Première sortie avec le Canon P

Dans mon sac Peak Design Everiday Sling 5l (ouf !) j’ai mis côte à côte le Leica M3 et le Canon P, avec 2 cellules à main (ben oui, j’ai chargé 2 types de pellicules de sensibiltiés différentes, celles que j’avais sous la main, confinement oblige).

Et je ne reviendrai pas sur la facilité du chargement de la pellicule dans le Canon P par rapport au Leica … quoique !

Comme il reste encore un peu de place, j’y ai glissé aussi le Fuji X20 : tout l’univers télémétrique est réuni.

Les balades étant réduites à leur plus simple expression, je vais quand même tenter de finir les films, en attendant de pouvoir les porter au labo.

Bref, je vais pouvoir utiliser les 2 grands rivaux et vous faire part de mes observations, très subjectives.

Tout d’abord, au niveau prise en main, comme je l’avais déjà signalé, c’est kifkif : les deux sont agréables et tout tombe naturellement sous les doigts. Le réglage de l’objectif du Canon est un régal, avec sa petite barre latérale qui aide à la vitesse de mise au point, tandis que le Jupiter 3 demande un peu plus d’attention.

Pour ce qui est du « bruit », les 2 se valent : un clic assourdi pour le Leica, la même chose en plus métallique pour le Canon, et le réarmement se fait dans un silence presque parfait (à peine un petit « rrrrr… » au moment d’armer, et deux fois pour le Leica M3 avec son armement en 2 coups). Ceci étant, vu le peu de personnes présentes, ce n’était vraiment pas un soucis, j’aurais pu armer un Canon A35F sans que quiconque ne le remarque !

Le patch du Leica est un peu plus lumineux mais celui du Canon ne démérite pas, et quand il y a beaucoup de lumière, c’est même confortable qu’il soit un peu assombri.

Au niveau de la visée, le Leica est très clair (hélas sans le cadre pour le 35mm) et on sait visualiser un cadre éventuellement différent avec le petit levier sur la gauche, qui simule la visée avec le 90 ou le 135 mm. Pour le Canon, il faut bien coller son œil au viseur pour bien voir le cadre en 35mm (sans que ce soit vraiment contraignant, sauf peut-être avec des lunettes ?) mais en 50 et 100 mm, pas de soucis, les cadres étant gravés dans le verre. Cela semble juste un peu moins « aérien » qu’avec le Leica mais sans être désagréable ni difficile.

Si je devais ergoter un peu (c’est – vraiment – pour le plaisir), je regrette que le levier d’armement du Leica soit si proche de la griffe flash. En effet, si celui-ci n’est pas un peu dégagé (mode rapide), j’accroche systématiquement la griffe. Ensuite, le retardateur est trop sensible car à chaque fois que je prends l’appareil, je l’accroche et j’entends le petit bruit de minuterie se mettre en route une fraction de seconde.

Très honnêtement, il sera quasi impossible de départager ces deux là, sauf pour des questions d’esthétique ou … de mode ! En effet, le Leica aura toujours plus de cote à la revente, mais sera aussi près de 8 fois plus cher qu’un Canon P à l’achat. De quoi vous permettre d’investir dans de beaux cailloux car, finalement, ce sont eux qui feront la différence au bout du compte.

En résumé, voilà deux beaux challengers à avoir dans son sac (enfin, au moins un des deux, restons raisonnables) pour arpenter les rues et se faire plaisir avec des appareils qui ont plus de 60 ans maintenant et qui fonctionnent toujours parfaitement.

Confinement photographique

Depuis le 17 mars (2020), la Belgique a décrété un confinement de la population.

Nous sommes donc « libres » de nous déplacer pour des tâches essentielles : les courses alimentaires, le médecin, la pharmacie, faire le plein de carburant (!?), aller seconder des proches dans le besoin, aller travailler quand le télétravail – obligatoire – n’est pas possible et que l’entreprise n’a pas été obligée de fermer, faire quelques pas pour s’aérer à l’extérieur …

Autrement dit, sans tomber dans la rigueur chinoise, nous sommes quand même confiné chez nous.

Serait-ce une expérience étrange ? Elle suppose en tout cas la remise en question de quelques habitudes. Et pour nous photographes (amateurs, c.-à-d. sans carte de presse), elle nous plonge dans un dilemme : nous aimerions témoigner de ces moments particuliers, même à l’échelle de notre quartier, mais nous ne pouvons le faire sans rompre cet état « d’enfermement volontaire ».

Sauf qu’il en faut beaucoup plus pour entraver l’imagination de notre corporation photographique. Et des idées, nous en avons … et s’il nous arrivait d’être en manque d’inspiration, la grande communauté des photographes trouvera une impulsion, un geste, un mot d’ordre, un encouragement, …

Par exemple, notre ami Philippe nous a proposé d’illustrer ces jours qui semblent longs … Je vous invite à découvrir le résultat de nos errances sur son site : https://pix-visu.me/2020/03/28/journal-dun-confinement-a-vos-appareils/

Pour ma part, je vous livre les photos que cette période étrange m’inspire. Au jour le jour … et en attendant que les films que j’ai aussi pu tester avec mes vieux télémétriques puissent être développés !

J 1 : Une photo qui résume ce que je fais pour l’instant : actualiser mon site avec de vieux appareils argentiques que je retape et teste, mais sans pouvoir voir les résultats car le labo – commerce non essentiel – est fermé.
J 2: Dérapage
J 3 : Grands parents un peu seuls
J 4 : Traces humaines
J 5 : j’apprends à mieux me servir de Luminar 4
J 6 – seul
J 7 – malgré le retour du gel, le printemps fleurit

Le Lubitel 2

Ou comment accéder au moyen format sans se ruiner ?

Déjà, Lubitel veut dire « amateur » en russe, sans que cela soit ironique le moins du monde. On peut dire que le décor est planté ! Cet appareil a été pensé pour être, à tout point de vue, économique et disponible en grand nombre. De fait, il fut produit de 1954 à 1980, sans grands changements, à 2 232 245 exemplaires. Un record pour un moyen format.

Economique et facile à réaliser écrivais-je quelques lignes plus haut. Figurez-vous que dans un monde où le métal prévalait, le Lubitel fut fabriqué en … bakélite !

A part cette « petite » particularité, il a tout d’un grand : visée sur verre dépoli, avec une loupe pour la mise au point fine, déclencheur à retardement, prise synchro-flash, obturateur central avec 5 vitesses automatiques, le réglage de la netteté (distance) se fait en tournant la collerette autour de l’objectif, facilité de chargement (film 120 autorisant 12 vues en 6×6), possibilité d’utiliser en trépied. Bref, il ne manque de rien.

Mais tout est simplifié : pour avancer le film, une grosse molette sur le côté; il faut penser à armer l’obturateur car l’avancement du film n’arme pas ce dernier; pas de compteur de vue, juste une fenêtre rouge (inactinique) à l’arrière pour voir le numéro de la photo sur le film, pas de système de fermeture du dos sophistiqué mais de bons gros ressorts. Et ça fonctionne !

Petite coquetterie, sur le côté il y a une petite trappe pour y installer 2 filtres.

Bref, c’est du simple mais fonctionnel. Si vous vous laisser tenter par cet appareil, vérifiez qu’il n’est pas fêlé (sinon adieu l’étanchéité à la lumière), que les lentilles ne sont pas trop sales (mais ça peut se nettoyer), que le déclencheur déclenche, que l’armement de l’obturateur fonctionne … et bonne découverte.

Son objectif est un 75 mm qui ouvre de f1:4,5 à 22; c’est l’équivalent d’un 50mm en 24×36. L’objectif du dessus ne sert qu’à composer la mise au point, le second, en dessous, capture la photo. Et il est possible d’ajouter des filtres sur l’objectif (filetage). Les vitesses vont de 1/15 au 1/250, ce qui est amplement suffisant tenant compte que vous avez aujourd’hui l’opportunité d’utiliser des films dits rapides (400 Asa)

Ah oui, gros avantages de cet appareil : son poids plume, surtout par rapport à ses concurrents; son côté complètement décalé qui vous attirera la sympathie.

Enfin, pour conclure, la société GOMZ, qui fabriquait le Lubitel depuis 1949, changea deux fois de nom. En 1965, elle pris le nom de « LENINGRAD » puis devint LOMO en 1980. C’est a cette époque que cet appareil sera remplacé par les Lubitel 166 et Lubitel 166B, un peu plus sophistiqués.

Ne changeons pas nos bonnes habitudes, les liens pour en savoir plus : http://www.sovietcams.com/index.php?784016222 et https://camerapedia.fandom.com/wiki/Lubitel_2 en anglais ou http://serge.papierski.free.fr/Le_Lubitel_2.php en français

Première sortie avec le Leica IIIf

Hier, 22 mars 2020, il faisait beau soleil et j’ai pu envisager de sortir un peu, autour de la maison, pour tester le Leica IIIf.

Mes premières impressions sont mitigées : je pensais retrouver les gestes acquis avec le Zorki Ic, en plus facile, notamment parce que les 2 « viseurs » sont très proches l’un de l’autre (réglage télémètre à gauche, viseur à droite) … ben non !

Finalement, le fait de les mettre très près l’un de l’autre rend les choses plus difficiles, par exemple parce que le viseur télémétrique a un grossissement important. On n’y voit qu’un détail de la photo envisagée et il faut être précis pour le réglage. Et quand on passe au viseur proprement dit, il y a cette impression de distance qui perturbe un peu. J’avais moins cette sensation avec le Zorki Ic.

Ceci dit, la manipulation du Leica est un régal : autant lorsque vous tournez le bouton d’avancement du film du Zorki Ic vous donne l’impression de ressentir le jeu des engrenages, autant c’est onctueux avec le Leica IIIf. Le déclencheur, mieux fini, offre une très bonne sensation quand vous l’enfoncez pour prendre la photo. Avec le Zorki Ic vous avez l’impression de devoir appuyer fort et sa forme (un tube avec de petites aspérités) est moins confortable. Pourtant, avec les deux, c’est un peu perturbant au début car le déclencheur n’est pas, comme nous le connaissons avec les autres appareils argentiques, dans le prolongement d’un levier d’armement. Non, il se niche entre le bouton d’avance du film et la molette des vitesses. Pas très ergonomique.

le « tableau de bord » du Leica IIIf : à gauche, le bouton de rembobinage, avec la commande de correction de la dioptrie (la languette en bas); au milieu, la prise pour flash (au fait Leica III f pour flash); à côté, la roue des vitesses rapides, entourée des vitesses de référence pour l’usage du flash; à l’extrême droite, le bouton d’avancement du film, avec la possibilité de mémoriser les ASA/ISO dessus et en dessous, le compteur de vue, manuel; entre la roue des vitesses et le bouton d’avancement, le déclencheur; devant lui, le levier qu’il faut remettre sur « R » lorsque l’on veut rembobiner le film; à côté de l’objectif, le bouton en saillie est celui des vitesses lentes. Sur les modèles ultérieurs, sous la molette des vitesses lentes, en façade, se trouvera le levier pour le retardateur.

Mais, comme je l’ai déjà écris, photographier avec ces appareils, c’est un peu remonter le temps, et se dire – en toute humilité – que de grands photographes ont pu tirer parti de ce que nous pouvons nommer des réticences de « photographe moderne ».

De fait, je pense qu’il faut envisager l’utilisation de ces appareils avec un autre principe que l’autofocus a rendu obsolète : le zone focusing ou, en français, la plage de netteté.

Vous en trouverez de nombreuse explications et tutos sur la grande toile (voir en bas de page pour les liens) mais, en quelques mots, ce système vous permet de prérégler une distance minima et maxima dans laquelle, en fonction de la focale utilisée et de la vitesse envisagée, vous serez net. C’est une façon élégante de ne pas se tracasser pour le réglage télémétrique. Il vous reste à viser et composer.

Ceci dit, le Leica IIIf, comme le Zorki Ic d’ailleurs, sont optimisés pour l’utilisation du 50 mm. C’est le cadre que vous voyez dans le viseur. Si vous voulez utiliser d’autres focales (35 – 90 – 135mm) vous devrez investir dans une espèce de tourelle qui se place sur la griffe « flash » et qui présente les viseurs pour ces différentes optiques

En résumé, Le Leica IIIf est un bel appareil, agréable à manipuler (je ne reviens pas sur le chargement du film, décris avec le Zorki IC, je commence à m’y habituer), aux commandes « onctueuses ». Mais c’est un appareil des années trente (1930) – même si celui-ci fut le plus évolué, avec le IIIg – et il est très loin de nos nouvelles habitudes d’utilisation (alors que nous pratiquons encore l’argentique). Ceci suppose d’appréhender des méthodes – règle du f16, hyperfocale, zone de netteté – que nous ne maitrisons plus beaucoup, habitués aux facilités des autofocus performants de nos numériques, voire même des argentiques de dernière génération (mon Canon Eos 30 p. ex.) pour en tirer le meilleur parti.

Il faudra attendre un certain temps, encore indéfini (que ce f… virus se barre) pour finir le film et pouvoir le déposer et faire développer. Patience donc …

Comme d’habitude, quelques liens utiles : https://www.youtube.com/watch?v=AMBuM5WKoZs et https://www.youtube.com/watch?v=idaIzAnctf8 en français et https://www.youtube.com/watch?v=AA1DASWrR38 en anglais

Première sortie avec le Leica M3

Franchement, j’aime bien la petite touche « moderne » apportée à l’appareil par le nouveau recouvrement en cuir bleu navy.

Pour sortir, j’ai monté un Jupiter 3 avec une bague d’adaptation car le Leica M3 a inauguré la monture … M. Pour mémoire, cette nouvelle monture permet un montage plus rapide et précis des objectifs sur l’appareil. Toutefois, Leica, qui avait développé un beau parc d’optiques de qualité, avait prévu de pouvoir encore utiliser ces optiques au standard Ltm 39 à visser, moyennant des bagues d’adaptation. Celles-ci reprennent la monture M et comportent un filetage en 39. Ce dont les objectifs russes profitent, tout comme les objectifs Canon et Nikon de l’époque (et qui sont dans la plupart des cas aussi qualitatifs que les objectifs Leitz).

Pourquoi pas une optique Leica ? Ben, à cause du prix ! Le Jupiter 3 est l’équivalent d’un Sonnar Zeiss 50mm f1:1,5 et plus particulièrement, les objectifs entre 1956 et 1961 sont fabriqués avec des lentilles d’origine Zeiss. Le mien date de 1958. Il m’a coûté 154€. Si j’avais choisi un « vrai » Sonnar, c’était au minimum 950€ (sur le même site bien connu). Bref, soyons raisonnable mais faisons-nous plaisir.

Comme j’avais terminé le test du Zorki Ic et commencé celui du Leica IIIf, c’est ce dernier que j’ai pris avec le Leica M3, d’abord pour terminer le film et ensuite pour comparer l’évolution que représente le M3 par rapport à « l’ancienne » gamme des Leica à vis.

Esthétiquement d’abord, le Leica M3 est épuré :

  • un « bloc » de métal sans aspérités, aux bords légèrement arrondis avec des améliorations ergonomiques certaines, comme le levier d’armement dans le prolongement duquel est installé le déclencheur, qui tombe naturellement sous l’index. Les molettes de réglages sont intégrées dans le capot, plat.
  • la fenêtre de visée est immense eu égard à celle du Leica IIIf et, surtout, il n’y a plus qu’un viseur. Les ingénieurs de Wetzlar ont réussi la prouesse technique d’améliorer considérablement la visée télémétrique par l’adoption d’un bloc viseur-télémètre aux images confondues, d’une conception aussi nouvelle qu’incroyablement complexe. La base télémétrique elle-même est presque doublée puisqu’elle passe de 38 mm à 69,25 mm, ce qui se traduit par une précision accrue.
  • l’image de visée est extrêmement claire et lumineuse, presque grandeur nature (rapport 0,91), délimitée par un cadre collimaté (ce qui signifie aérien, projeté à l’infini) corrigé automatiquement de la parallaxe.
  • trois cadres sont disponibles, indiquant le champ couvert par les objectifs de 50, 90 et 135 mm de distance focale ; les cadres 90 et 135 mm apparaissent lorsque l’objectif correspondant est mis en place. Le cadre 50 mm (visible en permanence) est continu, blanc laiteux. Les autres cadres sont matérialisés par 4 segments lumineux. L’image télémétrique – celle que vous allez devoir régler pour être net – occupe le centre du champ, parfaitement délimitée dans un petit rectangle au contour franc

Voir le lien dont est issue cette description précise : http://summilux.net/materiel/Leica-M3.

Et ça change tout : fini les rectangles orangés, ou les ronds aux contours plus ou moins définis des Zorki, Fed ou Kiev, voire Contax et même des anciens Leica. Lorsque vous collez votre œil à l’oculaire de visée du M3 c’est un peu comme si une fenêtre propre ouvrait sur ce que vous vouliez voir. Le cadre est lumineux, vraiment, il donne une sensation d’ouverture inconnue jusque là.

Certes le M3 est plus lourd que le Leica IIIf (près de 400 gr quand même) mais cela ne se ressent pas du tout. Il tombe bien dans la main et , comme je l’ai déjà écris, est plus ergonomique.

La roue des vitesses est crantée, elle comporte enfin les lentes et les rapides en un même endroit et – surtout – l’on peut modifier les vitesses avant ou après avoir armé (ce qui était un risque certain de casse sur les anciens Leica et leurs inspirations russes).

Reste que tout n’est pas parfait :

  • la roue des vitesses auraient pu déborder un peu du capot, permettant une correction plus rapide. Les ingénieurs l’ont fait plus tard sur le M5. Soyons de bon compte, c’est surtout utile sur le M5 qui bénéficie d’une mesure de la lumière, avec rappel dans la viseur, chose inconnue sur le M3
  • ensuite, le chargement du film est toujours assez complexe, même si l’habitude y supplée. Mais un Canon VI ou un Canon P, contemporains, avaient un dos à charnière. La justification de cette construction se trouve dans une meilleure étanchéité à la lumière, que les dos à charnière n’offrent pas toujours et nécessitent plus de mousse pour y arriver. Mouais … vu la qualité d’assemblage de mon Canon P (double sécurité à l’ouverture, rainures profondes qui s’encastrent parfaitement à la fermeture du dos), je trouve que la formule dos à charnière est plus simple.
  • Le cadre des 35mm n’est pas prévu. Il faut, là aussi, composer avec une ajoute d’un objectif et d’un bloc optique que l’on monte sur le devant de l’appareil. Pas simple. Le M2 résoudra le problème. Ceci étant, la focale 50mm est toujours réputée être celle la plus proche de la vision humaine.

Pour le reste, c’est extrêmement agréable d’utiliser cet appareil, surtout après avoir testé des modèles plus anciens. Mais c’est là le but des innovations, évoluer.

L’armement de mon modèle, qui date de 1957 est un peu spécifique, il se fait en deux demis mouvements (il faut armer 2 fois). Pourquoi ? Souvenez-vous, le Leica M3 était pensé et prévu pour des photographes de terrain, souvent des fronts de guerre. Les ingénieurs de Wetzlar ont prévu ce dispositif particulier pour éviter que les photographes, en situation de stress ou d’urgence, n’arrachent la pellicule en armant trop vite et trop fort. Gentil non ? Bon, faut juste pas l’oublier quand vous voulez, justement, prendre une photo rapidement, de faire deux fois le mouvement. Notez que ce dispositif fut abandonné en 1958. Au demeurant, l’armement est très discret, tout comme le déclenchement, à peine un clic peu audible. Seul le M5 fait encore moins de bruit (amortissement de l’obturateur encore amélioré).

Les Leica, en général, sont des appareils bien usinés, bien finis, robustes. Il est (presque) toujours possible de les faire réparer à l’usine mère ou chez des réparateurs agréés mais il faut mettre beaucoup de mauvaise volonté pour casser un Leica. Celui que j’ai acquis a manifestement été bien entretenu, il a 63 ans à ce jour et il fonctionne parfaitement.

Voilà … de tous les télémétriques que j’ai pu essayer à ce jour, ce Leica M3 est certainement le plus confortable à l’usage, le mieux fini – seul le Canon P fait arme égale à ce niveau, le plus silencieux (seul le M5 fait mieux) et, cerise sur le viseur, le plus lumineux.

Si je devais choisir d’ailleurs entre le Canon P et le Leica M3, franchement … j’hésiterais …

  • niveau qualité de fabrication, égalité
  • niveau silence, très léger avantage au Leica (un bruit plus assourdi – rideaux en caoutchouc ou plus métallique – rideaux en métal très fins pour le Canon) mais l’un comme l’autre passeront inaperçus en rue, en concert ou lors d’un discours; réarmement aussi souple et discret chez l’un que l’autre
  • niveau clarté de la visée, très léger avantage au Leica (les cadres sont comme aériens alors qu’ils sont gravés sur le Canon, ce qui ne les empêchent pas d’être bien visibles), le patch du Leica est un peu plus visible
  • niveau des cadres, léger avantage au Canon, qui offre des cadres pour le 35 -50 -100mm contre le 50 -90 -135mm pour le Leica, sauf à y monter des appendices parfois compliqués pour les focales plus courtes
  • niveau utilisation, net avantage au Canon avec son dos à charnière
  • niveau poids, léger avantage au Canon avec 557 gr tout nu contre 592 gr
  • niveau encombrement, égalité car le Leica rend 0,5cm de moins que le Canon en longueur (hauteur identique) mais le Canon est près de 0,5 cm moins épais
  • niveau ergonomie, égalité même si le Leica compte le déclencheur dans le prolongement du levier d’armement, celui du Canon tombe naturellement sous l’index; égalité pour les leviers d’armement, qui tombent parfaitement sous le pouce; déclencheurs aussi doux l’un que l’autre
  • niveau rapidité de mise en œuvre, égalité car le Canon se charge plus rapidement mais les objectifs à viser sont un peu plus lents à installer, tandis que le Leica reste lent à charger alors que sa baïonnette permet de changer les optiques plus vite
  • niveau esthétique, ah ça, les goûts et les couleurs … bref, ils sont splendides tous les 2
  • niveau prix : large avantage au Canon, y compris pour les optiques « standards »

Il me restera à terminer le premier film mis dans le Leica M3, le faire développer et scanner en haute définition, comme pour les autres, pour pouvoir vous montrer les résultats. Mais là, pour l’instant, c’est une autre histoire …

Le Leica M3, mythe ou réalité ?

Ben oui, dans la vie, faut parfois prendre des risques, alors je m’attaque au mythe du Leica M3 !

Si vous avez lu les articles précédents, concernant le petit comparatif des télémétriques que je vous propose, j’ai finalement eu en mains quelques beaux exemples de ces appareils réputés : du Zorki Ic au Canon P, en passant par le Leica IIIf, un Kiev 4AM et un Zorki 4K.

Mais me direz-vous, ce sont soit des Leica, soit des copies ! Oui, et non (mes lecteurs normands vont être ravis) car oui Oskar Barnak a inventé un appareil compact en 1913 (le Ur-Leica) mais le premier télémétrique fut le Kodak Autographic Spécial (1916), et non car dans les années ’30, Leica, Contax, Zeiss ont développés leurs propres modèles, qui ont inspiré d’autres constructeurs (Foca p. ex. en France) et suscité quelques copies, dont des appareils russes, mais aussi japonais (Nikon, Canon, Minolta,…).

Donc tous n’ont pas copié Leica mais beaucoup s’en sont inspirés, avec parfois des avancées que Leica a lui-même intégrées … après.

Ça, c’était avant 1953 car à cette date, Leica a présenté le M3. Qu’avait-il de plus ? Tout d’abord, il a inauguré une nouvelle monture, pour remplacer le vissage de l’objectif sur l’appareil, ce qui était plus rapide pour changer de focale et plus sûr (pas de risque de dévissage, même partiel, qui fausse la mise au point). La fameuse monture M était née. Autre avantage de celle-ci, elle améliore la précision du télémétre avec une correction automatique de la parallaxe. Ensuite, adoption d’un levier d’armement qui assure l’armement de l’obturateur et l’avancement du film, avec le déclencheur dans le prolongement de ce levier. Et, surtout, adoption d’un bloc viseur télémètre aux images confondues, qui supprime les deux « viseurs » des anciens modèles. Grâce à cette prouesse technique, l’image est claire et lumineuse, avec un cadre collimaté avec correction automatique de la parallaxe. Trois cadres sont disponibles, qui couvrent les champs des objectifs 50 – 90 et 135mm.

D’autres améliorations sont à relever, comme la présence d’une « porte » au dos de l’appareil, qui permet de mieux insérer le film et celle-ci est munie d’un presse-film; le compteur de vue est interne et se remet à zéro lorsqu’on enlève la bobine réceptrice; le barillet des vitesses reprend toutes les vitesses (rapides et lentes ensembles, enfin !) et il ne tourne plus lors de l’armement et du déclenchement (on peut changer les vitesses avant ou après avoir armé).

Un bel appareil, en plus, esthétiquement, aux lignes assez intemporelles; mélange du streamline et de l’influence du Bauhaus.

Il connu bien sûr quelques modifications pendant sa carrières, et une descendance, mais le principal était là, dès le début. Il fut fabriqué de 1954 à 1966, à 226 178 exemplaires.

Cet appareil a reçu le meilleur accueil chez les plus grands photographes et il a ouvert une longue lignée de M. Quelques images et photographes célèbres, pour mémoire, que vous pourrez retrouver facilement sur la toile : la photo de Che Guevara d’Alberto Diaz Gutiérrez, dit Korda- 1960 (prise avec un M2, le petit frère du M3); le dernier concert des Beatles par Jim Marshall – 1966; une fleur contre des fusils de Marc Riboud (prise avec un M4, le successeur du M3) – 1967.

De nombreux photographes de Magnum ont utilisé le M3 et son petit frère, le M2.

Pourtant ses jours étaient comptés car un nouveau venu pointait le bout de son nez ; le reflex, dont le fameux Nikon F (1959) puis le Canon F-1 (1971) et ils allaient le remplacer sur la plupart des fronts de guerre.

Cependant, le M3 a gardé de nombreux adeptes, tant en reportage qu’en photo familiale, et en photo de rue, où il excelle par sa discrétion (taille et silence de fonctionnement).

Utiliser un Leica M3, et les M argentique en général, c’est une démarche, au delà de l’aspect snob que d’aucun attache à la possession de ces appareils. Il faut avouer que Leica est cher, très cher (et toutes les raisons données n’enlèvent pas les zéros à ajouter au premier chiffre !). Il faut souvent se résoudre à se tourner vers l’occasion, ce que j’ai fait, vous me connaissez maintenant. Les bonnes occasions existent toujours, même s’il est parfois nécessaire de mettre la main à la pâte.

Les premières photos du M3 que j’ai acheté montraient des signes évidents de pertes importantes dans la vulcanite (le revêtement granuleux en caoutchouc cuit). Un petit coup sur le côté (près du compteur de vue), ce dont j’avais été averti lors de l’achat (les vendeurs allemands, comme les Japonais, sont d’une extrême correction, en général), mais il était précisé que l’appareil fonctionnait parfaitement (visée, vitesses, soit le principal somme toute). Quelques recherches sur le Net pour voir comment faire, une bonne adresse pour les nouveaux recouvrements (http://www.aki-asahi.com/store/, c’est un incontournable, pour les mousses aussi) et me voilà recevant (en une semaine) le « covering » du Japon.

De grandes feuilles de papier sur la table, quelques cutters pour faire sauter les morceaux et racler les restes de colle, puis des cotons tige avec de l’acétone pour dissoudre toute la colle restante et bien dégraisser le métal. Enfin, avec précaution, pose du nouveau cuir, d’un beau Navy Blue Crinkled Emboss. Il est comme neuf et, je pense, discrètement personnalisé. Ça m’a pris moins de deux heures, sans me presser. Faisable, non ?

Ne changeons pas nos bonnes habitudes, quelques références pour les curieux : http://www.posephoto.net/2013/09/lhistoire-de-leica.html ou http://summilux.net/materiel/Leica-M3, http://www.posephoto.net/2013/09/lhistoire-de-leica.html

Leica III f, un peu d’histoire …

Bon, je résume la légende : en 1913, Oskar Barnak (1879 – 1936), ingénieur chez Leitz et photographe, eut l’excellente idée d’adapter le film utilisé par le cinéma pour la photographie. Ce film, qui défilait verticalement, il le mit à l’horizontale et il définit le format 24×36 que nous connaissons aujourd’hui.

Ce génial inventeur souffrait d’asthme et il rêvait d’appareil portable car, à l’époque, les chambres étaient reines. Ces engins, fabriqués en bois et nécessitant l’utilisation d’un trépied, étaient lourds, encombrants et malcommodes.

Il eut donc une seconde idée géniale, celle de concevoir un appareil tout petit, éminemment portable et utilisant la nouvelle pellicule en 24×36. Il créa ainsi le premier Leica, appelé Ur-Leica. Il n’y en eut que 3, qui servaient à son usage personnel et celui de Ernst Leitz (le patron de l’entreprise où il travaillait, rappelez-vous) et au développement de son idée de « petit film » facile à charger et à développer, ainsi qu’au développement d’objectif pour cet appareil (ben oui, Leitz était une fabrique d’optique tout de même).

La facilité de chargement était aussi un argument important. A l’époque, les Brownie de Kodak nécessitaient d’être renvoyé en usine pour charger/décharger les films qu’ils contenaient. Avec la cartouche contenant le film, inventé par Barnack, le photographe s’affranchissait de cette étape. Il pouvait charger ses pellicules lui-même (au mètre), ou acheter des cartouches toutes faites, les mettre dans son appareil et les retirer une fois le film exposé, sans intermédiaire.

Quand j’écris que c’était plus facile … vous prenez la cartouche à droite, vous tirez environ 10 cm de film, vous recoupez la bande amorce comme indiqué sur le dessin, vous glissez la languette dans la fente de la bobine réceptrice (à gauche), vous réintroduisez simultanément les deux dans l’appareil, en faisant glisser le film dans la fente en bas de l’image, vous « clipsez » la bobine et la cartouche, armez une fois pour vérifier que le film est bien inséré (le bouton de rembobinage doit tourner), refermez la plaquette et sa clé de sécurité, armez encore 2 fois pour être certain, remettez le compteur de vue à zéro, et c’est parti … en fait, avec un peu d’habitude, c’est assez rapide… bien plus que les semaine d’attente pour que votre Brownie ne revienne de chez Kodak

Bref, il fallut encore attendre 10 ans avant de voir cet appareil commercialisé, la guerre de 14-18 était entretemps passée par là.

Le premier Leica fut le Leica I ou encore appelé Leica A et il sortait en 1925. Oskar Barnak avait eu le temps de perfectionner son premier jet et donc ce Leica I possédait un objectif fixe mais rentrant (gain de place), deux rideaux pour l’obturateur (ce qui permettait d’armer l’appareil sans devoir masquer l’objectif), un compteur de vue manuel et un viseur (pas encore télémétrique).

Evidemment, après le Leica I vint le Leica II. Nous sommes en 1932 et cet appareil contient tout ce qui fera la réputation et les « standards » de l’appareil dit télémétrique. En effet, c’est cet appareil qui introduit le principe du télémètre couplé et les objectifs interchangeables au pas de vis 39, notamment.

Ensuite, en 1933, Leitz présenta le nouveau Leica, le Leica III. Si la forme restait la même, le télémètre avait encore évolué, on pouvait dorénavant porter le Leica avec des lanières (introduction des œillets de portage), le viseur était équipé d’une correction dioptrique. Bien sûr cet appareil connu des améliorations mais la silhouette restait la même et ce fut un succès commercial. Les plus grands photographes de reportage ont utilisés cette fabuleuse machine.

La photo appelée « mort d’un milicien » de Robert Capa (1936), la photo « Le drapeau rouge sur le Reichstag » d’Evgueni Khaldei (1945) – à ce sujet, la photo fut bien prise avec un vrai Leica et non une copie russe ! , « Supports de générateurs hydroélectriques, chez Siemens-Schuckert », de Paul Wolff (1936), les photos de la guerre d’Espagne de Greta Taro (compagne de Robert Capa), les premières photos d’Henri Cartier-Breson (1930), les photos d’Elliott Erwitt dont la célèbre North Carolina-USA (montrant la ségrégation raciale aux USA), David Douglas Duncan, célèbre photographe de guerre américain, …. et tant d’autres ont démontré que cet appareil était, à l’époque, une des meilleurs au monde et surtout le plus passe-partout et solide, quelque soit le terrain des opérations.

Le Leica IIIf fut le dernier représentant des Leica à vis (objectifs à viser) … depuis 15 ans, un nouvel appareil était en gestation …

1954 créa une rupture et ouvrait une nouvelle légende : le Leica M3 apparut sur le marché … mais c’est une autre histoire que je vous raconterai quand je vous présenterai l’appareil.

Heu… pour être tout à fait complet, le système à vis eut un dernier sursaut, le Leica IIIg, produit après la sortie du M3, mais seulement quelques années, de 1957 à 1960. Etait ce pour satisfaire les irréductibles fervents du Leica de la (première) légende ?

Le Leica IIIf qui nous préoccupe fut produit de 1950 à 1957. D’abord présenté sans retardateur (comme le mien, qui date de 1951), il intégra ensuite cet accessoire.

Personnellement, je trouve que c’est un très bel appareil, qui fait la synthèse entre les plus anciens et qui propose déjà des solutions plus modernes, comme les deux viseurs très rapprochés, qui évitent – presque – la gymnastique d’aller de l’un à l’autre

Il délivre des images de très haute qualité provenant d’un appareil photo petit et léger. Heu, ça dépend quand même aussi des optiques montées dessus: pour ma part, j’ai installé un Jupiter 3 de 1955 (élaboration russe à partir de la formule optique d’un Sonnar Zeiss 50mm f1:1,5) . De nos jours, le Leica IIIf est l’un des moyens les moins coûteux d’accéder au système Leica. Et, surtout, il a l’air si décalé et si ancien que personne ne vous en voudra d’être pris en photo avec ça !

Par contre, l’action, la prise de vue rapide, c’est pas sa tasse de thé – en tout cas pour nous qui redécouvrons cet appareil qui fut quand même de reportage (voir paragraphe ci plus haut). Le Leica IIIf se règle avant la prise de vue : il faut armer l’appareil, vérifier avec une cellule à main (ou la règle du « sunny 16 ») l’ouverture, régler la vitesse en fonction, cadrer, vérifier avec le télémètre, recadrer et … déclencher ! Ouf … Quoique cela puisse être, finalement, un avantage : vous pensez à la photo que vous allez saisir, vous réfléchissez aux réglages pour lesquels vous optez, vous examinez votre cadre avant de déclencher … Toute une philosophie en somme … Quoique les photographes de reportage de l’époque s’en accommodaient fort bien, question de pratique.

De fait, il est vraiment petit, surtout avec un objectif rentrant (comme le Zorki 1c que je vous ai présenté il y a peu). Il est en tout cas moins grand que le M3 qui lui succède. Il est léger : tout nu, il pèse 432gr (contre 592 pour le M3) et avec un Jupiter 3, il fait 582 gr sur la balance. Enfin, il est silencieux, juste un clic un peu sourd.

Comparaison de tailles : derrière à gauche, le Leica M3 et à son côté, le Leica M5; devant, le Zorki Ic et le Leica IIIf

Une bien belle machine à faire des photos et à rêver …

Ceci étant, la qualité de fabrication, qui est bien réelle, à son revers : à moins d’être un excellent bricoleur, patient, méticuleux, il est difficile de démonter un Leica IIIf, ne fut-ce que pour nettoyer le télémètre qui, avec les années, peut devenir un peu moins lumineux. Vous verrez quelques tutos à ce sujet sur la grand toile. Par comparaison, démonter un Zorki Ic est (presque) un jeu d’enfant et bien plus facile. Et pourtant, le Zorki Ic ne démérite pas au niveau qualité de fabrication. Pour la petite histoire, le SAV de Leica peut encore vous assurer l’entretien et quelques réparations sur ces vieux appareils. Costaud je vous disais …

Comparatif avec entre le Zorki Ic (à gauche) et le Leica III f (à droite)

Je vais attendre un peu avant de vous présenter les sensations de prise de vue et les photos captées avec cet appareil, les circonstances actuelles (confinement) ne me permettent pas de déposer le film dans mon labo habituel ni de sortir bien loin.

Comme souvent, je vous mets en lien quelques sites de références : https://www.kenrockwell.com/leica/screw-mount/iiif.htm en anglais et http://www.summilux.net/avis/LeicaIIIf.html , http://www.vieilalbum.com/Archiv04FR.htm. en français

Sortie avec le Zorki 1c et son Industar 22 f1:3,5

J’ai déjà eu l’occasion d’avoir un Zorki en main, un 4K en l’occurrence (de 1974). C’était ce qui se rapprochait du Leica M3, du moins par la forme (je vous renvoie à la rubrique « les télémétriques russes » pour sa description). Avec quelques particularités, par rapport au M3, notamment un correcteur dioptrique, que ne possède pas le Leica. Mais soyons de bon compte, le Leica M3 datait de 1954 et le Zorki 4K fut fabriqué de 1972 à 1978 (à 524610 exemplaires). La construction était moins rigoureuse, moins bien ajustée, mais cela lui donnait un charme et – paradoxalement – une certaine robustesse, pour autant que l’on ai respecté la règle de toujours armer avant de modifier les vitesses. Et puis le Zorki 4K était lourd, pas spécialement facile à charger (il faut ôter la semelle, insérer l’amorce dans une bobine amovible, réintroduire le tout, remettre le dos, fermer les 2 clés de sécurité, armer/déclencher une ou deux fois et c’est parti).

Avec le Zorki 1, c’est une autre époque : celui-ci date de 1951 et il copie le Leica II qui date de … 1932 ! Il fut fabriqué de 1948 à 1956, à 835.502 exemplaires (pas mal non ?). Le mien date de 1951, c’est donc un Zorki 1C.

Deux exemples ici de Zorki Ic avec leurs objectifs rentrant : un Industar 22 et sur l’autre un Fed. Ces objectifs sont des copies des Elmar de chez Leitz.

Si vous voulez photographier avec un appareil ancien, bien fabriqué (mieux que le Fed 2, qui est aussi une copie assez fidèle), surtout très abordable, c’est celui là qu’il vous faut, vraiment.

Soyons clair, il demande un peu d’adaptation : il y a 2 « viseurs » à l’arrière. Celui de gauche est le télémètre, celui de droite, le vrai viseur. Télémètre agréable à régler, avec un patch orangé bien visible. C’est une petite gymnastique à laquelle on se fait vite : un regard à gauche, pour régler le télémètre sur l’objet photographié, un regard à droite pour cadrer définitivement. Ah oui, après avoir armé – et vérifié sa cellule à main – nous pouvons modifier la vitesse. Clic ! la photo est dans la boîte.

Les deux « viseurs » étaient la règle chez Leica et les concurrents de l’époque. C’est le Leica M3 qui modifia la donne, en 1954. Ce n’est donc pas exceptionnel si vous voulez tester de vieux télémétriques.

Ci dessous, à gauche le Zorki Ic et à droite le Leica IIIf, vus de face et de dos. Notez les deux viseurs à l’arrière, relativement éloignés pour le Zorki, plus proches pour le Leica.

Pour le charger, c’est comme pour les anciens Leica aussi : débloquer la clé de sécurité sous la semelle, ôter celle-ci, retirer la bobine amovible et … modifier l’amorce (10 cm) pour faire entrer le bout de celle-ci dans le ressort de la bobine puis glisser – en même temps – la cartouche et cette bobine dans l’appareil, en faisant glisser l’amorce dans une fente au dos de l’appareil. Bon, ça à l’air compliqué mais on s’y fait vite (paradoxalement, plus facile qu’avec le Leica M5). Vous remettez la semelle, armez et déclenchez au moins deux fois, pensez à mettre votre compteur de vue à zéro, et c’est prêt. Si vous trouvez ça difficile, rassurez-vous, il y a plein de tutos sur la toile.

En haut, la semelle avec sa clé de sécurité, le ventre de l’appareil en dessous et tout en bas la même chose sur le Leica M3, avec le dessin particulier de l’amorce (à couper suivant le pointillé – à noter qu’il existe un appareil spécialement dédié à cet exercice, un Ablon (Leica) qui coûte très cher en vrai mais dont il existe des copies réalisées sur des imprimantes 3D; faut fouiller un peu sur la toile pour les trouver)

Un mot sur le déclencheur : il n’est pas bruyant, un simple clic assez doux (rideaux de l’obturateur en caoutchouc, comme le Leica). Pour réarmer, il suffit de tourner le gros bouton de chargement. Honnêtement, y ajouter un « soft release » assurera une meilleure sensation au déclenchement, mais ce n’est pas obligatoire.

Par contre, pour le porter, il convient de trouver une sacoche en cuir car l’appareil n’a pas d’œillets pour y attacher une lanière. Ceci étant, il n’est pas lourd (534 gr avec l’Industar 22 et un film de 24 poses) et si vous y avez monté le même objectif que le mien, celui-ci replié, vous le mettez dans une poche de blouson sans soucis. De plus, la sacoche, si vous pouvez en trouver une, est du plus bel effet : c’est un magnifique cuir, généralement bien patiné.

Le détail de cet objectif étonnant, qui se replie sur lui-même. Pour le mettre en œuvre, vous tirez sur le fût et effectuez un quart de tour sur lui-même pour le bloquer en position sortie. La bague de réglage comporte un bouton pour aider à la mise au point (il suffit de le pousser d’un côté ou l’autre pour faire la mise au point)

Voilà. Je suis sorti aujourd’hui avec cet appareil et il m’a agréablement surpris, tant par sa maniabilité que par son agrément d’utilisation, malgré la petite gymnastique pour viser (et le charger). L’Industar 22 permet de régler rapidement la mise au point, surtout parce que le patch du télémètre est bien visible. Ceci étant, vous pouvez y installer d’autres objectifs, comme un Jupiter 8 ou un Jupiter 3, mais si vous gagnez en luminosité, vous perdez en compacité. Je l’ai gardé en main pendant toute la balade (10km quand même) sans qu’il ne pèse. J’avais juste pris la précaution d’emporter une cellule à main (j’avais oublié ma réglette du sunny 16 !).

Je n’ai pas pu terminer le film mis dans le Zorki. J’en profiterai pour installer le Jupiter 8 et le Jupiter 3 pour finir le film. C’est un film couleur 200 Asa, dont la date d’expiration était mai … 2005 !

La suite bientôt donc. Quoiqu’il faudra attendre encore un peu : nous sommes le 17 mars 2020 et la Belgique vient de passer en mode confinement, jusqu’au 05 avril, en théorie. Tous les commerces non essentiels seront donc fermés, et zut !

Quelques liens, comme d’habitude : http://35mm-compact.com/anciens/zorki1.htm et http://www.summilux.net/materiel/Leica-II, en français et http://www.swcornell.com/camera/zorki12list.html, en anglais.

Première sortie avec le Leica M5

Une sortie en ville qui s’apparente à déambuler dans un monde post apocalypse … vraiment étrange … tout ça à cause d’un petit virus au nom bizarre …

Bref, le ciel était laiteux, il ne faisait pas franchement froid, juste un peu humide sur la ville de Mons, avec son marché dominical. Qui ressemblait à un triste désert, avec des scènes irréalistes de (très) rares chalands faisant la file en respectant les distances, en ligne ou en quinconce … jamais je n’ai pu photographier la Ville avec autant de latitude ! Rendez-vous compte, la Grand’ Place vide, le Marché aux Herbes désert !

Que dire sur le Leica M5 ? Il fait son poids le bougre (937 gr exactement avec son objectif, sa pile et un film en 36 pauses) il n’est pas très facile à porter car c’est un modèle de 1973 avec 2 lugs (je traduis : 2 attaches) sur un seul côté, le gauche, qui devrait le faire porter à la verticale. A l’époque, les ingénieurs de Leica trouvaient ça ergonomique … peut-être mais comme je ne possède pas la lanière ad hoc, je le porte à la main, ou dans mon sling (entendez, mon sac bandoulière).

Ceci étant, il est plus volumineux qu’un M3, que le Canon P, ou le Leica IIIf et le Zorki 1, mais pas désagréable en main : je le sens bien et les « commandes » tombent naturellement sous les doigts.

à titre de comparaison : derrière, de gauche à droite Kiev 4AM, Leica M5; au milieu, le Leica M3; devant, de gauche à droite Canon P, Zorki I et Leica IIIf

En fait de commandes, pas besoin ici de lire 590 pages d’explications indigestes : vous avez réglé la sensibilité ISO (ou ASA), vous réglez l’ouverture, vérifiez dans le viseur ce que dit la cellule et adaptez la vitesse en fonction (ou l’inverse). Simple, rapide, efficace !

Heu … le mode d’emploi fait 36 pages et vous avez compris comment tout fonctionne.

J’ai équipé mon M5 d’un Voigtländer Ultron 35mm f1:1,7, très clair et facile à régler. Avec le grand « patch » du télémètre, c’est un régal, même si j’ai commandé des « black focus wrench » (je traduis : des bouts de caoutchouc à coller pour mieux sentir la bague de distances).

le Voigtländer est peut-être moins prestigieux qu’un objectif Leitz mais il est abordable

De fait, comme le M5 est le premier Leica équipé d’une mesure de l’exposition à travers l’objectif (TTL), il n’y a pas d’appendice disgracieux sur le capot (comme les M3), qui sont des télémètres non couplés. Vous devez armer l’appareil pour que la cellule soit opérationnelle (ça économise la pile), puis, lorsque vous visez, une aiguille sur la barre inférieure du verre de visée vous indique où vous devez faire coïncider une autre aiguille, qui bouge avec le sélecteur de vitesse. Vous voyez ainsi apparaître, lors de votre composition, la vitesse sélectionnée, que vous pouvez modifier soit avec le diaphragme, soit la vitesse. Facile, rapide et précis, le sélecteur de vitesse étant un poil plus large que le capot, ce qui vous permet de le faire tourner du bout de l’index sans avoir à quitter de l’œil votre composition.

Ensuite, au niveau discrétion, lorsque vous déclenchez, c’est juste un petit « clic » à peine audible, tout comme lorsque vous réarmez. Vous ne dérangerez personne avec cet appareil même lors d’un discours ou d’un concert. Honnêtement, j’avais toujours été septique quand au silence de fonctionnement des Leica, mais avec celui-ci, c’est un fait avéré.

Bon, il y a quand même un truc agaçant avec cet appareil : le chargement du film ! Il faut ôter la semelle, ouvrir la petite porte au dos, engager la cartouche de film avec une longueur d’amorce d’environ 10cm tirée, amorce que vous devez faire glisser entre les lamelles de la bobine réceptrice, fixe. Je manque sans doute de pratique, mais j’avoue que j’ai un peu galéré avant d’y arriver correctement.

L’avantage de cet assemblage étrange (semelle, porte) est d’assurer une très bonne étanchéité à la lumière une fois le tout refermé.

Résultat ? Ben disons dans … on ne sait pas vu le confinement prévu jusqu’au 05/04/20, mais le temps de déposer le film au labo et de le recevoir, développé et scanné en haute résolution sur un CD.

Sinon, première impression : très bonne, vraiment. L’appareil fait son poids mais il est tout à fait portable, même si je cherche une lanière pour avoir plus facile. Il est agréable à prendre en main (juste une petite remarque : j’accroche sans cesse le bouton du retardateur) et facile à régler. Silencieux comme dit plus haut. Restera à voir la qualité des photos délivrées.

EXploration URBaine

Je vous ai proposé il y a peu quelques photos d’une pratique nouvelle pour moi.

Comme nous étions sorti en (petit) groupe pour découvrir cet univers, je vous renvoie sur le site de Philippe pour découvrir le reste de notre travail et découvrir d’autres sensibilités que la mienne face à ces ruines : https://pix-visu.me/2020/03/13/workshop-urbex-des-participantes-des-images/

Nous nous retrouverons pour une nouvelle sortie en mai. Gageons que nous vous offrirons de nouvelles visions.