Argentique

Le Chinon CM-7, le mal compris (chez nous)

Préambule

Où ai-je bien pu trouver ce Chinon CM-7 ? Plus moyen de m’en souvenir (aïe, je vieilli !) mais cela ne va pas nous empêcher de nous y intéresser.

Chinon est une marque que j’ai déjà mainte fois abordée, tant au travers ses compacts que ses réflex. Et s’ils sont décriés aujourd’hui par ceux qui n’ont pas connu la marque, elle a produit des appareils intéressants, même pour des marques connues. Car elle fut volontiers le produit blanc de nombreux fabricants.

Un exemple ? Alpa, marque Suisse de renom, lui a confié la réalisation de son Si 3000. Et j’ai déjà évoqué les Chinon CE-4, le Chinon CM-4s, pour ne rester qu’au rayon réflex.

Alors, commençons la visite …

Un peu d’histoire

Je vous avoue que lorsque j’ai cherché des informations sur ce modèles, je n’en ai pas trouvé pléthore. Par contre, c’est un appareil qui se vend bien car du Japon au réseau mondial d’Ebay et les auctions (ventes aux enchères) d’un tas de sites connus, j’en ai vu des dizaines. C’est qu’il y a un intérêt certain pour ce modèle en particulier. Nous allons tenter de savoir pourquoi.

Chiro Hiroshi fonde Sanshin Seisakusho en 1948, dans la ville de Chino (préfecture de Nagano (Japon). Il est alors âgé de 28 ans. Le nom sera changé en Sanshin Optics Industrial Co. en 1962 et deviendra finalement Chinon Industries Inc. en 1973.

Leur première spécialité était de fabriquer des composants d’objectifs pour Canon et d’autres grands manufacturiers. Puis l’entreprisse fabriquera les appareils en entier pour compte de ces fabricants.

En 1956, Chinon se lance dans la fabrication et la vente de projecteurs et de caméras de cinéma en 8mm. Dans les années quatre-vingt, Chinon pourra revendiquer d’être le plus gros fabricants de caméra Super 8 au monde.

Il faut dire que le domaine du cinéma Super 8 sera pour l’entreprise une source importante d’entrées d’argent. Elle développera par exemple pas mal de premières dans l’industrie, comme être la première entreprise japonaise à produire une caméra de cinéma de 8mm pour enregistrer l’image et le son simultanément, ou à produire le premier objectif zoom pour une caméra (1956).

Vers 1971, sans doute attirée par l’essor d’autres entreprises japonaises dans le domaine, elle se tourne aussi vers les appareils photo, les compacts et les réflex, proposé à prix compétitifs.

Leurs appareils sont reconnus pour leur construction simple, robuste et leurs fonctions automatisées, comme l’exposition automatique ou la priorité ouverture.

C’est dans les années septante et quatre-vingt que Chinon devient un acteur assez incontournable dans le domaine des réflex d’entrée de gamme. Ses modèles CS – CE – CM et CP sont souvent associés à la monture vissante M 42 d’abord, puis la Pentax K (1979), ce qui leur ouvre un large choix d’objectifs de qualité.

Les années quatre-vingt sont celles de l’innovation, encore, car ils ont été les premiers au Japon à développer un système d’autofocus utilisant l’infrarouge (1981) et Chinon sera le premier a introduire le double programme dans un réflex (1983).

Dans d’autres domaines, ils seront dans les premiers à s’intéresser aux dispositifs de stockage de l’information (1982).

Ils fabriqueront des compacts 35mm sous leur nom, mais aussi des appareils en produit blanc pour d’autres constructeurs. Grâce à leur capacité de production en sous traitance, ils fournissent des boitiers ou des éléments pour des marques comme Revue, Porst ou Prinzflex.

Hélas, le marché du Super 8, qui soutient toute l’entreprise, décline rapidement sous les coups de la vidéos, puis du numérique.

Curieusement, le nom de Chinon disparait doucement des vitrines dans les années nonante. Pourquoi, car l’entreprise est toujours en (pleine) activité ?

Deux raisons à cela :

1. l’invention de l’autofocus (en anglais)

2. L’association avec Kodak :

Chinon s’associe avec Kodak pour fabriquer leurs appareils (OEM = fabriquant d’équipement d’origine). Cette collaboration se renforce encore dans les années nonante lorsque Chinon commence à fournir à Kodak des appareils numériques sur la même base OEM.

La participation de Kodak passe de 9,5% à 50,1% dans le capital de Chinon (particiaption majoritaire de Kodak Japan Limited, devenant une filiale de Eastman Kodak Company). L’entreprise se concentre encore sur la fabrication d’appareils numériques pour Kodak et offre une assistance technique à Kodak Electronic Products (Shanghai), l’unité de fabrication de ses caméras. Ils ont ainsi produit plus d’un million d’appareils numériques en 1998 et plus de cinq millions en 2002.

De nos jours, la marque n’existe plus dans le domaine de la photographie mais ses reflex argentiques restent appréciés pour leur rapport qualité/prix et leur accessibilité aux débutants, surtout ceux qui souhaitent explorer la monture K sans se ruiner.

Pour en terminer, quelques petits faits anecdotiques :

  1. Chinon est reconnu comme fabricant (OEM) pour d’autres marques, en tout cas pour les boitiers. Mais lui-même achetait ses objectifs chez d’autres fabricants, dont Tomioka et Tamron.
  2. Le summum de l’innovation de Chinon est atteint en 1982 avec l’introduction du Chinon CE-5 – un boitier qui a permis d’utiliser le système d’autofocus infrarouge breveté de Chinon (sur certains objectifs), soit trois ans avant Minolta et son AF 7000. Mais lorsque Minolta lance son réflex autofocus, Chinon ne compte pas se lancer dans la bagarre avec eux, ni avec Canon, Pentax, Olympus, etc. Ils se concentrent sur leurs appareils compacts et la série Génésis, des bridges eux aussi novateurs.

Présentation du Chinon CM-7

De prime abord l’appareil étonne : sa livrée ressemble curieusement aux appareils dits titanium : un gris spécial, un peu brillant pour le capot et la semelle, et du cuir noir pour le reste.

Au moins, celui-ci sort de l’habituel noir et métal ou tout noir.

Pour le reste, il est assez classique :

1. Œillet pour courroie d’épaule
2. Compteur de vue
3. Déclencheur
4. Levier d’avance du film
5. Molette de sélection de la vitesse d’obturation
6. Griffe porte-accessoire
7. Bouton de rebobinage du film / ouverture du couvercle arrière
8. Index de sensibilité du film
9. Molette de sélection de la sensibilité du film
10. Poignée
11. Levier du retardateur
12. Bouton de déverrouillage de l’objectif
13. Bague d’ouverture
14. Échelle de profondeur de champ
15. Échelle de distance
16. Bague de mise au point
17. Arbre de rembobinage
18. Oculaire du viseur
19. Dents du pignon d’avance du film
20. Bobine réceptrice
21. Plaque de pression du film
22. Couvercle arrière
23. Bouton de rebobinage
24. Rail de film
25. Rail de guidage du film
26. Fixation pour trépied
27. Obturateur
28. Couvercle du compartiment à piles
29. Chambre noire

Sobre, efficace et facilement appréhendable pour un débutant ou pour redécouvrir l’argentique sans se ruiner.

Voyons cela de plus près.

Collé contre le boitier, le levier d’armement coupe l’alimentation électrique. Il faut le décoller légèrement pour mettre en batterie l’appareil et réveiller la cellule. Pour éviter de gaspiller les 2 LR44 nécessaires au circuit de la cellule, rabattez toujours le levier contre le capot.

L’obturateur est mécanique et fonctionne donc si les piles sont à plat. Cet obturateur est entièrement métallique, à plan focal vertical. Il propose des vitesses de 1s à 1/2000s, une pose B et une synchro flash au 1/125s. Pas mal pour un entrée de gamme en 1988.

Mieux, lorsque vous lancez le minuteur (que l’on ne peut interrompre), un réglage particulier fait qu’il soulève le miroir et ferme l’ouverture au début de son cycle, ceci afin d’éviter les vibrations pendant l’exposition. Pratique pour les poses longues.

Ceci étant, c’est un argentique à mise au point et exposition manuelle, bien doté et facile d’utilisation.

Le viseur est assez clair, avec un stigmomètre à coïncidence, horizontal, avec un micro prisme fin. Sur la gauche, une plage noire où vont s’éclairer des diodes rouge qui signaleront une sous ou sur exposition. Vous modifiez l’exposition en jouant soit avec la vitesse (barillet sur le capot) ou l’ouverture (bague des ouvertures sur l’objectif).

A = surexposition ; B = exposition correcte ; C= sous exposition

Ah oui, puisqu’il est équipé de piles, la sensibilité de la cellule se règle avec la roue sous la manivelle de rebobinage (de 25 à 1600 Iso).

Par rapport au Chinon CM-4, ce modèle amène quelques modifications, comme la mesure de l’exposition avec les diodes, le minuteur qui perd sa lampe clignotante et son esthétique unique.

Petit résumé de l’appareil : vitesses jusqu’au 1/2000s, flash synchro au 1/125s, obturateur à rideaux métalliques, monture Pentax K, léger et … joli (ça c’est subjectif).

De quoi donner envie, non ?

Que penser de cet appareil ?

C’est vrai qu’il a un look différent, qui lui va bien. Mais nous leurrons pas, s’il est si léger (490gr) c’est parce que le capot et la semelle sont en plastique, de qualité certes, mais plastique.

Ceci étant, il est bien assemblé et celui-ci, qui approche de ses quarante ans bientôt est encore en très bel état et, surtout, tout fonctionne sans anicroches.

Quand j’ai découvert sa fiche technique, je me suis dit que c’était là un appareil qui méritait bien le nombre de ventes que j’ai trouvées sur Internet le concernant.

Sa petite poignée, en façade, assure une bonne préhension et son ergonomie, pour être classique, est agréable et facilite la prise de vue.

On pourrait lui reprocher de ne pas donner plus d’information dans le viseur mais rappelons que c’est avant tout un boitier destiné aux amateurs. Les informations sont suffisantes et claires pour éviter de rater ses images.

L’utilisation de la monture Pentax K élargit le cercle des possibilités dans le vaste champ des optiques disponibles, ce qui arrange bien tout le monde, surtout si vous devez faire attention aux coûts.

Voici donc un boitier qu’il ne faut pas négliger si vous en trouvez un. D’autant que son prix, avec au moins un 50mm, ne devrait pas dépasser les 50€.

Que demander de plus ?

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Appareil photo reflex 35 mm avec système de mesure de la lumière à LED.
  • Format d’image : 24 x 36 mm.
  • Monture d’objectif : Monture à baïonnette universelle Chinon (compatible avec les montures K, KA et RK).
  • Obturateur métallique à plan focal à course verticale, déclenchement mécanique.
  • Vitesses d’obturation : 1 – 1/2 000 s, B.
  • Synchronisation du flash : griffe, contact X, 1/125 s.
  • Viseur : pentaprisme fixe au niveau des yeux, stigmomètre avec collier à microprismes et écran mat.
  • Grossissement du viseur : 0,86x (à 50 mm, à l’infini)
  • Couverture du viseur : 93 %
  • Correction dioptrique : – 1,0 dioptrie
  • Indicateurs dans le viseur : LED rouge avec croix (surexposition), LED verte (point) (exposition correcte),
  • LED rouge (point) (sous-exposition)
  • Mesure de l’exposition : Système TTL à pondération centrale à pleine ouverture utilisant un CdS,
  • indicateur d’exposition à 3 niveaux avec 3 LED.
  • Plage d’exposition : EV +3 à EV +20 (F1,4 à 50 mm, ISO 100).
  • Plage ISO : 25-1 600 (DIN 15-33) par paliers de 1/3.
  • Avance du film : en un seul mouvement sur un arc de 130° avec un écart de 30°.
  • Compteur de poses : indique automatiquement le nombre de poses et se remet à S lorsque le dos de l’appareil est ouvert.
  • Chargement du film : type bobine réceptrice à fentes multiples.
  • Rembobinage du film : en appuyant sur le bouton de rembobinage et en actionnant le levier de rembobinage.
  • Verrouillage du déclencheur : le déclencheur est verrouillé lorsque le levier d’avance est rangé en position de repos.
  • Déclencheur à câble : possible.
  • Retardateur : intégré, délai d’environ 10 secondes.
  • Alimentation : deux piles alcalines de 1,5 V (LR44) ou piles à l’oxyde d’argent (SR44).
  • Poids : 410gr nu

Les accessoires optionnels :

Objectifs 50mm :

  • Standard Lens 50 mm f1.4 multicoated
  • 50 mm f1.7 multicoated
  • 50 mm f1.9

Grands angles :

  • 17 mm f3.5 multicoated
  • 28 mm f2.8 multicoated

Téléobjectif :

  • 135 mm f2.8 multicoated

Zoom :

  • 28-70 mm f3.5-4.5 multicoated MACRO
  • 35-70 mm f3.4-4.5 multicoated MACRO
  • 35-80 mm f3.5-4.8 multicoated MACRO
  • 35-105 mm f3.5-4.5 multicoated MACRO
  • 35-200 mm f4.0-5.6 multicoated MACRO
  • 70-210 mm f4.0-5.6 multicoated MACRO
  • 75-300 mm f5.6 multicoated MACRO

Autres accessoires :

  • Flashs CHINON série S Anneau d’extension automatique
  • Soufflet
  • Étui de transport de luxe, Sac souple pour accessoires
  • Sangle large avec logo CHINON

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Chinon_CM-7, https://cameragocamera.com/2021/02/04/chinon-cm-7-versus-nikon-fm10/, https://www.chinonshop.com/pages/about-chinon, https://filmphotography.eu/en-p/cameras/chinon/, https://camera-wiki.org/wiki/Chinon, https://japb.net/business/company-profiles/chinon/, https://japb.net/theory/autofocus/, en anglais ; https://kitatoma.web.fc2.com/hobby_room/1_camera/CHINON_CM-7.htm, en japonais ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Chinon_Industries, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1470-Chinon_CX-II.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Chinon_Industries, https://wikimonde.com/article/Chinon_Industries, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Chinon, https://www.mes-appareils-photos.fr/Chinon.htm, en français

Argentique

Le Yashica FX-D, le vrai, celui de 1981

Préambule

Celui-ci vient de la brocante de Braine-le-Château, dimanche dernier (21/06). Je l’ai acheté en même temps qu’un Canon Prima AS-1 avec son verrou intact, un Halina 6×6, un Kodak Retina S2 et un Minolta X-700 MPS. Ils avaient en commun d’être restés au moins mille ans sur une étagère noyée de poussières et d’avoir très mal vécu la chose !

Donc, dimanche après-midi, presque au frais à la maison (dehors = 32°C et dedans = 26°C), j’ai d’abord entrepris de leur rendre un aspect plus engageant et ce fut la séance grand nettoyage. Puis vint celle des tests avec piles pour vérifier ceux qui fonctionnaient correctement, et les autres.

Pour le Halina, pas besoin de pile mais il faudra refaire tous les cuirs, il n’y en a plus un seul qui tienne. Pour le Retina S2, c’est la triste occasion de voir ce qu’est devenue, au fil du temps, cette magnifique lignée signée Kodak. Et c’est trèèèèès décevant !

Enfin, le Canon Prima AS-1 et le Minolta X-700, ainsi que le Yashica FX-D sont repartis sans soucis. Sauf que pour le dernier cité, il faut aussi refaire tout le cuir, mais on sait que c’est un problème récurrent, tant chez Yashica que chez Contax.

Voilà de quoi passer quelques heures à l’intérieur alors que dehors le soleil tape dur, et j’ai une pensée émue pour les brocanteurs qui affrontent ses ardeurs, tant bien que mal.

Mais voyons voir de plus près ce Yashica qui a refait peau neuve …

Un peu d’histoire

Lors de la présentation du Yashica 107 MP, j’ai parcouru assez bien l’histoire des réflex de la marque. J’y notais que deux types d’appareils allaient modifier la vision des reflex chez le fabricant : les FR et les FX, fabriqués en collaboration avec Carl Zeiss et Contax. Ce qui allait lancer deux lignées de réflex argentiques de grande qualité, dont les optiques étaient interchangeables. Si Contax a gardé une certaine aura, due à son passé célèbre, les Yashica n’avaient pas à rougir, surclassant souvent leurs cousins, notamment par une meilleure résistance à la poussière, voire à l’eau, et une excellente durabilité (sauf, encore une fois, leur revêtement qui se desquame littéralement, chez les deux fabricants).

Malheureusement, la marque fut vendue et revendue et lorsque j’ai cherché des information sur cet appareil, quelle ne fut pas ma surprise de voir que ce nom était réutilisé pour … ça :

Appareil photo Yashica FX-D 300 avec objectif et design vintage.

En fait, trois boitiers qui jouent éhontément avec le néo-retro avec un simulacre de reflex argentique : capteur minuscule de 1/3,6″ (13Mpx) au ratio 4:3 avec un zoom 3x, équivalent à un 25-76mm (soit en 24×36) ouvrant de f1,6 à f2,8. A cette imposture, ils ajoutent six simulations de film : Ruby 60s, Sapphire 70s, Yashica 400, Golden 80s et deux rendus N&B.

Six pellicules photo Yashica de différentes variétés et couleurs, sur un fond gris.

Soit, passons ce mauvais remake pour en revenir au vrai Yashica FX-D, celui de 1981.

Il s’agit en fait d’un Contax 139 Quartz simplifié mais qui garde la compatibilité avec les excellentes optiques Y/C et ceux de la gamme Yashica ML. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écris : si c’est un 139 simplifié, il n’est pas construit sur cette base et c’est bel et bien un Yashica

Que lui manque-t-il ? Il n’a pas de contrôle de la profondeur de champ, ni de mesure TTL au flash.

Peu de choses en fait pour bien débuter avec un appareil à priorité ouverture dont on sait que les vitesses seront justes car réglées par les oscillations du quartz.

De fait, lors du lancement du Contax 137 MD Quartz, en partenariat donc avec Yashica, il y eut deux autres boitiers destinés aux amateurs : le Contax 139 Quartz et le Yashica FX-D. Si le premier cité peut revendiquer d’être un des premiers reflex à motorisation interne, n’oublions pas que le premier fut un Konica FS-1 (1978).

Tableau comparatif des spécifications des appareils photo Contax 139Q, Yashica FX-D et Contax 137 MD.
Petit résumé des caractéristiques des 3 mousquetaires.

Finalement, en 1985, le FX-D sera remplacé par le FX-103, basé sur le même châssis mais avec un viseur plus lumineux, le flash TTL et un mode programme.

Mais nous allons examiner notre FX-D ci-dessous.

Présentation du Yashica FX-D

Les réflex des années quatre-vingt rompent avec ceux des années septante au niveau du design : ils sont plus compacts et ont recours au plastique pour leur assemblage. Pour vous donner une idée de taille, celui-ci est presque 1cm plus court que l’Olympus OM-2N réputé compact. Il fait armes égales avec le Praktica B200.

Petite revue de détails :

Image d'un appareil photo Yashica FX-D avec des annotations numérotées des différentes fonctionnalités et réglages.
Vue d'une caméra avec des annotations numérotées indiquant divers composants, tels que le compartiment de pellicule, le bouton de déblocage, et la prise pour télécommande.

Voyons cela de plus près et commençons par le capot de l’appareil, qui est sobre mais tout s’y trouve : à droite, le levier d’avance du film et d’armement, et, à son côté, la molette pour régler la vitesse, graduée de B à 1/1000s, plus les marques X (flash) et AE (verrouillage exposition) qui contient en son centre le déclencheur électromagnétique.

Le mot quartz indique que les vitesses de l’obturateur sont régulées très précisément de 11 secondes au 1/1000s en automatique, et de 1s au 1/1000s en manuel.

C’est donc un appareil automatique, débrayable en semi-automatique et qui peut travailler en manuel.

Le prisme avec le viseur au milieu, qui porte la griffe flash, et à gauche toute, la molette pour régler la sensibilité des films et la correction d’exposition. Pour la faire tourner, ne pas forcer mais plutôt enfoncer le minuscule bouton sur le bord du capot, derrière.

Le viseur. Il couvre 95% de la surface et son grossissement est de x86. Les informations ne sont pas légions mais finalement ce qui compte est là : une échelle, à droite, indique les vitesses au moyen de minuscules diodes rouges. Certains auteurs estiment que le viseur est peu lumineux, mais personnellement je ne trouve pas.

Une femme souriante portant une robe rayée se tenant près d'un écran avec des annotations techniques, notamment sur les réglages de l'appareil photo.

Toujours sur le bord arrière du capot, à droite cette fois, un minuscule capuchon cache la prise pour un déclencheur ou une télécommande (Contax S ou L).

Sur la face avant, un levier à trois positions et un bouton central : position O (orange), position AE-L, position ST (minuteur). L’appareil est en automatique si le levier est sur O ; en position AE-L, l’appareil est sous tension et les diodes clignotent pour prévenir que le boitier est sur le verrouillage AE* (attention de remettre le levier sur O pour éviter de décharger les piles) ; le bouton central a aussi plusieurs fonctions car il permet le vérifier si les piles sont bonnes et, surtout, contrairement à d’autres appareils, il faut appuyer dessus pour avoir une mesure de la scène avant de déclencher. Si vous déclenchez sans l’avoir enfoncé, la scène sera captée en lecture instantanée.

*L’exposition est verrouillée aussi longtemps que le levier reste dans cette position.

En mode manuel, la ou les diodes clignoteront devant la vitesse correcte selon la valeur d’ouverture sélectionnée. Si vous avez sélectionné une mauvaise vitesse, la diode vous indique la bonne vitesse à sélectionner.

La griffe porte flash possède un contact central pour la synchronisation au 1/100s mais cette synchro n’est pas TTL.

Le flash dédié est le CS-201. C’est un flash automatique qui peut régler le boitier à sa vitesse de synchronisation pendant que l’exposition est en mode automatique.

Outre ce flash, le boitier peut accepter un winder, le FX Winder ou le Contax 139 II, qui autorisent une rafale à 2i/s. Ce qui est plus intéressant, c’est qu’il propose une petit poignée qui assure une meilleure prise et il vous dispense de réarmer.

Enfin, il est difficile de trouver de nos jour des eyecup en caoutchouc d’origine (ces caoutchoucs ronds qui rendent confortable la visée). Mais on peut les remplacer par les carrés destinés aux Canon Eos 100D – 1100D.

Pour ouvrir le dos du Yashica, pas de mystère, on tire sur la manivelle de rebobinage et la chevillette chute.

La semelle nous réserve le traditionnel filet pour y fixer un trépied, le petit bouton de débrayage pour rebobiner et la trappe pour les piles. Ne pas oublier que sans elles, rien ne fonctionne : il n’y a pas de vitesse mécanique de secours. Prévoyez donc quelques LR44 avec vous, surtout si vous avez oublié de remettre le levier cité plus haut sur la position O.

Le Yashica FX-D est donc un appareil a exposition automatique qui donne la priorité à l’ouverture. Concrètement, vous choisissez une ouverture (f5,6 par exemple) et le boitier va sélectionner automatiquement la vitesse la plus appropriée fonction de la lumière disponible. Cette vitesse est visualisée par les diodes dans le viseur.

La mesure de lumière est à prépondérance centrale à pleine ouverture.

Vous placez la bague des vitesses sur AE : l’appareil va pouvoir déterminer la vitesse grâce à son circuit électronique ; vous réglez l’ouverture sur celle que vous voulez ; vous visez votre sujet et faites la mise au point ; vous appuyez sur le bouton de contrôle d’exposition (positionné sous la marque) : si une diode s’allume en face d’une valeur de 1000 à LT, c’est la vitesse sélectionnée adéquate. Si deux diodes s’allument ensemble, c’est une valeur intermédiaire qui sera choisie. Appyez sur le déclencheur et c’est dans la boite.

Bien que cet appareil soit à priorité ouverture, on peut aussi l’utiliser avec une priorité vitesse Vous devez alors appuyez sur le bouton de contrôle d’exposition et tourner la bague d’ouverture jusqu’à ce qu’une diode s’allume en face de la vitesse déterminée. Appuyez alors sur le déclencheur.

Pour passer en manuel, quittez la position AE et choisissez une vitesse. Celle-ci va clignoter dans le viseur alors qu’une seconde diode s’allume est clignote rapidement sans arrêt. Celle-là vous indique ce que recommande l’appareil. Faites tourner la bague des ouvertures jusqu’à ce que les deux diodes se fondent ; vous êtes à la bonne vitesse, il suffit de déclencher.

C’est un fonctionnement assez classique pour un automatique. S’il vous restait des questions, voyez le mode d’emploi multilingues ici plus bas.

Enfin, le revêtement étant hors service, j’avais le choix d’aller faire un tour chez Ashahi Aki ou de le refaire moi-même, avec des feuilles de cuir. C’est Olivier qui m’en a donné l’idée. J’ai donc sélectionné un cuir bordeaux et avec un peu de patience et de la colle, vous voyez le résultat sur les photos.

Que penser de cet appareil ?

Si vous voulez vous faire plaisir avec un appareil fiable et solide, qui accepte – selon les budgets – des optiques de très bonnes qualité Yashica ou excellentes chez Carl Zeiss – Contax, je pense que vous avez trouvé en ce Yashica FX-D de quoi vous satisfaire pleinement.

Certes, le flash n’est pas TTL, il n’y a pas de bouton pour verrouiller le miroir, ni faire un contrôle de profondeur de champ mais il a tout le reste et même plus.

D’autant que cet appareil ayant eut, en son temps, beaucoup de succès, il s’en trouve assez facilement et à des prix sympathiques : comptez environ 50€ pour un bel exemplaire avec un 50mm Yashica (à minima). A ce prix là, vous devrez refaire les mousses, comme pour d’autres, et le revêtement. Si vous en voulez un tout prêt, le prix devrait friser les 90€.

Il vous reste de quoi achetez du film et le tester à votre aise. Faites attention, on s’y attache vite !

Si vous êtes impatients de voir ce qu’il donne comme résultat, vous aurez quelques idées ICI.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, multilingues, c’est par LA.

  • Type : SLR 35mm à priorité ouverture, automatique, fabriqué de 1981 à 1986
  • Taille de l’image : 24 x 36 mm
  • Monture d’objectif : monture de baïonnette Contax/Yashica.
  • Obturateur : volet vertical électronique à plan focal en métal.
  • Vitesses d’obturation: pilotées par quartz avec des vitesses variables sur AUTO de 1s à 1/1000s ; en mode manuel, vitesses de 1s à 1/1000s ; plus synchro X (1/100 s) et pose B. Pas de vitesse mécanique.
  • Contrôle d’exposition : TTL, pondéré au centre à pleine ouverture. Exposition automatique avec priorité à l’ouverture.
  • Cellule : SPD = Silicon Photo Diode
  • Plage de mesure : plage de sensibilité EV 1 à EV 18 à ASA 100 avec objectif f1.4. Gamme ASA 25-1600.
  • Déclenchement de l’obturateur : électromagnétique
  • Compensation d’exposition : + 2 EV
  • Viseur : Type de pentaprisme fixe au niveau des yeux ; champ de vision 95% ; 0,86 grossissement (avec objectif de 50 mm)
  • Affichage du viseur : Vitesses d’obturation indiquées par 16 LED.
  • Focus : stigmomètre à coïncidence, avec collier de microprisme et champ mat.
  • Avance de film : Avec levier d’avance rapide; angle de réglage de 130°; position du bras à 20°.
  • Auto-minuteur : Auto-minuteur électronique avec 10 sec. retard.
  • Alimentation : 2x 1.55 V batteries argent-oxyde SR44 ou alcalines LR44. Contrôle de batterie.
  • Dimensions : 135 x 86 x 50 mm
  • Poids : 460g

Si vous aimez les éclatés façon Ikea, voici (merci Collection-appareils) :

Schéma éclaté d'un appareil photo Yashica FX-D, montrant tous les composants internes et externes détaillés.

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10313-Yashica_FX-D%20Quartz.html, https://forum.35mm-compact.com/viewtopic.php?t=23227, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/rfl35/Yashica_FX-D_Quartz.html, https://phototrend.fr/2025/06/yashica-fx-d-3-compacts-au-look-retro-sur-kickstarter/, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_FX-D, https://davidde.com/2022/02/27/review-the-yashica-fx-d/, https://kosmofoto.com/2018/12/yashica-fx-d-review/, https://davidde.com/2022/02/27/review-the-yashica-fx-d/, en anglais ; https://reinholdgraf.com/photo_sammlung_Yashica_FX-D.php, en allemand

Argentique

Le Pentax ES, le premier réflex automatique (1971) : toute une histoire.

Préambule

Tubize, ville autrefois industrielle, fief d’une sidérurgie qui s’en est allée, laissant sur le carreau des milliers de familles désemparées.

Petit petit, les plaies se referment, de nouveaux acteurs économiques sont venus remplacer les anciens et même si tout le monde n’a pas retrouvé sa place, pour beaucoup cela va mieux.

Et dans ce décor, un dimanche frais qui hésite entre soleil et nuages menaçants. Et une grande brocante où domine les vêtements dames, enfants et articles de puériculture. Quelques objets amusants mais je désespère de trouver quelque chose. Il faut dire que contrairement à notre habitude, nous étions partis tard (9h00).

C’était sans compter sur un peu de chance car, à la fin d’une allée, un monsieur vend quelques réflex. Je les regarde à mon aise : un Minolta SRt 101X (j’ai déjà), un Pentax ES (celui de l’article du jour), un Yashica FX-D qui viendra en son temps, quelques flashs dont deux sont bons pour la poubelle (les piles ont coulés et l’acide a tout rongé) dont j’extrais un beau Minolta quasi neuf et avec ses accessoires (flash Cobra), puis un Instax 100 en bien mauvais état et j’oublie un autre réflex qui ne m’a pas tenté.

Bref, de quoi remplir le sac à dos. Ce seront là mes seuls achats d’ailleurs.

Rentré à la maison, séance de nettoyage pour le Pentax et le Yashica, qui refuse tout à coup de fonctionner, et découverte des dégâts sur l’Instax (tout le compartiment piles est mangé par la rouille et l’acide).

Va y avoir du travail …

Un peu d’histoire

Pour mémoire, sur dix des développements les plus importants/utiles des réflex depuis leur invention, cinq sont à porter au crédit de Pentax seul : le miroir à retour instantané, le compteur de vue à retour automatique, la mesure TTL automatique à priorité ouverture, l’autofocus. Les cinq autres se répartissent entre Pentacon pour le viseur à pentaprisme, Topcon pour la mesure TTL à ouverture complète, Konica pour l’obturateur automatique de série, Olympus pour le flash TTL et Nikon pour la mesure matricielle.

Ce fut sans doute pourquoi Ashi Pentax a fabriqué par mois plus de réflex que Canon et Nikon réunis dans les années soixante- septante. Ils se sont surtout concentrés sur les SLR. Comme de nos jours, ils ne sont toujours pas passés aux hybrides.

Pentax est une marque pour laquelle il existe déjà plusieurs articles sur le site, comme ceux sur les Pentax LX, le Spotmatic SP2, le Spotmatic F, le Super A, les ME et ME Super, sans compter tous les compacts de la marque (de quoi vous amusez à visiter le site un moment).

Toutefois, ce Pentax ES (Electro-Spotmatic) mérite sa petite histoire à lui tout seul, y compris sous son autre nom, le Honeywell Pentax ES.

Au début il y avait le Spotmatic (1964), un appareil fiable, solide et simple : pas de griffe flash synchronisée, pas de cellule. Pour en obtenir une, intégrée, il faut attendre le Spotmatic SL (1968). Elle était basique mais fonctionnelle. Je fais l’impasse sur les SL 500 et 1000, qui sont des Spotmatic simplifiés et aux vitesses limitées (SL 500 = vitesse maximum 1/500s), auxquels on avait ôté le minuteur.

Une nette amélioration se profile avec le Spotamic 2 (SP II) car il ouvre la voie aux nouveaux objectifs SMC (toujours en monture vissante M42) : la sensibilité de la cellule est augmentée au 3200Asa, la cellule est plus sensible et il gagne une griffe flash avec contact central et la synchronisation FP (lampe) ou X (flash électronique) est réglée par un commutateur.

Un mot (enfin, plusieurs) sur les nouveaux objectifs SMC (Super Multi Coated) : ils sont conçus pour permettre la mesure à ouverture complète sur les ES, ES II et Spotmatic F. Ce qui signifie que le viseur reste dès lors lumineux en toutes circonstances, ce qui facilite la mise au point sur le sujet.

Dans le cas d’objectifs plus anciens, sans le couplage de mesure à ouverture complète, l’ES, grâce au curseur placé contre le fut de l’objectif, permet quand même de le faire.

Petit aparté sur les Takumar SMC : en 1971, Pentax met au point le premier revêtement anti réfléchissant multicouche au monde. Celui-ci permettait un contrôle du flare et des images fantômes. A l’époque, les Takumar SMC assurait une excellente qualité d’image, même en contre jour et cela dans une large gamme d’optiques robustes, compactes et de prix abordables.

Oublions le Spotmatic IIa (1971), réservé au seul marché US car il fut fabriqué pour pouvoir être utilisé avec les flashs électroniques Honeywell Strobonar (un œil électronique était placé sur la face avant afin d’effectuer la synchronisation avec le flash).

Retenons par contre le Pentax Electro-Spotamic (1971), qui sera le premier réflex à priorité ouverture, électronique et automatique. Un seul regret, il ne sera vendu qu’au Japon. Mais il n’était pas encore très au point, la carte électronique était rudimentaire, instable et sujette à des nombreux soucis. Dur, dur d’être précurseur … Pourtant il eut du succès car il apportait réellement quelque chose de neuf.

Enfin le Pentax ES (contraction de Electro Spotmatic quand même) voit le jour en 1972. Il est destiné cette fois à être vendu partout dans le monde car il a corrigé les écueils du Electro-Spotmatic premier du nom. Lui possède une vraie carte électronique moderne* qui suppriment les ennuis de son prédécesseur. Il sera suivi d’un ES II en 1973 et par un Spotmatic F : tous les trois utilisent maintenant la ligne des Takumar SMC (Super Multi Coated = traité multi couches) et, surtout, effectuent la mesure de la lumière en direct

*Moderne au sens où il s’agissait réellement d’un circuit imprimé mais loin d’être, déjà, miniaturisé. En effet, la taille du circuit a fait que sur l’ES et l’ES II on a dû supprimer le minuteur.

Ce que l’on peut retenir de cet appareil dans le parcours du Spotmatic, c’est qu’il a permis à la monture reine de cette époque, la monture à viser M42, de rester dans la modernité de l’automatisme, une prouesse technique.

En effet, le Pentax ES proposait un obturateur mécanique et un circuit électronique qui contrôlait le système d’exposition automatique, avec une priorité à l’ouverture. De quoi contenter les photographes qui recherchaient la commodité de l’automatisation sans abandonner la satisfaction des commandes manuelles.

Pentax propose ici une première mondiale : le premier reflex avec un obturateur mécanique mais asservit, en mode automatique, à l’électronique. La calculateur propose alors, en continu, des expositions entre 8s et 1/1000s. Ce qui veut dire que si vos mesures donnaient 1/475s, c’est à cette vitesse que l’appareil déclenchait.

Affiche vintage présentant un appareil photo Asahi Pentax ES avec une femme stylée, mettant en avant la caméra et le slogan sur la révolution de la photographie.

Le Pentax ES sera suivi du Pentax ES II (1973). Quelques différences, outre le nom, les distinguaient : retour du minuteur sur l’ES II, la batterie se trouve en dessous, la plage des vitesses s’affichent dans le viseur, la sensibilité des films est portée à 3200Asa (contre 1600Asa), un verrou est ajouté au bouton de déclenchement, par exemple.

Enfin, pour clôturer l’histoire du ES, sachez que la couleur noire est la couleur standard. Si, normalement, cette teinte était une commande spéciale pour les autres modèles, ici il fallait que ce soit pour obtenir un boitier bis-colors qu’il fallait faire cette commande.

Petite revue des Pentax en 1973 -1974 :

Page de catalogue montrant les appareils photo Asahi Pentax SPOTMATIC II et ES, avec des détails techniques et des spécifications des objectifs.
Phokina 1973 – 1974

Présentation

Si la filiation avec le Spotmatic est assez évidente, cet appareil est un peu plus moderne dans ses lignes, un peu moins rugueuses.

Ceci étant, nous sommes bien face à un appareil des années septante : en métal, solide, avec ce petit côté rassurant que l’on en a pour son argent !

Mais commençons la visite :

Sur le capot, le levier d’armement et d’armement de l’obturateur, avec le compteur de vue intégré (réinitialisation automatique), le déclencheur et à côté, le barillet de réglage des vitesses ou de la position automatique.

Au centre, le prisme avec par dessus une griffe flash avec contact au centre pour la synchronisation.

De l’autre côté, la manivelle de rebobinage et autour, le réglage de l’exposition (de1/2à 4), qu’il faut déverrouiller avec le minuscule bouton à côté. En soulevant le pourtour, vous réglez la sensibilité de la cellule. Remarquez aussi les deux petits crochets, qui sont des aide-mémoires pour le type de film utilisé (diapo, N/B, couleur)

L’arrière est sobre, juste le viseur.Pour ouvrir le dos, soulever la manivelle de rebobinage. Remarquez à ce sujet la qualité de fabrication, vu le nombre de vis qui tiennent l’ensemble.?

La chambre est classique, étonnamment propre.Juste les mousses à refaire, rien de difficile.

Par dessous, le bouton de débrayage et au centre, le filet pour fixer un trépied.

Sur la face avant, à côté de fut d’objectif, un cylindre fermé par un bouchon à visser, pour y installer la pile, une 4LR44 de 6v moderne.

De l’autre côté, 2 prises PC pour la synchronisation des anciens flashs avec lampe (FP) et la synchronisation X. Au dessus, le curseur pour ouvrir l’objectif avec les anciens Takumar (non SMC)

Le viseur est clair et sur la droite de celui-ci, l’échelle des vitesses que le boitier vous donne quand vous êtes en automatique.

Au centre, un champ de micro prismes fins pour effectuer la mise au point facilement (même si je regrette qu’il n’y ait pas un stigmomètre à coïncidence)..

L’objectif, ici un Takumar SMC de 55mm ouvrant à f2, qui accompagnait l’appareil.

Que penser de cet appareil ?

C’est un très bel appareil, qui respire son époque mais reste une machine à photographier magnifique.

Il fait son poids mais reste très confortable à porter. Mieux vaut avoir une bonne sangle solide toutefois, vos cervicales vous remercieront.

Personnellement, malgré sa sobriété, je ne le considère par comme dépassé. Car avec ce type de boitier, si vous n’y connaissez rien, vous allez apprendre les subtilités du triangle d’exposition ou du Sunny 16. Avec un peu d’entrainement, vous ne raterez pas beaucoup d’images, faites confiance à la cellule et à la qualité de l’optique.

Ce n’est pas un appareil très courant (environ 125.000 fabriqué) mais terriblement attachant. De plus, cet exemplaire à cette petite patine qui lui sied bien.

Si vous en trouvez un en très bon état, ne le laissez pas partir sans vous, vous le regretteriez bien vite. Question budget, comptez quand même entre 80 et 100€. Le prix de l’excellence de l’époque .

Vidéos d’illustration

Pour comprendre les progrès de l’électronique …

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI (english) ou LA (en français).

Caractéristiques techniques d'un appareil photo reflex mono-objectif 35 mm avec diverses spécifications, y compris l'obturateur électronique, le viseur, et les options de synchronisation du flash.

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Pentax_ES, https://www.pentaxforums.com/camerareviews/pentax-es.html, https://camera-wiki.org/wiki/Pentax_ES_II, https://www.analogcams.com/cameras/b9fb6fa1, https://www.aperturepreview.com/pentax-es, https://www.photoethnography.com/ClassicCameras/index-frameset.html?AsahiPentaxSpotmatic.html~mainFrame en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-4320-Pentax_ES.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_produits_Pentax en français ; https://www.aohc.it/, en italien ;

Argentique

Le Canon AT-1 par Olivier : le Canon trop oublié

Préambule

Olivier, que vous connaissez maintenant, cherchait ce Canon depuis un moment déjà. Quelques uns lui étaient passé sous le nez et un avant dernier, qui était en panne, fut réellement détruit par son propriétaire qui, croyant le réparer lui-même, a fait pire que mieux.

Mais notre ami ne se laisse pas démotiver et voilà qu’il en a enfin trouvé un, fonctionnel.

Comme il sait que j’en ai déjà présenté quelques uns eet que celui-là manquait, il m’a alors gentiment proposé d’écrire l’article que vous allez découvrir ci-après.

Donc, je lui laisse le clavier …

Un peu d’histoire

CANON AT-1

Le dernier appareil manuel de CANON.

                Dans la série A de CANON, il y en a un qui manquait dans les appareils présentés, et il est d’ailleurs souvent oublié, c’est le CANON AT-1. Il est dans une situation bien spécifique car il est issu du CANON AE-1 et est très souvent présenté comme un CANON AE-1 dégradé. Même si cette interprétation peut-être justifiée, il reste que ce boîtier sera le dernier boîtier semi-automatique que CANON proposera au grand public. Nous verrons, au travers de cette présentation, que ce boîtier n’a pas été conçu dans l’urgence mais qu’il répond à une demande des utilisateurs qui voulaient un successeur à leur Ftb (et dérivés).

Le CANON AT-1 est très similaire au CANON AE-1 mais ne bénéficiera pas d’une version noire comme la majorité des boitiers CANON de la série A ( AE-1, AE-1p, AV-1 et AL-1 )

                Ainsi, c’est durant mes sorties sur la toile que je vois une annonce pour un CANON AT-1 à un prix acceptable (en effet, pas mal de vendeurs regardent les prix proposés pour des articles identiques et alignent leur proposition sur ceux-ci). Mais quelle erreur de considérer que les prix proposés sont les prix du marché. Regardez plutôt la date à laquelle l’annonce a été publiée. Si celle-ci date de 5 ou 6 mois, cela veut dire que cela ne se vendra pas à ce prix ! Un boîtier CANON AT-1 ne partira pas à un prix supérieur à 30 euro. Et ne me dites pas que le fait qu’il soit manuel soit un plus…

Lors de ma dernière braderie, j’ai croisé un Minolta Srt 101 équipé d’un objectif Minolta 50 mm f 1.4 dans son sac en cuir en très bon état… Le vendeur le proposait à 30 euro. N’étant pas Minolta (mon armoire pour le matériel photo est déjà bien chargée) j’ai du laisser le boîtier de coté. Alors oui, j’aurai pu l’acheter, le rénover et tenter de le vendre sur internet pour une centaine d’euro, mais je ne suis pas de cette étoffe. Bien au contraire, si vous êtes comme cela, on risque de ne pas s’entendre.

Allez, une petite anecdote pour illustrer mon propos : Il y a quelques années, je devais remplacer le pare-choc d’une de mes voitures (il était en bon état mais soufrait de quelques chocs ou rayures assez prononcées). Comme le véhicule passait en collection, je souhaitais le rendre bien plus présentable. Finalement, j’ai rencontré un vendeur qui m’avait donné RDV sur un parking. Il avait dans son coffre le pare-choc et aussi un hayon arrière. Il voulait me vendre chaque élément plus de 100 euro. Son argumentaire était de me dire que ce type de produit était vendu plus de 150 euro dans les casses et qu’il en avait encore 4 ou 5 en stock. J’ai vite compris que j’avais affaire à un professionnel. Alors calmement, je lui explique que pour moi, c’était 50 euro maxi par élément, que je devais refaire la peinture, débosseler ce qui était déformé…Et à la remarque « Ah oui, mais vous en avez besoin ! », je lui répondis que non, la voiture était là et qu’elle m’attendait pas après. Il a fini par me faire une proposition à 80 euro que j’ai refusée. Je lui explique que je ne suis pas pressé, qu’il ne reste que peu de véhicule comme le mien dans le département et qu’il risque de garder longtemps les pièces qu’il a en stock. Enfin, je lui affirme que je finirai par trouver ce que je cherche (et finalement, ce fut le cas). En conclusion, cette petite histoire vous montre que si vous êtes patient, alors vous  trouverez ce que vous cherchez et ne partez pas du principe que vous ferez de l’argent avec des articles dits « collectors ».

Bon, après cette dissertation philosophique sur le commerce équitable, passons à notre CANON AT-1.

Présentation du Canon AT-1

1) AE-1 dégradé ou pas ?

                Et oui, dès que vous l’avez dans les mains, la tentation est grande de le confondre avec un AE-1. Le boitier est géométriquement identique et toute la partie droite est calquée sur le CANON AE-1. Seule la face avant présente le nom du produit « AT-1 » et le bouton de rembobinage se voit associer un interrupteur marche/arrêt ainsi qu’un test de pile.  De plus, il reprend aussi la même architecture interne que l’AE-1 et pour ceux qui démonteront le capot supérieur, ils auront la surprise de retrouver le célèbre fil de tungstène qui relie la couronne de sensibilité (potentiomètre dans la partie gauche, situé sous le bouton de rembobinage) à la commande de sélection de sensibilité contenue dans la couronne de sélection de la vitesse (C’est d’ailleurs une bête noire pour ceux qui démontent un tel boitier pour la première fois, la probabilité est grande de justement casser ce fil). Il est donc très clair que les ingénieurs de CANON ont bien repris beaucoup d’éléments de l’AE-1 pour concevoir l’AT-1.

Toutefois, il faut garder à l’esprit que le marché a été conquis principalement par l’AE-1, il n’est donc pas surprenant que CANON ait voulu créer un boitier qui reprenait des éléments éprouvés. L’AE-1 arrivait avec une fonctionnalité déjà existante (le mode priorité vitesse)  et aussi une fonctionnalité nouvelle : le déclenchement électromagnétique. Et finalement, je pense que c’est cette nouvelle fonction qui a créé son succès. D’autres appareils proposaient le mode Tv, le MAMIYA NC-1000, le KONICA TC… mais étaient dépourvus de cette commande électromagnétique.

Dans cet éclaté du service manual de l’AT-1, on voit très bien le fils de tungstène (flèche rouge) associé à la sélection de la sensibilité.

                Alors oui, l’AT-1 est bien issu de l’AE-1 et il a surtout gardé les éléments qui en ont fait une réussite. Ainsi l’AT-1 se verra doté du déclencheur électromagnétique.

(1)        (2)

Avec cette vue partielle du boitier, il est impossible de dire s’il s’agit d’un AT-1 ou d’un AE-1. ( La photo (1) est celle d’un AE-1 et la (2), celle d’un AT-1 ).

                Toutefois, dès que l’on arrive à la griffe porte-flash, celle de l’AE-1 est dotée de deux contacts auxiliaire alors que celle de l’AT-1 n’en comporte qu’un.

2) Alors qui a servi de modèle pour l’AT-1 ?

                Et bien la réponse est liée aux propriétaires de boitier CANON semi-automatique. C’est à dire les heureux propriétaires de FT, FTb ou encore Ftb-QL… CANON comptait bien les associer à la sortie de cette nouvelle gamme (La série A), à les faire migrer progressivement vers la nouvelle série d’objectifs FD et à délaisser les anciens FL. Pour se rendre compte de cette évolution induite, il suffit de regarder dans le viseur d’un FTb et de comparer avec ce que l’on voit dans un AT-1.

                CANON FTb                                                                                       CANON AT-1

                Il y a une similitude parfaite au niveau des repères d’exposition. Bien évidement, l’AT-1 bénéficiera du nouveau verre de visée, bien plus clair et possédant la couronne de micro-prisme ainsi que le stigmomètre. Par contre, aucun rappel de vitesse ou d’ouverture dans le viseur. Rien ne viendra troubler l’ancien utilisateur de FTb ou autres. Les nouveaux venus dans la gamme CANON n’iraient pas, de toutes les façons, prendre un AT-1.

Enfin, un autre élément, bien surprenant, nous montre que CANON avait bien des vues sur les anciens propriétaires de FT, FTb et autres. Alors que l’AV-1 (Priorité ouverture) accepte le montage des objectifs FD ou le mode TV est activé (réglage de la bague des diaphragmes sur A), l’AT-1 refusera cette configuration. La bague de fixation de l’AT-1 ne possède pas de trou pour la commande TV alors que la bague de l’AV-1 en est équipée. Bien évidement, utiliser cette commande ne passera pas votre AV-1 en mode priorité vitesse puisqu’il en est dépourvu. Cette singularité montrait bien que CANON avait encore en tête les utilisateurs de semi-automatique et comptait bien leur montrer que ce mode n’était pas condamné. D’ailleurs, pour ce boitier, j’ai trouvé des bagues TAMRON adaptall pour CANON FTb qui permettent le réglage de l’exposition à pleine ouverture en interdisant le passage en mode A de l’objectif.

3) Alors comment on s’en sert ?

                Compte tenu de la section précédente, on a déjà la réponse ! Il suffit de lire la doc du CANON FTb pour faire des photos. Comme notre ami Jean-Pascal a déjà fait une présentation du FTb, pourquoi ne pas relire cet article passionnant. Toutefois, s’il y a des lecteurs qui souhaitent rester sur cette page, je leur donne les informations essentielles. Bien évidement, tout est MANUEL !  Il faut mettre la bonne sensibilité et faire la mise au point en utilisant le télémètre. Arrivé à ce stade, il faut que dans le viseur, le cercle soit confondu avec la petite aiguille. Il faut agir, soit sur la vitesse, soit sur l’ouverture, opérations qu’un possesseur de FTb faisait de manière innée.

Pour l’AT-1, les ingénieurs de CANON ont gardé une règle que l’on retrouve sur tous les appareils dotés d’aiguille : la possibilité d’ajuster à +/-  0.5 f/stops. Caractéristique que l’on a définitivement perdue quand on est passé à l’affichage par diode.

                CANON a toutefois gardé une des possibilités de l’AE-1, si vous utilisez un flash CANON, l’appareil passera automatiquement au 1/60, mais il faudra quand même reporter l’ouverture sur l’objectif (et oui, le boitier ne pilote pas l’ouverture).

Que penser de cet appareil ?

Pourquoi acheter un CANON AT-1 ?

                Ce boitier est peu courant (n’allez pas en déduire qu’il est introuvable !). Il n’a pas eu de successeur et est bien moins populaire que l’AE-1. C’est pour cette raison qu’il restera dans des prix respectables si le vendeur ne veut pas le garder sur son étagère.

Par contre, il a quand même pas mal de point positif par rapport à un FTb. Certes il ne sera pas aussi durable qu’un FTb dépourvu d’électronique mais il soulagera bien votre cou si vous êtes un peu sensible. Il acceptera tous les accessoires CANON : objectifs FL et FD, moteur(s), flash(s), sacoche(s), soufflet…  alors il pourrait être un compagnon pour votre autre boitier CANON et vous obliger à vous replonger dans le triangle d’exposition.

Par contre, comme tous les semi-automatiques, il vous laissera « jouer » avec la sur ou la sous exposition qui feront que vous ferez ressortir les détails plongés dans l’ombre ou bien restituer plus de nuance sur les visages lors de séance de portrait en extérieur. Je crois bien que cette fois, toute la série A a bien été passée en revue !

                Enfin, un dernier petit détail… Comme il est presque identique au CANON AE-1, mon AT-1 a un verre de visée qui a « un peu » souffert. Je compte bien le remplacer en utilisant une épave de CANON AE-1.

Vidéos de présentation

Un résumé de ce que nous écrivait Olivier

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Boitier sorti en 1976, uniquement pour l’exportation (il ne fut pas vendu au Japon)
  • Appareil reflex type 35mm à obturateur à plan focal
  • Taille de l’image : 24 x 36 mm
  • Objectif de dotation : Canon FD 50mm f/1.8 SC à objectif normal
  • Monture FD
  • Obturateur Obturateur à quatre axes, déplacement horizontal, avec rideaux en tissu. X, B, 2, 1, 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/250, 1/500, 1/1000 s. Toutes les vitesses sont contrôlées électroniquement. Un minuteur intégré (avec LED clignotante).
  • Synchronisation Flash Sync X-sync à commutation automatique des contacts (synchronisation) avec prise allemande (prise PC) et griffe courte.
  • Viseur : pentaprisme fixe à hauteur des yeux. 0,82x de grossissement, 93,5 % de couverture verticale, 96,3 % de couverture horizontale. Télémètre à image divisée entouré par un télémètre à micro prisme au centre de l’écran mat de Fresnel. Aiguille de correspondance dosée, alerte de surexposition (et indicateur de contrôle de la batterie) et alerte de sous-exposition fournies.
  • Cellule CdS de contrôle pour la mesure TTL pleine ouverture, aiguille correspondante et moyenne pondérée au centre. Plage de mesure à ISO 100 et objectif f/1.8 : EV 3 – 17. La vitesse du film varie de ISO 25 à 3200.
  • Source d’alimentation : une batterie à oxyde de mercure 6 V (interdite) ou une batterie alcaline 4LR44
  • Chargement de films : bobine de prise à fentes avancées. Avance avec le levier de 120 degrés du dessus de la caméra (courses partielles activées). Levier prêt à armer à 30 degrés.
  • Compteur de vues. Réinitialisation automatique lorsque le dos de la caméra est ouvert.
  • Rembobinage de film manuel
  • Dimensions & Poids 141 x 87 x 48 mm, 590 g

Des références

https://global.canon/en/c-museum/product/film96.html, https://www.canonclassics.com/canon-at-1/20-20/, en anglais ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_AT-1, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10513-Canon_AT-1.html, en français

Argentique

Le Yashica 107 Multi Program, le premier samuraï ?

Préambule

Aïe, celui-ci je ne me souviens plus où je l’ai acheté. Simplement que je l’avais pris parce qu’il était tout beau avec son imposant zoom et sa sacoche pratique.

J’avais juste vérifié que le compartiment piles était propre, pour me rassurer, car je ne connaissais pas ce modèle : un Yashica 107 Multi Program.

Vous non plus vous ne le connaissez pas ? Commençons alors la visite.

Un peu d’histoire

Ce sera aussi assez court car je vous ai déjà écris pas mal sur cette marque, notamment lorsque j’évoquais les classiques Yashica Minister, les tout aussi célèbres Electro 35 et quelques uns des plus abordables 6×6, les Yashica C, D, Mat, Mat LM et suivant, sans oublier les fameux reflex Yashica conçus en collaboration avec Carl Zeiss et qui sont souvent la base des Contax 139 et consorts, fabriqués par Kyocera.

Fondée en 1949, elle sera rachetée en 1983 par Kyocera, qui vendra encore des appareils sous le nom Yashica jusqu’en 2005, date de la cessation d’activités. La marque sera cédée une première fois en 2008 à JNC Datum Tech International, filiale de MF Jebsen Group. Finalement, en mars 2015, les droits liés à la marque ont été transférés à Yashica International Company Limited, et la société 100 Entreprises International Group Co. Limited a été désigné comme représentant Yashica exclusif au niveau mondial.

Je vous invite à fouiller un peu le site, notamment via la recherche rapide des menus et vous découvrirez les pans de l’histoire riche de cette marque finalement assez discrète et elle aussi disparue trop tôt.

Et ce ne sont pas les tentatives maladroites des repreneurs du nom qui vont ranimer les meilleurs souvenirs de ces appareils qui ont eu leurs heures de gloire des années cinquante à quatre-vingt.

Histoire des réflex Yashica

Partons plutôt des bons réflex que la marque a produits pour présenter celui-ci, que vous trouverez parfois sous d’autres noms : Yashica 107 MP, Yashica TR7000 MP, ou encore Daewoo 107 Multi Program, et Revue AC7 de Foto-Quelle, et enfin, plus incongru, l’Oeil dentaire (Dental Eye), j’y reviendrai.

En 1973, Yashica entame donc une collaboration avec Car Zeiss pour créer les réflex Contax 139 et suivant. Les deux marques vont alors partager la même baïonnette et les mêmes optiques de haute qualité.

Cette baïonnette ou monture appelée Y/C, restera en fonction jusqu’au terme des activités de la marque et on la retrouve donc ici dans ce modèle, sorti en 1988.

Le 107 MP est le cadet d’une fratrie qui compte aussi un 108 MP et un 109 MP. Chaque numéro étant doté de spécificités plus affinées.

Mais revenons un instant sur des dates clés de la marque :

  • le premier réflex Yashica est le Pentamatic (1958), qui aura peu de succès à cause d’une baïonnette propriétaire et d’un parc optique trop restreint ;
  • le second opus sera le Yashica TL-Super (1966), qui sera décliné en TL Super et Electro X. Mine de rien, il introduit deux nouveautés : les piles à l’oxyde d’argent et non plus au mercure et ensuite la mesure TTL via deux cellules au CdS. Autre bon point, il abandonne la baïonnette de son prédécesseur pour utiliser la monture vissante M42, qui offre un vaste parc optique aux photographes. Dans la famille, en 1972, il y aura le Yashica TL-Electro, un réflex à posemètre intégré électronique et obturateur Copal contrôlé électroniquement
  • Le troisième jalon des réflex est celui concocté avec Carl Zeiss pour produire les Yashica FR et le Contax RTS dont l’obturateur est contrôlé électroniquement. Introduction de la monture Y/C pour Yashica/Contax et une gamme d’optiques de haute qualité.
  • la quatrième date clé sera 1979 avec l’introduction du FX-3, un réflex destiné aux amateurs mais pourvu de la monture Y/C qui leur ouvrait de larges perspectives
  • et enfin, en 1983, toujours en collaboration avec Contax, naissance du FX-103, le premier réflex de la marque à proposer des modes programmes et le flash TTL. Il garde toujours la monture Y/C.

Une petite idée des appareils Yashica de l’époque :

Catalogue Yashica de 1969 présentant divers modèles d'appareils photo, y compris le Yashica TL Super et le MINISTER III, avec descriptions et prix.

Les nouveaux réflex Yashica

En 1988, afin de répondre à la demande d’appareils à exposition automatiques programmée et motorisés grand public, Yashica/Kyocera met sur le marché un appareil Multi Program, le 107MP. Il sera suivi par les modèles 108MP et 109MP.

Une caméra Yashica 107 Multi Program avec un objectif visible, en gros plan.

Cet appareil rompt avec le design des autres réflex de la marque car il introduit le polycarbonate à la place du métal (il devient léger), son ergonomie est revue et plus intuitive (forme arrondie, poignée plus prononcée pour faciliter la prise en main, meilleur positionnement des commandes), son viseur est très clair

Comme je l’écrivais plus haut, il va exister trois modèles de ce nouveau boitier :

  • le Yashica 107 Multi Program (MP pour les intimes) – 1988. Il existera aussi sous les noms de Revue AC7, TR-7000 et DAEWOO 107MP
  • le Yashica 108 MP (ou Revue AC-8 – FX80 – Yodobashi Camera) – 1989
  • le Yashica 109 MP – 1995
  • le Yashica 109 MP De Luxe (1995) de couleur champagne

Un petit résumé sympa des 3 boitiers :

Tableau comparatif des modèles Yashica 107, 108 et 109, avec des informations sur le mode de conduite, les programmes d'exposition, et les spécifications de batterie.

Nous entrons dans la pré-modernité avec cet appareil, celle des moteurs intégrés qui dispensent de réarmer et donnent une cadence à la rafale, mais pas encore d’autofocus.

Découverte du Dental Eye

Nous allons découvrir cela ci-dessous, mais avant j’aimerais faire un aparté sur un appareil tout à fait spécial : l’Oeil du Dentiste ou Dental Eye en anglais.

Chaque marque développe, à côté des appareils grands publics ou professionnels de la photographie, une série d’appareils plus spécifiques et répondant à des besoins bien particuliers. Je vous ai par exemple proposé un Polaroid étonnant à ce sujet.

Ici il s’agit d’un appareil destiné aux dentistes.

Il sera d’abord basé sur un Electro 35 et appelé Oral-Eye, cet appareil était distribué par une entreprise spécialisée dans les équipements dentaires, Tokyo Shizaisha.

Appareil photo dentaire Yashica avec accessoires, incluant un étui noir marqué 'ORAL-EYE'.

Puis cet appareil sera construit sur base de réflex Yashica, le FX-3. La conception de cet appareil est optimisée pour des applications médicales et scientifiques. Il est équipé d’un objectif macro fixe et un flash annulaire était fixé d’origine à l’avant.

Aucun de ces Dental Eyes ne peut focaliser à l’infini, ils ne fonctionnent qu’en zone de mise au point (très) rapprochée, jusqu’à un grossissement de 1:10. L’ouverture est mécaniquement liée à la distance de mise au point.

Le premier Yashica Dental Eye, sur Yashica FX-3 (1983), avait un objectif de 55mm ouvrant à f4 avec un grossissement de 1:10. Ensuite, le Dental Eye II sera construit sur un Yashica 107 avec avance motorisée et équipé d’un objectif de 100mm ouvrant à f4. Le grossissement passe alors à 1:15. Pus il y aura un Dental Eye III, produit de 1997 à 2006, toujours basé sur un 107. Il sera très épuré et ses fonctions réduites à l’essentiel, ce qui autorisera une refonte du boitier, plus petit et maniable.

Ces appareils sont assez limités dans leur utilisation et particulier à trouver (sauf si vous connaissez de vieux dentistes). Toutefois, chez Lomography, quelques uns ont trouvé des utilisations dérivées. Voyez ICI ce que cela donne.

Présentation du Yashica 107 Multi Program

Comme je le signalais au chapitre précédant, le Yashica 107 MP, sorti en 1988, rompt avec la forme classique des réflex antérieurs. L’utilisation du polycarbonate autorise des formes plus anatomiques et ergonomique, voire une certaine beauté (quoique celle-ci soit toujours relative à chacun).

Lorsque l’on pense aux derniers réflex d’avant le numérique, celui-ci parait comme anachronique : il est motorisé et perd donc le levier d’avance et d’armement mais son objectif est encore à réglages manuels (l’autofocus, c’est pour bientôt) et il y a encore une molette pour rebobiner le film à son terme, avec l’habituel bouton de débrayage sur la semelle.

Ceci dit, il est agréable à prendre en main, même avec un gros zoom comme celui qui équipe cet exemplaire, un 28 – 200 ouvrant de f3,5 à 5,6. Et puisque j’évoque les optiques, sachez qu’elles sont à monture Y/C, ce qui permet de monter sur cet appareil des Carl Zeiss très qualitatifs et des Yashica très performant.

Appareil photo numérique noir avec un objectif zoom, vu de dessus.

Puisque ce Yashica 107 est Multi Program, voyons donc ceux-ci. Ils sont cinq : un programme auto (Program), programme Haute Vitesse (HP), programme à basse vitesse (LP), exposition manuelle, exposition flash manuel (synchro X à 1/90s avec les flashs non dédiés).

Le déclencheur est électronique.

Boutons et molette d'un appareil photo noir sur fond blanc.

Lorsque toutes les photos sont prises, l’appareil s’arrête. Pour rembobiner, il faut enfoncer le bouton sur la semelle et utiliser la molette pour rebobiner le film manuellement.

Diagramme d'un appareil photo avec des annotations des différentes parties, incluant des boutons et des fonctionnalités.
Schéma d'une caméra avec annotations des différentes parties et fonctions, y compris le œilleton, le verrou du dos, la prise de déclenchement, et le couvercle du compartiment de la batterie.

Mettre un film est simplifié par la motorisation : il suffit de placer la cartouche dans la chambre, de tirer l’amorce jusqu’à un trait orange, refermer le dos de l’appareil et appuyer sur le déclencheur. La motorisation tire le film et l’enroule jusqu’à la première image. Lecture du code DX des films pour régler la sensibilité de la cellule, de 50 à 3200Asa.

Vue intérieure d'un appareil photo reflex, montrant le compartiment du film et les connexions électriques.

Le compteur de vue, situé sur le capot, près du bouton de réglage, se met sur la position S. Vous pouvez y aller, tout est prêt. Notons que le compteur de vue se remet à zéro dès l’ouverture de la porte.

La mise au point est manuelle, aidée par un stigmomètre à coïncidence, entouré de micro prisme fin.

Le viseur propose un grossissement de 0,82 dans un champ de vision de 92%. Dans ce viseur, des diodes signale qu’il faut ajouter un flash (risque de sous exposition), que l’on est en mode P (programme) ou M (manuel). Lorsque la diode clignote si la vitesse descend sous les 1/30s, elle reste fixe lorsque le flash est complètement chargé

L’appareil effectue ses mesures en prépondérance centrale à travers l’objectif (TTL).

Comme il est destiné aux amateurs, tout est pensé pour simplifier la vie mais obtenir de bonnes photos :

  • en mode P (AE) : le boitier choisit un couple vitesse/ouverture afin que l’image soit bien exposée.
  • en mode HP (program vitesse élevée) : l’appareil choisit une vitesse plus élevée au détriment de l’ouverture.
  • en mode LP (program vitesse basse) : l’appareil choisit une ouverture plus élevée au détriment de la vitesse
  • en exposition manuelle : on choisit le couple vitesse/diaphragme de son choix.

Vous n’aurez donc pas trop d’informations dans le viseur mais encore une fois, le Yashica 10 MP était prévu pour des amateurs, ceux qui désirent que l’appareil s’occupe des réglages et offre de bonnes photos à la fin.

Ceci étant dit, la marque s’est souvent illustrée pour la gestion des images délivrées par ses appareils, faisons lui donc confiance. Toutefois, pour les modes programmes HP et LP, il pourrait être nécessaire de modifier l’exposition. Le correcteur d’exposition, de +/- 1,5 est accessible via un petit bouton placé à côté (gauche) de l’objectif. Toujours utile en cas de grand contraste dans l’exposition.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo, mettant en évidence la molette de réglage du mode macro et une inscription indiquant '28'.

Comme tout appareil de cette génération, il s’inscrit dans une foule d’accessoires, ce qui le rend très polyvalent.

Schéma des accessoires du système Yashica 107 Multi Program, incluant un appareil photo, des objectifs, un déclencheur à distance, et des accessoires variés.

Il possède aussi un minuteur, placé juste à côté du déclencheur, mais vous faudra courir vite car il ne vous offre que 10s. Une diode rouge clignote lentement et plus vite lors des deux dernières secondes.

Un gros plan sur le dessus d'un appareil photo Yashica, montrant le bouton de prise de vue et la lentille.

Le dos est interchangeable et vous pouviez y placer une unité avec dateur. Pour ouvrir le dos, il faut appuyer sur un minuscule bouton et baisser le petit verrou (impossible d’ouvrir l’appareil par inadvertance). C’est une précaution que l’on trouve surtout sur des appareils plus professionnels d’habitude.

Tiens, au sujet des piles, le boitier réclame 4 AAA très courantes pour alimenter le moteur d’entrainement, la cellule et l’obturateur. Sans elles, pas de photos !

Pour ôter l’optique, il suffit d’appuyer sur le petit bouton à côté de l’objectif, à droite, et de tourner dans le sens anti-horaire. Pour le remettre, il faut faire coïncider les deux points rouges et tourner dans le sens horaire jusqu’au clic discret qui vous assure que l’objectif est bien fixé.

Le boitier propose des vitesses de 16s à 1/2000s plus pose B et une synchro flash au 1/90s, en mode automatique, et de 1s à 1/2000s en mode manuel.

Des flashs lui étaient dédiés, parfois aussi sous le nom de Revue. Il s’agit des flash Électronique CS-15, flash CS-140 et CS-220 Auto Flash.

A l’époque, le Yashica 107 MP est en concurrence avec le Canon T50, le Nikon F301, le Pentax P30, le Minolta X300-MPS, par exemple. Du beau monde, difficile à départager, qu’en pensez-vous ?

Que penser de cet appareil ?

Je vous avoue que je l’aime bien, mieux qu’un Canon de la série T notamment et à égalité avec un Pentax P30 ou un Minolta X300.

Ce n’est pas un petit boitier mais on l’a bien en mains et il est vraiment confortable à utiliser. De plus, dans sa configuration ici, avec le 28 – 200mm, il est très polyvalent.

Bref, c’est un chouette appareil qui mérite d’être redécouvert et utilisé. N’oubliez pas que le parc optique qui lui est dédié, les optiques Y/C, sont de grandes qualités et assez faciles à trouver sur la Grande Toile. La combinaison des deux vous offrira beaucoup de plaisir.

Et pour ceux qui débutent, c’est un excellent appareil école car on passe sans complexe des automatismes au manuel et vice-versa.

Son prix d’achat, en très bon état, ne devrait pas dépasser les 50€, avec un 50mm à minima.

Vérifiez bien le compartiment à piles, qui ne doit pas être oxydé pour éviter les soucis, et la mousse du miroir ainsi que celle autour de la fenêtre qui vous permet de voir si un film est inséré dans la chambre. Du classique en fait …

Et vous, vous ne pensez quoi ?

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI (multilingues).

  • Yashica – Kyocera, introduit en 1988 jusqu’en 1990
  • réflex mono-objectif à baïonnette Y/C
  • obturateur à plan focal vertical métallique, contrôlé électroniquement
  • vitesses en mode auto : 16s à 1/2000s, pose B et synchro flash 1/90s ou plus lente selon le programme
  • vitesses en mode manuel : 1s à 1/2000s, pose B et synchro flash 1/90s
  • minuteur électronique de +/- 10s
  • mesure centrale pondérée, TTL, cellule de photodiode au silicium ; sensibilité de 50 à 3200Asa (si film sans codage, sensibilité automatique de 100Asa)
  • viseur à 92%, grossissement de x82
  • affichage du mode et flash par diode dans le viseur (sur la droite)
  • 5 modes : Program, LP (programme lent), HP(programme rapide), mode manuel
  • alimentation par 4 piles AAA
  • poids : 500gr nu

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_107_MP,c https://www.365electric.com/cameras/filmcameras/56767.html, https://stason.org/TULARC/recreation/photography/yashica-35mm-slr-camera/3-3-107MP-108MP-109MP.html, https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_Dental_Eye, https://www.lomography.com/magazine/19173-yashica-dental-eye-no-longer-for-the-teeth, en anglais ; https://fotobox.over-blog.fr/2024/03/yashica-mp-107-108-109.html, https://528506.com/Appareils/Appareils-photo/Sp%C3%A9cifications-de-la-cam%C3%A9ra-Yashica-TR7000-.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-5175-Foto-Quelle_Revue%20AC8%20Multiprogramm.html, en français ; https://kameramuseum.de/objekte/yashica-107-multi-program/, https://maniacphotos.com/yashica-107-multi-program-multi-gut/ en allemand

Argentique

Avant le Canon FTb, il y eut le Canon FT QL

Préambule

Ah, celui-ci vient de chez Emmaüs. Selon la personne qui me le présentait, il a appartenu à un monsieur qui en prenait soin et dont c’était le seul appareil. Il était propre, c’est vrai, livré un 50mm f1.8 FL, avec une bague FL vers M39, une seconde M39 vers FL, un tube pour la macrophotographie, un câble souple qui avait bien vécu et une lanière en cuir tressé.

Toutefois, il était complétement bloqué !

Pas moyen ni d’armer ni de déclencher, et le minuteur avait souffert. Heureusement, la pile n’avait pas coulé dans le boitier.

Au vu de l’état, petite négociation pour l’emporter à un prix plus raisonnable que demandé initialement. Et le voilà dans le coffre de la voiture pour un éventuel dépannage car je ne sais pas encore si je vais réussir à le débloquer.

Un peu d’histoire

Il y a un moment déjà que je vous ai présenté le Canon FTb QL. Ce dernier succédait au Canon Ft QL qui nous occupe aujourd’hui en 1971. Et il inaugurait une nouvelle monture, la FD, qui remplaçait l’ancienne FL dédiée elle au FT.

Mais reprenons depuis le début. Canon s’est forgé une excellente réputation, comme d’autres fabricants japonais, avec la production de télémétriques efficaces et moins onéreux que leurs homologues allemands comme le Leica ou le Contax (voir le Canon P).

Au tournant des années cinquante – soixante, c’est le réflex qui s’impose et Nikon lance le plus gros pavé dans la marre, le Nikon F (1959).

Canon n’est pas encore prêt à riposter et il multiplie les tentatives pour répondre à Nikon : du Canononflex (1959) au Canonex (1963), il propose des solutions parfois osées mais peu convaincantes (comme le Canonflex R 2000 – 1960). Puis vient le FX (1964), le premier réflex de la marque qui propose une cellule CdS, des objectifs interchangeables, des vitesses jusqu’au 1/1000s.

Outre la parenthèse Pellix (un miroir fixe semi-transparent plutôt qu’un à retour instantané), c’est le FT QL (1966) qui lance les réflex Canon dans la cours du grand public : objectifs à monture FL interchangeables, vitesses jusqu’au 1/1000s, semi-automatique, minuterie, possibilité de bloquer le miroir et chargement rapide (QL = quick load).

A partir de ce moment, l’histoire est lancée. En 1971 sortent deux appareils qui vont changer les choses : le F1, appareil professionnel qui inaugure la nouvelle monture FD et le FTb destiné aux amateurs et experts. Nous connaissons la suite.

Mais revenons un moment sur ce Canon FT QL, lancé en mars 1966, un an après le Pellix, un peu comme si la marque hésitait entre deux concepts. Et de fait, les retours clients ont marqué la fin du second, notamment à cause de la mauvaise luminosité de la visée et de l’usure rapide du miroir fixe, que les clients astiquaient de trop bon cœur pour qu’il résiste.

C’est donc la technique du miroir mobile, à retour instantané qui restera en lice. A cela, Canon ajoute la mesure de la cellule à travers l’objectif (TTL) et le chargement rapide (QL), la monture à baïonnette FL, la prévisualisation de la profondeur de champ, un minuteur, une cellule au CdS, un testeur de pile et la synchronisation du flash (1/60s).

Nous allons découvrir tout ceci plus en profondeur …

Présentation du Canon FT QL

Comme nous venons de le voir, le Canon FT QL est le premier d’une série qui aboutira au FTb, plus moderne, en 1972. Les trois appareils sont respectivement le FX, équipé d’une cellule placée en façade et donc non TTL ; le FP, qui n’a pas de cellule et est donc l’entrée de gamme de la série ; le FT QL, le haut de gamme.

Concrètement, que nous propose-t-il à cette époque ?

  • tout d’abord la monture FL, qui présente un verrouillage assez semblable à celle qui va lui succéder en 1972, la FD
  • ensuite, et c’est une première pour Canon, la mesure de la lumière à travers l’objectif, dite TTL (Through-The-Lens). Le condensateur de lumière est placé sur une surface réfléchissante qui représente 12% de l’image, incliné à 45°. La lumière passe à travers un miroir semi-transparent et frappe le posemètre. Celui-ci, alimenté par une pile, indique la quantité de lumière reçue dans le viseur via une aiguille qui bouge selon les réglages effectués, le but étant de la stabiliser dans le petit cercle.
  • cette technique, bien que précise par temps clair, montre vite ses limites en faible lumière. Un accessoire était prévu, le Booster Canon. Il permettait d’augmenter la plage de sensibilité des films de 25Asa à un incroyable 12.800Asa. Il était pratiquement possible de photographier en pleine nuit, avec un film de 100Asa, comme en plein jour. Monté sur la griffe porte accessoire, ce Booster amplifiait la lumière entrante. Sans cet accessoire, la sensibilité des films est de 25 à 2000 Asa.
Appareil photo reflex numérique Canon FT QL avec un boîtier et un cordon de connexion, affichant des indications concernant la compensation d'exposition.
  • qui dit cellule au CdS dit pile. Au mercure à l’époque, vous pouvez remplacer la PX625 de 1,35v par une pile moderne PX635A de 1,5v, mais il faudra corriger la sensibilité du film. Ou alors, mieux, utiliser une pile zinc-air destinée aux appareils auditifs, à placer dans un adaptateur, ou une WinCell, plus chère mais qui est la copie conforme de la PX625 d’origine (taille) et qui propose le même voltage
  • le réglage de la sensibilité s’effectue en soulevant la molette sur laquelle les vitesses sont notées. En face des mots Din ou Asa, il y a deux petites fenêtres dans lesquels vous verrez défiler les chiffres des sensibilités des films
  • le viseur est une lentille de Fresnel avec un cercle de micro-prisme au centre, fixe. La mise au point se fait en centrant l’image dans le rectangle gris (12% de l’image). Sur le côté droit, en bas, l’aiguille du posemètre. Il faut régler l’exposition en mode arrêt (stop-down).
Une jeune femme s'accroupit près de l'eau, souriant, avec un bateau à voile en arrière-plan.
  • l’obturateur est en tissu. Il est à plan focal horizontal et offre des vitesses de 1s jusqu’au 1/1000s, plus une pose B et la synchro flash au 1/60s. La griffe porte accessoire ne porte pas de contact
  • de synchronisation, il faut donc relier le flash à la prise PC

Comment s’y retrouver dans les commandes de l’appareil ?

Vue d'un appareil photo Canon avec des étiquettes indiquant ses différentes fonctionnalités et réglages.
Vue de dessus d'un appareil photo Canon FT avec étiquettes indiquant les différentes parties, notamment le viseur, le compartiment de la batterie, le rail pour correcteurs dioptriques, et le bouton pour libérer le rebobinage.

Du classique, vous en conviendrez. La nouveauté, à l’époque, est à l’intérieur (mesure TTL).

Un objet a son importance avec ce boitier : c’est le petit levier multi-fonctions qui est à l’aplomb de la marque FT.

Appareil photo Canon FT avec objectif visible et détails du boîtier.

Si vous le poussez vers l’objectif, il agit comme un bouton de prévisualisation de la profondeur de champ, que vous pouvez bloquer en faisant glisser sur L le petit interrupteur à son côté.

Et lorsque vous le poussez dans l’autre sens, il libère la minuterie.

Je vous avoue que j’étais un peu frustré ici car sur mon exemplaire, ce levier était bloqué je le rappelle. Parce qu’on avait forcé les fonctions de ce levier. Je l’avais d’abord neutralisé mais en parcourant le Net, j’ai trouvé comment tout remettre dans le bon ordre et tout fonctionne correctement.

De l’autre côté de l’objectif, l’autre petit levier permet de bloquer le miroir et, en dessous, c’est la prise pour la synchronisation du flash.

Un appareil photo argentique Canon FT avec un objectif visible, sur fond blanc.

Enfin, pour ouvrir le dos de cet appareil, ne vous acharnez pas sur la tirette de rebobinage, il y a un discret verrou par dessous.

Une fois ouvert, vous découvrez le mécanisme, bien pensé de l’aide au chargement (QL = quick load)

Appareil photo argentique ouvert montrant le compartiment à film.

Que penser de cet appareil ?

Selon le code inscrit dans la chambre, à l’emplacement de la bobine de film, (K522) cet appareil daterait du 5ème mois 1970 (voir références).

A son époque, ses concurrents étaient le Pentax Spotmatic SP II, le Nikkormat FTn, le Minolta SR T 101, l’Olympus OM-1 ou le Fujica ST 701 par exemple et pour rester chez nos amis Japonais.

Des appareils simples, où le mécanique l’emporte encore sur l’électronique, balbutiante mais déjà équipé de cellule embarquée et couplée.

Aujourd’hui, je les appelle des appareils-école car c’est avec eux que vous aurez le plus de chance d’apprendre le triangle d’exposition (sensibilité-vitesse-ouverture) ou la règle du Sunny f16 (revoir l’article sur le Fujica ST 701 pour ceux qui ne connaissent pas). Chaque action sur un des éléments influencera le résultat de votre photo.

Tiens, petit aparté à ce sujet : il peut être utile d’emporter avec soit un petit carnet où vous noterez les conditions de prise de vue et le réglages que vous avez choisis. Lorsque votre film sera développé, c’est un mémo utile pour savoir si vos choix étaient les bons, ou s’il faut les corriger.

Il fait son poids mais il est tout en métal, donc solide. En cas d’achat, pensez à vérifier qu’il déclenche à toutes les vitesses, que les mousses sont à faire ou ont été refaites et que le compartiment pile n’est pas oxydé. Idéalement vous devriez avoir sur vous une pile PX625A pour tester la cellule mais dites-vous bien que même si elle est HS, l’appareil fonctionne toujours et donnera d’excellentes photos.

Le levier du retardateur possède 2 utilisations : remonté dans le sens anti-horaire, c’est un retardateur mécanique. Poussé vers l’objectif, il ferme l’objectif et met la cellule sous tension pour une mesure à ouverture réelle. C’est peut-être le reproche qu’on peut lui faire, contrairement au FTb QL qui lui succèdera car lui fait la mesure de la lumière à l’ouverture choisie.

Sinon, c’est un superbe appareil, construit pour durer … longtemps.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Réflex SLR 35mm (image 24×36)
  • Monture objectif : Canon FL
  • Obturateur à plan focal horizontal ; vitesses de 1s à 1/1000s et pose B ; synchro flash par prise PC au 1/60s
  • Mesure via une cellule au CdS, à travers l’objectif (TTL)
  • Sensibilité de la cellule : de 25 à 2000Iso, sans Booster
  • Viseur par pentaprisme fixe, lentille de Fresnel avec mise au point sur cercle dépoli
  • Chargement simplifié, technique QL (Quick Load)
  • Pile PX625A avec compensatin ou WinCell
  • Poids avec objectif 50mm: 1095gr (+/-)

Des références

https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_FT_QL, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1250-Canon_FT%20QL.html, https://www.mes-appareils-photos.fr/Canon-FT-QL.htm, http://www.ericconstantineau.com/photo/review_canonftql_fr.html, https://mhphot.fr/Notices/Canon_FT_QL/canon_ft_ql.pdf, https://wikimonde.com/article/Canon_FT_QL, en français ; https://vintagecameralab.com/canon-ft-ql/, https://all-my-cameras.com/2022/06/26/the-canon-ft-ql/, https://www.localpointphotography.com/canon-ft-ql-review/,https://www.vintagecamerareviews.com/brands/canon/canon-ft-ql/, https://www.imagingpixel.com/p/canon-ft-ql.html, https://www.mir.com.my/rb/photography/companies/canon/fdresources/ftql/index.htm, http://www.luistriguez.es/fotos/cameras/canonft/index_canonft.htm, https://www.imagingpixel.com/p/canon-ft-ql.html, https://canon.cavey.org/en/canon_date_codes.php, https://blog.jimgrey.net/2013/08/02/canon-ft-ql/ , en anglais

Argentique

Le réflex le plus compact de son époque, l’Olympus OM-2N MD

Préambule

Une braderie/brocante de fin d’avril, où le ciel hésite entre soleil rare et pluies fréquentes.

C’est dire si nous regardions autant à nos pieds qu’au-dessus de nous car les exposants étaient sur le qui-vive et prêts à jeter leur bâche à la moindre alerte.

Enfin, la majorité. D’autres avaient choisi l’insouciance et un seul petit parapluie pour se mettre (un peu) à l’abri. C’est dire, dès lors, qu’il faut toujours bien regarder ce qu’on achète dans de tels lieux car certains ne protègent rien, même si ce sont des objets électriques ou électroniques. Traquez les traces d’oxydation et de gouttes de pluie, cela vous évitera des soucis.

Et pourtant, il y a parfois des exceptions, car le matériel ancien est souvent très solide : c’est le cas de cet Olympus dont le petit sac où il s’abritait avait pris toute la pluie et épargné partiellement le boitier.

Encore un qu’il va falloir négocier et, une fois rentré à la maison, sécher quand même un peu et bien nettoyer. Comme de plus je ne pouvais pas le tester (pas de pile) et que le levier du retardateur s’était fait la malle, c’était un pari à gagner. En effet, ici pas de vitesse mécanique pour vous sauver la mise.

Mais nous allons découvrir cela ensemble …

Un peu d’histoire

Puisque vous êtes fidèles au site, vous vous souvenez sans doute de l’Olympus OM-1 qu’Olivier nous avait présenté, de celui que j’avais eu entre les mains et de son petit frère, l‘Olympus OM-10.

A l’occasion de ces billets, j’ai déjà survolé la riche histoire de la marque, sur laquelle je vais revenir un moment, à travers un homme.

Le génie d’un homme

Un homme qui a révolutionné la conception des appareils photographiques chez Olympus et, par ricochet, chez les autres :

Un homme souriant présente une caméra, entouré de plusieurs appareils photo Olympus sur une table, avec un article de publicité sur les innovations de Maitani en matière de conception de caméra.

[…. Un fabricant d’appareils photo qui copie simplement l’idée des autres n’a pas le droit de se qualifier de créateur original en premier lieu.] – Yoshihisa Maitani (1933 – 2009), créateur du Pen, du système photographique OM, et du XA, entre autres.

Encore étudiant en ingénierie mécanique à l’Université Waseda, Yoshihisa Maitani aimait la photographie, qu’il pratiquait avec un antique Leica IIIf équipé d’un Tessar. Son esprit inventif lui avait déjà donné quelques envies de fabriquer des appareils et à 16 ans, il avait déposé 4 brevets pour ceux-ci.

Lorsqu’en 1956, il reçoit deux offres d’emploi, la première chez un constructeur automobile et la seconde pour Olympus. Au risque de froisser son université, il choisit la seconde.

[En ce temps-là, un étudiant qui refusait de travailler pour la première entreprise qui lui offrait un emploi était considéré comme une honte pour son université. J’avais reçu une offre d’emploi d’un constructeur automobile, mais j’ai prétendu que je ne l’avais pas fait et je suis donc allé travailler pour Olympus à la place.] dixit Y. Maitani.

C’est le concepteur des premiers appareils Olympus, Eiichi Sakurai, tombé sur les brevets de Maitani, qui a insisté auprès de sa direction pour que celui-ci rejoigne son équipe de concepteurs.

Olympus lui propose alors un parcours original : dans un premier temps, il ne doit rien concevoir mais faire le tour des différents postes dans l’usine. De fait, tous les 6 mois, il change de secteur, ce qui lui permet de s’imprégner de la philosophie et des méthodes de la marque.

Au bout de deux ans de ce parcours formateur, Monsieur Sakurai lui propose d’essayer de concevoir quelque chose.

Il s’est fixé un objectif hors du commun : concevoir un appareil qui couterait le quart du prix du boitier le moins cher de chez Olympus. Il pouvait se le permettre, ayant obtenu un degré inhabituel de liberté … et un budget conséquent.

Pour Y. Maitani, l’appareil photo doit être le prolongement du photographe, ce qui implique que cet outil doit être léger, peu encombrant et contenir la meilleure technicité possible. Son second crédo est que l’objectif est lui le prolongement de l’œil du photographe et l’âme de la caméra.

Sans doute des réminiscences de son expérience avec le Leica et le Tessar. Il demande alors qu’on lui conçoive une lentille exceptionnelle, capable de rivaliser avec l’optique de Carl Zeiss.

Le résultat sera le D-Zuiko, une optique de grande qualité mais dont la conception lui a couté la quasi totalité de son budget.

Il est donc revenu à sa planche à dessin : il avait une optique de feu, restait à concevoir l’appareil qui irait avec, tenant compte de ce qui lui restait d’argent !

Après avoir développé plusieurs prototypes, il soumet ce qui deviendra l’Olympus Pen à Monsieur Sakurai. Conquis par le concept de cet appareil demi-format avec un objectif éblouissant, ce dernier décide de lancer immédiatement la fabrication.

Mais le directeur de l’usine de production s’est opposé à la mise en œuvre de ce qu’il considérait comme un jouet ! Finalement, Olympus confiera la production à Sanko Shoji, une entreprise tiers.

Lancé en 1959, ce sera un premier succès : en quelques mois, l’usine fabriquait 5000 appareils par mois et n’arrivait pas encore à répondre à toutes les demandes.

Séduite, la direction d’Olympus lui assigna une nouvelle tâche : faire de nouveaux appareils, plus rapidement.

Ainsi, lorsque Olympus voudra lancer le Pen S, le directeur de l’usine qui avait opposé son refus au premier du nom, suppliera qu’on lui en confie l’honneur de le fabriquer.

Y. Maitani dira [ … J’ai senti que j’avais enfin gagné la reconnaissance au sein de l’entreprise, et que j’avais finalement franchi la barrière de la sagesse acceptée. Cela était dû en partie au soutien de mes supérieurs, qui ont pu voir au-delà de la barrière, mais un autre facteur était le soutien des innombrables utilisateurs qui ont acheté la caméra après sa sortie].

Le Pen et ses nombreuses itérations se vendra, in fine, à plus de 17 millions d’exemplaires. Un premier succès pour Maitani.

L’idée qui révolutionne le réflex

En 1963, c’est Y. Maitani qui dirige maintenant la création et le développement chez Olympus. Fort du succès du Pen, un appareil avec un viseur simple, il décide de s’orienter vers un réflex à objectifs interchangeables munis d’une suite d’accessoires pour créer un système capable de rivaliser avec leurs concurrents.

Faisant fi de la croyance qu’un réflex de qualité devait être surmonté d’un prisme, il créera le Pen F, un chef d’œuvre mécanique, plein d’innovations techniques dont je vous parlerai sans doute un jour, le temps de mettre la main sur un bel exemplaire abordable.

Toutefois, il n’eut pas le succès escompté … trop en avance sur son temps peut-être et, surtout, les professionnels (à qui il était destiné) ne voulaient pas d’un appareil demi-cadre.

Ce demi échec relança la machine à inventer de Y. Maitani et il allait en surprendre encore plus d’un.

[Il y a peu de valeur dans la production d’un nouvel appareil photo qui ne se distingue guère de ses concurrents], écrira-t-il quelques années plus tard.

[ Si, cependant, une nouvelle caméra reflex à objectif unique apparaît sur le marché qui offre des fonctionnalités et une performance du système indisponibles dans les caméras précédentes de ce type, son accueil sera assuré puisqu’il apporte une véritable contribution à l’amélioration des normes et à l’établissement de nouvelles valeurs. Si, en plus, c’est le genre d’appareil photo qui inspire une satisfaction croissante au fur et à mesure que le photographe apprendra à mieux le connaître, il gagnera une place permanente dans ses affections en tant qu’outil photographique indispensable. Atteindre une telle distinction était le but du système de l’OM et la raison de sa conception].

Pourtant, ce ne fut pas facile car il fallait convaincre la direction pour un autre appareil révolutionnaire. Il utilisera toute l’année 1967 pour convaincre celle-ci du bien fondé de son nouveau concept.

A l’époque, le Nikon était LA référence, notamment pour les professionnels et le Pentax Spotmatic rendait l’appareil photo de type réflex populaire auprès des amateurs. Bien que Olympus eut sorti un FTL (1971), très classique, avec objectif à monture visante M42, Y. Maitani pressentait que ce type d’appareil n’avait rien d’exceptionnel et ne révolutionnerait rien.

Ses exigences sont simples : fabriquer un réflex mono objectif qui sera 20% moins grand en largeur et en hauteur que n’importe quel concurrent et 50% que le Nikon F, avec un obturateur capable d’effectuer au moins 100.000 cycles.

Pendant 4 ans, ses équipes et lui même vont rogner tous les millimètres superflus, repositionner les fonctions incontournables, telles que le sélecteur de vitesse ; ils vont exploiter le moindre espace sous-utilisé dans le châssis.

Envers et contre tous, il a maintenu les dimensions de son nouveau bébé, même si, en fin de compte, l’appareil fini sera un millimètre plus grand que prévu !

C’est à la Photokina de 1972 que ce nouvel appareil sera dévoilé : l’Olympus M-1 (M pour Maitani, belle reconnaissance de son travail acharné) est un SRL (Single Reflex Lens) avec un viseur extraordinairement grand et clair, des commandes faciles à faire bouger (même avec de gros doigt), une taille et un poids extrêmement réduit mais capable de faire tout ce que les autres appareil professionnels de l’époque faisaient. Même se retrouver en zone de conflit, dans des laboratoires, des salles de presse, des sacs à dos de baroudeurs, les sacs photo des familles, des studios de mode, etc.

Y. Maitani et ses équipes venaient de produire un nouveau chef d’œuvre d’ingénierie mécanique, qui allait changer la vision du réflex pour les années à venir. La course à la miniaturisation était lancée, sans sacrifier les capacités de ces nouveaux boitiers.

Les 25 années qui suivront verront constamment évoluer ce boitier devenu légendaire. De Monsieur et Madame-tout-le-monde aux photographes professionnels, il y aura un modèle OM.

Pour mémoire :

  • L’OM-1, celui qui bouscule tout : un réflex pas plus encombrant qu’un télémétrique !
  • L’OM-2 introduit le semi-automatisme à ouverture contrôlée électroniquement
  • L’OM-3 perfectionne l’OM-1, destiné aux professionnels et reste entièrement mécanique
  • l’OM-4 faisait évoluer le semi-automatisme de l’OM-2 et raffine encore la mesure de la lumière
  • Les OM-10, OM-20, OM-30 et OM-40 sont des boitiers simples d’emploi, plus abordables et orientés vers les amateurs
  • Enfin, les OM-3 et OM-4 en titane, plus légers et plus solides encore, offrent aux professionnels une meilleure protection contre les intempéries.

Aux boitiers s’ajoutaient une série d’objectifs de petites tailles et très performantes, les OM-Zuiko. Elles rejoignaient l’obsession de Y. Maitani pour la qualité des optiques. Celles-ci étaient non seulement plus légères et plus petites que celles de la concurrence, mais offraient un rendement incroyable.

Tiens, petit aparté : pourquoi l’appareil a-t-il changé de nom de modèle ? C’est Leica qui vint jouer les troubles fêtes, arguant que la lettre M leur était réservée. Y. Maitani aura pu faire observer qu’il s’agissait d’un réflex et non d’un télémétrique, ce qui n’entrainait aucune confusion, mais c’était aussi quelqu’un d’affable et conciliant, aussi accepta-t-il que l’on rebaptise l’appareil O (Olympus) M (Maitani)-1.

Mais quelles étaient ces révolutions ?

La liste est longue, outre l’exploitation particulièrement intelligente du moindre espace et le fait de repenser les liaisons mécaniques modifiées par leurs nouvelles implantations.

  • Pour atteindre un poids plume, c’est un alliage qui sera utilisé en remplacement du laiton pour le corps de l’appareil
  • On utilisera des vis en acier plutôt qu’en laiton pour grappiller quelques milligrammes précieux
  • Le mécanisme de l’obturateur et du miroir – amorti par air – a été revu pour qu’il soit plus silencieux et crée moins de vibrations
  • Le viseur du pentaprisme est entièrement revu pour gagner de la place. Exit donc le condenseur de lumière traditionnel
  • Le miroir reçoit une section semi-translucide au centre pour faciliter la mesure lorsque celui-ci est en position base
  • L’obturateur est entièrement mécanique
  • Le viseur couvre environ 97% du cadre, lumineux, épuré et vraiment étonnant lorsqu’on le porte à l’œil (grossissement de x0.92)
  • Réglage des vitesses autour du support de l’objectif pour garder ceux-ci rapides et instinctifs, sans quitter le sujet des yeux
  • Minuteur et verrouillage du miroir intégré dans un seul contrôle pour réduire les vibrations
  • Poids réduit à 490gr boitier nu
Schéma d'un appareil photo Olympus avec des détails internes exposés.

Comme tous les boitiers bien nés, il va évoluer au fil du temps. Car à l’origine il n’était pas prévu de monter un moteur, sauf à modifier la plaque inférieure. En 1974, Olympus va lancer un OM-1MD (Motor Drive) qui n’a plus besoin de cette modification. Une discrète marque MD est fixée sur la face avant. Ensuite, en 1979, le OM-1N remplaçait le précédent et apportait un peu de revue cosmétique (le levier d’armement), mais surtout une diode pour indiquer que le flash était prêt ou pas, une synchronisation automatique du flash (X-sync) avec les flashs de la série T.

En 1975, c’est l’OM-2 qui pointe son nez.

Celui-ci ouvre de nouvelles perspectives avec des évolutions importantes et inédites :

  • L’obturateur devient électronique (plus précis et stable, mais nécessite toujours une pile)
  • Les cellules de mesure de la lumière sont déplacées dans la boite du miroir. Elles peuvent ainsi continuer à prendre des mesures jusqu’à ce que l’exposition soit terminée (système TTL – OTF), ce qui permet de tenir compte des changements soudain de luminosité pendant la prise de vue
  • La mesure de lumière au flash est aussi plus précise grâce à une section translucide au centre pour faciliter la mesure quand il est en position basse.

Puis ce sera un OM-2N, celui que nous allons examiner, qui sera lui-même suivi d’un OM-3 et d’un OM-4, le summum de la gamme. Ce dernier sera un revirement complet de la politique d’Olympus, qui s’était égaré dans des modèles autofocus comme l’OM-101 et l‘OM-707 … assez catastrophiques il faut en convenir.

Présentation de l’Olympus OM-2N

De l’Olympus OM-1 à l’OM-2

Si l’OM-1 a bien secoué la planète photo, l’OM-2 a accroché une autre étoile dans le ciel des photographes professionnels et/ou amateurs avertis.

Sorti en 1975, ce second opus reprend la compacité de son ainé (78.6 x 83 x 50 mm), semblable au millimètre près à celle du Leica M3, qui n’a portant pas de prisme de prise de vue puisqu’il s’agit d’un appareil télémétrique.

Comparé à ses rivaux du moment, le Nikon F2, le Canon F-1, le Pentax LX, il fait vraiment petit. Pourtant, il apporte lui aussi un système sophistiqué et complet : moteur à 5i/s, optiques de grande qualité à foison, flash dédié et toute une série d’accessoires parfois plus anecdotiques. Là où on pourrait chicaner, c’est que le prisme n’est pas interchangeable mais on peut changer les verres de visée.

Mais outre sa taille, ce qui frappe dans ce boitier, c’est le nombre d’articles disponibles pour répondre à toutes les demandes des photographes, qu’il soit destiné à des scientifiques, des chercheurs, des architectes, des astronomes, ou des photo reporters, des photographes de studio ou des amateurs.

Toutefois, c’est à l’intérieur que tout se passe …

L’Olympus OM-2 dispose d’un système de mesure directe à travers l’objectif (TTL) pour la pellicule (OTF), appelé Auto Dynamic Metering (ADM). A l’époque, c’est une première mondiale car le calcul de la lumière se fait en continu, en mesurant la quantité de lumière réfléchie par le film.

Deux capteurs jumeaux (cellules bleues en silicium) mesurent la lumière réfléchie sur une surface graduée tournée du côté de l’objectif. Pour des vitesses d’obturation inférieures à 1/60 s, l’exposition est calculée à partir de la quantité de lumière réfléchie sur la surface du film pendant l’exposition. L’obturateur est de type tissu à coulée horizontale. En mode automatique, l’appareil est capable d’afficher des expositions allant de 60s à 1/1000s, tout comme en mode manuel, avec là des vitesses de 1s à 1/1000s, plus la pose B.

Plus simplement, au lieu de mesurer la lumière à travers l’objectif avant de prendre une photo, l’OM-2 la mesure sur le rideau de l’obturateur (pour les expositions courtes) ou directement hors de la surface du film (pour les longues expositions) lors de l’exposition réelle elle-même.

Cette manière de faire permet d’obtenir d’excellents résultats même dans des conditions d’éclairage difficile.

Ensuite, l’OM-2 est un hybride mécanique/électronique : il y a deux vitesses mécaniques, le 1/60s et la pose B, les autres vitesses sont électroniques.

C’est donc un semi-automatique à priorité ouverture : vous réglez celle-ci et l’appareil sélectionne automatiquement la vitesse d’obturation, ajustant parfois de manière invisible l’exposition médiane si nécessaire.

Plusieurs photographes célèbres ont utilisé l’OM-2, dont Patrick Lichfield, Kon Sasaki, Don McCullin, Roy Morsch, Jacques Schumacher, Robert Semeniuk et James Sugar (si, comme moi, vous ne les connaissez pas tous, un petit tour sur la Grande Toile pour parfaire notre culture photographique).

Mais comme je l’écrivais plus haut, les appareils bien nés évoluent par petites touches (OM-2, OM-2 MD – avec moteur, OM-2N- MD, OM-2S – OM-2 Spot Program – avec mesure spot entre autre), même si celles-ci sont des révolutions.

De l’Olympus OM-2 au OM-2N

En 1979 apparait donc l’Olympus OM-2N. Il sera fabriqué jusqu’en 1984.

Pas de grands chambardements mais des évolutions en douceur :

  • Amélioration de l’OTF pour les faibles luminosités
  • La synchro flash devient TTL avec les flashs de la série T
  • Le moteur se monte sans modification sur le boitier
  • Informations plus précises dans le viseur (introduction de diode, indication de la compensation d’exposition)
  • Gamme de mesure du posemètre élargie
  • Le viseur est encore plus lumineux
Image d'un appareil photo Olympus OM-2 avec des étiquettes détaillant les différentes fonctionnalités et réglages de l'appareil.

Point de vue purement esthétique, les OM-2, OM-2N et OM-2MD ont existé en livrée bis-colors ou noire, alors que le Spot Programme n’existait qu’en noir.

Revue de détails de l’OLympus OM-2N

Ensuite, vous avez sans nul doute remarqué le minuscule N majuscule gravé sur la face avant et le fait que la fonction de réinitialisation a été déplacée en haut de la caméra via l’interrupteur d’alimentation et le mot Reset est gravé à côté du mot Check sur la plaque supérieure de la caméra.

Commençons en haut, sur le prisme. Première remarque, le sabot du flash est amovible et non fixe comme sur les concurrents, ce qui ajoute à la compacité de l’ensemble. A la place donc, une douille filetée avec deux trous pour les broches de contact. Juste au dessus du viseur, il est écrit shoe 4 pour vous aider dans le vaste choix de sabot ayant existé pour la gamme.

Vue rapprochée du sommet d'un appareil photo argentique OM-2N avec des boutons et un objectif.

Les contacts du flash modifient les informations dans le viseur : une lumière signale que le flash est prêt à l’emploi et une seconde, rouge, confirme l’exposition correcte du flash après déclenchement. Si vous utilisez un flash de la série T, celui-ci et l’obturateur se synchronisent au réglage X.

Si vous regardez sur la gauche de la monture de l’objectif, vous verrez une prise PC. Autour de celle-ci, un interrupteur vous permet de choisir entre X ou FP. Le X est à choisir pour tous les flashs électroniques, y compris bien sûr ceux de la marque ; le FP est à réserver aux flashs plus anciens, à ampoules.

Appareil photo argentique Olympus avec objectif, vu de côté.

Si nous continuons le tour du propriétaire, nous ne pouvons rater ce qui fit, aussi, la réputation de la gamme OM et ce que HBC (Henri Cartier Bresson pour les intimes) disait en précisant que l’appareil était une extension de son oeil : le viseur !

Sa taille, sa lisibilité facilite la relation du photographe avec son boitier et c’est surement ce qui explique l’engouement que cette gamme continue d’entretenir auprès des amateurs.

Alors, nous allons y coller notre œil … et regarder les positions du sélecteur.

Au centre, un stigmomètre à coïncidence entouré d’un champ à micro-prismes très fin. Lorsque vous basculez du mode manuel en automatique,

Un gros plan sur le bouton de réglage d'un appareil photo OM-2N, avec un doigt touchant le sélecteur entre les modes AUTO et MANUEL.

sur la gauche, vous voyez apparaître une échelle avec une aiguille qui bouge en fonction soit de l’ouverture, soit de la vitesse.

Illustration montrant un viseur avec l'indication 'OFF' à gauche et 'AUTO' à droite, indiquant un changement d'état.

Si vous êtes resté en mode manuel, les indications sont plus succinctes mais néanmoins suffisantes et précises :

Symboles d'exposition photographique : 1 stop surexposé, 1/2 stop surexposé, exposition correcte, 1/2 stop sous-exposé, 1 stop sous-exposé.

En mode automatique, c’est plus précis : l’aiguille vous indique la vitesse retenue fonction de l’ouverture que vous avez déterminée (priorité ouverture).

Panneau de contrôle avec indicateur de réglage en position AUTO, OFF et MANUAL, affichant des chiffres et des flèches pour le réglage.

Le plus surprenant sur l’Olympus OM-2N c’est vraiment son système de mesure de la lumière en automatisme ; il analyse la lumière, renvoyée par le premier rideau ou le film (tout dépend de la vitesse d’obturation), grâce à deux photodiodes au Silicium (SBC).

Lorsque le circuit de commande estime que le film a reçu suffisamment de lumière, il libère le second rideau, ce qui du même coup interrompt l’alimentation des SBC. Au 1/60 s, l’estimation de l’exposition se fait sensiblement pour moitié sur le premier rideau et pour moitié sur le film. Cependant, en raison de la disposition fortement pondérée des éléments réfléchissants du premier rideau, on conserve une nette impression de pondération centrale. Cette variation de la pondération peut-elle affecter l’exposition ? Dans la plupart des cas, elle sera sans doute négligeable. Sans doute, néanmoins, y aura-t-il des cas de luminosité où cela ne fonctionnera pas. Les deux photodiodes SBC servent également au contrôle de l’exposition en temps réel avec les flashs Olympus de la série T, dont celui dédié à ce boitier, le T20.

En mode manuel, deux cellules au CdS classiques mesurent la lumière au niveau du dépoli, à pleine ouverture et pondérée.

Un tel système interdit la mémorisation, mais pas la correction volontaire d’exposition qui, lors de sa mise en œuvre est rappelée dans le viseur, bravo ! De plus, il est totalement insensible aux lumières parasites provenant du viseur.

Petite particularité de cet appareil : si vous êtes en OFF vous pourriez croire que tout est éteint. Ce n’est pas tout à fait exact car si vous appuyez sur le déclencheur pour prendre une photo, le mode Auto s’allume automatiquement et momentanément pour vous donner une photo correctement exposée, pour autant que la vitesse soit au minimum de 1/30s. Petite précaution pour les photographes pro qui doivent faire face à une situation inopinée.

Enfin, sur le bouton de sélection il reste check-reset : poussé vers cette position, c’est un contrôle de l’état de la batterie (si elles sont bonnes, une diode rouge s’allume et clignote si elles sont faibles) et il réinitialise le miroir si l’appareil le verrouille en position haute.

Vue rapprochée du boîtier d'un appareil photo OM-2 N avec des réglages de mode et un indicateur de contrôle.

Un mot à ce sujet (à vous de l’exploiter en cas d’achat par quelqu’un qui ne connait pas l’appareil … chuuuut, je n’ai rien écris) : le miroir est verrouillé si vous avez enfoncé le déclencheur avec des batteries fatiguées ou si le film est avancé lorsqu’une longue exposition. Le manuel indique que le verrouillage du miroir est une caractéristique de sécurité et non un défaut mécanique.

Bon, continuons la visite …

Sur le capot, près du prisme, un cadran rond qui a deux fonctions. La première, si vous tirez dessus, vous permet de régler la sensibilité du film (Asa/Iso) ; si vous ne le levez pas, vous réglez la compensation d’exposition, par 1/3 d’arrêt. Notez que si vous utilisez la compensation, un petit indicateur +/- glisse dans le viseur, à gauche.

Détail d'un appareil photo argentique montrant le cadran ASA et des boutons de réglage.

En façade, un petit bouton rond, à côté duquel un R rouge est gravé, indique qu’il permet de déverrouiller l’avance du film pour le rebobinage. La semelle ne porte plus alors que les couvercles pour les piles, pour l’entrainement du moteur et les contacts de celui-ci.

Détail d'un appareil photo OM-2N avec un bouton de recharge et un objectif visible.

En dessous de ce petit bouton, un large levier actionne le minuteur, modulable de 8 à 12 secondes.

Autour du bloc objectif, un anneau avec deux excroissances faciles à appréhender permet de modifier rapidement la vitesse, et sans regarder ce que l’on fait. L’aiguille du posemètre, dans le viseur, montre immédiatement les conséquences des changements.

Appareil photo argentique Olympus OM-2N avec objectif visible et cadrans détaillés.

Si vous désirez ôter l’objectif, il suffit d’appuyer sur les deux boutons sur le pourtour et de tourner dans le sens anti horaire. Pour le remettre, il faut aligner les deux points rouges et tourner dans le sens horaire.

Un mot d’ailleurs au sujet de la monture OM : tous les objectifs antérieurs ou postérieurs de la gamme sont compatibles avec les boitiers de la gamme, tout comme les autres éléments du système Olympus OM. C’est ce qui a permis à la marque de rivaliser avec d’autres modèles professionnels de son époque, comme le Nikon F2, le Canon F-1, le Minolta XK et aussi le système Pentax K.

Les objectifs Zuiko ont en plus une excellente réputation et couvrent tous les besoins des photographes. Sur l’exemplaire que je vous propose, j’ai d’ailleurs un étonnant zoom 24 -48mm ouvrant à f4 constant (Zuiko OM-System S Auto-zoom, diamètre de 48mm), très compact.

Un mot aussi sur les piles qui vont alimenter le boitier : il s’agit de deux SR ou LR 44 de 1,5v.

La gamme de vitesses du OM-2N est assez spécifique. Elle s’étale de 1s au 1/1000s plus pose B en mode manuel mais passe de 120s à 1/1000s en mode automatique.

Enfin, un dernier mot au sujet du rideau, sur lequel est dessiné un damier très particulier, celui sur lequel la mesure de la lumière se fait. Deux mots à retenir absolument : pas touche !

Ce damier noir et blanc fait partie du système OTF (off the film), que vous apercevez derrière le miroir. Il permet de faire la mesure de la lumière hors du film de manière très précise et en continu, ce qui évite les erreurs dues au changement de lumière pendant la prise de vue. Il permet encore de contrôler la durée de l’éclair du flash en dosant la lumière qui frappe le film lui-même.

Petit résumé

Si je devais résumer cet Olympus OM-2N, je reviendrais sur quatre mots : léger (510gr nu), compact, évolutif et solide.

J’ai déjà largement évoqué les trois premiers mais je reviens sur le quatrième. De nos jours, dans l’imagerie collective, on retient les Nikon comme étant de tous les fronts de guerre (quelques exemples ci-dessous) ou les lieux sensibles, voire chez les peoples.

Mais d’autres ont mouillé leurs chemises avec des Olympus OM

Bref, les Olympus OM ont encore de l’avenir malgré leur plus de 50 ans !

Petite revue de ce qu’en disait la presse spécialisée/ la publicité de l’époque

Description de l'appareil photo reflex Olympus OM 2 N, avec vue de l'avant, de l'arrière et du dessous, accompagné de spécifications techniques.
Granier-Natkin 1981
Un article présentant des appareils photo reflex, notamment le Minolta XD 5 et l'Olympus OM 2n, avec des spécifications techniques et des descriptions.
Camara 1981, les meilleurs réflex de l’époque (voir encadré en bleu)

Que penser de cet appareil ?

Comme je le précisais dans le préambule de cet article, cet exemplaire semblait n’avoir pas trop souffert, hormis le petit cache qui tient le minuteur qui s’est fait la malle !

Bien nettoyé, j’ai refait les mousses du miroir et du dos, remis des pile neuves et collé le bouton du minuteur au gaffer, en attendant mieux.

Il est vrai que c’est un appareil plaisant à manipuler et, je l’avoue, j’ai repris mon OM-D EM-1 à ses côtés : la filiation est étonnante et Olympus avait gardé la philosophie de feu Y. Maitani intacte. Gageons que OM System perdure celle-là.

Deux appareils photo Olympus sur un bureau, l'un est numérique OM-D et l'autre est un ancien modèle OM-2.

Il faut un peu s’habituer au réglage de la vitesse, autour du fut d’objectif mais c’est plus une question de pratique.

Pour le reste, c’est un appareil classique qui cache bien son jeu car, extérieurement, rien n’indique sa très bonne maitrise de la lumière. Sa compacité vous encourage à le prendre souvent avec vous en sortie et ses petites astuces vous aideront bien à capter sur le vif. C’est aussi un excellent compagnon en street photography.

Si l’OM-1 a ouvert une brèche quant au design des boitiers réflex, amenant une vraie réflexion sur leur taille et leur ergonomie, l’OM-2N a clairement posé cet appareil comme un incontournable, recherché et bien plus abordable que les opus 3 et 4.

Donc, si vous croisez la route d’un très bel exemplaire, laissez-vous tenter, c’est un appareil que vous en regretterez que lorsque vous devrez le quitter.

Une idée des images captées par ce type d’appareil ICI.

Quelques vidéos d’illustration

Rappel utile :

Petits conseils pour ceux qui utilisent peu YouTube : vous pouvez (presque) toujours traduire les vidéos dans votre langue. Voici comment faire :

Bon visionnement :

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Comment estimer l’âge de votre OM-2 ou OM-2N

Plage de nombres en sérieModèleAnnées De Production Approximatives
100000 – 299999Début OM-2Catégorie: 1975 à 1977
300000 – 499999OM-2 / OM-2 MD tardifCatégorie: 1977-1979
500000+OM-2N1979-1987

Où trouver le numéro de série :

  • Le numéro de série est gravé sur la plaque supérieure près du levier de rembobinage.

Données techniques

  • Olympus OM-2n introduit en 1979
  • Obturateur horizontal en tissu caoutchouté à plan focal, à commande électronique
  • Plage de vitesse d’obturateur: 1s-1/1000s plus pose B, synchro flash et vitesse mécanique 1/60s ; prise PC pour les flashs ; minuteur
  • Sensibilité de la cellule : 12-1600Asa ; mesure TTL directement sur le rideau (cellules SPD)
  • Indications dans le viseur : aiguille avec sur et sous exposition en manuel, indicateur de la vitesse en automatique
  • Griffe porte accessoire optionnelle et détachable (référence n° 4)
  • Alimentation : 2SR44 ou 2LR44
  • Modes d’exposition : priorité ouverture (automatique) ou manuel
  • Viseur : 97% du champ, grossissement x.84
  • Ecran de visée interchangeable (13 modèles)
  • Monture : Olympus OM
  • Flash dédié Olympus T20
  • Poids 519gr

Des références

https://expert-photo.fr/olympus-om-2n-avis-test-complet/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-11635-Olympus_OM-2n.html, https://www.appaphot.be/fr/brands/olympus/olympus-om-2n-md/, https://35mm-compact.com/reflex/olympusom2n.htm, https://parlonsargentique.com/olympus-om-2n-fiche-technique-avis/, https://www.mes-appareils-photos.fr/Olympus-OM-2N.htm, en français ; https://en.wikipedia.org/wiki/Olympus_OM-2, https://thenoisyshutter.com/2024/05/06/classic-camera-review-olympus-om-2n/, https://zuikography.com/olympus-om-2-family-precision/, https://www.35mmc.com/29/07/2024/olympus-om2n-best-of-both-worlds/, https://www.mir.com.my/rb/photography/hardwares/classics/olympusom1n2/ (lien désactivé à la demande de l’auteur, pour ne pas bloquer le serveur qui l’héberge), https://amateurphotographer.com/technique/film-photography/classic-film-cameras-olympus-om-2n/, https://zuikography.com/olympus-om-2-family-precision/, https://www.edwardmunn.co.uk/blog/olympus-om2n-review-the-best-value-film-slr-in-2025, https://www.digitalcameraworld.com/features/the-man-behind-the-olympus-om-camera-yoshihisa-maitani, https://zuikography.com/yoshihisa-maitani-the-visionary-behind-olympuss-revolutionary-cameras/, https://casualphotophile.com/2018/01/12/yoshihisa-maitani-the-man-who-made-olympus/, en anglais

Argentique

Le petit frère du Canon FTb QL, le Canon TX (seconde partie)

Dans cette seconde partie, nous allons découvrir ce Canon TX, comment il fonctionne et ce que j’en pense pour l’avoir manipulé un moment.

Bonne découverte.

Présentation du Canon TX

Comme vous avez pu le découvrir dans l’histoire de cet appareil, il est donc une version simplifiée du Canon FTb qui ne sera jamais vendue au Japon mais produite pour l’exportation, notamment vers les USA (aussi sous le nom de Bell&Howell FD 35) et l’Europe. Il est apparu sur le marché en mars 1975.

Qu’a-t-on sacrifié sur l’autel du prix ? Ce qui frappe en premier, c’est la vitesse maximale, limitée au 1/500s et non plus au 1/1000s ; ensuite, le bouton de déclenchement n’a pas de verrou ; puis, ils ont retiré le minuteur (le levier existe toujours mais il sert à tester la profondeur de champ). Ça, c’est ce qui se voit avec un peu d’habitude.

Vue plongeante d'un appareil photo argentique avec objectif, bouton de réglage d'ouverture et cadran de vitesse d'obturation.

Au moins, ils ont gardé la pose B, pour les expositions longues, le testeur de profondeur de champ et la griffe porte-flash avec contact synchronisé, même s’il y a encore une prise PC.

Pour le reste, il faut lire le mode d’emploi. En effet, dans le TX, la mesure de la lumière est une moyenne pondérée au centre alors que celle du FTb est une mesure partielle au centre (12%). Cette différence affecte la précision de l’exposition dans les scènes très contrastées.

Ceci dit, cette mesure s’effectue toujours à travers l’objectif (=TTL) et la mesure s’affiche au travers d’une mire avec une aiguille qu’il faut placer au centre d’un cercle pour éviter la sur ou sous exposition. Une pile est donc nécessaire. Une PX625A pour remplacer celle autrefois au mercure.

Dans le viseur, une première aiguille se déplace suivant la vitesse sélectionnée et la réaction du posemètre. Une seconde aiguille, qui se termine par un anneau, se déplace suivant le choix du diaphragme. Le but du jeu est d’amener les deux aiguilles à coïncidence.

Diagramme présentant trois indicateurs : aiguille de mesure, aiguille de l'ouverture et indice de la pile. La première position montre l'aiguille qui descend, la deuxième position indique une exposition correcte, et la troisième position montre un signal rouge pour une exposition hors du couplage de la cellule.

La cellule est située derrière le prisme, près de l’œilleton de visée. Sa mesure est pondérée, centrée au-dessous de la plage des micro-prismes.

Diagramme illustrant la relation entre le déclencheur, le diaphragme et le miroir d'un appareil photo.

Rassurez-vous, même sans pile, le TX fonctionne toujours, elle ne sert qu’à alimenter le circuit du posemètre.

C’est un appareil tout manuel, de ceux que je qualifie souvent d’appareils école car avec lui vous apprendrez les subtilités du triangle d’exposition.

Graphique illustrant les paramètres de l'exposition photographique : ouverture du diaphragme, vitesse d'obturation et sensibilité ISO, avec des icônes représentant le mouvement.

Pour le reste, c’est un appareil très classique dans sa présentation et ses fonctions:

Vue du dessus d'un appareil photo Canon TX avec un objectif Canon FD 50mm f/1.8 S.C., présentant plusieurs étiquettes indiquant les fonctions des différents éléments de l'appareil.
Schéma illustrant un appareil photo Canon TX avec des étiquettes indiquant les différentes parties et fonctions comme le levier de prévisualisation, le compartiment de la batterie, et le filetage pour trépied.

Tout comme le FTb, il utilise la nouvelle monture Canon, la FD (qui remplace la FL plus ancienne). Il vous ouvre donc un vaste parc d’optiques de qualité, chez Canon même et chez les opticiens tiers de l’époque (Vivitar, Chinon, Tamron, etc.). Pensez-y : les objectifs Canon FD permettent une mesure de l’exposition à pleine ouverture alors que les objectifs FL et R ne permettent une mesure qu’à diaphragme fermé.

Quant aux flashs, tous ceux dits électroniques de l’époque fonctionnent, même ceux avec un câble de raccordement. La vitesse de synchronisation est de 1/60s.

Résumons-nous : le Canon TX est un appareil fiable, solide, qui devait faire le bonheur de nombreux photographes car moins cher que les autres appareils de la gamme. Il offre le nécessaire, sans le superflu et vous permet d’apprendre la photographie sans risque puisqu’il est tout mécanique, la pile ne servant qu’à alimenter la cellule.

Pourtant, ce ne fut pas, en Europe du moins, un succès commercial comme attendu, vous allez comprendre pourquoi.

Petite revue de détail des Canon de l’époque:

Page de catalogue Canon présentant différents modèles d'appareils photo et accessoires, avec des spécifications techniques et des descriptions.

De fait, la date de sa sortie sur le marché le place entre deux énormes succès commerciaux de la marque : le Canon FTB (1971) et ensuite le AE-1 (1976). Hormis son prix, il ne pouvait rien offrir d’autres aux photographes de l’époque.

Que penser de cet appareil ?

Que du bien, même s’il se fait rare sur les braderies/brocantes, pour les raisons exprimées ci-devant.

C’est un boitier que l’on tient facilement en mains, que l’on peut utiliser de suite, même sans avoir lu le mode d’emploi et qui ne déçoit pas. Ses réglages sont naturels et simples à mettre en œuvre et sa compatibilité avec les objectifs FD vous permettent d’envisager tous types de photo.

Tout mécanique, il ne vous lâche pas si la pile est morte, vous pourrez toujours photographier.

Subjectivement, c’est un appareil que l’on a envie d’emmener dehors, car c’est sa place. Il vous en voudra si vous le laissez dans un placard, une vitrine.

Et comme son prix, toujours attractif (comptez au maximum 50€ pour un très bel exemplaire) ne vous ruinera pas, vous pourrez courir acheter de la pellicule et l’essayer de suite.

Donc, soyez raisonnable ou soyez fou, mais faites-vous plaisir.

Des vidéos d’illustration

Un peu de technique

Le mode d’emploi est par LA.

  • Réflex mono objectif 35mm
  • Image de 24x36mm
  • Monture FD, optique de dotation Canon FD 50mm f1.8 SC
  • Obturateur à plan focal horizontal à deux axes, avec rideaux en tissu. Vitesses de 1s, 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/250, 1/500s plus pose B et synchro flash au 1/60s.
  • Viseur avec pentaprisme au niveau des yeux ; grossissement 0.85x et couverture de 94%. Télémètre à microprisme au centre de l’écran de Fresnel, mat . Aiguille d’indication de la cellule, avertissement flash insuffisant, avertissement de surexposition et de sous-exposition.
  • Mesure avec une cellule CdS à travers l’objectif à pleine ouverture, mesure moyenne pondérée centrale. Sensibilité de 25 à 2000 Iso
  • Compteur de vue avec réinitialisation à l’ouverture du dos
  • Pile PX625A de 1,5v ou WeinCell pour remplacer la pile au mercure PX625 de 1,35v
  • Dimensions et poids 144 x 93 x 43 mm, 680 g

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10506-Canon_TX.html, https://filmphotography.eu/t/fr/canon-tx-5/, https://clicclacphotoblog.wordpress.com/2018/02/16/petite-histoire-de-la-photographie-le-pays-du-soleil-levant-5-6/, http://photogamme.com/histoire-de-la-photographie-japonaise, https://zenuacademie.com/photographie/comprendre-triangle-exposition-debutants/, https://repairedescreateurs.com/triangle-exposition/, en français ; https://mikeeckman.com/photovintage/vintagecameras/canontx/index.html, https://global.canon/en/c-museum/product/film90.html, https://www.vintagecamerareviews.com/brands/canon/canon-tx/, https://www.canonclassics.com/canon-tx/20-5/, https://flynngraphics.ca/the-collection/the-cameras/f-series/canon-tx/ (une mine de renseignements), https://www.photoethnography.com/ClassicCameras/CanonTX.html, en anglais

Argentique

Le petit frère du Canon FTb QL, le Canon TX (première partie)

Préambule

C’est encore chez Emmaüs que j’ai trouvé ce pauvre Canon TX.

Couvert de poussières grasses, sans objectif, la mousse du miroir en lambeaux et plein de micro débris indéfinissables dans la chambre, le compartiment pile oxydé. Mais il armait et déclenchait encore.

Sans doute un peu masochiste — mais aussi parce que je terminais l’article sur le Canon FT QL — j’ai décidé de l’emporter et d’essayer de lui redonner un aspect plus convenable et un objectif pour qu’il puisse à nouveau s’exprimer.

Essence de nettoyage, dissolvant, coton-tiges, carrés de micro-fibres, produits de carrosserie, nettoyant pour lunettes, mousses à découper et quelques heures de patience m’ont effectivement été nécessaires pour arriver à un Canon TX enfin présentable et pleinement fonctionnel, même la cellule.

Je vais donc pouvoir vous le détailler.

Un peu (beaucoup) d’histoire

Cet article sera aussi l’occasion de faire un résumé plus complet sur l’histoire de la photographie et celle de la marque, et de la replacer dans son contexte temporel et géographique.

Car le Canon TX est un reflex 35 mm lancé dans les années 1970. Moins connu que le Canon FTb, il représente pourtant une étape importante dans l’histoire des appareils photo argentiques Canon…

Vous êtes prêt ? Alors, commençons…

Les inventeurs

Nous sommes au milieu du XIXe siècle, en France et en Angleterre. Car c’est en Europe que la photographie est née. Le Français Nicéphore Niépce réussira un premier essai en 1822 mais c’est l’image Point de vue du Gras qui est considérée comme la première héliographie (reproduction spontanée de l’action de la lumière, avec la dégradation de teintes noires, sur les images reçues dans une Camera obscura – 1824) fixée sur un support.

Un autre français, Jacques Louis Daguerre, s’intéresse à l’invention et prend contact avec Niépce. Après quelques hésitations, une collaboration nait entre les deux hommes (en 1829) pour le développement et l’industrialisation de l’invention. Hélas, en 1833, Nicéphore Niépce décède subitement et Daguerre s’approprie l’invention, qu’il présente au député François Arago sous le nom de Daguerréotype.

Enthousiaste, ce dernier décrit l’invention à la Chambre des Députés (1839) et ouvre à l’univers tout entier l’invention de la photographie. Il va s’en dire qu’une polémique s’en suivra et que finalement la paternité de l’invention sera rendue à Niépce.

Si l’invention de Niépce se basait sur du bitume de Judée, qui réagit à la lumière, étalé sur une plaque de cuivre et exposée plusieurs jours à la lumière, Daguerre l’a perfectionnée : il utilise les vapeurs d’iode comme agent sensibilisateur sur une plaque de cuivre recouverte d’une couche d’argent polie et la réaction entre l’iode et l’argent produit de l’iodure d’argent, une substance qui se révèle plus sensible à la lumière que le bitume de Judée. Le temps de pose se réduit mais exige encore au moins quelques heures.

Et c’est par hasard qu’il découvre que si une plaque exposée était traitée aux vapeurs de mercure, l’image latente apparaissait nettement. À partir de ce moment-là, le temps de pose se réduit considérablement. Encore quelques tâtonnements et Daguerre se rend compte qu’en trempant la plaque dans une solution saline, il pouvait empêcher l’image de noircir avec le temps. En découvrant le principe du développement de l’image latente, Daguerre raccourcit le temps de pose à quelques dizaines de minutes.

Pendant ce temps, de l’autre côté du la Mer du Nord, William Henry Fox Talbot mène des recherches qui lui font penser qu’il a inventé la photographie (1840) en proposant un procédé négatif-positif qui permet la diffusion multiple des images et qu’il appelle un calotype. Le procédé permet d’obtenir un négatif papier direct et donc de reproduire des images positives par simple tirage contact. Le procédé négatif-positif deviendra la base de la photographie argentique moderne, après d’autres améliorations s’entend.

Revenons en France car, toujours à la même époque (décidément féconde), Hippolyte Bayard effectue aussi des travaux sur le procédé négatif-positif sur papier. Hélas, il eut du mal à se faire reconnaître comme inventeur et à l’instar d’un Galillée qui conclut que pourtant elle est ronde (en parlant de la Terre), il publia en 1839 le premier autoportrait (le noyé-suicide) pour clamer son indignation.

Deux autres inventions, le colodion humide, inventé en 1851 par Frederick Scott Archer, et le gélatinobromure d’argent inventé par Richard Leach Maddox en 1871, font avancer l’invention : le premier permet d’enduire des plaques de verre, plus faciles à manipuler que des plaques de métal polies et le second donnera à John Carbutt, un anglais ayant émigré aux Etats-Unis, l’idée de coucher l’émulsion sur un support souple.

Idée que George Eastman (son employeur) va mettre sur le marché en 1888, en même temps que son premier appareil photo (Box) préchargé de la pellicule en nitrate de cellulose. Les produits Kodak seront distribués en France et en Angleterre par Paul Tournachon, dit Paul Nadar, fils de Félix Tournachon dit Nadar, photographe. Il sera le président-fondateur de la Société des auteurs photographes et président de la Chambre syndicale de la photographie et de ses applications.

Ces inventions et leurs développements, assorties des évolutions en matière d’optique et des appareils photographiques, qui voient leur taille et leur utilisation facilitée, vont véritablement lancer la photographie auprès du public. Elle quitte peu à peu le domaine des personnes aisées et instruites (utilisation de produits dangereux et mélanges chimiques des premiers temps) pour rencontrer les attentes de tout un chacun, enfin, presque.

Le matériel

Car un autre pays vient jouer dans la cour des grands, l’Allemagne, réputée pour la qualité de ses optiques d’abord. Associées aux nouveaux procédés permettant de capturer les images, les optiques autorisent des temps d’exposition plus courts et confortables pour les clients des nouveaux photographes, cette profession qui monte et se déploie un peu partout dans le monde.

Les objectifs donc et ensuite la qualité des mécaniques des appareils allemands vont asseoir cette nation dans l’histoire de la photographie. Car si Kodak lance le premier le marché de masse des produits et des appareils photos, comme les folding et les box, l’Allemagne propose des inventions qui vont révolutionner la pratique photographique.

Le Rolleiflex de Franke & Heidecke apparait en 1929. C’est un réflex bis-objectifs qui utilise du film en rouleau (format 120 en général) qui, associé à une grande qualité optique, va s’imposer comme un maître étalon jusque dans les années 1990. Ses images au format 6x6cm fourmillent de détails et autorisent des agrandissements de qualité. Le concept inspirera nombre de copies, notamment au Japon, en France, en Allemagne même, par exemple.

Toujours en Allemagne d’avant les deux guerres mondiales, un autre appareil photo va revendiquer une place de choix : c’est l’ Exakta Reflex, le premier réflex mono-objectif (1936), qui sera suivi par un Ihagee Kine Exakta (1936) avec objectif interchangeable. Cet appareil ouvre une voie nouvelle qui ne s’est pas encore tout à fait éteinte de nos jours. C’est l’appareil le plus polyvalent de tous, que l’on peut équiper d’une foule d’accessoires pour répondre aux besoins particuliers de chaque photographe (ce que l’on appellera plus tard un système).

En Allemagne encore, un certain Oskar Barnak, ingénieur chez l’opticien Leitz, conçoit un appareil aux proportions réduites qui va accueillir la pellicule utilisée verticalement dans le cinéma. Il a l’idée ingénieuse de faire défiler cette pellicule dans le sens horizontal, lui donnant alors le format du 24x36mm. En 1913 – 1914, deux Ur-Leica seront assemblés et testés mais il faudra attendre 1923 – 1924 pour que les premiers prototypes (31), les Leica 0 soient finalisés.

Enfin, le Leica 1 sera commercialisé en 1925, avec un objectif fixe ; puis le Leica 1C en 1930, avec 3 objectifs interchangeables (monture à visser de 39mm) ; en 1932, le Leica II qui accueille une visée télémétrique en plus et enfin le Leica III (1933 – 1960) qui inspirera tant d’imitations, voire carrément des copies (Fed 2). Les photographes professionnels et amateurs avertis (et riches) vont l’adopter.

La possibilité d’enfin disposer d’un appareil ultra portable va attirer d’autres fabricants dans ce créneau, dont le grand concurrent de Leitz, Zeiss Ikon. Celui-ci va produire un appareil, le Contax (1932), très différent du Leica : son obturateur est en métal et se déplace verticalement, permettant d’atteindre des vitesses de 1/1000s (1/1250s pour le Contax II), tandis que le Leica avait opté pour un rideau en tissus caoutchouté à défilement horizontal qui ne pouvait pas atteindre ces vitesses ; son télémètre a une base beaucoup plus large que celle du Leica, gage d’une meilleure précision ; les objectifs, conçus par Ludwig Bertele étaient considérés comme de meilleure qualité, la surface totale réduite des lentilles permettait un rendu plus contrasté et moins sensible au flare, à une époque où les traitements anti-reflets n’existaient pas encore ; le Contax était beaucoup plus facile à charger d’un film que le Leica.

En 1936, les Contax II et Contax III (équipé d’un posemètre intégré mais non couplé) conquièrent le sac photo de nombreux photographes professionnels, notamment les photojournalistes qui pouvaient facilement travailler en lumière naturelle grâce aux excellents objectifs.

Plus tard, au sortir de la seconde guerre mondiale, le Contax servira de base pour un des premiers réflex moderne, le Contax S avec un pentaprisme non inversé et une nouvelle monture, qui sera presque universelle, la M42.

Hélas, le conflit allait laisser de terribles marques dans l’histoire de la marque (une partie des usines étaient déménagées en Allemagne de l’Est, pour la production des Kiev 4 et suivants) et affaiblir celle-ci. Un marché parallèle va se constituer en Allemagne de l’Est (sous influence soviétique) avec des copies de Contax, les Kiev, mais aussi des copies de Leica avec les Fed et les Zorki. Toutefois, les copieurs vont aussi innover et faire progresser ensuite les appareils initiaux pour finalement être parfois plus modernes que l’original. Il faut aussi leur reconnaitre une capacité de production que n’atteindront jamais ni Contax ni Leica et ils feront perdurer les appareils télémétriques jusqu’au seuil des années nonante (Zorki 4K).

Mais au delà de Contax, c’est toute l’industrie photographique allemande qui souffre, ses brevets étant considérés comme des dommages de guerre et dispersés un peu partout. Zeiss Ikon accepta dès lors de faire des partenariats avec des entreprises japonaises comme Pentax, avec qui il produira la monture Pentax K ; puis avec Yashica avec lequel il développera les réflex Contax modernes (le RTS, 1975) et une monture commune (monture Y/C) pour des objectifs toujours de très grande qualité optique.

Ne brulons pas les étapes mais un nouveau venu s’invite dans la grande histoire des appareils photographiques, le Japon.

Le Japon, un peu de son histoire

Pour beaucoup, dont je suis, c’est un pays fascinant mais qui est resté très longtemps insulaire : l’archipel du Japon est constitué de 14.125 îles, quelques unes étant minuscules.

Ce sont les Chinois qui ont eu les premiers contacts avec le Japon, qui adoptera le bouddhisme et le système d’écriture. Il faudra attendre 1543 pour que des Portugais, perdus en mer, atteignent les côtes japonaises. Ils y établiront des comptoirs commerciaux, bientôt rejoint par les Hollandais et les Anglais, qui introduiront aussi le christianisme. Mais craignant de devenir des vassaux de ces empires coloniaux, ils vont d’abord interdire la nouvelle religion (1537) puis couper (presque) tous les ponts avec les autres pays (seuls subsisteront quelques contacts commerciaux avec les Hollandais et les Chinois) en 1639 et expulseront tous les étrangers du sol, interdiront à leurs compatriotes de sortir, isoleront les commerçants du port de Nagazaki.

Pendant près de deux siècles, le Japon restera isolé du reste du monde, volontairement.

Pendant ce temps, le commerce occidental s’élargit vers la Chine et de nombreux navires voguent dans la mer du Japon, mais sans pouvoir accoster. De fait, les navires, surtout américains, cherchent des stations où faire le plein de charbon pour continuer leur route. Quand la France, l’Angleterre et les Russes tentent de forcer le blocus japonais, les américains, craignant d’être en reste, sous la menace des canonnières, obtiendront que le pays s’ouvre vers d’autres contrées en 1854.

Après un premier traité, un second traité fut signé en 1858, qui ouvrit les ports de Yokohama, Hakodate et Nagasaki au commerce et à la colonisation étrangère.

Carte du Japon avec les îles principales et les villes notables, incluant Hokkaido, Honshu, Shikoku et Kyushu, ainsi que la mention 'La Maison de Canon'.

En 1868, l’ère Meiji va imposer de profondes réformes dans le pays, qui s’inspire de ce qui existe en occident, pour aboutir, en 1890 à une Constitution établissant une monarchie constitutionnelle avec un Empereur à la tête du pays.

Le pays s’industrialise rapidement. Les importantes réformes économiques, sociales et militaires transforment le Japon en une puissance régionale. Une forte ambition de développement se transformera en guerres, contre la Chine en 1895, la Russie en 1905 à l’issue desquelles le Japon incorpore la Corée, Taïwan et d’autres territoires comme colonies.

Un puissant mouvement de démocratie anime le pays dès 1900 et le pays adoptera le suffrage universel (mais pour les hommes uniquement) dès 1925.

Las, la Grande crise économique de 1929 atteint aussi le pays et crée des tensions qui favorisent la prise de pouvoir par les militaires. Le Japon reprend alors ses velléités expansionnistes : il envahit la Mandchourie (1931) puis la Chine du Nord, avant de vouloir la conquérir toute en 1937. Le morceau est difficile à digérer et les puissances occidentales se liguent contre lui, notamment à cause des atrocités commises par les militaires. Il décide alors d’attaquer les Etats-Unis à Pearl Habor en 1941 et entreprend de libérer de nombreuses colonies occidentales établies en Asie, avec le but (in)avoué de créer une sphère économique de la Grande Asie orientale.

Finalement, le Japon doit capituler en août 1945 après que les USA aient lancé deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, tuant des centaines de milliers de japonais en quelques secondes et bien d’autres ensuite, victimes des radiations provoquées par les bombes.

Le Japon et la photographie

Ces longs détours pour situer le Japon dans le parcours photographique du monde au début de cette ère d’une nouvelle invention.

Comme je l’écrivais plus haut, le pays avait gardé quelques contacts avec l’extérieur, notamment avec les Hollandais. Ce sont eux qui ont introduit, dès 1848, le premier daguerréotype à Nagasaki, le port qui restait ouvert sur l’Occident.

Il fut acquis par un notable de la ville mais il fut compliqué de s’en servir, les produits à utiliser étant rares et le processus complexe. Finalement, ce sera un photographe américain, Eliphalet Brown, équipé d’un daguerréotype, qui illustra la vie au Japon de cette époque. Il prit plus de 400 épreuves (dont malheureusement la plupart ont disparu) de la région de Tokugawa.

Mister Brown quittera l’archipel mais d’autres viendront s’y établir, comme Orrin Freeman qui ouvre un studio à Shangai dès 1859, puis à Yokohama. Il sera le premier étranger à ouvrir un tel commerce au Japon. En plus de son studio photo, il se consacrera à enseigner la photographie aux étudiants japonais. Un de ceux-ci, Ukai Gyokusen, lui a ensuite acheté du matériel et a créé le premier studio photo japonais à Edo (Tokyo) en 1861.

Un autre étranger, le photographe aventurier Felice Beato, ouvrira un studio à Yokohama en 1864 et lui aussi enseignera les rudiments de la photographie aux japonais qui voulaient devenir photographes. Là, heureusement, on a gardé de nombreuses images, dont certaines sont disponibles sur la Grande Toile.

N’imaginons pas que les échanges allaient toujours dans le même sens : une tradition d’impression en couleurs, faite à partir de bois peints a été exportée vers l’Europe et a impressionné nombre d’artistes occidentaux. Sur base de ces travaux minutieux, les Japonais ont très vite colorisé les images en noir et blanc. Cette pratique s’est développée et a créé un véritable commerce exporté vers les pays occidentaux, qui en étaient friands au XIXe siècle. Ah, l’exotisme…

On estime qu’environ 100 photographes japonais exerçaient vers 1870. L’introduction, dès 1880, des plaques sèches à la gélatine, a permis le développement de la pratique tant chez les photographes professionnels qu’amateurs. Cette nouvelle industrie a provoqué une demande accrue pour les produits chimiques et les appareils photo. Elle a aussi permis la création de clubs photo et la production de magazines dédiés à la photographie.

Pourtant, le plus important c’est ce qui se joue chez certains industriels : des hommes, ambitieux, ont compris que la photographie était un commerce à développer, tant au niveau des produits chimiques, que des optiques et de la fabrication de leur propre matériel photographique.

Citons, rapidement, Rokusaburo (Rokuemon) Sugiura qui se lance dans le commerce des produits chimiques (1873), importés de l’Ouest avant de les fabriquer dans son entreprise. Puis il fabriquera ses propres plaques photo et le papier (1902) et, enfin, ce que l’on peut considérer comme le premier appareil photo japonais (1903), le Cherry (Cerise) avec un magasin de 6 plaques, une seule lentille (ménisque), une seule vitesse mais produit en série et donc abordable. Cette entreprise sera plus connue, plus tard, sous le nom de Konica.

Citons encore Ryuzo Fuji, ingénieur naval, très intéressé par les appareils optiques. Lors d’une visite en Angleterre, il y étudie celle-ci à travers des livres techniques qu’il a acheté, dont certains viennent d’Allemagne. Il fonde, avec son frère Mitsuzo Fuji la société Jujii Lens Seizo-Sho (1909) pour réparer les équipements optiques importés de la marine impériale. Il achète l’équipement de mesure et d’étalonnage optique, des meuleuses en verre et de l’équipement de polissage, des tours et d’autres équipements optiques. Bientôt il produit son propre équipement optique qui tient la comparaison avec les importations occidentales. Il a produit des télescopes, des microscopes et des lentilles photographiques.

La Première Guerre mondiale absorbera les instruments et la matière première, qui ne seront plus exportés. Le Japon décide alors de fabriquer ce dont il a besoin.

En 1917, sous l’impulsion de la marine impériale, trois des principales sociétés d’optique du Japon, Iwaki Glass Seisaku-Sho, Jujii Lens Seizo-Sho et Tokyo Keiki Seisaku-Sho se réunissent pour former une nouvelle société appelée Nippon Kogaku Kogyo Kazushikigaisha (Japan Optical Industries Corporation). Elle produira des jumelles, des télescopes, des prismes, des miroirs et des microscopes.

Les premiers produits optiques de Nippon Kogaku ont été réalisés grâce à huit techniciens allemands invités au Japon et qui ont enseigné leur pratique et aidé à la conception et l’organisation de la fabrication. En 1930, le groupe était le principal fabricant d’optiques au Japon. L’entreprise a commencé à produire ses propres appareils photo sous le nom de Nikon (même s’il a fallu attendre 1988 pour que ce nom deviennent celui de l’entreprise).

A cette époque, presque tous les modèles d’appareils étaient présents dans l’archipel mais le rêve des passionnés restait les Leica et Contax allemands, hélas hors de portée financièrement pour la majorité des photographes nippons.

Qu’à cela ne tienne, les japonais vont en construire d’aussi bons, avec même des fonctions améliorées et à prix abordable. Il fallait trouver des hommes de la trempe d’un Oskar Barnack, un curieux, un bricoleur de génie, un inventeur.

L’histoire de Canon

Un homme âgé portant des lunettes et un costume à carreaux, se tenant devant des plantes.

Cette photo représente Goro Yoshida (1900 – 1993), l’homme qui correspond à cette description.

Jeune homme dans les années vingt, il travaille dans une entreprise de réparation de projecteurs et d’appareils photo. Naturellement, il cherche à les comprendre, les assembler, en imagine d’autres, pourquoi pas le sien ?

Un jour, il démonte un Leica II et fera cette réflexion : Je viens de démonter l’appareil photo sans aucun plan spécifique, mais simplement pour jeter un coup d’œil à chaque partie. J’ai trouvé qu’il n’y avait pas d’objets spéciaux, comme des diamants, à l’intérieur de la caméra. Les pièces étaient fabriquées en laiton, aluminium, fer et caoutchouc. J’ai été surpris que lorsque ces matériaux peu coûteux ont été mis ensemble dans une caméra, cela exigeait un prix exorbitant. Cela m’a mis en colère.

Fort de cette constatation, il a décidé qu’il était possible de garder les qualités de l’engin mais a un prix plus raisonnable. Avec son beau-frère, Saburo Uchida, et un associé, Takeo Maeda, ils créent le Precision Optical Instruments Laboratory, Seiki Kogaku Kenkyujo pour développer le projet d’un télémètre en 35mm.

Comme d’autres génies plus tard, ils ont loué … une chambre pour travailler sur le projet. Et comme il fallait trouver un nom pour le futur appareil, ils ont choisi la déesse bouddhiste de la miséricorde, Kwanon.

On ne sait pas combien de prototypes seront produits, on pense qu’il y en eut une dizaine, dont un seul aurait survécu et appartient au musée de la marque (appelé Kwanon X).

Un appareil photo vintage avec un boîtier noir et des éléments en métal chromé.

Mais avant cet appareil, il y eut, dès 1934, des publicités dans le Asahi Camera Magazine, qui montrait un boitier un peu différent, qui est comme un mélange de Leica II et de Contax. Cet appareil, qui a aussi disparu (si tant est qu’il fut réellement fabriqué) est appelé Kwanon A.

Publicité pour l'appareil photo KWANON, avec une illustration du produit et des spécifications techniques sur fond noir et blanc.

On y voit un objectif rentrant, un bouton d’avancement sur la face avant (Contax), pas de bouton de rembobinage (à l’époque, le film passait d’une cassette contenant le film à une cassette vide, il n’était pas alors utile de rebobiner), trois fenêtres (viseur et télémètre – Leica II). La traduction du texte publicitaire indique qu’il s’agit d’un appareil avec télémètre couplé, que l’avance du film arme aussi l’obturateur à plan focal et que les objectifs sont interchangeables (monture à vis 39M).

Bref, sans entrer dans des détails techniques qui n’amuseraient que les collectionneurs, résumons en écrivant qu’il y eut plusieurs versions de ce prototype. Mais peu ou pas, on ne sait trop, ont survécu. La rigueur n’étant pas encore de mise dans l’entreprise ou est-ce le feu de l’inventivité qui a dépassé nos trois personnages ?

Toujours est-il que de développements en développements, les premiers appareils commercialisables étaient prêts. Mais il manquait un objectif car celui imaginé pour les prototypes, le Kasapya (dont le nom est issu d’une autre déesse du panthéon bouddhiste), ne correspondait pas à leurs attentes. Enfin, point important s’il en est, le nom évolue aussi et devient Canon.

Finalement, grâce à des relations, Canon s’associe à Nippon Kogaku, et ils coopèrent non seulement pour la fourniture d’un objectif 35mm Nikkor mais aussi pour le télémètre et son montage, Canon fabricant le boitier, l’obturateur, le plan focal.

Mais il fallait éviter de violer les brevets de Leica et Contax, notamment pour la liaison de l’objectif au boitier. Canon, toujours avec Nippon Kogaku, a imaginé une monture avec un filet, qui était monté dans un système de baïonnette avec le mécanisme de focalisation, la J Flange.

Les premiers Canon arrivent sur le marché en février 1936. Toutefois, si les boitiers étaient prêts, encore fallait-il pouvoir les vendre ! En effet, Seiki Kogaku n’avait pas de canal de distribution. Ils ont alors fait appel à l’entreprise Omya Sashi, Yohin Co.Ltd. pour le marketing et la vente.

Cette entreprise accepte mais à la condition que son nom commercial, Hansa, soit accolé au nom de Canon sauf si les appareils n’étaient pas vendus par leur canal.

Un article paru dans le numéro d’Asahi Camera (octobre 1935) décrit l’appareil en ces termes (citation du musée Canon) : Appareil photo Hansa Canon… Canon est une imitation Leica fabriquée au Japon. Bien qu’une certaine influence de Contax soit trouvée, la majorité de ses caractéristiques sont calquées sur la Leica. …. Il utilise un magazine spécial et l’objectif est Nikkor 50mm f/3.5 de Nippon Kogaku. L’objectif est amovible. …

Ceci a le mérite d’être clair ! Ainsi donc, le premier télémétrique de qualité en 35mm japonais, ne reniait pas sa filiation avec les appareils allemands. On estime qu’entre 1935 et 1940, 1.100 unités seront produites. Pour arriver à leur fins, Seiki Kogaku a accepté qu’un tiers s’occupe d’une partie de la gestion de son appareil (optique, télémètre, baïonnette via Nippon Kogaku). Ensuite, toujours pour favoriser son essor, ils ont accepté qu’un autre nom vienne se coller au leur, Hansa.

Ils ont appris de ces collaborations et dix ans plus tard, ils étaient maîtres de leur destin et fabriquaient eux-même leurs objectifs, télémètre et développaient leur réseau de distribution.

Tout était fait à la main et le rythme n’était pas très rapide ; de plus, ils manquaient de fonds. Ils ont alors créé Precision Optical Industry Co. Ltd le 10 août 1937, date considérée comme celle de la fondation de l’entreprise. Dès lors, même si la fabrication est encore essentiellement manuelle, elle s’accélère. Ce qui n’empêche pas que des améliorations continues sont apportées et les modèles se succèdent : modèle J, modèle S, modèle NS, modèle JS.

Canon et l’effort de guerre japonais

Si nous n’oublions pas que le Japon est en guerre depuis 1931 (cfr.supra), la taille réduite de l’entreprise initiale a permit à Canon de ne pas être sollicitée à l’effort de guerre.

Mais dans les années quarante, elle produisait assez pour intéresser l’armée impériale, qui a acquis nombre de ses appareils. Lorsque la guerre du Pacifique a progressé, toutes les forces des entreprises étaient destinées aux armées. Pour Canon aussi. Ils durent fabriquer des lentilles destinées aux agrandisseurs et aux appareils à rayons X ; le nombre d’appareil photo chut drastiquement.

Sur base des Canon J, ils produisent des appareils à rayon X et cette production perdura au delà de la guerre. Un obstétricien, Takeshi Mitarai, s’intéressa à la production de ces appareils car Seiki Kogaku cherchait des solutions pour rendre la pratique de ces analyses moins onéreuses. Monsieur Takeshi Mitarai investit et s’investit dans l’entreprise dès 1942 et en fut même le président jusqu’en 1974.

La fin du conflit, que nous avons évoquée plus haut, laisse le pays exsangue et en ruines. Bien que l’entreprise Canon n’ait pas été trop endommagée, il était très difficile de trouver des matières premières, les équipements étaient quasiment impossible à entretenir ou réparer, et le personnel était plongé dans un profond désespoir. Le marché intérieur s’était effondré : ce qui était important c’était de trouver un toit et de quoi manger, le reste était superflu.

Ils ont bien failli tout arrêter car, de plus, les quelques appareils que l’industrie japonaise pouvait encore produire était des boitiers très simples, sans réglages ni sophistication, pas toujours de bonne qualité. L’armée d’occupation américaine, si elle se comportait en terrain conquis, consommait et amenait des devises. Elle achetait ces produits pour quelques dollars mais les dénigrait aussitôt pour les raisons que j’expliquais. Le matériel japonais était alors considéré comme de piètre qualité et les japonais comme de mauvais ingénieurs et/ou commerçants.

C’était pourtant mal connaître l’âme nippone devant l’affront : en 1948, le gouvernement promulguait une loi réglementant l’inspection et le contrôle des produits destinés à l’exportation ; les produits japonais se devaient d’être de qualité supérieure !

Tous les industriels ont réagi et amélioré leurs produits (aussi parce que les matières premières redevenaient un peu plus accessibles) et dans le domaine qui nous préoccupe, la photographie, toutes les entreprises ont mis les bouchées doubles pour proposer aux forces d’occupation des boitiers de qualité à des prix raisonnables.

Les soldats en ont acheté en quantité, les magasins des bases militaires (PX) ont fait des stocks et au fur et à mesure que ces soldats rentraient au pays, les appareils photo japonais se sont introduits aux USA.

Au début des années cinquante, les grandes entreprises d’appareils photo japonaises se sont regroupées et ont formé la Japan Industry Association pour structurer le marché, le développer, se former aux nouvelles technologies. Et pour vaincre les craintes des acheteurs américains (d’abord), ils ont mis en place le Japan Caméra Information and Service Center, un lieu unique pour référer aux acheteurs les pièces détachées éventuelles, les réparateurs qualifiés ; il permettait aussi d’effectuer des essais. De quoi rassurer les consommateurs US. De plus, les différentes sociétés japonaises ont ouvert des bureaux aux Etats-Unis et ont conclu des accords avec des entreprises américaines pour commercialiser leurs produits.

Par exemple, Ashahi conclu un accord avec Honeywell et Canon avec Bell & Howell.

J’en reviens un moment à la loi promulguée pour assurer la qualité des appareils destinés à l’exportation : pour certifier celle-ci, le Japan Camera Inspection Institute (JCII ) effectuait des tests rigoureux et certifiait leur qualité par un ruban avec un médaillon en papier doré, puis une étiquette, toujours dorée, qui était apposée sur chaque appareil. C’est pourquoi vous trouverez encore cette fameuse mention passed sur nombre d’anciens appareils japonais.

Ceci a perduré jusqu’au début des années quatre-vingt, lorsque le matériel japonais était devenu la norme mondiale et les appareils photo allemands étaient en déclin total. Le JCII sera démantelé à la fin des années quatre-vingt.

Canon sort de la tourmente

Le credo de Canon a toujours été de produire de bons appareils à prix décents, même s’il n’en fabriquait plus beaucoup. Ils ont toujours amélioré leurs produits. Ainsi, proche du Leica II, ils ont proposé le Model S-II (1946 -1949) plus pratique, puis le Model IIB (1949) qui intégrait un viseur révolutionnaire, qui offrait des grossissements sélectionnables de l’image pour une mise au point fine. Ils donnaient aussi la vision de l’objectif de 50mm, de 100 et 135mm. Ceci rendait le viseur auxiliaire inutile pour ces focales (Leica avait toujours besoin de sa tourelle).

Ces qualités ont permis à Canon de s’introduire dans les PX américains. Mais si les USA étaient un marché intéressant pour Canon, le marché européen l’était aussi.

Pour cela, il fallait des entreprises qui puissent les introduire aux USA. Ils en ont essayé plusieurs mais cela ne fonctionnait pas. Ils ont donc ouvert un bureau à New-York pour s’en occuper eux-mêmes (1955). De même ils ouvrent le Centre européen de distribution à Genève Suisse (1957) et prennent le contrôle direct des ventes européennes.

Les ventes décollent lentement aux USA et Canon se tourne vers Bell & Howell pour vendre leurs appareils (accord portant sur la période 1961 – 1976), tantôt sous leur seul nom, parfois avec les deux noms accolés ou encore sous la seule marque de Bell & Howell. Il n’est donc pas rare, surtout en Amérique, de trouver des appareils Canon avec différents noms.

Bell & Howell ont même demandé à Canon de leur fabriquer un boitier réflex qui porterait leur seul marque. Canon a utilisé comme base le TLb auquel ils ont ajouté, selon le désir de leur commanditaire, une griffe flash synchronisée. Le Bell & Howell FD35 était lancé (1973).

Cet appareil est donc un FTb simplifié, un TLb donc : pas de minuteur, pas de syncrho flash, vitesse maximale de 1/500s, mesure de la lumière moyenne pondérée au centre seul. Pour le B&H FD35 on garde la même recette mais on y ajoute donc une griffe flash synchronisée.

Appareil photo argentique Bell & Howell FD 35 avec objectif Canon 50 mm f/1.8.

Comme la formule était bonne (appareil solide, qualitatif mais peu onéreux), en 1975, Canon sort le même appareil sous son nom cette fois : c’est le Canon TX (et la boucle est bouclée !).

Appareil photo reflex Canon TX avec un objectif de 50 mm.

Ça va, vous suivez toujours ?

Alors voici les derniers paragraphes qui concernent, entre autre, les différents noms utilisés par l’entreprise :

  • Seiki-Kogaku Kenkyusyo (Société de Recherche Optique de Précision), novembre 1933
  • Nippon Seiki-Kogaku Kenkyusyo, juin 1936
  • Seiki-Kogaku Kogyo Company Limited, août 1937
  • Fournisseur vérifié – Canon Camera Co., Ltd., septembre 1947
  • Canon Camera Company Inc., janvier 1951
  • Canon Inc., mars 1969

Sacré parcours pour une entreprise dont le premier but était de produire des clones de Leica, japonais, de très bon niveau et abordables (le Kwanon – 1934). Ensuite comme ils fabriquaient les boitiers et qu’il leur fallait des optiques, ils se sont alliés à Nippon Kogaku (qui deviendra Nikon). Quand ils sont arrivés à tout produire eux-mêmes, ils ont essaimé dans l’archipel du Soleil Levant et puis ils ont conquis le monde, toujours avec la même philosophie : créer de bons appareils, abordables et bien conçus.

Sans doute le pieux Goro Yoshida avait-il bien fait de choisir Kwannon (le nom japonais de Kuan Yin, en Chine), la déesse bouddhiste de la miséricorde pour son premier appareil photo …

Ah oui, une dernière chose : le Canon TX ne fut jamais vendu au Japon !

La suite

Comme dans tout bon feuilleton qui se respecte, elle sera fidèle au prochain numéro. Un peu de patience.

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10506-Canon_TX.html, https://filmphotography.eu/t/fr/canon-tx-5/, https://clicclacphotoblog.wordpress.com/2018/02/16/petite-histoire-de-la-photographie-le-pays-du-soleil-levant-5-6/, http://photogamme.com/histoire-de-la-photographie-japonaise en français ; https://mikeeckman.com/photovintage/vintagecameras/canontx/index.html, https://global.canon/en/c-museum/product/film90.html, https://www.vintagecamerareviews.com/brands/canon/canon-tx/, https://www.canonclassics.com/canon-tx/20-5/, https://flynngraphics.ca/the-collection/the-cameras/f-series/canon-tx/ (une mine de renseignements), https://www.photoethnography.com/ClassicCameras/CanonTX.html, en anglais

Argentique

Les deux Praktica B200 de Papy, des appareils argentiques modernes qui auront 50 ans bientôt

Préambule

C’est donc lors de la brocante de Jemeppe-S-Sambre que j’ai trouvé le petit Chinon Micro 35 EF et ces deux appareils. Ils étaient dans un de ces antiques sacs photo en tissu et qui avait dû connaître des jours bien meilleurs.

Couvert de poussière, j’hésitais à l’ouvrir complétement car ce que j’apercevais des appareils à l’intérieur ne me disait trop rien. Le vendeur m’a alors expliqué que cet ensemble appartenait à un vieux monsieur de 92 ans, qui s’en séparait à regret car il n’y voyait plus rien.

Au fur et à mesure de mes hésitations, le prix chutait drastiquement au point que j’ai dis stop à un moment, sinon il allait me les donner ou à défaut, ils partaient pour la déchetterie. Vous connaissez mon cœur d’artichaut …

Bref, j’emportais donc un sac qui fut autrefois couleur sable contenant 2 Praktica B200, deux flashs, un 28mm Prakticar, un 135mm Prakticar en plus des deux 50mm montés sur les boitiers. Les cuirettes en lambeaux ne me disaient rien qui vaillent mais les compartiments des piles étaient propres, tout comme pour les flashs. Sait-on jamais …

Un peu d’histoire

Si vous suivez le site depuis un moment, vous savez que j’ai déjà pas mal présenté les modèles de chez Praktica.

les appareils soviétiques des années septante et quatre-vingt

En effet, ces appareils, comme leurs concurrents, les Zenit, ont fait le bonheur de nombreux photographes dans les années 1970 – 80 car ils étaient plus abordables que les stars japonaises de l’époque. La qualité de leur assemblage était parfois sujette à discussion mais, globalement, ils donnaient satisfaction à leurs usagers, la qualité des optiques en monture M42 achevant de sauver la mise.

Les Praktica sont des appareils solides, taillés à la serpe et montés au marteau (désolé pour le jeu de mots !) mais faciles d’utilisation car ils n’embarquaient pas une foule d’aides électroniques : une bonne cellule au CdS, couplée mais fonctionnant à travers l’objectif (TTL), un réglage de la sensibilité des films utilisés, un miroir à retour rapide, par exemple.

Dans un article, je faisais aussi le tour des réparations que l’on pouvait tenter sur ces appareils, c’est toujours utile.

Surtout, n’oublions pas qu’un des tous premiers reflex au monde fut le Praktiflex, présenté en 1939 !

l’évolution des appareils Praktica

Au fur et à mesure des évolutions techniques (que vous pourrez découvrir avec les articles consacrés aux Praktica sur le site, comme celui dédié au Praktica Super TL 1000), ces appareils ont intégré ce qu’il fallait pour faire des photos sans trop de soucis : miroir à retour automatique, objectifs interchangeables, cellule précise, mesure TTL, synchronisation du flash sur la griffe porte accessoires, un grand choix d’objectifs abordables et de qualité, des accessoires comme des filtres, des tubes allonge pour la photographie de reproduction ou la proxi photographie, voire la photo astronomique, par exemple.

Et puis, pour essayer de garder la tête hors de l’eau, au tournant des années 1980 (1978 plus précisément), Praktica se réinvente et propose le B200, qui sera suivi par un B100 en 1981, le premier tout automatique de la marque.

Le Praktica B200 sera donc l’appareil du renouveau et de la modernité chez Praktica, présenté à la Photokina de 1978.

Le design change du tout au tout. Après nous avoir habitué pendant des décennies à des formes rectangulaires anguleuses, des appareils largement fabriqués en métal, une monture longtemps en M42 ( à viser), voilà que les ingénieurs maison sont priés de changer leur fusil d’épaule.

Exit le tout métal, place au plastique ; exit le (presque) tout manuel, bienvenue à l’électronique des automatismes ; exit la forme sage et convenue des gammes antérieures, on ajoute des revêtements gaufrés, jugés plus modernes ; exit la monture à visser, on ajoute une monture propriétaire, la monture PB (Praktica Bayonet) ; exit la cellule au CdS, voilà celle au Gallium ; exit la taille XXL, on passe au S.

On peut même y ajouter un moteur, pensez donc !

Finalement, la série B comptera, outre, le B200 et le B100, les BC et un M égaré dans la lignée ; elle sera suivie par la série des BX (1987 – 2001) qui clôturera l’épopée des reflex de la marque.

Présentation du Praktica B200

Comme je le soulignais précédemment, le plastique fait la part belle dans la construction de ce boitier. La porte arrière reste toutefois en métal, tout comme le châssis interne.

Le gainage gaufré, original mais peu résistant, sera remplacé ensuite par un revêtement lisse, considéré comme plus moderne.

Si les ingénieurs maison ont dû créer un nouvel appareil, ils ne partaient pas tout à fait d’une page vraiment blanche car ils ont pu s’appuyer sur les modèles les plus innovants de la marque, tels le EE, le EE2 et le VLC2 qui avaient reçu des obturateurs électroniques, des miroirs à retour progressif, des couplages avec la cellule à pleine ouverture et des contacts électriques. Mais la monture M42 limitait les avancées techniques.

Ils ont donc conçu une baïonnette d’assez grand diamètre, assez proche de celle de Pentax, qui affiche des contacts électriques pour le couplage, l’appareil étant un automatique débrayable à priorité ouverture.

Pour éviter de fâcher les clients qui possèdent des objectifs en M42, un adaptateur est prévu :

Un objectif d'éclairage en anneau noir sur fond gris.

Les objectifs seront des Prakticar (Pentacon) et/ou des Carl Zeiss Jena mais il n’y aura pas d’opticiens tiers qui se tourneront vers cette monture (ce sera, hélas, un frein au développement de l’appareil). La gamme s’étendra du 20mm au 300mm.

Appareil photo Praktica avec un objectif noir sur fond blanc.

Ces nouveaux objectifs seront appelés Prakticar Electric pour ne pas les confondre avec les Pentacon Electric (en monture M42), pour lesquels l’adaptateur à été conçu.

Pour ôter un objectif, il faut appuyer sur la petite touche, à droite (un peu comme sur Pentax toujours) et tourner vers la gauche.

Autre nouveauté, un obturateur électronique avec 3 lamelles métalliques, qui offrent des vitesses de 40s à 1/1000s, plus une synchro flash au 1/90s et pose B. Toutes ces vitesses sont contrôlées électroniquement pour garantir leur précision.

Vue rapprochée d'un boîtier de caméra avec un cadran de réglage de vitesse d'obturation, incluant des options automatiques et manuelles.

Il faut donc alimenter l’obturateur et la cellule : c’est chose faite grâce à une 4LR44 de 6v moderne, qui se loge sous l’objectif, sous une trappe avec un verrou ON/Lock (ne pas forcer pour l’ouvrir, un demi-tour suffit). En cas de défaillance des piles, l’appareil reste utilisable à la vitesse de synchro du flash, le 1/90s (vitesse mécanique).

Vue d'une caméra Pentacon avec un objectif visible, vue de dessous, affichant des détails de fabrication.

Grâce à la transmission électrique de la valeur d’ouverture du diaphragme vers le boitier, la mesure interne est effectuée à la vraie ouverture, ce qui donne une vision très claire de la scène dans le viseur.

Un moteur, un winder, peut être monté sur le B200, évitant de réarmer manuellement et qui offre une rafale de 2i/s.

Publicité pour l'appareil photo Praktica B 200, décrivant ses caractéristiques en 10 points forts, avec un visuel des différents modèles Praktica.

Le viseur aussi est moderne : affichage par diodes sur le bord droit des vitesses d’obturation, avec des valeurs limites (sur ou sous exposition = Over/Under). Ainsi que les modes automatique ou semi-automatique. En dessous, le chiffre du diaphragme sélectionné apparait clairement, grâce à la petite fenêtre qui apparait sur le boitier, au dessus de l’objectif.

En mode automatique, les diodes indiquent la vitesse sélectionnée selon l’ouverture choisie, alors qu’en mode semi-automatique, elles indiquent la vitesse suggérée

La mise au point se fait grâce à un stigmomètre incliné et divisé en 3, très pratique et efficace. Le verre de visée est très fin.

Deux bateaux de pêche naviguant dans une mer bleue sous un ciel clair, entourés d'oiseaux. Un cercle concentrique est superposé à l'image avec des chiffres indiquant des valeurs de mesure.

Si je devais résumer ici le Praktica B200, nous constaterions qu’il offre une exposition manuelle ou automatique, une mesure TTL de la lumière, la possibilité de mémoriser cette mesure (AE), une compensation d’exposition, une vitesse mécanique de secours, la possibilité de monter un winder, une baïonnette moderne, un testeur de pile, un viseur clair avec diodes, une minuterie et un testeur de profondeur de champ. C’est un classement de haut de gamme en 1978-79, gâché par un revêtement peu classieux et fragile.

Sa présentation est moderne et bien pensée, plus agréable de par sa forme plus compacte et arrondie que ses prédécesseurs Est-Allemands.

Image d'un appareil photo Praktica B200 avec des étiquettes numérotées identifiant différentes parties de l'appareil.
Document présentant la liste des composants d'un appareil photo, avec des descriptions en néerlandais et en français.
Diagramme des réglages d'une caméra, listant les différentes commandes et leur fonction avec des explications en néerlandais et en français.
Vue arrière d'un appareil photo avec des annotations numérotées décrivant les différentes parties, y compris l'obturateur, le compartiment de la cartouche de film, et le dos de l'appareil.
Vue arrière d'un appareil photo avec des étiquettes numérotées indiquant les différentes fonctionnalités et composants.

Franchement, par rapport aux anciens Praktica, ceux de la série B marquent une belle évolution et ils ont eu le bon goût, à l’époque, de rester très abordables. Rien de révolutionnaire mais du bien pensé pour vous permettre de vous concentrer sur la prise de vue. Remarquez le soin apporté à l’obturateur, métallique.

Reste que si les appareils tout métallique d’avant étaient réputés quasi indestructibles, ceux-ci semblent plus fragiles.

Sur les deux exemplaires de ce vieux Monsieur, je n’ai pu en sauver qu’un, le second est irrémédiablement bloqué. Mais il sera accompagné de trois chouettes optiques, d’un flash fonctionnel et de son sac tout prêt en très bon état.

Que penser de cet appareil ?

Franchement, ce n’est pas un mauvais appareil qui propose des solutions qui à son époque étaient considérées comme du haut de gamme : manuel, automatique, vitesse mécanique de secours au 1/90s, infos utiles dans le viseur dont rappel de l’ouverture choisie, priorité ouverture, compensation d’exposition, etc.

Si on fait abstraction de son revêtement un peu limite, on a un bon appareil, bien équipé si on a la chance de l’acheter avec des objectifs dédiés, car ceux-ci ne sont pas très nombreux ni faciles à trouver, les opticiens tiers n’ayant pas emboité le pas de la baïonnette propriétaire.

C’est un bon appareil pour débuter, qui ne vous ruinera pas et vous permettra de sortir des sentiers battus.

Je pense que ce vieux Monsieur avait fait le bon choix à son époque et vu les traces d’utilisation sur le second appareil (bords où le laiton apparait, signe d’usage intensif), je crois qu’il en a fait bon usage, longtemps.

Ne le négligez pas, comme tous les Praktica, il reste très abordable et celui-ci est moderne.

Vidéos d’illustration

Si vous aimez voir ce qui est à l’intérieur

N’oubliez pas de traduire la vidéo

Un peu de technique

  • Praktica B200 35mm slr
  • Priorité ouverture en mode automatique et entièrement manuel
  • Mesure TTL avec capteur sur le miroir
  • Plage de sensibilité du film 25 à 3200Asa ; cellule au Gallium – Arsenide – Phosphide
  • Batterie simple 6v (4LR44)
  • Vitesses d’obturation 40s à 1/1000s + B en automatique et de 1sà 1/1000s en manuel, minuteur (+/-8s)
  • Obturateur électronique, lamelles métalliques
  • Bouton de mémoire (AE)
  • Baïonnette Praktica PB
  • Griffe porte accessoire avec contact et prise PC de synchronisation flash
  • Motor drive disponible
  • Synchronisation à 1/90sec pour le flash
  • Vitesse mécanique de 1/90s
  • Poids nu : 530gr

Pour lire les infos et les tests d’époque, c’est par ICI.

Des références

https://focusargentique.fr/appareil-photo/praktica-b200/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1202-Pentacon_Praktica%20B200%20Electronic.html, https://fotobox.over-blog.fr/2022/05/praktica-b200.html, https://app-phot-col.com/photcol/pdfr/T36/2121.pdf, en français ; https://everythingvintage.uk/vintage-camera/praktica-b200-electronic-review/, https://camera-wiki.org/wiki/Praktica_B_200, https://thecamerasite.lauro.fi/01_SLR_Cameras/Pages/practica.htm#mtl50, en anglais

Argentique

Une forteresse, le Praktica IV

Préambule

Ah, celui-ci trainait dans une vitrine poussiéreuse (j’ai fait les photos sans le nettoyer, pour vous donner une idée) de Jemeppe- sur-Sambre (La Belle Brocante) mais heureusement à l’abri de l’humidité.

Ce qui m’a frappé, c’est le côté tank russe de l’engin : tout en métal et taillé à la faucille !

Et aussi, je l’avoue, parce que je n’avais jamais vu un tel modèle de Praktica, et pourtant, il y en a quelques uns sur le site.

Tout à coup, le sac à dos m’a paru plus lourd, d’autant que celui-ci rejoignait une chambre Cambo (j’en parlerai un jour), certes incomplète, mais bien là,

Je sens que je vais faire quelques recherches sur ce costaud …

Un peu d’histoire

Cette fois, je vais essayer de retracer l’histoire de la photographie allemande à travers celle de cet appareil en particulier. Ce sera un résumé qui servira pour tous les Praktica, Zeiss Ikon, Balda, Welta, Contax, etc. qui apparaitront sur le site ultérieurement.

Alors, allons-y car nous commençons en 1756, en Autriche, avec Johann Christoph Voigtländer qui fonde la première société d’optique allemande.

En 1850, il est le plus grand fabricant d’appareils photo et accessoires de son pays.

Comme vous le savez, ces années sont propices aux développements de ce qui touche à la photographie, toute neuve : Joseph Nicéphore Niépce, première photographie en 1824 ; Louis Jacques Mandé Daguerre, daguerréotype en 1839 ; William Fox Talbot, premier négatif en 1840 ; Richard Leach Maddox avec le Gélatinobromure d’argent en 1871 ; Charles Cros et Louis Duco du Huron pour la première photographie couleur en 1871 ; Georges Eastman et John Carbutt pour l’invention et la commercialisation du film souple en 1888.

Mais revenons en Allemagne, pour une autre énumération, certes un peu longue (pour moi aussi), mais fondamentale pour ce qui va suivre :

  • 1862, Richar Hüttig fonde sa société à Berlin,
  • 1886, Paul Rudolph construit Abbe à Jena, une entreprise spécialisée dans l’optique
  • 1886, fondation de l’Optik Anstalt C.P. Goerz à Berlin
  • 1888 , le Dr. R.  Krügener à Frankfurt am Main fonde aussi sa société
  • 1889, Emil Wünsche ouvre sa boutique d’appareils photo et accessoires à Dresde
  • 1889, fondation de Ernemann & Matthias à  Dresde
  • 1897, fondation de la Emil Wünsche AG, toujours à Dresde, la fabrique d’appareils photo
  • 1898, Richar Hüttig fonde la Fabrik phtografischer Apparate R Hüttig & Sohn à Dresde
  • 1898, changement de nom pour Heinrich Ernemann AG à Dresde
  • 1899, fondation de Ernst Herbst & Firl Görlitz
  • 1900, Abbe devient Palmos AG toujours à Jena
  • 1902, elle change de nom pour devenir Carl Zeiss Jena Palmos AG, à Jena
  • 1902, création de Süddeutsch. Camerawerk Körner & Mayer GmbH à Sontheim
  • 1903, fondation de l’Optische Anstalt C.P. Goerz AG à Berlin
  • 1908, création de Drexler et Nagels à Stuttgart
  • 1909, le Dr Krügener, Emil Wünsche et Palmos fondent ICA AG à Dresde
  • 1909, création de Nettel-Camera- Werk GmbH à Sontheim
  • 1917, création de Contessa Werke August Nael à Stuttgart
  • 1919, fondation de Contessa-Nettel Werk A. Nagel à Stuttgart
  • 1920, changement de nom en Contessa-Nettel AG toujours à Stuttgart
  • 1926, création de Zeiss Ikon AG, à Dresde, qui absorbe ICA, Erneman, Görlitz
  • 1927, absorption de Goerz et Contessa-Nagel par Zeiss Ikon
  • 1928, absorption de Nettel par Zeiss Ikon

Premier constat, un concentration très forte de ces industries à Dresde. Or, pendant la nuit du 14 et 15 février 1945, la ville va disparaître sous un déluge de feu : l’aviation américaine et anglaise embrasent toute la région et détruisent quasi toutes les entreprises, photographiques aussi.

Au terme de la Seconde Guerre Mondiale, Dresde se retrouve dans la zone sous contrôle Soviétique. Les usines encore debout en partie sont vidées de leur contenu et transférées à Jena, d’autres sont reconstruites sur place. Vous connaissez l’histoire de Contax, de Fed et les tribulations de la marque Zeiss Ikon qui deviendra Carl Zeiss Jena à l’Est.

Ces entreprises deviennent des VEB ou entreprises du peuple, c’est-à-dire qu’elles sont nationalisées par l’URSS, qui va imposer ses plans de développements.

Je reprends ma petite liste pour mieux saisir la suite :

  • 1946, le VEB Welta – Kamerawerk
  • 1951, le VEB Belca-Werk (l’ancien Balda Werk de Dresde)
  • 1952, le VEB Altissa-Kamera-Werk de Dresde
  • 1953, le VEB Kamerawerk Niedersedlitz de Dresde
  • 1956, le VEB Aspecta (les anciens Müller & Wetzig et Filmosto Projektion, de Dresde)
  • 1958, le VEB Kinowerke Dresden (le nouveau nom de Zeiss Ikon)
  • 1959, création du VEB Kamera- und Kinowerk Dresden, qui absorbe toutes ces entreprises d’optiques et de photographies/cinéma

Finalement, en 1964 cet immense empire s’appellera VEB PENTACON DRESDEN Kamera- und Kinowerke. L’ogre russe aura tout avalé et mis à sa sauce, car il continue manger le VEB Feinoptisches Werk Görlitz (1968) et enfin Ihagee (Exakta et Exa) en 1969 . Ce mastodonte s’effondrera en 1990, à la suite de la chute du Mur de Berlin. Les 5700 employés de l’entreprise seront remerciés et l’usine de Dresde fermée.

De nos jours, Pentacon GmbH est devenue propriété de la société Schneider Optische Werke GmbH, installée à Bad Kreuznach, dont le nom est souvent abrégé en Schneider Kreuznach tandis qu’une autre partie s’est tournée vers la haute technologie, sous la bannière de Kamera Werk Dresden. Elle produit notamment les panoramiques Noblex et des appareils à usage industriel sous la marque Loglux.

Toutes ces dates pour resituer dans l’histoire contemporaine ce Praktica IV, né en 1959 lors de la Foire de printemps de Leipzig, encore sous la marque KW (Kamera-Werke Dresden-Niedersedlitz), un des derniers, car ensuite il sera marqué Pentacon.

Tiens, le saviez-vous ? Le nom de Pentacon viendrait de la contraction de pentaprisme, en référence au premier réflex mis au point à Dresde, et de Contax-Zeiss Ikon. Le premier Praktiflex fut inventé en 1939 par Alois Hoheisel, le premier a recevoir un pentaprisme. Ensuite, le premier Praktica sortira en 1949, fabriqué par la Mechanik Kamera Werkstätten VEB Niedersedlitz (KW) à Dresde.

Si je récapitule maintenant la gamme des Praktica, il y a la série des FX, construite entre 1949 et 1965, avec un prisme qui se retire et la possibilité d’y poser un viseur tunnel et les Praktica avec chiffres romains, qui ont eux un prisme fixe, qui sont basés sur les FX ; puis la gamme Nova, de 1965 à 1970 ; et enfin la gamme L, la plus connue, de 1970 à 1990.

Plus spécifiquement, entre 1959 et 1964, sept itérations verront les évolutions du Praktica IV. Outre quelque modifications esthétiques, il gagnera une cellule au sélénium, un télémètre, puis un à coïncidence et une lentille de Fresnel.

Présentation du Praktica IV

Incontestablement, il en impose dans son sac tout prêt que je vais devoir un peu réparer. Et quand on ouvre le sac, c’est encore plus impressionnant !

Ça, c’est du lourd, du costaud !

Voyons cela de plus près …

Si je tiens compte du sac tout prêt, celui-ci ferait partie des premiers appareils (1959 -1960) car il est encore estampillé KW et non Pentacon (environ 15.500 exemplaires produits). Mais si je regarde le cuir au dos du boitier, c’est déjà le logo Pentacon qui y apparait (1960 – 1964, environ 30.500 exemplaires produits). C’est donc une version deux du Praktica IV. Le plus frappant étant que le premier modèle possède un large bandeau noir sur le prisme alors que celui-ci a disparu sur le second, laissant un prisme tout métallique, qui fait très massif.

Vu du dessus, l’appareil est presque classique : une roue à droite, qui porte le compteur de vue, une double roue à côté du prisme, qui sert à régler les vitesses rapides et les lentes et de l’autre côté, un roue un peu spéciale car elle permet de rebobiner le film et elle sert de mémo pour le film utilisé.

Le compteur de vue doit être réinitialisé manuellement, puis il incrémente jusqu’à la fin du film (ici, le marquage est un peu effacé)

Voyez ci-dessous :

Illustration d'un mode d'emploi de caméra de VEB Kamera- und Kinowerke Dresden, montrant les différentes parties et réglages de l'appareil photo.

Vu en vrai :

Vue de dessus d'un appareil photo vintage avec des boutons de réglage et un objectif en métal.

Le dessous est intéressant, car le levier d’armement est placé en dessous, comme sur le Kodak Retina. Mais à la différence de ce dernier, il existe sur ce boitier un système de double armement. Ce qui ressemble à un bouton de l’autre côté n’est en fait là que pour porter le filetage pour un trépied et assurer l’équilibre de l’appareil lorsqu’il est posé à plat, avec le pied sous l’objectif. Par contre, le gros bouton, sur le capot, à droite, permet d’armer l’obturateur et de faire avancer le film (comme le levier du dessous). Disons que le levier du dessous est un peu plus rapide à actionner.

Lorsque vous utilisez le bouton, vous sentirez d’abord l’armement de l’obturateur et puis le mouvement vers le bas du miroir, ce que l’on ne ressent pas avec le levier rapide.

Ce système de double armement est complexe, gageons qu’il ne tombe pas souvent en panne !

Appareil photo vintage avec objectif argenté monté sur un boîtier noir.

Je reviens un moment sur la gros bouton de gauche car, comme je le notais plus haut, c’est aussi la manivelle pour rebobiner le film

Il faut lever un peu le plateau supérieur et le faire pivoter pour obtenir une manivelle tout à fait fonctionnelle et solide. Original et efficace. Le reste, c’est un mémo pour le type de film utilisé.

Pour ouvrir l’appareil, c’est tout simple, il y a un verrou sur le flanc gauche. Attention toutefois, c’est tout le dos qui tombe, il n’y a pas de charnière.

Appareil photo ancien avec un objectif métallique et un boîtier noir.
Appareil photo ancien avec un boîtier noir et argenté, accompagné d'un cache inférieur.

C’est toujours gênant ces dos qui tombent car on se demande toujours comment faire car on n’a que deux mains pour charger le film, armer, déclencher et tenir ce f… dos qui ne demande qu’à se faire la belle !

Le rideau est en tissu caoutchouté, qui fait peu de bruit lors du déclenchement, c’est un bon point.

Par contre – et nous sommes pourtant au seuil des années soixante – le miroir n’a pas de retour automatique. Concrètement, pour ceux qui n’auraient pas l’habitude, cela veut dire que la vision à travers l’objectif n’est possible que lorsque vous avez armé l’appareil. En d’autre temps, le miroir reste collé au dessus et vous ne voyez rien.

Pour les Pratktica à miroir avec retour instantané, il faut attendre les numéros V F et V FB, vers 1965.

En façade, deux prises pour la synchro flash. Il faut bien regarder sur le cuir car celui du dessus est marqué X (flash électronique) et celui du dessous, F flash à combustion). La synchro X est notée par un éclair sur le sélecteur des vitesses, mais sans préciser celle-ci, qui est de 1/40s.

Vue rapprochée de l'objectif d'un appareil photo argentique, montrant l'ouverture et les éléments internes.

Un mot bien sûr de l’objectif. Ici, c’est un Car Zeiss Jena Tessar de 50mm ouvrant à f2,8 (diamètre de 49mm) mais le tableau ci-dessous nous renseigne que d’autres options étaient possibles :

Schéma montrant des objectifs interchangeables pour l'appareil photo Praktica IV, avec des spécifications sur les distances focales et les ouvertures.

C’est un objectif à diaphragme automatique, comme le précise la brochure dont je m’inspire :

Diaporama automatique montrant un objectif d'appareil photo avec des illustrations de diaphragmes ouverts et fermés, accompagnées d'une description de son fonctionnement.

Lorsque vous voulez régler l’ouverture du Carl Zeiss Jean, vous devez impérativement pousser sur l’anneau du réglage, vers le boitier, et puis faire votre modification. L’anneau revient automatiquement à sa place.

La distance se règle elle, classiquement, avec la grosse bague à encoches, derrière, de 50cm jusque l’infini (la course est longue).

J’allais oublier deux choses : le petit bouton coincé entre la roue de droite et le sélecteur des vitesses : il sert à débrayer l’appareil pour pouvoir rebobiner le film et, accessoirement, à vous permettre de faire des doubles expositions.

Et la seconde chose, très importante, c’est justement le sélecteur de vitesses : si vous regardez bien quand vous armez l’appareil, le sélecteur tourne en même temps que l’armement. C’est comme sur les Fed et les Zorki. J’en conclu donc que le mécanisme doit être le même et dans ce cas, gravez quelque part cette maxime : toujours armer AVANT de modifier la vitesse pour éviter une salade de pignons, bien que le manuel indique que l’on peut sélectionner les vitesses avant ou après avoir armé !

Ceci étant, il existe donc deux gammes de vitesses sur le sélecteur : en rouge, de 1/2s à 1/10s et en noir de 1/25s à 1/1500s. Mais puisqu’on fait dans le compliqué, continuons car l’ordre des vitesses dans les chiffres noirs n’est pas arithmétique. En effet, l’ordre est 1/25, B, 1/500, 1/200, 1/100, 1/50 et 1/40 (ce qui est indiqué par un éclair plutôt que 1/40s pour indiquer la vitesse de synchronisation du flash).

Sur le sélecteur, il y a un second anneau, qui sert à sélectionner la gamme rouge ou noire. Il doit être soulevé et tourné pour aligner la flèche rouge avec la vitesses choisie. Autre chose surprenant, le sélecteur tourne lors du déclenchement, tout comme il le fait quand vous armez.

Gros plan sur le sommet d'un ancien appareil photo avec des boutons métalliques et un écran en verre.

Sans égaler les Ihagee, ni le Nikon, le Canon, et d’autres plus tard, ce Praktica s’inscrit presque dans la tradition des systèmes, c’est-à-dire tout un ensemble d’accessoires dédiés, comme des tubes allonges, des trépieds, des bagues, des déclencheurs souples, des bans de reproduction, des œillères à baïonnette, par exemple (regardez le viseur ci-dessous).

Appareil photo vintage en métal argenté avec un design classique et une finition en cuir noir.

Mais, me direz-vous, où est le déclencheur ?

En façade, le bouton qui dépasse, et qui est fileté. Ici encore, le fait d’appuyer vers le boitier éviterait, en cas de vitesses lentes, le flou de bougé.

Bon, ai-je fait le tour des choses étranges de ce boitier ?

Non, il reste un point rouge, sous le miroir, que je n’ai pas encore évoqué.

Vue rapprochée de l'objectif d'un vieil appareil photo, montrant l'intérieur et les mécanismes visibles.

L’appareil possède un piston d’ouverture automatique pour que la photo puisse être composée avec le diaphragme ouvert à son maximum, pour plus de luminosité dans le viseur. Lorsque vous déclenchez, l’ouverture revient à celle que vous aviez déterminée. Le petit bouton rouge que vous apercevez sous le miroir engage le piston s vous le poussez vers la gauche et le dégage si vous le poussez vers la droite, ce qui peut-être utile avec une optique non automatique.

Que penser de cet appareil ?

Franchement, c’est plus un appareil destiné à la collection qu’à l’usage.

En effet, son poids, son miroir sans retour automatique, ses objectifs à piston, l’ordre des vitesses et la manière de les régler, le dos qui ne tient pas, … si tout cela pouvait en 1959 -1960 être justifiable eut égard au prix de l’engin, de nos jours, ce n’est vraiment guère pratique pour un usage courant.

Ceci étant, si vous avez envie de constater comment faisaient nos parents et grands-parents avec ce type d’engin, c’est une curiosité à tenter.

Pour ma part, il ne me tente pas mais je trouvais qu’il était intéressant à découvrir puisque j’ai déjà écris pas mal d’articles sur la marque, en tout cas sur les boitiers de la série L, plus modernes et qui sont les plus connus.

Enormément de photographes ont débuté avec un Praktica dans les années septante et quatre-vingt, car ils étaient des appareils simples, solides, faciles à utiliser et, surtout, très abordables financièrement, bien plus en tout cas que les excellents boitiers japonais qui avaient conquis tous les marchés.

Et lorsque les photographes avaient bien progressé et fait quelques sérieuses économies, ils passaient chez Canon, Nikon, Minolta, Pentax, Olympus, etc.

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Praktica IV
  • Créé par Horst Strele, fabriqué de juin 1959 à mars 1960
  • Production : environ 30.500 exemplaires
  • Obturateur en tissu caoutchouté à plan focal horizontal, vitesses de 1/2, 1/5, 1/10, 1/25, 1/50, 1/100, 1/200,1/500s plus pose B
  • Viseur avec pentaprisme avec lentille de type Fresnel, miroir sans retour instantané
  • Avance du film par levier situé sous le boitier et par le bouton d’armement à droite
  • Compteur de vue manuel
  • Objectif M42
  • Flash : griffe accessoire sans contact, deux prises coaxiales sur le devant du boitier, synchro X et F
  • Poids nu : 796gr

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Praktica_IV, https://oldcamera.blog/2015/12/12/praktica-iv/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Praktica_IV_%26_V, https://www.35mmc.com/20/10/2025/prakticas-and-their-associated-lenses-building-a-film-camera-and-lens-system-at-reasonable-cost/, en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-12604-Pentacon_Praktica%20IV%20.html, https://focusargentique.fr/appareil-photo/praktica-iv/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Praktica, en français ; https://www.praktica-collector.de/Praktica_IV_V.html, https://www.praktica-collector.de/142_Praktica_IV_B.htm , en allemand

Argentique

Un acteur photographique de poids, le Voigtländer Ultramatic

Préambule

Le dernier appareil acheté lors de la brocante au profit de l’Unicef, à Ath. Il est très beau, intéressant, mais … en panne. Une panne classique mais rédhibitoire pour cet appareil me prévient de Monsieur collectionneur, car l’appareil est complexe.

En toute connaissance de cause donc, je l’acquiert car ses spécificités en font un appareil qui reste intéressant.

Et, vu son poids, un presse-papier intéressant, ou un serre-livre costaud et original …

Un peu d’histoire

C’est une marque que j’ai déjà pas mal rencontrée, un des fleurons de l’industrie allemande, au sens large car Voigtländer est autrichien (Vienne).

Historiquement, elle est aussi la plus ancienne car c’est en 1756 que Johann Christoph Voigtländer crée sa société. D’abord spécialisée dans l’optique de précision, elle plongera dans l’aventure photographique grâce à Peter-Wilhelm von Voigtländer, le petit fils du créateur, dès 1840.

C’est à cette date que le professeur Jozeph Petzal (université de Vienne) met au point le premier objectif permettant de réduire considérablement le temps d’exposition des daguerréotypes. Et Peter-Wilhelm von Voigtländer sera le premier à fabriquer cet objectif, ce qui fera connaître la société dans toute l’Europe, puis au delà avec l’avancée des appareils à travers le monde.

L’entreprise se lance aussi dans la fabrication d’appareils photo. Ce sera elle qui fabriquera le tout premier appareil tout métallique de l’histoire, en 1846.

Toujours dans les premières mondiales, sautons quelques années, car en 1959, la société fabrique le tout premier zoom au monde, le Zoomar.

Mais les années septante deviennent compliquées, l’avancée des marques nipponnes tuent lentement l’industrie photographique allemande. Dans une dernière tentative, Voigtländer s’associe à Zeiss Ikon en 1970.

Las, en 1972, l’entreprise jette le gant et ferme ses usines. La marque sera rachetée d’abord par Rollei (1974) puis la société allemande Plusfoto GmbH la reprend en 1996 et confiera à Cosina (Japon, ironie du sort !) la fabrication d’un télémétrique très haut de gamme, le Zeiss Ikon MZ équipé d’objectifs Voigtländer.

De nos jours, Voigtländer GmbH est toujours active dans la fabrication d’optiques de haut vol, concurrençant directement Zeiss pour les objectifs.

Ceci étant établi, Voigtländer a fabriqué un peu tout ce qu pouvait exister en termes d’appareils photo : des appareils à plaques de verre (Alpin), avec film 116 (Inos), avec film 120 à soufflet (Bessa), à soufflet et télémètre (Prominent), des TLR (Billiant), avec film à cassette 126 (Bessys), à soufflet avec film 135 (Vito), avec boitier compact et film 135 (Vito CD/Vitoret), des télémétriques (Prominent II/Vitessa), des réflex (Bessamatic/Ultramatic).

On peut écrire sans trop de risques qu’ils auront tout essayé, souvent avec succès car la réputation de sérieux, de solidité, de qualité de construction sera toujours indissociable de la marque.

Mais ce sera aussi souvent au prix d’une ingénierie complexe, couteuse à fabriquer, d’où les prix élevés des appareils à leurs époques respectives. Et une certaine réticence, semble-t-il aux technologies nouvelles, telle l’électronique. Alors que l’industrie japonaise standardisait, rationalisait et produisait en masse avec de hauts standards de fabrication des appareils moins coûteux et plus modernes.

Présentation du Voigtländer Ultramatic

Ce réflex, automatique, sera fabriqué à 35.500 exemplaires entre 1961 et 1965.

Un appareil photo vintage Voigtländer Ultramatic avec un objectif Color-Skopar.

Il sortira en même temps que le Bessamatic mais à la différence de celui-ci, l’Ultramatic possède un miroir à retour automatique.

Ils sont contemporains du Praktica IV que je vous soumettais il y a peu. Histoire de voir l’écart entre les deux concepts !

Tous deux sont équipés d’un posemètre au sélénium et d’un obturateur de chez F. Deckel, obturateur central, similaire à celui utilisé par le Kodak Retina Reflex, le Zeiss Ikon Contaflex. Pour mémoire, à la même époque, le Nikon F et le Pentax Spotmatic utilisaient un obturateur à plan focal, bien mieux adapté aux réflex à objectifs interchangeables (par exemple pas limité au 1/500s comme les obturateurs centraux!).

Appareil photo vintage Ultramatic en argent et noir avec objectif en métal.

Seul luxe de l’Ultramatic, un mode d’exposition automatique à priorité vitesse.

L’obturateur Synchro-Compur est donc monté derrière l’objectif dont seule une partie se détache. Ces objectifs utilisent la monture DKL (aussi de chez Deckel).

Le saviez-vous ? Les objectifs des Bessamatic sont compatibles avec l’Ultramatic, mais la plupart perdent alors l’automatisme. La monture DKL du Bessamatic n’accepte que les objectifs Voigtländer. Seuls les objectifs avec une vis peinte en jaune à l’arrière sont compatibles totalement.

Revenons un instant encore sur cet obturateur. Il dispose de deux jeux de lames, distincts : un pour contrôler le temps d’exposition et l’autre pour contrôler l’ouverture. Comme ils sont tous les deux maintenus à leur plus grande ouverture pendant la composition de votre sujet, une séquence d’opérations complexes va se dérouler quand le déclencheur sera enfoncé à fond.

  • l’obturateur et l’ouverture sont fermés
  • le miroir se relève
  • l’obturateur s’ouvre le temps d’exposer le film
  • il se referme, l’ouverture revient à la grande ouverture

Ce processus est lent et induit un décalage d’ouverture inévitable (on parle d’une seconde !).

Et lorsqu’on fait avancer le film à la vue suivante, ça continue :

  • le miroir s’abaisse
  • l’obturateur est armé et ouvert

Ces complications rendent, in fine, l’appareil fragile et, surtout, difficile à réparer (que ce soit le Bessamatic ou l’Ultramatic) car les mécanismes sont constitués de petits composants et si on a forcé, bonjour la galère. Sinon, ils sont assez agréables à utiliser.

L’Ultramatic CS, proposé en 1965,remédie à quelques uns de ces soucis et est considéré comme plus fiable, mais il perd le miroir à retour automatique.

A côté de ces mécanismes, il y avait aussi quelques trouvailles, comme ce petit périscope, sur la face avant, qui permet de voir les réglages de l’ouverture et de la vitesse dans le viseur.

Un gros plan sur un objectif de caméra vintage avec des réglages de diaphragme et de vitesse d'obturation.

Ceci étant, l’Ultramatic était parmi les appareils photo les plus chers de son époque.

Page présentant des caméras BESSAMATIC 63 et ULTRAMATIC, ainsi que leurs caractéristiques et accessoires, avec des illustrations des appareils photo.

Le viseur est agréable, clair et à champ coupé pour faciliter la mise au point, avec ce petit plus de voir à l’intérieur la vitesse et l’ouverture.

La cellule, au sélénium, située de façade, allège un peu l’esthétique du boitier mais si elle tombe en panne, difficile de continuer à travailler avec l’appareil.

Au point de vue ergonomique, le boitier est lourd (860gr) mais agréable avec ses coins arrondis et, sur le capot, les touches affleurantes. Il s’inscrit aussi dans toute la gamme d’accessoires prévus pour le Bessamatic et lui-même, notamment la large gamme d’objectifs réputés de chez Voigtländer, dont le fameux zoom Zoomar (36-82mm f2,8) et le Septon 50mm ouvrant à f2.

Descendons vers l’objectif pour remarquer d’abord que les commandes sont sur l’appareil et non sur l’objectif puisque la tête de celui-ci se détache pour être remplacée par une autre focale.

Si vous regardez bien, il y a une espèce de bouton poussoir sous l’objectif : c’est lui qu’il faut actionner pour déverrouiller la baïonnette de l’objectif.

Au niveau des choix, il est assez vaste mais toujours propriétaire (baïonnette DKL-Voigtländer). Soyons de bon compte, les objectifs Voigtländer ont une excellente réputation.

Voici un résumé des optiques possibles :

Tableau des lentilles photographiques avec les différentes catégories, y compris les lentilles grand angle, normales, de portrait, téléobjectif et zoom, détaillant la longueur focale, la construction, le groupe, l'introduction et les notes.

Les commandes pour régler la sensibilité de la cellule (de 12 à 3200Asa), celle de la vitesse (avec le poussoir en plastique) est au dessus, la distance, elle, se règle effectivement sur la tête de l’objectif.

Gros plan sur le sommet d'un appareil photo vintage avec un objectif métallique et un cadran d'exposition.

Par dessous, vous voyez trois lettres V – X – M et le sélecteur de couleur verte : le V est la lettre pour le minuteur que l’on ne peut engager qu’après avoir appuyé sur un bouton de l’autre côté du combiné objectif/obturateur ; le X est la synchronisation du flash électronique et le M celle pour les flashs magnésiques (à ampoules).

Vous voyez ici la lettre A, en rouge, qui permet de placer le boitier en mode tout automatique.

Un gros plan sur un appareil photo vintage avec un objectif argenté et des réglages de distance.

Si vous regardez bien, vous verrez deux petits triangles rouges de part et d’autre du témoin de distance. En fait, ils matérialisent l’échelle de netteté de la distance focale. Comme chez Voigtländer on aime la complication, lorsque vous tournez l’objectif, les flèches suivent le mouvement. Belle illustration de la profondeur de champ.

Vu d’en haut, le capot est dépouillé, les touches sot affleurantes comme cité plus avant.

Appareil photo argentique de marque Vignette, vu de dessus, avec objectif et réglages visibles.

A droite, l’aide mémoire pour les films utilisés et à gauche, un bouton qui a plus d’un tour dans son sac, je vais y revenir. Pas de compteur de vue ? Si, mais il est en dessous du boitier. Il faut le réinitialiser manuellement.

Premier plan d'un objectif d'appareil photo vintage avec des détails sur la monture et les réglages de vitesse.

Pour ouvrir l’appareil, il faut pousser sur le bouton de gauche, au dessus, qui va se soulever et sur lequel ensuite il faut tirer.

Pas de difficulté majeure pour installer un nouveau film, la bobine réceptrice est large et bien accesible.

Voilà, voilà, nous avons fini le tour de cet appareil.

Que penser de cet appareil .

En l’état, celui-ci est un magnifique presse-livres ou presse-papiers … et je ne compte pas le démonter.

Car ce qui est vexant avec ce type de boitiers, c’est qu’ils sont beaux, superbement finis mais, comme je l’écrivais, inutilement complexes et quasi irréparables.

Maintenant, imaginons un instant que celui-ci fonctionne encore, aurais-je envie de m’en servir ?

Réflexion faite, non. Déjà, je n’aime pas ces demi-objectifs à interchanger, c’est moins facile à utiliser, aussi bons soient-ils.

Ensuite, le poids de l’engin fait réfléchir, près de 900gr nu, ça compte, surtout pour les cervicales.

Enfin, encore une fois, si j’apprécie la qualité de l’ensemble, je ne le trouve absolument pas pratique à utiliser. Trop de contraintes et de choses étranges à manipuler pour que la photographie reste un plaisir avec lui. Si je le compare à un appareil nippon de la même époque (le Miranda Sensorex, le Nikon F, le Pentax Spotmatic), il est très en retard et peu convaincant. D’autant que son prix le réservait à une élite.

L’éternel malentendu entre la Mercedes et la Renault : toutes les deux vous emmènent où vous voulez, assez confortablement, mais la première coute deux fois le prix de la seconde !

Bref, ce peut être un magnifique objet de collection et sans doute quelques esthètes vont-ils l’utiliser avec plaisir, mais pour la pratique photographique, on a fait plus simple et plus efficace.

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Voigtländer Ultramatic
Reflex mono-objectif (reflex)
Film 24 x 36 mm
Armement et avance du film manuelle
Posemètre intégré, accouplé
Contrôle de l’exposition manuelle
Objectif interchangeable Voigtländer Color-Skopar 50 mm f2.8 – f22
Monture d’objectif baïonnette propriétaire
Mise au point manuelle
Obturateur F.Deckel, Munich, Allemagne, central
Vitesses pose B, 1s – 1/500s, synchro flash par câble sur prise PC
Cellule au sélénium
Période de production à partir de 1962 jusque 1965
Quantité de production 35.500
Poids 880 gr

Des références

https://fotobox.over-blog.fr/2016/03/voigtlander-ultramatic.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-21137-Voigtlander_Ultramatic.html , en français ; https://wikiland.org/fr/Voigtl%C3%A4nder_Ultramatic, https://en.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder_Bessamatic_and_Ultramatic, https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=1610, https://everything.explained.today/Voigtl%c3%a4nder_Bessamatic_and_Ultramatic/ , en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/voigtlaender-ultramatic/, https://www.klassik-cameras.de/Voigtlaender_Ultramatic_dt.html, en allemand

Argentique

Un autre réflex Petri, un FTX cette fois.

Préambule.

Comme son confrère, il est en mauvais état. Pas que ces appareils soient foncièrement mauvais mais ils ne sont pas faits non plus pour résister aux brutes qui vident les greniers à la hussarde et tentent de faire fonctionner ce qu’ils ne connaissent pas au marteau, ou presque !

Ceci étant, le miroir bouge et ne reste pas collé mais impossible de le réarmer ni de le déclencher. Je n’ai d’ailleurs pas trouvé d’explications ou manuels pour comprendre mieux la mécanique que j’ai découverte sous la semelle. Qui, soit dit en passant, n’est pas mal faite.

Voici dont une présentation a minima car Petri n’a pas produit tant de réflex que pour en ignorer un.

Un peu d’histoire.

Inutile de reprendre ce que j’ai déjà écrit lors de l’article sur le Penta V, juste resituer celui-ci dans la chronologie des appareils de la marque.

Le Petri FTX, aussi appelé Petri TTL et sous d’autre marque selon les distributeurs (Argus, Kmart, Spiratone, JCPenney entre autres), est apparu sur le marché en 1974.

Pour mémoire, Petri, d’abord connu sous le nom de Kuribayashi Shashin Kōgyō ou Kuribayashi Camera Industry, inc. Japan, avant de devenir Petri Camera Ltd en 1962, a produit de nombreux modèles d’appareils : des folding à ses débuts, puis des compacts, des télémétriques, des TLR et des réflex.

En ce qui concerne ces seuls réflex, le premier fut le Penta (1959) et il sera suivi par quelques autres : Pétri Flex Pétri Flex V (1961), Pétri Flex 7 (1964), Pétri V et VI, Pétri V et VI II, Pétri FT (1967), Pétri TTL, Pétri ETP (1973), Pétri FTX (1974), Pétri FT II, Pétri FT EE, Pétri FT 1000 (1976), Pétri FA-1 (1975), Pétri FT 500 (1976) ), Pétri MF-1 (1977), Pétri TTL-2.

Il y en eut d’autres mais fabriqués par Cosina, l’entreprise ayant fait faillite en 1977.

Si les premiers appareils utilisaient la monture universelle M42, à partir du Penta IV, les Flex et FT utiliseront la baïonnette propriétaire à verrouillage de culasse de la marque.

Même si des adaptateurs ont permis d’utiliser les anciennes optiques, avec perte de certaines fonctions parfois, ils n’ont pas produits beaucoup de nouvelles optiques destinées à la baïonnette nouvelle et ils sont revenus, dès le modèle Petri FTX à la monture en M42.

Ce qui ouvrait un vaste choix de focales, à prix abordables, ce qui correspondait mieux aux appareils et surtout à ceux d’entrée de gamme comme les FT1000/500 ainsi que les boîtiers compacts MFT1000 et Micro MF-1.

De fait, le FTX est une reconduction du Petri FT II de 1967 mais en monture M42. Il y eut quelques variations sur le même thème car les appareils que vous trouverez peut-être ne sont pas forcément identiques à ceux décrit dans le mode d’emploi que vous trouverez sous la rubrique un peu de technique.

Présentation du Petri FTX ou TTL.

Incontestablement, c’est un appareil des années septante, où le métal prime, dedans et dehors.

Lorsqu’on le voit pour la première fois, impossible de ne pas penser aux Praktika. En effet, la carrosserie est très proche avec sa forme rectangulaire assez anguleuse et, surtout, son déclencheur en façade et non pas sur le dessus du capot.

Voyons ça de plus près.

Illustration des différentes parties de l'appareil photo Petri FTX avec des légendes numérotées identifiant chaque élément.
Image d'un appareil photo reflex Petri FTX montrant le boîtier et l'objectif avec des annotations pour les différentes parties comme la prise flash et les réglages de distance.

Sur le capot, à droite, le levier d’armement et d’avance du film ; juste devant, une fenêtre avec le compteur de vue (remise à zéro automatique) ; juste à côté, une grosse molette avec les vitesses, graduée de 1s au 1/1000s, plus pose B et synchro flash au 1/60s. Au milieu, le prisme avec une griffe flash intégrée avec contact de synchronisation, bien qu’il y ait encore une prise PC pour les plus anciens flashs sur la tranche gauche. A gauche, une petite molette pour le réglage de la sensibilité des films, de 25 à 1600Asa et au bout du capot, la manivelle de rebobinage.

Sur la face avant, à droite, sous le nom du modèle, le déclencheur saillant et en dessous, le levier du retardateur (plus ou moins 10 secondes) ; contre le fut de l’objectif, un bouton pour le contrôle du diaphragme. Sur le côté gauche, un rond strié qui est en fait la trappe pour une pile autrefois au mercure mais que l’on peut remplacer par une PX625 alcaline.

Au dos, le viseur et en dessous, le pas de vis pour le fixer sur un trépied et le petit bouton chromé de déverrouillage en fin de film.

Diagram showing the top and back view of the Petri FTX camera, highlighting various components such as the viewfinder, film cassette chamber, sprocket, take-up spool, film rewind button, tripod socket, and manual diaphragm switch.

Dépouillé mais il vous offre le minimum syndical nécessaire.

L’objectif est ici un Petri CC Auto de 55mm ouvrant à f1,8, qui possède cette position Auto – Manuel typique.

Objectif d'un appareil photo Petri avec inscription sur la lentille et reflets visibles.

La marque A (pour automatique), en vert et une marque M (pour manuel) en rouge sont gravées sous l’objectif. Lorsque l’on déplace le commutateur A/M vers la gauche, le diaphragme est réglé en position A, qui est la position normale la plupart du temps. En position A, le diaphragme se ferme à l’ouverture présélectionnée juste avant le déclenchement de l’obturateur et s’ouvre à nouveau après chaque exposition pour une mise au point facile et précise.

Lorsque vous souhaitez utiliser le diaphragme manuel, déplacez le commutateur A/M vers la droite. L’avantage du fonctionnement manuel est que vous pouvez prévisualiser la profondeur de champ et voir dans le viseur la zone de netteté de l’objectif avec n’importe quelle ouverture. Le fonctionnement manuel peut également être obtenu simplement en appuyant sur le bouton du diaphragme.

Diagramme illustrant le fonctionnement du diaphragme automatique sur un appareil photo, montrant trois étapes : 1) mise au point avec le diaphragme ouvert, 2) fermeture du diaphragme avant l'obturation, 3) retour à l'ouverture complète après l'exposition.

L’autre appellation, TTL, du FTX est plus explicite quant au fonctionnement de sa cellule : à travers l’objectif. De fait, deux cellules au CdS à l’intérieur du pentaprisme analyse la lumière passée à travers l’objectif. Un indicateur, en forme d’aiguille, doit se situer au centre d’un autre indicateur en forme de sucette comme l’appellent certains auteurs. Ce second indicateur se déplace en fonction du choix de la vitesse d’obturation.

Assez classique mais déjà un peu dépassé car l’objectif doit être fermé à l’ouverture de prise de vue (le bouton à côté du fut de l’objectif) pour activer le posemètre.

Rien de transcendant mais du classique qui a fait ses preuves.

Que penser de cet appareil ?

Quand ils ne sont pas maltraités, ces boitiers sont de bons appareils écoles, comme les … Praktica.

Son avantage est de proposer une vitesse de 1/1000s et sa cellule en TTL, sans oublier que celui-ci accepte tous les objectifs en monture M42 dont les excellents Takumar, par exemple.

Cependant, ce n’est pas un appareil sexy, plutôt un dur au labeur, avec des limites tout de même,en témoigne mon exemplaire hors service. Que j’arriverai peut être à relancer si je trouve quel engrenage coince !

Point de vue coût, c’est un appareil très abordable. Comptez moins de 50€ pour un exemplaire en très bon état et avec un objectif d’au moins 50mm. De quoi vous payer quelques bobines pour l’essayer.

On a plus l’habitude de voir des Petri sous forme d’appareils compacts, dont d’excellents télémétriques (Petri 7S) mais il y eut aussi quelques réflex, dont celui-ci.

Il n’est pas très courant, sans être rare.

Si vous en trouvez un et que vous cherchiez un appareil école, prenez-le, s’il est en bon état, il ne vous décevra pas.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

ModèlePetri TTL FTX
Format35mm
Introduit en1974
Autres nomsJC Penny SLR 3; Argus STL 1000;  Spiraflex
OrigineJapan
Typeréflex à objectif interchangeable
Construction du boitierMetal
Modes de fonctonnementManuel, assisté par le posemètre
Poids 690 gr,  nu
Sensibilité en ASA 25-1600
Objectif d’origine55mm f1,8
Marque de l’optiquePetri CC Auto
Taille du filtre52 mm
Monture de l’objectifà viser
Taille de la monture42mm
OuvertureMiroir relevé à la visée
Obturateurplan focal horizontal
CelluleCdS, TTL, couplée
VitessesB, 1-1000
Miroirretour automatique
Viseurà prisme à hauteur d’yeux
Pré vision de la profondeur de champoui
Griffeavec synchro au centre
Synchro externeX
Vitesse de synchro flash1/60
Minuteuroui, mécanique
Batterie originalePX 625 au mercure
Batterie de remplacementPX625A, alcaline de 1,5v
Voltage initial1.35v

Des références.

https://camera-wiki.org/wiki/Petri_FTX, https://cameracollector.net/petri-ftx/, https://en.wikipedia.org/wiki/Petri_Camera, https://camera-wiki.org/wiki/Petri_FTX, https://www.pbase.com/cameras/petri, https://camera-wiki.org/wiki/Petri, en anglais ; https://fr.wikiital.com/wiki/Petri_Camera_Company, en français

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Argentique

Le Ricoh Singlex TLS, le Nikon fabriqué par Mamiya

Préambule.

Encore un réflex déniché sur une brocante cette année et laissé dans la caisse des appareils à vous présenter un jour.

Car ce serait dommage de l’y oublier, vous allez comprendre en parcourant l’article. C’est un drôle de phénomène !

De plus, il est en bon état et je me souviens l’avoir enlevé pour un prix très raisonnable. Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est à cause de son objectif que j’ai craqué pour lui. Parfois l’envie se niche dans le détail.

Il a donc rejoint ce jour-là un ou l’autre petits camarades, déjà présentés ou encore à venir.

Bonne lecture.

Un peu d’histoire.

Ah, j’en connais qui vont être content, je vais être bref car j’ai déjà raconté l’histoire de Ricoh dans l’article consacré au Ricoh XR-S.

Seulement préciser que ce modèle fut développé en partenariat avec Nikon mais fabriqué par … Mamiya.

En fait, Ricoh fabriquait d’excellents appareils photo, essentiellement des folding à ses débuts (Riken Adler), puis des compacts (Vest Olympic, Ricolet, Ricoh 500), des télémétriques (Ricoh 35, Ricoh 500 GX) et des TLR (Ricohflex), alors très en vogue.

Mais en 1961, ce qui commence à prendre de l’essor, ce sont les réflex. Or Ricoh n’a pas la capacité à ce moment de consacrer du temps à la recherche et au développement de ce nouvel appareil. Ils s’adressent alors à Nikon, l’initiateur de cet engouement avec son fameux F (1959). Qui les renvoie vers … Mamiya.

Bizarre, bizarre … en fait, lorsque Nikon a développé son modèle F, ils se sont aperçus que cet appareil ne concernerait que les professionnels ou les personnes nanties. Qui ne sont pas légions. Ah, ils avaient bien pensé à un appareil, le Nikkormat, mais il n’était pas encore prêt. Ils avaient bien lancé, en 1960, un Nikkorex 35 mais si c’était bien un réflex, il était à objectif fixe. Pas pratique pour vendre des objectifs en monture F !

Ils se sont alors adressé à un confrère avec qui ils avaient déjà collaboré, Mamiya. Qui développe un Nikkorex F (1962). Chouette Nikon va pouvoir écouler ses optiques et finaliser son Nikkormat FT.

Et Ricoh dans tout ça ? Et bien ils ont fait comme Nikon, ils ont d’abord lancé le Ricoh 35 Flex, un réflex à objectif fixe, puis ils se sont adressé à Mamiya, qui leur a vendu le Nikkorex F. Qu’ils ont eu la sagesse de vendre, d’abord, sous le nom de Sears SL11 (Sears étant un gros vendeur d’appareil et d’accessoires américain), ensuite ils l’ont appelé Singlex et avait donc une monture F.

Enfin, pas tout à fait, car Ricoh a légèrement modifié celle-ci de telle sorte que les vrais objectifs F ne tiennent pas bien. Il faut les objectifs Auto Rikenon que Ricoh a prévu pour ses appareils (comme le 55mm f1.4 de dotation).

Pour s’affranchir finalement de cette monture, ils sont passé à celle de Pentax*, la M42, plus universelle à l’époque.

Le Singlex TLS qui nous préoccupe est en monture M42. Il à été proposé à la vente en juin 21967. C’est lui qui ouvrira réellement la voie des réflex chez Ricoh, qui prendra alors le temps de développer ses propres boitiers.

C’est un appareil que vous retrouverez sous les dénominations de Sears TLS, Kmart Focal 1000 TLX (pour les USA) ; Cavalier, Universa Interflex (pour la France).

*Fait amusant mais peut-être moins connu : Ricoh continue à fabriquer des appareils photo, en plus du GR digital, mais sous la marque Pentax, car ils l’ont rachetée. L’histoire est un cycle …

Présentation du Ricoh Singlex TLS.

C’est un grand reflex, dans la lignée de ce qui se faisait à l’époque. Du costaud, tout en métal, très bien construit et facile à prendre en mains.

Mais commençons par une petite présentation physique de l’engin.

Vu d’au dessus, le capot offre finalement le minimum syndical nécessaire : à droite, le déclencheur avec, derrière lui, le levier d’armement et, à son côté, la fenêtre du compteur de vue (remise à zéro automatique) ; à gauche, une large couronne entoure la molette de rebobinage. C’est essentiellement un mémo. En soulevant la molette, vous ouvrez le dos de l’appareil, classiquement.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo argentique avec des détails en métal, étiqueté "MADE IN JAPAN".

La chambre est classique. L’obturateur un peu moins : c’est un Copal Square S à trois lamelles métalliques qui se déplacent verticalement. Du solide.

Vue latérale d'un appareil photo vintage avec un boîtier noir et argenté, posé sur une surface de travail.

En façade, une roue qui a deux fonctions : celle du réglage des vitesses d’abord, celle du réglage de la sensibilité du film ensuite.

En dessous de cet appendice, le levier pour le minuteur (toujours armer avant de l’activer).

De l’autre côté de l’objectif, un curseur avec une flèche rouge : c’est le bouton pour activer la cellule (ne pas oublier de le remettre à sa place afin de préserve les piles).

Sur la tranche gauche du boitier, deux prises PC pour les flashs : marquées X (synchro qu 1/125s) et M (1/30s) pour les flashs à ampoules.

Vue du dessus d'un appareil photo argentique avec un objectif, montrant les réglages sur le dessus.

Par dessous, le bouton pour déverrouiller le système afin de rembobiner le film, la trappe pour la pile et le filetage pour le trépied.

Et sur cet exemplaire en particulier, l’accessoire porte-accessoire, la griffe du flash synchronisé. Celle-ci est fixée sur l’œilleton de visée.

Au centre donc, le pentaprisme et le viseur, large et confortable. La visée se fait sur un dépoli avec un cercle de dépoli plus fin au centre.

Sur la droite de celui-ci, une aiguille qui se déplace entre deux griffes, l’enjeu consistant à la stabiliser au centre en jouant soit sur la vitesse, soit sur l’ouverture, ou les deux. Cette aiguille est asservie à la cellule au CdS et se déplace lorsque vous relevez le curseur à gauche. Le travail de la cellule est dit TTL, c’est-à-dire qu’elle lit la lumière à travers l’objectif. On peut donc monter des filtres, elle tient compte des modifications de luminosité.

Illustration montrant trois exemples d'exposition photographique : sur-exposition, exposition correcte, et sous-exposition, avec des indications en plusieurs langues.
Croquis du Ricoh Singlex TLS, montrant les principales commandes et caractéristiques de l'appareil photo réflex avec objectif interchangeable.

Enfin, l’objectif. Celui de la dotation de base est un 55mm ouvrant à f2,8, un Auto Rikenon. Celui qui équipe cet exemplaire est toujours un Auto Rikenon mais de f1,8 à f16 sur lequel un pare-soleil métallique est déjà fixé (format des filtres 52mm). Il existe aussi un Auto Rikenon de 50mm ouvrant cette fois à f1,4. Le diaphragme est à présélection automatique ou à réglage manuel couplé à la cellule.

Gros plan d'un objectif de caméra avec des réglages de mise au point, sur un fond flou d'un bureau.

Un appareil très classique du début des années soixante.

Que penser de cet appareil ?

Comme je le précisais ci-dessus, c’est un appareil classique de son époque.

Etant donné la suite chez Ricoh, plus sophistiquée, cela me fait penser que tout comme le Nikon dont finalement il est issu, c’est un appareil de transition, sans grande envergure, solidement construit, avec ce qu’il faut, mais sans plus.

Est-ce pour cela un mauvais boitier ? Que nenni, ne me faite pas dire ce que je n’ai pas écris. C’est un appareil agréable et qui tient le coup malgré le temps qui est passé et qui continue son chemin …

Honnêtement, je le classerais dans ceux que j’appelle les appareils école : pas de superflu, juste l’utile pour apprendre à faire des photos en comprenant ce que l’on fait et pourquoi.

Son grand avantage est aussi d’utiliser une monture qui vous offre un vaste panel de cailloux dont certains sont excellents, en japonais, en russe, en allemand. Vous aurez l’embarras du choix à des prix souvent encore intéressants.

Bref, un Ricoh-Nikon-Mamiya, soit la réunion en un seul objet de ce qui se faisait de très bien dans ces années-là. A tenter.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Ricoh, modèle Singlex TLS
  • Introduit en 1967, Japon
  • Type SLR
  • Cellule au CdS TTL, indication dans le viseur par aiguille
  • Plage ASA 10-800
  • Objectif de base : Auto Rikenon de 50mm ouvrant à f1,4
  • Taille du filtre : 55 mm
  • Monture d’objectif M42, visante
  • Obturateur à plan focal vertical, métallique
  • Vitesses de 1s à 1/1000s plus pose B, retardateur de 10 sec.
  • Griffe flash en accessoire
  • Miroir à retour instantané
  • Batterie 625PX de 1.35v
  • Poids nu 760 gr

Des références.

https://www.mes-appareils-photos.fr/Ricoh-Singlex-TLS.htm, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-11187-Ricoh_Singlex%20TLS.html, https://photoklub.com/ricoh-de-la-photocopie-a-la-photo/, en français ; https://vintagecameradigest.com/2025/07/01/the-ricoh-singlex-tls/, https://camera-wiki.org/wiki/Ricoh_Singlex_TLS, https://cameracollector.net/ricoh-singlex-tls/, https://austerityphoto.co.uk/the-ricoh-thats-a-nikon-made-by-mamiya-welcome-to-the-ricoh-singlex/, en anglais

Note : 1 sur 5.

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Argentique

Un reflex moins connu, le Ricoh XR-S

Préambule.

Souvent le hasard fait bien les choses car ce Ricoh, cela faisait un moment que je le cherchais. En fait depuis l’article sur le Canon Prima Sol, le premier appareil photographique à fonctionner uniquement à l’énergie solaire (1995) alors que celui-ci, auquel je faisais allusion, utilisait aussi l’énergie de notre bon vieux soleil, mais pas que !

Et, mea culpa, il était resté dans ma boîte des appareils que je dois encore vous présenter, depuis un petit moment déjà.

Comble de l’ironie, c’est par un temps particulièrement gris et sombre que je vais commencer à vous le décrire.

Un peu d’histoire.

Les grands acteurs japonais de la photographie ont souvent été soit des opticiens, comme leurs homologues allemands, soit actifs dans le domaine de l’électronique avant de développer leurs activités dans la photo. Ricoh, lui, a commencé par le … papier.

L’Institut de Recherche Riken, Institut de Recherche Physique et Chimique a créé en 1927 l’entreprise Rikagaku Kogyo pour commercialiser le produit de ses recherches, notamment dans le domaine des papiers sensibilisés. En 1936, la division papier est scindée pour devenir Riken Kankoshi Co., Ltd, le précurseur de Ricoh. Sous la direction de Kiyoshi Ichimura, la société se développe bien et introduit pas mal d’innovations.

Par exemple, dans les années ’50, Ricoh est la première entreprise au Japon a introduire un système de convoyeur à bande pour la fabrication des appareils photo, ce qui augmente considérablement la capacité de production. Elle atteint 10.000 unités par mois contre moins de 1.000 unités dans l’industrie photographique plus artisanale de l’époque. Cette capacité permettait de garantir des prix plus abordables tout en gardant un seuil de qualité élevé. Un bel exemple fut la production du Ricohflex Modèle III qui sera adopté par une majorité de Japonais cherchant un bon appareil (on estime que cet appareil a atteint plus de 50% des ventes nationales à son apogée).

Photo en noir et blanc d'une usine avec des assemblages de caméras Ricoh, montrant des travailleurs en train de monter des appareils photo sur des tables de travail.

Ricoh reçu le prestigieux prix Okochi Memorial Prize Production en 1957 pour sa capacité de production élevée et rigoureuse.

En 1960, Ricoh inaugure sa nouvelle usine de Numazu, celle destinée à la fabrication de papier. En 1962, celle-ci s’agrandit pour installer une production intégrée de papier sensibilisé, une première mondiale.

Se voulant toujours être dans pionnier dans l’innovation, en 1960, l’entreprise lance le Ricoh Auto 35, un appareil photo automatique avec une cellule au sélénium. En 1962, il propose le Ricoh Auto Half, un demi-format entièrement automatique très compact qui possédait en plus un moteur sous forme d’un ressort, le tout dans un format guère plus grand que celui d’un paquet de cigarettes.

Le nom de Ricoh Company Ltd. devient le nom officiel de l’entreprise en 1963.

Vous aurez remarqué que je ne cites pas toutes les autres avancées de Ricoh en terme de photocopieurs, mais il y en eut un paquet. Ils furent aussi très actifs dans le domaine de l’électronique et de l’informatique. Ainsi ils proposèrent en 1971 le premier ordinateur de bureau, le Ricom 8.

Ils continuent à développer des appareils photo mais vous aurez compris que ce n’est pas leur activité de cœur business comme on dit, mais ils restent très présents et attentifs aux évolutions.

Ils ont par exemple développé leur premier appareil digital en 1995, le Ricoh DC-1.

Au niveau des appareils argentiques, nous l’avons vu, ils ont développé des TLR avec la gamme Ricohflex, des compacts télémétriques avec les Ricoh 35 ; puis des compacts très compacts avec télémètre comme le Ricoh 500G ; des reflex avec la gamme des Ricoh KR ( Ricoh KR 5) et XR avec monture K, sans oublier quelques collaborations comme avec Olympus pour le Ricoh Miraï, ou avec Nikon pour le Ricoh Singlex (mais fabriqué par Mamiya) avec monture F ou en monture M42 (Ricoh Singlex 2) ; des compacts innovants comme le FF-70, d’autres ultra fins comme le Ricoh R 1. Et ne passons pas à côté du GR, toujours d’actualité en digital de nos jours.

De fait, Ricoh Co Ltd est une entreprise très diversifiée, qui offre du matériel d’impression, des réseaux de gestion de l’information, des photocopieuses, des centraux téléphoniques, etc. Elle produit aussi des circuits LSI et d’autres composants électroniques sophistiqués.

Il est donc logique que Ricoh ait mis sa technologie au service de la photographie.

Bref, si la marque ne s’est plus trop engagée dans le domaine des boitiers photographiques, hormis donc le GR qui en est à sa quatrième itération digitale, elle a quand même toujours été parmi les entreprises innovantes. Nous allons encore le découvrir avec le réflex qui nous préoccupe aujourd’hui.

Présentation du Ricoh XR-S.

De prime abord, c’est un réflex classique, très classe dans sa robe noire, ce qui fait bien ressortir le nom du modèle, en lettres blanches et rouge, soulignées d’un trait rouge.

Puis, quand on y regarde de plus près, sur le prisme, au dessus du nom Ricoh, trois petits mots interpellent : solar battery system .

Et c’est là qu’on se rend compte que sur les deux faces du prisme il y a effectivement des mini-panneaux solaire !

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo Ricoh XR-S, montrant le levier d'armement, la roue de sélection des vitesses et les panneaux solaires.

Mais n’allons pas trop vite, commençons par la présentation du tout.

Sur le capot, à droite, un levier d’armement moderne ; à son côté, le compteur de vues qui revient automatiquement à zéro ; devant lui, la roue de sélection des vitesses, de 15s à 1/1000s, avec une synchro flash au 1/125s, une pose B, une position L pour lock (fermer) et une position A, pour automatique. Un minuscule petit bouton marqué d’un point vert sert à déverrouiller la roue pour changer les positions.

Vue supérieure d'un appareil photo Ricoh XR-S montrant le système de batterie solaire, la molette de sélection des vitesses et le bouton de déverrouillage.

A gauche, une roue encercle la manivelle, utile lors du rebobinage et pour ouvrir la porte arrière de l’appareil. Cette roue a une double fonction : indexer la cellule de la sensibilité, en Asa (de 12 à 1200Asa), et permettre une correction d’exposition de -2 à +2. Le tout aussi minuscule bouton Self sert à lancer le retardateur.

Gros plan sur le sélecteur de sensibilité ASA d'un appareil photo reflex Ricoh XR-S, en métal noir avec marquages clairs.

Sur la face avant, sous le nom, un levier pour activer la cellule et à côté du nom, un second levier pour le contrôle de la profondeur de champ (encore rare à l’époque sur des appareils dits grand public)

Sur la droite toujours, contre le fut d’objectif, le bouton pour débloquer la monture de l’objectif en monture K.

A gauche, autour du fut de l’objectif, le bouton du dessus sert à verrouiller l’AE et, en dessous, la prise synchro pour les anciens flashs. Pour les flashs modernes, la griffe est munie d’un contact au centre pour la synchronisation.

Gros plan sur le boîtier d'un appareil photo reflex Ricoh XR-S, mettant en avant le détail du porte-objectif et des commandes en relief.

A l’arrière, rien de spécial à part deux boutons qui raviront les Lomographistes car ils permettent de faire des surimpressions.

La semelle porte le filet pour fixer un trépied, le cache pour les piles (2LR44) et les engrenages pour la motorisation si on y ajoute un Winder. Les 2 LR44 doivent se placer le plus vers le bas dans le compartiment.

Vue du dessus d'un appareil photo Ricoh XR-S, mettant en avant le levier d'armement, le compteur de vues et la roue de sélection des vitesses.

Tout est résumé ci-dessous.

Au delà de cette énumération presque à la Prévert (je n’ai pas trouvé le raton laveur !), découvrons ce qui se cache là-dessous.

D’abord que le boitier est basé sur le XR-7, sorti en 1982. Lui aussi conçu pour la baïonnette K, il possède un obturateur géré électroniquement (d’où les 2 piles de 1,5v). Il propose des vitesses identiques à celles reprises par le XR-S, l’automatisme à priorité ouverture. Le bouton à l’avant (11) permet de visualiser la vitesse choisie par l’automatisme sur le bord droit du viseur. La compensation d’exposition, le verrouillage de l’exposition (AE) sont là aussi, la surimpression itou. Tous ces éléments seront repris donc dans le XR-S.

A cette longue liste s’ajoute la technologie embarquée de l’énergie solaire : les deux cellules rechargeaient une batterie S capable de tenir 5 ans. Il sera le premier reflex à utiliser l’énergie des minis-panneaux photovoltaïques pour alimenter le circuit de mesure. En cas de manque de soleil (ou de lumière forte), voire de défaillance de la batterie S (ce qui risque d’arriver après 45 ans !), les 2 piles de 1,5v prennent le relais et désactivent le circuit solaire.

Nous avons donc un reflex moderne avec son obturateur piloté par quartz, une AE priorité à l’ouverture, et ce que vous avons découvert du XR-7, plus un viseur à cristaux liquides multi-informations.

Il y aura un modèle plus récent, le Ricoh XR Solar (1994), mais c’est un appareil photo sans lien de parenté finalement, fabriqué en Chine par Cosina, et qui ne dispose pas de l’exposition automatique.

Appareil photo reflex Ricoh XR-S, en finition noire avec des éléments fonctionnels visibles comme le levier d'armement et le nom du modèle.

Notez qu’il a existé aussi un XR-2s (1972) qui n’a rien à voir avec une éventuelle succession de celui-ci puisque antérieur à ce modèle.

Que penser de cet appareil ?

Vous le savez, j’aime bien les appareils noirs et je trouve celui-ci particulièrement agréable à l’oeil. Le boitier est agréable à tenir en mains, pas trop lourd et toutes les commandes tombent bien, exceptés le minuscule bouton pour engager le retardateur (Self) et l’aussi minuscule bouton à point vert pour modifier la position des vitesses.

Si les cellules solaires ne servent plus à rien car je n’ai pas la batterie S d’origine, j’ai mis deux LR44 communes dans l’appareil.

Et là vous comprendrez ma frustration car impossible de déclencher et le miroir reste bloqué en haut. Je pense que c’est une question de contact car, ayant enlevé la semelle, j’ai pu ré armer mais impossible de déclencher, alors que le retardateur émet son signal caractéristique (preuve que les piles sont bien mises et fonctionnelles). C’est dommage.

Ceci étant, si vous en trouvez un en pleine forme, préparez u billet de 50€ pour vous faire plaisir, et vous ne le regretterez pas, le boitier a des arguments à faire valoir : il est assez complet, agréable et facile à prendre en mains et, ce qui est toujours important, pour moi, il sort des sentiers archi battus en assurant des prestations dignes des autres marques de l’époque.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi multi-lingues, c’est par ICI.

  • Type : reflex 35mm avec obturateur automatique à contrôle électronique du plan focal
  • Obturateur : obturateur métallique à mouvement vertical à commande électronique, automatique de 16 à 1/1000s ; manuel de 16 à 1/1000s, piloté par Quartz Control (uniquement manuel) plus pose B. Verrouillages d’obturateur en position L (lock = fermé)
  • Viseur : le champ de vision couvre 93 % horizontalement et verticalement ; grossissement de 0,88X (avec objectif 50mm f/1,4) ; affichage par écran LCD (Liquid Crystal Display) : compensation d’exposition – B – Manuel – surexposition et sous-exposition – indicateur de vitesse d’obturation (clignote en verrouillage AE) – avertissement batterie (quand la batterie est presque épuisée) – lumière LED prête à clignoter – numéro de stop
  • Posemètre : Photodiode au silicium TTL à pleine ouverture SPD (photodiode au silicium) pour la mesure pondérée au centre
  • Plage de vitesse du film : ASA 12-3200
  • Réglage d’exposition : Système d’ajustement d’exposition ( + 2 – – 2, par incréments d’1/3)
  • Système de verrouillage AE (mémoire)
  • Retardateur automatique : délai de fonctionnement de 10 secondes ; pendant le fonctionnement, la lumière LED rouge clignote et émet un bip
  • Source d’alimentation : les minis-panneaux solaires rechargent la batterie de stockage (Batterie-S, tension de sortie des cellules photovoltaïques de 3,5v)
    Autres piles utilisables : deux piles SR-44 1,55V oxyde d’argent, ou deux LR-44 ; piles alcalines 1,5V
    Autres fonctionnalités : Multi-exposition, levier de prévisualisation
  • Objectif Rikenon 50mm f2 (diam. filtre 52mm)
  • Dimensions nu : 136 x 89 x 51mm
  • Poids nu : 475gr
  • Produit : 1981 – 1990

Des références.

https://bromurefilm.com/products/ricoh-xr-s, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=15196, https://focusargentique.fr/appareils-photo/ricoh/, https://www.ricoh.be/fr/a-propos-de-nous/entreprise/histoire/, https://www.ricoh.com/about/history, en français ; https://kameramuseum.de/objekte/ricoh-xr-s-mit-solarzellen/, en allemand ; https://mailch.blogspot.com/2012/02/users-review-ricoh-xr-s-35-mm-film.html, https://camera-wiki.org/wiki/Ricoh_XR-S, en anglais ; https://www.ricoh-imaging.co.jp/japan/products/ricoh-filmcamera/cameralist/XR-S.html, en japonais