Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation du Voigtländer Bessamatic De Luxe – Que penser de cet appareil ? – Vidéos d’illustration – Un peu de technique – Des références
Préambule.
Honnêtement, je ne me souviens plus où j’ai acheté ce sac, que j’avais un peu laissé de côté. La seule chose dont je suis certain, c’est de m’être dis, en le voyant : quelle chance, il est complet ! Et quand le vendeur m’a donné son prix, c’est devenu : quelle aubaine !
De fait, je suis très heureux d’avoir pu acquérir cet appareil, que je cherchais , mais surtout, avec ces accessoires, rares. Plus encore, c’est de penser qu’un amateur de photo a pris la peine de se constituer un jeu complet de ce qu’il estimait être utile à sa pratique, et de le découvrir quelques septante ans plus tard, dans son jus mais fonctionnel …
Un peu d’histoire.
Voigtländer est sans doute la plus ancienne marque d’appareils optiques et photographiques car elle prend forme grâce à Johann Christoph Voigtländer à Vienne (Autriche), en 1756.
A l’origine, l’entreprise fabrique des instruments d’optique et c’est donc tout naturellement qu’elle se dirigera vers les objectifs pour appareils photo.
C’est elle qui crée, en 1840 l’objectif Petzval, qui est le plus rapide à l’époque (f3,7). Puis elle fabriquera le premier appareil photo daguerrotype entièrement métallique au monde, en 1841.
Surtout connue pour ses appareils à soufflet (folding), à plaque d’abord, puis avec film, comme le Perkeo, il faudra attendre 1931 pour voir son premier grand succès de masse, le Voigtländer Bessa.
Sa production ne se limite pas aux appareils pliants car elle sortira aussi de très beaux appareils fix-focus ou télémétriques dans la série des Voitgländer Vito ou Vitessa, entre autre.
Les marques allemandes régnaient encore sur le télémètre avec des légendes comme Leica et Contax, bien que de nombreuses entreprises japonaises eussent produit d’excellents boitiers (Canon J ou 8B ; Nikon I ou M, par exemple).
Mais au contraire des Japonais, ils n’ont pas compris tout de suite l’avantage indéniable des appareils reflex. Soucieux de développer un nouveau marché, les Japonais de Pentax ont lancé, dès 1952, l’Asahiflex. Il était loin d’être parfait car ne possédait pas encore de pentaprisme, ni de miroir à retour instantané, ni diaphragmes automatiques. C’est donc bien Pentax qui a lancé le reflex dans l’aventure photographique.
L’évolution était inscrite dans les gènes de ces appareils : l’Asahiflex est devenu Pentax Spotmatic, avec le succès qu’on lui connait. Orion sortait son Miranda et Tokyo Kogaku, le Topcon. Fin des années cinquante, quasi tous les fabricants japonais possédaient leur reflex 35mm. Et en 1959, sortait le Nikon F … qui lui sera comme l’archétype du reflex moderne.
Pendant ce temps, en Allemagne, patrie des télémètres et des obturateurs à lames Deckel ou Gauthier tout aussi reconnus mondialement, on se posait la question suivante : ok pour (pour)suivre les Japonais mais pourquoi repartir d’une page blanche quand on a ces atouts en mains ? De plus, l’obturateur central offre la possibilité de synchroniser les flashs à toutes les vitesses alors que les concurrents nippons, avec leur obturateurs à plan focal, plafonnent au 1/30 voire 1/60s.
Cependant, ajouter un pentaprisme et un miroir reflex à un télémètre à obturateur central relevait de l’exploit technique car de nombreux obstacles devraient être surmonté.
Dont le premier sans doute, primordial : dans un reflex la lumière passe à travers l’objectif, frappe le miroir, traverse le viseur pour que le photographe puisse composer son image. Ce qui implique que vous devez garder l’obturateur central et le diaphragme ouverts pendant la visée. Mais si l’obturateur est ouvert, comment empêcher le film d’être exposé ?
That’s the question eut dit notre bon vieux Hamlet ! Nos amis allemands aiment la complexité, preuve de savoir-faire selon eux. La solution est de mettre une plaque derrière le miroir lorsque celui-ci est abaissé et l’obturateur ouvert. Celle-ci bloque alors les rayons lumineux.
Schématiquement, lorsque l’on veut prendre une photo, l’appareil doit fermer l’obturateur et arrêter le diaphragme à n’importe quel f (ouverture) choisi. Puis le miroir reflex et la plaque doivent s’écarter pour laisser la lumière exposer le film. Bien que ces mouvements soient rapides, on estime qu’il s’écoule 1/50ème de seconde pour que tout le cycle se termine. Ce qui peut être préjudiciable pour les sujets en mouvement très rapide. Dès lors les boitiers comme le Bessamatic maintiennent l’obturateur fermé et le miroir plaqué vers le haut, empêchant la lumière de parvenir au viseur. Vous devrez armer l’obturateur pour y parvenir.
En 1959, Voigländer lance son Bessamatic, un reflex à pentaprisme et obturateur central, en réponse aux assauts nippons.
Ne blâmons pas Voigtländer de ce choix, Zeiss Ikon sort son Contaflex en 1953 ; Kodak lance sont Retina Reflex en 1957 et Agfa lance l’Agfaflex/Ambiflex en 1958. Disons que l’avantage qu’il a eu par rapport aux précurseurs, c’est qu’il a vu ce qui ne marchait pas et ce qui ne fonctionnait pas et a tenté de les corriger.
Mais il y eut un autre mauvais choix, celui de la monture. La DKL du Bassematic limite en effet la sélection des focales. Celles retenues font encore furieusement penser à celles des télémétriques (35, 50 et 135mm).
Le Bessamatic De Luxe (1962) est, finalement, une mise à jour du Bessamatic. Il comporte deux changements dont la fenêtre en forme de T, au dessus du posemètre, qui permet de voir la vitesse d’obturation et l’ouverture sélectionnée dans le viseur. La seconde est la simplification de la réinitialisation du compteur de vue. Maigre consolation …
Autres choses qui signeront la fin de ces appareils : le nombre de pièces en mouvement, le coût de fabrication, la difficulté des réparations, tout cela a fait perdre de leur popularité aux appareils munis d’obturateurs centraux face à la facilité des appareils à plan focal horizontal, nettement moins chers et plus fiables..
A la fin des années soixante, la messe était dite !
Les temps sont durs pour l’industrie photographique allemande et Voigtländer s’associe avec Zeiss Ikon (1970) pour tenter de contrer l’avancée du pays au Soleil Levant.
Ce ne sera pas suffisant, l’usine Voigtländer ferme ses portes en 1972. La marque sera rachetée ensuite par Rollei (1974) et finalement, en1996, la société allemande Plusfoto GmbH rachète la marque Voigtländer et Zeiss Ikon, et confie à Cosina (au Japon, quelle ironie !) la réalisation de nouveaux boîtiers télémétriques haut de gamme, dont le magnifique télémétrique ZM.
Publicité d’époque :

Présentation du Voigtländer Bessamatic De Luxe.
Pour en revenir au Bessamatic, c’est le nom d’une série composée de 4 variantes, qui est donc la tentative de réponse de l’Allemagne face à la nouvelle suprématie nippone.
Voici les 4 modèles de la gamme Bessamatic :
- le modèle original à cellule couplée au sélénium fabriqué à 213 000 exemplaires de 1959 à 1962 ;
- le modèle « Deluxe » permettant à travers un jeu de miroir de lire les valeurs d’ouverture et de vitesse dans le viseur, fabriqué à 75 000 exemplaires de 1962 à 1966 ;
- le modèle « M », sans cellule de mesure d’exposition, fabriqué de 1964 à 1966 à 9 300 exemplaires ;
- le modèle « CS », à cellule de mesure d’exposition TTL alimentée, fabriqué à 22 000 exemplaires de 1967 à 1969.
Celui qui nous préoccupe aujourd’hui est un Voigtländer Bessamatic De Luxe.

Il faut le reconnaître, ce reflex en impose : costaud, lourd (980gr), avec un objectif un peu petit pour le gabarit mais tellement bien construit.
Mais lorsqu’il est sorti, il était déjà techniquement à la traine face aux Nikon F, Minolta SR2 ou encore le Pentax Spotmatic, bien plus modernes et moins chers. Il s’est néanmoins assez bien vendu …
Physiquement, son toit à prisme est assez bas, avec un appendice un peu incongru au dessus de la surface de la cellule : une espèce de T semble y être noté mais à y regarder de plus près, il s’agit d’une fenêtre qui permet de lire, dans le viseur, la vitesse et l’ouverture choisies.

Le nid d’abeille de la cellule au sélénium n’est pas muni d’un cache amovible. Résultat, sur mon exemplaire, elle n’est plus fonctionnelle (mais bon, elle a au moins soixante ans !).
Ensuite, et c’était une option, il y a une griffe dite froide attachée au dessus du prisme. En fait, elle est fixée sur le bord de l’œilleton de visée. Si on y fixe un flash, il faut d’abord régler le curseur sur le côté gauche du viseur (X ou M), connecter la prise au port PC, et c’est fait.


Toujours sur le capot de l’appareil, le levier d’armement avec un mémo pour les films couleurs ou N/B. A côté de lui, un bouton coulissant que l’on doit faire pivoter pour qu’il débraye le compteur de vue et l’avance, permettant ainsi de pouvoir rembobiner le film. Et devant ce levier, le déclencheur proprement dit, fileté pour y fixer un câble filaire.





De l’autre côté, un bouton rond pour rembobiner le film, posé sur une grosse molette. La grosse molette, elle, a un rôle particulier, qui rend compte de la complexité mécanique de l’appareil : tout d’abord, un petit bouton, qui coulisse, sur le rebord, permet de modifier la sensibilité, en Din en ou Asa ; mais lorsque vous faites tourner la roue, vous constaterez qu’elle fait se mouvoir la bague des ouvertures, sur l’objectif, ainsi que deux pointeurs rouges, qui donnent une indication sur la profondeur de champ, selon le réglage choisi.
Et puis, à côté de cette molette,il y a une échelle, numérotée de 5 à 0. Il s’agit d’une échelle qui tient compte des filtres Voigtländer que vous pouvez utiliser.


L’obturateur central, un Synchro Compur, nous donne les vitesses de 1s jusqu’au 1/500s, plus la pose B. Comme il n’y a pas de miroir de retour, lorsque vous avez déclenchez, votre viseur devient noir. Il faut armer l’appareil pour retrouver la vision. Les appareils japonais cités plus haut avaient déjà tous un obturateur à plan focal et un miroir à retour automatique.

L’avantage de cet obturateur est de permettre la synchro flash à toutes les vitesses, si besoin. Comme on peut utiliser des flashs électroniques ou des flashs à ampoules magnésiques, il vaut mieux tenir compte des indications données par la notice.

A côté de ce manque flagrant, de petit détails plus ou moins utiles : les petits pieds pour poser l’appareil bien à plat, un compteur de vue qui décompte et un double verrou pour éviter les ouvertures accidentelles du dos de l’appareil.




Je fais une petite correction au premier opus de cet article, où je notais qu’au rayon des choses agaçantes, il y avait le compteur de vue : pour le régler, il faut ouvrir le dos de l’appareil, mettre le levier de débrayage de l’axe d’entrainement sur R, puis, à la main, faire tourner l’axe d’entrainement pour faire coïncider avec le trait blanc le nombre de vues du film. Ensuite, il décomptera les prises de vue. Grâce à Stéphane, un lecteur assidu et amical du site, j’ai enfin compris comment en fait cela fonctionnait : il faut effectivement mettre le levier sur la lettre R mais ensuite il suffit de faire tourner le petit bouton à côté de celui-ci pour régler le compteur. C’est nettement plus simple ! Merci Stéphane.
Un mot encore sur les objectifs, interchangeables, de cet appareil. En fait, seule la partie avant se détache en actionnant un petit levier situé sous l’objectif. Il y a le 50mm f1,28 Voigtländer Color Skopar X, le 35mm f3,5 Skoparex et le 135mm f4 Super Dinarex. Certains parlent aussi d’un Septon 50mm ouvrant à f2,8, fabuleux parait-il ! Et le fameux Zoomar, premier zoom conçu pour un réflex (1960).
En fait, voici la liste complète des optiques :
| Grand angle | Skoparex 3.4 / 35 mm f/3 Skopagon 1:2 / 40 mm |
| Normal | Couleur-Skopar X 1:2,8 / 50 mm Couleur-Lanthar 1:2.8 / 50 mm Septon 1:2 / 50 mm |
| Télé | Dynarex f/3.4 / 90 mm Dynarex f/4.8 / 100 mm (produit uniquement en 1960 et 1964) Super-Dynarex 1:4 / 135 mm Super-Dynarex 1:4 / 200 mm Super-Dynarex 1:5,6 / 350 mm |
| Zoom | Zoomar 1:2,8 / 36 à 82 mm |


Deux index rouges se déplacent autour de la couronne des distances, indiquant ainsi la profondeur de champ.

Pour les réglages de la distance, c’est avec la couronne tout à l’avant que vous le faites et vous contrôlez le résultat via l’écran avec le stignomètre et/ou le dépoli. Classique.
Quant à l’ajustement de la vitesse, vous devez utiliser la couronne à gauche, qui actionne par la même occasion le repère dan le viseur, et vous donne un couple ouverture/vitesse. La rotation de la couronne se répercute sur la bague d’ouverture et les deux repères rouges. Ici on est tributaire du couple décidé par l’appareil et cela nécessite des ajustements.

Ce n’est guère pratique car il faut tenir l’appareil de la main droite et manipuler la roue avec la gauche, et vu le poids de l’engin, ce n’est pas agréable.
Que penser de ce boitier ?
Comme je l’indiquais dans le préambule de cet article, je recherchais cet appareil parce qu’il représente une certaine idée du réflex européen : beau, solide, complexe, cher.
Tout cela est vrai, l’exemplaire que je vous présente fonctionne toujours parfaitement (hormis donc la cellule au sélénium).
Aurais-je envie de l’utiliser ? Non, trop lourd, complexe et peu adapté à ma manière de photographier.
Cependant, en préparant cet article, j’ai découvert que le Bessamatic De Luxe est un boitier qui attire toujours du monde, et c’est tant mieux.
Vous pouvez voir quelques exemples de photos prises avec ces appareils ICI.
Paradoxalement, ce n’est pas le plus recherché de la gamme car il fut produit à plus de 200.000 exemplaires. Comptez quand même une centaine d’euros pour un appareil en pleine forme.
Mais je reviendrais dans la seconde partie de l’article sur le prix de cet ensemble exceptionnel.
Vidéos d’illustration.
Un peu de technique.
Pour le mode d’emploi, c’est par ICI et LA.
- Reflex mono-objectif (SLR) Voigtländer
- Film photographique 35mm – format négatif 24 x 36 millimètre
- Posemètre intégré, couplé – cellule au sélénium, sensibilité de 10 à 3200Asa avec aiguille dans le viseur
- Lentilles Voigtländer – Objectif interchangeable sur l’appareil photo Coulor-Skopar X 50 mm f/2.8 (4 éléments en 3 groupes, formule Tessar) ; diamètre filtres, mise au point minimum de 1,2m
- Monture propriétaire DKL Voigtländer F. Deckel
- Type d’obturateur : Synchro-Compur MXV Leaf, position centrale
- Obturateur : B – 1s au 1/500s
- Flash Accessoires avec contact par câble, prise PC
- Période de production à partir de 1961 jusque 1966
- Viseur : Pentaprisme reflex fixe
- Poids : 802 grammes (boîtier nu), 938 grammes (avec objectif)
Des références.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bessamatic, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-853-Voigtlander_Bessamatic.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder, https://limage-latente.fr/les-collections/les-appareils-photo/-voigtlander.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-11779-Voigtlander_Bessamatic%20Deluxe%20.html, en français ; https://en.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder_Bessamatic_and_Ultramatic, https://oldcamera.blog/2018/05/26/voigtlander-bessamatic-2/, https://camera-wiki.org/wiki/Bessamatic, https://knippsen.blogspot.com/2018/11/voigtlander-bessamatic.html, https://www.35mmc.com/07/09/2021/voiglander-bessamatic-deluxe-review-best-of-the-60s-by-madeleina-schwantes/, https://mikeeckman.com/2018/11/voigtlander-bessamatic-deluxe-1962/, https://kameramuseum.de/objekte/voigtlaender-bessamatic-deluxe/ en anglais ; https://www.engel-art.ch/voigtl%C3%A4nder-bessamatic/, https://kameramuseum.de/objekte/voigtlaender-bessamatic-deluxe/, http://www.der-klinterklater.de/bessamatic.html, https://de.wikipedia.org/wiki/Bessamatic, en allemand

