Argentique

Une forteresse, le Praktica IV

Préambule

Ah, celui-ci trainait dans une vitrine poussiéreuse (j’ai fait les photos sans le nettoyer, pour vous donner une idée) de Jemeppe- sur-Sambre (La Belle Brocante) mais heureusement à l’abri de l’humidité.

Ce qui m’a frappé, c’est le côté tank russe de l’engin : tout en métal et taillé à la faucille !

Et aussi, je l’avoue, parce que je n’avais jamais vu un tel modèle de Praktica, et pourtant, il y en a quelques uns sur le site.

Tout à coup, le sac à dos m’a paru plus lourd, d’autant que celui-ci rejoignait une chambre Cambo (j’en parlerai un jour), certes incomplète, mais bien là,

Je sens que je vais faire quelques recherches sur ce costaud …

Un peu d’histoire

Cette fois, je vais essayer de retracer l’histoire de la photographie allemande à travers celle de cet appareil en particulier. Ce sera un résumé qui servira pour tous les Praktica, Zeiss Ikon, Balda, Welta, Contax, etc. qui apparaitront sur le site ultérieurement.

Alors, allons-y car nous commençons en 1756, en Autriche, avec Johann Christoph Voigtländer qui fonde la première société d’optique allemande.

En 1850, il est le plus grand fabricant d’appareils photo et accessoires de son pays.

Comme vous le savez, ces années sont propices aux développements de ce qui touche à la photographie, toute neuve : Joseph Nicéphore Niépce, première photographie en 1824 ; Louis Jacques Mandé Daguerre, daguerréotype en 1839 ; William Fox Talbot, premier négatif en 1840 ; Richard Leach Maddox avec le Gélatinobromure d’argent en 1871 ; Charles Cros et Louis Duco du Huron pour la première photographie couleur en 1871 ; Georges Eastman et John Carbutt pour l’invention et la commercialisation du film souple en 1888.

Mais revenons en Allemagne, pour une autre énumération, certes un peu longue (pour moi aussi), mais fondamentale pour ce qui va suivre :

  • 1862, Richar Hüttig fonde sa société à Berlin,
  • 1886, Paul Rudolph construit Abbe à Jena, une entreprise spécialisée dans l’optique
  • 1886, fondation de l’Optik Anstalt C.P. Goerz à Berlin
  • 1888 , le Dr. R.  Krügener à Frankfurt am Main fonde aussi sa société
  • 1889, Emil Wünsche ouvre sa boutique d’appareils photo et accessoires à Dresde
  • 1889, fondation de Ernemann & Matthias à  Dresde
  • 1897, fondation de la Emil Wünsche AG, toujours à Dresde, la fabrique d’appareils photo
  • 1898, Richar Hüttig fonde la Fabrik phtografischer Apparate R Hüttig & Sohn à Dresde
  • 1898, changement de nom pour Heinrich Ernemann AG à Dresde
  • 1899, fondation de Ernst Herbst & Firl Görlitz
  • 1900, Abbe devient Palmos AG toujours à Jena
  • 1902, elle change de nom pour devenir Carl Zeiss Jena Palmos AG, à Jena
  • 1902, création de Süddeutsch. Camerawerk Körner & Mayer GmbH à Sontheim
  • 1903, fondation de l’Optische Anstalt C.P. Goerz AG à Berlin
  • 1908, création de Drexler et Nagels à Stuttgart
  • 1909, le Dr Krügener, Emil Wünsche et Palmos fondent ICA AG à Dresde
  • 1909, création de Nettel-Camera- Werk GmbH à Sontheim
  • 1917, création de Contessa Werke August Nael à Stuttgart
  • 1919, fondation de Contessa-Nettel Werk A. Nagel à Stuttgart
  • 1920, changement de nom en Contessa-Nettel AG toujours à Stuttgart
  • 1926, création de Zeiss Ikon AG, à Dresde, qui absorbe ICA, Erneman, Görlitz
  • 1927, absorption de Goerz et Contessa-Nagel par Zeiss Ikon
  • 1928, absorption de Nettel par Zeiss Ikon

Premier constat, un concentration très forte de ces industries à Dresde. Or, pendant la nuit du 14 et 15 février 1945, la ville va disparaître sous un déluge de feu : l’aviation américaine et anglaise embrasent toute la région et détruisent quasi toutes les entreprises, photographiques aussi.

Au terme de la Seconde Guerre Mondiale, Dresde se retrouve dans la zone sous contrôle Soviétique. Les usines encore debout en partie sont vidées de leur contenu et transférées à Jena, d’autres sont reconstruites sur place. Vous connaissez l’histoire de Contax, de Fed et les tribulations de la marque Zeiss Ikon qui deviendra Carl Zeiss Jena à l’Est.

Ces entreprises deviennent des VEB ou entreprises du peuple, c’est-à-dire qu’elles sont nationalisées par l’URSS, qui va imposer ses plans de développements.

Je reprends ma petite liste pour mieux saisir la suite :

  • 1946, le VEB Welta – Kamerawerk
  • 1951, le VEB Belca-Werk (l’ancien Balda Werk de Dresde)
  • 1952, le VEB Altissa-Kamera-Werk de Dresde
  • 1953, le VEB Kamerawerk Niedersedlitz de Dresde
  • 1956, le VEB Aspecta (les anciens Müller & Wetzig et Filmosto Projektion, de Dresde)
  • 1958, le VEB Kinowerke Dresden (le nouveau nom de Zeiss Ikon)
  • 1959, création du VEB Kamera- und Kinowerk Dresden, qui absorbe toutes ces entreprises d’optiques et de photographies/cinéma

Finalement, en 1964 cet immense empire s’appellera VEB PENTACON DRESDEN Kamera- und Kinowerke. L’ogre russe aura tout avalé et mis à sa sauce, car il continue manger le VEB Feinoptisches Werk Görlitz (1968) et enfin Ihagee (Exakta et Exa) en 1969 . Ce mastodonte s’effondrera en 1990, à la suite de la chute du Mur de Berlin. Les 5700 employés de l’entreprise seront remerciés et l’usine de Dresde fermée.

De nos jours, Pentacon GmbH est devenue propriété de la société Schneider Optische Werke GmbH, installée à Bad Kreuznach, dont le nom est souvent abrégé en Schneider Kreuznach tandis qu’une autre partie s’est tournée vers la haute technologie, sous la bannière de Kamera Werk Dresden. Elle produit notamment les panoramiques Noblex et des appareils à usage industriel sous la marque Loglux.

Toutes ces dates pour resituer dans l’histoire contemporaine ce Praktica IV, né en 1959 lors de la Foire de printemps de Leipzig, encore sous la marque KW (Kamera-Werke Dresden-Niedersedlitz), un des derniers, car ensuite il sera marqué Pentacon.

Tiens, le saviez-vous ? Le nom de Pentacon viendrait de la contraction de pentaprisme, en référence au premier réflex mis au point à Dresde, et de Contax-Zeiss Ikon. Le premier Praktiflex fut inventé en 1939 par Alois Hoheisel, le premier a recevoir un pentaprisme. Ensuite, le premier Praktica sortira en 1949, fabriqué par la Mechanik Kamera Werkstätten VEB Niedersedlitz (KW) à Dresde.

Si je récapitule maintenant la gamme des Praktica, il y a la série des FX, construite entre 1949 et 1965, avec un prisme qui se retire et la possibilité d’y poser un viseur tunnel et les Praktica avec chiffres romains, qui ont eux un prisme fixe, qui sont basés sur les FX ; puis la gamme Nova, de 1965 à 1970 ; et enfin la gamme L, la plus connue, de 1970 à 1990.

Plus spécifiquement, entre 1959 et 1964, sept itérations verront les évolutions du Praktica IV. Outre quelque modifications esthétiques, il gagnera une cellule au sélénium, un télémètre, puis un à coïncidence et une lentille de Fresnel.

Présentation du Praktica IV

Incontestablement, il en impose dans son sac tout prêt que je vais devoir un peu réparer. Et quand on ouvre le sac, c’est encore plus impressionnant !

Ça, c’est du lourd, du costaud !

Voyons cela de plus près …

Si je tiens compte du sac tout prêt, celui-ci ferait partie des premiers appareils (1959 -1960) car il est encore estampillé KW et non Pentacon (environ 15.500 exemplaires produits). Mais si je regarde le cuir au dos du boitier, c’est déjà le logo Pentacon qui y apparait (1960 – 1964, environ 30.500 exemplaires produits). C’est donc une version deux du Praktica IV. Le plus frappant étant que le premier modèle possède un large bandeau noir sur le prisme alors que celui-ci a disparu sur le second, laissant un prisme tout métallique, qui fait très massif.

Vu du dessus, l’appareil est presque classique : une roue à droite, qui porte le compteur de vue, une double roue à côté du prisme, qui sert à régler les vitesses rapides et les lentes et de l’autre côté, un roue un peu spéciale car elle permet de rebobiner le film et elle sert de mémo pour le film utilisé.

Le compteur de vue doit être réinitialisé manuellement, puis il incrémente jusqu’à la fin du film (ici, le marquage est un peu effacé)

Voyez ci-dessous :

Illustration d'un mode d'emploi de caméra de VEB Kamera- und Kinowerke Dresden, montrant les différentes parties et réglages de l'appareil photo.

Vu en vrai :

Vue de dessus d'un appareil photo vintage avec des boutons de réglage et un objectif en métal.

Le dessous est intéressant, car le levier d’armement est placé en dessous, comme sur le Kodak Retina. Mais à la différence de ce dernier, il existe sur ce boitier un système de double armement. Ce qui ressemble à un bouton de l’autre côté n’est en fait là que pour porter le filetage pour un trépied et assurer l’équilibre de l’appareil lorsqu’il est posé à plat, avec le pied sous l’objectif. Par contre, le gros bouton, sur le capot, à droite, permet d’armer l’obturateur et de faire avancer le film (comme le levier du dessous). Disons que le levier du dessous est un peu plus rapide à actionner.

Lorsque vous utilisez le bouton, vous sentirez d’abord l’armement de l’obturateur et puis le mouvement vers le bas du miroir, ce que l’on ne ressent pas avec le levier rapide.

Ce système de double armement est complexe, gageons qu’il ne tombe pas souvent en panne !

Appareil photo vintage avec objectif argenté monté sur un boîtier noir.

Je reviens un moment sur la gros bouton de gauche car, comme je le notais plus haut, c’est aussi la manivelle pour rebobiner le film

Il faut lever un peu le plateau supérieur et le faire pivoter pour obtenir une manivelle tout à fait fonctionnelle et solide. Original et efficace. Le reste, c’est un mémo pour le type de film utilisé.

Pour ouvrir l’appareil, c’est tout simple, il y a un verrou sur le flanc gauche. Attention toutefois, c’est tout le dos qui tombe, il n’y a pas de charnière.

Appareil photo ancien avec un objectif métallique et un boîtier noir.
Appareil photo ancien avec un boîtier noir et argenté, accompagné d'un cache inférieur.

C’est toujours gênant ces dos qui tombent car on se demande toujours comment faire car on n’a que deux mains pour charger le film, armer, déclencher et tenir ce f… dos qui ne demande qu’à se faire la belle !

Le rideau est en tissu caoutchouté, qui fait peu de bruit lors du déclenchement, c’est un bon point.

Par contre – et nous sommes pourtant au seuil des années soixante – le miroir n’a pas de retour automatique. Concrètement, pour ceux qui n’auraient pas l’habitude, cela veut dire que la vision à travers l’objectif n’est possible que lorsque vous avez armé l’appareil. En d’autre temps, le miroir reste collé au dessus et vous ne voyez rien.

Pour les Pratktica à miroir avec retour instantané, il faut attendre les numéros V F et V FB, vers 1965.

En façade, deux prises pour la synchro flash. Il faut bien regarder sur le cuir car celui du dessus est marqué X (flash électronique) et celui du dessous, F flash à combustion). La synchro X est notée par un éclair sur le sélecteur des vitesses, mais sans préciser celle-ci, qui est de 1/40s.

Vue rapprochée de l'objectif d'un appareil photo argentique, montrant l'ouverture et les éléments internes.

Un mot bien sûr de l’objectif. Ici, c’est un Car Zeiss Jena Tessar de 50mm ouvrant à f2,8 (diamètre de 49mm) mais le tableau ci-dessous nous renseigne que d’autres options étaient possibles :

Schéma montrant des objectifs interchangeables pour l'appareil photo Praktica IV, avec des spécifications sur les distances focales et les ouvertures.

C’est un objectif à diaphragme automatique, comme le précise la brochure dont je m’inspire :

Diaporama automatique montrant un objectif d'appareil photo avec des illustrations de diaphragmes ouverts et fermés, accompagnées d'une description de son fonctionnement.

Lorsque vous voulez régler l’ouverture du Carl Zeiss Jean, vous devez impérativement pousser sur l’anneau du réglage, vers le boitier, et puis faire votre modification. L’anneau revient automatiquement à sa place.

La distance se règle elle, classiquement, avec la grosse bague à encoches, derrière, de 50cm jusque l’infini (la course est longue).

J’allais oublier deux choses : le petit bouton coincé entre la roue de droite et le sélecteur des vitesses : il sert à débrayer l’appareil pour pouvoir rebobiner le film et, accessoirement, à vous permettre de faire des doubles expositions.

Et la seconde chose, très importante, c’est justement le sélecteur de vitesses : si vous regardez bien quand vous armez l’appareil, le sélecteur tourne en même temps que l’armement. C’est comme sur les Fed et les Zorki. J’en conclu donc que le mécanisme doit être le même et dans ce cas, gravez quelque part cette maxime : toujours armer AVANT de modifier la vitesse pour éviter une salade de pignons, bien que le manuel indique que l’on peut sélectionner les vitesses avant ou après avoir armé !

Ceci étant, il existe donc deux gammes de vitesses sur le sélecteur : en rouge, de 1/2s à 1/10s et en noir de 1/25s à 1/1500s. Mais puisqu’on fait dans le compliqué, continuons car l’ordre des vitesses dans les chiffres noirs n’est pas arithmétique. En effet, l’ordre est 1/25, B, 1/500, 1/200, 1/100, 1/50 et 1/40 (ce qui est indiqué par un éclair plutôt que 1/40s pour indiquer la vitesse de synchronisation du flash).

Sur le sélecteur, il y a un second anneau, qui sert à sélectionner la gamme rouge ou noire. Il doit être soulevé et tourné pour aligner la flèche rouge avec la vitesses choisie. Autre chose surprenant, le sélecteur tourne lors du déclenchement, tout comme il le fait quand vous armez.

Gros plan sur le sommet d'un ancien appareil photo avec des boutons métalliques et un écran en verre.

Sans égaler les Ihagee, ni le Nikon, le Canon, et d’autres plus tard, ce Praktica s’inscrit presque dans la tradition des systèmes, c’est-à-dire tout un ensemble d’accessoires dédiés, comme des tubes allonges, des trépieds, des bagues, des déclencheurs souples, des bans de reproduction, des œillères à baïonnette, par exemple (regardez le viseur ci-dessous).

Appareil photo vintage en métal argenté avec un design classique et une finition en cuir noir.

Mais, me direz-vous, où est le déclencheur ?

En façade, le bouton qui dépasse, et qui est fileté. Ici encore, le fait d’appuyer vers le boitier éviterait, en cas de vitesses lentes, le flou de bougé.

Bon, ai-je fait le tour des choses étranges de ce boitier ?

Non, il reste un point rouge, sous le miroir, que je n’ai pas encore évoqué.

Vue rapprochée de l'objectif d'un vieil appareil photo, montrant l'intérieur et les mécanismes visibles.

L’appareil possède un piston d’ouverture automatique pour que la photo puisse être composée avec le diaphragme ouvert à son maximum, pour plus de luminosité dans le viseur. Lorsque vous déclenchez, l’ouverture revient à celle que vous aviez déterminée. Le petit bouton rouge que vous apercevez sous le miroir engage le piston s vous le poussez vers la gauche et le dégage si vous le poussez vers la droite, ce qui peut-être utile avec une optique non automatique.

Que penser de cet appareil ?

Franchement, c’est plus un appareil destiné à la collection qu’à l’usage.

En effet, son poids, son miroir sans retour automatique, ses objectifs à piston, l’ordre des vitesses et la manière de les régler, le dos qui ne tient pas, … si tout cela pouvait en 1959 -1960 être justifiable eut égard au prix de l’engin, de nos jours, ce n’est vraiment guère pratique pour un usage courant.

Ceci étant, si vous avez envie de constater comment faisaient nos parents et grands-parents avec ce type d’engin, c’est une curiosité à tenter.

Pour ma part, il ne me tente pas mais je trouvais qu’il était intéressant à découvrir puisque j’ai déjà écris pas mal d’articles sur la marque, en tout cas sur les boitiers de la série L, plus modernes et qui sont les plus connus.

Enormément de photographes ont débuté avec un Praktica dans les années septante et quatre-vingt, car ils étaient des appareils simples, solides, faciles à utiliser et, surtout, très abordables financièrement, bien plus en tout cas que les excellents boitiers japonais qui avaient conquis tous les marchés.

Et lorsque les photographes avaient bien progressé et fait quelques sérieuses économies, ils passaient chez Canon, Nikon, Minolta, Pentax, Olympus, etc.

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Praktica IV
  • Créé par Horst Strele, fabriqué de juin 1959 à mars 1960
  • Production : environ 30.500 exemplaires
  • Obturateur en tissu caoutchouté à plan focal horizontal, vitesses de 1/2, 1/5, 1/10, 1/25, 1/50, 1/100, 1/200,1/500s plus pose B
  • Viseur avec pentaprisme avec lentille de type Fresnel, miroir sans retour instantané
  • Avance du film par levier situé sous le boitier et par le bouton d’armement à droite
  • Compteur de vue manuel
  • Objectif M42
  • Flash : griffe accessoire sans contact, deux prises coaxiales sur le devant du boitier, synchro X et F
  • Poids nu : 796gr

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Praktica_IV, https://oldcamera.blog/2015/12/12/praktica-iv/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Praktica_IV_%26_V, https://www.35mmc.com/20/10/2025/prakticas-and-their-associated-lenses-building-a-film-camera-and-lens-system-at-reasonable-cost/, en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-12604-Pentacon_Praktica%20IV%20.html, https://focusargentique.fr/appareil-photo/praktica-iv/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Praktica, en français ; https://www.praktica-collector.de/Praktica_IV_V.html, https://www.praktica-collector.de/142_Praktica_IV_B.htm , en allemand

Argentique

Un acteur photographique de poids, le Voigtländer Ultramatic

Préambule

Le dernier appareil acheté lors de la brocante au profit de l’Unicef, à Ath. Il est très beau, intéressant, mais … en panne. Une panne classique mais rédhibitoire pour cet appareil me prévient de Monsieur collectionneur, car l’appareil est complexe.

En toute connaissance de cause donc, je l’acquiert car ses spécificités en font un appareil qui reste intéressant.

Et, vu son poids, un presse-papier intéressant, ou un serre-livre costaud et original …

Un peu d’histoire

C’est une marque que j’ai déjà pas mal rencontrée, un des fleurons de l’industrie allemande, au sens large car Voigtländer est autrichien (Vienne).

Historiquement, elle est aussi la plus ancienne car c’est en 1756 que Johann Christoph Voigtländer crée sa société. D’abord spécialisée dans l’optique de précision, elle plongera dans l’aventure photographique grâce à Peter-Wilhelm von Voigtländer, le petit fils du créateur, dès 1840.

C’est à cette date que le professeur Jozeph Petzal (université de Vienne) met au point le premier objectif permettant de réduire considérablement le temps d’exposition des daguerréotypes. Et Peter-Wilhelm von Voigtländer sera le premier à fabriquer cet objectif, ce qui fera connaître la société dans toute l’Europe, puis au delà avec l’avancée des appareils à travers le monde.

L’entreprise se lance aussi dans la fabrication d’appareils photo. Ce sera elle qui fabriquera le tout premier appareil tout métallique de l’histoire, en 1846.

Toujours dans les premières mondiales, sautons quelques années, car en 1959, la société fabrique le tout premier zoom au monde, le Zoomar.

Mais les années septante deviennent compliquées, l’avancée des marques nipponnes tuent lentement l’industrie photographique allemande. Dans une dernière tentative, Voigtländer s’associe à Zeiss Ikon en 1970.

Las, en 1972, l’entreprise jette le gant et ferme ses usines. La marque sera rachetée d’abord par Rollei (1974) puis la société allemande Plusfoto GmbH la reprend en 1996 et confiera à Cosina (Japon, ironie du sort !) la fabrication d’un télémétrique très haut de gamme, le Zeiss Ikon MZ équipé d’objectifs Voigtländer.

De nos jours, Voigtländer GmbH est toujours active dans la fabrication d’optiques de haut vol, concurrençant directement Zeiss pour les objectifs.

Ceci étant établi, Voigtländer a fabriqué un peu tout ce qu pouvait exister en termes d’appareils photo : des appareils à plaques de verre (Alpin), avec film 116 (Inos), avec film 120 à soufflet (Bessa), à soufflet et télémètre (Prominent), des TLR (Billiant), avec film à cassette 126 (Bessys), à soufflet avec film 135 (Vito), avec boitier compact et film 135 (Vito CD/Vitoret), des télémétriques (Prominent II/Vitessa), des réflex (Bessamatic/Ultramatic).

On peut écrire sans trop de risques qu’ils auront tout essayé, souvent avec succès car la réputation de sérieux, de solidité, de qualité de construction sera toujours indissociable de la marque.

Mais ce sera aussi souvent au prix d’une ingénierie complexe, couteuse à fabriquer, d’où les prix élevés des appareils à leurs époques respectives. Et une certaine réticence, semble-t-il aux technologies nouvelles, telle l’électronique. Alors que l’industrie japonaise standardisait, rationalisait et produisait en masse avec de hauts standards de fabrication des appareils moins coûteux et plus modernes.

Présentation du Voigtländer Ultramatic

Ce réflex, automatique, sera fabriqué à 35.500 exemplaires entre 1961 et 1965.

Un appareil photo vintage Voigtländer Ultramatic avec un objectif Color-Skopar.

Il sortira en même temps que le Bessamatic mais à la différence de celui-ci, l’Ultramatic possède un miroir à retour automatique.

Ils sont contemporains du Praktica IV que je vous soumettais il y a peu. Histoire de voir l’écart entre les deux concepts !

Tous deux sont équipés d’un posemètre au sélénium et d’un obturateur de chez F. Deckel, obturateur central, similaire à celui utilisé par le Kodak Retina Reflex, le Zeiss Ikon Contaflex. Pour mémoire, à la même époque, le Nikon F et le Pentax Spotmatic utilisaient un obturateur à plan focal, bien mieux adapté aux réflex à objectifs interchangeables (par exemple pas limité au 1/500s comme les obturateurs centraux!).

Appareil photo vintage Ultramatic en argent et noir avec objectif en métal.

Seul luxe de l’Ultramatic, un mode d’exposition automatique à priorité vitesse.

L’obturateur Synchro-Compur est donc monté derrière l’objectif dont seule une partie se détache. Ces objectifs utilisent la monture DKL (aussi de chez Deckel).

Le saviez-vous ? Les objectifs des Bessamatic sont compatibles avec l’Ultramatic, mais la plupart perdent alors l’automatisme. La monture DKL du Bessamatic n’accepte que les objectifs Voigtländer. Seuls les objectifs avec une vis peinte en jaune à l’arrière sont compatibles totalement.

Revenons un instant encore sur cet obturateur. Il dispose de deux jeux de lames, distincts : un pour contrôler le temps d’exposition et l’autre pour contrôler l’ouverture. Comme ils sont tous les deux maintenus à leur plus grande ouverture pendant la composition de votre sujet, une séquence d’opérations complexes va se dérouler quand le déclencheur sera enfoncé à fond.

  • l’obturateur et l’ouverture sont fermés
  • le miroir se relève
  • l’obturateur s’ouvre le temps d’exposer le film
  • il se referme, l’ouverture revient à la grande ouverture

Ce processus est lent et induit un décalage d’ouverture inévitable (on parle d’une seconde !).

Et lorsqu’on fait avancer le film à la vue suivante, ça continue :

  • le miroir s’abaisse
  • l’obturateur est armé et ouvert

Ces complications rendent, in fine, l’appareil fragile et, surtout, difficile à réparer (que ce soit le Bessamatic ou l’Ultramatic) car les mécanismes sont constitués de petits composants et si on a forcé, bonjour la galère. Sinon, ils sont assez agréables à utiliser.

L’Ultramatic CS, proposé en 1965,remédie à quelques uns de ces soucis et est considéré comme plus fiable, mais il perd le miroir à retour automatique.

A côté de ces mécanismes, il y avait aussi quelques trouvailles, comme ce petit périscope, sur la face avant, qui permet de voir les réglages de l’ouverture et de la vitesse dans le viseur.

Un gros plan sur un objectif de caméra vintage avec des réglages de diaphragme et de vitesse d'obturation.

Ceci étant, l’Ultramatic était parmi les appareils photo les plus chers de son époque.

Page présentant des caméras BESSAMATIC 63 et ULTRAMATIC, ainsi que leurs caractéristiques et accessoires, avec des illustrations des appareils photo.

Le viseur est agréable, clair et à champ coupé pour faciliter la mise au point, avec ce petit plus de voir à l’intérieur la vitesse et l’ouverture.

La cellule, au sélénium, située de façade, allège un peu l’esthétique du boitier mais si elle tombe en panne, difficile de continuer à travailler avec l’appareil.

Au point de vue ergonomique, le boitier est lourd (860gr) mais agréable avec ses coins arrondis et, sur le capot, les touches affleurantes. Il s’inscrit aussi dans toute la gamme d’accessoires prévus pour le Bessamatic et lui-même, notamment la large gamme d’objectifs réputés de chez Voigtländer, dont le fameux zoom Zoomar (36-82mm f2,8) et le Septon 50mm ouvrant à f2.

Descendons vers l’objectif pour remarquer d’abord que les commandes sont sur l’appareil et non sur l’objectif puisque la tête de celui-ci se détache pour être remplacée par une autre focale.

Si vous regardez bien, il y a une espèce de bouton poussoir sous l’objectif : c’est lui qu’il faut actionner pour déverrouiller la baïonnette de l’objectif.

Au niveau des choix, il est assez vaste mais toujours propriétaire (baïonnette DKL-Voigtländer). Soyons de bon compte, les objectifs Voigtländer ont une excellente réputation.

Voici un résumé des optiques possibles :

Tableau des lentilles photographiques avec les différentes catégories, y compris les lentilles grand angle, normales, de portrait, téléobjectif et zoom, détaillant la longueur focale, la construction, le groupe, l'introduction et les notes.

Les commandes pour régler la sensibilité de la cellule (de 12 à 3200Asa), celle de la vitesse (avec le poussoir en plastique) est au dessus, la distance, elle, se règle effectivement sur la tête de l’objectif.

Gros plan sur le sommet d'un appareil photo vintage avec un objectif métallique et un cadran d'exposition.

Par dessous, vous voyez trois lettres V – X – M et le sélecteur de couleur verte : le V est la lettre pour le minuteur que l’on ne peut engager qu’après avoir appuyé sur un bouton de l’autre côté du combiné objectif/obturateur ; le X est la synchronisation du flash électronique et le M celle pour les flashs magnésiques (à ampoules).

Vous voyez ici la lettre A, en rouge, qui permet de placer le boitier en mode tout automatique.

Un gros plan sur un appareil photo vintage avec un objectif argenté et des réglages de distance.

Si vous regardez bien, vous verrez deux petits triangles rouges de part et d’autre du témoin de distance. En fait, ils matérialisent l’échelle de netteté de la distance focale. Comme chez Voigtländer on aime la complication, lorsque vous tournez l’objectif, les flèches suivent le mouvement. Belle illustration de la profondeur de champ.

Vu d’en haut, le capot est dépouillé, les touches sot affleurantes comme cité plus avant.

Appareil photo argentique de marque Vignette, vu de dessus, avec objectif et réglages visibles.

A droite, l’aide mémoire pour les films utilisés et à gauche, un bouton qui a plus d’un tour dans son sac, je vais y revenir. Pas de compteur de vue ? Si, mais il est en dessous du boitier. Il faut le réinitialiser manuellement.

Premier plan d'un objectif d'appareil photo vintage avec des détails sur la monture et les réglages de vitesse.

Pour ouvrir l’appareil, il faut pousser sur le bouton de gauche, au dessus, qui va se soulever et sur lequel ensuite il faut tirer.

Pas de difficulté majeure pour installer un nouveau film, la bobine réceptrice est large et bien accesible.

Voilà, voilà, nous avons fini le tour de cet appareil.

Que penser de cet appareil .

En l’état, celui-ci est un magnifique presse-livres ou presse-papiers … et je ne compte pas le démonter.

Car ce qui est vexant avec ce type de boitiers, c’est qu’ils sont beaux, superbement finis mais, comme je l’écrivais, inutilement complexes et quasi irréparables.

Maintenant, imaginons un instant que celui-ci fonctionne encore, aurais-je envie de m’en servir ?

Réflexion faite, non. Déjà, je n’aime pas ces demi-objectifs à interchanger, c’est moins facile à utiliser, aussi bons soient-ils.

Ensuite, le poids de l’engin fait réfléchir, près de 900gr nu, ça compte, surtout pour les cervicales.

Enfin, encore une fois, si j’apprécie la qualité de l’ensemble, je ne le trouve absolument pas pratique à utiliser. Trop de contraintes et de choses étranges à manipuler pour que la photographie reste un plaisir avec lui. Si je le compare à un appareil nippon de la même époque (le Miranda Sensorex, le Nikon F, le Pentax Spotmatic), il est très en retard et peu convaincant. D’autant que son prix le réservait à une élite.

L’éternel malentendu entre la Mercedes et la Renault : toutes les deux vous emmènent où vous voulez, assez confortablement, mais la première coute deux fois le prix de la seconde !

Bref, ce peut être un magnifique objet de collection et sans doute quelques esthètes vont-ils l’utiliser avec plaisir, mais pour la pratique photographique, on a fait plus simple et plus efficace.

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Voigtländer Ultramatic
Reflex mono-objectif (reflex)
Film 24 x 36 mm
Armement et avance du film manuelle
Posemètre intégré, accouplé
Contrôle de l’exposition manuelle
Objectif interchangeable Voigtländer Color-Skopar 50 mm f2.8 – f22
Monture d’objectif baïonnette propriétaire
Mise au point manuelle
Obturateur F.Deckel, Munich, Allemagne, central
Vitesses pose B, 1s – 1/500s, synchro flash par câble sur prise PC
Cellule au sélénium
Période de production à partir de 1962 jusque 1965
Quantité de production 35.500
Poids 880 gr

Des références

https://fotobox.over-blog.fr/2016/03/voigtlander-ultramatic.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-21137-Voigtlander_Ultramatic.html , en français ; https://wikiland.org/fr/Voigtl%C3%A4nder_Ultramatic, https://en.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder_Bessamatic_and_Ultramatic, https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=1610, https://everything.explained.today/Voigtl%c3%a4nder_Bessamatic_and_Ultramatic/ , en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/voigtlaender-ultramatic/, https://www.klassik-cameras.de/Voigtlaender_Ultramatic_dt.html, en allemand

Argentique

Un autre réflex Petri, un FTX cette fois.

Préambule.

Comme son confrère, il est en mauvais état. Pas que ces appareils soient foncièrement mauvais mais ils ne sont pas faits non plus pour résister aux brutes qui vident les greniers à la hussarde et tentent de faire fonctionner ce qu’ils ne connaissent pas au marteau, ou presque !

Ceci étant, le miroir bouge et ne reste pas collé mais impossible de le réarmer ni de le déclencher. Je n’ai d’ailleurs pas trouvé d’explications ou manuels pour comprendre mieux la mécanique que j’ai découverte sous la semelle. Qui, soit dit en passant, n’est pas mal faite.

Voici dont une présentation a minima car Petri n’a pas produit tant de réflex que pour en ignorer un.

Un peu d’histoire.

Inutile de reprendre ce que j’ai déjà écrit lors de l’article sur le Penta V, juste resituer celui-ci dans la chronologie des appareils de la marque.

Le Petri FTX, aussi appelé Petri TTL et sous d’autre marque selon les distributeurs (Argus, Kmart, Spiratone, JCPenney entre autres), est apparu sur le marché en 1974.

Pour mémoire, Petri, d’abord connu sous le nom de Kuribayashi Shashin Kōgyō ou Kuribayashi Camera Industry, inc. Japan, avant de devenir Petri Camera Ltd en 1962, a produit de nombreux modèles d’appareils : des folding à ses débuts, puis des compacts, des télémétriques, des TLR et des réflex.

En ce qui concerne ces seuls réflex, le premier fut le Penta (1959) et il sera suivi par quelques autres : Pétri Flex Pétri Flex V (1961), Pétri Flex 7 (1964), Pétri V et VI, Pétri V et VI II, Pétri FT (1967), Pétri TTL, Pétri ETP (1973), Pétri FTX (1974), Pétri FT II, Pétri FT EE, Pétri FT 1000 (1976), Pétri FA-1 (1975), Pétri FT 500 (1976) ), Pétri MF-1 (1977), Pétri TTL-2.

Il y en eut d’autres mais fabriqués par Cosina, l’entreprise ayant fait faillite en 1977.

Si les premiers appareils utilisaient la monture universelle M42, à partir du Penta IV, les Flex et FT utiliseront la baïonnette propriétaire à verrouillage de culasse de la marque.

Même si des adaptateurs ont permis d’utiliser les anciennes optiques, avec perte de certaines fonctions parfois, ils n’ont pas produits beaucoup de nouvelles optiques destinées à la baïonnette nouvelle et ils sont revenus, dès le modèle Petri FTX à la monture en M42.

Ce qui ouvrait un vaste choix de focales, à prix abordables, ce qui correspondait mieux aux appareils et surtout à ceux d’entrée de gamme comme les FT1000/500 ainsi que les boîtiers compacts MFT1000 et Micro MF-1.

De fait, le FTX est une reconduction du Petri FT II de 1967 mais en monture M42. Il y eut quelques variations sur le même thème car les appareils que vous trouverez peut-être ne sont pas forcément identiques à ceux décrit dans le mode d’emploi que vous trouverez sous la rubrique un peu de technique.

Présentation du Petri FTX ou TTL.

Incontestablement, c’est un appareil des années septante, où le métal prime, dedans et dehors.

Lorsqu’on le voit pour la première fois, impossible de ne pas penser aux Praktika. En effet, la carrosserie est très proche avec sa forme rectangulaire assez anguleuse et, surtout, son déclencheur en façade et non pas sur le dessus du capot.

Voyons ça de plus près.

Illustration des différentes parties de l'appareil photo Petri FTX avec des légendes numérotées identifiant chaque élément.
Image d'un appareil photo reflex Petri FTX montrant le boîtier et l'objectif avec des annotations pour les différentes parties comme la prise flash et les réglages de distance.

Sur le capot, à droite, le levier d’armement et d’avance du film ; juste devant, une fenêtre avec le compteur de vue (remise à zéro automatique) ; juste à côté, une grosse molette avec les vitesses, graduée de 1s au 1/1000s, plus pose B et synchro flash au 1/60s. Au milieu, le prisme avec une griffe flash intégrée avec contact de synchronisation, bien qu’il y ait encore une prise PC pour les plus anciens flashs sur la tranche gauche. A gauche, une petite molette pour le réglage de la sensibilité des films, de 25 à 1600Asa et au bout du capot, la manivelle de rebobinage.

Sur la face avant, à droite, sous le nom du modèle, le déclencheur saillant et en dessous, le levier du retardateur (plus ou moins 10 secondes) ; contre le fut de l’objectif, un bouton pour le contrôle du diaphragme. Sur le côté gauche, un rond strié qui est en fait la trappe pour une pile autrefois au mercure mais que l’on peut remplacer par une PX625 alcaline.

Au dos, le viseur et en dessous, le pas de vis pour le fixer sur un trépied et le petit bouton chromé de déverrouillage en fin de film.

Diagram showing the top and back view of the Petri FTX camera, highlighting various components such as the viewfinder, film cassette chamber, sprocket, take-up spool, film rewind button, tripod socket, and manual diaphragm switch.

Dépouillé mais il vous offre le minimum syndical nécessaire.

L’objectif est ici un Petri CC Auto de 55mm ouvrant à f1,8, qui possède cette position Auto – Manuel typique.

Objectif d'un appareil photo Petri avec inscription sur la lentille et reflets visibles.

La marque A (pour automatique), en vert et une marque M (pour manuel) en rouge sont gravées sous l’objectif. Lorsque l’on déplace le commutateur A/M vers la gauche, le diaphragme est réglé en position A, qui est la position normale la plupart du temps. En position A, le diaphragme se ferme à l’ouverture présélectionnée juste avant le déclenchement de l’obturateur et s’ouvre à nouveau après chaque exposition pour une mise au point facile et précise.

Lorsque vous souhaitez utiliser le diaphragme manuel, déplacez le commutateur A/M vers la droite. L’avantage du fonctionnement manuel est que vous pouvez prévisualiser la profondeur de champ et voir dans le viseur la zone de netteté de l’objectif avec n’importe quelle ouverture. Le fonctionnement manuel peut également être obtenu simplement en appuyant sur le bouton du diaphragme.

Diagramme illustrant le fonctionnement du diaphragme automatique sur un appareil photo, montrant trois étapes : 1) mise au point avec le diaphragme ouvert, 2) fermeture du diaphragme avant l'obturation, 3) retour à l'ouverture complète après l'exposition.

L’autre appellation, TTL, du FTX est plus explicite quant au fonctionnement de sa cellule : à travers l’objectif. De fait, deux cellules au CdS à l’intérieur du pentaprisme analyse la lumière passée à travers l’objectif. Un indicateur, en forme d’aiguille, doit se situer au centre d’un autre indicateur en forme de sucette comme l’appellent certains auteurs. Ce second indicateur se déplace en fonction du choix de la vitesse d’obturation.

Assez classique mais déjà un peu dépassé car l’objectif doit être fermé à l’ouverture de prise de vue (le bouton à côté du fut de l’objectif) pour activer le posemètre.

Rien de transcendant mais du classique qui a fait ses preuves.

Que penser de cet appareil ?

Quand ils ne sont pas maltraités, ces boitiers sont de bons appareils écoles, comme les … Praktica.

Son avantage est de proposer une vitesse de 1/1000s et sa cellule en TTL, sans oublier que celui-ci accepte tous les objectifs en monture M42 dont les excellents Takumar, par exemple.

Cependant, ce n’est pas un appareil sexy, plutôt un dur au labeur, avec des limites tout de même,en témoigne mon exemplaire hors service. Que j’arriverai peut être à relancer si je trouve quel engrenage coince !

Point de vue coût, c’est un appareil très abordable. Comptez moins de 50€ pour un exemplaire en très bon état et avec un objectif d’au moins 50mm. De quoi vous payer quelques bobines pour l’essayer.

On a plus l’habitude de voir des Petri sous forme d’appareils compacts, dont d’excellents télémétriques (Petri 7S) mais il y eut aussi quelques réflex, dont celui-ci.

Il n’est pas très courant, sans être rare.

Si vous en trouvez un et que vous cherchiez un appareil école, prenez-le, s’il est en bon état, il ne vous décevra pas.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

ModèlePetri TTL FTX
Format35mm
Introduit en1974
Autres nomsJC Penny SLR 3; Argus STL 1000;  Spiraflex
OrigineJapan
Typeréflex à objectif interchangeable
Construction du boitierMetal
Modes de fonctonnementManuel, assisté par le posemètre
Poids 690 gr,  nu
Sensibilité en ASA 25-1600
Objectif d’origine55mm f1,8
Marque de l’optiquePetri CC Auto
Taille du filtre52 mm
Monture de l’objectifà viser
Taille de la monture42mm
OuvertureMiroir relevé à la visée
Obturateurplan focal horizontal
CelluleCdS, TTL, couplée
VitessesB, 1-1000
Miroirretour automatique
Viseurà prisme à hauteur d’yeux
Pré vision de la profondeur de champoui
Griffeavec synchro au centre
Synchro externeX
Vitesse de synchro flash1/60
Minuteuroui, mécanique
Batterie originalePX 625 au mercure
Batterie de remplacementPX625A, alcaline de 1,5v
Voltage initial1.35v

Des références.

https://camera-wiki.org/wiki/Petri_FTX, https://cameracollector.net/petri-ftx/, https://en.wikipedia.org/wiki/Petri_Camera, https://camera-wiki.org/wiki/Petri_FTX, https://www.pbase.com/cameras/petri, https://camera-wiki.org/wiki/Petri, en anglais ; https://fr.wikiital.com/wiki/Petri_Camera_Company, en français

Note : 1 sur 5.

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Argentique

Le Ricoh Singlex TLS, le Nikon fabriqué par Mamiya

Préambule.

Encore un réflex déniché sur une brocante cette année et laissé dans la caisse des appareils à vous présenter un jour.

Car ce serait dommage de l’y oublier, vous allez comprendre en parcourant l’article. C’est un drôle de phénomène !

De plus, il est en bon état et je me souviens l’avoir enlevé pour un prix très raisonnable. Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est à cause de son objectif que j’ai craqué pour lui. Parfois l’envie se niche dans le détail.

Il a donc rejoint ce jour-là un ou l’autre petits camarades, déjà présentés ou encore à venir.

Bonne lecture.

Un peu d’histoire.

Ah, j’en connais qui vont être content, je vais être bref car j’ai déjà raconté l’histoire de Ricoh dans l’article consacré au Ricoh XR-S.

Seulement préciser que ce modèle fut développé en partenariat avec Nikon mais fabriqué par … Mamiya.

En fait, Ricoh fabriquait d’excellents appareils photo, essentiellement des folding à ses débuts (Riken Adler), puis des compacts (Vest Olympic, Ricolet, Ricoh 500), des télémétriques (Ricoh 35, Ricoh 500 GX) et des TLR (Ricohflex), alors très en vogue.

Mais en 1961, ce qui commence à prendre de l’essor, ce sont les réflex. Or Ricoh n’a pas la capacité à ce moment de consacrer du temps à la recherche et au développement de ce nouvel appareil. Ils s’adressent alors à Nikon, l’initiateur de cet engouement avec son fameux F (1959). Qui les renvoie vers … Mamiya.

Bizarre, bizarre … en fait, lorsque Nikon a développé son modèle F, ils se sont aperçus que cet appareil ne concernerait que les professionnels ou les personnes nanties. Qui ne sont pas légions. Ah, ils avaient bien pensé à un appareil, le Nikkormat, mais il n’était pas encore prêt. Ils avaient bien lancé, en 1960, un Nikkorex 35 mais si c’était bien un réflex, il était à objectif fixe. Pas pratique pour vendre des objectifs en monture F !

Ils se sont alors adressé à un confrère avec qui ils avaient déjà collaboré, Mamiya. Qui développe un Nikkorex F (1962). Chouette Nikon va pouvoir écouler ses optiques et finaliser son Nikkormat FT.

Et Ricoh dans tout ça ? Et bien ils ont fait comme Nikon, ils ont d’abord lancé le Ricoh 35 Flex, un réflex à objectif fixe, puis ils se sont adressé à Mamiya, qui leur a vendu le Nikkorex F. Qu’ils ont eu la sagesse de vendre, d’abord, sous le nom de Sears SL11 (Sears étant un gros vendeur d’appareil et d’accessoires américain), ensuite ils l’ont appelé Singlex et avait donc une monture F.

Enfin, pas tout à fait, car Ricoh a légèrement modifié celle-ci de telle sorte que les vrais objectifs F ne tiennent pas bien. Il faut les objectifs Auto Rikenon que Ricoh a prévu pour ses appareils (comme le 55mm f1.4 de dotation).

Pour s’affranchir finalement de cette monture, ils sont passé à celle de Pentax*, la M42, plus universelle à l’époque.

Le Singlex TLS qui nous préoccupe est en monture M42. Il à été proposé à la vente en juin 21967. C’est lui qui ouvrira réellement la voie des réflex chez Ricoh, qui prendra alors le temps de développer ses propres boitiers.

C’est un appareil que vous retrouverez sous les dénominations de Sears TLS, Kmart Focal 1000 TLX (pour les USA) ; Cavalier, Universa Interflex (pour la France).

*Fait amusant mais peut-être moins connu : Ricoh continue à fabriquer des appareils photo, en plus du GR digital, mais sous la marque Pentax, car ils l’ont rachetée. L’histoire est un cycle …

Présentation du Ricoh Singlex TLS.

C’est un grand reflex, dans la lignée de ce qui se faisait à l’époque. Du costaud, tout en métal, très bien construit et facile à prendre en mains.

Mais commençons par une petite présentation physique de l’engin.

Vu d’au dessus, le capot offre finalement le minimum syndical nécessaire : à droite, le déclencheur avec, derrière lui, le levier d’armement et, à son côté, la fenêtre du compteur de vue (remise à zéro automatique) ; à gauche, une large couronne entoure la molette de rebobinage. C’est essentiellement un mémo. En soulevant la molette, vous ouvrez le dos de l’appareil, classiquement.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo argentique avec des détails en métal, étiqueté "MADE IN JAPAN".

La chambre est classique. L’obturateur un peu moins : c’est un Copal Square S à trois lamelles métalliques qui se déplacent verticalement. Du solide.

Vue latérale d'un appareil photo vintage avec un boîtier noir et argenté, posé sur une surface de travail.

En façade, une roue qui a deux fonctions : celle du réglage des vitesses d’abord, celle du réglage de la sensibilité du film ensuite.

En dessous de cet appendice, le levier pour le minuteur (toujours armer avant de l’activer).

De l’autre côté de l’objectif, un curseur avec une flèche rouge : c’est le bouton pour activer la cellule (ne pas oublier de le remettre à sa place afin de préserve les piles).

Sur la tranche gauche du boitier, deux prises PC pour les flashs : marquées X (synchro qu 1/125s) et M (1/30s) pour les flashs à ampoules.

Vue du dessus d'un appareil photo argentique avec un objectif, montrant les réglages sur le dessus.

Par dessous, le bouton pour déverrouiller le système afin de rembobiner le film, la trappe pour la pile et le filetage pour le trépied.

Et sur cet exemplaire en particulier, l’accessoire porte-accessoire, la griffe du flash synchronisé. Celle-ci est fixée sur l’œilleton de visée.

Au centre donc, le pentaprisme et le viseur, large et confortable. La visée se fait sur un dépoli avec un cercle de dépoli plus fin au centre.

Sur la droite de celui-ci, une aiguille qui se déplace entre deux griffes, l’enjeu consistant à la stabiliser au centre en jouant soit sur la vitesse, soit sur l’ouverture, ou les deux. Cette aiguille est asservie à la cellule au CdS et se déplace lorsque vous relevez le curseur à gauche. Le travail de la cellule est dit TTL, c’est-à-dire qu’elle lit la lumière à travers l’objectif. On peut donc monter des filtres, elle tient compte des modifications de luminosité.

Illustration montrant trois exemples d'exposition photographique : sur-exposition, exposition correcte, et sous-exposition, avec des indications en plusieurs langues.
Croquis du Ricoh Singlex TLS, montrant les principales commandes et caractéristiques de l'appareil photo réflex avec objectif interchangeable.

Enfin, l’objectif. Celui de la dotation de base est un 55mm ouvrant à f2,8, un Auto Rikenon. Celui qui équipe cet exemplaire est toujours un Auto Rikenon mais de f1,8 à f16 sur lequel un pare-soleil métallique est déjà fixé (format des filtres 52mm). Il existe aussi un Auto Rikenon de 50mm ouvrant cette fois à f1,4. Le diaphragme est à présélection automatique ou à réglage manuel couplé à la cellule.

Gros plan d'un objectif de caméra avec des réglages de mise au point, sur un fond flou d'un bureau.

Un appareil très classique du début des années soixante.

Que penser de cet appareil ?

Comme je le précisais ci-dessus, c’est un appareil classique de son époque.

Etant donné la suite chez Ricoh, plus sophistiquée, cela me fait penser que tout comme le Nikon dont finalement il est issu, c’est un appareil de transition, sans grande envergure, solidement construit, avec ce qu’il faut, mais sans plus.

Est-ce pour cela un mauvais boitier ? Que nenni, ne me faite pas dire ce que je n’ai pas écris. C’est un appareil agréable et qui tient le coup malgré le temps qui est passé et qui continue son chemin …

Honnêtement, je le classerais dans ceux que j’appelle les appareils école : pas de superflu, juste l’utile pour apprendre à faire des photos en comprenant ce que l’on fait et pourquoi.

Son grand avantage est aussi d’utiliser une monture qui vous offre un vaste panel de cailloux dont certains sont excellents, en japonais, en russe, en allemand. Vous aurez l’embarras du choix à des prix souvent encore intéressants.

Bref, un Ricoh-Nikon-Mamiya, soit la réunion en un seul objet de ce qui se faisait de très bien dans ces années-là. A tenter.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Ricoh, modèle Singlex TLS
  • Introduit en 1967, Japon
  • Type SLR
  • Cellule au CdS TTL, indication dans le viseur par aiguille
  • Plage ASA 10-800
  • Objectif de base : Auto Rikenon de 50mm ouvrant à f1,4
  • Taille du filtre : 55 mm
  • Monture d’objectif M42, visante
  • Obturateur à plan focal vertical, métallique
  • Vitesses de 1s à 1/1000s plus pose B, retardateur de 10 sec.
  • Griffe flash en accessoire
  • Miroir à retour instantané
  • Batterie 625PX de 1.35v
  • Poids nu 760 gr

Des références.

https://www.mes-appareils-photos.fr/Ricoh-Singlex-TLS.htm, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-11187-Ricoh_Singlex%20TLS.html, https://photoklub.com/ricoh-de-la-photocopie-a-la-photo/, en français ; https://vintagecameradigest.com/2025/07/01/the-ricoh-singlex-tls/, https://camera-wiki.org/wiki/Ricoh_Singlex_TLS, https://cameracollector.net/ricoh-singlex-tls/, https://austerityphoto.co.uk/the-ricoh-thats-a-nikon-made-by-mamiya-welcome-to-the-ricoh-singlex/, en anglais

Note : 1 sur 5.

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Argentique

Un reflex moins connu, le Ricoh XR-S

Préambule.

Souvent le hasard fait bien les choses car ce Ricoh, cela faisait un moment que je le cherchais. En fait depuis l’article sur le Canon Prima Sol, le premier appareil photographique à fonctionner uniquement à l’énergie solaire (1995) alors que celui-ci, auquel je faisais allusion, utilisait aussi l’énergie de notre bon vieux soleil, mais pas que !

Et, mea culpa, il était resté dans ma boîte des appareils que je dois encore vous présenter, depuis un petit moment déjà.

Comble de l’ironie, c’est par un temps particulièrement gris et sombre que je vais commencer à vous le décrire.

Un peu d’histoire.

Les grands acteurs japonais de la photographie ont souvent été soit des opticiens, comme leurs homologues allemands, soit actifs dans le domaine de l’électronique avant de développer leurs activités dans la photo. Ricoh, lui, a commencé par le … papier.

L’Institut de Recherche Riken, Institut de Recherche Physique et Chimique a créé en 1927 l’entreprise Rikagaku Kogyo pour commercialiser le produit de ses recherches, notamment dans le domaine des papiers sensibilisés. En 1936, la division papier est scindée pour devenir Riken Kankoshi Co., Ltd, le précurseur de Ricoh. Sous la direction de Kiyoshi Ichimura, la société se développe bien et introduit pas mal d’innovations.

Par exemple, dans les années ’50, Ricoh est la première entreprise au Japon a introduire un système de convoyeur à bande pour la fabrication des appareils photo, ce qui augmente considérablement la capacité de production. Elle atteint 10.000 unités par mois contre moins de 1.000 unités dans l’industrie photographique plus artisanale de l’époque. Cette capacité permettait de garantir des prix plus abordables tout en gardant un seuil de qualité élevé. Un bel exemple fut la production du Ricohflex Modèle III qui sera adopté par une majorité de Japonais cherchant un bon appareil (on estime que cet appareil a atteint plus de 50% des ventes nationales à son apogée).

Photo en noir et blanc d'une usine avec des assemblages de caméras Ricoh, montrant des travailleurs en train de monter des appareils photo sur des tables de travail.

Ricoh reçu le prestigieux prix Okochi Memorial Prize Production en 1957 pour sa capacité de production élevée et rigoureuse.

En 1960, Ricoh inaugure sa nouvelle usine de Numazu, celle destinée à la fabrication de papier. En 1962, celle-ci s’agrandit pour installer une production intégrée de papier sensibilisé, une première mondiale.

Se voulant toujours être dans pionnier dans l’innovation, en 1960, l’entreprise lance le Ricoh Auto 35, un appareil photo automatique avec une cellule au sélénium. En 1962, il propose le Ricoh Auto Half, un demi-format entièrement automatique très compact qui possédait en plus un moteur sous forme d’un ressort, le tout dans un format guère plus grand que celui d’un paquet de cigarettes.

Le nom de Ricoh Company Ltd. devient le nom officiel de l’entreprise en 1963.

Vous aurez remarqué que je ne cites pas toutes les autres avancées de Ricoh en terme de photocopieurs, mais il y en eut un paquet. Ils furent aussi très actifs dans le domaine de l’électronique et de l’informatique. Ainsi ils proposèrent en 1971 le premier ordinateur de bureau, le Ricom 8.

Ils continuent à développer des appareils photo mais vous aurez compris que ce n’est pas leur activité de cœur business comme on dit, mais ils restent très présents et attentifs aux évolutions.

Ils ont par exemple développé leur premier appareil digital en 1995, le Ricoh DC-1.

Au niveau des appareils argentiques, nous l’avons vu, ils ont développé des TLR avec la gamme Ricohflex, des compacts télémétriques avec les Ricoh 35 ; puis des compacts très compacts avec télémètre comme le Ricoh 500G ; des reflex avec la gamme des Ricoh KR ( Ricoh KR 5) et XR avec monture K, sans oublier quelques collaborations comme avec Olympus pour le Ricoh Miraï, ou avec Nikon pour le Ricoh Singlex (mais fabriqué par Mamiya) avec monture F ou en monture M42 (Ricoh Singlex 2) ; des compacts innovants comme le FF-70, d’autres ultra fins comme le Ricoh R 1. Et ne passons pas à côté du GR, toujours d’actualité en digital de nos jours.

De fait, Ricoh Co Ltd est une entreprise très diversifiée, qui offre du matériel d’impression, des réseaux de gestion de l’information, des photocopieuses, des centraux téléphoniques, etc. Elle produit aussi des circuits LSI et d’autres composants électroniques sophistiqués.

Il est donc logique que Ricoh ait mis sa technologie au service de la photographie.

Bref, si la marque ne s’est plus trop engagée dans le domaine des boitiers photographiques, hormis donc le GR qui en est à sa quatrième itération digitale, elle a quand même toujours été parmi les entreprises innovantes. Nous allons encore le découvrir avec le réflex qui nous préoccupe aujourd’hui.

Présentation du Ricoh XR-S.

De prime abord, c’est un réflex classique, très classe dans sa robe noire, ce qui fait bien ressortir le nom du modèle, en lettres blanches et rouge, soulignées d’un trait rouge.

Puis, quand on y regarde de plus près, sur le prisme, au dessus du nom Ricoh, trois petits mots interpellent : solar battery system .

Et c’est là qu’on se rend compte que sur les deux faces du prisme il y a effectivement des mini-panneaux solaire !

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo Ricoh XR-S, montrant le levier d'armement, la roue de sélection des vitesses et les panneaux solaires.

Mais n’allons pas trop vite, commençons par la présentation du tout.

Sur le capot, à droite, un levier d’armement moderne ; à son côté, le compteur de vues qui revient automatiquement à zéro ; devant lui, la roue de sélection des vitesses, de 15s à 1/1000s, avec une synchro flash au 1/125s, une pose B, une position L pour lock (fermer) et une position A, pour automatique. Un minuscule petit bouton marqué d’un point vert sert à déverrouiller la roue pour changer les positions.

Vue supérieure d'un appareil photo Ricoh XR-S montrant le système de batterie solaire, la molette de sélection des vitesses et le bouton de déverrouillage.

A gauche, une roue encercle la manivelle, utile lors du rebobinage et pour ouvrir la porte arrière de l’appareil. Cette roue a une double fonction : indexer la cellule de la sensibilité, en Asa (de 12 à 1200Asa), et permettre une correction d’exposition de -2 à +2. Le tout aussi minuscule bouton Self sert à lancer le retardateur.

Gros plan sur le sélecteur de sensibilité ASA d'un appareil photo reflex Ricoh XR-S, en métal noir avec marquages clairs.

Sur la face avant, sous le nom, un levier pour activer la cellule et à côté du nom, un second levier pour le contrôle de la profondeur de champ (encore rare à l’époque sur des appareils dits grand public)

Sur la droite toujours, contre le fut d’objectif, le bouton pour débloquer la monture de l’objectif en monture K.

A gauche, autour du fut de l’objectif, le bouton du dessus sert à verrouiller l’AE et, en dessous, la prise synchro pour les anciens flashs. Pour les flashs modernes, la griffe est munie d’un contact au centre pour la synchronisation.

Gros plan sur le boîtier d'un appareil photo reflex Ricoh XR-S, mettant en avant le détail du porte-objectif et des commandes en relief.

A l’arrière, rien de spécial à part deux boutons qui raviront les Lomographistes car ils permettent de faire des surimpressions.

La semelle porte le filet pour fixer un trépied, le cache pour les piles (2LR44) et les engrenages pour la motorisation si on y ajoute un Winder. Les 2 LR44 doivent se placer le plus vers le bas dans le compartiment.

Vue du dessus d'un appareil photo Ricoh XR-S, mettant en avant le levier d'armement, le compteur de vues et la roue de sélection des vitesses.

Tout est résumé ci-dessous.

Au delà de cette énumération presque à la Prévert (je n’ai pas trouvé le raton laveur !), découvrons ce qui se cache là-dessous.

D’abord que le boitier est basé sur le XR-7, sorti en 1982. Lui aussi conçu pour la baïonnette K, il possède un obturateur géré électroniquement (d’où les 2 piles de 1,5v). Il propose des vitesses identiques à celles reprises par le XR-S, l’automatisme à priorité ouverture. Le bouton à l’avant (11) permet de visualiser la vitesse choisie par l’automatisme sur le bord droit du viseur. La compensation d’exposition, le verrouillage de l’exposition (AE) sont là aussi, la surimpression itou. Tous ces éléments seront repris donc dans le XR-S.

A cette longue liste s’ajoute la technologie embarquée de l’énergie solaire : les deux cellules rechargeaient une batterie S capable de tenir 5 ans. Il sera le premier reflex à utiliser l’énergie des minis-panneaux photovoltaïques pour alimenter le circuit de mesure. En cas de manque de soleil (ou de lumière forte), voire de défaillance de la batterie S (ce qui risque d’arriver après 45 ans !), les 2 piles de 1,5v prennent le relais et désactivent le circuit solaire.

Nous avons donc un reflex moderne avec son obturateur piloté par quartz, une AE priorité à l’ouverture, et ce que vous avons découvert du XR-7, plus un viseur à cristaux liquides multi-informations.

Il y aura un modèle plus récent, le Ricoh XR Solar (1994), mais c’est un appareil photo sans lien de parenté finalement, fabriqué en Chine par Cosina, et qui ne dispose pas de l’exposition automatique.

Appareil photo reflex Ricoh XR-S, en finition noire avec des éléments fonctionnels visibles comme le levier d'armement et le nom du modèle.

Notez qu’il a existé aussi un XR-2s (1972) qui n’a rien à voir avec une éventuelle succession de celui-ci puisque antérieur à ce modèle.

Que penser de cet appareil ?

Vous le savez, j’aime bien les appareils noirs et je trouve celui-ci particulièrement agréable à l’oeil. Le boitier est agréable à tenir en mains, pas trop lourd et toutes les commandes tombent bien, exceptés le minuscule bouton pour engager le retardateur (Self) et l’aussi minuscule bouton à point vert pour modifier la position des vitesses.

Si les cellules solaires ne servent plus à rien car je n’ai pas la batterie S d’origine, j’ai mis deux LR44 communes dans l’appareil.

Et là vous comprendrez ma frustration car impossible de déclencher et le miroir reste bloqué en haut. Je pense que c’est une question de contact car, ayant enlevé la semelle, j’ai pu ré armer mais impossible de déclencher, alors que le retardateur émet son signal caractéristique (preuve que les piles sont bien mises et fonctionnelles). C’est dommage.

Ceci étant, si vous en trouvez un en pleine forme, préparez u billet de 50€ pour vous faire plaisir, et vous ne le regretterez pas, le boitier a des arguments à faire valoir : il est assez complet, agréable et facile à prendre en mains et, ce qui est toujours important, pour moi, il sort des sentiers archi battus en assurant des prestations dignes des autres marques de l’époque.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi multi-lingues, c’est par ICI.

  • Type : reflex 35mm avec obturateur automatique à contrôle électronique du plan focal
  • Obturateur : obturateur métallique à mouvement vertical à commande électronique, automatique de 16 à 1/1000s ; manuel de 16 à 1/1000s, piloté par Quartz Control (uniquement manuel) plus pose B. Verrouillages d’obturateur en position L (lock = fermé)
  • Viseur : le champ de vision couvre 93 % horizontalement et verticalement ; grossissement de 0,88X (avec objectif 50mm f/1,4) ; affichage par écran LCD (Liquid Crystal Display) : compensation d’exposition – B – Manuel – surexposition et sous-exposition – indicateur de vitesse d’obturation (clignote en verrouillage AE) – avertissement batterie (quand la batterie est presque épuisée) – lumière LED prête à clignoter – numéro de stop
  • Posemètre : Photodiode au silicium TTL à pleine ouverture SPD (photodiode au silicium) pour la mesure pondérée au centre
  • Plage de vitesse du film : ASA 12-3200
  • Réglage d’exposition : Système d’ajustement d’exposition ( + 2 – – 2, par incréments d’1/3)
  • Système de verrouillage AE (mémoire)
  • Retardateur automatique : délai de fonctionnement de 10 secondes ; pendant le fonctionnement, la lumière LED rouge clignote et émet un bip
  • Source d’alimentation : les minis-panneaux solaires rechargent la batterie de stockage (Batterie-S, tension de sortie des cellules photovoltaïques de 3,5v)
    Autres piles utilisables : deux piles SR-44 1,55V oxyde d’argent, ou deux LR-44 ; piles alcalines 1,5V
    Autres fonctionnalités : Multi-exposition, levier de prévisualisation
  • Objectif Rikenon 50mm f2 (diam. filtre 52mm)
  • Dimensions nu : 136 x 89 x 51mm
  • Poids nu : 475gr
  • Produit : 1981 – 1990

Des références.

https://bromurefilm.com/products/ricoh-xr-s, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=15196, https://focusargentique.fr/appareils-photo/ricoh/, https://www.ricoh.be/fr/a-propos-de-nous/entreprise/histoire/, https://www.ricoh.com/about/history, en français ; https://kameramuseum.de/objekte/ricoh-xr-s-mit-solarzellen/, en allemand ; https://mailch.blogspot.com/2012/02/users-review-ricoh-xr-s-35-mm-film.html, https://camera-wiki.org/wiki/Ricoh_XR-S, en anglais ; https://www.ricoh-imaging.co.jp/japan/products/ricoh-filmcamera/cameralist/XR-S.html, en japonais

Argentique

Un Petri Penta V2 qui a connu des jours meilleurs.

Préambule.

Cet appareil provient d’une dame qui voulait faire un peu de place dans ses placards et qui m’a demandé de le lui vendre.

Hélas, si j’ai pris l’appareil, j’ai dû lui montrer que le pauvre ne fonctionnait plus : miroir bloqué en haut, impossibilité d’armer et de déclencher, perte de sa plaquette d’identification sur le prisme et pastille sur le levier d’armement. Elle a convenu qu’il n’avait pas été préservé de la meilleure manière mais il l’avait accompagnée lors de ses voyages et il représentait un brin de nostalgie, remisée dans ses albums.

Si j’ai déjà eu des Petri, je ne connaissais pas ce modèle. Donc, même en panne, je peux en faire le tour et essayer de vous le présenter.

Un peu d’histoire.

Les entreprises japonaises ne sont pas toujours aisées à retracer car elles avaient la fâcheuse idée de changer régulièrement de nom et surtout parce qu’elles étaient souvent de petites sociétés plutôt artisanales. La plupart ont aussi commencé en vendant des articles destinés à la photographie, voire en vendant les appareils d’autres marques, avant de se lancer elles-mêmes dans la construction et la vente de leur propre matériel. Si leurs débuts semblent avoir été difficiles, les années cinquante et soixante ont vu leur âge d’or. Les plus fortes, financièrement et de par leur avance technologique, ont abordés l’industrialisation de leur production dans les années septante et celles-là ont survécu. Tant d’autres ont disparu, malgré leurs qualités, leurs approches particulières (parfois trop) et – c’est d’ailleurs là un paradoxe – certaines par leur obsession de la qualité (Miranda, Petri, Beauty, Bronica, Kowa, Minolta, Neoca, Taron, par exemple).

Kuribayashi Seisakusho fut l’un des premiers noms de Petri. Fondée en 1907 par Kuribayashi Yōji, elle fabriquait des trépieds et des boites noires. D’aucuns prétendent que sa véritable date de naissance serait 1918. Ses premiers bâtiments étaient situés à Shitaya (Tokyo).

Toujours est-il qu’elle commence à vendre des appareils photo en 1919 (les mêmes disent 1922, allez savoir !). Ceux-ci seront distribués par Minagawa, qui aurait choisi leur nom, des First. Leur premier appareil aurait été le Speed Reflex, un appareil à plaque grand format qui était fabriqué sur mesure, avec une grande variété d’objectifs et/ou d’obturateurs (un peu comme le Gaumont Spido Reportage).

En 1930, la société devient Gōshi-gaisha Kuribayashi Shashin Kikai Seisakusho (ouf !). Elle produit toujours des appareils baptisés First : des appareils pliants en 4,5×6 comme le Semi First, des 6×6 comme le First Six, des 6×9 comme le First Roll, des TLR en 6×6 comme le First Reflex. Ces appareils sont vendus comme fabriqués par First Camera Works, sans doute une autre idée marketing de Minagawa (qui repris les noms après la guerre pour des appareils fabriqués par Tokiwa Seiki).

Difficile de dire ce que faisait l’entreprise pendant la Seconde Guerre Mondiale. On sait juste que son usine et ses bâtiments administratifs situés à Shitaya (Tokyo) furent détruits lors d’un bombardement allié en 1945. Il lui restait une usine à Adachi (Tokyo).

Elle change de statut et de nom en 1949 et devient K.K. Kuribayashi Shashin Kikai Seisakusho avec un nouveau siège social à Chiyoda, toujours près de Tokyo. Elle en profite pour ne pas renouveler sa coopération avec Minagawa (qui garde ses First). Dès lors il lui faut trouver une autre marque. Elle choisi les noms de Karoron et Petri pour désigner ses nouvelles gammes : la première concerne des appareils pliant d’entrée de gamme et la seconde, son premier TLR, le Petriflex.

Commencent alors les années cinquante, qui voient la sortie du premier appareil en 35mm, le Petri 35 en 1954 et son premier reflex, le Petri Penta en 1959.

Ce premier reflex était plutôt compact, plus que les Nikon et Minolta de l’époque. Bien construit, il utilisait la monture M42 de Pentax. Le viseur était très lumineux, avec un écran de Fresnel, et au centre, un astucieux sitgnomètre à coïncidence en rectangle, qui permettait une mise au point rapide et facile. Le déclencheur n’était pas posé sur le capot mais en façade, comme sur les Praktica.

Mais sa vitesse était limitée au 1/500s et il ne possédait pas de prisme amovible et interchangeable, son objectif de dotation était un 50mm f2 très classique. Il ne sera jamais destiné au monde professionnel mais bien aux amateurs exigeants

1956, nouveau changement de nom : Kuribayashi Shashin Kōgyō K.K.

Finalement, comme d’autre avant elle, elle optera pour le nom de ses produits qui lui assuraient ses rentrées financières et la reconnaissance. En 1962, elle devient Petri Camera KK.

Le Petri 7S Circle-Eye System, à télémètre couplé et cellule au sélénium sort en 1963. Il est très bien construit et sera utilisé régulièrement par des professionnels dans les années soixante. Il sera suivi par un Petri 7S 2 en 1966, toujours télémétrique et cellule au sélénium. On les reconnait rapidement, grâce à la lueur verdâtre de leur viseur.

Vue d'un appareil photo Petri 7S posé sur un bureau avec un fond flou, montrant ses détails et son design distinctif.

Toujours au rayon des compacts, en 1968, ils sortent le Petri 35, un magnifique petit appareil qui n’est pas sans rappeler le Rollei 35.

L’entreprise innove aussi et elle présentera un Petri Computor 35 en 1970 : télémétrique avec cellule au CdS couplée qui pouvait rivaliser avec les Electro 35 de Yashica.

Hélas, en 1977, l’entreprise fait faillite. S’ils fabriquaient de bons appareils, ils restaient toujours un peu à la traine au niveau innovation et, surtout, les entrées financières ne leur ont pas permis de passer à l’automatisation nécessaire pour la production de masse. Pourtant, les ouvriers et employés y croyaient : ils ont racheté l’entreprise, rebaptisée Petri Koguyo KK, qui a encore tenu quelques années. Leur dernier appareil fut le Petri MF-1, un réflex qui avait un gros défaut à la fin des années septante : sa monture était toujours la M42, incompatible avec les progrès de l’automatisation électrique et électronique des appareils de ces années-là. Et ne parlons pas de l’autofocus qui pointait le bout de son nez …

Pourtant quelques réflex Petri MF ont continué à être produit mais ils étaient fabriqués par Cosina.

La partie photographique de la société fut finalement rachetée par le groupe britannique Dixon en 1980, qui garda la marque comme marque interne encore quelques temps, puis celle-ci disparu.

Aujourd’hui, Petri Kogyo KK fabrique des télescopes.

Revenons un instant sur les réflex Penta : les premiers utilisaient la monture universelle M42 mais ensuite ils sont passé à une monture propre, dite à culasse : l’objectif se verrouille avec une baïonnette et un cercle métallique qui vient fixer le tout. La monture est munie d’un ergot, qui doit se positionner au centre haut de la platine, ce qui oblige bien souvent à maintenir l’objectif à la verticale pour qu’il tombe juste.

En outre, s’il y eut bien quelques réflex qui proposaient le 1/1000s, la technique d’arbre de transmission utilisée pour armer l’obturateur, lever le miroir et faire avancer le film d’une vue. Ce système, complexe, nécessitait sans doute trop de pièces et les appareils ne tenaient pas la vitesse du 1/1000s annoncé. Ils se sont donc limités au 1/500s.

Présentation du Petri Penta V2 ou Petri Flex V (USA).

Le premier Petri Penta a donc vu le jour en 1959. Relativement compact, son design était assez séduisant. Il propose une monture en M42, des vitesses de 1/2s jusque 1/00s plus pose B. Une vitesse de synchronisation du flash au 1/45s mais pas de griffe flash, sauf en option et pas de retardateur. Attention, il faut arrêter soi-même l’ouverture de l’objectif à la prise de vue.

Son successeur sera le Petri Penta V en 1960. Ce qui le différencie de son prédécesseur, c’est une monture désormais à baïonnette à verrouillage par la culasse, la fermeture automatique des objectifs à ouvertures prédéfinies, un obturateur qui va jusqu’au 1/1000s plus pose B, synchro flash toujours au 1/15s et un minuteur de +/+10secondes.

Et puis vient l’appareil qui nous occupe aujourd’hui, le Petri Penta V2 ou Petri Flex V au USA de 1961. Il propose les mêmes particularités que le Penta V sauf qu’il retrouve un obturateur limité au 1/500s, pour les raisons que nous avons vues ci-dessus.

Son design reste soigné avec cette bande de simili cuir sur le pentaprisme, qui sert à éviter les griffes si on monte une griffe flash (fixée sur l’œilleton de visée) et ce petit V en jaune vif, qui attire l’œil (bon, sur le mien, il est parti, zut !).

Vue de dessus d'un appareil photo vintage avec plusieurs réglages et une lentille métallique.

Il garde le verre de mise au point particulier avec son écran de Fresnel et le sitgnomètre rectangulaire qui fait son charme et sa facilité de mise au point. Sur certains appareils, le nom Petri est d’ailleurs gravé en bas à droite du verre (pas sur le mien, rezut !).

Trois illustrations montrant les principes du verre de mise au point Fresnel et les images à diviser, avec des annotations indiquant 'Erroné' et 'Correct'.

Outre la particularité de son arbre de transmission, l’appareil présente quelques subtiles astuces, comme le sélecteur du flash sur le capot, à gauche (FP = flahs à ampoules ou X = flash électronique), un joli compteur de vue sous verre rond, et – au bout du capot – un trou fileté pour y fixer soit une cellule autonome ou une griffe porte-accessoire (flash y compris).

S’il a toujours la baïonnette propriétaire, il existe aussi une bague d’adaptation pour y fixer des objectifs en monture M42 (une manière de ne pas se fâcher avec les propriétaires des anciens Penta qui ont investi dans des optiques).

Pour ouvrir le dos de l’appareil, il faut soulever une languette sur la tranche gauche pour libérer le verrou. Le dessin particulier de ce verrou facilité les choses car on peut saisir le bord avec le bout des doigts.

Vue latérale d'un appareil photo argentique avec un objectif en métal, posé sur un bureau.

Revenons au capot de l’engin : à droite, le sélecteur de vitesses et à sa droite encore, le levier d’armement.

Gros plan sur la molette de réglage de la vitesse d'obturation d'un appareil photo, indiquant différentes vitesses allant jusqu'à 500, avec une marque rouge sur 60.

En dessous, une pastille rouge marquée d’un S très stylisé. Puis, en façade, le déclencheur incliné, très typé Praktica mais toujours idéalement placé (enfoncer vers soi le déclencheur évite les flous de bougé dus à l’appui sur le déclencheur du dessus). Sous ce dernier, le levier du retardateur et son petit bouton de lancement.

Appareil photo vintage avec un objectif, posé sur un bureau près d'un clavier d'ordinateur.

Sur la face gauche, juste la prise PC pour le flash et tout en dessous, une plaquette d’identification notée Petry Penta V Color Corrected Super puis, en tous petits caractères, le nom de l’entreprise.

Gros plan sur un appareil photo vintage avec une étiquette noire portant les mots 'PETRI PENTAX COLOR CORRECTED SUPER'.

La semelle ne nous réserve que le filetage pour la fixation d’un trépied et le petit bouton pour débrayer le film lors du rebobinage de celui-ci.

L’objectif est un Petri Orikkor CC (color corrected lens, en rouge) de 50mm ouvrant à f2. Rien de bien étrange si ce n’est la bague, en fonds, qui permet d’ouvrir ou de fermer le diaphragme. En fait, lorsque vous allez composer votre image, vous mettez cette bague sur la position Auto et de ce fait, l’objectif travaille à sa plus grande ouverture. Mais lorsque vous allez prendre la photo, vous devez remettre la bague sur la position Manuel et l’objectif se remet à la valeur d’ouverture que vous avez choisie. Il faut reconnaître que le système, présenté ici comme une exclusivité, était déjà un peu dépassé chez les concurrents.

Gros plan sur un objectif d'appareil photo avec des étiquettes de réglage en mode manuel et automatique.

Que penser de cet appareil ?

Hélas, comme le reste de la production des Petri, il n’est pas en avance sur son temps. Rappelez-vous, en 1959 sortait aussi un certain Nikon F qui allait révolutionner l’univers des reflex.

Rien de tel ici.

De plus, comme je le signalais au début, cet exemplaire a connu des jours meilleurs. J’ai d^refixer le levier d’armement qui avait perdu sa couronne et avait la fâcheuse tendance à vouloir s’en aller tout seul.

Ensuite, comme il était bloqué, j’ai eu la bonne vieille idée d’ôter la semelle, pensant naïvement pouvoir le relancer sans difficultés. Ben non, car même si je crois avoir compris le fonctionnement de l’arbre de transmission et ses interactions, il me faut toujours armer deux fois pour que j’entende le miroir se relever et l’obturateur se mettre en position de déclenchement. Ce qui n’est pas normal.

Enfin, le rideau en caoutchouc est tout plissé. Il se déplace lors de l’armement et le déclenchement mais je doute de sa totale opacité à la lumière.

Je crois que je tiens là un beau serre livre, suffisamment lourd (885gr avec l’objectif) que pour les tenir en place.

Faut-il en chercher un ? Pour de la collection pure, pourquoi pas, ils n’ont pas été produit à des quantités astronomiques et participent de l’histoire de la photographie nippone. Pour l’utiliser, j’ai des doutes car il est limité et moins pratique que d’autres, notamment à cause de sa monture propriétaire qui limite l’accès aux objectifs, difficiles à trouver.

Si jamais vous en trouviez un en bon état, fonctionnel et avec au moins un objectif de 50mm, ne dépensez pas plus de 40€ pour l’acquérir.

Qu’en pensez-vous ?

Des exemples de photos prises avec cet appareil ICI.

Vidéo d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Fabricant : Kuribayashi
Modèle : Petri Flex V
Année d’introduction : 1961
Format film : 35mm
Objectif : baïonnette Petri
Obturateur : plan focal mécanique horizontal
Minuteur : oui
Vitesses d’obturation : 1/2 – 1/500s, plus pose B, synchro flash 1/45s
Armement : levier à course longue
Compteur de vues : remise à zéro automatique
Viseur : pentaprisme
Écrans de mise au point : Fresnel, stignomètre à coïncidence de forme rectangulaire

Des références.

https://camera-wiki.org/wiki/Petri_Penta, https://en.wikipedia.org/wiki/Petri_Camera, https://beyondtheaperture.com/2023/02/review-petri-v-vi-petri-v6-135-35mm-film-camera/, https://mikeeckman.com/2016/06/petri-flex-v-1961/, https://www.pentax-slr.com/181841703.html, https://vintagecameradigest.com/petri-kuribayashi-flex-v/, https://mikeeckman.com/tag/petri/ (pour découvrir d’autres produits Petri), en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-20750-Petri_Petri%20Flex%20Penta%20V2.html, en français

Argentique

L’improbable Agfa Flexilette

Préambule.

C’est bien évidemment sur une brocante que je l’ai trouvé mais cela fait un long moment qu’il est dans ma caisse des appareils à vous présenter.

Pourquoi ai-je attendu alors que c’est un appareil que j’ai longtemps cherché ? Sans doute parce que je craignais la longueur de l’article à lui consacrer, car, il faut bien l’avouer, cet appareil fait partie des curiosités de l’histoire des appareils photo, vous verrez.

Ceci étant, il est en parfait état, dans son sac-tout-prêt impeccable.

Alors, allons-y, lançons-nous dans sa présentation …

Un peu d’histoire.

Si on parle souvent – à juste titre – de Kodak dans le milieu de la photographie, ils ne sont pas les seuls à avoir débuté dans les années 1800. Agfa fait partie de ces entreprises qui ont traversé les siècles.

Tout commence en 1867 lorsqu’une usine de colorants s’établit près de Berlin (Allemagne). En 1873, elle s’enregistre sous le nom de Aktien-Gesellschaft für Anilin-Fabrikation, AGFA en résumé (Société anonyme pour la fabrication d’aniline), une teinture dans les bleus très utilisée dans la fabrication de tissu coloré.

Un peu plus loin, à Anvers (Belgique), en 1890, un photographe, Lieven Gevaert ouvre une boutique de photographie avec sa mère, veuve et qui faisait vivre la famille grâce à sa petite entreprise de fabrique de papier. Il se rend très vite compte que son papier photographique est couteux et qu’il dépend de l’étranger pour en bénéficier. Il décide dès lors de le fabriquer lui-même (il a un diplôme en chimie) et crée son propre atelier de fabrication de papier calcium destiné à la photographie. Il fonde une société en Commandite, la L. Gevaert & Cie. Le succès de son papier est énorme et les photographes amateurs achètent en masse le papier et les fournitures (chimie). De fait, le trait de génie de Lieven Gevaert fut de croire au papier plutôt qu’aux plaques, très en vogue à l’époque, mais fragiles et difficiles d’emploi, alors que le papier est fabriqué industriellement, sa durée de conservation est garantie, l’équipement nécessaire pour le photographe était simple et les ventes pouvaient se faire via un réseau de distribution.

Boîte de papier photographique sensibilisé Gevaert, avec des instructions d'utilisation, fabriquée en Belgique.

Agfa sort en 1892 un révélateur qui va traverser le temps, le fameux Rodinal.

En 1894, sous l’impulsion d’Armand Seghers, avec un capital de 20.000 francs belge (à peine 500€), l’entreprise devient une société anonyme, la L.Gevaert & Cie.

A peine un an plus tard, la société annonce la création de sa première filiale à l’étranger. Elle rachète la société parisienne Blue Star Papers qui introduit un nouveau papier gélatine.

Elle entame le nouveau siècle en déménageant d’Anvers vers Mortsel, dans des locaux bien plus grands (1904). Petite particularité de l’entreprise : les employés sont autorisés à participer aux bénéfices de l’entreprise ! Lieven Gevaert est un visionnaire et compte beaucoup sur la recherche et le développement de nouvelles idées. Il déposera de nombreux brevets pour ses inventions, comme celle, en 1919, qui consiste à créer une langue dans la pellicule pour insérer plus facilement le film dans les bobines (l’amorce).

L. Gevaert & Cie continue son expansion. En 1920, elle s’appelle désormais Gevaert Photo Producten N.V.

Dès 1916, Agfa a développé des produits pour la photographie couleur. Le Dr. Rudolf Fischer (Berlin) était un pionnier de la couleur et Agfa a toujours amélioré celle-ci, notamment pendant les années vingt jusqu’à aboutir, dans les années 1930 a produire l’Agfacolor-Neu (1936). Pour la première fois, un seul film, une exposition unique et un seul processus de développement suffisaient pour la photographie couleur générale. 278 brevets ont protégés ces découvertes majeures !

Depuis le début du siècle, Agfa est un acteur majeur de l’industrie cinématographique, en fournissant des films et des projecteurs pour les salles de cinéma.

Jusque là, Agfa n’avait pas produit d’appareils photo. C’est suite au rachat de Rietzschel en 1925 qu’il va en fabriquer et vendre. Elle commence par marquer les produits Rietzschel de son fameux losange.

Finalement, le premier appareil conçut par Agfa, le Standard (appareil à plaque de verre), voit le jour en 1926 et en 1927 le sigle Rietzschel disparaît définitivement des productions.

Appareil photo reflex Agfa Standard, modèle ancien avec un châssis repliable, en cuir noir et accessoires visibles.

En 1928, Agfa présente son premier appareil photo à film en rouleau, l’Agfa Billy, qui sera commercialisé aux USA par Ansco.

Puis, en 1930, sort le premier Agfa Box 6 x 9 qui utilisait le film 120. L’année suivante il vend le Box 44 pour 4 Reichsmarks seulement. Comme Kodak, il compense plus que largement ses pertes sur cet appareil grâce à ses ventes de films 120. Agfa produira des Box jusqu’en 1958 (Agfa Synchro Box)

En 1938, Agfa propose un papier couleur et un film de cinéma amateur en 16mm couleur. Il lance la série des appareils Karat et la première tentative de chargement rapide grâce à la cartouche du même nom.

Appareil photo Agfa Karat, vue de face, avec un design vintage, situé sur une surface réfléchissante.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Agfa améliore ses appareils d’avant-guerre puis produit un nouvel appareil 35 mm, la Solinette.

Agfa fabrique aussi des films à rayons X, assez récemment découverts, En 1947, il lance de nouveaux produits, avec une sensibilité plus élevée, un contraste bien meilleur, une meilleure luminosité et des marges d’exposition plus larges. Le monde médical adore les produits Agfa X-ray.

De son côté, Gevaert développe son secteur RD (recherches et développements) et cela produit de nouvelles technologies et de nouveaux produits innovants. Les plaques et films Scientia sont destinés essentiellement aux scientifiques, aux chercheurs, aux techniciens car cette gamme sera utilisée en physique nucléaire, en photographie infrarouge, en micrographie, entre autre.

Chez Agfa, en 1954 apparaissent les appareils de la série Silette, les non moins célèbres Agfa Click (24x36mm) et Clack (film 120) et les Isola.

Afga croit lui aussi (décidément, comme son grand rival Kodak) que la photographie ne peut se développer que si elle est simple et facile à manipuler par les photographes, même (et surtout) amateurs. 1956 voit le lancement du premier appareil à commande entièrement automatique de l’exposition, baptisé Automatic 66 puis, en 1959, ils dévoilent un autre appareil 35mm entièrement automatique, l’Agfa Optima. Un succès immédiat et colossal : de 1959 à 1961, Agfa vend 1 million de ces appareils Optima.

Ils tenteront l’aventure des appareils télémétriques à objectif interchangeable (Agfa Ambi-Silette), les reflex mono objectif (Agfa Ambiflex) et les étonnants reflex bis-objectifs (Agfa Flexilette)

1964 sera l’année d’un mariage historique : Agfa AG, filiale à 100% de Bayer, fusionne avec Gevaert Photo Producten N.V. et donne naissance à Agfa-Gevaert AG à Leverkussen (Allemagne) et Gevaert-Agfa NV à Mortsel (Belgique). Chacun des partenaires possèdent 50% des parts.

Agfa perd une bataille vis-à-vis de Kodak, qui lance en 1963 le film en cassette plastique au format 126. Ils n’ont pas fait le poids avec leur cassette Rapid, inspirée de la Karat (1937) face à la simplicité de la 126. Ils doivent acheter la licence pour leurs propres appareils dans ce segment (les Agfa Agfamatic Sensor).

Agfa lance en 1968 le fameux bouton orange, le Sensor : un déclencheur ultra doux pour éviter les flous de bougé. Il équipera tous les appareils Agfamatic en format 126 et 110.

Ce sera l’essor des Agfa Optima Sensor 535 et 1035 (1970).

Appareil photo Agfa Optima 535 avec objectif Solitar, affichant un design compact et moderne, incluant un viseur et un capteur flood.

De cette union entre les deux grands naîtra de nouveaux produits (Gevafax X-10, premier copieur xérographique européen – 1971), de nouveaux appareils photo (la gamme des Agfamatic et des Optima), de nouveaux films N/B et couleurs.

Vue de face d'un appareil photo Agfamatic 3008 avec objectif Color Apotar, posé sur un bureau avec un clavier en arrière-plan.

Si les années soixante et septante sont un âge d’or pour Agfa-Gevaert, les débuts des années quatre-vingt commencent mal : le prix de l’argent coûte sept fois plus cher qu’auparavant. Or l’argent est l’un des matériaux de base de l’activité photographique. La situation financière d’Agfa-Gevaert s’en ressent et Bayer intervient en contre-partie de 100% des parts du groupe. Dès lors le nom de Gevaert disparait progressivement.

Contrairement à certains de ses concurrents, Agfa-Gevaert pense déjà au numérique, dès 1982. Ils rachètent Compugraphic Corporation (USA) et deviennent leader mondial des machines de réglage photographique contrôlées par ordinateur.

On reste dans l’impression car Agfa acquiert Hoechst en 1996 (plaque d’impression et industrie de l’épreuve en imprimerie), puis, un an plus tard, la division Arts graphiques de DuPont. Plus de 40% de tous les imprimés de par le monde sont fabriqués via les produits ou systèmes Agfa.

A la fin des années nonante, Agfa rachète Sterling Diagnostic Imaging et devient de ce fait leader mondial de l’imagerie médicale.

Autre gros changements en 1999 : Agfa est introduit sur les bourses de Bruxelles et de Francfort.

Les années deux mille verront Agfa s’investir dans l’imagerie numérique, dans le secteur médical, de l’imprimerie, l’informatique, les réseaux d’image et d’information médicales, dans le secteur de la prépresse automatisée, les systèmes de flux numériques, les arts graphiques, la production de films pour le cinéma.

Toutefois, en 2004, Agfa cède toutes ses activités photographiques à une nouvelle société indépendante, AgfaPhoto.

Les années suivantes permettront à Agfa de consolider ses positions dans des solutions d’impression numérique innovantes qui respectent l’environnement ; dans le secteur médical (imagerie, solutions globales pour le patient, etc.).

Par contre, les marchés du film s’érodent et Agfa se concentre alors sur des solutions de papier synthétique, des matériaux spécifiques pour les cartes d’identité, des matériaux organiques conducteurs.

De nos jours, Agfa s’est reconcentré sur des marchés d’impressions industrielles et continue à développer des solutions modernes et innovantes dans ces domaines.

AgfaPhoto produit de son côté des appareils photo, des films, de la chimie pour le grand public. Les appareils photo sont bien évidemment numériques. Et il propose donc aussi des imprimantes, des cadres numériques et les accessoires de ces produits.

Impossible de faire plus court tant il y a à raconter sur cette vieille marque.

Présentation de l’Agfa Flexilette.

En matière d’appareils photo, outre les folding (pliant), les compacts et les télémétriques, il y a les réflex mono objectif interchangeable (SLR) et les reflex bis-objectifs (TLR), généralement à objectifs fixes. En exemples, je citerai le Canon F1 (oui, je l’aime bien) en SLR et le Yashica D en TLR.

Ensuite, il y a ceux qui utilisent du film 120 (moyen format), avec la possibilité parfois d’y placer du 135 (je ne vois toujours pas l’intérêt de la chose) et ceux qui utilisent du film 24×36 (ou 135).

Puis il y a un mélange des genres : un réflex mono objectif interchangeable qui utilise du film 120 et dont le viseur (natif)* est celui d’un TLR – le Pentacon Six en est un bel exemple – ou un SLR qui utilise du film 135 avec lui aussi un viseur dit de poitrine (natif) – l‘Exa 1a en est un autre exemple.

*Je note natif car on peut y ajouter des viseurs dit à hauteur d’œil, c’est-à-dire des viseurs à pentaprismes ou à prisme.

Et enfin, il y a cet Agfa Flexilette, qui brouille encore plus les pistes car c’est un réflex à objectif modifiable, avec un viseur dit de poitrine (ou encore puits de lumière) et un double objectif comme les TLR, qui utilise du film 135 !

Notez qu’il y eut encore plus farfelu : le Bolsey Model C, sorti en 1950. Il conjuguait viseur de poitrine, viseur télémétrique, double objectif et usage du film 135 !

N’oublions pas le Meisupi TLR, un compact fix focus TLR horizontal avec viseur tunnel et puits de lumière (1937) ; l’anecdotique Tougodo Hobix D1(1952), lui aussi avec un viseur classique, un puits de lumière mais qui est un fix focus utilisant du film 24x32mm ; ou encore le Samocaflex 35 TLR, lui aussi avec deux objectifs superposés, un puits de lumière et un viseur tunnel (1954).

Vous le voyez, la grande différence avec l’Agfa Flexilette (ou encore Agfa Reflex) c’est que celui-ci possède un double objectif qui est un vrai TLR, c’est-à-dire un objectif au dessus qui sert à la visée et celui du dessous qui prend la photo.

Vue rapprochée de l'appareil photo Agfa Flexilette, mettant en évidence son objectif à double lentille et son design vintage.

Le meilleur des deux mondes dans un seul appareil ?

Nous allons tenter de le découvrir avec la présentation de ce singulier appareil, né en 1960 et qui ne vivra qu’un an. En 1962, il sera remplacé par l’Agfa Optima Reflex qui sera muni d’un prisme plus conventionnel.

Partons du postulat que les ingénieurs de chez Agfa ont voulu réunir dans un seul boitier les envies des partisans du TLR (visée claire à hauteur de poitrine, réglages fins de la mise au point) et ceux du SLR (format 35mm, possibilité de changer d’objectif, utilisation de filtres simplifiée).

Dans ce cas, le pari est plutôt réussi :

  • le viseur de poitrine est lumineux et une loupe aide à la mise au point fine
  • les deux objectifs sont sur la même platine, ce qui évite les distorsions
  • le viseur peut se transformer en viseur dit sportif (plus facile aussi pour les cadrages verticaux)
  • composition aidée par un stignomètre à coïncidence et image divisée horizontale
  • l’objectif de visée est un Agfa Color Apotar de 45mm ouvrant à f2,8 (ce qui est assez rapide) jusque f22 (en 3 éléments)
  • l’objectif de prise de vue est identique à celui de la visée
  • la mise au point commence à 90cm (selon les marchés, les distances sont exprimées en mètres ou en pieds)
  • filtre à clipser au diamètre de 51mm
  • l’obturateur est un Gauthier Prontor 500 qui, comme son nom le laisse supposer va jusqu’au 1/500s (1s – 1/2s – 1/4s – 1/8s – 1/15s – 1/30s – 1/60s – 1/125s – 1/250s – 1/500s plus pose B), synchro flash 1/30s
  • prise flash PC sur le devant, sous l’objectif
  • mise au point par la première bague à l’avant. Sa couronne est découpée pour une meilleure préhension
  • réglage de l’ouverture par la seconde bague chromée
  • réglage des vitesses par la troisième bague, munie de pièces en plastique pour une bonne manipulation

Au niveau des accessoires, des filtres et un complément optique pour les gros plans.

L’appareil est quasi tout métallique et à un poids raisonnable, qui assure une bonne stabilité.

Son ergonomie est un peu particulière car l’objectif est un véritable pancake tant il est réduit. De fait, il n’est pas interchangeable au sens propre du terme mais il peut évoluer grâce à des compléments optiques, une pratique en vogue à l’époque chez Agfa et aussi chez Zeiss Ikon par exemple.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Agfa Flexilette, montrant les réglages d'ouverture et de vitesse d'obturation.

Les nervures et découpes, les pièces en plastique sur le côté assure un maniement aisé mais les (très) gros doigts ne vont pas être à la fête !

Ensuite le levier d’armement est situé en dessous, à gauche. C’est déroutant au début mais on s’y fait assez vite et cette présentation permet d’aller vite tout en restant en visée, par exemple. Toutefois, sa course est assez longue (environ 270°). Ceci dit, il est particulièrement silencieux, tout comme le déclencheur d’ailleurs (avec un filet pour y installer un déclencheur souple si besoin), qui aurait lui mérité d’être un peu décalé car il est collé contre le puits de lumière. Etant donné la forme et le taille de l’appareil, il est pourtant bien placé pour l’index droit.

Sur l’arrière du boitier, trois petits curseurs à faire glisser : celui du milieu ouvre le puits de lumière, celui à coté d’une flèche et de la lettre R vous permettra de déverrouiller l’engrenage pour le rebobinage , et enfin celui de gauche, il vous sera utile pour mettre le compteur de vue au nombre de vues du film. Celui-ci décompte ensuite les prises.

Vue latérale du dessus d'un appareil photo Agfa Flexilette, montrant les boutons de contrôle et le viseur.

J’allais oublier le petit curseur rond, sur le capot, qui sert d’aide mémoire pour le film inséré dans la chambre. Défileront les lettres CT Day – CK A – CF F – CK – CT – CN – et un damier alternant noir et blanc.

Détail du sommet d'un appareil photo analogique, montrant le bouton de réglage de la vitesse d'obturation et un indicateur de vitesse sur fond sombre.

Par dessous, le filetage pour y installer un trépied, une grosse molette plate pour rebobiner le film, le levier d’armement et un petit plot en plastique qui assure la stabilité de l’appareil si on le pose sur une surface plane.

Enfin, pour ouvrir la porte arrière, à peine plus large que l’épaisseur d’un film 24×36, il faut tirer sur une languette dans la serrure sur le flanc gauche. Deux attaches métalliques, sur les côtés, permettent de fixer une lanière quoique celle-ci soit présente sur le sac tout près. Mais vous pourriez ne pas avoir envie de vous encombrer de lui, pourtant prévenant à votre égard car un macaron au centre vous rappelle d’ôter le filtre avant de refermer le sac.

Que penser de ce boitier ?

Force est de constater qu’il est original. Si vous sortez photographier avec, rencontres et questionnements assurés !

Ceci dit, même si je n’en servirai pas car les puits de lumière et moi sommes fâchés (je n’arrive pas à remettre les images dans le bon sens), sa tenue en mains n’est pas mauvaise et son fonctionnement est doux : pour actionner les bagues de réglages ou l’armement, le déclencheur, particulièrement discret.

Sa construction, tout en métal, a un revers : son poids. Nu, il pèse 756gr. On a vu pire me direz vous et vous aurez raison.

Son sac-tout-prêt est magnifique et l’ensemble lui confère un statut très classe. Qu’on le sorte pour faire des images ou qu’on le mette sur une étagère, il intrigue mais ne dépare pas d’un certain style très sixty.

Ce n’est pas un appareil très courant puisqu’il ne fut fabriqué qu’un an. En trouver un en bon état, complet et fonctionnel renforce son attrait et … son prix.

Comptez entrer 80 et 100€ en général mais sachez que les accessoires (comme les filtres) se négocient au même prix que l’appareil !

Seriez-vous tenté d’en faire l’expérience ?

Vidéos d’illustration

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Type d’appareil photo Appareil photo reflex à double objectif
  • Format film 35mm, format d’image 24 mm x 36 mm
  • Distance focale 50 mm, ouverture maximale f/2.8 jusque f22, distance minimale de mise au point 100 cm
  • Temps d’exposition de 1s à 1500s plus pose B, synchro flash 1/30s
  • Filet pour trépied
  • Nom de la marque Agfa Camera Werk AG
  • Pays de production : Allemagne
  • Production de 1960 à 1961

Des références.

https://www.35mmc.com/05/03/2019/agfa-flexilette-review/, https://camera-wiki.org/wiki/Flexilette, https://vintagecameralab.com/agfa-flexilette/, https://fupduckphoto.wordpress.com/2025/01/02/agfa-flexilette/, https://filmphotography.eu/en/agfa-flexilette/, https://www.rolandandcaroline.co.uk/flexilette.html, en anglais ; https://benber.fr/revue-agfa-flexilette/, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-10405-Agfa_Flexilette.html, https://99camerasmuseum.com/fr/agfa-flexilette, en français ; https://kameramuseum.de/objekte/agfa-flexilette/, en allemand ; https://doemee.museumvanvlaanderen.be/topics/1453/entries/34021, en néerlandais

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Argentique

L’étonnant Exakta RTL 1000

Préambule.

C’est comme d’habitude sur une brocante que je l’ai trouvé mais le soucis, quand j’accumule des appareils à vous présenter, c’est que je ne me souviens pas toujours d’où ils viennent. Notez, cela a peu d’importance.

Ce dont je me souviens, c’est que j’ai dû batailler ferme pour l’emporter à un prix décent, le vendeur ayant été voir le prix sur Internet mais ne savait absolument pas de quoi il s’agissait, un comble ! De plus, le miroir reste collé.

Bref, je vérifie vite fait si la pile n’a pas coulé, avant qu’il ne se ravise et change d’avis, et hop, dans le sac à dos.

Je m’apercevrai plus tard que l’objectif a été monté de travers …

Ce qui m’a attiré sur cet appareil, outre la marque, c’est l’appendice dont je vous parlerai ensuite, et le côté délicat de ce cube de métal taillé à la serpe (sorry, vilaine allusion à l’emblème soviétique des années de fer).

Un peu d’histoire.

Ce n’est pas la première fois que j’aborde cette marque et donc vous retrouverez l’histoire dans des articles tels que l’Exakta Varex 2a ou l’Ihagee Exa type 6 et bien sûr le site de la marque Ihagee.

Juste rappeler que si Ihagee a été une marque établie à Dresde en 1912, créée par un néerlandais, Johan Steenbergen , après la seconde guerre mondiale elle passe en Allemagne de l’Est, sous contrôle soviétique. L’usine a été détruite par les alliés et le directeur nazi, n’ayant pas pu racheter l’entreprise à son fondateur, a tout fait pour la mettre en faillite.

Mais avant ce désastre, la marque a produit quelques beaux et rares appareils, comme un Box reflex, un folding reflex et, surtout, l’appareil considéré comme le premier vrai réflex direct avec miroir derrière l’objectif, l’Exakta (1933), qui donnera naissance au Kine Exakta en 1937.

A son apogée, les reflex Exakta étaient prisés par les photographes professionnels parce que tout un système avait été développé autour de ces appareils : large gamme d’objectifs, flashs, filtres, accessoires divers. Même le cinéma lui a rendu hommage

Au sortir de la guerre, l’Etat prend 30% des parts de l’entreprise et en 1968 elle est absorbée par le VEB Pentacon.

L’appareil de cet article sera donc un pur produit de l’Allemagne de l’Est, sous la bannière Pentacon, qui fabriquait aussi les Praktica, entre autre.

D’ailleurs, légalement, Pentacon ne pouvait pas utiliser la dénomination Exakta, toujours propriété de Johan Steenbergen et ses descendants. Hormis dans la sphère d’influence soviétique, cet appareil s’appellera donc RTL 1000 pour tous les pays d’exportation. Les marquages successifs indiquent si les appareils étaient destinés au marché interne ou à l’export.

Dans ce boitier, in fine, il n’y aura plus que la baïonnette pour rappeler l’origine réelle de ce réflex.

Présentation de l’Exakta RTL 1000.

La particularité des Exakta était leur forme inhabituelle, un peu en forme de triangle aux angles arrondis, que l’on voit bien ici sur cette photo de l’article sur l’Exakta Varex 2a.

Vue de dessus d'un appareil photo Exakta RTL 1000, mettant en évidence sa structure métallique distinctive et l'objectif attaché, avec un clavier d'ordinateur en arrière-plan.

Or ici, le boitier a été fabriqué en rupture totale avec ce design et Pentacon est parti sur la base du Praktica L : un bloc rectangulaire, comme taillé dans la masse.

A la base, c’est un boitier sans cellule, avec un puits de lumière à la place du pentaprisme, que l’on peut ôter (autre réminiscence des anciens Exakta).

Vue du dessus d'un appareil photo Exakta RTL 1000 avec des réglages visibles sur le dessus, incluant la molette de sélection des vitesses et un compartiment ouvert pour le miroir.

Comme tel, c’est un reflex que je qualifierais de basique : vous réglez la distance avec le cercle de microprisme fin, vous réglez la vitesse sur le barillet de sélection et les ouvertures avec la bague de l’objectif.

Pas de cellule, jusque un aide-mémoire pour se souvenir du type de film placé dans la chambre.

Vue rapprochée du sommet d'un appareil photo reflex Exakta RTL 1000, montrant les commandes et la molette de réglage.

Petite singularité, le double déclencheur : un à droite, en face avant, style Praktica, et le second à gauche toujours sur la face, style Exakta (ce qui nécessite un objectif avec un levier pour déclencher).

Si certains détails rappellent les anciens appareils Exakta, il y a des limitations dans le réemploi de certains accessoires : si la plupart des anciens objectifs peuvent encore être utilisés, les puits de lumières et pentaprismes des Exakta anciens ne sont plus compatibles.

Mais reprenons depuis le début : dans les années cinquante et soixante, les Exakta continuent à bien se vendre mais la déferlante japonaise arrive. Dès lors les produits Exakta Dresden commencent à perdre pied. Pentacon prenait de plus en plus de place et la production se faisait maintenant dans ses usines. En 1968, le nom d’Ihagee avait pratiquement disparu.

Un ingénieur de chez Pentacon, Herbert Scholtze, fut chargé de développer un nouvel appareil qui emprunterait aux deux marques, avec un nouveau boitier et des améliorations techniques modernes : ce sera le Prakitca L et l’Exakta RTL 1000. Ils seront présentés à la Foire d’automne de Leipzig en 1969 avec les améliorations suivantes :

  • Carrosserie moderne carrée avec commandes droitières (et gauchères)
  • Obturateur à lame métallique à déplacement vertical avec synchronisation des flashs électroniques au 1/125s et 1/60s pour les ancien flashs (voire même 1/30s pour les magnésiques).
  • Mesure TTL avec le viseur spécial
  • Réinitialisation automatique du compteur de vues
  • Une monture d’objectif révisée supportant des objectifs avec diaphragme automatique interne (comparé à la détente externe des Exakta précédents)
  • Système de chargement du film simplifié

Le nouvel appareil sera fabriqué exclusivement dans les bâtiments de Praktica et les usines historiques d’Ihagee seront louées pour d’autres entreprises n’ayant aucun rapport avec la photographie, une dernière mesure pour éliminer définitivement la marque des esprits.

Revenons donc sur ce viseur spécial, qui assure une mesure de la lumière à travers l’objectif. Franchement cela ne vous pas penser à quelque chose ?

Oui, au moins ces trois appareils japonais avaient un appendice qui assurait la visée avec mesure de la lumière.

Le Penta Prism TTL du RTL 1000 fait à lui seul l’objet d’un mode d’emploi (que vous trouverez ICI.)

Ce n’est pas que ce soit très compliqué mais son utilisation nécessite un peu de concentration :

Diagramme illustrant les contrôles de fonctionnement du TTL Penta Prism, comprenant des descriptions des différentes parties et réglages associés à un appareil photo Exakta RTL 1000.

En cherchant bien, je vous ai trouvé une traduction d’époque pour l’utilisation de cet accessoire.

Régler la sensibilité du film sur un appareil photo, avec des instructions concernant le choix de la vitesse et l'ouverture diaph.
Instructions en français pour sélectionner l'ouverture de diaphragme et régler la durée d'exposition sur un appareil photo Exakta RTL 1000.

On a fait plus simple depuis, convenons-en !

Quelques mots encore sur la baïonnette : si c’est bien celle de l’Exakta, elle a néanmoins été modifiée pour supporter une broche pour fixer l’ouverture (comme sur les objectifs M42 de Praktica). Il a donc existé des objectifs à monture Exakta pour cet appareil qui pouvaient se fermer automatiquement sur le diaphragme sans utiliser un bouton externe, comme tous les autres Exakta.

Gros plan sur le boîtier d'un appareil photo Exakta RTL 1000 montrant la monture d'objectif et le sélecteur de vitesse.

Enfin, dernière spécificité, les vitesses lentes. Sur le cadran, la plus lente est notée 1s or l’appareil peut donner des vitesses lentes de 2 – 4 – 8s, mais pour cela il faut utiliser le … minuteur, sur lequel ces trois chiffres sont notés.

Détail de la molette de réglage sur le boîtier de l'Exakta RTL 1000, montrant les réglages de vitesse et un interrupteur placé à proximité.

En pratique, il faut d’abord mettre la molette supérieure sur la position B. Il faut alors remonter le minuteur puis choisir la vitesse désirée avec le disque inséré dans la commande de ce dernier. Il suffit ensuite de déclencher, avec le déclencheur de gauche ou de droite. Notez qu’il est indispensable d’avoir posé l’appareil sur un trépied ou une surface plane, pour qu’il ne bouge pas.

Que penser de cet appareil ?

Si on démontait la platine avant, celle qui porte la baïonnette Exakta, nous aurions devant nous un Praktica. In fine, la seule différence resterait les deux déclencheurs, Praktica à droite et Exakta à gauche, avec la complexité sans doute inutile d’un mécanisme interne pour que cela fonctionne en harmonie.

Serait-ce que même en Allemagne de l’Est, à l’époque, un service marketing a joué sur la notoriété d’une marque que même le pouvoir en place a rayé de la mémoire collective, du moins dans ce régime collectiviste (aïe, pas fait exprès) ?

Il n’y a donc que les photographes de l’Ouest qui se souvenaient de l’excellence des Exakta ? Mais ils durent vite déchanter car ils avaient bel et bien un Praktica entre les mains. Non pas que ceux-ci fussent fondamentalement mauvais, mais ils étaient loin de la rigueur d’assemblage, de l’idée même que l’appareil fasse partie d’un système (accessoires, objectifs dédiés pour répondre à la demande des photographes professionnels ou amateurs exigeants), ce qui fit la renommée de la marque au soleil et au croisant de lune !

Vue rapprochée du logo Ihagee sur le boîtier d'un appareil photo vintage, montrant un design classique avec des détails métalliques.

Cet appareil est le canard boiteux des deux marques : pas vraiment un Exakta ni un Praktica, et de ce fait, mal considéré par les collectionneurs. Pourtant, avant qu’il ne soit remplacé par le Praktica VLC, cet Exakta, le dernier du nom, sera lui toujours inscrit dans cet univers d’accessoires dédiés et fort apprécié des photographes qui trouvaient en lui un substitut abordable aux Nikon ou Minolta.

Illustration de l'Exakta RTL 1000 montrant les différents viseurs interchangeables et le boîtier de l'appareil avec l'objectif.

En préambule, je signalais les quelques problèmes de cet exemplaire :

  • le verre de visée reste collé, bloqué par le mécanisme
  • l’obturateur à lames métallique remonte bien mais arrivé en haut (à la fin de la manœuvre d’armement), il retombe
  • l’objectif avait mal été remonté et le petit tenon ajouté à la monture est un peu plié parce qu’on l’a forcé

Mais il reste l’objectif, un Oreston Meyer-Optik Görlitz de 50mm ouvrant de f1,8 à f16, avec la particularité de descendre à 33cm pour la mise au point minimale. Il offre, parait-il, ce fameux bokeh tourbillonnant tant apprécié et recherché.

Je ne pense pas que j’essaierai de le réparer, la mécanique est complexe. L’Exakta RTL 1000 fut produit pendant 4 années et fut un relatif échec commercial, alors que son frère, le Praktica L, allait donner naissance à une nombreuse descendance qui ne s’éteindra qu’avec la chute du mur de la honte.

Ceci étant, si vous en trouvez un en très bon état, prenez-le, cela reste un bon appareil, original et c’est un morceau de l’histoire de la photographie qui s’est fermé avec lui, il mérite donc bien un peu d’attention.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA ou encore ICI (en français).

  • Exakta RTL 1000 sous l’ère Pentacon (Allemagne de l’Est – DDR)
  • Production de 1969 à 1973
  • Quantité fabriquée : +/- 85.600 toutes séries confondues
  • Réflex à objectif interchangeable, baïonnette Exakta
  • Obturateur à plan focal vertical métallique
  • Vitesses de 8s à 1/1000s plus pose B
  • Synchro flash X – M à 1/125s ou 1/30s
  • Poids nu 610gr, 750gr avec prisme et posemètre
  • Posemètre : aucun dans l’appareil, viseur TTL accessoire avec cellule CdS couplée avec aiguille de correspondance dans le viseur
  • Sensibilité de la cellule : de 6 à 800Asa
  • Objectif de dotation : Oreston Meyer Optik Görlitz 50mm ouvrant à f 1,8
  • Retardateur d’environ 10sec.
  • Pile de 1,35v pour le Penta Prism avec cellule (à remplacer par un pile PX625 de 1,5v)

Des références.

https://cameracollector.net/exakta-rtl-1000/, https://camera-wiki.org/wiki/Exakta_RTL_1000, https://mikeeckman.com/2022/01/exakta-rtl-1000-1969/, https://kosmofoto.com/2020/04/kosmopedia-exakta-rtl-1000/, https://dutchthrift.com/fr/blogs/gear/exakta-rtl1000-oreston-50mm-review-vintage-film-slr-kit, https://learncamerarepair.com/product.php?product=124&category=2&secondary=26 (pour les réparations), https://oldcamera.blog/2017/07/19/exakta-rtl1000/, en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-2893-Ihagee_Exakta%20RTL%201000.html, https://fotobox.over-blog.fr/2023/06/exakta-rtl-1000.html, en français ; https://photobutmore.de/exakta/rtl/, en allemand

Argentique

Le Yashica TL Super, un réflex précurseur ?

Préambule.

Tiens, ça faisait longtemps que je n’avais plus trouvé un reflex intéressant sur une brocante, et en bon état.

Alors quand j’ai découvert ce Yashica, avec son sac tout prêt propre et ses modes d’emploi, je n’ai pas hésité. Après une petite négociation, il a atterri dans le sac à dos où il est resté bien seul.

Il faut dire que j’essaie, dans la mesure du possible, de restreindre mes achats à des appareils originaux et en bon état. Pensez donc, avec près de 800 articles sur le site, cela fait beaucoup de matériel. Celui-ci fait donc partie de ces beaux appareils attirants.

Un peu d’histoire.

L’entreprise est née en 1949, tout d’abord sous le nom de Yashiama, un dérivé de Yoshihama, le nom donné aux 8 îles qui composent le Japon. Ensuite, ce sera Yashinon et enfin Yashica en 1958.

Sa première spécialité sera la fabrication de composants pour … horloges électriques, avant de se ré-orienter vers la fabrication d’appareils photo, alors en vogue au Pays du Soleil Levant.

Les premiers appareils produits seront, disons, très inspirés de la star de l’époque, le Rolleiflex. Ce premier jet s’appellera Pigeonflex (1953), un 6×6 qui aura la bonne idée d’être très abordable et qui aidera à populariser ce type d’appareil au Japon.

Ensuite, dès 1957, se sera le début de l’aventure des Yashica Mat, une évolution majeure du précédant et qui se vendra très bien à l’international, faisant ainsi découvrir la marque dans le monde.

Si on veut résumer la sucess story de la marque, on peut le faire quelques dates et produits phares :

  • 1953, le Piegeonflex suivi du Yashimaflex, les premiers 6×6
  • 1957, le Yashica Mat, la référence en 6×6 japonais
  • 1958, le Pentamatic, un réflex avec baïonnette propriétaire et diaphragme automatique
  • 1958, acquisition de Nicca, spécialisé dans les télémétriques
  • 1962, adoption de la monture Zeiss/Praktica M42 et production du reflex Penta J
  • 1965, les Electro 35, les premiers télémétriques contrôlés électroniquement
  • 1968, le Yashica Mat-124, un TLR abordable et performant
  • 1968, acquisition de l’opticien Tomioka, le plus réputé du Japon à l’époque
  • 1969, rachat de Zunow Optical Industry Co. Ltd., entreprise innovante en réflex et cinéma
  • 1970, lancement du Yashica Mat-124G, un TLR avec posemètre intégré, utilisation de films 120 et 220
  • 1972, le Yashica TL-Electro, un réflex à posemètre intégré électronique et obturateur Copal contrôlé électroniquement
  • 1973, en collaboration avec Carl Zeiss, lancement du Top Secret Projet 130 qui donnera naissance au Contax RTS, appareil avec obturateur électronique
  • 1975, les Yashica FR, des réflex avec des obturateurs électroniques équivalent aux Contax
  • 1979, lancement du FX-3 à destination des débutants mais avec les optiques C/Y (Contax/Yashica), fabriqué par Cosina
  • 1983, rachat de Yashica par Kiocera (Kyoto Ceramics)
  • 1985, introduction du FX-103, toujours en collaboration avec Contax, premier reflex de la marque avec flash TTL et mode d’expositions programmées
  • 1986, le Samouraï, un étrange réflex demi-format aux allures futuristes
  • 2005, Kyocera arrête la production des appareils photo
  • 2008, vente des droits de la marque Yashica au groupe MF Jebsen (Hong Kong)

Voilà encore une marque qui disparait trop tôt, avec perte et fracas car depuis sa revente, les projets de relance du nom se sont heurtés à des initiatives dépourvues d’intérêts et très hasardeuses.

A l’époque de leur premier reflex (1958), le Pentamatic, Yashica a commis une erreur, celle d’utiliser une baïonnette propriétaire et de lancer trop peu d’objectifs pour accompagner l’appareil. La plupart des concurrents utilisaient parfois de telles montures, mais avec une gamme de focales conséquente (Nikon et sa monture F, ou Canon et sa monture FL) ou alors ils utilisaient la monture dite universelle, à viser, la M42. Cela permettait d’élargir les possibilités d’optiques pour les clients.

Mais revenons à 1966, date à laquelle le TL Super est apparu sur le marché, et même encore un peu avant cette date.

La série J (1961) succède à la série des Pentamatic à laquelle elle diffère par l’utilisation de la monture M42 (dite universelle) et non plus une monture propriétaire. Il faut encore viser à la pleine ouverture avant d’armer le déclencheur mais il bénéficie déjà d’une cellule que l’on vient clipser sur le devant de l’appareil.

Puis vient donc la série TL, qui sont leurs premiers TTL (Throug-the-Lens = à travers l’objectif), une mini révolution.

Cette série ne s’arrêtera qu’en 1978 et on peut y noter les appareils suivants :

  • TL- Super, avril 1966
  • TL, novembre 1967, semblable au TL Super mais aux vitesses limitées et sans verrouillage du miroir
  • TL Electro-X, octobre 1968 Type 1, remplace les aiguilles de la cellule par des diodes et l’obturateur est électronique
  • TL- E, juin 1969, la même chose mais avec obturateur mécanique
  • ITS, décembre 1970, idem que le TL Electro X mais uniquement en finition noire
  • Electro AX, mars 1972, propose l’exposition automatique à priorité ouverture
  • TL- Electro, avril 1972, version allégée du TL Electro X avec obturateur mécanique
  • FFT, juillet 1973, une version light du TL Electro avec obturateur mécanique, retour à la mesure de la cellule via une échelle à aiguille et reprise des piles au mercure !

Si comme la série précédente elle utilisait encore la monture M42, cette fois, elle inaugurait la mesure de la lumière directement à travers l’objectif, avec une cellule interne, alimentée par une pile à l’oxyde d’argent, contrairement au Pentax Spotmatic, qui utilisait encore des piles au mercure. Selon la légende, ce serait le premier appareil à passer à ce type de piles.

Mais nous allons voir tout cela en détail …

Présentation du Yashica TL-Super

C’est un bel appareil, tel qu’on se représente les reflex des années soixante – septante : tout en métal, bis-coleurs. Oui, il fait son poids (pas loin du kg avec un 50mm) mais il respire la solidité, l’assurance tranquille d’un appareil fait pour traverser les ans. La preuve ? Celui-ci fonctionne comme au premier jour.

Dans l’historique ci-dessus, je précisais que cet appareil était de la veine des Pentax Spotmatic SP, mais aussi des Minolta srT101, des Canon FT QL, du Nikon F ou du Nikkormat FTn. La famille des incassables comme j’aime parfois l’écrire.

Voilà le portrait tracé, voyons maintenant de plus près ce qui fait sa particularité.

Illustration annotée d'un appareil photo Yashica TL Super, montrant les différentes parties et fonctionnalités, avec des numéros correspondant aux éléments décrits.
Schéma du Yashica TL Super avec des annotations des différentes parties de l'appareil, montrant la tige guide de la bobine de film, le verrou du couvercle, le viseur, et d'autres composants importants.

Le Yashica TL Super est donc un appareil reflex qui possède deux résistances au CdS montées à l’intérieur du viseur et qui mesure avec précision le degré moyen de la lumière qui passe à travers l’objectif avant de frapper le film (TTL).

Cette cellule, alimentée par une pile à l’oxyde d’argent* de 1,5v (là aussi une petite révolution car habituellement on utilisait encore des piles de 1,35v au mercure), était bien plus précise que celles au sélénium.

Allumez la cellule en abaissant le curseur ; l’exposition est parfaite lorsque l’aiguille du posemètre est centrée. Cette manœuvre obscurcit la visée, surtout si l’ouverture choisie est petite. Remontez le curseur pour fermer la cellule. L’ouverture de l’objectif s’ouvre alors complètement et vous pouvez visez alors très clairement. N’oubliez donc pas de remettre le curseur en position OFF, vers le haut, sous peine de vider la pile trop rapidement car la cellule restera sous tension.

Appareil photo reflex Yashica TL Super, vue de côté montrant l'objectif et le boîtier en métal.

Ensuite, une griffe flash faisait son apparition sur le toit du pentaprisme, pour alimenter un flash synchronisé au 1/60s. Notons qu’il existe toujours une prise PC pour l’utilisation de flashs plus anciens

Il y aura deux versions du TL Super : la première utilise un verrou situé sur la semelle pour ouvrir la porte arrière, le levier d’armement est tout en métal, les objectifs sont des Auto Yashinon-DX à nez chromé, disponibles en deux ouvertures différentes, soit un 50mm ouvrant à f1,7 ou à f1,4.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo reflex Yashica TL Super, montrant des boutons de réglage et la griffe de flash, avec un objectif monté en arrière-plan.

L’appareil que je vous présente aujourd’hui fait partie de cette première version.

La seconde version adopte des éléments plus modernes comme le levier d’armement avec un embout en plastique noir, le fait de tirer vers le haut la molette de rembobinage pour ouvrir la porte et des objectifs, toujours en 50mm, mais des Auto Yashinon-DX à nez noir en f1,7 ou f1,4.

Ces deux objectifs possèdent un curseur qui glisse de A vers M. Si vous voulez mesurer la profondeur de champ de votre prise de vue, il faut faire glisser ce curseur sur A (lettre M visible). Ensuite, la mesure faite, il faut remettre le curseur sur M (lettre A visible) pour avoir le diaphragme entièrement ouvert et donc une visée claire.

De plus il propose une fonction de verrouillage du miroir, que l’on ne retrouvait souvent que sur des appareils plus sophistiqués, destinés aux professionnels.

Vue rapprochée d'un appareil photo Yashica TL Super, montrant l'arrière avec son revêtement en cuir et l'objectif monté.

Une petite publicité d’époque, sympathique.

Une femme souriante tenant un appareil photo Yashica TL Super, avec un texte promotionnel en arrière-plan en français indiquant 'faites-vous des amis'.
Source : yashicasailorboy. Sympa la publicité d’époque.

Son viseur, large et clair, porte un cercle avec micro-prisme au centre du dépoli. Je regrette seulement qu’il ne possède pas un stignomètre divisé, plus précis pour viser juste, mais c’est tout personnel. Sur la droite, un cadre dans lequel doit évoluer l’aiguille indicatrice de la cellule.

Diagramme représentant un cercle avec un contour et une ligne stylisée sur la droite, sur fond blanc.

Enfin la monture est celle dite universelle, la M42 développée par Carl Zeiss (Contax S) et Praktica. C’est une monture à viser, très courante à l’époque et qui offre un vaste choix de beaux cailloux dans de nombreuses marques différentes.

Les objectifs Yashinon sont excellents, très proches des Super Takumar d’Asahi Pentax, que vous pourrez donc monter dessus, tout comme un Hélios 44-2 russe ou l’un des nombreux objectifs allemands de l’époque.

Vue de dessus d'un appareil photo reflex Yashica TL Super avec un objectif Auto Yashinon DX de 50mm f/1.7, sur une surface de travail.

Voici une idée des objectifs proposés par Yashica :

Illustration des lentilles interchangeables pour le Yashica TL Super, montrant différents modèles et spécifications.
Une série d'objectifs pour appareil photo Yashica, présentant divers modèles allant de 80 à 800 mm, avec spécifications et caractéristiques visibles.

Ceci sans compter les tubes allonges, les soufflets et autres accessoires (filtres, viseur d’angle, etc. ).

Sur le dessus de l’appareil, à gauche, la molette de rembobinage posée sur la couronne pour régler la sensibilité, en Asa et Din (de 25 à 800 Asa). Au centre, sur le pentaprisme, la griffe de flash avec point de synchro. A droite, le levier d’armement avec, à son côté, le compteur de vue (qui se remet à zéro à l’ouverture de l’appareil) ; sur le devant, le déclencheur, avec un pas de vis pour y attacher un câble souple ; enfin, le sélecteur de vitesse, gradué de 1s à 1/1000s** plus la pose B et le témoin de synchro flash au 1/60s.

Vue de dessus d'un reflex Yashica TL Super avec un objectif, boutons de réglage et griffe de flash visibles, posé sur un bureau avec un clavier en arrière-plan.

La face avant est tout aussi dépouillée, avec juste le levier du retardateur, celui pour relever le miroir (contre le porte objectif) et de l’autre côté, toujours sur le porte objectif, le curseur pour activer la cellule et au dessus, la prise PC pour les anciens flashs.

Vue détaillée du Yashica TL Super, un appareil photo reflex avec un boîtier en métal et un objectif 50mm, sur un fond de bureau.

Reste la semelle, qui porte en son centre un filet pour y fixer un trépied et à côté, le cache de la pile ; à droite, le petit bouton pour le débrayage lors du rembobinage ; à son extrémité gauche, le verrou de la porte arrière.

Vue du dessus d'un appareil photo reflex Yashica TL Super, montrant les commandes, le viseur, et le tirage d'objectif.

Rien de plus, rien de moins et largement assez pour faire de bonnes photos, sans fioritures inutiles.

L’objectif qui est monté sur cet exemplaire est celui de la monte d’origine, un 50mm donc, qui ouvre à f1,7 jusque f16. La bague d’ouverture est près du boitier, crantée ; celle de la distance est plus à l’avant avec une large bague métallique striée pour une meilleure préhension. Tout l’objectif d’ailleurs est en métal, sauf le bouchon, en plastique. L’ouverture choisie apparait dans une fenêtre sur le dessus de l’objectif et une table de profondeur de champ.

Là encore, du costaud, sans artifice mais de la qualité.

Enfin, petite astuce trouvée sur yashicasailorboy pour trouver la date de fabrication de votre appareil :

Il est facile de décoder le numéro de série de votre appareil car Yashica utilisait un code de date à 3 ou 4 chiffres au début du numéro de série. Par exemple, voici un numéro de série sur un TL-E (90607952) 9 = 1969, 06 = juin, 07952 = 7 952e réalisé ce mois-là dans la séquence à partir de 00001.

Voici un TL (2816946) 2 = février, 8 = 1968, 16946 = 16 946e réalisé ce mois-là dans la séquence.

Celui que je vous présente porte le numéro 3600254, donc si je suis cette logique, il date de mars 1966 et est le 264ème produit. C’est vraiment un des tout premiers car il ne sera vendu qu’à partir d’avril 1966 !

Pour vos donner une idée de ses capacités, voici quelques exemples de photos prises avec le Yashica TL Super, ICI.

*L’avantage de cette configuration est que l’on peut remplacer l’oxyde d’argent par une pile alcaline ou même au lithium pour autant que le voltage soit de 1,5v

**Notons que la vitesse du 1/1000s à l’époque n’était pas commune, on plafonnait souvent au 1/500s, sauf les appareils destinés aux professionnels.

Que penser de cet appareil ?

Oui, l’appareil fait son petit poids mais c’est la rançon de la qualité de sa fabrication. Prévoyez une bonne sangle de portage et vous voilà paré pour le sortir faire des images.

A son époque, c’était un appareil assez révolutionnaire avec sa cellule et sa visée TTL, sa vitesse d’obturation rapide (1/1000s), sa griffe flash avec synchro, sa large compatibilité d’objectifs avec la monture M42. Il a fait le bonheur de nombreux photographes, qui appréciaient sa tenue en main, sa qualité de fabrication, sa facilité d’utilisation.

Pas de mauvaises surprises avec lui et avec un peu d’attention et d’habitude, vous serez armé d’un appareil bon pour encore un long service.

Autre avantage, il ne faut pas ici recalibrer ou trouver des astuces pour utiliser la cellule avec une pile de 1,5v alcaline car c’était déjà la tension de l’époque. Et même si un jour celle-ci venait à vous quitter, le boitier est toujours pleinement fonctionnel, l’obturateur est mécanique.

Vidéos d’illustration.

Pour bien le nettoyer et le remettre en route.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Type de film : 135 (24x36mm)
  • Monture à vis M42
  • Objectifs : 50mm ouvrant à f/1,7 Auto Yashinon DX + bien d’autres
  • Miroir réflexe avec pentaprisme
  • Obturateur en tissu au plan focal
  • Vitesses : B, 1s – 1/1000s , plus retardateur 10s et synchro X du flash
  • Posemètre : TTL derrière le miroir capteur CdS avec exposition par aiguille de correspondance
  • Batterie : LR44
  • Flash : griffe synchro et prise PC
  • Poids : 703gr nu, 955gr avec objectif 50mm Auto-Yashinon f1,7

Des références.

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10308-Yashica_TL-Super.html, , en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_TL, https://thenoisyshutter.com/2023/03/08/classic-camera-review-yashica-tl-super/, https://mikeeckman.com/2015/12/quick-review-yashica-tl-super-1966/, https://yashicasailorboy.com/2024/01/05/yashica-tl-super-3/, https://yashicasailorboy.com/2016/06/16/yashica-tl-super/, https://camera-wiki.org/index.php?title=Yashica_TL, https://en.wikipedia.org/wiki/Yashica, en anglais

Argentique

Un nouveau mythe entre les mains : le Nikon F3

Préambule.

Grande braderie d’Amiens ce dimanche 05 octobre (pas la Grande Riderie, qui a lieu en avril, mais c’est tout proche quand au nombre de chalands).

Nous sommes arrivés la veille et avons dormi dans le camping car. Enfin, disons plutôt que nous avons essayé car outre le vent, la pluie en rafale, des fêtards intrépides avaient décidé de fêter un anniversaire et, l’alcool aidant, ils ont tenus le coup jusque 4 heures du matin. Et nous avions décidé de sortir de nos duvets pour 6h !

Bref, nous étions dans une forme olympique pour arpenter les rues et ruelles de la belle ville d’Amiens. Comme d’habitude, nous prenons nos trois points de repère : la cathédrale (magnifique), ce que nous pensons être un beffroi (moins joli mais plus haut) et une troisième clocher plus loin.

Comme je l’ai signalé, la pluie a bien marqué la nuit mais les brocanteurs sont des pros et si cela les contrarie, ils ont quand même déballé, avec plus ou moins de protection pour leurs marchandises.

Autrement dit, les appareils que j’ai pu trouver étaient de mouillés à bien trempés. Et c’est là qu’on se dit que ces vieux machins étaient quand même solides …

Car outre ce très beau Nikon F3, j’ai trouvé quelques Kodak Retinette, un reflex inconnu et un très joli Vest Pocket Kodak avec sa trousse en cuir d’origine.

La pêche fut maigre malgré les 14kms parcourus mais nous avions commencé tard, pour les raisons que vous savez …

Un peu d’histoire.

De fait, l’histoire commence en 1959 avec l’apparition du Nikon F, l’archétype du reflex professionnel pensé pour des photographes professionnels. Celui-ci a évolué au fur et à mesure pour rencontrer les nouveaux besoins des photographes et, surtout, pour continuer à régner car la concurrence devenait farouche.

Dés 1965, Nikon avait pensé à ce futur autre best-seller, qui sortait enfin en 1971 sous la forme du Nikon F2. Celui-là apportait des nouveautés à faire oublier le bon vieux F, quoique certains n’en démordaient pas et que celui-ci fut fabriqué en parallèle jusqu’en 1973.

Petits résumés de ces nouveautés :

  • une gamme de vitesses plus étendues, de 10s à 1/2000s (1s à 1/1000s pour le F)
  • prisme Photomic DP-1 avec une cellule de EV1 – EV17 à 100Asa (EV2 à EV17 pour Photomic FTn du F)
  • utilisation d’une pile « moderne » de 1,5v (pile au mercure de 1,35v pour le F)
  • dos à charnière (dos amovible pour le F), démontable
  • accepte différents moteurs d’entrainement (le F demande un appairage du module moteur)

Les boitiers F2 étaient toujours quasi identiques et ce sont les Photomic, les cellules rapportées, qui font la différences.

Petits résumés de ces F2 :

  • Nikon F2 équipé du DE-1, 1971-1976
  • Nikon F2 Photomic équipé du DP-1, 1971-1976
  • Nikon F2S Photomic équipé du DP-2, 1973-1976
  • Nikon F2SB Photomic équipé du DP-3, 1976-1977
  • Nikon F2A Photomic équipé du DP-11, 1977-1980
  • Nikon F2AS Photomic équipé du DP-12, 1977-1980

In fine, si le F a ouvert la voie, c’est le F2 équipé du DP-12, alors appelé le F2AS qui sera longtemps considéré comme LE reflex des professionnels. Il est presque parfait, ne demande des piles que pour sa cellule, fonctionne par tous les temps. Solidement et consciencieusement construit, il tombe rarement en panne malgré les endroits improbables où les photojournalistes le trainent.

Cependant, encore une fois, il faut faire face à la concurrence. Cela a commencé avec le dernier des F2, le F2AS donc (1977), dont la monture devient AI (Automatic Indexing). En résumé, cette nouvelle monture F ne demande plus au photographe d’indexer sa cellule lorsqu’il change d’optique, cela se fait automatiquement. Un grand progrès qui évite bien des désagréments.

Petit à petit, les ingénieurs de chez Nikon voient les avancées de Canon (F-1 et New F-1) et Minolta (MKX) grignoter leur suprématie. Il faut donc encore avancer pour rester au sommet car le F2 est devenu, à son tour, LE reflex des professionnels.

Dès 1977 les ingénieurs nippons commencent la conception et l’organisation du prototype d’un nouvel appareil destiné à remplacer le F2. La philosophie de conception de ce nouvel appareil repose sur 3 objectifs : une haute qualité de fabrication et une fiabilité à toute épreuve ; un fonctionnement automatisé, sur base de la philosophie héritée du F2 ; une plus grande facilité d’utilisation et une plus grande polyvalence.

Ainsi, par exemple, l’obturateur du futur F3 est de conception modulaire. C’est un obturateur en feuilles de titane à déplacement horizontal, auquel, à la suite de nombreux essais, les ingénieurs ont ajouté un régulateur pour assurer la fiabilité mécanique et garantir un réglage précis du fonctionnement électrique du volet.

La méthodologie VE (value engineering) a été appliquée pour réduire le poids et le nombre de pièces. Un premier prototype sera ainsi achevé en novembre 1978.

Petit aparté amusant à ce sujet : à l’automne 1978, la NASA, qui avait déjà utilisé des Nikon Photomic FTN lors des missions Apollo et pendant le programme Skylab (1970), revient vers Nikon pour développer un appareil photo. Les spécifications sont astreignantes : l’appareil doit être fourni dans un an et demi, il doit posséder un contrôle automatique de l’exposition et il doit être capable de prendre 250 photos et permettre de changer le film même lorsque l’on photographie. Se basant sur leur expérience du programme Apollo, Nikon accepte le challenge, d’autant que le F3 est en pleine préparation pour sa sortie commerciale.

Ils ont alors développé deux appareils, le Big pour le film de 250 vues et le Small pour un film de 72 vues. Ceux-ci seront livrés en mai 1980 et ils passeront avec succès les tests du Johnson Space Center de Houston (Texas). Ces appareils seront chargés dans la navette Columbia, lancée en avril 1981 et satisferont aux attentes d’une fiabilité à 100%.

Appareil photo reflex Nikon avec objectif visible, placé sur un socle. Conception robuste et moderne, vu de face, en arrière-plan flou.
Source : appareil-photo. Crédit photo : James Artaius. Le Big embarqué vers l’espace

Il va sans dire que les développements faits pour la Nasa seront repris dans l’appareil présenté au public en mars 1980. C’est un reflex AE à priorité ouverture avec commande électronique, le tout dans une belle robe noire italienne et proposé avec un objectif Nikkor de 50mm f1,4.

Mais pour rompre quand même avec un passé qui devient encombrant (je fais ici allusion au poids et aux dimensions des appareils plus anciens) même si on ne le renie absolument pas, les ingénieurs de chez Nikon vont faire un grand pas : ils font appel au designer italien, Giorgetto Giugiaro, pour la forme, qui intègre pour la première fois un design industriel moderne avec une poignée ergonomique et un viseur considéré, à l’époque, comme futuriste. Le design novateur comprend aussi l’intégration d’un moteur et son entrainement – le MD-4 – et la fameuse ligne rouge verticale.

Ce signe distinctif sera dorénavant présent sur tous les appareils reflex Nikon, avec de nombreuses variations sur le même thème, rouge.

Pour mémoire, Giorgetto Giugiaro avait déjà conçu le modèle du Nikon EM, qui sort également en 1980 comme entrée de gamme et il est, entre autre, le père de la Lotus Esprit, la DMC Delorean, le Seiko Speedmaster Chronograph Watch et le Beretta Neos Handgun.

Si la robe est italienne, le cœur électronique du nouvel appareil sera japonais et confié à Tetsuro Goto. C’est lui qui prendra la décision d’intégrer des circuits électroniques numériques et l’écran LCD dans le F3 et qui aura en charge le dessin dudit circuit.

En 1980 donc, Nikon dévoile le petit nouveau, le F3. C’est à lui qu’incombe désormais la lourde tâche de rester le maître des appareils professionnels. Pourtant les photojournalistes, qui l’appelaient de leurs vœux, vont de prime abord s’en méfier – comme ils l’avaient fait lors du passage du F vers le F2, mais certains ont la mémoire courte semble-t-il.

Pourquoi cette défiance cette fois ? Parce que l’appareil requiert des piles pour fonctionner et ils rechignent à l’idée de confier leur reportage à une histoire de pile ! L’électronique des années quatre-vingt fait encore peur.

Encore une fois, Nikon garde sa ligne de conduite : on avance en faisant évoluer l’appareil par des ajouts bien pensés, qui s’inscrivent toujours dans le système du F (accessoires, optiques, flashs, etc.)

Ensuite, introduction de l’électronique dans un appareil professionnel : la mesure d’exposition à priorité ouverture (AE = exposition automatique) est pilotée par un circuit intégré qui s’avèrera très fiable (la grande crainte des professionnels de l’époque).

Vue en coupe du Nikon F3 montrant ses composants internes et électroniques, mettant en évidence son design complexe et son mécanisme de fonctionnement.
Source : imaging.nikon. Le schéma électronique du F3

Petite parenthèse utile : le F2 possédait déjà des circuits électroniques pour le contrôle de l’exposition et d’autres mécanismes, mais l’obturateur était contrôlé mécaniquement. Ces circuits étaient analogiques. Tout comme pour les premiers essais du F3 mais Nikon s’est vite aperçu que la somme des informations à traiter ne pouvait l’être avec des circuits analogiques, il fallait passer au numérique. Ensuite, les ingénieurs ont opté pour un affichage à cristaux liquides, qui faisait déjà ses preuves depuis quelques années notamment dans les montres. Ce dernier consommait moins que les diodes utilisées jusque là.

Puis l’élargissement des accessoires, qui vont des viseurs interchangeables aux dos spécifiques, en passant par des moteurs adaptés aux besoins et, toujours, la large gamme des objectifs de la marque, excellents.

Le F3 sera aussi décliné en plusieurs versions :

  • le F3 avec viseur DE-2 (1980)
  • le F3HP (High Eyepoint) avec viseur DE-3 (1982). Il a un meilleur dégagement oculaire, mais moins de grossissement. Il offre un confort de visée accru, même pour les porteurs de lunettes.
  • le F3T (1982) avec recouvrement en titane. Le F3T était de couleur champagne de 1982 à 1985, par la suite, il sera noir.
  • le F3AF (1983) a été le premier Nikon à mise au point automatique (AF). C’est un système complexe qui ne fonctionne qu’avec quelques objectifs dédiés.
  • Le F3H (1998) (High Speed) : conçu avant les Jeux Olympiques de 1998 à Nagano, au Japon. il était capable de livrer 13 images/s grâce à un moteur spécial.
  • le F3P, une version encore plus robuste, destinée à la Presse. Elle bénéficie de joints d’étanchéité.

Toutefois, si nous devions retenir une chose dans l’évolution de ce modèle par rapport au F2, c’est bien la méthode d’analyse de la lumière, vous allez comprendre.

Pour rappel, les F et F2 évoluaient grâce à leurs viseurs interchangeables, les fameux Photomic. Ces viseurs contenaient un posemètre intégré, qui se modifiait au gré des avancées technologiques.

Cependant, la mesure TTL (à travers l’objectif) ne peut être effectuée avec des viseurs d’action ou au niveau de la taille, par exemple. Aussi plutôt que de partir sur le viseur proprement dit, les ingénieurs de Nikon ont décidé de transporter la mesure dans le corps de l’appareil qui lui ne change pas, quelque soit le type de viseur choisi.

Le plus gros problème étant alors la fonction de mesure réelle de la lumière dans le boitier.

Des années de recherches ont été nécessaires pour aboutir à une trouvaille géniale : un miroir à sténopé !

Du côté réfléchissant du miroir reflex, il y a un certain nombre de trous minuscules (environ 50 000 sténopés ; section elliptique sans dépôt de 20 μm x 30 μm (micromètre) sur la surface du miroir pour former la partie centrale translucide), et la lumière qui passe à travers les trous va au capteur de mesure. En changeant l’emplacement des trous, la fonction de mesure devient assez flexible et il n’y a aucun problème avec la visibilité du viseur. C’est le principe de la mesure matricielle que développe le F3, qui sera ensuite reprise par les autres Nikon.

Diagramme illustrant le fonctionnement du miroir à sténopé du Nikon F3, montrant la disposition des lentilles et le chemin de la lumière à travers le système.
Source : imaging.nikon. Le schéma du passage de la lumière à travers le miroir et le sous-miroir.

De plus, la lumière est acheminée par le sous-miroir vers le bas de la chambre, puis est collectée au niveau du capteur à travers l’objectif du condenseur.
Ce sous-miroir est une caractéristique unique qui condense et dilate la lumière. Cette conception permet alors le contrôle du flash TTL à l’aide du capteur.

Grâce à cette construction, la taille du miroir peut être réduite et la nouvelle technologie de mesure, réduite elle aussi, tout comme de nombreuses autres pièces sont devenues plus petites et légères, ont permis de réduire la taille et le poids du prototype. C’est ici qu’intervient la nouvelle technologie des circuits intégrés, eux aussi plus petits et prenant moins de place mais capables de calculer plus rapidement un plus grand nombre de données utiles. L’essai peut devenir opérationnel et proposé au public.

D’autres technologies, tels le déclenchement électromagnétique de l’obturateur, le contrôle de celui-ci par un quartz et l’affichage à cristaux liquides (LCD) pouvaient encore améliorer le confort d’utilisation du photographe. La place gagnée en interne permettait de les loger.

Mais pour cela, il fallait concevoir un tout nouvel appareil : ce sera notre F3.

Cet appareil est typique des années quatre-vingt, qui rompt avec les appareils précédents et il ouvre la voie vers de nouvelles technologies, la prochaine étant l’auto-focus entre autre.

Il a marqué la transition entre les appareils photo entièrement mécaniques et l’ère des systèmes à commande électronique.

En 2001, Nikon arrête la production du F3, après 21 ans de bons et loyaux services et longtemps après que le F4 et même le F5 aient été lancés. On estime que plus de 860.000 boitiers auront été produit.

Un appareil photo Nikon F3 posé sur une surface avec des documents d'identité en arrière-plan.

Les campagnes de marketing pour les photographes de guerre Nikon F3 comme Eddie Adams, avec le slogan, « aller en guerre avec tout autre appareil photo serait un risque » (Crédit d’image: Nikon)

Outre Eddie Adams, grand photographe de guerre, d’autres noms célèbres ont utilisé le Nikon F3, tel le photojournaliste Steve McCurry, le photographe de Nature Pro Jim Brandenburg, le photographe de mode Peter Lindbergh ou Igor Kostine qui photographia l’après explosion de la centrale de Tchernobyl depuis un hélicoptère .

En résumé, le F3 en six points :

  • le premier appareil professionnel avec un écran LCD dans le viseur, indiquant la vitesse d’obturation, l’ouverture et la compensation d’exposition. Toutes les informations essentielles sans quitter le sujet des yeux.
  • il a introduit le système de mesure matricielle, qui analyse la lumière sur l’ensemble du cadre pour calculer l’exposition optimale. Il s’agissait d’une amélioration significative par rapport aux systèmes de mesure à pondération centrale utilisés dans les appareils photo précédents comme le Nikon FM2 et les concurrents comme Canon ou Minolta.
  • il présente un obturateur ultra fiable, à plan focal se déplaçant horizontalement avec des vitesses allant de 1/2000 à 30 secondes, plus B. Sa durée de vie théorique était de 150.000 déclenchements, mais certains fonctionnent toujours avec bien plus au compteur.
  • sa conception modulaire l’inscrit de fait dans le système Nikon : verres de visée, viseurs, moteurs, etc. Tous ces éléments permettent de répondre à quasi tous les besoins des photographes.
  • il peut fonctionner avec ou sans piles. Si celles-ci alimentent les modes de mesure et d’exposition automatique, l’appareil photo peut toujours être utilisé en mode manuel avec des vitesses d’obturation mécaniques allant jusqu’à 1/1000 seconde lorsque les piles sont déchargées.
  • il est compatible avec quasi tous les objectifs Nikkor F, offrant ainsi une vaste gamme de focales, de l’ultra grand angle au super téléobjectif.
Composition d'équipements photographiques Nikon, incluant plusieurs objectifs, appareils photo et accessoires, disposés de manière ordonnée sur une surface.
Source : nippongokakuklub. L’impressionnant système Nikon.

Présentation du Nikon F3.

Infographie du Nikon F3 avec annotations de ses caractéristiques techniques et descriptions des boutons et dispositifs.
Schéma annoté d'un Nikon F3 montrant les différentes parties et fonctionnalités de l'appareil photo reflex, incluant les bagues de mise au point et d'ouverture, les leviers de déverrouillage, et les commandes d'exposition.

Comme le précise l’historique ci-dessus, la volonté de Nikon a été de faire un appareil simple, solide et performant. Les commandes reprises ci-dessus en sont le meilleur exemple : rien de superflu, que le nécessaire.

Et c’est bien là la force tranquille du F3 : un appareil taillé pour toutes les aventures qui a l’air aussi simple qu’un réflex moyen de gamme.

De fait, lorsque j’ai vu celui-ci sur le stand du vendeur, qui essuyait tant bien que mal les quelques reflex qui venaient de recevoir la dernière drache (= la dernière grosse averse pour nos amis français), je n’ai pas tout de suite capté qu’il s’agissait d’un F3. Ce n’est que lorsque je l’ai pris en main que j’ai vu le nom et senti le bossage inhabituel de cet appareil.

Il est assez lourd, il n’est pas spécialement compact mais il a quelque chose d’imposant en lui.

D’abord, toutes les commandes tombent naturellement sous les doigts. Puis il y a ces petits détails qui créent ce sentiment de sérieux, de bien construit : le petit levier, près du déclencheur pour faire rapidement des surimpression ; l’autre petit levier, qui actionne un volet pour cacher l’œilleton de visée en cas de pose longue ; celui encore pour relever le miroir ; ou pour vérifier la profondeur de champ. Tout ça du bout de l’index, sans tâtonner.

Puis il y a encore ces précautions, pour ne pas gâcher de la pellicule : le verrou autour du levier d’armement ; la double commande pour ouvrir le dos ; le retardateur que l’on manœuvre du bout des doigts.

Et cet écran LCD, minimaliste peut-être, mais qui donne la juste indication nécessaire pour ajuster votre réglage avant la prise de vue, sans lever le nez : vous réglez l’ouverture, la cellule vous indique la vitesse et vous déclenchez. Point !

Le dos aussi, qui peut se libérer en deux secondes : utile si un film est bloqué dans la chambre, vous donnant ainsi de la place pour œuvrer, ou pour installer un de ces dos aux possibilités étonnantes (250 vues).

Vue du dessous d'un appareil photo reflex Nikon F3 avec la porte du compartiment à film ouverte, révélant le mécanisme à l'intérieur.

Encore une autre petite astuce, l’éclair du flash est visible dans le viseur lors du déclenchement de celui-ci grâce à la petite fenêtre de rétro-éclairage de la vitesse.

Enfin cette dernière astuce qui permet de déclencher même si vos piles ont mortes, soit sur le 1/60s soit sur la pose T (plus délicat), avec le petit bouton en bas, près de l’objectif.

Aperçu de la partie supérieure du Nikon F3, montrant le sélecteur de vitesse d'obturation et le bouton de déclenchement, sur fond flou d'un espace intérieur.

C’est un automatique avec priorité à l’ouverture (position A), ou un semi-automatique ou un manuel.

Vous pouvez lui adjoindre un moteur, le MD-4, qui permet du 6 images/seconde et un rebobinage en 7secondes. Il suffit de le nourrir de 8 piles AA.

Toute une série de verres de visée (20 en tout) sont disponibles, ainsi que plusieurs viseurs : le DW3, viseur de poitrine, le DW4 qui assure un grossissement de x6, le DA-2, un viseur sportif.

Bref, un appareil que vous pourrez prendre en mains sans devoir vous taper les 500 pages du manuel d’utilisateur (il fait 47 pages).

Que penser de cet appareil ?

Bon, il y a quand même quelques trucs agaçants comme le fait qu’il n’y a pas de griffe porte-accessoires, sauf en option et il s’agit alors d’un adaptateur à glisser autour de la manivelle de rembobinage. Accessoire que vous devrez ôter si vous deviez changer de film.

La fine bague pour régler la correction d’exposition est protégée par un minuscule bouton. Ça évite les décalages intempestifs mais il faut les deux mains pour faire la correction.

Les laudateurs du boitier ont beau nous expliquer qu’il est plus compact et moins lourd que les autres avant lui, il reste qu’il fait toujours son bon kilo avec les piles, le film et un 50mm f1,8.

Enfin, et c’est sans doute le plus énervant, c’est le coût du mythe ! Allez faire un tour sur certains sites de vente bien connus et il vous sera difficile d’en trouver sous les 200€. Et ceux-là vous seront présentés comme bien patinés, entendez par là qu’ils sont complétement rincés !

Oui, c’est un superbe appareil, bien construit. Oui, c’est un Nikon (comme on dirait un Canon, un Leica, un Hasselblad, …). Oui – en son temps – il était à la pointe et a rarement déçu ceux qui l’on utilisé …

Mais nous sommes 45 ans plus tard, avec des avancées technologiques qui vous permettent de photographier à main levée dans le noir presque complet. Alors, soyons réalistes !

Je suis très heureux d’avoir pu trouver cet exemplaire, en très bel état (je dois juste changer la mousse du miroir qui se dégrade) et si je trouve un bel objectif AI de 50mm f1,4, je mettrai peut-être une bobine dans la chambre.

Mais je reste réaliste … et vous, vous en pensez quoi ?

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA (anglais) et LA (français).

  • Reflex 35 mm à obturateur à plan focal (SLR) à commande électronique
  • Contrôle de l’exposition A (priorité à l’ouverture, automatique), manuel
  • Viseur à hauteur d’œil DE-2 en standard, interchangeable avec 3 autres types
  • Ecran de mise au point fourni en standard avec dépoli et stignomètre à coïncidence (type K) , interchangeable avec 19 autres types
  • Système de mesure TTL à pondération centrale, mesure à pleine ouverture
  • Plage de mesure : EV 1 à 18 avec film ASA/ISO 100
  • Réglage de la vitesse du film : ASA/ISO 12 à 6 400
  • Obturateur automatique : de 8 à 1/2 000 s (en continu), avec pose B et T, synchro X au 1/80s
  • Obturateur mécanique à T, Réglage mécanique (1/60 sec. ou T) disponible avec le levier de déverrouillage mécanique de secours lorsque les piles sont faibles ou épuisées
  • Synchronisation du flash : réglage X uniquement, flash synchronisé à X (1/80 s) ou moins
  • Contrôle automatique de l’exposition au flash TTL disponible avec le flash SB-12 ou SB-11 dédié (avec l’utilisation du cordon de contrôle de l’exposition au flash TTL SC-12)
  • Levier de verrouillage du déclencheur
  • Aperçu de la profondeur de champ
  • Levier d’exposition multiple
  • Verrouillage du miroir
  • Store du viseur pour éviter les fuites de lumière
  • Bouton de l’illuminateur du viseur
  • Monture à baïonnette Nikon F Compatible avec l’IA, les objectifs AIS et le pré-IA en stop down
  • Dimensions et poids (environ) 148,5 x 96,5 x 65,5 mm ; 700 g (corps seul)

L’entraînement motorisé MD-4 alimente aussi le F3, ce qui implique qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des piles SR44 ou LR44 lorsque le MD-4 est utilisé (8 piles AA).

Avec le MD-4 attaché, le déclencheur d’obturateur du F3 continue d’opérer. Si vous pressez le déclencheur du F3 et que vous le gardez enfoncé, le MD-4 attend pour avancer le film jusqu’à ce que vous relâchiez le doigt du déclencheur supérieur du F3.

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1633-Nikon_F3.html, https://www.stevenberruyer.com/nikon/nikon-f3/, https://focusargentique.fr/appareil-photo/nikon-f3/, https://pelloche.com/nikon-f3-hp/, https://www.appareilphoto.net/le-nikon-f3-a-45-ans-des-missions-de-la-nasa-aux-zones-de-guerre-cetait-la-camera-pro-ultime/, https://35mm-compact.com/reflex/nikon-f3.htm, https://www.photosurcour.fr/nikon-f3/, https://www.nipponkogakuklub.com/NKK/Bienvenue.html (une mine de renseignements sur la marque Nikon), en français ; https://www.kenrockwell.com/nikon/f3/f3-fr.htm, https://imaging.nikon.com/imaging/information/chronicle/rhnc03f3-e/, https://old-cameras.com/2021/10/nikon-f3/, https://imaging.nikon.com/imaging/information/chronicle/history-f3/, https://shuttersinthenight.com/the-legendary-nikon-f3/, https://www.nipponkogakuklub.com/NKK/Nikonos_History_2.html, https://www.mir.com.my/rb/photography/hardwares/classics/nikonf3ver2/, https://johnnymartyr.wordpress.com/2019/07/18/the-f3-nikons-greatest-achievement/, en anglais

Argentique

Un Ashahi Pentax Spotmatic F, version extended

Préambule.

Celui-ci, ça fait quelques mois qu’il trône sur un bureau et que je me dis qu’il faut lui consacrer un article.

Aujourd’hui, comme j’ai besoin de place sur ledit bureau, c’est l’occasion ou jamais de m’y mettre.

C’est lors d’une brocante couverte à Ath, tout début 2025, que j’avais acheté cet appareil, avec quelques autres, à un charmant Monsieur âgé et grand collectionneur devant l’autel de la photographie, entre autre.

Et vous allez comprendre le sens du titre dans les paragraphes qui suivent, bonne lecture.

Un peu d’histoire.

Pour ceux que ce chapitre n’enthousiasme pas d’ordinaire, pas de panique, je ne m’étendrai pas et pour les autres qui aiment comprendre le pourquoi de leur appareil, je vais les renvoyer à l’article consacré au Ashahi Pentax Spotmatic SP2 où j’ai retracé les grandes lignes de l’épopée du célèbre Spotmatic.

Juste retenir que le Spotmatic F, apparu en 1973, est un des derniers modèles qui, associé à une gamme d’objectifs remaniée de Takumar Super Multi Coated (SMC), avait la capacité de mesurer la lumière sans arrêter l’objectif.

Mais, me diriez-vous, qu’est-ce que ça change ?

Rappelez-vous, avec le Spotmatic premier du nom, le processus de déclenchement se déroule comme suit :

  • la mise au point s’effectue à la plus grande ouverture
  • car il est plus aisé de régler le plan focal de cette manière, le dépoli étant alors plus lumineux
  • puis il faut pousser le levier à gauche de l’objectif pour activer le posemètre et le témoin de profondeur de champ
  • il faut ensuite régler l’exposition correcte
  • enfin, on peut déclencher

Avec le F, on saute l’étape de la mise au point objectif ouvert et activation du posemètre car cela se fait automatiquement grâce à l’obturateur et le nouvel objectif.

Car pour pouvoir effectuer correctement la mesure TTL, il fallait de nouveaux objectifs afin d’établir la communication avec l’appareil photo. Cette liaison est assuré grâce à un tenon sur l’objectif car la monture M42 n’avait pas été prévue pour cela. Cet obstacle sera résolu au passage à la baïonnette de la monture K qui viendra juste après celle-ci.

Les anciennes optiques s’appelaient Auto-Takumar ou Super Takumar. Les nouvelles recevront les désignations de Super Multi Coated Takumar (1971), ou SMC Takumar pour les intimes de la marque (1972). Outre l’ergot sur l’objectif, les focales bénéficient d’un traitement spécial pour réduire le flare et atténuer certaines aberrations.

Détail d'un objectif avec monture M42, mettant en évidence l'ergot pour la communication avec l'appareil photo.

Le Spotmatic modèle F reste un merveilleux appareil école pour apprendre à gérer le triangle d’exposition avec déjà un petit avant goût de ce que seront les appareils plus perfectionnés d’après (monture K) mais en offrant aux néophytes (et aux autres aussi) un parc d’optiques immense, la monture M42 ayant été exploitée tant par les japonais que les allemands ou les russes. Et ces optiques restent particulièrement abordables.

Présentation du Spotmatic F.

Schéma technique du reflex Asahi Pentax Spotmatic F avec numérotation des composants et descriptions.
Source : mes appareils photo

Comme une image vaut mille mots, voici celle qui résume au mieux la philosophie de ce Spotmatic F : du simple, du bien pensé, du solide, même si tout n’est pas parfait.

Du simple.

La présentation est d’un grand classicisme pour un réflex :

  • sur le capot, au milieu et sur le prisme, la griffe pour le flash, avec contact central et synchro X mais aussi une prise pour les flashs plus anciens
  • sur la gauche, la molette de rembobinage avec la manivelle. Si vous la soulevez, elle ouvre la porte arrière. Par dessous, un mémo pour le type de film
  • sur la droite, le levier d’armement, tout en métal, juste légèrement recourbé pour être saisi rapidement par le pouce. Au milieu, le compteur de vue, qui se remet à zéro dès qu’on ouvre l’appareil. Ensuite, la grosse molette qui permet de régler les vitesses et, lorsque vous la soulevez, la sensibilité Asa du film (de 20 à 3200Iso/Asa). Entre les deux, le déclencheur, entouré d’un verrou (On/Off) et fileté si besoin d’un déclencheur souple
  • sous le prisme, le viseur, dépouillé mais bien lisible, avec sur le côté le réglage des valeurs en suivant l’aiguille, alimentée par la cellule. Il offre un grossissement de x0,88 ; la mise au point s’effectue sur un microprisme et l’on peut voir l’action du bouton de test de profondeur de champ directement.
  • par dessous l’appareil, la trappe pour la pile, le bouton pour assurer le rembobinage, le filetage pour le trépied.

Du bien pensé.

La particularité de cet appareil, c’est sa cellule au CdS. En fait, deux cellules au CdS sont placées de part et d’autre de l’oculaire tandis qu’une troisième est située au dessus de celui-ci. Cette dernière est tournée vers le verre de visée et mesure la quantité de lumière reçue, ou pas. Si elle n’en détecte pas, ou pas assez, elle alimente un transistor qui va faire passer le courant vers les deux autres cellules. Enfin, si elle constate assez de lumière, elle considère le transistor comme conducteur et alimente les deux autres cellules en courant. Le système est efficace mais il est gourmand en électricité.

Rappelez-vous, c’est une cellule non pas spot comme le nom de l’appareil l’indique, mais à prépondérance centrale, avec toutefois une petite tendance à utiliser la partie basse de la lumière entrante, afin d’équilibrer mieux celle-ci.

Nous pourrons donc écrire qu’il s’agit d’un appareil semi-automatique à mesure TTL intégrale pondérée, à diaphragme ouvert avec les objectifs SMC Takumar, et à diaphragme fermé avec les Takumar et Super-Takumar, ainsi que les autres objectifs en 42 à vis (qui n’ont pas la petite aiguille pour le réglage de la communication avec le boitier)..

Autre petite chose qui pourrait paraître insignifiante, sauf quand on se rend compte de son utilité : sur le petit bouton de débrayage pour le rembobinage, vous verrez un petit point. Celui-ci indique si le film tourne lorsque vous l’avez accroché et que vous armez.

Vue supérieure d'un appareil photo Pentax Spotmatic F montrant le compartiment de la batterie et le bouton d'ouverture sur le côté.

L’appareil est entièrement manuel et mécanique, l’alimentation électrique n’étant nécessaire que pour la cellule. Il est donc toujours possible de faire des photos avec le Spotamic F, avec ou sans pile.

A ce sujet, un point qui me semble utile à souligner : exit la pile au mercure des appareils de ces années-là, une PX625 qui délivrait 1,35v. Or, de nos jours, on ne trouve plus que des piles PX625A (alcaline) de 1,5v. Mais là où les ingénieurs japonais ont eu le nez fin, c’est qu’ils ont installé un pont Wheatstone sur le circuit. Comme je ne suis pas électronicien, ce que j’ai pu en comprendre, c’est que la valeur absolue de la tension n’est pas pertinente pour ce circuit, mais seulement une différence de tension entre deux diviseurs de tension.

Vous êtes perdus par la technologie (moi aussi) ? En gros, retenez qu’ici peu importe la tension de la pile, qu’il s’agisse de 1,35v ou de 1,5v, la cellule fonctionnera correctement.

Du solide.

L’obturateur est entièrement mécanique, donnant des vitesses de 1s jusqu’au 1/1000s, avec retardateur et pose B, plus synchro flash via la griffe placée sur le toit du pentaprisme (1/60s) ou contact pour flashs plus anciens avec prise et fil.

Presque entièrement en métal, il en faut beaucoup pour l’abîmer et le dérégler (toutefois aucun appareil n’est indestructible !).

C’est une gamme qui sera toujours louée pour sa fiabilité et sa robustesse. Rappelez-vous le Spotmatic SP 2 de l’ami Jean, que je vous ai présenté ICI.

Et pourtant, tout n’est pas parfait, mais on s’y fait rapidement.

Je reviens un instant sur la question de la consommation électrique de l’appareil. Comme il n’y a pas d’interrupteur On/Off pour la mesure d’exposition, celle-ci consomme en continu de l’électricité et vide la pile. Mais seulement s’il y a de la lumière (voir ci-dessus). Habituez-vous donc a toujours garder le bouchon de l’objectif à portée de main car dans le noir, la cellule ne fonctionne plus et vous économisez vos piles !

Second point de friction : l’appareil accepte toujours toutes les optiques en M42 mais seules celles munies de la petite tige d’accouplement vous donneront la mesure à pleine ouverture, dont les Takumar SMC. Pour les anciens Takumar, c’est à ouverture fermée qu’il faut travailler.

Ensuite, quelques uns pourraient lui reprocher son poids (642gr tout nu) mais c’est gage de stabilité aussi, d’autant que le boitier est bien construit et pour l’époque, assez ergonomique en mains.

Petite publicité d’époque :

Appareil photo Asahi Pentax Spotmatic F sur fond spatial avec des étoiles et une planète.
Source : mes appareils photo

Pourquoi extended ?

Enfin j’en viens à ce titre qui vous a peut-être intrigué, mais l’exemplaire que j’ai acquis est monté avec un rail, deux soufflets et un objectif Takumar de 35mm f2.

Un appareil photo de type reflex, avec un soufflet ajustable monté sur un objectif Takumar, posé sur un bureau en désordre avec un ordinateur en arrière-plan.

Alors que je le tournais entre mes mains dubitatives, j’ai compris que cet ensemble, qui fait plus de 50cm une fois tout déplié, n’était pas destiné à la macrophotographie mais à la reprographie de diapositive.

Si de nos jours on peut scanner facilement n’importe quel document, à l’époque de ce boitier on utilisait encore cette technique délicate : on glisse la diapo dans l’espace réservé et on règle les distances pour que tout soit bien net. Ensuite, calcul de la vitesse et clic-clac, c’est dans la boite !

Il suffit d’avoir un bon trépied, solide, ou une table qui ne tremble pas et c’est parti.

Avouez quand même que l’ensemble est un peu impressionnant …

Que penser de cet appareil ?

Muni d’une bonne sangle de transport, vous voici prêt à sillonner les rues, les paysages qui sont près (ou loin) de chez vous. Juste à penser de mettre quelques films dans son sac, de prendre un flash au cas où, et quelques piles pour ce dernier et vous voici dans la peau d’un photographe old school, de ceux qui savaient utiliser la lumière, bien secondés par leur boitier fidèle.

Personnellement, je ne regrette qu’une chose sur ce Spotmatic F : il n’y a pas de stignomètre à coïncidence pour aider à la visée, seulement un dépoli, fin, mais moins précis que l’autre système pour les prises de vue.

Même si on s’y habitue, pour moi, c’est un manque.

Mais à côté de cela, quel plaisir !

Il me rappelle les sensations de mon bon vieux Fujica ST 605N (aussi un appareil avec objectifs à vis M42) ; il ne faut pas être pressé mais quelle joie quand vos photos vont apparaître dans leur bain de révélateur !

Question prix, un exemplaire comme celui-ci se négocie autour des 100€ et environ 80€ pour le boitier et un objectif seul (sauf s’il s’agit d’un Takumar SMS de 50mm ouvrant à f1,4 car là il vous faudra bien casser votre tirelire)

Des exemples d’images prises avec un boitier identique LA.

Vidéos d’illustration.

Restons dans la famille, … quand j’écrivais que c’était un excellent appareil école !

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi en français, c’est par ICI.

  • Origine : Japon
  • Ashahi Pentax Spotmatic F
  • Date de fabrication : à partir de 1973
  • Format de film : 35mm
  • Visée : stigmomètre à image non divisée, dépoli fin
  • Cellule : oui, TTL
  • Mode(s) d’exposition : manuel
  • Sélecteur d’ISO : de 20 à 3200 ISO
  • Vitesse : B jusqu’au 1/1000ème
  • Retardateur : oui
  • Monture : M42 (à vis) dit universelle
  • Nombre de poses : jusqu’à 36 poses
  • Poids : 620 grammes nu environ
  • Pile : oui (Px625A)
  • Accessoires : flash, objectifs interchangeables
  • Dimensions : 143 mm (longueur) x  92 mm (hauteur) x 88 mm (largeur) avec objectif 50mm.
Tableau des spécifications de l'Asahi Pentax Spotmatic F, incluant des informations sur l'année d'introduction, les modes d'exposition, les vitesses d'obturation, et d'autres caractéristiques techniques.

Résumé de la gamme :

Tableau comparatif des modèles d'appareils photo Spotmatic, présentant leurs caractéristiques techniques et fonctionnalités.
Source : whitemetal

Des références.

https://www.danstacuve.org/test-asahi-pentax-spotmatic-f/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10314-Pentax_Spotmatic%20F.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Pentax, https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_produits_Pentax, https://www.mes-appareils-photos.fr/Pentax-Spotmatic-F.htm, https://www.vincentmorreale.com/blogue/asahi-pentax-spotmatic-f, en français ; https://www.pentaxforums.com/camerareviews/pentax-spotmatic-f.html, https://en.wikipedia.org/wiki/Pentax_Spotmatic, https://www.35mmc.com/14/09/2020/pentax-spotmatic-f-review/, https://dustygrain.com/pentax-spotmatic-f-review/, en anglais

Argentique

A éviter lors des manifestations, le Zenit 12 XPS FotoSniper

Préambule.

Pourquoi ce titre étrange ? Si vous vous en souvenez, je vous ai déjà présenté un FotoSniper, le FS-12, qui était dans sa boite, complet avec absolument tous ses accessoires d’origine.

Et déjà à l’époque, je signalais qu’il valait mieux éviter d’utiliser cet ensemble lors d’une manif, pour éviter de se faire tirer dessus ou, au moins, embarquer manu militari.

Deux images valent mieux que cent mots :

Vous saisissez le sens du titre ?

Mais alors, à quoi sert cet engin ? A l’origine (voir précédant article), au KGB pour débusquer les mouvements ennemis, ensuite à certains journalistes, puis à des photographes animaliers, enfin à qui veut se faire plaisir avec un ensemble photographique hors du commun !

Celui-ci je l’ai trouvé à la brocante d’Andenne ce weekend. Il était triste à voir car son filtre de protection était brisé, le bord bien enfoncé, vraisemblablement dû à une chute car ce gros filtre en alu était bien plié et le verre bien fendu.

Outre une propreté douteuse, l’appareil déclenchait encore, l’objectif variait en fonction de la distance. Bref, il allait mériter un bon nettoyage, une bonne remise en état, quelques efforts pour ôter ce filtre bien utile car c’est lui qui a tout pris et la lentille est intacte par dessous.

Petite négociation car la vendeuse pensait qu’il était fichu et j’embarque l’engin dans le sac à dos. Ce qui me valut quelques regards bizarres car la crosse dépassait.

Un peu d’histoire.

A ceux qui zappent régulièrement ce passage, je fais cette fois une fleur car je ne reviendrai pas sur l’histoire de cet ensemble, elle a déjà été présentée dans l’article précité.

Juste préciser que ce modèle fut parmi les derniers fabriqués par Krasnogorsk (KMZ), la firme qui était aussi à l’origine des Zorki, des MIRS et des Zenit. Il fut en effet fabriqué dans les années quatre-vingt et à l’époque, le mur de la honte allait tomber à Berlin, le KGB avait investi dans des appareils plus discrets, les américains aussi, et la guerre froide n’était jamais aussi chaude qu’en ces temps-là !

Présentation du Zenit 12 XPS Fotosniper.

Le Zenit 12 est une variation améliorée du Zenit TTL. Finie la pile au mercure, remplacée par 2 piles alcalines (LR43-SR43) de 1,5v.

Ensuite le posemètre est muni de deux cellules CdS, placées derrière le prisme et non plus devant celui-ci, derrière un miroir semi-transparent. Plus précise, surtout en milieu sombre, elle abandonne aussi l’aiguille du galvanomètre au profit de deux diodes qui avertissent en cas de sur ou sous-exposition et, lorsqu’elles clignotent de concert, c’est que l’expo est bonne.

A cette cellule plus précise, on a ajouté une nouvelle lentille de Fresnel avec un dépoli à micro-prismes qui facilite la mise au point, le viseur étant plus lumineux.

Ceux qui ont plus de 40 ans se souviennent des Zenit 12 XP, la coqueluche des photographes amateurs des années 1980 – 1990. Son prix de vente, bien en dessous des réalisations japonaises, combiné à un génial objectif Hélios 44M, sa monture en M42 qui lui ouvrait un gigantesque parc d’objectifs de toutes les marques, sa robustesse de tank soviétique en ont fait une star des sacs amateurs.

Parlons-en de sa robustesse d’ailleurs, car la baffe que celui-ci a pris en aurait démonté plus d’un autre. Je vous assure, pour plier le bord du filtre, il a fallu que l’appareil tombe de haut.

Malgré de nombreuses tentatives, j’ai dû me résoudre à couper la couronne du filtre car il était impossible de le desserrer. Ensuite, j’ai fait sauter les morceaux de verre (épais), en veillant à ne pas toucher la lentille en dessous et intacte. Enfin, j’ai déchiré le métal sur le pourtour pour arriver à tout retirer correctement. Doigté et délicatesse de rigueur.

Le fait que l’objectif ait été fixé sur le rail du pistolet pointeur a sans doute contribué au sauvetage de l’ensemble, et c’est heureux. La monture est intacte, tout comme le mécanisme interne de l’objectif qui est fonctionnel, le boitier aussi. Solide le gaillard !

Le Zenit 12 XPS est en tout point identique au 12 XP (sorti en 1983 et produit à plus d’un million d’exemplaires), en tout cas dans la mécanique mais le S signale qu’il a été légèrement transformé pour être monté sur un PhotoSniper, nous allons voir cela.

Sur le boitier, les modifications sont sur le bas du corps :

  • une capsule en aluminium qui porte un pointeau, qui remplace le déclencheur et qui est actionné par la gâchette du fusil
  • ensuite, à droite, une autre espèce de tourelle avec une prise de type jack (2,5mm) pour le couplage
  • un embout pour l’utilisation d’un trépied est positionné sur l’avancée du fut porte objectif
  • réarmement via le bouton rouge placé sur l’objectif ou via le levier classique

Quant à l’objectif, il a été lui aussi modifié :

  • réglage de la distance par une crémaillère asservie à un gros bouton au bout de la focale
  • gros bouton rouge pour activer l’armement du boitier
  • réglage de l’ouverture via une bague au tout début du fut
  • en son milieu, gros pas de vis pour la fixation sur le fusil mais qui peut être utilisée pour fixer un trépied (recommandé quand c’est le TAIR qui est monté sur le boitier)

Le mode d’emploi (voir ci-dessous) et les vidéos ici plus bas vous montrent mieux qu’en 1.000 mots comment utiliser cet engin venu d’une autre époque mais toujours aussi intriguant.

Que penser de cet appareil ?

Enfonçons allègrement une porte ouverte : avec cet engin, vous ne passerez pas inaperçu, sauf peut-être en forêt, dense.

A l’origine, le Fotosniper était livré aussi avec un Hélios de 58mm en M42, qui autorisait une utilisation plus classique. Mais dès que vous montez dessus le TAIR 300s, c’est autre chose.

Quoique si vous évitez le montage sur la crosse mais sur un trépied, vous voila avec un simple appareil muni d’un gros téléobjectif. De fait, c’est la crosse de type fusil qui interpelle.

Mais encore une fois, les plus de 40 ans se souviennent de ces accessoires qui ont existé dans d’autres marques aussi, pour monter des longs téléobjectifs. Mais ces montages n’étaient pas aussi bien intégrés que celui-ci.

Ceci étant posé, que penser de la qualité et de l’utilité de cet appareil ?

Avec un Zenit, le terme qualité en fait toujours sourire quelques uns car elle est souvent aléatoire, la programmation quinquennale des usines soviétiques étant celle-qu’elle était.

Mais lorsque l’appareil est bon, il l’est vraiment. Rudimentaire, coupé à la serpe et travaillé au marteau, il intègre néanmoins ce dont on a besoin pour faire une bonne photo : une cellule précise, une sélection de vitesses utiles, la possibilité de monter un flash et, surtout, d’excellents objectifs en monture M42.

Parfois décrié, l’Hélios de base (58mm f2) donne de bons résultats, avec ce bokeh un peu particulier des optiques russes (Swirly bokeh ou en œil de chat). Quant au TAIR 300, il est sensible au flare mais pas mauvais du tout. De nombreux amateurs le monte sur un numérique avec une bague d’adaptation car c’est finalement un bon télé pas cher (il existe aussi en version non modifiée pour le Fotosniper).

Voyez ici des exemples de photos prises avec cet objectif.

En résumé, si vous aimez pratiquer la photo animalière, cet ensemble vous donnera satisfaction. Bien évidemment on peut l’utiliser dans toutes les situations où un téléobjectif est utile mais l’utilisation avec la crosse vous fera vite remarquer. C’est souvent un excellent moyen pour créer du lien.

Mais n’oubliez pas que vous pouvez aussi le monter sur un trépied, plus conventionnel.

A vous de choisir, qu’en pensez-vous ?

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI ou LA (anglais).

  • Appareil photo reflex 35 mm à monture M42 (inventée par Pentax et dite universelle)
  • Mise au point manuelle
  • Fabriqué par KMZ sous la marque Zenit . Il s’agit de la version Sniper du 12XP conçue pour le système Fotosniper/Photosniper.
  • Possède un déclencheur supplémentaire au bas de l’appareil photo qui se couple à la crosse du sniper et d’un connecteur pour l’objectif Tair 300 pour la mesure à pleine ouverture. Corps en métal et en plastique, disponible en noir.
  • Obturateur : Horizontal, plan focal, 1/30s X – 1/60s – 1/125s – 1/250s – 1/500s + B
  • Cellule au CdS alimentée par 2 piles LR43
  • Plage ISO : 25 – 400
  • Taille : 135 x 105 x 59 mm
  • Poids : 616g pour le boitier, 650gr pour le TAIR 300 (f4,5 – f22, mise au point minimale de 3m)

Des références.

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-11377-Krasnogorsk_Zenit%2012%20XP.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-14832-Krasnogorsk_Zenit%2012%20XPS.html, https://essai-armes.com/2021/09/26/fusil-photographique-russe-photosnaiper-photosniper/ en français ; https://cameracollector.net/kmz-zenit-photosniper-fs-12/, https://cameragocamera.com/2021/05/19/zenit-12s-and-the-photosniper/, en anglais

Argentique

Le Miranda Sensorex

Préambule.

Cet appareil fait partie de la série de ceux ayant appartenu à un collectionneur, que je vous ai présenté dans un article hommage.

En principe, il était dans une caisse contenant des appareils en panne, mais hormis sans doute la cellule et une languette manquante à la molette de rembobinage, tout fonctionne bien. Nous verrons bien …

C’est en tout cas un très bel appareil, très particulier, comme souvent les Miranda.

Mais nous allons voir cela en détail ….

Un peu d’histoire.

Si vous suivez le site, c’est une marque que j’ai déjà abordée à travers trois appareils, le Miranda Sensomat, le Miranda TM et le Miranda Sensomat RE.

Et je me rends compte que j’ai été un peu vite pour vous présenter l’histoire de cette marque singulière, aux appareils étonnants. Rattrapons-nous donc …

Ogihara Akira et Ōtsuka Shintarō sont deux ingénieurs en aéronautique qui ont travaillé sur un moteur à réaction à impulsions, comme celui de la sinistre fusée allemande V1. A la fin de la seconde guerre mondiale, ils se retrouvent sans emploi.

Otsuka retrouvera du travail dans l’aéronautique civile et travaillera sur des moteurs à turbines à gaz civils.

Pendant ce temps, Ogihara s’installe dans les locaux de l’ancien centre de recherche de l’université de Tokyo et fonde Orion Seki Sangyō en 1947.

Le premier produit d’Orion, conçu par Otsuka, qui a entre-temps rejoint son ami, est un coupleur qui permet de monter les objectifs Contax RF et Nikon S sur des boitiers de type Leica à montage visant.

Ensuite, ils lancent un viseur reflex, le Mirax, des soufflets macro, le Focabel et un ensemble d’objectifs.

Ces accessoires se vendent bien et le duo se proposent de lancer leur premier appareil photo.

Ce sera l’Orion Six en 1954, un folding en 6×6 ou 4,5x6cm. Ensuite, ce sera le tour du Phoenix, premier reflex japonais à utiliser un pentaprisme.

Appareil photo vintage 'Phoenix' avec un design métallique, objectif visible, et un prismatique sur le dessus.
Source : Suaudeau

En 1957, la société change de nom, pour devenir Miranda Camera K.K.

Divers distributeurs s’occupent de vendre leurs produits mais en 1959, c’est Ricoh qui s’en occupe. Dès lors, les produits sont intégralement vendus à l’export et ne sont plus disponibles au Japon. Il faudra attendre 1964 pour que les Japonais puissent de nouveau acheter les produits Miranda.

Le premier produit est assez anguleux, mais les formes s’arrondissent lentement dès le Miranda D (1960), puis l’Automex. Au fil des améliorations de leurs appareils, Miranda change la conception du boitier de ses appareils et ils lancent donc le premier appareil à disposer d’une cellule, au sélénium. Cette cellule, externe avec mesure à aiguille dans le viseur, s’ajoute à une autre nouveauté importante, une monture double, c’est-à-dire à baïonnette et vissante (M44) afin de préserver les clients qui ont d’anciennes optiques de la marque.

Les nouveaux objectifs à monture à baïonnette ont ajouté la capacité d’actionner en interne le diaphragme et ont permis à une liaison mécanique de communiquer l’ouverture réglée sur l’objectif avec le corps pour la mesure couplée.

Dès 1962, Miranda décide de produire ses propres optiques. Auparavant, elle se fournissait chez Zunow, Soligor (marque du distributeur de Miranda aux USA, optiques fabriquées par Kenko/Tokina).

En 1963, l’entreprise lance son usine d’objectifs Miranda. Elle fit évoluer l’Automex devenu second du nom et lance le Miranda F.

En 1965, les cellules au sélénium sont abandonnées au profit de celles au CdS. Celles-ci sont placées en externe sur l’Automex III. En 1966, Le Sensorex remplace la série des Automex et il intègre lui une mesure TTL à ouverte complète, avec un affichage dans le viseur via une aiguille.

La nouveauté de cette cellule au CdS est qu’elle permettait d’être toujours opérationnelle, même avec le prisme ôté.

1967, le Sensorex sort et propose une mesure de la lumière TTL originale et un pentaprisme. Construit avec soin, c’est un reflex mono objectif, interchangeable, avec une cellule au CdS. Il est assez lourd (près d’1kg) mais superbement construit.

Sept modifications seront appliquées au Sensorex, jusqu’au Sensorex EE, qui recevait un mode semi-automatique à priorité ouverture.

Petit à petit, Allied Impex, leur importateur US, prend de plus en plus de part dans l’entreprise. L’usine déménage et quitte Tokyo (1970).

Le Sensorex EE sort en 1971 avec un mode priorité vitesse qui oblige à changer la monture de l’appareil.

Nouvelle innovation en 1972, le Sensoret, le seul télémétrique produit par Miranda, mais magnifique inspiration : obturateur électronique Seiko et cellule au CdS, objectif Soligor de 38mm ouvrant à f2,8.

Appareil photo Miranda Sensoret avec objectif Soligor 38 mm f/2.8, présenté de face sur fond neutre.

En 1975, un Sensorex RE-II et un DX-3 sortent pour essayer que Miranda puisse rester dans la course : les prismes ne sont plus interchangeables, la monture change radicalement et passe à la EC, ils sont semi-automatiques et le DX-3 .

En 1975, l’entreprise sort le DX-3, un reflex avec prisme fixe et obturateur contrôlé électroniquement. Hélas, ce sera un échec commercial tragique car il faut quand même régler soi-même l’ouverture et la vitesse. Miranda fait faillite (1976) car elle rate complètement le passage à l’électronique. Pourtant la marque sera réutilisée pour vendre un peu de tout, sans rapport avec les anciens produits.

Finalement, la société Dixons a acheté le droit pour le nom Miranda et a produit plusieurs appareils sous ce label après 2011, bien qu’il semble qu’elle ne l’utilise plus.

Que retenir de cette épopée ? Chez Miranda, tout était fabriqué en interne, hormis les optiques, au début. Les deux concepteurs à l’origine de l’entreprise étaient des professionnels pointus dans leur métier (aéronautique) qui ont sans doute gardé de leur passé cette rigueur de fabrication, qui n’excluait pas l’innovation. Car ils ont été précurseurs, vous l’avez lu. Mais comme souvent, les précurseurs ratent le passage à un autre niveau que celui de leur expertise (Polaroid, Kodak, Voigtländer, Agfa, par exemple, pour citer les cas célèbres).

N’empêche, ils nous ont livré de superbes appareils, qui fonctionnent encore pour la plupart, 60 ans plus tard.

Présentation du Miranda Sensorex.

Tout d’abord, balayons les grincheux qui tiennent pour acquis que tous les Miranda sont mauvais. Au contraire, en ce qui concerne le Sensorex, c’est une petite merveille d’ingénierie, pour son époque. Même s’il est vrai que dans les années septante (et pour la production de ces années-là), la qualité fut moindre.

Il succède à l’Automex, qui offrait déjà, en 1961, pour 299,99$ un appareil photo avec posemètre intégré alors que le Nikon F (329,50$) n’en avait pas.

En 1966, Miranda fait migrer le posemètre dans le boitier pour la mesure TTL (à travers l’objectif), ce qui permettait la mesure à pleine ouverture. Mais pour y arriver, il fallait modifier la monture d’objectif, en ajoutant un bras à l’extérieur, qui se couplerait à un anneau autour du corps de l’objectif afin que le boitier puisse connaître l’ouverture sélectionnée sur l’objectif.

C’est un peu le principe repris aussi par Nikon et ses oreilles de lapin sur les objectifs Nikkor pour le réglage de la cellule. Mais le bras de couplage de Miranda était mieux pensé que celui de Nikon car il ne fallait pas toute une gymnastique pour calibrer la position de l’accouplement. Par contre, comme chez Nikon, il rendait incompatibles les anciens objectifs Miranda, sans ce bras.

Guide d'utilisation pour la mesure de la lumière à diaphragme fermé pour le Miranda Sensorex, incluant des instructions sur le réglage des sélecteurs et de l'objectif.

Le Sensorex a utilisé à peu près le même design de carrosserie de base que l’Automex, remplaçant l’espace occupé par la grande grille en ni d’abeille de la cellule au sélénium par une plaque décorative garnie de noir et de chrome qui ressemble un peu à la calandre d’une Mercedes. Le Sensorex n’était pas seulement le haut de gamme de la gamme Miranda à l’époque, mais allait également devenir une sorte de produit de référence pour la marque.

Appareil photo réflex Miranda Sensorex posé sur un fond bleu, mettant en évidence son objectif et ses commandes.

C’est un appareil manuel avec une cellule au CdS (pour rappel en 1967, la plupart des appareils ont des cellules au sélénium) qui nous réserve d’autres surprises, car le Miranda s’inscrit dans un véritable système modulaire :

  • sa monture, double ! En effet, l’extérieur est spécifique aux Miranda mais à l’intérieur, il y a en une seconde, filetée, qui permettait aux anciens clients de garder leurs anciens objectifs tout en bénéficiant, s’ils le désiraient, de la nouvelle pour compléter leur parc ;
  • sa monture donc (44mm), tout d’abord, qui a été étudiée pour permettre d’adapter la plupart des objectifs en M42 de l’époque moyennant un modeste adaptateur et la mise au point à l’infini est conservée (le plan film est très serré) ;
  • le pentaprisme peut s’ôter et laisser la place à un viseur poitrine, tout en gardant la cellule fonctionnelle et la mise au point sur le verre de visée ;
  • un autre prismes est prévu : il permet d’agrandir 15 fois le centre de l’image, ou l’ensemble de la visée peut s’agrandir 5 fois (utile pour la macrophotographie ou la microphotographie couplé à un microscope) ;
  • un sélecteur indique l’ouverture maximale de l’objectif sur l’appareil (de f1,4 à f8). Il neutralise les plus grandes ouvertures dans la mesure de l’exposition qui s’effectue à travers l’objectif (mesure TTL à pleine ouverture) ;
  • la mesure est pondérée, c’est-à-dire que l’exposition à la lumière est mesurée dans la moitié basse de l’image (on voit d’ailleurs les marques de la cellule sur le miroir) ;
  • le déclencheur est monté à l’avant de l’appareil et pas sur le capot supérieur ;
  • il est doté d’un miroir sans vibrations ;
  • et d’un obturateur très silencieux ;
  • les objectifs montés sur le Sensorex comprenaient un levier à ressort pour le fonctionnement manuel du diaphragme afin de prévisualiser la profondeur de champ.
Publicité du Miranda Sensorex, montrant l'appareil photo avec un objectif, entouré de boîtes et de documents, mettant en avant ses caractéristiques innovantes.
Publicité d’époque

De fait, le Sensorex propose des solutions que d’autres appareils, certes un peu plus légers, (comme Le Pentax MTL 30) ne proposeront que 10 ans plus tard. Son but était de concurrencer, à prix plus abordable, le Nikon F et le Topcon Super D, appareils pro qui avaient aussi la fonction du prisme interchangeable.

Le Miranda Sensorex comptera, nous l’avons lu, sept versions différentes. Celui que je vous présente est de la troisième génération.

Tableau récapitulatif des types d'appareils Miranda Sensorex, contenant des informations sur les numéros de série, les objectifs standards, les types de mesure, les ouvertures maximales, et les finitions.
Gros plan sur le boîtier d'une caméra Miranda, montrant le numéro de série et l'insigne 'MIRANDA CAMERA, Japan' sur le côté.

En résumé, c’est un appareil assez sophistiqué pour son époque, qui demande un peu d’habitude pour en tirez le meilleur.

Trouver des objectifs n’est pas toujours chose aisée, sauf si vous avez la chance de posséder l’adaptateur qui vous autorisera à y monter des cailloux en M42.

Vous aurez aussi remarqué que dans les premières moutures, il n’y a pas de griffe porte-accessoires, bien qu’il y ait une prise flash sur la tranche gauche. Le levier pour mettre l’appareil en synchronisation avec le flash est sous la couronne de la molette de rembobinage.

Pour ouvrir le boitier et y glisser un film, il faut d’abord appuyer sur le petit verrou sur la tranche de la réglette et ensuite tirer sur le verrou proprement dit. En fin de pellicule, appuyer sur le bouton de débrayage, sur la semelle, sortir la manivelle de rembobinage et tourner. A notre que le compteur de vue se remet à zéro automatiquement.

Vue latérale d'un appareil photo reflex Miranda Sensorex sur un support bleu, avec un objectif visible à gauche et différents boutons sur le dessus.

Pour ôter le prisme, faite glissez vers la gauche le petit bouton rond, à côté du compartiment de la pile, et tirez lentement vers vous le prisme. C’est une pièce fragile aux rayures, ne le posez pas n’importe où ni n’importe comment.

Le réglage de l’ouverture maximale de l’objectif que vous allez utiliser est sur le bouton rond en façade. On fait avancer ou reculer les chiffres en actionnant la couronne sur la face de ce bouton. Remarquez aussi le bras de commande autour de l’objectif.

Enfin, pour déverrouiller l’objectif de la baïonnette, il fut appuyer sur la tirette sur la droite (vu de face) et tourner un quart de tour anti-horaire. Pour le refixer, faites bien correspondre les deux points rouges de repère et tourner dans le sens horaire d’un même quart de tour.

Que penser de cet appareil ?

Pour le dire familièrement, c’est un gros bébé. Prévoyez d’office une sangle confortable pour l’emmener avec vous en balade, vos cervicales vous remercieront.

Est-il toujours utilisable ? Oui, sans aucun doute, en tout cas pour qui veut revenir aux prémices de la photo reflex.

Rappelez-vous, oui, il y a une cellule au CdS qui fonctionne à travers la vision de votre sujet (TTL) dans l’objectif et vous permet donc un réglage assez fin. Au sujet de la cellule, il faut une pile normalement de 1,35v pour remplacer celle au mercure, introuvable heureusement. Vous devrez soit utiliser une pile moderne 625A (1,5v) ou une pile Zinc-Air de 1,35v à glisser dans un adaptateur. Ceci dit, cette pile ne sert qu’à alimenter ladite cellule. En cas de panne de cette dernière, l’appareil reste tout à fait fonctionnel.

Oui, vous pouvez enlever le prisme pour faire une vision à hauteur de poitrine, vous rendant plus discret (parfois). Et la cellule continue de vous informer.

Oui, vous pourrez monter dessus votre collection de M42, si vous avez un adaptateur adéquat. Sinon, il vous reste à utiliser l’engin avec son 50mm. Il ne s’en sort pas trop mal d’ailleurs.

C’est un très bel exemple de ce qui se concevait dans les années soixante et il peut donc certainement être une pièce de collection attirante.

Au niveau prix, pour un appareil en très bon état et fonctionnel, comptez quand même de 80 à 100€ pour en acquérir un. Au poids, vous n’êtes pas perdant !

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI (multi-lingues).

Ces données appartiennent à la caméra Sensorex Type 1

Fabriqué par Miranda Camera Co., Tokyo, Japon
Tous les Miranda Sensorex seront produits entre 1966 et 1972
Appareil photo reflex 35 mm
Objectif : Auto Miranda 50 mm f/1.9 en 5 groupes de 6 éléments, diaphragme entièrement automatique couplé à un posemètre TTL CdS, avec réglage du diaphragme et leviers de prévisualisation de la profondeur de champ, interchangeable
Monture à baïonnette Miranda et la monture d’objectif dispose également d’une vis intérieure de 44 mm pour Miranda 44M ou d’autres objectifs à monture à vis via des adaptateurs
Ouverture : f/1.9 – f/16, pas de butée de clic
Plage de mise au point : 0,3-5 m +inf.
Molette de sélection du numéro de l’objectif : réglages entre f/I.4 – f/8, sur la face avant gauche de l’appareil photo
Libération de l’objectif : Tout en appuyant sur le levier de verrouillage de l’objectif sur le côté droit du barillet de l’objectif, tournez l’objectif dans le sens inverse des aiguilles d’une montre l/8 d’un tour complet. Lorsque le point rouge sur le barillet s’arrête à la ligne rouge sur le boîtier de l’appareil photo, l’objectif se détache facilement.
Mise au point : par centre d’écran multi-microprismes, bague et échelle sur l’objectif, avec échelle DOF
Obturateur : tissu, plan focal horizontal, vitesses 1-1/1000 +B, marquage rouge de la synchronisation du flash.1/60
Indicateur d’enroulement de film (armement de l’obturateur)
Miroir : Retour instantané
Viseur : Pentaprisme reflex, interchangeable, (mais pas écran), pas de parallaxe (différence entre la zone couverte par le viseur et par l’objectif de prise)
Désengagement du viseur : à l’aide d’un petit bouton argenté à l’arrière de la plaque supérieure, faites glisser le bouton vers la gauche et faites glisser le viseur vers l’arrière
Posemètre : cellule au CdS, TTL, mesure moyenne pondérée inférieure (élimine l’influence lumineuse du ciel), lecture de la lumière à ouverture totale
Réglage de l’exposition : réglez d’abord la vitesse souhaitée, réglez la sensibilité du film (ASA), réglez la molette de sélection de l’objectif de l’appareil photo et allumez l’interrupteur du compteur, puis tournez la bague d’ouverture jusqu’à ce que les aiguilles (l’une est en forme de C ouvert) correspondent dans le viseur, (en effet, ces aiguilles sont à l’écran)
Réglage ASA : 25-1600, fenêtre sur la numérotation abrégée ; Réglage : en soulevant et en tournant la bague extérieure
Interrupteur On/Off : près du bouton de rembobinage,
Indicateur On/Off : petite fenêtre à côté de l’estampage batterie, sur la bague de sélection du synchroniseur de flash au bas du bouton de rembobinage
Prise PC flash : côté gauche de l’appareil photo
Synchronisation du flash : FP (plan focal des ampoules du flash) 8t ; X 1/60t, réglage via la bague de sélection du synchroniseur de flash, petite fenêtre à côté de l’estampage Flash, au bas du bouton de rembobinage
Autres : Retardateur ; Douille de trépied 1/4 pouce ; anneaux pour sangle; Coque arrière amovible
Corps : métal ; Poids : 988 g avec objectif 35 mm
Batterie : uniquement pour posemètre, Mercury 1.35v PX625, (accepte PX625A / LR9, mais mieux est 1.35v Zinc/air dans un adaptateur)

Des références.

https://mikeeckman.com/2019/02/miranda-sensorex-1966/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Miranda_Sensorex, https://camera-wiki.org/wiki/Miranda_Sensorex, http://www.alexluyckx.com/blog/2025/05/06/camera-review-blog-no-168-miranda-sensorex/, https://blog.jimgrey.net/2024/11/11/miranda-sensorex/ en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/miranda-sensorex/, en allemand ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Miranda_Sensorex, https://manondamoon.com/2017/08/07/un-appareil-le-miranda-sensorex/, https://www.philcameras.be/miranda/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-594.html, http://www.ericconstantineau.com/photo/review_mirandasensorex_fr.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Miranda_Camera_Company, https://www.suaudeau.eu/memo/histoire/Miranda.html, https://www.mes-appareils-photos.fr/Miranda-Sensorex.htm, en français

Argentique

Un ensemble exceptionnel : un Voigtländer Bessamatic De Luxe dans son sac d’époque et ses accessoires. Seconde partie, les accessoires.

Préambule.

Il y a quelques jours, je postais le premier article consacré à cet appareil, le Voigtländer Bessamatic De Luxe.

Aujourd’hui, je vais consacrer un nouvel article au contenu du sac qui accompagnait ce boitier légendaire.

Tout est en l’état car j’aime bien laisser le tout dans son jus, sauf à nettoyer les lentilles et filtres pour les rendre utilisables.

Un peu d’histoire.

Rassurez-vous, je ne vais pas recommencer l’histoire de Voigtländer ni celle du Bessamatic, vous trouverez tout ce qui peut vous intéresser dans le premier article déjà cité ci-plus haut.

Présentation des accessoires du Bessamatic De Luxe.

Le tout premier accessoire, c’est ce sac d’origine, bien rempli. Il est encore en bon état mais digne témoin qu’il a été utilisé par son propriétaire, soigneux.

Un sac en cuir contenant divers accessoires photographiques dont des filtres, des lentilles et un viseur, sur un bureau en désordre.

Ensuite, le sac tout prêt, indissociable de ce type de boitier : lui aussi est en très bon état, même la lanière de cuir, sur laquelle est attaché un petit sac, un peu lourd et mal équilibré car il contient un objectif, le téléobjectif Super-Dynarex 135mm f4, muni de ses deux bouchons.

Un sac en cuir marron et un étui pour objectif, tous deux en bon état, posés sur une surface de bureau avec un fond flou.

Un bel objectif, tout en métal, gainé de simili cuir, aux lentilles impeccables. Petite remarque amusante : quand vous ouvrez le sac qui le protège, il sort presque comme un beau diable car un ressort est placé sous la plaque de soutient !

Vient après (dans le désordre) un viseur d’angle dans sa belle boite bleue, suivi d’un magnifique pare-soleil carré dédié au 35mm. Mais hélas, pas d’optique 35mm !

Un aperçu d'un sac en cuir contenant divers accessoires pour appareil photo, incluant des étuis, des notices et des filtres, sur une surface de travail.

Deux modes d’emploi, l’un en français, bien feuilleté, l’autre en allemand.

Puis une pochette en cuir, qui contient 4 lentilles nommées de A à D, qui sont des close-up plus ou moins puissants.

Une pochette en cuir contenant quatre lentilles nommées de A à D pour la photographie, avec une boîte bleue à côté, identifiant un viseur d'angle.

Une bobine autour de laquelle est enroulé un câble pour flash. Je vais ajouter un flash Voigtländer à ampoule que je dois avoir dans mes stocks pour que ce soit complet.

Vue intérieure d'un sac contenant un câble de flash enroulé, avec une pochette en cuir à l'arrière.

Enfin, sur la face supérieure du sac, quatre emplacements pour des filtres : un UV, un jaune, un vert. Il y manque le rouge, déjà fixé sur l’appareil.

Quatre filtres de lentille marqués UV, J, V, et un boîtier en plastique blanc, placés dans une pochette en cuir.

Je sais, cela ressemble à un inventaire à la Prévert, mais c’est ainsi que j’ai ouvert le sac et sorti les éléments du sac.

De nombreuses autres présentations ont existé, selon les besoins et/ou les moyens des photographes :

En bas, à gauche, l’appareil avec les différents objectifs dont le Zoomart et le Super-Dynarex 350mm f5,6 ; au centre, le renvoi d’angle ; à droite, une autre proposition de sac et contenu pour un Bessamatic

Que penser de cet ensemble ?

Il manque sans doute le 35mm puisque j’ai le pare-soleil, mais le reste est là.

Avec le filtre rouge installé sur la lentille de l’appareil, je peux peut-être déduire que le propriétaire de l’ensemble travaillait en noir et blanc et je suppose, en voyant le renvoi d’angle et les close-up, qu’il pratiquait sans doute la proxiphotographie.

Mais j’arrête là Sherlock Holmes et ses déductions ….

Les photos que je vous ai montrées étaient celles du déballage à chaud, sans nettoyage. Aujourd’hui c’est chose faite : sac propre, intérieur nettoyé, silicone sur les tirettes, oxydation des métaux nettoyée, filtres et objectifs bien propres.

Tel quel, cette ensemble vaut dans les 300€ et il est de nouveau prêt à rendre service à un photographe curieux.

Vous peut-être ?

Argentique

Un ensemble exceptionnel : un Voigtländer Bessamatic De Luxe dans son sac d’époque et ses accessoires. Première partie, l’appareil photo.

Préambule.

Honnêtement, je ne me souviens plus où j’ai acheté ce sac, que j’avais un peu laissé de côté. La seule chose dont je suis certain, c’est de m’être dis, en le voyant : quelle chance, il est complet ! Et quand le vendeur m’a donné son prix, c’est devenu : quelle aubaine !

De fait, je suis très heureux d’avoir pu acquérir cet appareil, que je cherchais , mais surtout, avec ces accessoires, rares. Plus encore, c’est de penser qu’un amateur de photo a pris la peine de se constituer un jeu complet de ce qu’il estimait être utile à sa pratique, et de le découvrir quelques septante ans plus tard, dans son jus mais fonctionnel …

Un peu d’histoire.

Voigtländer est sans doute la plus ancienne marque d’appareils optiques et photographiques car elle prend forme grâce à Johann Christoph Voigtländer à Vienne (Autriche), en 1756.

A l’origine, l’entreprise fabrique des instruments d’optique et c’est donc tout naturellement qu’elle se dirigera vers les objectifs pour appareils photo.

C’est elle qui crée, en 1840 l’objectif Petzval, qui est le plus rapide à l’époque (f3,7). Puis elle fabriquera le premier appareil photo daguerrotype entièrement métallique au monde, en 1841.

Surtout connue pour ses appareils à soufflet (folding), à plaque d’abord, puis avec film, comme le Perkeo, il faudra attendre 1931 pour voir son premier grand succès de masse, le Voigtländer Bessa.

Sa production ne se limite pas aux appareils pliants car elle sortira aussi de très beaux appareils fix-focus ou télémétriques dans la série des Voitgländer Vito ou Vitessa, entre autre.

Les marques allemandes régnaient encore sur le télémètre avec des légendes comme Leica et Contax, bien que de nombreuses entreprises japonaises eussent produit d’excellents boitiers (Canon J ou 8B ; Nikon I ou M, par exemple).

Mais au contraire des Japonais, ils n’ont pas compris tout de suite l’avantage indéniable des appareils reflex. Soucieux de développer un nouveau marché, les Japonais de Pentax ont lancé, dès 1952, l’Asahiflex. Il était loin d’être parfait car ne possédait pas encore de pentaprisme, ni de miroir à retour instantané, ni diaphragmes automatiques. C’est donc bien Pentax qui a lancé le reflex dans l’aventure photographique.

L’évolution était inscrite dans les gènes de ces appareils : l’Asahiflex est devenu Pentax Spotmatic, avec le succès qu’on lui connait. Orion sortait son Miranda et Tokyo Kogaku, le Topcon. Fin des années cinquante, quasi tous les fabricants japonais possédaient leur reflex 35mm. Et en 1959, sortait le Nikon F … qui lui sera comme l’archétype du reflex moderne.

Pendant ce temps, en Allemagne, patrie des télémètres et des obturateurs à lames Deckel ou Gauthier tout aussi reconnus mondialement, on se posait la question suivante : ok pour (pour)suivre les Japonais mais pourquoi repartir d’une page blanche quand on a ces atouts en mains ? De plus, l’obturateur central offre la possibilité de synchroniser les flashs à toutes les vitesses alors que les concurrents nippons, avec leur obturateurs à plan focal, plafonnent au 1/30 voire 1/60s.

Cependant, ajouter un pentaprisme et un miroir reflex à un télémètre à obturateur central relevait de l’exploit technique car de nombreux obstacles devraient être surmonté.

Dont le premier sans doute, primordial : dans un reflex la lumière passe à travers l’objectif, frappe le miroir, traverse le viseur pour que le photographe puisse composer son image. Ce qui implique que vous devez garder l’obturateur central et le diaphragme ouverts pendant la visée. Mais si l’obturateur est ouvert, comment empêcher le film d’être exposé ?

That’s the question eut dit notre bon vieux Hamlet ! Nos amis allemands aiment la complexité, preuve de savoir-faire selon eux. La solution est de mettre une plaque derrière le miroir lorsque celui-ci est abaissé et l’obturateur ouvert. Celle-ci bloque alors les rayons lumineux.

Schématiquement, lorsque l’on veut prendre une photo, l’appareil doit fermer l’obturateur et arrêter le diaphragme à n’importe quel f (ouverture) choisi. Puis le miroir reflex et la plaque doivent s’écarter pour laisser la lumière exposer le film. Bien que ces mouvements soient rapides, on estime qu’il s’écoule 1/50ème de seconde pour que tout le cycle se termine. Ce qui peut être préjudiciable pour les sujets en mouvement très rapide. Dès lors les boitiers comme le Bessamatic maintiennent l’obturateur fermé et le miroir plaqué vers le haut, empêchant la lumière de parvenir au viseur. Vous devrez armer l’obturateur pour y parvenir.

En 1959, Voigländer lance son Bessamatic, un reflex à pentaprisme et obturateur central, en réponse aux assauts nippons.

Ne blâmons pas Voigtländer de ce choix, Zeiss Ikon sort son Contaflex en 1953 ; Kodak lance sont Retina Reflex en 1957 et Agfa lance l’Agfaflex/Ambiflex en 1958. Disons que l’avantage qu’il a eu par rapport aux précurseurs, c’est qu’il a vu ce qui ne marchait pas et ce qui ne fonctionnait pas et a tenté de les corriger.

Mais il y eut un autre mauvais choix, celui de la monture. La DKL du Bassematic limite en effet la sélection des focales. Celles retenues font encore furieusement penser à celles des télémétriques (35, 50 et 135mm).

Le Bessamatic De Luxe (1962) est, finalement, une mise à jour du Bessamatic. Il comporte deux changements dont la fenêtre en forme de T, au dessus du posemètre, qui permet de voir la vitesse d’obturation et l’ouverture sélectionnée dans le viseur. La seconde est la simplification de la réinitialisation du compteur de vue. Maigre consolation …

Autres choses qui signeront la fin de ces appareils : le nombre de pièces en mouvement, le coût de fabrication, la difficulté des réparations, tout cela a fait perdre de leur popularité aux appareils munis d’obturateurs centraux face à la facilité des appareils à plan focal horizontal, nettement moins chers et plus fiables..

A la fin des années soixante, la messe était dite !

Les temps sont durs pour l’industrie photographique allemande et Voigtländer s’associe avec Zeiss Ikon (1970) pour tenter de contrer l’avancée du pays au Soleil Levant.

Ce ne sera pas suffisant, l’usine Voigtländer ferme ses portes en 1972. La marque sera rachetée ensuite par Rollei (1974) et finalement, en1996, la société allemande Plusfoto GmbH rachète la marque Voigtländer et Zeiss Ikon, et confie à Cosina (au Japon, quelle ironie !) la réalisation de nouveaux boîtiers télémétriques haut de gamme, dont le magnifique télémétrique ZM.

Publicité d’époque :

Page d'un catalogue présentant différents modèles d'appareils photo Voigtländer, incluant des descriptions techniques et des illustrations des modèles VITO CLR, VITO automatic, et BESSAMATIC.
Source : image-latente

Présentation du Voigtländer Bessamatic De Luxe.

Pour en revenir au Bessamatic, c’est le nom d’une série composée de 4 variantes, qui est donc la tentative de réponse de l’Allemagne face à la nouvelle suprématie nippone.

Voici les 4 modèles de la gamme Bessamatic :

  • le modèle original à cellule couplée au sélénium fabriqué à 213 000 exemplaires de 1959 à 1962 ;
  • le modèle « Deluxe » permettant à travers un jeu de miroir de lire les valeurs d’ouverture et de vitesse dans le viseur, fabriqué à 75 000 exemplaires de 1962 à 1966 ;
  • le modèle « M », sans cellule de mesure d’exposition, fabriqué de 1964 à 1966 à 9 300 exemplaires ;
  • le modèle « CS », à cellule de mesure d’exposition TTL alimentée, fabriqué à 22 000 exemplaires de 1967 à 1969.

Celui qui nous préoccupe aujourd’hui est un Voigtländer Bessamatic De Luxe.

Appareil photo Voigtländer Bessamatic De Luxe avec objectif Color-Skopar X 50 mm f/2.8, posé sur un bureau.

Il faut le reconnaître, ce reflex en impose : costaud, lourd (980gr), avec un objectif un peu petit pour le gabarit mais tellement bien construit.

Mais lorsqu’il est sorti, il était déjà techniquement à la traine face aux Nikon F, Minolta SR2 ou encore le Pentax Spotmatic, bien plus modernes et moins chers. Il s’est néanmoins assez bien vendu …

Physiquement, son toit à prisme est assez bas, avec un appendice un peu incongru au dessus de la surface de la cellule : une espèce de T semble y être noté mais à y regarder de plus près, il s’agit d’une fenêtre qui permet de lire, dans le viseur, la vitesse et l’ouverture choisies.

Vue de face d'un appareil photo Voigtländer Bessamatic De Luxe, avec un fond bleu. Le sommet de l'appareil présente une fenêtre de mesure et le nom 'BESSAMATIC'.

Le nid d’abeille de la cellule au sélénium n’est pas muni d’un cache amovible. Résultat, sur mon exemplaire, elle n’est plus fonctionnelle (mais bon, elle a au moins soixante ans !).

Ensuite, et c’était une option, il y a une griffe dite froide attachée au dessus du prisme. En fait, elle est fixée sur le bord de l’œilleton de visée. Si on y fixe un flash, il faut d’abord régler le curseur sur le côté gauche du viseur (X ou M), connecter la prise au port PC, et c’est fait.

Toujours sur le capot de l’appareil, le levier d’armement avec un mémo pour les films couleurs ou N/B. A côté de lui, un bouton coulissant que l’on doit faire pivoter pour qu’il débraye le compteur de vue et l’avance, permettant ainsi de pouvoir rembobiner le film. Et devant ce levier, le déclencheur proprement dit, fileté pour y fixer un câble filaire.

Schéma explicatif présentant les caractéristiques du Voigtländer Bessamatic, avec des numéros identifiant les différentes parties de l'appareil photo sur un fond clair.

De l’autre côté, un bouton rond pour rembobiner le film, posé sur une grosse molette. La grosse molette, elle, a un rôle particulier, qui rend compte de la complexité mécanique de l’appareil : tout d’abord, un petit bouton, qui coulisse, sur le rebord, permet de modifier la sensibilité, en Din en ou Asa ; mais lorsque vous faites tourner la roue, vous constaterez qu’elle fait se mouvoir la bague des ouvertures, sur l’objectif, ainsi que deux pointeurs rouges, qui donnent une indication sur la profondeur de champ, selon le réglage choisi.

Et puis, à côté de cette molette,il y a une échelle, numérotée de 5 à 0. Il s’agit d’une échelle qui tient compte des filtres Voigtländer que vous pouvez utiliser.

Tableau explicatif des filtres Voigtländer, présentant les types de filtres, leurs applications et coefficients de correction.
Vue rapprochée du réglage de l'obturateur et du posemètre d'un appareil photo Voigtländer Bessamatic De Luxe, avec un fond flou de clavier et de documents.

L’obturateur central, un Synchro Compur, nous donne les vitesses de 1s jusqu’au 1/500s, plus la pose B. Comme il n’y a pas de miroir de retour, lorsque vous avez déclenchez, votre viseur devient noir. Il faut armer l’appareil pour retrouver la vision. Les appareils japonais cités plus haut avaient déjà tous un obturateur à plan focal et un miroir à retour automatique.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Voigtländer Bessamatic De Luxe, mettant en avant les réglages de vitesse et d'ouverture.

L’avantage de cet obturateur est de permettre la synchro flash à toutes les vitesses, si besoin. Comme on peut utiliser des flashs électroniques ou des flashs à ampoules magnésiques, il vaut mieux tenir compte des indications données par la notice.

Tableau récapitulatif des temps de pose pour lampes éclairs et appareils électroniques, avec illustrations d'un photographe utilisant un appareil photo.

A côté de ce manque flagrant, de petit détails plus ou moins utiles : les petits pieds pour poser l’appareil bien à plat, un compteur de vue qui décompte et un double verrou pour éviter les ouvertures accidentelles du dos de l’appareil.

Je fais une petite correction au premier opus de cet article, où je notais qu’au rayon des choses agaçantes, il y avait le compteur de vue : pour le régler, il faut ouvrir le dos de l’appareil, mettre le levier de débrayage de l’axe d’entrainement sur R, puis, à la main, faire tourner l’axe d’entrainement pour faire coïncider avec le trait blanc le nombre de vues du film. Ensuite, il décomptera les prises de vue. Grâce à Stéphane, un lecteur assidu et amical du site, j’ai enfin compris comment en fait cela fonctionnait : il faut effectivement mettre le levier sur la lettre R mais ensuite il suffit de faire tourner le petit bouton à côté de celui-ci pour régler le compteur. C’est nettement plus simple ! Merci Stéphane.

Un mot encore sur les objectifs, interchangeables, de cet appareil. En fait, seule la partie avant se détache en actionnant un petit levier situé sous l’objectif. Il y a le 50mm f1,28 Voigtländer Color Skopar X, le 35mm f3,5 Skoparex et le 135mm f4 Super Dinarex. Certains parlent aussi d’un Septon 50mm ouvrant à f2,8, fabuleux parait-il ! Et le fameux Zoomar, premier zoom conçu pour un réflex (1960).

En fait, voici la liste complète des optiques :

Grand angle Skoparex 3.4 / 35 mm f/3
Skopagon 1:2 / 40 mm
NormalCouleur-Skopar X 1:2,8 / 50 mm
Couleur-Lanthar 1:2.8 / 50 mm
Septon 1:2 / 50 mm
TéléDynarex f/3.4 / 90 mm
Dynarex f/4.8 / 100 mm (produit uniquement en 1960 et 1964)
Super-Dynarex 1:4 / 135 mm
Super-Dynarex 1:4 / 200 mm
Super-Dynarex 1:5,6 / 350 mm
ZoomZoomar 1:2,8 / 36 à 82 mm

Deux index rouges se déplacent autour de la couronne des distances, indiquant ainsi la profondeur de champ.

Vue rapprochée d'un objectif d'appareil photo vintage Voigtländer Bessamatic De Luxe, montrant les réglages d'ouverture et de vitesse d'obturation, avec un fond flou d'un clavier et d'objets sur un bureau.

Pour les réglages de la distance, c’est avec la couronne tout à l’avant que vous le faites et vous contrôlez le résultat via l’écran avec le stignomètre et/ou le dépoli. Classique.

Quant à l’ajustement de la vitesse, vous devez utiliser la couronne à gauche, qui actionne par la même occasion le repère dan le viseur, et vous donne un couple ouverture/vitesse. La rotation de la couronne se répercute sur la bague d’ouverture et les deux repères rouges. Ici on est tributaire du couple décidé par l’appareil et cela nécessite des ajustements.

Vue du dessus d'un appareil photo Voigtländer Bessamatic De Luxe, mettant en évidence la molette de réglage de la sensibilité ISO et le mécanisme d'ouverture.

Ce n’est guère pratique car il faut tenir l’appareil de la main droite et manipuler la roue avec la gauche, et vu le poids de l’engin, ce n’est pas agréable.

Que penser de ce boitier ?

Comme je l’indiquais dans le préambule de cet article, je recherchais cet appareil parce qu’il représente une certaine idée du réflex européen : beau, solide, complexe, cher.

Tout cela est vrai, l’exemplaire que je vous présente fonctionne toujours parfaitement (hormis donc la cellule au sélénium).

Aurais-je envie de l’utiliser ? Non, trop lourd, complexe et peu adapté à ma manière de photographier.

Cependant, en préparant cet article, j’ai découvert que le Bessamatic De Luxe est un boitier qui attire toujours du monde, et c’est tant mieux.

Vous pouvez voir quelques exemples de photos prises avec ces appareils ICI.

Paradoxalement, ce n’est pas le plus recherché de la gamme car il fut produit à plus de 200.000 exemplaires. Comptez quand même une centaine d’euros pour un appareil en pleine forme.

Mais je reviendrais dans la seconde partie de l’article sur le prix de cet ensemble exceptionnel.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI et LA.

  • Reflex mono-objectif (SLR) Voigtländer
  • Film photographique 35mm – format négatif 24 x 36 millimètre
  • Posemètre intégré, couplé – cellule au sélénium, sensibilité de 10 à 3200Asa avec aiguille dans le viseur
  • Lentilles Voigtländer – Objectif interchangeable sur l’appareil photo Coulor-Skopar X 50 mm f/2.8 (4 éléments en 3 groupes, formule Tessar) ; diamètre filtres, mise au point minimum de 1,2m
  • Monture propriétaire DKL Voigtländer F. Deckel
  • Type d’obturateur : Synchro-Compur MXV Leaf, position centrale
  • Obturateur : B – 1s au 1/500s
  • Flash Accessoires avec contact par câble, prise PC
  • Période de production à partir de 1961 jusque 1966
  • Viseur : Pentaprisme reflex fixe
  • Poids : 802 grammes (boîtier nu), 938 grammes (avec objectif)

Des références.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bessamatic, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-853-Voigtlander_Bessamatic.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder, https://limage-latente.fr/les-collections/les-appareils-photo/-voigtlander.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-11779-Voigtlander_Bessamatic%20Deluxe%20.html, en français ; https://en.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder_Bessamatic_and_Ultramatic, https://oldcamera.blog/2018/05/26/voigtlander-bessamatic-2/, https://camera-wiki.org/wiki/Bessamatic, https://knippsen.blogspot.com/2018/11/voigtlander-bessamatic.html, https://www.35mmc.com/07/09/2021/voiglander-bessamatic-deluxe-review-best-of-the-60s-by-madeleina-schwantes/, https://mikeeckman.com/2018/11/voigtlander-bessamatic-deluxe-1962/, https://kameramuseum.de/objekte/voigtlaender-bessamatic-deluxe/ en anglais ; https://www.engel-art.ch/voigtl%C3%A4nder-bessamatic/, https://kameramuseum.de/objekte/voigtlaender-bessamatic-deluxe/, http://www.der-klinterklater.de/bessamatic.html, https://de.wikipedia.org/wiki/Bessamatic, en allemand