N sont destinées aux amateurs. Selon cette classification, le N90s est évidemment le modèle haut de gamme de la gamme AMATEUR. Le slogan original de Nikon pour cet appareil était « Rapide et précis ». Nikon USA a par la suite ajouté le mot « professionnel » pour reconnaître le fait que de nombreux professionnels utilisaient cet appareil, celui-ci étant bien plus avancé sur le plan technologique que le F4, qui était alors le modèle professionnel haut de gamme.

Cependant, Nikon Corp. au Japon n’a jamais reconnu cette classification. Le terme « professionnel » n’apparaît nulle part dans la description officielle de l’appareil photo F90X.

Je ne résiste pas au plaisir de cette publicité, qui fait le tour des appareils Nikon à offrir pour la Noël 1996 !

L’Europe et le reste du monde a utilisé la nomenclature avec un F, pourtant réservée à la gamme des réflex professionnels. Donc, reste une seule question : appareil professionnel ou prosumer ?

Au vu de ses compétences, que nous allons découvrir, pour son époque, il est à classer dans les appareils professionnels. Mais pour des raisons marketing et d’image, il ne fallait pas concurrencer le F-4, le pro de l’époque. Même si celui-ci était distancé par le F-90X. On peut résumer ceci dans un petit tableau :

Les principaux avantages du F4 par rapport au F-90X sont:

  • Viseurs interchangeables (angle droit, niveau de taille, prisme réflexe, etc.)
  • Verrouillage du miroir
  • Contrôles conventionnels (PASM)
  • Rafale en continu légèrement plus élevée (5,7 ips contre 4.3)
  • Vue à 100% dans le viseur

Les avantages du F-90X sur le F4 sont:

  • Mécanisme d’autofocus plus rapide et meilleur
  • Un poids plus léger
  • Unité de mesure de la lumière meilleure
  • Prix inférieur

Mais n’allons pas trop vite …

Les particularités du F-90X

Le F-90 succédait au F-801, dont il gardait les bons points mais auquel il ajoutait un autofocus plus rapide et un contrôle de l’exposition qui intègre la distance du sujet pour les photographies au flash (avec le flash dédié SB-25 et ultérieurs), avec les objectifs AF-D. Le F-90X garde tout ça, mais il accélère encore la réponse de l’autofocus, l’enjeu des batailles entre marques à cette époque.

Ce qui permet cette évolution, c’est – entre autre – la mesure matricielle dite 3D qui travaille sur 8 segments, ce qui permet une évaluation sur l’entièreté de la scène visée. A cette mesure matricielle, s’ajoute une mesure Spot très précise, même sil elle ne représente que 1% de l’image. Ce système autorise le Nikon F-90X a être très bon dans quasi toutes les situations de lumière, y compris au flash.

Intérieur d'un métro avec des passagers debout et assis, certains utilisant leur téléphone portable.
Crédit photo : mackiechartres ©. Très belle gestion des lumières dans ce métro japonais

A cette mesure matricielle, s’ajoute une grande facilité pour sélectionner les programmes les plus adéquats. Ensuite la dynamique qu’offre le boitier est très large : de 1EV à 21 EV. Il est donc très bon, quelle que soit la lumière.

Schéma explicatif des fonctionnalités de mesure d'exposition d'un appareil photo, incluant le '3D Matrix Meter', le 'Center-Weighted Meter' et le 'Finer Spot Meter'.

La mesure matricielle s’appuie en outre sur une segmentation de la scène : de cette manière, chaque espace est finement analysé tant en contraste qu’en luminosité. Ensuite le calcul de la distance appareil – sujet et cela en fonction de 4 facteurs : la luminosité, le contraste, la distance sujet/appareil et l’état de l’autofocus. Tout ceci permet une évaluation de la scène très précise. La technologie de logique floue (fuzy logic technology) garantit que les légères variations de composition ne créent pas de différences majeures pendant l’exposition à la lumière.

Les capteurs de l’autofocus travaillent avec un module appelé CM246. C’est lui qui analyse et évalue constamment les segments qui donnent la meilleure informations, que le sujet soit centré ou que l’on recompose le cadre.

Description des fonctionnalités du système de mesure 3D Matrix, incluant la gestion des conditions d'éclairage complexes, la flexibilité en composition, et la rapidité pour la photographie spontanée.

Un véritable ordinateur numérique compare les données reçues par rapport aux centaines de milliers d’informations stockées dans sa mémoire, ce qui permet au F-90X de donner le meilleur choix pour une scène donnée. A son époque – et encore de nos jours – ce système est rarement pris en défaut.

Si nous ajoutons à cette technologie – qui a perduré dans les réflex pro, puis les hybrides de la marque – un obturateur vertical à commande électronique véloce (de 30s à 1/8000s), vous pourriez le comparer, actuellement, à un réflex D810 !

Car outre les programmes classiques (priorité ouverture, priorité vitesse, manuel, programme = PSAM), il existe aussi quelques programmes résultats ou scènes (moins bien maitrisés par Nikon à l’époque).

Autre bon point pour ce boitier, décidément étonnant, la compatibilité des objectifs. Il accepte pratiquement tous les cailloux en monture F, sauf les très anciens et les non AI, même s’il faut parfois abandonner la mesure 3D matricielle .

Petites listes des objectifs compatibles :

  • les autofocus : AF, AF-D, AF-I, et AF-S (avec moteur intégré).
  • les manuels : AI, AI-S, avec compatibilité limitée pour la mesure d’exposition.

D’autres fabricants d’objectifs compatibles, comme Tokina, Tamron et Samyang se sont aussi penchés sur la monture. Il faut cependant noter que tous les objectifs modernes ne peuvent pas être utilisés avec les anciens appareils photo argentiques. Vous trouverez la liste des objectifs compatibles avec le boitier (et les autres appareils Nikon) ICI.

Si nous devons résumer la nouvelle technologie du F-90X, cela tiendrait dans ces quelques lignes :

  • un processeur plus récent et us rapide que ceui du F-90 et du F-4
  • un logiciel AF amélioré et l’utilisation du module AF CAM 246, qui améliorent considérablement les performances de l’autofocus, notamment en matière de suivi de la mise au point, qui peut désormais se synchroniser avec son dispositif d’avance de la pellicule intégré à 4,1 images par seconde
  • le capteur AF est désormais doté d’une zone de détection large et d’un capteur spot : le capteur à zone large utilisé est de type croisé, avec une zone de détection horizontale de 7 mm.
  • un bouton de mode de réinitialisation instantanée a également été intégré
  • trois modes de mesure sont proposés : une mesure matricielle 3D améliorée, une mesure pondérée centrale et une mesure spot
  • le contrôle de l’exposition est le plus sophistiqué parmi tous les reflex disponibles sur le marché : il comprend un programme automatique, un programme flexible (programme Vari, programme Portrait, programme Portrait avec réduction des yeux rouges, programme hyperfocal, programme Paysage, programme Silhouette, programme Sport, programme Gros plan) ; priorité à la vitesse, priorité à l’ouverture, exposition manuelle, verrouillage de l’exposition automatique (AE-Lock)
  • et une compensation d’exposition classique de -5 EV à +5 EV par paliers de 1/3 !
  • la matrice TTL a été améliorée grâce à la fonction de flash d’appoint équilibré multi-capteurs 3D, ainsi qu’à une multitude de fonctionnalités de flash parmi les plus avancées

Petit revers de la médaille, le poids (750gr nu). En effet, sous la coque en polycarbonate, il y a du métal. Non seulement la carcasse mais aussi de la mécanique, solide et résistante. Ah oui, il reçoit aussi des joints d’étanchéité pour renforcer sa vocation d’appareil polyvalent.

Nomenclature des commandes (résumé)

Le Nikon F-90X est un appareil (à son époque) professionnel qui n’ose pas le dire de peur de faire de l’ombre à son grand frère, le F4, vieillissant, mais toujours porte drapeau de la marque.

La plupart des fonctions configurables sont des opérations à deux mains, l’une pour appuyer sur le bouton de la fonction, et l’autre pour basculer le cadran de contrôle de l’entrée de commande pour le réglage de sélection correct.

Vue rapprochée des boutons de contrôle d'un appareil photo, y compris le bouton de mode, ISO et d'autres paramètres.

Regardez la connectique pour les flashs de studio, la télécommande ; regardez le petit écran sur la capot, qui reprend toutes les infos de prise de vue utiles (les réglages principaux : ISO, mode d’exposition, vitesse, ouverture). ; regardez le pavé de commandes, à gauche, c’est celui de votre numérique.

A propos des flashs, il existe une série de programmes différents pour la synchronisation : en mode Program ou priorité ouverture,la synchro est des 1/060s à 1/250s en synchro normale mais varie de 30s à 1/250s en synchronisation lente ; en mode priorité vitesse et manuel, l’obturateur fonctionne à la vitesse réglée, de 1/250s à 1/8000s.

Illustration d'un appareil photo Nikon avec des annotations sur ses fonctions et commandes.

Mais voyons cela point par point :

Vue de dessus d'un appareil photo reflex numérique Nikon avec un objectif Nikkor 80-200 mm.

Petit tour du propriétaire : à droite (de l’image), le bloc avec 4 boutons pour les modes (Program, priorité vitesse, priorité ouverture, manuel), le réglage de la sensibilité (Iso, définit automatiquement si cartouche de film avec codage DX), la gestion des flashs et le rythme de prise de vue (vue par vue ou en continu).

Le signe au dessus sert à faire la bascule entre les systèmes de mesure (spot, matricielle, pondérée) et en dessous, c’est pour le réglage du minuteur (réglable de 2s à 30s par incrément d’une seconde). Les lettres Ps et le bouton qui va avec, sert à entrer dans le mode Vari-Progam. Enfin, le bouton vert sert à réinitialiser les paramètres de l’appareil.

De l’autre côté de l’image ci-dessus,outre l’écran qui reprend les éléments de prise de vue, la glissière ON/OFF, le bouton pour gérer la compensation d’exposition, le bouton pour le rebobinage du film.

Écran de contrôle CL avec affichage des réglages de l'appareil photo, y compris la zone de mise au point, le mode d'exposition, la sensibilité du film, et divers indicateurs de fonctionnalité.

Et entre les deux, la bosse du pentaprisme avec une griffe flash et ses contacts pour les flashs dédiés.

Vue arrière d'un appareil photo reflex noir avec des boutons et une lentille apparente.

L’arrière est sobre avec, à gauche de l’image, le petit bouton pour l’éclairage du viseur, le curseur pour fermer le viseur (en cas de pause longue) et le curseur pour bloquer la mesure (AE-Lock). Il y a encore une petite fenêtre qui permet de voir si un film est bien dans la chambre (ça peut toujours servir, et je parle d’expérience de grand distrait). La porte arrière s’ouvre avec le verrou qui est sur la tranche.

Appareil photo avec le dos ouvert montrant le compartiment pour pellicule et les composants internes.

Vous voyez ici les contacts pour la lecture du code des films, les volets de l’obturateur en métal, le système de bobinage rapide et automatique du film, et enfin la petite fenêtre dont question ci-dessus. Point à vérifier lors d’un achat : la mousse de la fenêtre est souvent à remplacer.

Notez que l’on peut monter une autre porte, avec un dos dateur.

Vue rapprochée du modèle d'un appareil avec inscription sur le dos, montrant des détails techniques et un port USB.

Ces idéogrammes sont le rappel des Vari-Program, au cas où.

Schémas annotés d'un appareil photo, montrant divers éléments comme l'obturateur d'oculaire, la commande d'éclairage, les curseurs de déverrouillage, et d'autres fonctionnalités.

Le viseur, grand, clair, dégagé, vous permet de vous concentrer sur votre sujet, tout en vous donnant les informations utiles à la prise de vue.

Schéma du viseur d'un appareil photo avec des indications sur la mise au point, l'exposition, et les réglages divers.
Vue en noir et blanc d'un viseur de caméra Nikon avec un strap visible.

Comme d’habitude, je ne vais pas reprendre tout ce que le mode d’emploi vous explique (vous en trouverez les liens dans les infos techniques ici plus bas), mais si vous le prenez en mains, quittant votre Nikon numérique un moment, vous ne serez pas dépaysé tant l’ergonomie et les commandes sont proches.

Ajoutez à cela son autofocus rapide et précis, avec un point AF qui se verrouille correctement dans presque toutes les conditions d’éclairage. Une mesure matricielle 3D qui est réputée pour la constance de ses réponses, même en cas de lumières changeantes, un large panel d’expositions (de très lentes à très rapides), une large gamme d’effets avec les flashs dédiés (réglage anti yeux de lapin), la lecture automatique du codage DX des films (codage DX de 60 à 2500 Asa et un réglage manuel pour la vitesse ISO du film de 6 à 6400, des programmes complet et la possibilité de toujours revenir au manuel, une alimentation assurée par 4 simples piles AA : vous avez-là un boitier qui défie le temps et reste une valeur sûre.

On louait aussi à l’époque sa facilité d’utilisation, avec son avance automatique du film (moteur intégré), le rebobinage automatique en fin de course, ce qui vous laisse vous concentrer sur la composition et le cadrage.

Fabriqué de 1994 à 2001, il sera ensuite remplacé par le F100, un autre semi professionnel (dérivé lui du F5) ; belle longévité.

Publicité pour des appareils photo Canon, Nikon et Minolta avec descriptions et prix, incluant le Canon EOS 1n, Nikon F90x, Minolta 800si, Canon EOS 5, Minolta 600si et Canon EOS IX.
Camara, juillet 1998. Petite revue des appareils présents sur la marché en même temps que le F-90X

Que penser de cet appareil ?

J’avais déjà aimé le F-801s mais ici, on monte encore une marche et, à son époque, le F-90X était même plus performant que le modèle professionnel, le F-4, vieillissant.

Comme je l’ai déjà signalé dans le texte qui précède, c’est aussi un boitier qui vous rapprochera le plus des appareils numériques actuels. L’avantage dès lors, c’est que si vous voulez passez à l’argentique sans trop de risques, cet appareil fait partie de ceux que je recommande (tout comme le Canon Eos 300X, le Minolta Dynax 5, le Yashica 107 MP, par exemple).

C’est du costaud, du solide (du Nikon, quoi !), fait pour durer et vous donner un maximum de sensations. Vous verrez, si vous le sortez, quelques personnes intriguées vous demanderont de quel Nikon, il s’agit tant il ressemble à un appareil moderne, l’écran en moins.

Son ergonomie ne dépaysera les Nikonistes. Moi oui, mais c’est parce que je suis habitué aux commandes Canon et que j’ai encore du mal à passer chez Nikon (les enchainements ne sont pas les mêmes). Sans doute y arriverai-je avec de l’habitude, mais il sera vendu avant, je le crains !

Ceci étant, j’apprécie son ergonomie et sa facilité d’emploi : par exemple, 4 piles AA très courantes le mettent en fonction (notez qu’on peut ajouter un grip MB-10 pour une meilleure prise en mains et encore plus d’autonomie).

Voilà, voilà, … si je devais toutefois faire un choix entre deux appareils phare de cette époque (voir la publicité ci-dessus), je me connais, je pencherai pour le Canon Eos 5 (encore une fois, pour une question d’habitude).

Et tous les deux sont logés à la même enseigne pour autre chose : leur prix … actuellement ! Tous les deux, pourtant toujours dans le coup si vous voulez passer à l’argentique en visant un appareil qui fut considéré comme semi-pro, voire pro à l’époque, sont largement mésestimés dans leur cotation, tant mieux pour vous. Il faut compter entre 80 et 150€ pour un exemplaire sain, muni d’au moins un objectif 50mm.

Alors, si vous en croisez un sur votre chemin, arrêtez-vous et prenez-le, vous ne le regretterez pas.

Car si voulez voir un aperçu de ce dont cet appareil est capable, je vous invite (et je le remercie encore beaucoup pour cette autorisation) à vous rendre sur la page de Patrick qui a bien utilisé ce F-90X.

Un autoportrait en noir et blanc d'une personne tenant un appareil photo Nikon, se regardant dans un miroir.
Crédit photo : mackiechartres ©

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI ou LA.

MarqueNikon (Japan)
Date de sortie – fin production 1994 – 2001
MontureNikon F (compatible AI, AI-S, AF et AF-D)
ObjectifNikkor AF 35-80mm f/4-5.6D (zoom polyvalent, autofocus rapide) – dotation
Vitesses30 s à 1/8000 s + pose B (obturateur à plan focal électronique), synchro flash au 1/250s, minuteur réglable de 3s à 30s
Sensibilité ISO6 à 6400 (lecture DX automatique ou réglage manuel)
Mise au pointAutofocus et manuelle (sélecteur intégré)
Modes de prise de vueProgramme, priorité ouverture, priorité vitesse et manuel
Avancement du filmMotorisé (avance et rembobinage automatiques)
FlashGriffe standard (compatible flashs Nikon TTL (SB28, SB27, SB26)
Alimentation4 piles AA (pour moteur, cellule et autofocus)
Poids785 g (avec piles, sans objectif)
Dimensions154 × 108 × 66 mm

Un article, sur Nikon Passion, reprend plus amplement ces caractéristiques. Vous le trouverez LA.

Et un autre article, sur MIR, est encore plus complet ICI.

Des références

https://expert-photo.fr/nikon-f90x-test-avis-occasion/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-4913-Nikon_F90X.html, https://pellochemoi.com/produit/nikon-f90x-35-70mm-f-33-45/, https://filmphotography.eu/fr/appareils-photo/nikon-f90x/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Nikon_F90, https://www.youtube.com/watch?v=lHzG2mNvH70, https://dutchthrift.com/fr/blogs/gear/nikon-f90x-35-70mm-a-modern-analog-workhorse-review, https://photoklub.com/histoire-de-lautofocus/(un excellent site pour tout connaître sur l’autofocus), https://www.nikonpassion.com/histoire-nikon/, http://apphotnum.free.fr/N2B100.html, https://www.nikonpassion.com/wp-content/uploads/downloads/brochures/Nikon_CD_Katalog_FR.pdf?utm_source=openai, https://argentismes.blogspot.com/2024/11/mes-boitiers-favoris-le-nikon-f90x.html, https://www.lomography.com/homes/mackiechartres/cameras, en français ; https://www.kenrockwell.com/nikon/n90s.htm, https://camera-wiki.org/wiki/Nikon_F90X_(N90S), https://web.archive.org/web/20100302005611/http://web.mit.edu/cai/www/nikon/N90s.html, https://web.archive.org/web/20150302031023/http://imaging.nikon.com/lineup/filmcamera/slr/f90x/index.htm, https://filmbodies.com/cameras/camera-reviews/nikon-n90s-review.html, en anglais ; https://blog.feliscatus.de/archives/4180-Nikon-F90X.html, en allemand

Argentique

Le Contax D, un réflex pionnier

Préambule

Ah, celui-ci c’est chez un vide-grenier sympathique que je l’ai trouvé. Un peu perdu au milieu de quelques épaves, il était là tout perdu, attendant d’être rangé dans un endroit plus adéquat.

Ce fut ma chance car, un peu oublié, il attendait sous la poussière que l’on veuille bien l’exhumer pour le remettre en lumière.

Car Contax reste une marque mythique dont on ne retient pas toujours la richesse de son passé, hormis quelques boitiers archi connus, comme les Contax 137 MD Quartz ou 139 ou, plus ancien, le Contaflex, pour ne rester que dans les réflex, car il eut aussi de fameux télémétriques.

Profitons-en pour sortir des sentiers battus et découvrir ce bel exemplaire, encore dans son sac tout prêt en cuir.

Un peu d’histoire

Celle de la marque

Contax, c’est une longue histoire, mais de celle qui finisse mal, une guerre mondiale et la concurrence japonaise ayant scellé le sort de la marque.

N’allons pas trop vite pour que vous saisissiez mieux le contexte et l’origine de cette marque devenue mythique.

Carl Zeiss (1816- 1888) crée un premier atelier d’optique et de mécanique de précision à Iena (ou Jena, Allemagne) en 1846. Ses premiers produits sont des microscopes, qui rencontrent un vif succès grâce à l’embauche de Ernst Abbe, un génial inventeur à qui l’on doit les formules d’optiques pour les microscopes et l’invention du condenseur (ou condensateur), qui améliore la qualité de l’image.

Portrait en noir et blanc d'un homme âgé avec une barbe et des cheveux gris, portant un costume avec cravate.
Carl Zeiss

En 1884, Otto Schott fonde sa société, grâce à des capitaux de Carl Zeiss, aussi à Iéna, spécialisée dans la fabrication de verre optique de très grande qualité.

La société Carl Zeiss se réorganise en 1891 autour d’une fondation Carl-Zeiss-Stiftung. Elle fabrique toujours des microscopes, toujours plus perfectionnés, et des verres optiques eux aussi toujours plus efficaces.

Presque naturellement, en 1900, la Carl Zeiss Stiftung rachète le constructeur d’appareils photo Palmos AG, lui aussi de Iéna. Se crée alors une filiale de Carl Zeiss qui, en 1909, fusionne avec trois autres sociétés allemandes : Hüttig AG de Dresde, Wünsch AG de Dresde et Kamerawerk Dr. Krugener de Francfort. ICA vient de naitre (Internationale Camera Aktiengesellschaft).

Paul Rudolph, employé chez Carl Zeiss, conçoit (1902) un objectif à quatre lentilles qui fera date, le Tessar. Il inspirera la plupart des objectifs photographiques à venir.

C’est encore une acquisition, en 1926, des sociétés Contessa Nettel de Stuttgart, Ernemann de Dresde et Goerz de Berlin, qui fusionnent avec ICA et qui donne naissance à Zeiss Ikon. Cette nouvelle société sera une des plus importantes et influentes entreprise d’appareils photographiques allemandes et ce jusqu’au seuil des années soixante.

Le grand concurrent de Carl Zeiss, c’est Ernst Leitz et son entreprise Optical Works Ernst Leitz, à Wetzlar (1865). Elle aussi produit des microscopes très performants puis se diversifie vers les optiques de qualité. Notamment celles qui équipent ses jumelles et, bientôt, un appareil photo qui va révolutionner la photographie. C’est Leitz qui produit l’invention d’un certain Oskar Barnack et son premier Ur-Leica (1913), un boitier éminemment portable et pratique. Il faudra toutefois attendre 1925 pour qu’il entre réellement en production sous le nom de Leica I.

Encore un peu de patience et le Leica II (1932) pour que l’appareil soit télémétrique et à objectifs interchangeables. La légende est née et le boitier rencontre un beau succès car il remplace avantageusement les appareils de l’époque, lourds, encombrants et pas faciles à manipuler.

1932 est aussi l’année de lancement, chez Carl Zeiss du concurrent direct du Leica : le Contax, premier du nom. C’est aussi un télémétrique à objectifs interchangeables.

Dès 1935, les optiques de la marque recevront le premier traitement anti-reflet au monde, mis au point par Alexandre Smakula, et en 1936, les Contax II et III apportent des innovations majeures : l’intégration du télémètre dans le viseur et d’un posemètre (Contax III).

Hélas, la Seconde Guerre Mondiale éclate et rebat les cartes, surtout pour Zeiss Ikon. En 1945, les usines sont en grande partie détruites ; l’armée américaine décide de déplacer de Iéna à Stuttgart plus d’une centaine de membres de la direction et du personnel scientifique, tandis que l’armée soviétique transfère une partie des machines et du personnel de Dresde vers l’usine Arsenal à Kiev (qui produira sous la marque Kiev des appareils copiés des Contax télémétriques).

Une longue période d’incertitude juridique s’installe quand à la propriété de Zeiss Ikon : une nouvelle société Carl Zeiss est créée à Oberkochen (Stuttgart) en 1946, alors que la partie restée en Allemagne de l’Est est nationalisée en 1948 et devient Zeiss Jéna. La marque sera vendue à l’Est sous la dénomination Opton et Zeiss Jéna pour les marchés de l’Ouest.

Finalement, les anciens établissements de Zeiss à Dresde seront contraints d’abandonner les marques Zeiss Ikon et Contax, revendiquées par Zeiss Ikon AG (Stuttgart).

Qu’à cela ne tienne, l’ex Zeiss Ikon est-allemand va renaître sous le nom et la forme du complexe industriel Pentacon, l’ogre qui rachète toutes les anciennes marques est-allemandes.

Vue d'un bâtiment ancien avec des panneaux publicitaires visibles, incluant 'Zeiss', 'Kino' et des inscriptions en allemand.
Le bâtiment Pentacon, avec sa tour particulière, qui se retrouve stylisée sur les appareils photo et accessoires.

Plus tard (en 1970), Zeiss Ikon fussionnera avec Voigtländer mais en 1972, on assistera à la fermeture des usines des deux marques.

Pourtant, en 1973, Yashica conclu un accord de coopération et la marque Contax est relancée au Japon.

Il faudra encore attendre la chute du Mur (1989) et la réunification de deux Allemagnes. A ce moment, l’entreprise d’état VEB Zeiss Jéna est cédée à Carl Zeiss sous le nom de Zeiss Jena GmBH puis Jenoptik Carl Zeiss Jena GmBH.

De nos jours, Carl Zeiss Jena est un des 4 plus grands fabricants de microscope au niveau mondial.

2005 verra encore la création de la filiale Carl Zeiss Vision, spécialisée dans la production de verre de lunettes.

Et pour en terminer, en 2016, il y a la création du Zeiss Photography Award, un prix de photographie décerné à l’issue d’un concours international ouvert aux photographes du monde entier, destiné à récompenser et à promouvoir le travail d’un photographe œuvrant dans le domaine documentaire, dont le travail doit répondre à un thème général défini sous le titre Seeing Beyond (voir au-delà) ainsi qu’à un thème particulier, différent chaque année.

Je reviens sur quelques éléments fondateurs de la marque, qui font de ses appareils des objets d’intérêt car, si on y pense bien, ils ont traversé bien des vicissitudes : il y a d’abord la culture industrielle allemande d’avant guerre, puis la division de l’entreprise après la seconde guerre mondiale, une renaissance inattendue au … Japon (Yashica), l’ère des compacts de luxe (Kyocéra), des télémétriques autofocus, du moyen format et quelques pas dans l’ère numérique.

Une constante reste : celle de la qualité, de l’ingénierie, de la complexité pour la beauté du geste. Bref, de quoi se construire une légende, toujours vivace de nos jours.

Mais voyons pourquoi …

L’histoire du réflex

Le premier jalon est le Contax télémétrique, véritable contre-pied du Leica : si le second s’est imposé par sa simplicité, sa compacité, son efficacité, le second est complexe, d’une grande précision mécanique, avec un télémètre sophistiqué, un obturateur métallique rapide et des objectifs (eux aussi) de grandes qualités optiques.

Appareil photo vintage Contax avec un boîtier en métal argenté et un objectif Sonnar.

Mais Zeiss Ikon cherche plus loin : les réflex existent depuis un moment et les plus connus, depuis les années trente, sont le Rolleiflex. Ces boitiers sont des TLR pour twin lens reflex, c’est-à-dire des réflex dotés de deux objectifs: un pour la visée et l’autre pour capter l’image.

L’avantage du réflex est de montrer, à travers l’objectif, directement ce que l’on voit à la visée, … enfin presque, parce qu’avec un réflex bis-objectifs, si la visée est bien directe, l’image renvoyée par le miroir est inversée gauche/droite (mon cauchemar).

Les recherches de Zeiss Ikon portent sur un appareil qui donnerait toujours cette image directe, mais dans le bon sens.

Depuis 1938, le bureau d’études cherche à créer un appareil, basé sur le Contax télémétrique, avec son obturateur à lamelles métalliques vertical, mais ça coince.

Le principe est de greffer un pentaprisme, c’est-à-dire un verre à plusieurs pans complexes qui redresse l’image, si possible sans (trop) de perte de lumière. Et pour être tout à fait précis, il s’agit d’un pentraprisme de toit, de fait un pentaprisme dont une surface est traitée pour inverser l’image dans la direction perpendiculaire au plan de réfraction contrairement à un pentaprisme classique, mais conserve la propriété initiale de déviation constante de 90°.

Schéma en coupe d'un appareil photo vintage, montrant les composants internes tels que l'objectif, le miroir et le mécanisme de prise de vue.
Le parcours de la lumière via l’objectif vers le viseur en passant par le pentaprisme.

Il ne faut pas oublier, en outre, que dés 1936, Ihagee produisait le Kine-Exakta, un réflex mono-objectif (SLR = single lens reflex) mais qui présentait encore un viseur dit de taille, sans image redressée.

Un appareil photo vintage modèle Exacta avec un boîtier en métal et en cuir, montrant des cadrans et des lentilles.

Le tout premier vrai réflex avec un pentaprisme fut le Rectaflex, produit dès 1948. Le seul et unique réflex produit par l’Italie, mais quel engin !

Appareil photo vintage Rectaflex avec objectif en métal et finitions argentées.

Ici nous avons tous les éléments du réflex moderne : un prisme pour voir l’image à hauteur d’œil (contrairement à l’Exakta), redressée, avec un objectif amovible. L’histoire est lancée …

C’est donc dans ce contexte très concurrentiel que va s’inscrire le premier réflex de Contax, le S pour Spiegelreflex, littéralement reflex miroir.

Lancé en 1949, cet appareil avance encore d’un pas par rapport au Rectaflex : ici aussi il y a un prisme qui redresse l’image, la visée se fait à hauteur d’œil, l’objectif est interchangeable. Et c’est là la nouveauté : le Contax inaugure une nouvelle monture, la M42, qui devint universelle bien avant celle de Pentax (qu’ils développeront ensemble plus tard, pour la petite histoire).

Ce Contax S (lettre qui n’est jamais écrite sur le boitier par ailleurs) sera suivi d’un D – E – F – FB – FM et FBM.

Ceci étant, pour mémoire, c’est le VEB Zeiss Ikon, celui qui est passé à l’Est, bien contre son gré, qui a développé cet appareil. Sous la pression de Zeiss Ikon AG, restée à l’Ouest, elle devra peu à peu abandonner le nom de Contax, porteur de sens et d’histoire, pour passer sous la bannière de Pentacon (pentaprisme et Contax sont à la base du nom), qui a moins d’aura. Cette perte de reconnaissance fera que l’appareil atteindra difficilement le succès qui lui était dû. Finalement, la gamme sera abandonnée. Triste fin !

Quoique le conglomérat Pentacon VEB (qui comptait les marques Meyer-Optik Görlitz, Ihagee Dresden et KW), donnera naissance à la longue gamme d’appareils photo Praktica (vous en trouverez de nombreux exemples sur le site), en remplacement de ce Contax, mal né.

Zeiss Ikon AG (qui regroupe la Fondation Carl Zeiss, Car Zeiss Optical et Zeiss Ikon Ouest Allemand) produira, à partir des années cinquante d’autres gammes de réflex, comme le Contaflex, le Contarex, le Bessamatic (un Voigtländer, marque qui faisait partie du panier Zeiss Ikon) et l’Icarex. Le groupe cessera de produire des appareils photo en 1972.

Mais avant de disparaître, Zeiss Ikon AG va s’allier avec une entreprise japonaise, Asahi Pentax, ce qui permit la mise sur le marché de la nouvelle monture universelle, la monture Pentax, à baïonnette (qui devint la montre Pentax K plus tard). Puis, au début des années septante, c’est une alliance avec Yashica qui accouchera de la monture Y/C (voir les articles à ce sujet sur le site, comme le Yashica FX-D, par exemple).

Ça va, vous suivez toujours ?

S’il y a quelque chose à retenir de ce long exposé, c’est que le Contax S a posé les standards de ce que seront les réflex ensuite :

  • visée à travers un pentaprisme qui redresse l’image,
  • visée à hauteur d’œil dès lors,
  • utilisation d’une monture dédiée mais commune aux autre réflex par la suite : monture M-42

Mais retenons quand même que même si cet appareil ne fut pas le premier réflex de l’histoire (et malgré ce que l’histoire de la photographie tente de nous faire croire, tout comme la publicité de la marque à son sujet), il reste un pionnier.

Le Contax S n’était pas parfait, loin de là (on estime que la moitié de la production dû rentrer pour modifications), le D eut la lourde tâche de corriger la plupart des soucis. Et, surtout, de redorer le blason de la marque, bien écorné par les déboires du Contax S, voire même de faire rentrer – enfin – des devises car la situation financière du VEB Zeiss Ikon était catastrophique.

Une refonte complète de bien des éléments internes va fiabiliser le boitier et redonner confiance à une clientèle qu’il faut séduire.

Présentation du Contax D

Le Contax D est un Contax S amélioré et qui, lui, porte cette lettre sur le capot. Le modèle D a été présenté à la foire d’automne de Leipzig en 1952 pour la première fois.

Une publicité pour l'appareil photo Contax D, montrant un reflex à petit format, avec des détails techniques en allemand sur ses spécifications.

Petit aparté à ce sujet : pour les collectionneurs, la position du D change sur le capot et devient un Big D lorsque la lettre est sur la même ligne que le nom. Il en est de même pour les mentions VEB qui seront ou non inscrites en dessous du logo Zeiss Ikon selon le marché auquel l’appareil est destiné. Ceci étant, le boitier reste le même et c’est ce qui nous intéresse.

Un appareil photo vintage Contax D avec un objectif argenté, marqué Zeiss Ikon.

L’appareil présentait bien : doté d’un châssis robuste en aluminium moulé sous pression, d’un obturateur à plan focal à déplacement vertical et d’une compatibilité avec la monture à baïonnette Contax, qui prenait en charge une gamme d’objectifs Carl Zeiss Jena de haute qualité.

Rapidement, dès 1956, pour suivre les autres lettres apposées sur le Contax, sachez que le E était équipé d’un posemètre au sélénium, non couplé et posé au dessus du prisme; tout comme les F et FB et suivants (modification du prisme sur ces modèles pour un visée plus claire).

Dès 1958, le mot Contax disparaîtra en faveur de Pentacon pour les appareils fabriqués à Dresde (Allemagne de l’Est alors).

Sur cet exemplaire, le logo Zeiss Ikon, les lettres VEB et le nom Contax avec la lettre D sur la même ligne (un Big D donc) sont présents : c’est donc un appareil d’avant 1958 (et le passage au marquage Pentacon), très vraisemblablement un appareil datant des environs des début, en 1952.

Etrangement, je ne le trouve pas si grand que certains autres réflex postérieurs, sans doute est-ce dû au prisme, assez peu saillant. J’écrirais même que je le trouve assez compact. Certes, il est lourd, tout en métal et verre, mais je le trouve bien équilibré.

Mais commençons par le début :

  • sur le capot, à droite, le bouton d’avance et d’armement de l’obturateur; je note que l’armement est déjà associé à l’avance du film, avec sécurité contre les doubles expositions
  • sous le bouton d’avance/armement, le compteur de vues
  • à côté, sous un verre et avec une forme élégante, les vitesses que l’on sélectionne avec le bouton juste derrière, en appuyant dessus
  • juste sur le bord du capot, sous les vitesses, un petit curseur, pour sélectionner les vitesses lentes ou rapides
  • à l’opposé, le gros bouton pour rebobiner le film en fin de course
  • la couronne en dessous est un aide mémoire pour la sensibilité du film (de 6 à 400 Asa)
  • juste à côté, une prise PC pour le flash
  • sur la face avant, à droite, le déclencheur avec un filetage pour prise filaire
  • et en dessous, un retardateur
  • enfin, sur le flan droit, le verrou pour ouvrir le dos de l’appareil
  • par en dessous, le filetage pour fixer le boitier à un trépied (au pas du Congrès = large)
  • et à côté, le petit bouton à enfoncer pour pouvoir rebobiner le film

Tout est déjà là, les appareils suivant s’en inspireront encore.

Avant de reprendre cette liste à laquelle il ne manque qu’un raton laveur (merci Monsieur Prévert), un mot sur l’objectif : la monture est du M42, qui sera considérée longtemps comme universelle. Mais j’y reviendrai un peu plus loin …

Les commandes

Sur le capot donc, un gros bouton pour faire avancer le film d’une vue à la fois et, en dessous, le compteur de vue, manuel.

Un appareil photo argentique vu de dessus, avec un objectif argenté et des réglages visibles.

Lorsque vous tournez ce bouton, dans le sens de la flèche, vous sentez à un moment un clonck assez discret et le mouvement s’arrête (ne pas forcer plus loin) : le film vient d’avancer d’une longueur et l’obturateur est armé. Une sécurité d’armement empêchera toute double exposition involontaire.

Pour déclencher, il suffit d’appuyer sur le bouton en saillie, sur la face avant. Cette position sera souvent reprise sur les appareils est-allemands, notamment les Praktica. Si cet emplacement peut sembler bizarre de nos jours, elle n’en est pas moins ergonomique car le fait d’appuyer sur le déclencheur de cette manière évite mieux le flou de bougé en vitesses lentes que lorsque le bouton est sur le capot. Essayez, vous comprendrez mieux.

En dessous du bouton d’armement/avance, le compteur de vue manuel. Là, j’avoue que ce n’est pas la meilleure place car à chaque fois que vous remontez le bouton qui le surplombe, vous aurez tendance à le faire tourner involontairement. Ceci étant, avec précaution donc, vous le faite avancer en poussant sur les petits ergots ronds, dans le sens de la flèche, qui est inversée par rapport à celle de l’armement.

Ah, évidemment à cette époque, le miroir ne se lève que lorsque vous aurez armé l’obturateur. Ce qui veut dire qu’entre deux images, le viseur reste noir si vous n’avez pas armé. Le retour automatique, c’est pour plus tard !

Mais ceci implique qu’il faille faire la mesure de la lumière à pleine ouverture, manuellement.

Venons-en au contrôle des vitesses : sous le verre vous découvrez les vitesses inscrites en chiffres rouges ou noirs, selon une progression ancienne : dont voici la séquence dans son entier : 1 – 2 – 5 – puis 10 – 20 et 50 et 100 – 200 – 500 et encore un autre 1 au 1/1000

Vue d'un dessus d'un appareil photo argentique avec des réglages visibles.

Mais, surtout, dans les deux demis-cercles autour du cadran, vous verrez apparaître deux flèches, selon que vous poussez le levier au dos dans un sens ou l’autre. A gauche, pour indiquer les vitesses lentes (flèche rouge), qui sont en rouge (B, 1s, 1/5s, 1/10s, 1/20s) ; à droite, une flèche noire, pour les vitesses rapides, qui sont en noir (1/50s, 1/100s, 1/200s, 1/1000s). Je vous invite à regarder la première vidéo ci-après pour mieux voir le principe. Il faut enfoncer la couronne et la tourner dans le sens indiqué par la flèche jusqu’à la vitesse sélectionnée.

Notons qu’ici on peut changer les vitesses sans tenir compte de l’armement ou pas de l’obturateur.

C’est un peu fastidieux pour le réglage mais on s’y fait assez vite.

Rien de spécial à souligner pour la molette de rebobinage, si ce n’est le mémo en dessous d’elle. C’est assez typique des appareils de l’époque et cela rassure quand on a pris sa cellule manuelle.

Vue du dessus d'un appareil photo argentique avec des réglages sur le dessus et un objectif en bas.

Sous le déclencheur, le mécanisme pour le retardateur : il suffit de l’abaisser puis de faire tourner la petite roue pour lancer le mécanisme. Par prudence, d’abord armer avant de lancer le minuteur.

En fin de film, appuyer sur le petit bouton en dessous du boitier et le garder enfoncé, puis rebobiner la pellicule. Pour sortir celui-ci de la chambre, tirer sur le verrou (tranche droite), ce qui libère la porte arrière, et ôter la bobine. En parlant de bobine, faites attention, celle de réception est amovible. Il faut prendre garde à ne pas la perdre (et vérifier sa présence en cas d’achat).

Appareil photo vintage avec un objectif en métal, vu de face sur un fond neutre.

Notez la précision des assemblages, du bel ouvrage.

Venons-en maintenant à l’objectif, ici un Carl Zeiss Jéna Biotar de 58mm ouvrant à f2 et marqué d’un T rouge, ce qui signifie qu’il est recouvert d’un apprêt pour minimiser le flare. A remarquer donc que c’est déjà un objectif traité d’un revêtement (il faut en tenir compte lors d’un nettoyage, pour ne pas l’abimer).

Appareil photo vintage Contax D avec objectif Zeiss.

Comme je l’écrivais plus haut, l’ouverture doit être faite manuellement. Pour le faire correctement, une bague, rétractable, se trouve en pointe de l’objectif, juste derrière celle des ouvertures. Selon ce que votre cellule à main – votre habitude – le zone system va vous indiquer, vous allez abaisser la bague, faire correspondre le point rouge avec la flèche rouge et remettre la bague en place. Vous ne pourrez pas dépasser la valeur indiquée (si vous avez mis f8, vous pourrez modifier via les vitesses inférieures mais pas dépasser le f8).

Pour le reste, c’est un réglage de distance classique ou par zone grâce à l’échelle de profondeur de champ. Attention, le viseur, même s’il est assez clair et large, ne vous aidera pas car il n’y a pas de stigmomètre à coïncidence ou de dépoli au centre pour affiner la mise au point. Le plus pratique étant sans doute de faire confiance à la latitude qu’offre une grande ouverture pour éviter les flous de distances.

Sans entrer dans de fastidieux mais intéressants développements à ce sujet, sachez que le prisme des Contax S et D avait une base mate, pour des raisons de corrections optiques des flux de lumière entrant, qu’il fallait bien canaliser le mieux possible. C’est la raison de ce viseur peu clair. Les modèles F et suivants auront une lentille de champ collée à la base, ce qui éclaircira considérablement la visée et permettra une mise au point plus fine (cfr. références sur Zeissikonveb).

Deux blocs de gomme magnétique, un côté noir et un côté transparent avec un trou au centre.
Les prismes inversés du Spiegelcontax [et du Contax D]. À gauche se trouve le design original, dans lequel toute la surface d’entrée de lumière était mate. On voit bien le biseau (facettage) sur le bord, qui crée le cadre lumineux pour délimiter le champ de l’image. À partir de 1956, le prisme a été raccourci en bas et une lentille à champ plat a été collée. En plus d’éclaircir légèrement l’image du viseur, cela a permis pour la première fois de proposer le Contax avec une paire de cales de mesure (Contax FM ou FBM).

Oui, on a fait mieux ensuite ! Voici ce que donne la visée à travers ce prisme :

Vue d'un quartier résidentiel sous un ciel nuageux, avec des maisons et des arbres en arrière-plan.

Ceci est extrait de la vidéo que vous trouverez plus bas. Je vous suggère de la regarder car elle reprend aussi des photos captées par ce boitier, ce qui est un bon indicateur de ses performances.

Si vous voulez voir les entrailles du Contax S et du D, je vous recommande le site Zeissikonveb (en allemand).

Pour en terminer, sachez que cet appareil ne fut produit qu’à environ 70.000 exemplaires et qu’il est donc assez rare d’en trouver un exemplaire, qui plus est en bon état et fonctionnel. Celui-ci l’est et il possède en outre son sac tout prêt en cuir. Dès lors, son prix s’en ressent (recherche faite ce jour sur Ebay : 2 appareils pour pièces à 50€, pas un seul en bon état et complet)

Que penser de cet appareil ?

Vous le savez, j’aime bien découvrir ces tranches d’histoire vivantes, surtout quant elles sont en aussi bon état et que je peux les manipuler complètement.

Ce Contax D fait partie de ces petits plaisirs : celui de la découverte, de l’histoire d’une époque, d’une richesse un peu oubliée (celle des appareils construits pour durer).

Prendre en mains, tester les commandes, les comprendre, c’est un cadeau que m’offre un tel appareil.

Comme je l’ai écris plus haut, il est un des points de départ d’une longue aventure que seul le numérique et l’hybride ont interrompu, celle du réflex qui s’est installé comme l’appareil le plus polyvalent à ce jour.

Est-ce un boitier encore exploitable?

Oui, très certainement, mais en tenant compte de son âge et de ses limites eut égard aux appareils modernes. Avec un peu de patience, vous en tirerez le meilleur car il est très facile à utiliser. Pensez juste à vous munir d’une cellule à main.

Vais-je le garder ? Non, il fera plus le bonheur d’un collectionneur que d’un curieux comme moi. Vous le retrouverez sans doute lors de la Bourse de Villers Bretonneux, qui aura lieu en février 2027.

Peut-être y serez-vous présent ?

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

  • Type Reflex mono-objectif (SLR) 35 mm
  • Format de film 35 mm (cartouche 135)
  • Années de production 1952-1956
  • Monture d’objectif Contax/Praktica à baïonnette (compatibilité M42 avec adaptateurs)
  • Obturateur en tissu à plan focal, vitesses de 1 à 1/1000s, B, synchronisation X à 1/30 s
  • Viseur Pentaprisme fixe, à hauteur des yeux
  • Dimensions env. 148 × 95 × 75 mm
  • Poids : +/- 600 g (boîtier nu)

Production totale estimée à 70.000 unités.

Des références

https://www.pentaconsix.com/04cont_d.htm, https://en.wikipedia.org/wiki/Contax, https://vintagetechnologyarchive.com/camera/zeiss/ikon-contax-d/ (beaucoup d’erreurs, site peu fiable), https://ictfilmguy.com/gear/contax-d/, en anglais ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Contax, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-6927-Pentacon_Contax%20D.html, https://appareil-photo-laviale.com/marque/contax/, https://fotobox.over-blog.fr/2024/05/contax-pentacon.html, https://wikimonde.com/article/Carl_Zeiss_%28entreprise%29, https://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_Leitz_I, https://wikiland.org/wiki/Contax, en français ; https://kameramuseum.de/objekte/pentacon-contax-d-veb-zeiss-ikon/, https://de.wikipedia.org/wiki/Contax, https://zeissikonveb.de/start/kameras/contax_pentacon.html (incontournable et très technique), en allemand

Argentique

Le K2 de chez Pentax, un nouveau sommet ?

Préambule

Comme souvent, c’est sur une brocante, dans une boite qui a connu des jours bien meilleurs, que je découvre cet appareil. Il est sale et je ne sais pas vérifier si la pile n’a pas coulé, impossible d’ouvrir la petite trappe.

Mais il m’intrigue car je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà vu ce modèle : des Pentax K1000 oui, alors j’en déduis (peut être erronément) que si le chiffre est petit, c’est un appareil plus haut de gamme. A vérifier donc.

Finalement, je négocie avec le vendeur un prix correct et, surtout, pour qu’il accepte que je ne prenne pas la sacoche dans lequel il trainait car elle est dans un état proche de l’Ohio (merci Sophie Marceau et son petit pull marine).

Bref, il rejoint, seul, le sac à dos.

Un peu d’histoire

J’ai déjà abordé l’histoire de la marque au fil des articles déjà parus, mais un petit rappel n’est jamais de trop quand il s’agit d’une entreprise qui a laissé son empreinte dans le monde de la photographie.

Au même titre que les autres marques japonaise, Pentax a planté des jalons devenus des normes, des standards : prenons par exemple l’invention du miroir à retour instantané, le fait qu’il ait été un des pionniers du traitement multicouche des lentilles et parce qu’il a créé un des appareils écoles le plus connus et des plus recherchés, le K1000 (produit pendant 21 ans à plus de 3 millions d’exemplaires).

Mais commençons par le début …

Au commencement donc était Asahi Kogaku Goshi Kaisha, une petite entreprise fondée en 1919 près de Tokyo, spécialisée dans la fabrication de verres de … lunettes.

Dès 1923, elle commence par diversifier sa production et s’intéresse aux lentilles puis aux objectifs pour projecteurs cinématographiques.

En 1938, elle change de nom et devient Asahi Kōgaku Kōgyō Kabushiki-Gaisha, que l’on traduit par Ashahi Optical Co., Ltd. Elle produit alors essentiellement des objectifs pour appareils photo.

Survient la Seconde Guerre mondiale : pendant cette période, l’entreprise fabrique essentiellement des éléments optiques de pointe pour l’armée impériale. Du fait de ses activités, elle sera dissoute par les forces d’occupations après l’épisode guerrier. Toutefois, elle pourra reprendre ses occupations en 1948. Elle recommence à fabriquer des optiques pour compte de Chiyoda Kōgaku Seikō (Minolta) et Konishiroku (Konica) et elle fabrique aussi des jumelles, civiles.

Bien évidemment, elle s’intéresse à la fabrication des appareils photo et en 1951, elle propose le premier réflex japonais en 135, le Ashahiflex.

Appareil photo argentique Asahiflex avec un design métallique et une lentille Tōkumar de 50 mm.

Il s’agit encore d’un réflex avec visée à hauteur de poitrine et un viseur de Galilée à ses côtés. Pourquoi deux viseurs ? Simplement parce que le réflex utilisait un seul miroir, qui redressait l’image vers le haut mais en inversant l’image de gauche à droite. Le viseur de Galilée donnait une image moins bien cadrée mais dans le bon sens.

Seul problème de ce réflex (et des autres de la même époque), on n’y voyait rien dans le viseur tant qu’on n’avait pas armé et laissé le miroir en position haute.

L’Ashahiflex, que l’on qualifie de premier, fut produit de 1952 à 1953 avec ce système de miroir sans retour automatique. Il faut attendre le Ashahiflex IIb (1954 – 1956) pour voir apparaître ce qui est une révolution alors : c’est le premier appareil au monde (et vendu à grande échelle) qui offre le retour automatique du miroir. Ainsi, dès que l’exposition est terminée, un ressort retourne le miroir à sa position initiale même si l’utilisateur tarde à relâcher le bouton de déclenchement et sans qu’il soit nécessaire d’armer l’appareil.

Cette astuce mécanique change la donne et fait entrer Ashahi dans la cour des grands.

Petit aparté : le nom Pentax aurait pu être utilisé par Zeiss Ikon mais au sortir de la Seconde Guerre mondiale, c’est Ashahi qui a acquis les droits sur ce nom, une contraction de Pentaprisme (= réflex) et Ashahi. On parle donc de Ashahi Pentax (voir aussi l’article sur le Contax D).

Avec le lancement du Spotmatic (1964), la société crée un second séisme dans le monde du réflex : la mesure de la lumière à travers l’objectif (dite TTL = trough the lens), ce qui garanti une exposition plus juste et bien plus fiable que la prise de mesure hors du circuit de la lumière dans l’appareil.

N’oublions pas, dans le décompte de leurs inventions incontournables, le compteur de vue à retour automatique lorsque l’on ouvre la porte arrière ni la mesure TTL à priorité ouverture (Spotmatic SP2), le premier traitement multicouche pour ses objectifs Takumar SMC (1971), la mesure à ouverture complète avec les objectifs Takumar SMC (pourtant toujours en monture M42), le premier appareil automatique à priorité ouverture (Pentax ES, le premier reflex avec un obturateur mécanique mais asservit, en mode automatique, à l’électronique)

Alors que Pentax est encore célèbre, avec Zeiss Ikon, pour avoir lancé une monture qualifiée longtemps d’universelle, la M42 (1960), il revendique encore l’universalité d’une autre monture, la monture K (1975, lancée avec cet appareil et avec le Pentax K1000). Il faut savoir que la monture K est toujours produite par Ricoh Imaging (le dernier nom de l’entreprise Pentax), ce qui en fait la monture argentique la plus longuement maintenue commercialement.

Petit aparté sous forme de coup de g … au sujet du Pentax K1000 et son exceptionnelle longévité : Pentax produit plusieurs variantes du K1000 sur les 21 ans de production :

  • K1000 originel (1976-1990) : finition chrome standard, fabriqué au Japon. La référence collector aujourd’hui, particulièrement les exemplaires produits dans les années 70.
  • K1000 SE (1989-1994) : Special Edition avec finition noire et grip caoutchouc sur la poignée. Plus rare, prix 20 à 30% supérieur en occasion.
  • K1000 fabriqué à Hong Kong (1990-1994) : Pentax délocalise une partie de la production. Mécaniquement identique au K1000 japonais, mais la finition est parfois jugée légèrement inférieure par les collectionneurs.
  • K1000 fabriqué en Chine (1994-1997) : dernière période de production, délocalisation complète. Les exemplaires chinois sont les plus économiques en occasion, mais leur qualité reste équivalente.

D’aucun propose à la vente des K1000 non révisés entre 80 et 150€ et des reconditionnés entre 250et 400€. Et là je dis qu’il faut arrêter de se f… des gens, surtout s’ils sont étudiants : reconditionner un K100, comme tous les appareils de cette époque, consiste à remplacer les mousses du miroir et du dos (coût des mousses +/-10€), nettoyage de la chambre, du miroir (un coup de soufflette à main), ce que chacun peut faire soi-même avec un peu de patience et de soin (pour une fois, les tutoriels sont utiles) et le reste, c’est du baratin. Si les circuits sont oxydés, vous n’aurez plus de mesure via la cellule mais l’appareil fonctionnera toujours et si vous voulez vraiment une cellule, cherchez un exemplaire sain, on en a fabriqué assez pour avoir encore le choix. De toute manière, cet appareil aura cinquante ans et il sera toujours susceptible de lâcher un jour. Si vous investissez 50€ dans un bel exemplaire, avec mousses refaites, et un objectif 50mm, c’est un maximum raisonnable.

Là, je sens que je vais en énerver quelques uns, mais c’est comme ça, il faut arrêter de prendre les futurs acheteurs pour des pigeons.

Si je devais déjà résumer ici la marque, je pense que l’on peut dire qu’elle a été raisonnablement innovante, qu’elle a toujours produit des appareils destinés à des photographes et pas des ingénieurs, qu’elle a voulu ses appareils solides pour toutes les situations (les étudiants en photographie de toutes les époques en raffolent).

C’est une marque qui a su, au fil du temps, rester fidèle à ses engagements initiaux envers une clientèle de photographes sérieux mais pas professionnels (leur seul appareil pro fut le Pentax LX), en recherche d’un boitier sain, efficace mais sans mauvaise surprise.

L’annonce récente, par la marque, de l’arrêt de se production d’appareils réflex numériques fait frémir les aficionados !

Mais voyons de plus près ce Pentax K2

Présentation du Pentax K2

Image d'un appareil photo Asahi Pentax K2, un modèle reflex 35 mm au design compact et flexible, posé sur une surface rocheuse.

Cette publicité de 1975 lance le K2 dans l’arène, face au Canon AE-1, au Minolta SRT 303, au Yashica FX-1 (pour le clin d’œil à Zeiss Ikon/Contax) ou l’OM-2 d’Olympus (liste non exhaustive).

Petit aparté au sujet de la monture K : elle est à nouveau développée pour Zeiss dans le cadre d’une coentreprise qui n’a jamais vraiment été développée car, finalement, Zeiss n’a pas vraiment suivi celle-ci, étant elle-même en perte de vitesse pour ses propres appareils. Elle développe d’ailleurs, avec Yashica, une autre monture, la Y/C. J’y reviendrai un peu plus loin.

Remarquez qu’ils sont prudents car ils écrivent bien qu’il n’est pas le plus petit ni le plus léger (Olympus allait réagir !) et j’aime bien leur conclusion : c’est tout ce qu’un appareil photo est censé être. Et peut-être même un peu plus.

Concrètement, en 1975, Pentax lance 4 nouveaux appareils :

Publicité pour les appareils photo Asahi Pentax K2, KX et KM avec descriptions techniques et caractéristiques sur fond rouge.
Manufrance, 1976

Le K1000 est destiné aux débutants, le KM qui est un entrée de gamme, le KX, un appareil un peu plus sophistiqué et le K2 le sommet de cette nouvelle pyramide qui repose sur une nouvelle monture, la monture Pentax K (un nouvel essai pour une monture universelle mais qui tiendrait compte de l’électronique qui s’installe dans les appareils photo).

Pour mémoire, le Pentax ElectroSpotmatic, toujours en monture à vis M42, était le premier réflex à sélectionner une vitesse correcte en fonction d’une ouverture sélectionnée et ce, automatiquement. Il sera suivi d’un ES puis un ES 2, toujours automatique à priorité ouverture et manuel.

Mais la monture à vis M42 montrait là ses limites. Il fallait passer à autre chose pour assurer un meilleur dialogue avec l’électronique des boitiers, même si la transmission est encore mécanique. Ce sera la monture K.

Plus grande, elle autorisait toujours le montage des anciennes optiques, moyennant un convertisseur et en perdant les automatismes, mais on ne jetait pas ses cailloux accumulés avec patience.

Pour se différencier de ses trois autres camarades de sortie, il propose un obturateur à feuilles métalliques, des corrections de sous ou sur-exposition (1/4x – 1/2x – 1x – 2x – 4x) pour pouvoir modifier la luminosité en fonction des conditions d’éclairage. C’est grâce à un anneau autour de la baïonnette que l’on règle ces valeurs. A ne pas confondre avec l’anneau des vitesses chères à Olympus.

Un appareil photo vintage Asahi Pentax K2 avec un objectif SMC Pentax, vu de face sur un fond blanc.

Sa particularité est donc de proposer un contrôle automatique avec priorité à l’ouverture et un contrôle manuel. De fait, il est un passeur entre la génération précédente (les classiques mécaniques) et la nouvelle (les électroniques). Prudent, il garde quand même deux vitesses de secours (mécanique) : le 1/125s et le B car l’obturateur est partiellement électronique. Il propose des vitesses de 8s à 1/1000s, plus la pose B, la synchro flash au 1/125s et un minuteur jusqu’à 10s.

Second aparté au sujet de la monture K : depuis 1957, Pentax utilise une monture à vis M42 (inventée en 1952 par Zeiss Ikon en collaboration avec Pentax pour son réflex Contax S puis Contax D). Elle sera partagée avec Praktica, Mamiya, Yashica, Zeiss Ikon ainsi que de nombreux autres constructeurs européens. Grâce à elle, Pentax pourra vendre ses objectifs Super-Takumar, qui pourront être montés sur n’importe quel boîtier M42 du marché. Inversement, d’autre marques, moins couteuses, pourront garnir des Pentax.

Lorsque Pentax sort le Spotmatic en 1964, avec mesure TTL stop down* (le premier au monde), il consolide sa position au sein des appareils nippon (ils vendront, dans les années soixante -septante plus de boitiers que Canon et Nikon réunis).

*stop-down = la mesure d’arrêt est une technique utilisée dans les systèmes TTL où les mesures de lumière sont effectuées à travers l’objectif alors qu’il est fermé à son ouverture de prise de vue.

Enfin, en 1971, Pentax lance le Super-Multi-Coating (SMC), un traitement de 7 couches qui deviendra la signature des optiques du fabricant. On considère encore de nos jours que les SMC Takumar sont parmi les meilleurs optiques M42 du marché.

Au début des années 70, la monture M42 commence pourtant à montrer ses limites : la transmission d’information entre l’objectif et le boîtier reste mécaniquement limitée par la nature à vis de la monture (un seul levier de transmission de l’ouverture, pas de mesure à pleine ouverture facile, pas de modes automatiques sophistiqués possibles). De mémoire, seul Praktica a été plus loin avec le LLC, qui fut le premier à proposer un couplage électrique boitier/optique (1969 – 1975).

Les autres constructeurs ont déjà saisi ces contraintes : Canon a fait le saut vers la monture à baïonnette FD en 1971, Nikon a déjà la monture F depuis 1959, Olympus sort la monture OM en 1972. Pentax est le dernier grand constructeur japonais à rester sur M42. Il est vrai que changer de monture est toujours un risque, celui de perdre des clients qui ont investi dans leur optiques.

Finalement, en 1975, ils feront eux aussi le grand saut : c’est la monture K qui permet trois transmissions mécaniques entre le boitier et l’objectif ( l’ouverture maximale, l’ouverture sélectionnée et le levier de présélection). Grâce à cette nouvelle architecture, la mesure TTL peut se faire à pleine ouverture (la cellule lit la valeur d’ouverture choisie sans plus devoir fermer le diaphragme, chose impossible avec l’ancienne monture à vis, la M42).

Techniquement, le mécanisme concerne l’ouverture : une fente entre deux ergots sur la baïonnette permet au coupleur de diaphragme de l’appareil de détecter le réglage de l’ouverture et d’ajuster l’affichage de la cellule en conséquence

De l’autre côté, un levier de déverrouillage du diaphragme passe dans le boitier et maintient ouvert le diaphragme à ressort. Ce qui veut dire que pendant la préparation d’une prise de vue, ce levier maintient le diaphragme complètement ouvert. Lorsque l’obturateur est déclenché, ce levier se ferme également. Il permet au diaphragme de se fermer à l’ouverture souhaitée pendant l’exposition du film, puis de s’ouvrir à nouveau après la fermeture de l’obturateur.

Appareil photo argentique Asahi Pentax K2 avec un design vintage et un boîtier noir texturé.

Ces deux mécanismes de liaison sont conçus pour être alignés et actionnés par ressort lors de l’insertion de l’objectif et de sa rotation jusqu’au verrouillage.

Passer à une nouvelle monture pour aller plus loin techniquement, c’est toujours compliqué, surtout quand on sait que des millions d’utilisateurs ont un stock d’objectifs en M42.

Pour ne pas perdre ces clients-là, Pentax sort un adaptateur officiel, le SMC P-K Adapte (1975) qui permet de monter les objectifs visant en M42 sur un boitier K. C’est une simple bague à vis du côté optique et avec la nouvelle baïonnette de l’autre. La qualité des Takumar est préservée, mais on perd la mesure TTL à pleine ouverture sur les boitiers K ; de fait, on garde le stop-down des anciens Spotmatic. Pentax sauve son portefeuille client !

Attention, comme chez Nikon, la compatibilité n’est pas tout à fait exacte : la monture K l’est pour les appareils K et M (sauf le ME F) et LX. Les optiques doivent porter les références SMC Pentax, SMC Pentax M et SMC Pentax-A .

Appareil photo réflex Pentax K2 avec objectif SMC Pentax, vue de face.

Voilà pour la partie optique. Voyons maintenant la suite et notamment le système de mesure de la lumière : il est donc à travers l’objectif (TTL) avec un affichage dans le viseur sous forme d’une aiguille qui se promène sur une échelle bleue. Il est alimenté par 2 piles de 1,5v, des LR44. C’est une mesure à pondération centrale. Le posemètre est composé de photodiode en silicium (SPD).

La sensibilité Asa s’échelonne de 8 à 6400 Asa. Celle-ci se règle avec la bague qui se situe contre le boitier et il faut avouer que la manipulation n’est pas des plus aisée : il faut d’abord appuyer sur le bouton noir à gauche (vu de face) puis faire tourner l’anneau chromé pour amener la valeur de votre film devant un petit triangle rouge noté Asa en vert. Le cercle est fin et ferme, pour éviter les mauvaises surprises car la même bague sert aussi (mais sans appuis sur le bouton) à régler les sous ou sur exposition (de 1/2x à 4x par incréments de 1/4 de valeur).

Puisque nous avons l’œil rivé au viseur, disons que celui-ci est clair avec une couverture de 95% de l’image et un grossissement de 0.88x. La mise au point s’affine grâce à une zone à microprisme au centre. Personnellement, j’aurais aimé un stigmomètre à coïncidence, plus pratique pour être net.

Un mot encore des vitesses : elles se règlent avec le barillet noir sur le capot. Elles partent de la lettre B (mode Bulbb) puis vont de 8s à 1/1000s, avec une synchro X au 1/125s et la position automatic, en vert. Sur cette position, le boitier passe en mode automatique à priorité ouverture (pour une ouverture donnée, le boitier va calculer la vitesse adéquate dès l’appui à mi-course du déclencheur). Dès que vous quittez la position, vous revenez à un appareil tout manuel, avec juste l’indication de la vitesse dans le viseur.

Vue de dessus d'un appareil photo argentique avec un objectif noir et des réglages visibles.

Quoi d’autre ? Le K2 possède aussi un minuteur (+/- 10s), un bouton pour verrouiller le miroir et on peut faire des expositions multiples facilement.

C’est un appareil solide, assez lourd (le métal est omniprésent), fiable et juste assez sophistiqué pour ne pas effaroucher les puristes et ravir les novices (passage de l’automatisme au manuel rapide).

Il ne sera pas produit longtemps cependant, la mode lancée par Olympus et ses OM réclamait des boitiers plus compacts, plus légers. En fait, il fera la transition entre la famille pionnière des Spotmatic et celle qui ravira les familles, la série M (Pentax ME et ME Super, MX).

De nos jours, on trouve ses particularités tout à fait obsolètes et pourtant, à son époque, elles le posaient comme l’appareil favoris des photographes un tant soit peu exigeants.

Il reste à leurs yeux un très bel appareil car, encore une fois, si la mesure TTL, la priorité ouverture, le verrouillage du miroir, la capacité de faire des expositions multiples ont des airs de déjà vu, sa tranquille fiabilité à travers les décennies en font toujours autre chose qu’un collector : c’est un appareil encore pleinement exploitable.

Que penser de cet appareil ?

J’avoue avoir finalement eu plaisir à manipuler ce K2. Pourtant, j’ai déjà eu en mains d’autres légendes de la marque, le Spotmatic SPII et le LX, sans omettre le ES, pour ne parler que des costauds de la bande, puis les ME, ME Super et le Super A, tout aussi bons mais en taille plus réduite.

Même si je le répète souvent, je ne suis pas collectionneur. Pourtant, Pentax, comme Canon, Minolta et Fujica, ont sorti des boitiers qui me parlent peut-être plus que d’autres et j’en garde alors quelques uns.

Pas le K2 cependant (je manque de place, croyez-le bien) mais je le revendrai avec une petite pointe de nostalgie car c’est effectivement un appareil qui mérite toute l’attention de qui veut se (re)mettre à l’argentique avec un appareil suffisamment simple que pour apprécier les subtilités des sels d’argent sans renier un petit coup de pouce qu’est l’automatisme.

Attention, un automatisme à priorité ouverture qui ne convient pas à tout le monde. Il sera plutôt orienté paysage, portrait, proxi-photographie, voire photo de rue mais sera moins à son aise en photo animalière ou sportive ; c’est pas son truc.

Sa célèbre monture vous permettra, raisonnablement ou pas, de trouver assez de cailloux que pour bâtir votre univers photographique. Beaucoup de marques y ont laissé des pépites et pas seulement les excellents Takumar.

Il est plus rare à trouver que le K1000, simplifié et destiné aux débutants (ah, le pouvoir de la pub, même 50 ans après !) mais il n’est pas rarissime au point de débourser plus de 60€ pour un très bel exemplaire avec un 50mm.

Si vous en trouvez un, prenez le, il reste une valeur sûre.

Avant tout achat, comme d’habitude, vérifiez s’il déclenche (le minimum syndical, non ?) sur la pose B et le 1/125s (vitesses mécaniques qui fonctionnent sans piles) ; vérifiez l’état des mousses (si vous avez de la chance, elles auront été refaites, mais ne rêvons pas) du dos et du miroir ; vérifiez si le compartiment des piles n’est pas oxydé. Si vous avez pensé à glisser dans votre poche deux LR44, mettez-les dedans pour vérifier si la cellule fonctionne toujours correctement et si l’appareil accepte de déclencher à toutes les autres vitesses. Vérifiez encore que la bague de réglage des sensibilités tourne sans accrocher (oxydation).

Et si tout ces petites choses sont ok (les mousses, vous devrez le refaire sans – presque – aucun doute), ouvrez votre portefeuille, vous venez d’acquérir un très chouette compagnon de sortie. Et à ce prix-là, vous pourrez vous offrir une lanière sympa, très seventies, pour le porter autour du cou.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Fabricant : Pentax
  • Type de film : 135 (35 mm)
  • Taille de l’image : 24 mm x 36 mm
  • Obturateur : vertical, plan focal métallique (fonctionnement électronique ou mécanique – 2 vitesses)
  • Vitesses d’obturation (mécanique) : 1/125 ou Bulb (les vitesses de secours)
  • Vitesses d’obturation (électronique) : 8, 4, 2, 1, 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/250, 1/500, 1/1000
  • Synchronisation flash : synchronisation X à 1/125s
  • Retardateur : 5 à 9 secondes
  • Viseur : Pentaprisme avec microprisme croisé ou écran de mise au point à image divisée, grossissement 0,88x (95%)
  • Modes d’exposition Av, M
  • Modes de mesure avec les objectifs K et M à pondération centrale
  • Modes de mesure avec les objectifs A et plus récents à pondération centrale
  • Posemètre : photodiode en silicium (SPD), priorité ouverture, mesure TTL
  • Mise en route de la cellule : lorsque l’obturateur est enfoncé à mi-course
  • Plage Asa : 8 à 6400 ASA
  • Piles : 2 LR44
  • Poids : 680 g nu
  • Fonctionnalités K2 : aperçu de la profondeur de champ
  • Exposition automatique (priorité à l’ouverture)
  • Compensation d’exposition (4×, 2×, 1×, ½×, ¼×)

Variantes de couleurs : il existe deux variantes de couleurs du Pentax K2, une version noire et argentée et une version entièrement noire.

Des références


https://monappareilphotopro.fr/pentax-k2-avis/, https://pellochemoi.com/dossiers/pentax-k/, https://pellochemoi.com/blog/pentax-k-mount-1975-histoire/, https://pellochemoi.com/blog/pentax-k1000/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Pentax, https://marqueshistoire.com/marques-p/pentax/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-3175-Pentax_K2.html, https://wikiland.org/fr/Pentax_K-mount, https://pellochemoi.com/blog/pentax-k-mount-1975-histoire/, https://pierretizien-photos.blogspot.com/p/leurs-monture.html, en français ; https://www.pentaxforums.com/camerareviews/pentax-k2.html, https://camera-wiki.org/wiki/Pentax_K2, https://www.vintagecamerareviews.com/brands/pentax/pentax-k2/, https://kmp.pentaxians.eu/bodies/film_k/k2/, en anglais ;

Argentique

Un Compact Deluxe oublié, un Fujica

Préambule

Comme d’habitude, une belle brocante mais sous un soleil de plomb (rare en Belgique les 33°C à l’ombre … et il n’y en avait pas !).

Heureusement, nous étions là tôt, ce qui permet de fureter au déballage des exposants et de repartir avant d’être cuits.

Bref, au détour d’un étal, un sac cout prêt en cuir noir, fatigué, me fait de l’œil car il est noté Fujica. C’est encore une des marques que j’aime bien. Donc, je me penche et ramasse l’appareil, qui fait peine à voir sous sa couche de poussière.

Petite négociation rapide et je l’enlève pour un prix dérisoire : le photo-wash, ça a un coût …

Pourquoi ce Fujica Compact Deluxe et pas le Yashica Minister D qui dormait à ses côtés ? D’abord parce que des Minister D j’en ai déjà quelques uns et ensuite – surtout – parce que je ne connaissais pas du tout ce modèle de compact Fuji, notamment avec son levier d’armement sur la semelle et une molette étrangement moderne au dos.

Hop, je le glisse dans le sac à dos et c’est reparti pour une autre chasse au trésor …

Un peu d’histoire

C’est à l’ombre des 3.776m du Mont Fuji, dans une modeste usine d’Ashigara, que nait Fuji Photo Film Co., Ltd en 1934. C’est une filiale de Daicel Corporation, dont l’activité est centrée sur les films photographiques.

Le logo de 1934.

Daicel Corporation est la fusion de huit fabricants de celluloïd, en 1919. Son nom initial était Dainippon Celluloid Company et elle ne prit son nom actuel qu’en 1966. Fuji Photo Film est sa première filiale, qui deviendra par la suite Fujifilm.

Dainippon Celluloid Company exerçait ses activités dans les technologies du celluloïd, les produits chimiques organiques, entre autres et l’acétate de cellulose, le support des films photographiques.

Ces premiers pas sont primordiaux dans l’histoire et la continuité de la marque Fuji : elle a intégré tous les produits de la photographie, les a améliorés et – surtout – rendus accessibles financièrement au plus grand nombre sans cesser de promouvoir une qualité certaine pour ses produits.

Dès 1934 donc, Fujifilm produira des matériaux de film pour le cinéma, pour la photographie et pour les appareils de radiographie. Elle fut une des premières entreprises à comprendre le potentiel du marché médical et est encore aujourd’hui à la pointe dans ce domaine. Les premiers films couleur sortent en 1948.

Les objectifs Fujinon ont précédés les appareils photo de la marque. Dès 1938, la société met en place une fonderie de verre optique à Odawara. Pour obtenir le verre le plus pur, Fujifilm utilise des creusets en platine. Fuji Photo Optical Co. Ltd. est fondée en 1944 pour s’occuper de cette branches d’activités qui apportera aussi son lot d’exclusivités mondiales, dont le revêtement par faisceau d’électrons (EBC) qui autorise la mise en place de nombreuses couches, très fines. Le premier objectif à revêtement par faisceau d’électrons sera l’EBC Fujinon 55mm f3,5 macro (1972). La transmission de lumière de ce revêtement (14 couches dont de l’oxyde de zirconium et de fluorure de cérium) était de 99,8% !

Le premier objectif Fujinon était en monture LM 39 pour Leica, le Cristar 50mm f2 (1949). Il fut mis sur le marché en même temps qu’un 35mm f3,5 et le Summitar 50mm f2. Le Fujinon 50mm f1,2 sera aussi construit en monture Nikon.

C’est à cette époque des premiers films couleurs que nait Fujica, la filiale qui commence à fabriquer des appareils photo.

Le premier appareil photo de la marque date donc de 1948, le Fujica Six, un pliant qui sera fabriqué jusqu’en 1953. Déjà à l’époque, il est pensé pour être très compact et donc transportable. C’est un moyen format qui utilise le film en bobine de 120.

Les années cinquante sont marquées par des appareils compacts, utilisant cette fois le film 135 (24×36). Ce sont des appareils sérieux pour les familles et les amateurs exigeants. Le Fujica 35 M et ses nombreuses déclinaisons en est l’exemple type.

Et à côté de ces appareils sérieux, Fujica ose un peu de fantaisie, notamment avec le Fujipet, souvent associé au Holga ou au Diana dans l’esprit. Cet appareil fut presque exclusivement destiné au marché japonais. Cet appareil, sous ses dehors très colorés, essentiellement vendu pour des familles ou des enfants, entend donner un caractère plus ludique à la photographie.

Les années soixante vont voir arriver des appareils qui répondent aux préoccupations des acheteurs : plus petits, plus simples, plus économes en pellicule : ce sera l’âge d’or des compacts, avec déjà des automatismes, des cellules, et celle des demis-formats, comme le Fujica Half 1,9.

Fujica innove encore et propose des boitiers devenus iconiques.

Par exemple, en 1961, il y aura le Fujica 35 EE, qui sera le premier appareil télémétrique, avec un objectif de 45mm, à proposer trois modes d’exposition : automatique, semi-automatique et manuel.

Puis, en 1964, le Fujica V2 au design magistral, offre un viseur télémétrique, que l’on surnommera Visible Control Center car il affiche l’ouverture et la vitesse, ce qui permet d’effectuer ses réglages sans quitter le viseur des yeux.

Cette époque voit encore le Super 8 de Kodak prendre beaucoup de place dans l’utilisation de caméras familiales. Fujica réplique avec le Single – 8, un film et une caméra pensée pour répondre aux besoins des images animées – souvenirs, entourée d’accessoires qui la rende très facile d’utilisation et accessible. Mais c’est une autre histoire.

Viennent enfin les années septante, l’ère des réflex, dans laquelle Fujica se plonge et propose des boitiers attrayants.

Le premier sera le Fujica ST 701, un reflex mécanique à monture M42 doté d’une mesure TTL utilisant des photodiodes au silicium, une première ! C’est – déjà – un appareil moderne, premier d’une trilogie fantastique : le ST 801 qui est le premier à offrir un affichage LED dans le viseur, puis le ST 901 qui pousse encore plus loin l’information dans le viseur, avec affichage numérique de la vitesse en mode automatique.

Ici déjà on se rend compte que Fujica ne suit pas le marché et il explore des voies différentes, comme l’affichage, la mesure de la lumière, l’ergonomie des boitiers.

De plus, les Fujica ST701 – ST 801 – ST 901 restent, encore de nos jours très intéressants car ils utilisent la monture M 42, celle des Fujinon traités EBC (excellents) mais aussi celle de nombreuses autres marques, ce qui ouvre un vaste choix pour les amateurs.

Les années quatre-vingt voient une nouvelle évolution majeure, celle de la monture Fujica X – attention, à ne pas confondre avec la Fujifilm X, celle des appareils numériques – et de la gamme AX : les boîtiers AX-1, AX-3 et AX-5 qui sont associés aux objectifs Fujinon X et X – Fujinar.

Le Fujica AX – 5 est le haut de gamme de la série : multi programmes, léger, très compact, avec une nouvelle ergonomie très moderne (que l’on peut qualifier d’électronique), il est, à mon humble avis, l’équivalent des Canon A-1 et du Minolta X-700, du Pentax LX. Sans rougir.

Cette série d’appareils marque aussi, progressivement, la fin de nom Fujica au profit de Fuji, puis Fujifilm, au gré de l’évolution de l’entreprise. Fujica reste associé à l’âge d’or de l’argentique chez Fuji.

Car les années nonante verront l’avènement des compacts tout électroniques, des appareils professionnels en moyen format, les appareils jetables, les instantanés et ensuite le numérique.

Petit résumé des appareils qui ont fait son histoire. Et je m’arrête volontairement aux premiers appareils numériques de la marque, les autres étant une autre histoire :

  • 1948 : premier appareil photo Fujica Six
  • 1950 : développement des appareils compacts en 35mm – Fujica 35 SE – et des télémétriques
  • 1960 : apparition des demis-formats et des compacts automatisés – Fujica Half
  • 1965 : sortie du film cinéma Single-8 (super 8), en même temps que Kodak mais dans une cartouche différente
  • 1970 : premier reflex à cellule silicium Fujica ST 701
  • 1972 : premier reflex à affichage LED de la vitesse dans le viseur Fujica ST 801
  • 1974 : premier réflex à affichage numérique dans le viseur du Fujica ST 901
  • 1979 : premier compact tous temps BAROUDEUR HD
  • 1988 : premier appareil numérique avec carte mémoire Fuji DS-1P
  • 1994 : premier reflex numérique à saisie intégrale de l’image dans le viseur FUJIX DS-505/515
  • 1996 : premier minilab entièrement numérique à bloc laser bleu – FRONTIER
  • 1998 : le FUJIFILM TX-1, appareil panoramique à visée télémétrique 35mm, à objectif interchangeable, développé en collaboration avec Hasselblad qui le commercialise sous le nom de XPan
  • 2000 : premier appareil photo numérique doté du capteur Super CCD, le FinePix 4700Z

On peut considérer que si la marque est discrète, elle nous a quand même proposé quelques belles premières mondiales.

Toujours présente, elle explore encore des chemins de traverse (premier appareil numérique en demi-format avec le Fujifilm X-Half) et reste attachée à la qualité de ses choix comme celui de ne pas fabriquer de plein format mais un excellent APS-C ou celui du moyen format (presque) abordable (je n’en ai pas touché un mot dans la liste ci-dessus, mais depuis les années septante, Fuji a développé une très belle gamme de moyens formats comme les G690, GL690, GM670, GW690, par exemple).

Présentation du Fujica Compact Deluxe

Si vous vous en souvenez, en 1967, le premier distributeur automatique de billets (DAB) a été installé à Londres ; le Boeing 737 a effectué son vol inaugural ; Charles De Gaule était à l’Elysée et le président Lyndon B. Johnson à la Maison Blanche ; le Torrey Canyon polluait les Iles Scilly et la Cornouaille ; Che Gevara trouvait la mort ; transfert du SHAPE à Mons (Belgique) ; les trois communautés Ceca, CEE et Euratom étaient réunies pour former la Communauté européenne (CE) ; la guerre des Six jours éclatait entre Israël, l’Egypte, Gaza, le Liban, la Jordanie ; René Magritte, Spencer Tracy, Viviane Leigh, André Maurois nous quittaient tandis que Jean-Paul Rouve, Benicio del Toro, Kurt Cobain, Frédéric Lopez, Sandrine Bonnaire, Joël Cantona, Julia Roberts, Carla Bruni-Tedeschi et Laurent Guerra poussaient leurs premiers cris.

A cette époque, le salaire hebdomadaire moyen aux États-Unis s’élevait à 140,38 dollars alors que le Fujica Compact Deluxe était commercialisé au prix de 99 dollars américains, ce qui en faisait l’un des appareils compacts les plus chers de l’époque.

Il pouvait se le permettre car il proposait des caractéristiques bien particulières qui le distinguaient de la masse des autres boitiers de l’époque : disposition des commandes pour une utilisation à une main, objectif Fujinon de 45mm ouvrant à f1,8 avec mesure d’exposition par cellule photoélectrique, obturateur silencieux. Un des meilleurs télémétriques à objectif fixe jamais fabriqué.

Et en plus, il est (très) rare ! En effet, son prix de vente élevé, une publicité parcimonieuse de la part de Fujica et le lancement du premier réflex en 1971, le Fujica ST 701, ont raccourcis et la période de production et le nombre de boitier.

Rare, mais rare comment ? Un auteur consulté expliquait à ce sujet : […] J’ai vu des Minolta X700 qualifiés de « rares » sur eBay, alors qu’on trouve pratiquement n’importe quel appareil photo en vente en ligne. Alors, à quel point le Fujica est-il rare ? Disons-le ainsi : il m’a fallu trois semaines pour trouver un Polaroid SX-70 en or 24 carats, six semaines pour dénicher un modèle noir du Canonet QL17 GIII, et cinq mois pour trouver un exemplaire en état de marche de cet appareil. Au moment où j’écris ces lignes, il n’y a qu’un seul exemplaire du Fujica Compact Deluxe référencé sur eBay USA (il est « non testé » – et nous savons tous ce que cela signifie).

Voilà, je trouve, un bel exemple de rareté … subjective aussi.

Mais tant qu’a enfoncer le clou, un second auteur a lui interrogé le Musée de l’Appareil Photo Fujifilm au Japon au sujet de l’appareil qui nous préoccupe, et voici la réponse qu’il a reçue : Le Fujica Compact Deluxe (1967-1970) était une version remaniée du Fujica Compact D et intégrait certaines caractéristiques originales que l’on ne retrouvait pas sur d’autres appareils à télémètre à objectif fixe. Il proposait une exposition automatique en priorité à l’obturation et était équipé d’un objectif Fujinon f/1,8 à double Gauss de 45 mm, à 6 éléments répartis en 4 groupes, rapide et à haute résolution, doté d’un filetage pour filtre de 52 mm ; cet objectif comptait parmi les meilleurs de l’époque. Il était également doté d’un obturateur à lamelles Citizen MXV pratiquement silencieux. Le viseur est étonnamment lumineux et comporte un repère de télémétrie jaune facile à repérer, des repères de cadrage fixes, des repères de compensation de parallaxe et des indicateurs d’ouverture. Bien qu’il n’ait été officiellement commercialisé qu’en argent, il semblerait que quelques exemplaires noirs aient fait leur apparition sur le marché japonais.

Là, je vous sens attentifs !

Allons plus loin dans la découverte de ce petit bijou …

Personnellement, j’aime beaucoup son design élégant, épuré et sa magnifique qualité de fabrication. Tout est pensé en fonction de l’utilité réelle des commandes, c’est très ergonomique et intuitif (comme on dit maintenant).

Par exemple, le levier d’armement, situé sous le boitier, qui permet de tout faire avec la main droite, la gauche ne servant que de support.

Et puis, cette molette encastrée à l’arrière du capot, pour régler la distance. Bon, cette molette de mise au point a existé chez quelques constructeurs allemands. Je songe notamment à Contax et sa molette située sur le capot ou encore au Vitessa L de Voigtländer, voire au Vito II avec sa languette de réglage.

Fujica l’avait déjà utilisée sur le Fujica 35 – EE et il faut avouer que cet emplacement rappelle furieusement celui du Vitessa L et on sait à quel point Voigtländer aimait à se compliquer la vie. Cette construction est couteuse, compliquée à mettre en œuvre, ce qui explique sa rareté, mais quel confort d’utilisation !

Enfin, il y a aussi la porte arrière, qui s’ouvre avec un petit verrou situé sur le flanc droit de l’appareil et qui la libère avec ouverture vers la gauche. Cette disposition est destinée en fait à faciliter le chargement de la pellicule.

De fait, le Fujica est en avance sur son temps, par exemple c’est un des tous premiers à adopter un télémètre à coïncidence et une pile à l’oxyde d’argent de 1,5v et non plus une pile au mercure.

Continuons la visite …

Toujours sur le capot, à l’extrême droite, une fenêtre abrite un posemètre qui fonctionne en mode manuel et en priorité vitesse. Par contre, l’indicateur d’ouverture, dans le viseur, ne fonctionne qu’en mode priorité vitesse, mais en mode auto, l’ouverture choisie par l’appareil est affichée dans la fenêtre sur le capot et dans le viseur.

L’idéal en photo de rue : vous réglez la distance avec la molette, vous visez et déclenchez, l’appareil s’occupe du reste.

La genèse du boitier explique sans doute ces qualités : le premier fut le Fujica Compact D, remanié par le Fujica 35-EE (les 2 appareils partageaient le même châssis et certaines fonctionnalités). Ajoutons à cela l’objectif du Fujica V2, sans les cadres de visée toutefois et vous obtenez un boitier au design minimaliste mais tellement moderne : boitier en chrome satiné, simili cuir noir, fin liseré noir autour de la fenêtre de mise au point et du viseur. Et puis, le nom de l’appareil, souligné par cette fine ligne verte, une belle trouvaille stylistique.

Le plus beau reste à venir : l’objectif ! Un Fujinon de 45mm ouvrant à f1,8 que Fujica vantait en 1969 : Le meilleur [objectif] que nous ayons jamais fabriqué. Il offre un pouvoir de résolution des lignes fines qui vous garantit un niveau de détail et un contraste extraordinaires, tant en couleur qu’en noir et blanc.

Cet objectif, selon plusieurs auteurs, n’a rien à envier aux objectifs modernes en termes de netteté, de contraste, d’excellente fidélité des couleurs et de pouvoir de résolution.

Optiquement, c’est une conception Double Gauss qui se compose de six éléments répartis en quatre groupes. Le diaphragme est composé de six lamelles. Il bénéficie d’un traitement multicouche (onze en fait), précurseur du traitement que Fuji appliquera sur ses objectifs Fujinon (application par faisceau d’électrons EBC).

Attention toutefois, le revêtement de l’époque était encore sensible au flare. Un simple pare-soleil suffit pour éviter ce désagrément.

Je reviens un instant sur la cellule du Fujica Compact Deluxe. C’est une cellule au CdS (sulfure de cadmium) qui joue avec la vitesse de l’obturateur (priorité vitesse) ou mode manuel avec indication du posemètre dans le viseur et sur le capot. En mode ouverture automatique, le viseur affiche l’ouverture recommandée, et les surexpositions ou sous-expositions sont signalées par l’indicateur d’alerte d’exposition, un gros point rouge situé à droite du viseur.

Le système d’exposition fonctionne en réglant la vitesse d’obturation à l’aide de la bague située à l’avant de l’objectif, puis en déplaçant la bague de réglage de l’ouverture, également située à l’avant, jusqu’à ce que l’aiguille du posemètre se positionne sur le petit carré noir au milieu de l’échelle d’ouverture. Une fois ce réglage effectué, la vitesse d’obturation peut être modifiée et l’aiguille du posemètre restera centrée, car la combinaison est modifiée selon la méthode « un cran vers le haut – un cran vers le bas ». En appuyant alors à mi-course sur le déclencheur, le verrouillage de l’exposition automatique en priorité à l’obturation est activé, de la même manière qu’un verrouillage AE.

Malin, pratique et moderne pour un appareil des années soixante … (1967), il va fêter ses soixante ans bientôt.

Ensuite, je reviens aussi sur la molette de réglage des distances : sur celle-ci, il y a une échelle graduée en pieds (en rouge) et en mètres, de 90 cm à l’infini. Vous constaterez vite que la course de réglage est courte : l’action du pouce passe très vite du minimum à l’infini. Imaginez le défi technique que cela représente quand on sait en plus que l’objectif est très lumineux.

Venons-en au viseur : son grossissement est de 0,7x, les cadres sont nets et lumineux. C’est un viseur très confortable, sans doute un des meilleurs que j’aie jamais porté à l’œil (hormis celui du Contax ZM).

Encore un point qui pourrait susciter un débat, celui de la position du levier d’armement, en dessous de l’appareil. Il n’est pas le seul à en bénéficier, Kodak et ses Retina (dont le Retina IIIc), le Ricoh 35, l’Agfa Flexilette(un réflex) en sont des exemples.

Ici, c’est la taille réduite du boitier et la place prise par le posemètre qui justifient ce choix. C’est pour cette raison encore que le compteur de vue est relégué à l’arrière, près de la molette de réglage des distances/

En photo de rue, il est aussi un facteur qui revêt de l’importance : passer le plus inaperçu possible et donc, lorsqu’on bénéficie d’un obturateur quasi silencieux, on en profite. Celui du Fujica est un Citizen MXV, qui donne des vitesses de 1s à 1/500s (plus pose B et synchro flash), remarquablement silencieux.

Enfin, je l’ai déjà signalé mais j’y reviens car c’est important : le Fujica Compact Deluxe est un boitier à priorité vitesse, ce qui veut dire que vous allez sélectionner votre vitesse et que l’appareil va décider de l’ouverture adéquate. Mais vous pouvez aussi travailler en tout manuel, en sélectionnant vous même la vitesse et l’ouverture. Les bagues pour le faire sont très confortables. Et la cellule continue à travailler même en mode manuel.

Petit florilège des appareils de l’époque :

Grenier- Natkin, 1968
Photo-Hall, 1968. Le Fuji et ses concurrents.

Franchement, je suis très heureux d’avoir déniché cet exemplaire pour lequel je n’ai pas beaucoup de travail à effecteur pour le remettre en route : un bon nettoyage, une nouvelle pile SR44 classique, remplacement des mousses de la chambre et il est (re)parti pour des années de bons et loyaux services, le style en plus !

Que penser de cet appareil ?

Quelques marques retiennent toujours mon attention, comme Minolta, Canon, Yashica et Fujica. Parce qu’elles me rappellent de beaux souvenirs de découvertes photographiques et parce qu’elles ont toujours été à la pointe des nouveautés.

C’est donc dans ces marques que je choisis, souvent, de garder quelques exemplaires pour mon plaisir et ma pratique : le Lynx 5000E, le Fujica AX5 (et grâce à mon ami Olivier, j’en possède un, noir, avec toute une collection d’optiques magnifiques), le Minolta 9000 AF, le Canon A-1 et ce magnifique Fujica Compact Deluxe sont les quelques appareils que je choisi de mettre de côté.

De par sa modernité, la qualité de sa fabrication, son ergonomie presque parfaite, c’est un boitier que j’ai envie de sortir et d’utiliser.

Au delà de ce plaisir, c’est un objet de collection qui, pour une fois, mérite le prix de sa rareté : comptez environ 700€ pour un très bel exemplaire, fonctionnel.

C’est toujours bien moins qu’en Leica et pourtant, il le vaut largement.

Alors, si vous avez la chance d’en croiser un sur votre route, un jour, ne le ratez pas.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

  • Fujica Compact Deluxe, Japon, 1967
  • Objectif : Fujinon 45 mm ouvrant à f1,8, 6 éléments en 4 groupes, mise au point minimale environ 90cm
  • Obturateur : Citizen MXV avec vitesses d’obturation de 1/1 à 1/500 (B, 1, 2, 4, 8, 15, 60, 125, 250, 500) et mode B
  • Minuteur : Retard d’exposition d’environ 10 secondes
  • Visée : Télémètre à coïncidence avec cadre lumineux fixe, affichage du diaphragme et alerte de sous-exposition
  • Ouverture de f/1,8 à f/22 par paliers entiers
  • Sensibilité de la cellule de ASA 25 à 400
  • Alimentation : piles à l’oxyde d’argent SR44 ou alcalines LR44
  • Fonctionnement : Mode priorité à l’ouverture ou mode manuel
  • Cellule : Mesure de l’exposition par cellule CdS
  • Autres éléments : Sabot pour accessoires (griffe flash), prise de synchronisation PC, filetage pour trépied

Le Fujica Compact Deluxe est aujourd’hui très rare. Je le recommanderais sans hésiter à un collectionneur d’appareils à visée télémétrique.

Des références

https://casualphotophile.com/2020/01/22/fujica-compact-deluxe-review/, https://thegashaus.com/2021/12/20/fujica-compact-deluxe/, https://grainoverpixel.com/products/fujica-compact-deluxe, en anglais ; https://grainoverpixel.com/products/fujica-compact-deluxe, en allemand ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-3592-Fujica_Compact%20deluxe.html, https://appareil-photo-laviale.com/marque/fujica/, https://fuji.ch/fr/story/fujifilm-heritage-une-retrospective-de-lhistoire-de-90-ans-de-fujifilm/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Fujifilm, en français

Argentique

Retour vers le futur : un analogique AgfaPhoto

Préambule

Les brocantes, ou braderies, sont des lieux étonnants que j’aime beaucoup : on y trouve vraiment de tout, de toutes les époques, dans tout les états ; on y discute de tout et de rien avec des vendeurs ou d’autres acheteurs sympathiques. Ce sont de vrais lieux de socialisation et de découvertes.

En l’occurrence, pour moi qui aime trouver des appareils photographiques ou touchant à la photographie, c’est un super terrain de jeux.

Et le hasard fait parfois qu’au détour d’un étal je puisse trouver la suite d’un article en préparation ou déjà écrit mais qui me semblait devoir bénéficier d’une suite.

Comme ce fut le cas pour le Camp Snap que je vous ai proposé il y a un petit moment. Je voulais trouver un vrai point and shot argentique aussi basique que celui-là et je suis tombé sur cet improbable AgfaPhoto, neuf, dans sa boite aux couleurs Agfa.

Mais que je vous le présente, juste pour le plaisir …

Un peu d’histoire

Honnêtement, je ne vais pas tout reprendre l’histoire d’Agfa, que vous avez déjà pu lire dans des articles consacrés à d’autres appareils de la marque. Simplement rappeler que l’Actien Gesellschaft fur Anilin Fabrikation, Agfa en abrégé, a vu le jour en 1867 à Berlin.

Elle commence dans la chimie, celle de la production d’aniline, à une époque où les colorants sont essentiellement destinés à l’industrie textile, en pleine expansion dans le 19ème siècle industriel.

C’est presque naturellement qu’elle va se diversifier vers la photographie, ce nouveau médium né aussi dans les années 1800 et qui provoque un véritable engouement, même si elle est encore réservée à une certaine élite à ce moment-là.

Un peu plus loin, à Anvers (Belgique), une autre entreprise voit le jour en 1894. Celle de L. Gevaert & Cie, créée par Lieven Gevaert, fabricant de papier destiné à la photographie.

Si chacune de ces entreprises se développent dans leur pays, elles sont aussi présentes rapidement à l’international. Toutes deux, outre leurs produits initiaux, vont en venir à construire des appareils photo, suite logique de la vente de leur matériel de base : la chimie des films pour le premier et la production de ces films ; la vente de papier photographique puis la production de films pour le second.

Les premiers appareils photo d’Agfa date de 1928 (le Billy), ceux de Gevaert des années trente, avec une nette incursion dans le cinéma balbutiant pour celui-ci.

Agfa va, un peu comme Kodak, démocratiser la pratique photographique en produisant des appareils simples, solides et financièrement accessibles. La société propose tout ce qui concerne la photographie, de la chimie aux films, en passant par les appareils photo et les caméras.

De son côté, Gevaert, s’il fabrique quelques appareils, se cantonne plus à la fabrication des films, notamment destinés au secteur médical (invention des rayons X).

C’est en 1964 que les deux entreprises fusionnent pour donner naissance à Agfa-Gevaert. Une entreprise dont le nom disparaitra complément du paysage en 2004 pour renaître sous le nom d’AgfaPhoto.

Si nous devons retenir quelque chose de cette longue aventure c’est la volonté chez Agfa de produire des appareils simples, faciles à utiliser, ne demandant pas de compétences particulières : accessibles au plus grand nombre, en un mot.

Cette volonté s’est concrétisée par une série d’appareils photographiques qui ont fait date :

  • les Agfa Box et Synchro Box (synchro avec un flash), qui donneront naissance aux Agfa Click et Clack (film 120),
  • les folding (pliant) Agfa, dont le célèbre Agfa Billy Record,qui évolueront en Isolette et Super Isolette (film 120)
  • la famille des Agfa Karat (film en cassette 135mm)
  • les Agfa Silette et Super Silette, un télémétrique p (film 135)
  • Les Agfa Ambiflex, des réflex étonnants (film 135)
  • l’improbable Agfa Flexilette, un réflex bis-objectifs de la taille d’un réflex classique (film 135)
  • les Agfa Optima, avec le premier appareil à exposition automatique programmée (film 135)
  • les Agfa Rapid, qui ont repris et amélioré le système de la cassette de film (film 135)
  • les Agfa Optima avec sensor, la fameuse pastille orange qui rend le déclenchement si doux (film 135)
  • les Agfamatic, à glisser dans toutes les poches (cassette film 110)

Je fais l’impasse sur les caméras en film 8mm, Super 8 et autres formats car elles touchent l’image animée, qui a aussi fait fureur dans les familles, mais je me cantonne aux appareils photo seuls.

Par contre, je ne peux faire l’impasse sur les films, plan film, diapositive et autres papiers qui sont les consommables incontournables de la marque. Notamment, l’Agfacolor-Neu (1936) qui, pour la première fois, introduisait le film, l’exposition unique et un seul processus de développement pour obtenir une photographie couleur.

Le premier papier couleur verra le jour, lui, en 1938.

Mais Agfa, se sont aussi des optiques (Agnar, Apotar et Solinar), des accessoires (flashs et ampoules pour flash), des posemètres, des filtres, etc.

Tout l’univers photographique était couvert par les produits Agfa-Gevaert. Un vaste terrain de jeux pour les collectionneurs, car la production est non seulement riche mais aussi très diversifiée.

Si Kodak partageait le même univers et était connu au niveau mondial, en Europe, Agfa était le leader incontesté de tous les produits liées à la photographie.

Comme son grand rival, la marque a pris de plein fouet la révolution technologique du numérique et elle a vu ses acquis dans l’argentique remis sérieusement en question. En 2004, elle regroupe ses activités photographie grand public et de produits optiques (projecteurs, caméras, scanners) dans une holding dénommée AgfaPhoto, … qui fait faillite un an plus tard !

Aujourd’hui, la marque et son logo sont encore utilisés par Lupus Imaging & Media GmBH (Allemagne), distributeur de grandes marques, notamment dans le domaine de la photographie.

Sans revenir sur les vicissitudes de la marque, ce que nous venons de survoler précédemment, sachez qu’aujourd’hui les produits AgfaPhoto sont fabriqués en Chine, comme l’appareil que nous allons découvrir.

Présentation de l’AgfaPhoto (modèle VF208)

Une boite en carton aux couleurs d’Agfa, un mode d’emploi simplissime, une pochette en tissus, une dragonne et un appareil tout en plastique : voici l’AgfaPhoto modèle VF208.

Un fix focus tellement basique qu’il est bon de souligner dans les publicités qu’il est réutilisable.

Une chose me choque, immédiatement : le revêtement en vrai simili se décolle déjà de partout. Ça promet et en dit long sur la qualité de fabrication. Même aux pires moments de la production massive des Agfamatic avec les cassettes 126 on n’atteignait pas un niveau si bas dans la qualité.

Regardez les bords du revêtement en simili ; tout se décolle.

Aïe, je suis déjà en train de démolir le boitier et je ne l’ai pas encore analysé, pas bien !

Un parallélépipède bis-tons, gris et noir pour l’ensemble, léger, très léger (130gr nu). Sur la face avant, un objectif légèrement décentré de 31mm ouvrant à f9, un viseur assez large, au centre, et à ses côtés (à droite en regardant le boitier), un flash, dont la commande est un curseur situé en dessous. Un discret AgfaPhoto achève la présentation.

Sur le capot, un bouton rouge, le déclencheur, qui n’a pas la douceur du célèbre Sensor cher à la marque. Juste devant, une petite fenêtre : c’est le compteur de vue. De l’autre côté, la manivelle de rebobinage, noire et, me semble-t-il fragile. Ne tirez pas dessus pour ouvrir le boitier, il y a un verrou sur la tranche droite, qui demande un peu d’entrainement. Presque à mi-chemin du compteur et la manivelle, une petite lampe qui s’illuminera de rouge lorsque le flash sera prêt à faire feu.

A l’arrière, outre la roue dentée pour l’avance du film, la fenêtre du viseur, assez large mais sans la moindre indication de cadre ou de parallaxe. Et un pseudo repose pouce bien trop lisse que pour être efficace.

Par dessous, un bouton en saillie pour le rebobinage et une trappe pour la pile qui alimente le flash, une simple AAA classique.

Sur la tranche droite, le verrou pour la porte qui ferme la chambre. Il faut appuyer vers le bas pour ouvrir la porte. Tout est en plastique, je le répète, donc ne pas forcer pour ouvrir ni pour refermer.

Un seul œillet pour passer la dragonne, en plastique moulé avec la carcasse. Et c’est tout.

Un mot sur le mode d’emploi, peu utile vu la complexité de l’engin. Une simple feuille entre le A5 et le A4, pliée pour présenter en 4 langues (Allemand, anglais, français, espagnol) comment fonctionne l’AgfaPhoto.

Si le flash se met en route (sifflement) rapidement avec une nouvelle pile, vous ne pourrez le tester que si vous trichez un peu avec l’AgfaPhoto. En effet, sans film, impossible d’armer l’obturateur, sauf si vous ouvrez le dos et faites tourner la molette d’entrainement avec les doigts. Au clic, vous pourrez utiliser le flash et déclencher.

Produit depuis 2020, il en a vu de toutes les couleurs : noir, rouge, marron et gris.

Ce boitier basique porte donc un objectif de 31mm ouvrant à f9, sans aucun réglage (fix-focus), qui doit être net de 1m à l’infini. La lentille est en plastique moulé (ménisque). Il n’est pas possible de fixer un filtre quelconque, ni par vissage ni par emboitement. La vitesse de l’obturateur n’est pas déterminée mais elle est unique.

N’importe quel film 24x36mm peut être utilisé et je ne résiste pas au plaisir d’extraire ces phrases de la présentation de cet appareil (publicité). J’espère qu’elles vous feront sourire autant que moi :

Les films facilement disponibles pour l’AgfaPhoto 35mm Reusable Photo Camera sont le Kodak Ultramax 400 pour les images en couleur et le Kodak T-Max 100 pour les images monochromes. Les deux films sont de haute qualité et, selon les rapports de test, fournissent des résultats fiables. Bien sûr, les films d’autres marques peuvent également être utilisés avec cet appareil photo.

Que penser de cet appareil ?

Pour environ 40€ vous aurez donc un argentique des plus basiques et tout en plastique.

Rien à régler : ni distance, ni vitesse, ni sensibilité du film. Vous cadrez (pour ça le viseur est assez grand et presque confortable) et vous appuyez sur le petit bouton rouge. Clic, clac, c’est dans la boite comme le proclamait son grand concurrent.

Franchement, cet appareil ne m’inspire pas : trop de plastique, assemblage déjà en défaut, tenue en main difficile (le plastique est trop lisse, ça glisse), trop simpliste.

Cependant, si vous allez faire un tour LA-BAS, vous verrez des images captées par cet appareil, et on a déjà vu pire.

De fait, si vous cherchez un appareil simple à utiliser, pas cher, qui ne vous laissera pas de regrets s’il venait à casser, il répondra présent. D’où la nécessité de préciser qu’il est réutilisable.

D’autres boitiers, qui jouent aussi sur la nostalgie, ne font pas mieux :

Ceci étant écris, vous pourriez trouver des boitiers autrement plus solides et mieux finis dans le stock quasi insondable des appareils anciens, mêmes dans les plus récents, motorisés et dotés de l’autofocus, et ce pour un prix comparables (au pire).

Ce qui ne choque avec ces appareils, c’est le gaspillage de ressources inutiles : il existe encore tant de bons vieux 24×36 très utilisables qui ne demandent souvent qu’un peu de nettoyage, une nouvelle pile au pire, pour vous redonner l’envie de photographier à l’ancienne, sans tricher et avec de bien meilleurs résultats souvent que ces clones mal fichus et … chers.

Si l’envie vous prenait d’en découvrir quelques uns, allez faire un tour dans la rubrique des compacts, ICI ou LA.

Bonne découvertes.

Un peu de technique

PropriétéSpécifications
Format de film35mm
Format d’image36 mm x 24 mm
Type de lentilleObjectif fixe
Focal Longueur31 mm
Ouverture maximalef/9
FlashFlash intégré
Alimentation électrique1x batterie AAA
Poids130 grammes
Date de sortie2020 (toujours en production)
MarqueAgfaPhoto
Nom de la marqueLupus Imaging & Media GmbH & Co. KG
Pays d’origineChine
Prix Référence39,99 € (août 2023)

Des références

https://fr.wikipedia.org/wiki/Agfa-Gevaert, https://www.agfaphoto-gtc.com/fr/content/6-agfaphoto-la-marque-historique-d-appareils-photo, https://www.vintagecamera.fr/agfa, https://appareil-photo-laviale.com/marque/agfa/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Agfa-Gevaert, en français ; https://www.agfa.com/corporate/history-detailed/, https://filmphotography.eu/en/camera/agfaphoto-35mm-reusable-photo-camera/, en anglais

Le Zinc du photographe

Un numérique aussi basique qu’un bon vieux « point and shot » en 2026 ? C’est le Camp Snap. Seconde partie.

Préambule

Voilà, c’est fait, j’ai essayé ce Camp Snap ce (très chaud) mois d’août (2026).

Destination : d’abord le très beau château de Vêves et sa belle au bois dormant, puis le trépignant Durbuy Adventure et un parcours dans les arbres, puis l’accrobranche.

Le premier ravira vos plus jeunes enfants car ils peuvent se déguiser pour répondre à des énigmes qui leur ouvriront la porte du Dragon et de son Trésor et les grands découvriront un magnifique château et son histoire, tandis que le second s’adressera plutôt aux pré-ados et aux ados pour son côté aventureux et physique.

Nous avions aussi prévu la visite du Labyrinthe de Durbuy, mais par 37°C sans ombre, comme on dit chez nous, trop is te veel (trop c’est trop).

En résumé, au moins deux beaux endroits pour essayer le Camp Snap en conditions réelles.

Présentation du Cam Snap

Celle-ci se trouve sur la première partie de la découverte de l’appareil, en tout cas pour sa description physique. Aussi vais-je m’attacher à la description du fonctionnement, tel que je l’ai découvert. Le mode d’emploi est succinct.

Tout d’abord, je rappelle qu’il s’agit du premier Camp Snap, qui diffère un peu du second : le premier s’allume en actionnant un curseur au dos (ON – OFF – Flash) tandis que le second simplement en appuyant longuement sur le déclencheur. J’avoue un faible pour la première solution. Ensuite, si tous les deux sont équipés de filtres qui modifient un peu les rendus images, sur le premier il faut les sélectionner un à un en agissant sur un bouton, sous la trappe, fermée par une vis ; alors que pour le second, un simple levier permet la sélection, en façade. Ce qui est beaucoup plus simple mais en même temps très tentant (souvenez-vous, vous ne voyez pas les images de suite). Ludique mais un peu inutile.

Lors de l’allumage, un léger clac prévient que l’appareil est prêt pour la photographie. Ce qui signifie qu’il y a un léger temps de latence entre la mise en route et la prise de vue. Ce retard se ressent au lancement et lorsqu’il faut sortir l’appareil de veille. C’est léger mais il existe (+/- 2s) et ralenti la prise sur le vif. Le petit écran LCD indique, brièvement, le nombre d’images disponibles pour la charge de l’appareil.

Surprise là, car lors du premier chargement, l’écran indiquait 90 et lors du second, 100 photos. Nous sommes loin des 500 promises !

Lorsque le boitier est en fonctionnement, le déclencheur s’illumine d’une lumière verte, pratique pour le retrouver dans la pénombre. Lorsqu’on appuie dessus, le déclencheur fait entendre un cloc assez bruyant.

La prise en main est amusante mais trompeuse. J’explique.

L’appareil est très léger, assez fin, avec un revêtement qui n’accroche guère (amis bricoleurs, l’ajout d’un peu de grip est un vrai plus). Ensuite – mais c’est peut-être moi seul – on a vite fait de glisser un doigt devant l’objectif, ce que l’on ne découvre qu’en branchant le boitier sur son PC, c’est- à-dire … trop tard !

Le viseur n’est pas pratique si vous portez des lunettes car il n’y a pas de dégagement. Comme je le précisais dans le premier article, ce viseur ne couvre pas toute la scène mais il est difficile de dire combien (je l’estimais à 80%). De fait, en y regardant de plus près, il semble y avoir un rectangle au centre du viseur, qui couvre la totalité de l’image qui sera captée. Mais les bords sont très imprécis et on y voit mal la scène.

Voilà, voilà … ah oui, ici, point de réglages : comme sur les anciens point and shot, vous visez et vous déclenchez, sans rien à régler. Ni vitesse, ni ouverture, ni nécessité du flash. On tire au jugé et c’est assez amusant, voire confortable, du moins si les réglages d’usine sont bons.

Lorsque vous avez déchargé les photos dans le PC, pour les effacer du boitier, pas de miracle, il faut formater le disque. Je nai pas trouvé d’autre solution.

Que penser de cet appareil ?

Là je viens de brancher l’appareil sur mon PC, à l’aide d’un câble prévu pour les charges rapides (il y a un câble simple fourni dans la boite) : le Camp Snap est immédiatement reconnu par Windows 11 et il s’affiche comme un lecteur externe.

Je télécharge les images dans un nouveau dossier créé pour cette occasion et je les découvre au fur et à mesure : agréable surprise, il n’y a pas des tonnes de déchets (sauf celles où un doigt barre l’objectif ou lorsque j’ai déclenché sans le faire exprès).

Voici une petite sélection des images captées, sans compression (fichiers bruts).

Château de Vêves : la taille de l’image est de 2448×3264 pour 4Mpx. Effet de moiré sur les tuiles du clocher mais les couleurs sont justes. Iso 100, objectif 6mm, sans compensation, à f2,8 vitesse de 1/1169s
Château de Vêves. La taille de l’image est de 2448×3264 pour 3Mpx. Iso 100, objectif de 6mm ouvrant à f2,8 vitesse de 1/1169s. Les couleurs sont justes mais les détails peu précis (relief des pierre, feuilles des arbres).
Détail d’un sol, château de Vêves. Quand on ne voit pas qu’on a deux pieds dans le cadre ! La taille de l’image 3Mpx, Iso 850, objectif 6mm, ouverture f2,8, vitesse 1/17s. Les couleurs sont justes et les détails assez précis (relief).
Château de Vêves (on ne peut pas lire l’étiquette qui signale qu’il s’agit d’une ceinture de chasteté italienne en fer forgé, vers 1550). Les couleurs ont dérivés. La taille de l’image est de 3Mpx. Iso 1462, objectif 6mm ouvrant à f2,8, vitesse 1/13s
Durbuy, arc en ciel près de la pierre anticlinale. Taille de l’image 5Mpx. Iso 100, objectif 6mm ouvrant à f2,8, vitesse de 1/1324s
Vue d’ensemble de Valley Adventure (Durbuy Adventure) et d’une plaine de jeux (on ne peut pas lire correctement les mots). La taille de l’image 5Mpx. Iso 100, objectif 6mm ouvrant à f2,8, vitesse de 1/1324s
Notre nouveau compagnon de (longue) route (temps voilé, vers 8h00 ce 19 août). La taille de l’image 4Mpx. Iso 100 objectif de 6mm ouvrant à f2,8, vitesse de 1/501s

Finalement, ce n’est pas si mauvais que cela. Toutefois, nous ne sommes pas sur du 8Mpx et l’objectif est un 6mm (pas d’équivalence sans connaitre la taille du capteur, hélas).

J’ai le sentiment que les images seront meilleures par beau temps ou plutôt si la lumière est bonne.

Que retenir de cette expérience avec le Camp Snap ?

Pas de prise de tête avec lui : on vise, on cadre (enfin on essaie) et on déclenche. Puis on attend d’être devant son PC pour transférer les images et de découvrir ce qui est susceptible d’être gardé, sachant qu’il est quasi impossible de recadrer dans l’image.

On peut même envisager une impression mais en 10x15cm maximum. De quoi garnir un album-souvenir, comme au bon vieux temps des jetables, des point and shot en plastique, voire des appareils en 126 ou 110 de notre enfance … nostalgie.

Mais ici, sauf le coût de l’appareil, on ne gaspille pas de pellicule et en fin de compte, ça ne coûte pas si cher à l’usage.

Alors si vos enfants ou petits-enfants partent en vacances, en mouvements de jeunesse, en journée pédagogique, donnez leur un Camp Snap, ils auront des souvenirs à partager et prendront sans doute goût à la photographie. En terme de pédagogie justement, c’est un bon exercice de sevrage des écrans.

Conclusion

Pour en terminer avec ce Camp Snap, j’avoue que j’étais très septique en l’emportant pour cette sortie, m’en remettant au soleil plus que généreux pour les photos.

Vous dire qu’il m’enchante serait excessif mais j’avoue qu’il m’a surpris. Certes, nous ne sommes pas sur un capteur de haute résolution – j’aurais dû prendre le Sony A7R3 pour comparer, mais dans les arbres … – comme vanté dans la publicité du produit.

Je me sens aussi assez frustré de n’avoir jamais atteint les 8Mpx eux aussi promis, ce qui aurait un peu amélioré les choses.

Ceci étant, ce n’est pas mauvais mais largement en dessous de ce que l’on peut avoir avec un vrai compact des années 2010 à 2015, mais avec un écran.

Un petit Canon Powershot, un Lumix, un Sony Cybershot, un Nikon Coolpix, un Pentax, etc. dont la définition sera d’au moins 12Mpx et pourra atteindre les 16Mpx, donneront des images plus définies, mieux exploitables. Et ils seront souvent encore plus compacts et faciles à emporter, plus solides aussi.

Certes, il faut les régler au départ mais ensuite, pour les enfants, vous laissez l’appareil sur P (programme) et ils n’ont plus qu’à faire leurs photos sans trop de risque de ratés.

D’expérience, il est vrai qu’ils comprendront vite comme jouer avec les modes scènes mais pourquoi pas, ça stimule leur imagination.

Pour les profs et les animateurs, cela reste des appareils photos acceptables pour les sorties.

Oui mais, au niveau des prix ? Si vous farfouillez un peu lors de brocante/braderie, vous en trouverez souvent pour des prix inférieurs à 20€. Il n’y a plus de chargeur ? Pas grave, sur les grands sites de vente, vous en trouvez des universels pour moins de 15€. Quelques vendeurs sérieux vous les proposeront dans une fourchette de 30 à 50€ s’ils sont accompagnés d’un chargeur, d’une bonne batterie et vérifiés.

En tout état de cause, nous sommes encore sous la barre du prix du Camp Snap.

Car, pour moi, c’est là que le bat blesse : au vu des performances, de la fabrication légère et tout plastique, le prix est trop élevé. Plus dicté par des raisons marketing et dans l’air du temps où l’on vous raconte de belles histoires pour mieux vendre des objets limités mais tendance.

Argentique

Un Roi s’invite, troisième du nom, le King Regula IIId

Préambule

Voici un second appareil déniché lors de la brocante en Bretagne, un King Regula IIId dans son sac tout prêt, les deux comme neufs.

C’est d’ailleurs un peu par hasard que j’ai ouvert le sac, mais lorsque j’ai compris que j’avais devant moi un télémétrique avec une cellule, toujours fonctionnelle, j’ai négocié son achat avec la charmante dame âgée qui le vendait.

Et le voilà dans le sac à dos, qui rejoint ses petits compagnons du jour.

Mais qui peut-être ce Roi Regula ?

Un peu d’histoire

Pas facile de raconter cette histoire car il semble que tous les auteurs ne soient pas d’accord sur l’origine de l’entreprise. Alors, de recoupements en recoupements, il s’avère qu’il y eut bien une famille King en 1936 à Pforzheim (Allemagne).

Pius (le père) et Herbert (le fils) King fondent la King KG, une entreprise familiale qui se spécialise dans les composants électriques et plus spécifiquement ceux liés à la radio.

Produits recherchés en temps de guerre qui permet à l’entreprise de déménager, dès 1938, à Bad Liebenzell (Forêt Noire, Allemagne). La région était déjà un pôle industriel pour la mécanique de précision, avec une chaîne d’approvisionnement de fournisseurs et de travailleurs qualifiés.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les installations de l’usine sont démantelées par les alliés et l’entreprise est priée de se reconvertir. Ce qu’elle fait dès 1949, en se tournant vers la photographie, King, photographe, ayant sentit que cette industrie avait de l’avenir. Elle restait ainsi dans des gammes de produits de précision, même si ses choix la portèrent vers des appareils peu chers et relativement simples, au début.

Ainsi seront produits les premiers Regula. Le succès initial est rapide. Pourtant, un incendie (1951) détruit une partie de l’usine. Les ouvriers mirent la main à la pâte et l’usine, qui devait faire face à une demande croissante, reprit la production à peine deux semaines après le sinistre.

Regula I

Les objectifs proposaient des ouvertures de f4,5, f3,5 ou f2,8 et les obturateurs proviennent de divers constructeurs ; les viseurs étaient des viseurs de Galilée simples. Leur forme un peu ronde les rendait facile à manier et ils étaient légers. Un levier d’armement apparaitra un peu plus tard. Ils avaient une surface polie, résistante et couverte d’un vernis doux pour un fini miroir.

Sauf sur les premiers modèles, le logo sera un K dans un écu couronné. Les modèles étaient identifiés par un tampon au dessus du cadre du film, dans la chambre, et comprenaient les modèles I-A, I-B, I-C, I-D, I-E, I-F, I-P, II etc.

Les Regula, identifiés par des numéros de I à III, se distinguaient par leur conception modulaire, autorisant les mises à jour rapide des modèles, voire des personnalisations L’utilisation d’un aluminium spécial (alu eloxal), avec un traitement d’anodisation, garantissait une belle tenue à la corrosion et des finitions brillantes. Par contre, les Regula Sprinty, d’entrée de gamme, utilisaient plutôt un châssis en plastique thermoset renforcé de fibre de verre, réduisant ainsi les coûts sans compromettre la solidité.

Outre le Regula, l’entreprise fabrique aussi des flashs externes Regulux avec synchronisation et le moteur d’alimentation Rapildrive pour la prise de vue en continu (un winder).

La Regula-Werk atteindra son apogée dans les années cinquante – soixante. Dès 1953, apparaissent les appareils de seconde génération, qui proposent des objectifs interchangeables et des obturateurs pointus. Les optiques étaient fournies par Iso-Gotingen, Jena, Steinhel, Rodenstock alors que les obturateurs, des Gauthier, étaient des Prontor SVS et SLK, qui atteignaient le 1/300s et, surtout, la synchronisation flash.

Le design des boitiers change en 1953. Il devient plus fin et compact ; le logo King est posé sous forme d’un badge émaillé sur le métal. De nombreuses variantes ont été introduites, avec ou sans télémètres couplés.

1955 verra la naissance du Regula IIIa,

Puis, en 1957, c’est le Regula Cita III (Regula Gipsy pour le marché américain), qui devient un haut de gamme de luxe : optique Carl Zeiss Tessar 50mm ouvrant à f2,8, cellule Metrawatt au sélénium, levier d’armement à course courte, viseur avec cadre lumineux. Une version, le Citalux ou Citalux 300 avait un corps doré et un revêtement en cuir bordeaux (la version la plus recherchée !).

Le Regula IIIb est semblable au IIIa si ce n’est son cadre lumineux imprimé et ses objectifs Rodenstock Trinar de 45mm ouvrant à f2,8, ou Cassar et, surtout, équipé d’une cellule Gossen Pilot, couplée au diaphragme et qui donnait une mesure de la lumière précise..

Quant au Regula IIIc, il n’avait pas de posemètre mais gardait son télémètre couplé à base longue et, surtout, des objectifs interchangeables avec une baïonnette unique. Les objectifs venaient de chez Enna, Steinhell et ISCO.

Enfin, le Regula IIId était l’équivalent du IIIc, incorporant le posemètre Gossen du IIIb. Le télémètre couplé était un design différent avec une base plus courte que celle du IIIc, mais très efficace. Le IIId était le modèle haut de gamme de cette gamme à objectifs interchangeables (avec baïonnette).

Le Regula RM est semblable au Cita III et, à terme, il remplacera le modèle. Le RM sera remanié de nombreuses fois, comme le viseur, emprunté au IIIb, avec un posemètre Bewi, non couplé. Il n’avait pas de couvercle et il fallait appuyer sur un bouton rouge au centre du cadran pour lire la mesure, à hauteur d’œil. Quelques unes de ces modifications seront aussi portées au IIId, comme celle du viseur avec des lignes de visées plus lumineuses et multiples, ce qui évitait d’acheter un viseur tourelle.

En 1965, le Regula Superautomatic, d’autre part, a introduit un système d’exposition semi-automatique, basé sur une priorité ouverture contrôlée par une cellule photoélectrique externe.

N’oublions pas que les modèles haut de gamme sont équipés d’un télémètre couplé.

Afin d’élargir son réseau de distribution, la société a conclu une collaboration avec Foto-Quelle et Porst. Des modèles particuliers ont ainsi été créés, comme le Revue 300 pour Foto-Quelle qui est un Regula IIIa avec des logos différents, ou le Hapo 36 qui est un IRM destiné au marché US.

Certains modèles ont été concédés sous licence à d’autres entreprises. Par exemple, il y avait des modèles fabriqués en Roumanie par IOR. D’autres ont également été construits à Calcutta en Inde (National Instruments).

Dans les années quatre-vingt, la direction de l’entreprise sera confiée à Wilfried Bauser, gendre des King, et la société sera rebaptisée Regula-Werk King & Bauser GmbH.

Mais revenons aux années septante, car elles annoncent le déclin de la société : la déferlante japonaise a lancé les automatismes, les cellules précises et, enfin, l’autofocus. Difficile de faire face. King a bien essayé le format 126 (Regula Diplomat et Instaking), le format 110 avec le Regula 118.

Ils ont même tenté une incursion dans les réflex avec le Reflex 2000 mais ils se sont fait attaquer en justice par Leitz qui affirmait que cet appareil violait leurs brevets du Leicaflex. Ce fut un premier gros impact financier car le développement d’un appareil coute toujours cher et ils ont dû tout abandonner.

Leur dernière erreur fut de croire aux appareil à disque (1984), tels que ceux que Kodak avait lancé. Hélas, ensuite, ce sera la faillite.

Pourtant, de 1949 à 1984, l’entreprise a produit jusqu’à cinq millions d’appareils photo, ce qui en fait l’un des fabricants allemands les plus prospères de l’après-guerre.

Présentation du King Regula IIId

Comme je l’écrivais en préambule, cet appareil est quasi neuf alors qu’il va sur ces 70 ans. C’est en 1956 que le Regula IIId est apparu sur le marché.

Grâce à sa construction en aluminium Eloxal, il est léger, bien proportionné et agréable à prendre en mains.

Comme les autres Regula, il sera régulièrement mis à jour et tous les modèles portent quelques différences. Ainsi, celui que je vous présente n’a pas de porte pour protéger la cellule au sélénium, mise en façade et au dessus de celle-ci, c’est un bouton rond qui permet de régler les Asa/Din. Elle est toujours fonctionnelle sur cet exemplaire et il doit s’agir d’une Bewi.

Un Regula IIId avec cellule Goosen protégée par une porte
Notre exemplaire, sans protection de la cellule.

La caractéristique de la gamme des Regula III c’est la plaque avant, marquée de deux lignes noires verticales, autour de l’objectif, dont une marquée du K couronné de la marque et, en contre-point, la prise du flash de l’autre côté.

Autre particularité du IIId, les objectifs interchangeables avec baïonnette, à la manière des Agfa ou Voigtländer par exemple : c’est la partie avant de l’objectif qui se détache et se remplace par un autre. Il faut appuyer sur le bouton rouge, placé sur l’objectif, qui déverrouille le tout, puis un quart de tour à droite désolidarise la partie avant. On voit directement l’obturateur en iris par dessous.

Ici, il s’agit d’un Isco-Gottingen, Regula Color Westanar de 50mm ouvrant à f2,8. D’autres focales ont existé, dans d’autres marques, mais avec les distances de 28 à 200mm (elles sont rares à trouver, ceci dit).

Le viseur, avec cadres gravés et lumineux, plus correction de la parallaxe, montre un patch carré en son centre, pour la mise au point du télémètre à coïncidence. Certains modèles auront des cadres projetés avec marque des focales mais généralement, il faudra utiliser un complément pour les autres focales que le 50mm.

Les marques sur le verre sont bien visibles.
Le Regula IIId avec le viseur multi focale et un 135mm Tele Westanar

L’obturateur est un Prontor SVS qui offre des vitesses de 1s à 1/300s plus une pose B. Après le B, vous verrez des chiffres verts : ceux-ci vous donnent une indication du temps de pose nécessaire en fonction de l’ouverture choisie après lecture de l’indice de lumination (LV) lu sur le cadran de la cellule (voir ci-dessous). Les lettres M et X indiquent le type de synchro flash tandis que la lettre V est celle du retardateur (armer avant de le mettre sur cette position), qui vous laisse entre 6 et 8s pour être dans le cadre.

Petite particularité propre aux appareils allemands des années cinquante : le couplage du diaphragme avec le temps de pose ou l’utilisation de l’indice de lumination (LV). J’explique …

Après avoir réglé la sensibilité de la cellule (en faisant tourner le disque portant des excroissances sur la bonne valeur DIN ou Asa), vous allez faire coïncider la flèche rouge avec le trait jaune sur l’écran noir de lecture. Vous verrez alors un chiffre apparaitre (en rouge) sur le disque, celui de l’indice LV, que vous aller reporter sur la bague des ouvertures.

Si vous manipulez les ouvertures, vous constaterez que les vitesses bougent de concert, vous donnant toujours un couple vitesse/ouverture calculé en fonction de cet indice LV : réglez la distance et il vous suffit de déclencher pour prendre votre photo. C’est un peu déstabilisant au début mais c’est assez rapide quant on a compris le truc et vous pouvez jouer sur la distance focale (profondeur de champ) tout en gardant une vitesse adéquate. Vous pouvez modifier le rapport en appuyant sur le levier derrière celui du réglage des synchro flash.

La griffe du flash est dite froide, c’est-à-dire qu’il faut coupler le flash à l’appareil via un câble pour effectuer la synchronisation.

Pour ouvrir le dos de l’appareil, c’est via un petit verrou sur la tranche droite. Le bouton de rebobinage est sur la semelle.

Que penser de cet appareil ?

Les publicités de l’époque vantaient la durabilité des appareils Regula, grâce à son revêtement spécifique en aluminium anodisé. Hé bien, s’il a été bien traité, cet appareil en est un bon exemple : il a l’air neuf !

Mais outre cette première (bonne) impression, c’est un boitier que je ne connaissais pas. Et pour tout vous dire (enfin, écrire), je ne m’attardais généralement pas sur ces King car leur esthétique et leurs fonctionnalités ne m’inspiraient pas. Il aura vraiment fallu que je tombe sur cet exemplaire pour m’intéresser à la marque, son histoire et ses produits.

En l’occurrence, un très bel exemplaire de télémétrique typique des années cinquante – soixante, avec ce petit plus que les objectifs de ce modèle sont interchangeables, même si je crains ne pas en trouver régulièrement, sauf à aller sur des sites spécialisés.

C’est un appareil intéressant, non pas pour ses trouvailles techniques, somme toute celles de son époque, mais parce qu’elles sont bien mises en œuvre et que le Regula IIId est un boitier agréable à manipuler, facile à utiliser et, ce qui ne gâche rien, assez inhabituel que pour vous démarquer si vous en utilisez un dans la rue.

Si j’avais un reproche à faire, c’est sa vitesse maximale, un peu courte de 1/300s mais il ne fait pas pire que d’autres de son époque, encore une fois. N’oublions pas qu’en ces temps-là la sensibilité des films n’était pas aussi élevée que de nos jours. Si vous travaillez avec un 100 Asa et avec le système de lumination (LV) de l’appareil, vous ne raterez pas souvent vos photos, c’est un plus indéniable.

Relativement peu courant sans être vraiment rare, vous devriez en trouver un exemplaire en bon état, avec sa gaine et au moins son 50mm, pour moins de 50€. S’il vous arrivait d’avoir la chance d’en trouver un avec ses accessoires, ouvrez votre portefeuille et prenez-le, vous ne le regretterez pas si vous cherchez un télémétrique différent et de bel aspect.

Qu’en pensez-vous ?

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Appareil photo 35 mm, appareil télémétrique
Marque : Regula King, Bad Liebenzell, Allemagne
Film photographique 135 (24×36)
Télémétrique à coïncidence d’image
Posemètre intégré, non couplé à indice de lumination (LV)
Contrôle de l’exposition : manuelle
Objectif interchangeable sur appareil photo : Isco-Gottingen, Regula Color Westanar de 50mm ouvrant à f2,8 ou Enna Werk München Color-Ennit 50 mm f/2.8
Obturateur de la marque : Gauthier, Calmbach, Allemagne. Prontor SvS
Obturateur central ; vitesses de 1s à 1/300s plus pause B
Flash : griffe froide, contact avec câble, synchro M et X
Période de production à partir de 1956

Des références

https://www.flickr.com/photos/10456228@N00/4465556640/, https://mikeeckman.com/2022/06/king-regula-rm-1956/, https://cameracollector.net/king-regula-camera-list/, https://web.archive.org/web/20070321233452/http://www.mwclassic.com/articles/irregular_regulas/irregular_regulas.htm, en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/king-regula-iiid/, https://de.wikipedia.org/wiki/Regula-Werk_King_%26_Bauser, https://www.gigers.com/ernst/ALTEKAMERAS/Samml_king.htm , en allemand ; https://fotocccp.ru/king-regula-iiid, en russe ; https://ibericadigital.es/compactas-de-visor/177-king-regula-iiia.html, en espagnol ; https://filmphotography.eu/fr/appareils-photo/king/, https://www.mes-appareils-photos.fr/Regula.htm, https://www.mes-appareils-photos.fr/Regula-IIId.htm, en français ; https://www.storiadellafotografia.com/regula-werk-king-kg/, en italien

Numérique

Un numérique aussi basique qu’un bon vieux « point and shot » en 2026 ? C’est le Camp Snap. Première partie.

Préambule

Curieux de nature, j’avais entendu et lu quelque part que ce type d’appareil existait. J’en avais d’ailleurs trouvé assez vite sur les grands sites de vente chinois ou autre, ainsi que dans une enseigne spécialisée chez nous, Mediamarkt.

Mais à 79,90€ le boitier, plus d’une fois je me suis dit, non, tu ne peux pas acheter ce bidule. Alors, grâce aux soldes, j’ai fait le pas et ouvert mon portefeuille pour en sortir cette fois 59€ (ce qui est encore cher à mon humble avis).

Non, je ne vais pas vous faire le coup du gars qui ouvre une boite, déballe tous les articles qui sont dedans, semble hésiter sur l’utilisation alors que c’est la vingtième prise et vous traine comme ça pendant un quart d’heure (le format You Tube) pour vous dire que c’est : un appareil formidable – une daube pas possible – une erreur marketing – un produit sympa (biffer la mention inutile).

Toutefois, ce qui m’a déjà fait rigoler, c’est le côté boy scout de Brian et Mélanie, les improbables inventeurs de cette chose fabriquée à des millions d’exemplaire en Chine mais qui vous vantent la liberté de la vie au grand air !

Oui, je sais, c’est très subjectif mais c’est bien l’intitulé de la rubrique petite analyse subjective du matériel photographique dans laquelle vous découvrez, entre autre, cet appareil.

Un peu d’histoire

Les boitiers assez petits que pour être emportés partout et, surtout, dans une poche, existent depuis longtemps. Je songe par exemple au Vest Pocket de Kodak, le (très/trop) célèbre Leica, le Rollei 35, le Minox 35 GT, le Canon Prima 5, le Ricoh R1, etc. pour panacher un peu dans toutes les époques, avec des boitiers sans ou très peu de réglages.

L’avantage d’un point and shot (viser et tirer) est de n’avoir rien à régler, sauf à peaufiner votre cadrage : la focale choisie par le constructeur vous permet généralement d’être bon à partir d’un mètre jusque l’infini (oui, je simplifie).

L’avènement de la cellule couplée, de l’autofocus ensuite, vous aide grandement, mais on peut faire sans. Revisitez les albums photo de vos parents et grands parents, vous serez surpris !

Le seul inconvénient, finalement de ces appareils à bobines, c’est qu’il faut attendre d’avoir terminé la pellicule pour savoir si vos photos sont bonnes ou pas. Un des étranges plaisirs de l’argentique.

En numérique aussi les constructeurs ont créé des boitiers minuscules, ceux que l’on appelaient les compacts et qui ont, dit-on, disparus au profit du smartphone. Grave erreur …

Les fabricants ont progressivement abandonné ce créneau, sauf à vous proposer des compacts experts … et à vous soutirer un maximum d’argent !

Les plus jeunes d’entre vous qui partez encore en camp de mouvements de jeunesse ou en journée pédagogique, vous savez bien que les animateurs et les professeurs ont une sainte horreur des smartphones, qui vous détournent de ce que l’on est censé vous apprendre. Vous êtes donc nombreux à revenir à ces petits appareils de poches, qui ne vous permettent que de faire des photos (finalement, c’est un peu leur but, non ?).

Mais pour aller plus loin dans l’esprit et la démarche, certains ont posé le postulat que l’on pouvait aussi attendre avant de regarder le travail photographique, même si celui-ci avait été réalisé en numérique.

Là, il y a deux écoles :

  • celle de Leica, qui vous propose son M11 – D, un télémétrique numérique sans écran de 60,3 Mpx offert au prix (fort de café) de 9.650€
  • et celle de Camp Snap, un point and shot de 8 Mpx offert (finalement, c’est pas cher) au prix de 79,90€ (normalement)

Si le premier vise l’excellence photographique à prix d’or, le second envisage de faire ce qu’il peut à prix raisonnable.

Pour autant, va-t-il rencontrer son public, habitué au tout, tout de suite !

C’est un pari lancé. Et pourquoi pas, nos ados sont coutumiers d’essayer des concepts originaux, comme le Low-fi (mauvaise qualité) où ils recherchent de vieux compacts pour autant qu’ils aient l’impression de revenir à l’essence des premiers modèles et se ruent sur les appareils aux résolutions qui font aujourd’hui sourire (du genre 5Mpx). Il faut bien que jeunesse se passe !

Alors pourquoi pas attendre quelques jours ou heures pour voir ce que l’on a capturé ?

Mais nous allons voir cela de plus près …

Présentation du Camp Snap

Une boite en carton au design soigné, qui a un petit côté nature (on vous précise que le boitier est écologique et réutilisable), fait pour attirer les plus jeunes et/ou ceux qui le sont restés.

A l’intérieur, bien emballé dans un papier de soie, un petit boitier très … léger : il est tout en plastique et ressemble furieusement aux jetables ou réutilisables des années nonante (quatre-vingt-dix pour nos amis français). On vous précise d’ailleurs qu’une pellicule n’est pas nécessaire.

Cet exemplaire est noir mais il aurait pu être brun ou vert forêt, blanc, rose, translucide en bleu, rose, orange, vert fluo, etc.

Son concept est, parait-il, solide. Assez en tout cas pour être glissé dans une poche, un sac, mais pas pour dégringoler d’un étage sur un béton dur. Ce qui me fait le plus peur, ce sont les œillets en plastique pour fixer une dragonne ou une lanière : ils risquent de ne pas faire long feu.

Ensuite, un mode d’emploi, en anglais. Mais le site est aussi en français et on y retrouve ce dernier, il est vrai, simplissime.

Ceci étant écris, l’assemblage est correct. Venons-en au boitier en lui-même :

  • un rectangle très léger (et pour cause) qui présente sur sa face avant un objectif tout en plastique lui aussi
  • et en regard du nom Camp Snap, une LED qui est le flash intégré
  • au milieu, un viseur de Galilée tout simple mais qui a le mérite d’exister
  • un faux revêtement cuir donne une petite illusion de boitier à l’ancienne
  • à l’arrière, le gainage à disparu et le plastique noir est bien lisse et glissant, même si un micro enfoncement fait penser que l’on peut y poser son pouce
  • et – horreur – il y a bien un minuscule écran LCD : rassurez-vous, il ne sert qu’à vérifier le nombre de photos et la charge de la batterie
  • à gauche, un interrupteur à trois positions pour gérer l’alimentation et le flash
  • au dessus, un bouton noir et tout lisse pour déclencheur
  • en dessous, un filetage pour fixer un trépied, une trappe protégée par un couvercle en caoutchouc et qui abrite la prise de recharge en USB-C et, enfin, une seconde trappe, fermée par une vis : celle-ci abrite le réglage de la date et la possibilité de choisir entre six filtres numériques (mais un à la fois), plus un que vous pouvez créer
  • et dans cette baie enfin ouverte, une bonne surprise : une carte de 4Go, largement suffisante que pour y caser environ 2.000 photos (photo de 1 à 4Mo selon les conditions d’éclairage (3264×2448 pixels avec une résolution de 72dpi – c’est juste suffisant pour une impression en 10×15).

Dépouillé est le mot qui vient à l’esprit devant cet objet, dont on se demande toujours si ça va fonctionner, et comment ?

Si je résume, nous avons donc une lentille en plastique qui semble être l’équivalent d’un 35mm mais dont on ignore l’ouverture. La distance de mise au point semble être de 1m à l’infini (pas pratique pour les selfies, sauf si vous avez de très longs bras).

Un viseur à l’ancienne, pas très agréable à regarder (fortes distorsions) et qui ne couvre pas tout le champ de la photo (environ 80%) et augure de cadrages approximatifs.

Le constructeur nous dit qu’avec une charge on doit pouvoir faire 500 images. Le petit écran nous renseigne bien sur le nombre de photo mais pas sur l’état de la batterie. Le seul indicateur à son sujet est une LED rouge qui passe au vert quand il est chargé.

Petit aparté : le modèle que je vous présente est le numéro 1. Une seconde itération a vu le jour, qui serait 15% moins épaisse, dont le seul changement est que l’on peut modifier le réglage des filtres directement, grâce à un nouveau bouton, placé près de l’écran. Et il existe un modèle Pro, légèrement plus sophistiqué (flash au Xénon, 16 Mpx, choix entre 4 filtres, viseur déporté sur la gauche) et plus cher (99€).

Le capteur serait un haute résolution de 8Mpx, sans autre précision de taille. Mais on peut penser qu’il doit être aussi petit que celui d’un smartphone, voire peut-être moins.

Au dos, un bouton ON/OFF et pour activer le flash sur le premier opus et pas de bouton ON/OFF sur le second, mais il suffit d’appuyer sur le déclencheur pour éveiller l’engin. Un autre appuis, long, l’éteindra. Et si vous l’oubliez, il se coupe tout seul après 10 minutes (pour les deux modèles).

Un câble est fourni avec le boitier, pour la recharge de la batterie et la décharge des images vers le PC.

Second aparté : ici, pas de batterie amovible, elle est fixe. Ce qui signifie qu’il faut démonter pour la remplacer ou jeter dans le container ad hoc le boitier.

Il faut que je l’essaie pour vous dire tout le bien ou le mal que cet Camp Snap nous donnera. La suite au prochain numéro, comme on dit à la télé !

Que penser de cet appareil ?

C’est amusant, car sur une autre brocante, j’ai trouvé, dans son emballage, un AgfaPhoto argentique d’époque.

Ils se ressemblent furieusement, sauf que le premier nommé fonctionne aux sels d’argent et le second au lithium. On appelle ça le progrès !

Ceci étant posé, comme je l’écrivais quelques lignes plus haut, je reviendrai sur le Camp Snap lorsque j’aurais fait des photos avec lui, en conditions réelles.

Un peu de patience …

Vidéos d’illustration

Des références

https://www.campsnapphoto.com/, https://www.urbanoutfitters.com/fr-fr/brands/camp-snap, en anglais ; https://www.campsnapphoto.com/fr, https://vincentjeannerot.blog/premieres-impressions-de-lappareil-photo-camp-snap/, en français

Argentique

The Self Worker, un appareil véritablement… français.

Préambule

Même en vacances, il nous arrive de tomber sur une brocante, en l’occurrence ici, une braderie, puisque nous étions en Bretagne pour quelques jours de congé.

Et sous 30°C, ce qui, il faut l’avouer, est plutôt rare en pays breton !

En baguenaudant d’étals en étals, j’ai trouvé quelques pépites dont celle-ci : un appareil dit jumelle, très ancien. Vendu par un Monsieur âgé qui signalait sur son stand trente-cinquième et dernière année de braderie.

Fatigué, il avait déjà liquidé une partie de son stock et il lui restait quelques pièces, dont cet étrange appareil, que j’ai négocié, pour son plaisir et le mien, un petit peu.

Mais que je vous le présente …

Un peu d’histoire

A l’inspection du boitier, je ne découvre que les mots The Self Worker et la mention étrange Btè France et Etranger (breveté pour la France et l’Etranger), sur la gauche de la plaque avant, et à droite, un entrelacs de lettres dont je suppose qu’il s’agit des initiales du ou des fabricants.

La boite, en bois gainé de cuir, ressemble à une pyramide tronquée, en deux parties : un magasin amovible et le corps avec une face avant qui porte des réglages et l’objectif. Au dessus, un viseur rudimentaire qui s’appellera sans doute sportif.

En dessous, un filetage pour le fixer sur un trépied.

Voilà avec quoi je dois me débrouiller pour trouver des renseignements utiles et créer cet article.

Revenons sur le nom, The Self Worker (= le travailleur autonome), en anglais, alors que l’appareil est bel et bien français.

Commençons cette longue histoire …

Alfred Alexandre Pipon, coiffeur à Paris, avec son épouse, Claire Duplessis, auront trois garçons : Alexandre Jules (1865), Jules Alexandre (1870) et Emile Alfred Jean (1872).

Petit aparté : il faudra faire attention à ne pas mélanger les prénoms pour s’y retrouver !

A leur majorité, chacun des garçons disposent d’un bagage technique : Alexandre Jules est tourneur en cuivre, Jules Alexandre est ajusteur et Emile Alfred ajusteur en optique.

En 1890, Alexandre Jules termine son service militaire (5 ans à l’époque) et épouse ensuite Cécile Montès. Il auront un fils, Jean Jules Alexandre (1895).

Dès 1893, Alexandre Jules fait breveter un obturateur à vitesses réglables et pour le commercialiser, il crée une société familiale avec son frère Jules Alexandre, qui termine aussi sa période de conscription (plus courte, trois ans).

Leur association porte ses fruits et ils déposent de nouveaux brevets pour leurs inventions : une chambre pliante en 1894 et un obturateur s’intégrant dans l’objectif en 1895.

Avec sans doute un début de réussite commerciale, les deux frères créent une association de fait en novembre 1895, au nom de A et J Pipon, fabricants d’appareils photographiques. Alexandre Jules s’inscrit alors à la chambre syndicale des constructeurs et négociants en matériel photographique.

Ayant lui aussi terminé son service sous les drapeaux (trois ans aussi), Emile Alfred Jean se lance là encore dans la pratique photographique. Il dépose son premier brevet en 1897 pour un obturateur mécanique et en 1895 un second pour une chambre pliante elle aussi.

Loin de rester les bras croisés, ces deux frères se lancent dans la fabrication de matériel cinéma, alors très en vogue. Dans la foulée, ils déposent en 1896 un brevet pour le Cinographoscope. Pour pouvoir grandir, ils s’associent avec Monsieur Presseq et fondent ensemble la société Cinographoscope. Devant la réussite commerciale de cette entreprise, les frères la rachètent et reprennent leur indépendance.

A la Foire Universelle de Bruxelles (1897) ils obtiennent la médaille d’argent pour leur appareil détective le Cosaque et une médaille de bronze lors de la Foire Universelle de Paris (1900). L’appareil détective est un box, malheureusement très semblable au Kodak, ce qui leur vaut un procès avec la maison américaine, qui gagne celui-ci. Elle laisse toutefois six mois aux frères Pipon pour retirer tous les appareils Cosaque de la circulation.

Toujours en 1897, les frères Pipon déposent un brevet révolutionnaire : une enveloppe de sureté pour film photographique, l’ancêtre de la bobine de film qui inspirera celle du film 135mm, repris par … Kodak.

Les appareils détectives se vendent bien et les deux frères veulent créer un appareil de meilleure qualité, qu’ils présentent lors de l’Exposition de Rochefort (1898) et qui leur vaudra une médaille d’or. C’est le The Self Worker de notre article.

Cependant, dès 1899, c’est une période noire qui s’ouvre pour l’entreprise Pipon : le procès intenté par Kodak d’abord, puis le décès de Jules Alexandre.

Alexandre Jules doit alors gérer la succession de son frère, la refonte de leur catalogue (suite au procès) et modifier la structure de l’entreprise. Ce n’est qu’en 1900 que celle-ci est rebaptisée Société de Fabrication des Appareils A et J Pipon et qu’elle devient une Société Anonyme, dont l’objet social est tous travaux d’optique, de mécanique, d’ébénisterie et d’une façon générale tous travaux concernant la photographie.

Las, en 1902, il dépose le bilan de la SA mais garde la possibilité de continuer ses activités. Il développe un nouvel appareil jumelle, le Ultra. Puis il rejoint son plus jeune frère, Emile Alfred Jean, qui venait aussi de faire faillite. Les deux frères travaillent donc ensemble et sortent un appareil jumelle pliant (1903) puis ils développent la gamme d’appareils Français (1904).

Ils forment alors la Société Pipon et Cie, tandis qu’Alexandre Jules quitte la chambre syndicale des constructeurs et fournisseurs d’appareils photographiques.

Vers 1905, les deux frères se séparent : Emile Alfred Jean se tourne vers l’électricité civile et pour voiture tandis qu’Alexandre Jules continue la fabrication et la vente d’appareils photographiques.

Entre 1905 et 1910, il met en avant la fabrication des objectifs Pipon, notamment en faisant éditer des cartes postales qui portent la mention photo prise avec un objectif Pipon et en faisant référence à un photographe amateur qui remporte de nombreux prix, Jules Seeberger, en utilisant les objectifs Pipon.

Mais en 1913, l’entreprise est de nouveau déclarée en faillite et mise en concordat pendant huit ans, pour rembourser la moitié des dettes.

Alexandre Jules s’éteindra en 1923 après avoir déposé encore deux brevets en 1920 dont un pour une charnière de porte.

Présentation du The Self Worker

C’est un appareil dit jumelle à cause de sa tenue en mains, qui rappelle celle de l’instrument d’optique. Cet appareil évoluera régulièrement pour tenir compte des progrès techniques. Les premiers exemplaires datent de 1897 et celui qui nous occupe porte le n° 3332.

Le corps est en bois, recouvert d’un fin cuir noir. La platine qui porte l’objectif et les commandes est en métal, tout comme la porte et le fonds du magasin. Tout est en habit noir, sauf quelques pièces, en laiton doré. La platine est gravée du nom de l’appareil et son numéro (à droite) , puis des initiales AJP (à gauche)

L’objectif est en laiton et son bouchon est en cuir épais.

Sur le dessus, un viseur dit sportif, un verre marqué d’une croix rouge qui, lorsqu’il se soulève, libère une petite tige métallique, qui sert de mire. Il faut d’abord rabattre la tige avant le verre, qui la bloque. En appuyant ensuite sur la base de cette tige, elle libère le verre de visée.

Le format des plaques de verre évoluera aussi, passant du 6,5×9, 9 x12 ou 83 x108 (seulement en 1898), avec une mise au point à partir de 2m jusque l’infini.

Petite particularité de la mise au point : elle s’opère grâce à un levier situé sur la droite du boitier. En le déplaçant, on actionne une crémaillère qui fait avancer ou reculer tout le bloc avant.

Le magasin compte 12 plaques de verre, interchangeable. Un levier pivote sur une plaque de laiton, sur la gauche : c’est le verrou. Poussé vers l’avant, il libère le magasin, muni de sa plaque noire, qui cache les images et les plaques. Attention, il n’y a pas de protection si on oublie de la remettre en place lorsqu’on retire le magasin, donc risque de voile sur les plaques.

Le fonds du magasin comporte deux verrous, rectangulaires : si vous les mettez à l’horizontale, ils libèrent la porte du magasin. Ce dernier est équipé d’un compteur de vue sur le dessus.

Lorsque le magasin est retiré, on tombe directement dans la chambre, disons … assez rudimentaire !

L’obturateur est à guillotine, qui s’arme en tirant sur une tige, à droite, qui arme l’obturateur et fait monter le déclencheur, sur le dessus de la plaque avant. Il permet de faire une pose, en déplaçant un petit curseur, au dessus de l’objectif, noté P (pose) et I (instantané), et il dispose de plusieurs vitesses, régulées par la tension d’un ressort.

Étonnamment, les vitesses ne sont pas étalonnées. Par contre, elles sont variables, grâce à deux molettes, l’une en façade et graduée de 1 à 6 et l’autre, sur le côté gauche, graduée de 1 à 4.

Les objectifs sont, au choix, des A.J. Pipon, des Goerz ou des Zeiss-Krauss. Ici, c’est un F. Goerz de 100mm. Les ouvertures, qui se règlent avec un petit levier au dessus de l’objectif sont de 2/3 (!), 1, 2, 4, 8 et 16.

Présentation de la jumelle The Self Worker dans Le Nord Photographe du 1er décembre 1897.

Par dessous, un pas de vis dit au pas du Congrès pour y fixer un trépied et un second, sur le côté droit.

C’est bien construit, solide, mais peu pratique à utiliser, du moins par manque d’habitude sans doute.

Publicité du Bon Marché, 1903

Tout fonctionne encore parfaitement (ouvertures de l’objectif, tirette de l’armement, déclencheur, réglage des vitesses, de la pose B, verrou, plaque noire, etc.).

D’autres marques (Gallus, Carpentier, Makenstein, Gaumont, pour n’en citer que quelques uns) se sont illustrées dans ces appareils-jumelles, qui ont eu leur heure de gloire entre 1890 et 1910). Ils seront remplacés par des folding, plus compacts lorsqu’ils sont repliés et au moins aussi perfectionnés, eux-même supplantés par les télémétriques puis les premiers réflex, plus polyvalents.

Les premières années de l’histoire des appareils photographiques sont riches de ces boitiers étonnants … Bien plus tard, nous verrons apparaître des jumelles couplées à un appareil photo, même en numérique, mais c’est une autre histoire.

C’est un objet curieux, vraiment de collection, d’autant que cet exemplaire est complet, avec son étuis en cuir épais garni de feutrine verte et son magasin rempli de plaques.

Que penser de cet appareil ?

Outre l’obligation de placer des plaques de verre dans le magasin et donc d’être encore capable de les enduire de produit adéquat, puis de les développer, ce boitier est intriguant : comment le charger et faire tourner les plaques ?

Autre question, comment bien le tenir pour viser et faire ses réglages avant de tirer sa première image ?

Bref, ce n’est pas un appareil à embarquer vite fait pour une balade. En tout cas de nos jours car, comme son nom l’indique, ce devait être un appareil photo destiné aux personnes qui se voulaient autonomes en matière de photographie.

Sa taille et son poids permettait en effet de l’emmener avec soi sans trop de soucis et ceux qui s’étaient habitués à son maniement devait le trouver facile pour l’époque et moins encombrant que les chambres traditionnelles.

Est-il encore utilisable ? Sans doute mais ce ne sera pas simple de le remettre en œuvre.

Sa place est plus, à mon humble avis, plutôt chez un collectionneur avisé ou un musée de la photographie. Son prix exprime sa rareté et il se négocie autour de 350€.

Je pense donc que je vais le proposer lors de la foire de Villers Bretonneux, en février de l’an prochain.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

  • Fabricant Alexandre & Jules Pipon (France)
  • Type : photo-jumelle
  • Format : 9×12 sur plaque de verre
  • Objectif : F. Goerz de 100mm
  • Obturateur à guillotine, armement par tirette latérale; 6 vitesses (1 à 6) et 4 vitesses (1 à 4)
  • Diaphragme en iris; ouvertures de f 2/3 – 2 -4 – 8 – 16
  • Mise au point par avance de la platine, commandée par un levier qui actionne une crémaillère; mise au point minimale 2m
  • Magasin de 12 plaques avec compteur automatique
  • Remarque : Jumelle en bois gainé noir sans décentrement.
    Grand viseur pliant.
    Deux écrous de pied.
    En façade, l’inscription THE SELF WORKER No3.332 Bté FRANCE & ETRANGER. Les Self-Worker mono en format 6,5 x 9 cm, stéréo 6 x 13 cm et 8 x 16 cm sont équipés d’objectifs de 9 cm.
    Les Self-Worker mono en format 9 x 12 cm sont équipés d’objectifs de 120 mm, sauf celui-ci équipé d’un 100mm Goerz.

Des références

http://cinematographes.free.fr/pipon.html, https://www.club-niepce-lumiere.org/media/files/PDF-F/045.pdf, https://stereoantica.com/pipon-alexandre-jules-the-self-worker-9-x-12/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-6849-Pipon_The%20Self%20Worker.html, https://www.autrefoislaphoto.com/musee/appareils-photographiques/appareils-jumelles/pipon-the-self-worker en français ; https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/people/cp135064, en anglais,

Argentique

Tiens, revoilà un Polaroid ! Le 1200 FF, une Image pas comme les autres.

Préambule

La brocante de Ciply ne se présente pas sous les meilleures augures, un ciel bas et bouché, un vent fort qui arrache les tonnelles et, pour finir, un crachin persistant mais intermittent.

Bref, un dimanche pas très propice à la balade et la chine. Mais nous y sommes et, si mes souvenirs sont bons, un grand collectionneur de Polaroid doit vendre encore quelques pièces rares.

De fait, au bout de sa rue, sous une tonnelle bien arrimée, un ensemble d’objets et dans des caisses, près des tables, un monceau de Polaroid, des ensembles de filtres spéciaux, des sacs estampillés de la marque, des supports de flash, des flashs, etc. Tout ce qu’un collectionneur de la marque peut avoir en double et que d’autres recherchent avec ferveur car ce sont, pour la grande majorité, des objets peu courant. Pour ceux que cela peut intéresser, la brocante à lieu tous les ans, fin juillet.

Je me suis plutôt attaché à trouver des appareils qui sortent de l’ordinaire, pas une énième variation en bleu ou en jaune d’un 636, ni un bel exemplaire de 600 encore neuf, dans sa boite. Non, quelque chose qui m’intrigue et, je l’espère, vous aussi.

Voilà pourquoi j’ai jeté mon dévolu sur de Polaroid 1200 FF, étonnant à plus d’un titre.

Un peu d’histoire

Les nombreux articles du site sur les Polaroid vous auront déjà donné une belle idée de l’histoire de la marque, toujours captivante.

Ici, je vais m’attarder un peu plus sur cette gamme particulière des Images ou Spectra si vous êtes de l’autre côté de l’Atlantique.

Cette gamme est apparue en 1986, en même temps que les appareils de la gamme 600 (appelés ainsi en fonction de leur type de film). Les premiers étaient des hauts de gamme, les seconds plus abordables.

Les formats étaient différents : les Images ont un format de 10,3 x10,2 cm pour une image de 7,2 x 9,1cm. Un peu plus large que le film 600 (7,9 x 7,9cm, format carré) et donc plus étirée, elle n’est que 6% plus grande. Un film pack Image/Spectra contenait le film, la chimie et la pile (comme les 600). Les images étaient au nombre de 10 par pack, sauf pour les boitiers 1200 qui en comptaient 12 et la batterie.

A gauche, le format Image, à droite le 600.

J’ai sciemment utilisé l’imparfait car, contrairement au film 600, le Spectra/Image a définitivement disparu (depuis 2008 pour les Polaroid et 2017 pour les Impossible Project), à moins d’en trouver encore quelques reliquats chez des commerçants ou amateurs qui ont pris la précaution de les placer au frigo. Mais même cette mesure ne garantit pas de les trouver intacts et fonctionnels.

Les deux systèmes proposaient la même technique et la même chimie, ainsi que la batterie. Leur sensibilité était de 640Asa/29Din.

Avec les Image, Polaroid voulait passer à un stade supérieur, tant dans la qualité des images que de celle des appareils : l’optique était de bien meilleure qualité et la mesure de la lumière améliorée et plus précise.

Presque tous les modèles utilisent un système de mise au point à lentilles en arc à l’intérieur du boitier, qui pivotent devant la lentille extérieure pour assurer un mise au point plus précise. Ceci plutôt que d’ajuster la distance entre les éléments optiques internes.

Schéma de la lentille Quintic des Image/Spectra

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Je cite un texte trouvé sur Internet à ce sujet :

La maison Polaroid n’est pas en reste pour les solutions imaginatives. Si ses appareils donnent parfois l’impression de sortir d’une pochette surprise, l’examen de l’intérieur révèle de véritables délires d’ingénieur. En témoigne l’objectif Quintic de 1986, qui équipait les Spectra et/ou Image System. Ouvert à f/10, ce 125mm est peu lumineux, mais il faut rappeler qu’il est destiné à couvrir du quasi grand format : 9,2×7,3cm. Cela donne un cercle image de diamètre 82 mm environ (angle de champ à vue de nez : 36° et des poussières). C’était un triplet, pas si simple que ça d’ailleurs : on hésite à donner le nom de « lentille » à l’élément intermédiaire  : il s’agit encore d’une légumineuse, mais d’après sa forme c’est plutôt un haricot synthétique (qui se déplace transversalement à l’axe optique). Impossible d’y trouver la moindre portion de sphère. Le plus étonnant est que cela donne des résultats satisfaisants. (source : dg77.net)

Autre particularité des Image : ils se déplient (presque) tous, dans l’esprit du SX-70 mais en moins fragile et en un peu plus épais.

La gamme des appareils Image, de 1986 à 2001

Certains utilisent le sonar pour faire la mise au point tandis que les derniers modèles fonctionnent avec des ultra-sons. Si vous avez parcouru le site, vous y aurez découvert les Polaroid Image System (1986), Polaroid Image 2 (1991), Polaroid Image Elite (1997). D’aucuns sont tout automatiques tandis que d’autres le sont mais peuvent être utilisés en manuel. Une chose est certaine : ces appareils étaient vraiment le haut de gamme de la marque.

Et celui que je vous présente aujourd’hui, le 1200 FF est dans les tous derniers produits (2001) des appareils de la marque et le dernier de la gamme Image/Spectra.

Présentation du Polaroid 1200FF

Lors de son lancement, en 2001, le 1200 FF a étonné tout le monde par son design original, inédit dans le sérail Polaroid, même s’il semblait se rattacher à un autre modèle emblématique, le SX-70, une fois ouvert.

Plus portable et moins encombrant que les autres Polaroid, toute gamme confondue, il a séduit la clientèle par la taille de ses images et leur qualité. La courroie de portage le fait porter verticalement, et il suffit d’un petit bouton pour le mettre en fonction.

Comme le SX-70, celui-ci s’ouvre en soulevant le bloc optique et viseur. Pas besoin de tirer dessus mais plutôt enfoncer un petit bouton noir, près du viseur, appareil replié. Ceci fait, c’est toute la partie qui se soulève et la protection de l’objectif s’ôte, le boitier se met sous tension (s’il y a un film dedans bien évidemment, c’est lui qui porte la pile !).

Le refermer est encore plus pratique car il suffit d’appuyer sur la plaque métallique sous le viseur et l’appareil se referme, souplement.

Cette position haute du viseur fait irrémédiablement penser au SX-70 mais attention, ici, pas de visée réflex, plutôt un viseur un peu chiche, qui a la chance d’exister.

On le tient avec les deux mains, à l’horizontale cette fois, pour effectuer la visée et prendre la photo.

L’objectif retient notre attention car il est considéré comme un grand angle : il est 25% plus large que celui des autres Image et 33% plus large que celui des Polaroid 600. De plus, il est bien protégé par un cache métallique qui ne se rabat que lorsque l’appareil est en ordre de marche.

Lorsque le pictogramme Portrait est sélectionné avec le curseur placé autour de l’objectif, la distance de prise de vue est réduite de 0,6 à 1,2 mètre grâce à l’activation d’une lentille de rapprochement et un voyant d’avertissement rouge s’allume à côté du viseur. Le pictogramme Personnage correspond, en intérieur, à une distance comprise entre 1,2 et 3 mètres, et, en extérieur, à une distance comprise entre 1,2 mètre et l’infini.

Pour le reste, l’exposition se règle automatiquement, le flash se déclenche lui encore en mode automatique, sans pouvoir le désactiver.

Fait remarquable : ici pas de réglage clair/obscur (pourtant si classique sur les Polaroid – j’en connais qui vont le chercher !), l’appareil réglant lui-même la luminosité. Autre entorse aux habitudes : le compteur de vue ne décroit pas mais incrémente positivement. Enfin, pas de pas de vis pour y fixer un trépied.

Techniquement maintenant, quelques éléments utiles :

L’objectif est un 100mm ouvrant à f11,5. La mise au point est fixe bien que l’on puisse descendre à 60cm. Un voyant, près du viseur, rappelle que l’on est en mode macro, au cas où.

Le flash électronique intégré dispose de 2 réglages, qui en fait un flash d’appoint (fill in, pour éviter la perte de détails dans un contraste clair/foncé élevé) ou un flash normal. Une fonction particulière, appelée Quench, minimise l’effet de surexposition à distance normale (l’anti yeux rouges de Polaroid en somme).

Au niveau du film, spécifique à la gamme, il faut savoir qu’habituellement il était vendu en pack de 10 clichés mais qu’il a été porté à 12 (d’où les appellations 1200).

Malheureusement tous discontinués tant par Polaroid qu’Impossible Project (redevenu Polaroid).

Petite remarque au sujet du pack film : il ne peut être introduit dans l’appareil que lorsque celui-ci est ouvert (c’est-à-dire objectif relevé).

Enfin, pour les indicateurs de fonctionnement, ils sont réduits à leur plus simple utilité : une lumière rouge près du viseur pour signaler la position macro, et une lumière verte pour indiquer que le flash est prêt.

Voici donc un appareil étonnant, qui a pu séduire une large clientèle, grâce à ses qualités photographiques.

Que penser de cet appareil ?

C’est toujours frustrant de décrire un appareil intrigant quand on sait que l’on ne pourra pas le tester, faute de pellicule.

L’Image 1200 FF fait partie de ces frustrations. Alors si vous voulez avoir une idée des possibilités de ce dernier, allez voir LA quelques images qui ont pu être captées.

Ceci dit, pour un collectionneur, c’est un appareil intéressant car vraiment différent de la production habituelle de la marque.

Et celui que je vous ai présenté est en très bel état. Quelques traces discrètes signalent qu’il a été utilisé mais sans ostentation. Il a gardé un très bel aspect extérieur (et intérieur).

Sa côte est fixée autour des 40€, dans cet état. Alors, si vous êtes curieux de la production des Polaroid, cet appareil est fait pour vous.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA et ICI.

Format de filmImage/Spectra
Format d’image91 mm x 72 mm
Type d’objectifobjectif fixe
Distance focale100 mm
Ouverture maximalef/11.5
Distance minimale de mise au point60 cm
Exposition automatiqueOui
PosemètreOui
Modes d’expositionProgramme automatique
FlashFlash intégré
Filetage pour trépiedOui
Alimentation1x pile Filmpack
MarquePolaroid

Des références

https://filmphotography.eu/fr/appareils-photo/polaroid-spectra-1200ff/, https://www.polaroid-passion.com/appareils-format-image-spectra.php?id=40, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-14297-Polaroid_1200FF.html, en français ; https://theinstantmuseum.com/cameras/spectra-1200ff, https://camera-wiki.org/wiki/Polaroid_Spectra, https://filmphotography.eu/en/camera/polaroid-spectra-1200ff/, https://danfinnen.com/article/polaroid-spectra-system-instant-film-camera-guide/, https://thelomographer.com/2008/nl_spectra/, https://asminhascamaras.blogspot.com/2019/10/polaroid-spectra-1200ff-1985.html, en anglais ; https://de.wikipedia.org/wiki/Polaroid_Image, https://kameramuseum.de/objekte/polaroid-1200-ff/, en allemand

Argentique

Le Chinon CM-7, le mal compris (chez nous)

Préambule

Où ai-je bien pu trouver ce Chinon CM-7 ? Plus moyen de m’en souvenir (aïe, je vieilli !) mais cela ne va pas nous empêcher de nous y intéresser.

Chinon est une marque que j’ai déjà mainte fois abordée, tant au travers ses compacts que ses réflex. Et s’ils sont décriés aujourd’hui par ceux qui n’ont pas connu la marque, elle a produit des appareils intéressants, même pour des marques connues. Car elle fut volontiers le produit blanc de nombreux fabricants.

Un exemple ? Alpa, marque Suisse de renom, lui a confié la réalisation de son Si 3000. Et j’ai déjà évoqué les Chinon CE-4, le Chinon CM-4s, pour ne rester qu’au rayon réflex.

Alors, commençons la visite …

Un peu d’histoire

Je vous avoue que lorsque j’ai cherché des informations sur ce modèles, je n’en ai pas trouvé pléthore. Par contre, c’est un appareil qui se vend bien car du Japon au réseau mondial d’Ebay et les auctions (ventes aux enchères) d’un tas de sites connus, j’en ai vu des dizaines. C’est qu’il y a un intérêt certain pour ce modèle en particulier. Nous allons tenter de savoir pourquoi.

Chiro Hiroshi fonde Sanshin Seisakusho en 1948, dans la ville de Chino (préfecture de Nagano (Japon). Il est alors âgé de 28 ans. Le nom sera changé en Sanshin Optics Industrial Co. en 1962 et deviendra finalement Chinon Industries Inc. en 1973.

Leur première spécialité était de fabriquer des composants d’objectifs pour Canon et d’autres grands manufacturiers. Puis l’entreprisse fabriquera les appareils en entier pour compte de ces fabricants.

En 1956, Chinon se lance dans la fabrication et la vente de projecteurs et de caméras de cinéma en 8mm. Dans les années quatre-vingt, Chinon pourra revendiquer d’être le plus gros fabricants de caméra Super 8 au monde.

Il faut dire que le domaine du cinéma Super 8 sera pour l’entreprise une source importante d’entrées d’argent. Elle développera par exemple pas mal de premières dans l’industrie, comme être la première entreprise japonaise à produire une caméra de cinéma de 8mm pour enregistrer l’image et le son simultanément, ou à produire le premier objectif zoom pour une caméra (1956).

Vers 1971, sans doute attirée par l’essor d’autres entreprises japonaises dans le domaine, elle se tourne aussi vers les appareils photo, les compacts et les réflex, proposé à prix compétitifs.

Leurs appareils sont reconnus pour leur construction simple, robuste et leurs fonctions automatisées, comme l’exposition automatique ou la priorité ouverture.

C’est dans les années septante et quatre-vingt que Chinon devient un acteur assez incontournable dans le domaine des réflex d’entrée de gamme. Ses modèles CS – CE – CM et CP sont souvent associés à la monture vissante M 42 d’abord, puis la Pentax K (1979), ce qui leur ouvre un large choix d’objectifs de qualité.

Les années quatre-vingt sont celles de l’innovation, encore, car ils ont été les premiers au Japon à développer un système d’autofocus utilisant l’infrarouge (1981) et Chinon sera le premier a introduire le double programme dans un réflex (1983).

Dans d’autres domaines, ils seront dans les premiers à s’intéresser aux dispositifs de stockage de l’information (1982).

Ils fabriqueront des compacts 35mm sous leur nom, mais aussi des appareils en produit blanc pour d’autres constructeurs. Grâce à leur capacité de production en sous traitance, ils fournissent des boitiers ou des éléments pour des marques comme Revue, Porst ou Prinzflex.

Hélas, le marché du Super 8, qui soutient toute l’entreprise, décline rapidement sous les coups de la vidéos, puis du numérique.

Curieusement, le nom de Chinon disparait doucement des vitrines dans les années nonante. Pourquoi, car l’entreprise est toujours en (pleine) activité ?

Deux raisons à cela :

1. l’invention de l’autofocus (en anglais)

2. L’association avec Kodak :

Chinon s’associe avec Kodak pour fabriquer leurs appareils (OEM = fabriquant d’équipement d’origine). Cette collaboration se renforce encore dans les années nonante lorsque Chinon commence à fournir à Kodak des appareils numériques sur la même base OEM.

La participation de Kodak passe de 9,5% à 50,1% dans le capital de Chinon (particiaption majoritaire de Kodak Japan Limited, devenant une filiale de Eastman Kodak Company). L’entreprise se concentre encore sur la fabrication d’appareils numériques pour Kodak et offre une assistance technique à Kodak Electronic Products (Shanghai), l’unité de fabrication de ses caméras. Ils ont ainsi produit plus d’un million d’appareils numériques en 1998 et plus de cinq millions en 2002.

De nos jours, la marque n’existe plus dans le domaine de la photographie mais ses reflex argentiques restent appréciés pour leur rapport qualité/prix et leur accessibilité aux débutants, surtout ceux qui souhaitent explorer la monture K sans se ruiner.

Pour en terminer, quelques petits faits anecdotiques :

  1. Chinon est reconnu comme fabricant (OEM) pour d’autres marques, en tout cas pour les boitiers. Mais lui-même achetait ses objectifs chez d’autres fabricants, dont Tomioka et Tamron.
  2. Le summum de l’innovation de Chinon est atteint en 1982 avec l’introduction du Chinon CE-5 – un boitier qui a permis d’utiliser le système d’autofocus infrarouge breveté de Chinon (sur certains objectifs), soit trois ans avant Minolta et son AF 7000. Mais lorsque Minolta lance son réflex autofocus, Chinon ne compte pas se lancer dans la bagarre avec eux, ni avec Canon, Pentax, Olympus, etc. Ils se concentrent sur leurs appareils compacts et la série Génésis, des bridges eux aussi novateurs.

Présentation du Chinon CM-7

De prime abord l’appareil étonne : sa livrée ressemble curieusement aux appareils dits titanium : un gris spécial, un peu brillant pour le capot et la semelle, et du cuir noir pour le reste.

Au moins, celui-ci sort de l’habituel noir et métal ou tout noir.

Pour le reste, il est assez classique :

1. Œillet pour courroie d’épaule
2. Compteur de vue
3. Déclencheur
4. Levier d’avance du film
5. Molette de sélection de la vitesse d’obturation
6. Griffe porte-accessoire
7. Bouton de rebobinage du film / ouverture du couvercle arrière
8. Index de sensibilité du film
9. Molette de sélection de la sensibilité du film
10. Poignée
11. Levier du retardateur
12. Bouton de déverrouillage de l’objectif
13. Bague d’ouverture
14. Échelle de profondeur de champ
15. Échelle de distance
16. Bague de mise au point
17. Arbre de rembobinage
18. Oculaire du viseur
19. Dents du pignon d’avance du film
20. Bobine réceptrice
21. Plaque de pression du film
22. Couvercle arrière
23. Bouton de rebobinage
24. Rail de film
25. Rail de guidage du film
26. Fixation pour trépied
27. Obturateur
28. Couvercle du compartiment à piles
29. Chambre noire

Sobre, efficace et facilement appréhendable pour un débutant ou pour redécouvrir l’argentique sans se ruiner.

Voyons cela de plus près.

Collé contre le boitier, le levier d’armement coupe l’alimentation électrique. Il faut le décoller légèrement pour mettre en batterie l’appareil et réveiller la cellule. Pour éviter de gaspiller les 2 LR44 nécessaires au circuit de la cellule, rabattez toujours le levier contre le capot.

L’obturateur est mécanique et fonctionne donc si les piles sont à plat. Cet obturateur est entièrement métallique, à plan focal vertical. Il propose des vitesses de 1s à 1/2000s, une pose B et une synchro flash au 1/125s. Pas mal pour un entrée de gamme en 1988.

Mieux, lorsque vous lancez le minuteur (que l’on ne peut interrompre), un réglage particulier fait qu’il soulève le miroir et ferme l’ouverture au début de son cycle, ceci afin d’éviter les vibrations pendant l’exposition. Pratique pour les poses longues.

Ceci étant, c’est un argentique à mise au point et exposition manuelle, bien doté et facile d’utilisation.

Le viseur est assez clair, avec un stigmomètre à coïncidence, horizontal, avec un micro prisme fin. Sur la gauche, une plage noire où vont s’éclairer des diodes rouge qui signaleront une sous ou sur exposition. Vous modifiez l’exposition en jouant soit avec la vitesse (barillet sur le capot) ou l’ouverture (bague des ouvertures sur l’objectif).

A = surexposition ; B = exposition correcte ; C= sous exposition

Ah oui, puisqu’il est équipé de piles, la sensibilité de la cellule se règle avec la roue sous la manivelle de rebobinage (de 25 à 1600 Iso).

Par rapport au Chinon CM-4, ce modèle amène quelques modifications, comme la mesure de l’exposition avec les diodes, le minuteur qui perd sa lampe clignotante et son esthétique unique.

Petit résumé de l’appareil : vitesses jusqu’au 1/2000s, flash synchro au 1/125s, obturateur à rideaux métalliques, monture Pentax K, léger et … joli (ça c’est subjectif).

De quoi donner envie, non ?

Que penser de cet appareil ?

C’est vrai qu’il a un look différent, qui lui va bien. Mais nous leurrons pas, s’il est si léger (490gr) c’est parce que le capot et la semelle sont en plastique, de qualité certes, mais plastique.

Ceci étant, il est bien assemblé et celui-ci, qui approche de ses quarante ans bientôt est encore en très bel état et, surtout, tout fonctionne sans anicroches.

Quand j’ai découvert sa fiche technique, je me suis dit que c’était là un appareil qui méritait bien le nombre de ventes que j’ai trouvées sur Internet le concernant.

Sa petite poignée, en façade, assure une bonne préhension et son ergonomie, pour être classique, est agréable et facilite la prise de vue.

On pourrait lui reprocher de ne pas donner plus d’information dans le viseur mais rappelons que c’est avant tout un boitier destiné aux amateurs. Les informations sont suffisantes et claires pour éviter de rater ses images.

L’utilisation de la monture Pentax K élargit le cercle des possibilités dans le vaste champ des optiques disponibles, ce qui arrange bien tout le monde, surtout si vous devez faire attention aux coûts.

Voici donc un boitier qu’il ne faut pas négliger si vous en trouvez un. D’autant que son prix, avec au moins un 50mm, ne devrait pas dépasser les 50€.

Que demander de plus ?

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Appareil photo reflex 35 mm avec système de mesure de la lumière à LED.
  • Format d’image : 24 x 36 mm.
  • Monture d’objectif : Monture à baïonnette universelle Chinon (compatible avec les montures K, KA et RK).
  • Obturateur métallique à plan focal à course verticale, déclenchement mécanique.
  • Vitesses d’obturation : 1 – 1/2 000 s, B.
  • Synchronisation du flash : griffe, contact X, 1/125 s.
  • Viseur : pentaprisme fixe au niveau des yeux, stigmomètre avec collier à microprismes et écran mat.
  • Grossissement du viseur : 0,86x (à 50 mm, à l’infini)
  • Couverture du viseur : 93 %
  • Correction dioptrique : – 1,0 dioptrie
  • Indicateurs dans le viseur : LED rouge avec croix (surexposition), LED verte (point) (exposition correcte),
  • LED rouge (point) (sous-exposition)
  • Mesure de l’exposition : Système TTL à pondération centrale à pleine ouverture utilisant un CdS,
  • indicateur d’exposition à 3 niveaux avec 3 LED.
  • Plage d’exposition : EV +3 à EV +20 (F1,4 à 50 mm, ISO 100).
  • Plage ISO : 25-1 600 (DIN 15-33) par paliers de 1/3.
  • Avance du film : en un seul mouvement sur un arc de 130° avec un écart de 30°.
  • Compteur de poses : indique automatiquement le nombre de poses et se remet à S lorsque le dos de l’appareil est ouvert.
  • Chargement du film : type bobine réceptrice à fentes multiples.
  • Rembobinage du film : en appuyant sur le bouton de rembobinage et en actionnant le levier de rembobinage.
  • Verrouillage du déclencheur : le déclencheur est verrouillé lorsque le levier d’avance est rangé en position de repos.
  • Déclencheur à câble : possible.
  • Retardateur : intégré, délai d’environ 10 secondes.
  • Alimentation : deux piles alcalines de 1,5 V (LR44) ou piles à l’oxyde d’argent (SR44).
  • Poids : 410gr nu

Les accessoires optionnels :

Objectifs 50mm :

  • Standard Lens 50 mm f1.4 multicoated
  • 50 mm f1.7 multicoated
  • 50 mm f1.9

Grands angles :

  • 17 mm f3.5 multicoated
  • 28 mm f2.8 multicoated

Téléobjectif :

  • 135 mm f2.8 multicoated

Zoom :

  • 28-70 mm f3.5-4.5 multicoated MACRO
  • 35-70 mm f3.4-4.5 multicoated MACRO
  • 35-80 mm f3.5-4.8 multicoated MACRO
  • 35-105 mm f3.5-4.5 multicoated MACRO
  • 35-200 mm f4.0-5.6 multicoated MACRO
  • 70-210 mm f4.0-5.6 multicoated MACRO
  • 75-300 mm f5.6 multicoated MACRO

Autres accessoires :

  • Flashs CHINON série S Anneau d’extension automatique
  • Soufflet
  • Étui de transport de luxe, Sac souple pour accessoires
  • Sangle large avec logo CHINON

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Chinon_CM-7, https://cameragocamera.com/2021/02/04/chinon-cm-7-versus-nikon-fm10/, https://www.chinonshop.com/pages/about-chinon, https://filmphotography.eu/en-p/cameras/chinon/, https://camera-wiki.org/wiki/Chinon, https://japb.net/business/company-profiles/chinon/, https://japb.net/theory/autofocus/, en anglais ; https://kitatoma.web.fc2.com/hobby_room/1_camera/CHINON_CM-7.htm, en japonais ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Chinon_Industries, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1470-Chinon_CX-II.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Chinon_Industries, https://wikimonde.com/article/Chinon_Industries, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Chinon, https://www.mes-appareils-photos.fr/Chinon.htm, en français

Et si nous parlions (un peu) technique ?

Sauvetage d’un objectif Canon FD 100mm f2,8. Par Olivier

Préambule

Comme je le lui disais dans un mail que nous avons échangé, cet article tombe à point nommé car même si j’en ai plusieurs en préparation, un de mes disques durs (celui avec toutes les photos des appareils !) vient de partir en vacances, sans prévenir.

Grâce à toi, Olivier, je vais pouvoir combler votre soif d’apprendre pendant que je cherche à ranimer ce f… disque dur.

En plus, c’est un article que je trouve très utile et intéressant, traité en profondeur comme d’habitude par notre ami.

Bonne lecture.

Un peu d’histoire

Objectif CANON  100 mm  f:2.8

                Nombreux sont les anciens qui ont connus les publicités de CANON présentant leurs boitiers avec leurs objectifs de prestige.  Les 50 mm présents étaient très souvent des f:1.4 . Ainsi, même si le boitier que l’on avait entre les mains était bien celui qui était désiré, une certaine frustration pouvait naitre car l’objectif que l’on avait réussi à lui associer n’était pas le même que celui présenté dans les prospectus. J’ai encore en mémoire la publicité d’Olympus pour son OM-10 Quartz équipé d’un 35 mm f:2.0. Ce 35mm valait déjà plus de 2 fois le prix du boitier ! Pour ceux qui ont la chance d’avoir gardé leur boitier argentique, il est possible de trouver à des prix acceptables ces objectifs de prestige et ainsi de rendre réel les « illusions » prodiguées par les publicités des années 80/90. Toutefois, bien que le prix relatif de ces objectifs de prestige ait diminué, le marché de l’occasion les considère toujours comme des objectifs d’exception avec des prix en conséquence. Nous allons voir, dans cet article, qu’un peu de patience et de réflexion permet de redonner vie à l’un de ces objectifs qui était laissé pour compte.

                Vous l’avez bien compris, je ne suis pas de ceux qui vont mettre 150 ou même 250 euro dans un objectif dit d’exception. Bien que ses qualités optiques soient supérieures à la moyenne, il ne sera monté sur le boitier que pour faire 4 ou 5 photos pour une pellicule qui va en faire 36. Par contre, comme j’aime les défis, je ne suis pas contre l’achat d’un « laissé pour compte » surtout si celui-ci est un objectif qui présente un intérêt certain.  Ainsi, CANON a proposé dans la série FD, deux objectifs de moyenne focale adaptés aux portraits. Le 85 mm f:2.0 et le 100 mm f:2.8. Ils sont assez rares et toujours proposés à des prix stratosphériques par rapport à l’utilisation qu’un amateur en ferait. De plus, l’âge est là et les défauts liés au temps sont souvent présents. Autant partir vers un 135 mm f:2.8 d’une bonne marque en excellent état qu’un 85 mm colonisé par des champignons !  J’ai finalement trouvé un 100 mm CANON à moins de 40 euro. Cet objectif était associé à des défauts qu’il convenait de prendre en compte lors la décision d’achat.

Présentation du FD Canon 100mm ouvrant à f2,8

         Le 100 mm f:2.8 CANON.

                C’est un objectif de faible grossissement qui possède la particularité (comme le 85 mm) de ne pas induire de déformation dans l’image. En effet, ces focales fournissent des solutions optiques qui ne requièrent pas de verres spéciaux ni de formules optiques  complexes pour arriver à des résultats tout à fait convenables. Les constructeurs d’objectifs en ont profité pour les rendre particulièrement performants à peu de frais. C’est cette performance qui se retrouve dans les prix de vente. On remarquera quand même que ce type d’objectif est associé à un marché de niche (portraits majoritairement) et n’intéressera que peu le photographe amateur pour ses souvenirs de vacances. Ainsi, on notera que TAMRON fut l’un des rares fabricants à proposer un 100 mm dans sa gamme ( Le 105 mm  f:2.5  – Référence CT-105). Cet objectif ne fut pas reconduit lors de la nouvelle génération d’objectif (Adaptall-2).  La preuve que cette focale n’intéressait que peu le grand public. TAMRON gardera d’ailleurs pendant plusieurs dizaines d’années son 90 mm macro ( le 90 mm f 2.5  SP). Cet objectif remplacera naturellement le 105 mm.  Revenons sur notre 100 mm  CANON. L’intérêt de cette focale réside dans la simplification de la formule optique : 5 lentilles en 5 groupes. Cela veut explicitement dire qu’il n’y a aucune lentille collée. C’est une bonne nouvelle, l’absence de colle supprime déjà la dégradation de celle-ci dans le temps. Or cette dégradation condamne l’objectif car il est presque impossible de la corriger.

Sur cet éclaté du 100 mm f:2.8, on voit immédiatement qu’il n’y a pas de lentilles collées et même si l’objectif possède des défauts (traces de champignons et des poussières), il y a de fortes chances pour qu’ils soient facilement éliminés. De plus, il y a aussi de fortes chances que toutes les lentilles soient démontables et pourront être parfaitement nettoyées.

Le 100 mm f:2.8  à réparer.

Pour moins de 40 euro, j’ai obtenu ce 100 mm avec des traces de champignons et de belles poussières dans le groupe arrière. Sans compter des pétales de diaphragme qui baignaient dans l’huile !

Bref, un objectif qui de toute façon ne serait pas monté sur un boitier dans sa configuration actuelle.

Comme d’habitude, on va jouer avec nos outils favoris (tournevis, spanner…) et un peu d’alcool à 90° pour redonner vie à notre petit compagnon.

1) Le démontage de la face avant.

Première surprise, le disque frontal qui porte la marque et les caractéristiques optiques n’est pas vissé mais seulement maintenu par des clips. Toutefois, un point de colle le maintien en place et il faudra forcer un peu pour le sortir.  C’est curieux de voir un objectif « haut de gamme » avec cette solution un peu « cheap ». Le seul objectif où j’ai rencontré cette solution technique était le 50 mm f 2.0 qui ne brille pas par ses performances et est même l’un des moins recommandables objectifs de 50 mm de la gamme CANON FD. Nous verrons par la suite que d’autres surprises du même type nous attendent.

Il ne reste plus que 3 vis à retirer et nous allons avoir accès au groupe optique avant.

On remarque que ce groupe a quelques traces de champignon qu’il faut impérativement retirer.

2) Le démontage du groupe optique avant.

Deuxième surprise, la dernière lentille du groupe n’est pas retenue par un disque en aluminium visé mais seulement par un cerclage en plastique simplement retenu par trois ergots. Si cela continue comme cela, je ne serais pas surpris de finir avec des lentilles maintenues par des élastiques! J’ai très rarement rencontré cette méthode et même chez des constructeurs moins renommés, leurs objectifs de gamme supérieure restent avec des montages entièrement métalliques. Il faut reconnaitre que cette solution ne remet pas en cause les caractéristiques de l’objectif mais ne sera pas optimale pour des objectifs qui subiront des températures importantes (ne pas laisser cet objectif sur la plage arrière de la voiture en plein soleil !).

A part ce petit détail, on retrouve bien les 3 lentilles du groupe avant et le spanner vous aidera à désolidariser la lentille frontale du support du groupe avant. Après, c’est le chiffon et l’alcool (l’eau oxygénée fonctionne très bien aussi) qui se chargeront des champignons. Hélas, les champignons ont laissé de très légères cicatrices sur la dernière lentille du groupe avant.  Il ne reste plus qu’à espérer que cela n’affecte pas le rendu sur les photos.

Quand tout est bien nettoyé et sec, il ne reste plus qu’à remonter. Une dernière étape que je recommande de plus en plus, est le passage d’un coup de bombe à air sec lors du remontage de chaque lentille. Je ne le faisais pas systématiquement sur mes premières interventions et j’avais parfois des grains de poussière qui réapparaissaient. Cela est d’autant plus visible sur des objectifs à grande ouverture.

3) Le démontage du groupe optique arrière.

On se garde bien de remonter le groupe avant dans l’objectif car nous allons aussi en profiter pour examiner les pétales du diaphragme. La première étape sera bien naturellement le démontage de la bague de verrouillage FD.

Il n’y a que 3 vis à retirer et le bloc de commande s’enlève sans effort (garder en tête sa position lors du démontage, cela pourra servir lors du remontage). Un spanner n’aura, la aussi, aucun mal à dévisser le groupe arrière.

Cette fois, nous avons les dernières lentilles à porté de mains.

Mais quel curieux montage !  Il y a un joint torique qui s’intercale entre les deux lentilles du groupe arrière. Quel étrange choix pour assurer la distance entre ces deux lentilles. Celle-ci conditionne les performances optiques de l’objectif et une dégradation du joint torique peut amener des traces sur l’une des lentilles et aussi briser le bon positionnement des lentilles entre elles. Là aussi, même si je trouve cette solution un peu « cheap », le joint est encore en très bon état et pourra assurer sa fonction pendant encore de longues années (avec toujours comme condition de ne pas le laisser au soleil).

4) Le nettoyage des pétales du diaphragme.

Il ne reste plus qu’à s’occuper du mécanisme du diaphragme. Comme il n’est pas bloqué, il n’est pas utile de le démonter et un simple passage d’essence F au pinceau se chargera de retirer les traces d’huile. Bien évidement, on s’assurera du bon fonctionnement de l’ensemble avant le remontage.

On voit sur cette photo que les pétales du diaphragme sont parfaitement propres et  toute trace huileuse a disparu.

5) Le remontage final.

Plus beaucoup de chose à faire, si ce n’est le passage de la bombe à air sec à chaque étape : Etape 1, remontage du groupe arrière et Etape 2, remontage du groupe avant.

On n’oubliera pas de bien positionner le bloc de commande si on veut remonter aisément la dernière bague arrière.

Et enfin, pour refaire comme les plaquettes publicitaires, un CANON  AT-1 (qui est loin d’être le haut de gamme) accompagné du 100 mm f 2.8 .

CONCLUSION

Il est indéniable que les objectifs d’exception (les plus chers) attirent plus que les objectifs standards. Il faudra quand même prendre quelques minutes pour bien analyser la situation. Vous allez dépenser pour un seul objectif, l’équivalent du prix de 2 ou 3 objectifs standards. Ceux-ci vous rendront des services bien supérieurs à celui qui fut l’objet de votre désir.  Ainsi, je ne conseil pas l’achat de ce type d’objectif quand on a un nombre restreint de focale. Il est préférable de s’équiper de manière standard : 24 mm , 28 mm , 35 mm , 50 mm, 135 mm et même 200 mm. Si on ne trouve pas les objectifs de la marque de son boitier, on est presque sûr que l’on trouvera des objectifs de marques tiers avec la bonne monture (TAMRON par exemple). Pour ma part, il ne me reste plus qu’à le tester lors d’une séance photo dédiée « portraits » !

Argentique

Le Yashica FX-D, le vrai, celui de 1981

Préambule

Celui-ci vient de la brocante de Braine-le-Château, dimanche dernier (21/06). Je l’ai acheté en même temps qu’un Canon Prima AS-1 avec son verrou intact, un Halina 6×6, un Kodak Retina S2 et un Minolta X-700 MPS. Ils avaient en commun d’être restés au moins mille ans sur une étagère noyée de poussières et d’avoir très mal vécu la chose !

Donc, dimanche après-midi, presque au frais à la maison (dehors = 32°C et dedans = 26°C), j’ai d’abord entrepris de leur rendre un aspect plus engageant et ce fut la séance grand nettoyage. Puis vint celle des tests avec piles pour vérifier ceux qui fonctionnaient correctement, et les autres.

Pour le Halina, pas besoin de pile mais il faudra refaire tous les cuirs, il n’y en a plus un seul qui tienne. Pour le Retina S2, c’est la triste occasion de voir ce qu’est devenue, au fil du temps, cette magnifique lignée signée Kodak. Et c’est trèèèèès décevant !

Enfin, le Canon Prima AS-1 et le Minolta X-700, ainsi que le Yashica FX-D sont repartis sans soucis. Sauf que pour le dernier cité, il faut aussi refaire tout le cuir, mais on sait que c’est un problème récurrent, tant chez Yashica que chez Contax.

Voilà de quoi passer quelques heures à l’intérieur alors que dehors le soleil tape dur, et j’ai une pensée émue pour les brocanteurs qui affrontent ses ardeurs, tant bien que mal.

Mais voyons voir de plus près ce Yashica qui a refait peau neuve …

Un peu d’histoire

Lors de la présentation du Yashica 107 MP, j’ai parcouru assez bien l’histoire des réflex de la marque. J’y notais que deux types d’appareils allaient modifier la vision des reflex chez le fabricant : les FR et les FX, fabriqués en collaboration avec Carl Zeiss et Contax. Ce qui allait lancer deux lignées de réflex argentiques de grande qualité, dont les optiques étaient interchangeables. Si Contax a gardé une certaine aura, due à son passé célèbre, les Yashica n’avaient pas à rougir, surclassant souvent leurs cousins, notamment par une meilleure résistance à la poussière, voire à l’eau, et une excellente durabilité (sauf, encore une fois, leur revêtement qui se desquame littéralement, chez les deux fabricants).

Malheureusement, la marque fut vendue et revendue et lorsque j’ai cherché des information sur cet appareil, quelle ne fut pas ma surprise de voir que ce nom était réutilisé pour … ça :

Appareil photo Yashica FX-D 300 avec objectif et design vintage.

En fait, trois boitiers qui jouent éhontément avec le néo-retro avec un simulacre de reflex argentique : capteur minuscule de 1/3,6″ (13Mpx) au ratio 4:3 avec un zoom 3x, équivalent à un 25-76mm (soit en 24×36) ouvrant de f1,6 à f2,8. A cette imposture, ils ajoutent six simulations de film : Ruby 60s, Sapphire 70s, Yashica 400, Golden 80s et deux rendus N&B.

Six pellicules photo Yashica de différentes variétés et couleurs, sur un fond gris.

Soit, passons ce mauvais remake pour en revenir au vrai Yashica FX-D, celui de 1981.

Il s’agit en fait d’un Contax 139 Quartz simplifié mais qui garde la compatibilité avec les excellentes optiques Y/C et ceux de la gamme Yashica ML. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écris : si c’est un 139 simplifié, il n’est pas construit sur cette base et c’est bel et bien un Yashica

Que lui manque-t-il ? Il n’a pas de contrôle de la profondeur de champ, ni de mesure TTL au flash.

Peu de choses en fait pour bien débuter avec un appareil à priorité ouverture dont on sait que les vitesses seront justes car réglées par les oscillations du quartz.

De fait, lors du lancement du Contax 137 MD Quartz, en partenariat donc avec Yashica, il y eut deux autres boitiers destinés aux amateurs : le Contax 139 Quartz et le Yashica FX-D. Si le premier cité peut revendiquer d’être un des premiers reflex à motorisation interne, n’oublions pas que le premier fut un Konica FS-1 (1978).

Tableau comparatif des spécifications des appareils photo Contax 139Q, Yashica FX-D et Contax 137 MD.
Petit résumé des caractéristiques des 3 mousquetaires.

Finalement, en 1985, le FX-D sera remplacé par le FX-103, basé sur le même châssis mais avec un viseur plus lumineux, le flash TTL et un mode programme.

Mais nous allons examiner notre FX-D ci-dessous.

Présentation du Yashica FX-D

Les réflex des années quatre-vingt rompent avec ceux des années septante au niveau du design : ils sont plus compacts et ont recours au plastique pour leur assemblage. Pour vous donner une idée de taille, celui-ci est presque 1cm plus court que l’Olympus OM-2N réputé compact. Il fait armes égales avec le Praktica B200.

Petite revue de détails :

Image d'un appareil photo Yashica FX-D avec des annotations numérotées des différentes fonctionnalités et réglages.
Vue d'une caméra avec des annotations numérotées indiquant divers composants, tels que le compartiment de pellicule, le bouton de déblocage, et la prise pour télécommande.

Voyons cela de plus près et commençons par le capot de l’appareil, qui est sobre mais tout s’y trouve : à droite, le levier d’avance du film et d’armement, et, à son côté, la molette pour régler la vitesse, graduée de B à 1/1000s, plus les marques X (flash) et AE (verrouillage exposition) qui contient en son centre le déclencheur électromagnétique.

Le mot quartz indique que les vitesses de l’obturateur sont régulées très précisément de 11 secondes au 1/1000s en automatique, et de 1s au 1/1000s en manuel.

C’est donc un appareil automatique, débrayable en semi-automatique et qui peut travailler en manuel.

Le prisme avec le viseur au milieu, qui porte la griffe flash, et à gauche toute, la molette pour régler la sensibilité des films et la correction d’exposition. Pour la faire tourner, ne pas forcer mais plutôt enfoncer le minuscule bouton sur le bord du capot, derrière.

Le viseur. Il couvre 95% de la surface et son grossissement est de x86. Les informations ne sont pas légions mais finalement ce qui compte est là : une échelle, à droite, indique les vitesses au moyen de minuscules diodes rouges. Certains auteurs estiment que le viseur est peu lumineux, mais personnellement je ne trouve pas.

Une femme souriante portant une robe rayée se tenant près d'un écran avec des annotations techniques, notamment sur les réglages de l'appareil photo.

Toujours sur le bord arrière du capot, à droite cette fois, un minuscule capuchon cache la prise pour un déclencheur ou une télécommande (Contax S ou L).

Sur la face avant, un levier à trois positions et un bouton central : position O (orange), position AE-L, position ST (minuteur). L’appareil est en automatique si le levier est sur O ; en position AE-L, l’appareil est sous tension et les diodes clignotent pour prévenir que le boitier est sur le verrouillage AE* (attention de remettre le levier sur O pour éviter de décharger les piles) ; le bouton central a aussi plusieurs fonctions car il permet le vérifier si les piles sont bonnes et, surtout, contrairement à d’autres appareils, il faut appuyer dessus pour avoir une mesure de la scène avant de déclencher. Si vous déclenchez sans l’avoir enfoncé, la scène sera captée en lecture instantanée.

*L’exposition est verrouillée aussi longtemps que le levier reste dans cette position.

En mode manuel, la ou les diodes clignoteront devant la vitesse correcte selon la valeur d’ouverture sélectionnée. Si vous avez sélectionné une mauvaise vitesse, la diode vous indique la bonne vitesse à sélectionner.

La griffe porte flash possède un contact central pour la synchronisation au 1/100s mais cette synchro n’est pas TTL.

Le flash dédié est le CS-201. C’est un flash automatique qui peut régler le boitier à sa vitesse de synchronisation pendant que l’exposition est en mode automatique.

Outre ce flash, le boitier peut accepter un winder, le FX Winder ou le Contax 139 II, qui autorisent une rafale à 2i/s. Ce qui est plus intéressant, c’est qu’il propose une petit poignée qui assure une meilleure prise et il vous dispense de réarmer.

Enfin, il est difficile de trouver de nos jour des eyecup en caoutchouc d’origine (ces caoutchoucs ronds qui rendent confortable la visée). Mais on peut les remplacer par les carrés destinés aux Canon Eos 100D – 1100D.

Pour ouvrir le dos du Yashica, pas de mystère, on tire sur la manivelle de rebobinage et la chevillette chute.

La semelle nous réserve le traditionnel filet pour y fixer un trépied, le petit bouton de débrayage pour rebobiner et la trappe pour les piles. Ne pas oublier que sans elles, rien ne fonctionne : il n’y a pas de vitesse mécanique de secours. Prévoyez donc quelques LR44 avec vous, surtout si vous avez oublié de remettre le levier cité plus haut sur la position O.

Le Yashica FX-D est donc un appareil a exposition automatique qui donne la priorité à l’ouverture. Concrètement, vous choisissez une ouverture (f5,6 par exemple) et le boitier va sélectionner automatiquement la vitesse la plus appropriée fonction de la lumière disponible. Cette vitesse est visualisée par les diodes dans le viseur.

La mesure de lumière est à prépondérance centrale à pleine ouverture.

Vous placez la bague des vitesses sur AE : l’appareil va pouvoir déterminer la vitesse grâce à son circuit électronique ; vous réglez l’ouverture sur celle que vous voulez ; vous visez votre sujet et faites la mise au point ; vous appuyez sur le bouton de contrôle d’exposition (positionné sous la marque) : si une diode s’allume en face d’une valeur de 1000 à LT, c’est la vitesse sélectionnée adéquate. Si deux diodes s’allument ensemble, c’est une valeur intermédiaire qui sera choisie. Appyez sur le déclencheur et c’est dans la boite.

Bien que cet appareil soit à priorité ouverture, on peut aussi l’utiliser avec une priorité vitesse Vous devez alors appuyez sur le bouton de contrôle d’exposition et tourner la bague d’ouverture jusqu’à ce qu’une diode s’allume en face de la vitesse déterminée. Appuyez alors sur le déclencheur.

Pour passer en manuel, quittez la position AE et choisissez une vitesse. Celle-ci va clignoter dans le viseur alors qu’une seconde diode s’allume est clignote rapidement sans arrêt. Celle-là vous indique ce que recommande l’appareil. Faites tourner la bague des ouvertures jusqu’à ce que les deux diodes se fondent ; vous êtes à la bonne vitesse, il suffit de déclencher.

C’est un fonctionnement assez classique pour un automatique. S’il vous restait des questions, voyez le mode d’emploi multilingues ici plus bas.

Enfin, le revêtement étant hors service, j’avais le choix d’aller faire un tour chez Ashahi Aki ou de le refaire moi-même, avec des feuilles de cuir. C’est Olivier qui m’en a donné l’idée. J’ai donc sélectionné un cuir bordeaux et avec un peu de patience et de la colle, vous voyez le résultat sur les photos.

Que penser de cet appareil ?

Si vous voulez vous faire plaisir avec un appareil fiable et solide, qui accepte – selon les budgets – des optiques de très bonnes qualité Yashica ou excellentes chez Carl Zeiss – Contax, je pense que vous avez trouvé en ce Yashica FX-D de quoi vous satisfaire pleinement.

Certes, le flash n’est pas TTL, il n’y a pas de bouton pour verrouiller le miroir, ni faire un contrôle de profondeur de champ mais il a tout le reste et même plus.

D’autant que cet appareil ayant eut, en son temps, beaucoup de succès, il s’en trouve assez facilement et à des prix sympathiques : comptez environ 50€ pour un bel exemplaire avec un 50mm Yashica (à minima). A ce prix là, vous devrez refaire les mousses, comme pour d’autres, et le revêtement. Si vous en voulez un tout prêt, le prix devrait friser les 90€.

Il vous reste de quoi achetez du film et le tester à votre aise. Faites attention, on s’y attache vite !

Si vous êtes impatients de voir ce qu’il donne comme résultat, vous aurez quelques idées ICI.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, multilingues, c’est par LA.

  • Type : SLR 35mm à priorité ouverture, automatique, fabriqué de 1981 à 1986
  • Taille de l’image : 24 x 36 mm
  • Monture d’objectif : monture de baïonnette Contax/Yashica.
  • Obturateur : volet vertical électronique à plan focal en métal.
  • Vitesses d’obturation: pilotées par quartz avec des vitesses variables sur AUTO de 1s à 1/1000s ; en mode manuel, vitesses de 1s à 1/1000s ; plus synchro X (1/100 s) et pose B. Pas de vitesse mécanique.
  • Contrôle d’exposition : TTL, pondéré au centre à pleine ouverture. Exposition automatique avec priorité à l’ouverture.
  • Cellule : SPD = Silicon Photo Diode
  • Plage de mesure : plage de sensibilité EV 1 à EV 18 à ASA 100 avec objectif f1.4. Gamme ASA 25-1600.
  • Déclenchement de l’obturateur : électromagnétique
  • Compensation d’exposition : + 2 EV
  • Viseur : Type de pentaprisme fixe au niveau des yeux ; champ de vision 95% ; 0,86 grossissement (avec objectif de 50 mm)
  • Affichage du viseur : Vitesses d’obturation indiquées par 16 LED.
  • Focus : stigmomètre à coïncidence, avec collier de microprisme et champ mat.
  • Avance de film : Avec levier d’avance rapide; angle de réglage de 130°; position du bras à 20°.
  • Auto-minuteur : Auto-minuteur électronique avec 10 sec. retard.
  • Alimentation : 2x 1.55 V batteries argent-oxyde SR44 ou alcalines LR44. Contrôle de batterie.
  • Dimensions : 135 x 86 x 50 mm
  • Poids : 460g

Si vous aimez les éclatés façon Ikea, voici (merci Collection-appareils) :

Schéma éclaté d'un appareil photo Yashica FX-D, montrant tous les composants internes et externes détaillés.

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10313-Yashica_FX-D%20Quartz.html, https://forum.35mm-compact.com/viewtopic.php?t=23227, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/rfl35/Yashica_FX-D_Quartz.html, https://phototrend.fr/2025/06/yashica-fx-d-3-compacts-au-look-retro-sur-kickstarter/, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_FX-D, https://davidde.com/2022/02/27/review-the-yashica-fx-d/, https://kosmofoto.com/2018/12/yashica-fx-d-review/, https://davidde.com/2022/02/27/review-the-yashica-fx-d/, en anglais ; https://reinholdgraf.com/photo_sammlung_Yashica_FX-D.php, en allemand