Argentique

Le Kiev 88

Préambule.

Ce qui effraie beaucoup de personnes qui voudraient essayer le « moyen format », c’est bien souvent le … prix des appareils.

Quoiqu’il y ait moyen format et moyen format.

Ce terme un peu désuet désigne généralement des appareils qui acceptent des films dit « 120 », c’est-à-dire une bobine de film avec laquelle vous parviendrez à prendre de 8 à 16 vues maximum. Notons que la plupart accepte aussi le film dit « 220 » qui permet le double d’images.

Dans ce fourre-tout vous trouverez aussi bien des Zeiss Ikon folding que des Voigtländer à soufflet, des Rolleiflex, des Yashica Mat, des Minolta Autocord, des Bilora, des Agfa Clack, des Hasselblad, et la liste est bien loin d’être exhaustive.

Avec cependant une constance : une qualité d’image élevée tant par l’utilisation des appareils précités que parce que le négatif sera au pire un 4,5 x 6, plus généralement un 6 x 6, voire un 6 x 7 ou un 6 x 9cm .

Et une seconde constance, finalement, celle d’un prix assez élevé pour les dits appareils.

Quoique, en cherchant bien dans la (petite) liste ci-dessus, vous aurez remarqué un Agfa, un Bilora, auxquels j’aurais pu ajouter un Lubitel, un Diana … et ce Kiev 88. Pas de quoi vous ruiner.

Car oui, il a existé – j’utilise à bon escient le passé – des appareils moyen format accessibles et pas forcément de piètre qualité !

Dont notre bon appareil ukrainien, conçu et produit à Kiev par la société Arsenal.

Si vous avez lu l’article consacré au Mamiya M 645 Super (ce que je recommande bien sûr), vous avez compris ce qu’était un « système », soit un ensemble d’accessoires que l’on peut associer à une chambre noire (le boitier) pour réaliser ses photos selon ses envies, ses besoins.

Et bien notre Kiev 88 s’inscrit aussi dans cette tradition, avec toujours le même avantage, le prix !

Un peu d’histoire.

Mais commençons par le commencement et un peu d’histoire ne fera pas de mal.

Comme beaucoup d’usine basée dans un pays de l’univers russe (l’UKraine est alors un des nombreux satellites de l’Union Soviétique), la majeure partie de la production de l’usine d’Arsenal, à Kiev, est d’ordre militaire.

Pour des raisons que la raison ignore (c’est de la politique), il fut décidé cependant que l’usine allait produire des appareils photographiques pour rivaliser avec les concurrents « capitalistes » comme Zeiss, Hasselblad et autres Rollei. Nous sommes au sortir de la seconde guerre mondiale et la guerre froide est en route.

Le premier appareil s’appelait Salyut.

Non, non, pas comme le programme spatial russe, il s’agit ici d’un appareil photo que l’on dit très, très, vraiment très proche du Hasselblad 1600. Cette série sera produite de 1957 à 1972, avec de nombreuses améliorations car si Hasselblad a assez vite abandonné le 1600, pour des problèmes liés à la conception de l’obturateur, les russes l’ont gardé et tenté de l’améliorer, parfois avec succès.

Voici à quoi il ressemblait :

Ces appareils étaient essentiellement destinés aux photographes russes et pas à l’exportation. Toutefois, en 1975, ils introduisent une énième évolution, qui portera le nom de Kiev 80. Cet appareil porte une nouvelle monture, dite monture B, il perd un peu de rapidité en vitesse (1/1000s au lieu de 1/1500s) mais il s’avère plus fiable.

C’est enfin un produit qui est destiné aux exportations du « savoir-faire » russe.

S’il est plus fiable, il n’est pas parfait. Au fil des améliorations, nous arrivons en 1983, date de sortie du Kiev 88 qui nous occupe aujourd’hui (l’exemplaire de cet article date de 1991).

Voici un exemple de publicité d’époque avec les objectifs du « système » (merci Kievaholic):

C’est le modèle le plus connu et le plus utilisé de la série, qui se clôturera sur un Kiev 88CM, c’est-à-dire un Kiev 88 encore plus fiable et qui adopte une nouvelle monture, la C (CM = C mount) qui est compatible avec les objectifs du Pentacon Six et ceux produits par Carl Zeiss Jena d’excellente réputation.

Le Kiev 88 est plutôt lui inspiré d’un autre Hasselblad, le 1000 (on le surnomme d’ailleurs le « Hasselbladski »). Mais il utilise un obturateur à plan focal (que le suédois avait abandonné) et les objectifs des uns et des autres ne sont pas compatibles, alors que les viseurs le sont.

Si l’appareil est bien plus satisfaisant que ses prédécesseurs, il n’est pas au standard de la concurrence (doux euphémisme), mais il garde un joli succès en Occident car il n’est pas onéreux.

Et si jamais vous tombez sur un Arax, un Hartblei, un Brenner B.I.G., un Wiese Fototechnik ou Kiev Usa (oui, ils ont de l’humour de l’autre côté du mur), se seront des Kiev 88 reconditionnés par des vendeurs qui veulent améliorer les quelques soucis de qualité des appareils russes. Heu … leur prix sera en rapport avec les modifications apportées.

Car oui, vous pouvez tomber sur le rossignol de service, qui va vous lâcher lâchement à la première sortie, mais il y a des exceptions et celles-ci sont bonnes.

Présentation.

Alors, allons-y pour voir de plus près cette machine au poids certain et qui demande un peu de douceur pour (bien) fonctionner longtemps.

Le point commun à toutes les caméras de Kiev est qu’elles sont résolument manuelles : pas d’autofocus, pas d’exposition automatique, pas d’avance automatique du film, pas de piles (sauf pour alimenter les prismes accessoires éventuels). Ce sont également des appareils photo entièrement métalliques, d’où un poids assez conséquent (1,3 kg avec le magasin et sans objectif).

Même le rideau est métallique. Ne pas y mettre les doigts, c’est quand même fragile ! Remarquez en dessous, le chiffre qui commence par 91 : c’est la date de fabrication.

Le principal avantage du Kiev 88 réside dans ses dos de film interchangeables. Cela permet aux photographes d’avoir plusieurs dos chargés de films différents qui peuvent être facilement fixés ou retirés de l’appareil photo. Cela peut même être utile si vous devez basculer entre un film lent et rapide lorsque la lumière change. Grâce aux dos interchangeables, vous n’aurez pas toujours besoin de terminer un rouleau avant de pouvoir changer de type de film.

Les dos de film interchangeables offrent également la possibilité d’utiliser un dos Polaroid pour vérifier votre configuration avant de prendre la « vraie » photo. Il s’agit d’un outil précieux pour les photographes de studio et de portrait.

Mais qui dit dos interchangeables suppose usinage précis pour éviter les fuites de lumières, blocage du film, mauvais espacement des vues. Et ce degré de précision n’a jamais été le point fort de l’usine.

Rassurez-vous, il existe des solutions pour éviter la plupart de ces soucis, je vous en livre quelques unes.

Les fuites de lumières sont facilement résolues par un fin cordon de mousse autour du dos, ce qui assurera une meilleure étanchéité. Prenez une mousse peu épaisse (maximum 1mm) et souple.

Afin d’éviter les problèmes pendant l’avancement du film, soyez attentif au chargement du film dans le dos interchangeable, c’est souvent là que le bat blesse. Ensuite assurez-vous de bien accrocher le dit dos.

Bien faire attention à cette manœuvre pour éviter les mauvaises surprises.

Ah oui, si vous avez bien suivi la manœuvre mais que vous ne parvenez pas à déclencher, regardez si vous n’avez pas oublié de retirer la protection du film une fois celui-ci posé avec le dos sur l’appareil !

Et les objectifs ?

La monture d’objectif du Kiev 88 est appelée type B. Il s’agit d’une monture d’objectif à vis à l’ancienne, mais ne nécessitant pas autant de rotations que les objectifs à monture à vis comme les Leica ou Zorki et Fed (pour rester dans le pays). La monture d’objectif Kiev Type B nécessite simplement un tour d’environ 90 degrés pour se verrouiller en place. Ne forcez pas, ça ne sert à rien qu’à … l’abimer.

Notons que quelques exemplaires, revus et corrigés, arborent une monture de type C, celle du Pentacon et des objectifs Carl Zeiss Jena, ne soyez pas surpris.

Mon exemplaire est muni d’un viseur dit « de taille ». C’est-à-dire que vous regardez par le haut sur le dépoli pour voir votre image, qui sera inversée comme sur les TLR de style Yashica Mat et consort.

Ce dépoli est gravé de fines lignes qui forment un cadre avec des verticales et des horizontales. Elle vous aideront à la création de votre composition et à être bien à l’horizontale.

La visée est assez claire finalement, le dépoli est assez large.

Vous voilà prévenu, il ne faut pas se laisser distraire ni par le bruit ni par la résistance lorsque vous tournez le bouton d’armement, c’est assez physique et déconcertant. Mais de fait, le mouvement relève le miroir, arme le déclencheur et fait avancer le film.

Comme d’habitude, je ne vais pas effeuiller le mode d’emploi, qui est LA, ça n’a aucun intérêt.

Par contre, je vous encourage à le lire attentivement car si l’appareil est simple, il y a des manœuvres à ne pas effecteur, ou dans un certain ordre.

Un exemple, mais non des moindres : ne jamais changer les vitesses avant d’avoir armé l’appareil (comme les Zorki et le Fed, pour mémoire). Sinon, salade de pignons en perspective !

Un mot sur les objectifs qui accompagnent cet appareil : comme tous les objectifs fabriqués alors en Russie, ils ne sont pas mauvais du tout, mais ça dépend de quand ils ont été fabriqué (un lundi ou un vendredi ?). Sans rire, le pire y côtoie le (presque) meilleur et si vous en avez l’occasion, testez l’objectif avant l’achat (je sais, c’est pas évident).

Les objectifs ukrainiens sont bon marché, c’est déjà ça de gagné. Comme je l’écrivais plus haut, la qualité des optiques est très inégales. Par exemple, si certains sont multicouches, et la plupart ne le sont pas, le dépôt du revêtement peut être assez inégal.

Alors, la mesure la plus appropriée pour éviter les déboires, c’est d’utiliser un pare-soleil !

Quoiqu’il en soit, la gamme des optiques pour les Kiev 88 est celle-ci : Fisheye plein format Arsat 30 mm F3.5, Mir 45 mm F3.5, objectif de contrôle de perspective Arsat 55 mm F4.5, Mir 65 mm F3.5, Arsat 80 mm F2.8, Vega 120 mm F2.8, Kaleiner 150 mm F2.8, Arsat 250 mm F3.5, Arsat 250 mm F5.6, Arsat 500 mm F5.6

La légende dit que le Fisheye Arsat de 30mm a sans doute été le déclencheur de nombreux achats du Kiev 88 car proposé aux environs des 200€, il rivalisait – à sa manière – avec le Distagon prévu pour Hasselblad, facturé lui à 5000€ ! Est-ce que le Distagon était 4800 fois meilleur ?

Si vous voulez découvrir la large gamme d’objectif compatible, c’est par ICI. Et pour les plus pointus d’entre-vous, le résultat de tests sont à découvrir LA.

En résumé, que retenir de ce Kiev 88 ?

Il n’était pas très coûteux à son époque et il ne faudrait pas qu’il le devienne. Comptez maximum 300€ pour un bel exemplaire avec un objectif et un dos.

Sa fiabilité a déjà fait couler beaucoup d’encre. C’est une roulette … russe (désolé, j’ai pas pu m’en empêcher !).

Pour utiliser ce genre d’appareil, il ne faut pas être pressé : tout manuel, c’est-à-dire que vous devrez régler la vitesse, l’ouverture, faire la mise au point, armer l’engin et y indiquer la vitesse retenue avant de pouvoir déclencher.

Honnêtement, si vous vous destinez à devenir photographe professionnel avec cet appareil, ce n’est pas une bonne idée, vos clients risquent de ne pas apprécier qu’il puisse vous faire rater LA photo de l’évènement (et avec lui dans les bras, on ne court pas vite).

Par contre, si vous avez du temps à consacrer à votre photographie et que vous ne voulez pas vous ruiner, c’est un bon choix.

Mais si vous avez l’occasion de trouver un Zenza Bronica S2, un Mamiya M 645 pour à peine plus cher, n’hésitez pas, prenez-les, ils sont plus rassurants.

Toutefois, si vous aimez les appareils un peu différents, qui ont du caractère, du corps, celui-ci fera l’affaire.

Quelques videos d’illustration :

Pour bien le charger :

Quelques exemples de photos prises avec cet appareil :

Pour ne pas vous loupez en le chargeant :

Et comme il ne faut pas avoir peur de comparer :

Des références :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Kiev_88, https://www.wikiwand.com/fr/Kiev_88, http://www.technique-cinematographique.wikibis.com/kiev_88.php, https://wikimonde.com/article/Kiev_88, https://www.mes-appareils-photos.fr/Kiev_88.htm, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/mformat/Kiev_88.html, https://www.yannphotos.com/the-best-medium-format-film-cameras-to-buy-in-2022/, https://www.wikiwand.com/fr/Kiev_88, en français; https://lewiscollard.com/cameras/kiev-88-ttl/, https://www.lomography.com/magazine/9995-kiev-88-the-beast-from-the-east, https://kosmofoto.com/2020/04/studio-shooting-on-the-kiev-88/, https://filmphotography.eu/en/salyut/, https://www.analogpanda.com/kiev-88-film-camera-review?privacy=updated, https://www.kievaholic.com/ (une mine), en anglais.

Argentique

Le Kodak Easy Load 35 KE 85

Vu le temps qu’il fait pour l’instant dans notre petit royaume, nous avions opté pour une brocante couverte, une fois n’est pas coutume, ce weekend.

Manque de bol, c’était aussi un « méga vide dressing » ! Finalement, il y avait plus de fringues que de brocanteurs. Mais j’ai quand même trouvé un petit appareil surprenant, un Kodak Easy Load 35, le modèle KE 85.

Un peu d’histoire :

Ah, quand on parle de Kodak, il est impossible de ne pas faire un tour dans l’histoire édifiante de la marque et de son fondateur, Georges Eastman. Mais je vais (essayer d’)être rapide et concis.

Le trait de génie de Georges Eastman se résume en un slogan publicitaire, qui a fait le tour de la terre : « You press the button, we do the rest » qui, en bon français, se traduit par « vous appuyez sur le bouton, nous nous occupons du reste ».

Source : histoire des inventions

Si, à l’origine la société Eastman Dry Plate Cie commercialise des plaques en verres « prêtes à l’emploi », son fondateur, Georges Eastman (1854 – 1932) pense à simplifier encore la méthode de prise de vue. John Carbutt, un employé de la firme propose d’utiliser le celluloïd (nitrate de cellulose) pour coucher l’émulsion. Ainsi nait le premier support souple, en 1888.

La société, basée aux USA, se lance en Europe avec des comptoirs en France et en Grande-Bretagne. Plus tard, ces trois pays développeront leurs propres produits Kodak, mais c’est une autre histoire.

Dans la foulée de cette invention du film souple, Eastman invente le concept de l’appareil préchargé : pour 25$ de l’époque, vous achetiez un appareil (un box) chargé d’un film pour 100 vues. Lorsque le film était terminé, vous renvoyiez l’appareil et le film chez Kodak, qui développait les négatifs et rechargeait l’appareil d’un nouveau film de 100 vues, tout ça pour 2$. Vous n’aviez plus qu’à faire faire les agrandissements ou les tirages.

Source : le chronoscaphe. Le Kodak n° 1, qui était chargé d’un film de 100 vues.

Au fait, pourquoi « Kodak » ? Ce nom ne veut rien dire mais il peut se prononcer de la même façon partout dans le monde. Une autre idée géniale de Georges Eastman. Ce nom apparait en 1888, lors du lancement des premiers appareils photo.

Le film souple est une révolution qui permettra à Thomas Edison et William Kennedy Laurie Dickson de créer la première caméra cinématographique, le kinétographe (1891).

En 1898 apparait le premier appareil de poche à soufflet, le Folding Pocket Kodak, qui utilise un film de 57x82mm (le film 102 qui sera longtemps la référence).

Toute l’histoire de la marque est faite d’inventions qui tendent à simplifier la vie du photographe amateur – les plus nombreux sur le marché – car Georges Eastman voulait que la photographie soit « aussi simple qu’un crayon » :

  • création du Brownie (1900), le premier appareil que l’on charge et décharge soi-même, vendu à un prix très démocratique – 1$ (c’est lui qui a vraiment démocratisé la photographie dans le monde) avec un film à 15 cents
  • apparition du film 120, une bobine de film entourée d’un papier qui la protège, à l’occasion de la sortie du Brownie n°2, qui était le vingtième appareil de la marque, d’où l’appellation 1-20 (1901)
  • le nitrate de cellulose, très inflammable, est remplacée par l’acétate de cellulose (1908)
  • invention du film 135 par Oskar Barnac, le film ciné mis à l’horizontale pour être utilisé dans son appareil Leica, que Kodak reprend et magnifie
  • le film doit être simple à mettre en place, ce qui entrainera la création de la bobine fabriquée industriellement (1934) et jetable
  • 1935, invention de la pellicule couleur, la Kodachrome
  • création de la cassette en 126 (1963) : elle contient le film qui ne doit plus être chargé dans l’appareil; diffusion massive des Instamatic, les appareils prévus pour son utilisation
  • création du format 110 (1972), une cassette plus petite pour les appareils dits « pockets »
  • Kodak ira ensuite se fourvoyer avec les Kodak Disc, un disque qui porte 15 négatifs de 10x8mm (1981)
  • et il récidivera plus tard avec le film APS (1996) et ses Adventix

Voilà, en gros, ce qui peut être retenu de la riche histoire de la marque. J’ai volontairement omis ses déboires avec Polaroïd et son raté dans le numérique, dont elle était pourtant pionnière.

In fine, deux choses sont importantes : le film en 135, ou 24x36mm et le film 120, toujours produits et utilisés.

Présentation du Kodak Easy Load 35 KE85 :

Quand j’ai manipulé celui-ci pour la première fois, ce qui m’a sauté aux yeux, c’est l’esprit « Easy load », « facile à charger » en français, cher à la marque.

Les Kodak Easy Load ont vu le jour à la fin des années nonante et seront fabriqué pour Kodak en Chine.

Ils se déclinent en plusieurs modèles, du Easy Load au Easy Load KE115. Vous vous en doutez, le nombre désigne la capacité de l’objectif. Certains étant des « fix-focus », d’autres des appareils avec un zoom. Ils s’appelaient Easy Load KE20, 35, 50, 60 pour les fix focus et KE 85 ou 115 pour les zoom.

Cette gamme s’adresse essentiellement aux familles, pour les vacances ou les petits évènements de tous les jours.

Ce KE 85 possède donc un zoom de 38 à 85mm et un objectifs Ektanar en 6 éléments qui ouvre à f3,8 à 38mm et f8,5 à 85mm.

Si vous le regardez par derrière, il y a un petit panneau LCD. C’est là que vous allez pouvoir régler ses différentes fonctions, très simples :

  • le réglage du flash, respectivement automatique avec réduction des yeux rouges, sans réduction, fill in (pour les contre-jours), flash éteint, vue nocturne avec ou sans flash
  • les modes, qui annule le flash avec réduction yeux rouges, active la fonction portrait avec réduction, portrait de près
  • le réglage du retardateur

Des fonctions somme toute classiques pour l’époque.

Là où l’appareil se distingue, c’est par la facilité offerte pour le chargement du film. Kodak fait très fort.

Après avoir déverrouillé la porté arrière avec le gros loquet marqué « open », vous découvrez un morceau de la chambre : celle réservée à la place de la bobine.

Ma première réaction en voyant cela a été de me dire : « et pourtant ce n’est pas un APS ! »

En fait, c’est assez malin : pour éviter que l’on introduise mal le film, il suffit de placer la bobine avec un bout d’amorce sortie, de glisser celle-ci dans la fente prévue à cette effet et de refermer l’appareil. Non seulement il va lire le code DX (sensibilité des films) mais il va amener la pellicule à la première photo, sans aucun intervention du photographe.

L’avantage de cette manière de faire, outre qu’elle simplifie à l’extrême le chargement, permet encore de protéger le film en cas d’ouverture inopinée de la porte car la majeure partie de celui-ci est enroulé dans une chambre noire et étanche. Une sécurité supplémentaire vous empêche d’ouvrir le compartiment tant que le film n’est pas complètement revenu dans la bobine.

Et vous pouvez rembobiner préventivement le film, au cas où (petit bouton « rewind »).

Attention : tant qu’il n’y a pas de film dans l’appareil, il est impossible de déclencher et faire jouer le zoom.

Bon, vous avez mis une pile CR2 dans le compartiment, vous avez chargé un film, voyons comment l’appareil fonctionne.

L’œil au viseur, vous découvrez un cercle au milieu et deux lignes brillantes au dessus.

Le cercle est celui de la mise au point, que vous pouvez mémoriser en appuyant à mi-course le déclencheur (et donc déplacer le point ensuite).

La mise au point commence à 60cm et si un sujet est entre cette distance et 90 cm, n’oubliez pas de cadrer avec les lignes brillantes, qui sont l’indication de la correction de la parallaxe.

Si vous devez utiliser le zoom, c’est en manipulant la touche marquée d’un arbre (près) ou d’une rangée d’arbres (loin).

Le zoom se rétracte automatiquement après 4 minutes, lorsque le boitier se met en veille.

Une petite diode, près de l’oculaire, vous indique si le flash est chargé et que vous pouvez prendre la photo si celui-ci était utile.

Pour le reste, je vous renvoie au mode d’emploi (en trois langues dont le français) que vous pouvez télécharger ci-dessous.

Finalement, que penser de ce Kodak Easy Load 35 KE 85 ?

Pour tout vous dire, je reste mitigé …

Retenons la facilité d’emploi, les fonctions utiles, la manipulation aisée des boutons et de l’appareil.

Mais l’ensemble fait terriblement plastique !

D’autres de cette époque le sont aussi mais ils donnent quand même le sentiment de tenir quelque chose en main, avec un certain poids et un sentiment de solidité que je ne retrouve pas ici. Même si tout est bien assemblé.

Ensuite, Kodak n’a plus l’aura de ses débuts et face aux concurrents japonais surtout, il fait « cheap » (bon marché). Notons que c’est le but recherché : un appareil facile à utiliser, pas trop cher.

Mais ça manque de panache.

En résumé, si ce n’est pas un mauvais appareil, vous devriez pouvoir l’acheter pour 15€ maximum et en être très content.

Pas mauvais, écrivais-je, ce que vous pouvez constater avec les exemples de photos captées avec cet appareil LA.

Videos d’illustration :

Des données techniques :

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Des références :

https://retrospekt.com/products/kodak-easy-load-35-ke85-35mm-point-and-shoot-film-camera, http://camera-wiki.org/wiki/Kodak_EasyLoad_35_KE85, https://collectiblend.com/Cameras/Kodak-Eastman/Easy-Load-35-KE85.html, https://filmphotography.eu/en/kodak-easyload-35-ke50/, https://www.sinagcameras.com/products/kodak-easy-load-35, https://www.kodak.com/en/motion/page/chronology-of-film/, https://www.kodak.com/en/company/page/photography-history/, en anglais ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Kodak, https://www.histoiredesinventions.com/2016-11-03-1888-le-premier-kodak-de-georges-estman/, https://lechronoscaphe.com/les-premiers-films-kodak-une-nouvelle-ere-photographique/, https://phototrend.fr/2020/12/kodak-ascension-chute-empire-photo/, https://www.lomography.fr/magazine/352036-le-120-l-histoire-et-les-caracteristiques-du-moyen-format, en français.

Argentique

Le Canon AF 35 J

Tiens, ça faisait longtemps que je n’avais plus écrit sur un petit compact des années quatre-vingt.

Celui-ci je l’ai trouvé dans une caisse chez Emmaüs, avant qu’il ne soit abîmé.

Un (tout) petit peu d’histoire :

Comme d’habitude, il porte plusieurs noms selon la zone géographique où il a été vendu, soit AF 35 J en Europe, Sprint Review au delà de l’Atlantique et Jet ou Autoboy Lite au pays du Soleil levant.

Il a, parait-il, existé en noir et en rouge « cerise ». Les premiers modèles sont sortis en 1983 et il a été produit jusqu’en 1989. En 1985, parce que c’était la mode, Canon l’a assorti d’un dos dateur, le modèle AF 35 J QD (et ses variantes) pour « dos quartz », qui permettait d’imprimer la date de la prise de vue sur le film.

Il fait partie de la série des appareils surnommés « Sure Shot » parce qu’ils étaient faciles à utiliser et suffisamment précis pour vous éviter de gâcher de la pellicule.

Leur ancêtre commun était le Canon AF 35 M en Europe ou Autoboy au Japon, et Sure Shot aux USA, apparu en 1979.

Pour mémoire, il fut le premier appareil autofocus 35mm autofocus utilisant un système de triangulation avec une diode émettant dans le proche infrarouge (IRED).

En gros (je ne suis pas ingénieur), le système autofocus actif faisait émettre un faisceau proche de l’infrarouge et sa réflexion était reçue par une autre diode.

Donc, lorsque vous enfonciez le déclencheur à mi-course, le faisceau était émis sur le sujet, qui le renvoyait vers l’appareil, créant ainsi une triangulation, analysée par le boitier qui ajustait le tirage de l’objectif pour correspondre à la distance du sujet pour la mise au point.

L’avantage de ce système c’est de permettre la mise au point même dans des conditions de faible luminosité, ce que ne permettait pas le Konica C 35 AF (le premier autofocus sans infra rouge, sorti en 1978).

C’est cette faculté de mise au point, très performante pour l’époque, qui allait créer l’aura des Sure Shot ou Autoboy, qui sera déclinée à toutes les sauces jusqu’au seuil des années deux-mille.

Voilà pour la partie histoire, assez rapide pour une fois, de ce petit compact à la bouille sympathique.

Présentation du Canon AF 35 J

Tout d’abord il est petit, un peu épais mais il se glissera dans tous les petits sacs ou les grandes poches.

Un léger rebond, caoutchouté, associé aux zébrures à l’arrière et à un autre rebond, font qu’on l’a bien en mains. Un peu comme s’il y avait une petite poignée et un repose-pouce.

S’il est tout en plastique, l’ajustement des pièces est parfaite et ça donne confiance en l’appareil.

Il a été conçu pour vous simplifier la vie, alors voyons ça de plus près.

D’abord, introduire deux piles AAA dans le compartiment (celui-là, il ne va pas vous ruiner en piles). Ensuite, ouvrir le dos à l’aide du petit verrou à l’arrière afin de glisser un film dans la chambre.

Une fois la bobine placée dans le compartiment, vous tirez l’amorce juste au dessus de la grosse bobine réceptrice, à droite, et vous refermez le dos : l’appareil va charger le film jusqu’à la première vue et lire le codage DX (sensibilité du film) dans la foulée. Voilà, l’appareil est prêt pour sa première photo …

A noter qu’une fois au bout du film, l’appareil va rembobiner le tout automatiquement aussi. Il ne possède pas la possibilité de rembobiner en cours de route.

Une remarque encore : la lecture du codage ne tient compte que des films de 100 ou 400 Asa. Inutile donc d’y mettre un film de 800 car il sera alors traité comme un … 100 Asa.

Pour le mettre en route, il suffit de faire glisser la réglette sous l’objectif.

Bon, nous sommes clairement face à un petit « point and shot » : vous visez et appuyez sur le déclencheur, il fait le reste, mais il le fait bien !

Pourtant, il y a quand même quelques petites fonctionnalités qui font la différence, comme par exemple une fonction macro, symbolisée par un petit pictogramme qui représente une fleur, ce qui vous autorise à descendre jusqu’à 45 cm pour la mise au point (au lieu de 70cm en mode normal). Et pour vous permettre d’être à la bonne distance, la dragonne possède un petit marqueur juste à la bonne distance (un peu comme les Minox des espions !).

Puis il y a le flash, qui pour une fois, n’est pas automatique. En effet, c’est vous qui décidez de l’activer ou pas. L’appareil se contente, en cas de vraiment trop faible luminosité, de vous le signaler par une petite diode et … en refusant de déclencher si vous n’avez pas activé le flash.

Remarquez le plastique jaune sur la lanière, c’est le repère à 45cm

Mais il vous permettra quand même de photographier à une vitesse relativement lente (1/40s) sans trop rouspéter. Et il vous garanti encore, à cette vitesse, d’éviter les flous de bougé.

De fait, le Canon AF 35 J est équipé de contrôles électroniques de l’exposition et de l’ouverture afin de garantir des résultats égaux quelles que soient les conditions d’éclairage.

La vitesse va varier de 1/40s au 1/250s et la vitesse sera corrélée à l’ouverture qui, elle, va varier de f3,5 à f11. Son système de mesure s’est avéré fiable et garantit un bon équilibre dans la restitution des images.

Des exemples de photos prises avec cet appareil ICI vous donneront un aperçu de ses possibilités.

D’autant que l’objectif est de bonne qualité : un 35mm en 3 éléments répartis en 3 groupes ouvrant f3,5, dans la (bonne) moyenne de l’époque.

Conclusion :

Difficile de faire plus efficace et plus facile d’utilisation.

C’est typiquement le type de petit appareil qu’on glisse dans un sac et que l’on sort, en vacances ou en balade, quand on ne veut pas rater une photo.

Ce n’est pas un appareil rare même si comme beaucoup de ses congénères, il a été sacrifié sur l’autel des compacts sophistiqués des années 2000 puis par le numérique Mais il doit encore y en avoir qui trainent dans des tiroirs, des greniers, …

A défaut, vous en trouverez à vendre. Ne dépensez pas plus de 20€ pour un très bel exemplaire avec sa dragonne. Ici il n’y a pas de mousse à changer qui justifierait d’un surcoût (notez que j’en ai vu à 129€ ! Hé, les gars, redescendez sur terre, nom d’une pipe).

Bref, un petit appareil sympa qui pourra vous accompagner encore quelques années si vous y faite un minimum attention.

Données techniques :

  • Appareil photo à mise au point automatique avec obturateur et réglage de l’objectif 35 mm entièrement automatique
  • Taille de l’image 24 x 36 mm
  • Système de triangulation avec faisceau proche infrarouge (mise au point manuelle activée sur 0,45 m)
  • Objectif 35 mm f/3,5 (3 éléments en 3 groupes) à f11
  • Obturateur et ouverture électromagnétiques programmés. EV 9 (f/3,5 à 1/40 s) – EV 15 (f/11 à 1/250 s). Pas de retardateur.
  • Viseur galiléen inversé avec images projetées. Dans la zone d’image se trouvent le cadre AF, les marques de correction de parallaxe, la vérification de la batterie et l’avertissement de bougé de l’appareil photo, l’indicateur de mise au point et l’avertissement de distance proche. Grossissement 0,45x.
  • EE SPC pour le programme entièrement automatique EE. Plage de mesure de EV 9 à 15 (à 100 ISO). Vitesses de film ISO 100 et 400 (avec code DX).
  • Guide Flash intégré n°9 (à 100 ISO en mètres). Flash automatique mécanique.
  • Source d’alimentation Deux piles AAA de 1,5 V
  • Chargement des films automatique
  • Avance du film est automatique avec moteur intégré.
  • Le compteur d’images incrémente. Se réinitialise automatiquement lorsque le dos de l’appareil photo est ouvert.
  • Rembobinage du film automatique avec moteur intégré.
  • Dimensions & Poids 123 x 68 x 45 mm, 250 g (avec piles)

Des références :

https://www.35mmc.com/24/09/2016/canon-sprint-review-af35j-jet/, https://35milly.com/en/sprint-jet-or-autoboy-lite-a-deep-dive-into-features-specs/, https://global.canon/en/c-museum/product/film116.html, https://artel.digital/canon-autoboy-jet-manual

Argentique

Le Zeiss Ikon 521/2 ou Zeiss Ikon Ikonta C 521/2

Préambule :

Sans doute la première brocante extérieure de 2024. Il fait frais, le temps est incertain mais il ne pleut pas, la météo ne prévoit d’ouvrir les vannes qu’en milieu d’après-midi. N’empêche, on se dépêche, les prévisions ne sont pas toujours fiables …

S’il y a pléthore de vêtements d’hiver, de ceux pour enfants, de jouets, pas grand chose à me mettre sous les yeux au point de vue appareils photos. Sauf des Kodak Instamatic, des Agfa du même tonneau, des Click et des Clack, des box moisis comme leurs boîtes en cuir, … bref, rien de réjouissant.

Et puis, au détour d’un amas hétéroclite d’objets, un étui, dont le chapeau manque, retient mon attention. Je l’ouvre et je trouve là un Zeiss Ikon qui m’a l’air propre.

Petite manipulation pour voir s’il s’ouvre, si le soufflet n’est pas moisi, s’il déclenche à quelques vitesses, si l’objectif bouge : ça à l’air bon. Petite négociation sur le prix et hop, dans le sac à dos, où, pour une fois, il est bien seul.

Finalement, à l’issue de quelques kilomètres de pas lents et la visite des presque 500 exposants courageux, un seul autre appareil ira le rejoindre, un VTech Kidizoom, car je compte bien initier mes petites filles à la photo, doucement.

Un peu d’histoire :

Mais revenons à notre ancêtre, ce fameux Zeiss Ikon Ikonta C 521/2 de son petit nom complet.

Je vous ai déjà présenté plusieurs Zeiss Ikon de la gamme Ikonta : le B 521/16, le Super 531/2, le 522/24, le M par exemple.

Sans refaire toute l’histoire (que vous trouverez dans les articles cités plus haut), il faut retenir que la gamme Ikonta est toujours de meilleure qualité que les autres produits Zeiss Ikon, comme le Nettar par exemple. Attention, ça ne veut pas dire que ceux-là sont mauvais, mais ils ont reçu moins d’expertise dans leur fabrication car ils étaient destinés à être des entrées de gamme (et des entrée de gamme de cette qualité, on en redemande !).

Pour résumer, les Zeiss Ikon Ikonta ont commencé leur carrière en 1929. Ils étaient proposés en 4 modèles : A, B, C et D. les trois premiers utilisaient du film 120 pour produire, respectivement des négatifs qu format 6×4,5, 6X6 et 6×9. Le D proposait un format plus grand sur des filsm en 116 ou 616 oubliés depuis belle lurette. Il y eut même un « Baby Ikonta » qui utilisait du film 127, assez proche du 24×36.

La première série de ces appareils était marquée 520 et tant qu’à compliquer les choses les Ikonta A, B et C se notaient 520, 520/16 et 520/2.

Puis, vers 1938, apparaissent les 521 : ils gagnent un déclencheur sur le boitier et non plus sur le combiné objectif/obturateur et un dispositif pour éviter la double exposition. Ces 521 ne concernent que les modèles A, B et C.

1950 voit venir les 523 pour les modèles B et C. Esthétiquement ils gagnent un capot chromé avec un viseur intégré ainsi qu’une griffe porte-accessoires.

Puis viendra la série des 524 qui apporte un télémètre non couplé, les fameux Ikonta M pour « Mess », abréviation de télémètre en allemand.

Ce seront les derniers Ikonta à soufflet.

Comme souvent à l’époque, il existait une large gamme d’objectifs et d’obturateurs qui modifiait le prix de vente en conséquence de l’équipement retenu.

Pour le format 6×6 la distance focale retenue était le 75mm tandis que pour le 6×9, c’était le 105mm.

Les objectifs étaient soit des Novar soit un Tessar. Si les premiers offraient des ouvertures de f6,3 (abandonné après la série des 520), f4,5 ou f3,5, le dernier offrait un f3,5. Les Novar étaient sous-traités chez Rodenstock ou Steinheil alors que le Tessar étaient fabriqués par Zeiss. Les premiers étaient des triplet alors que le Tessar comptait 4 éléments. Il va sans dire que ce dernier était rare sur les Ikonta ou Mess Ikonta, la marque les réservant aux Super Ikonta, le haut de gamme.

Quoique dans l’immédiat après-guerre, vous pourriez trouver des Zeiss Ikon Ikonta équipés de Scheinder Xenar, mais c’est anecdotique.

Ensuite vient la gamme des obturateurs. Le plus simple, qui était sur les premiers modèles, c’est le Klio à trois vitesses. Ensuite il y eut des Vario (3 vitesses et pose B), des Pronto (4 vitesses et poses T et B), les Prontor-S, SV, SVS (8 vitesses), les Compur (8 vitesses plus pose T et B), les Compur Rapid (9 vitesses plus pose T et B) et enfin les Synchro-Compur 1-MX (9 vitesses et pose B) et Synchro Compur (10 vitesses et pose B).

Si vous avez suivi, vous savez maintenant que les Super Ikonta recevront d’office le Tessar et le meilleur obturateur du moment de fabrication. Le client pouvait commander un Novar à la place du Tessar mais il recevait quand même d’office le meilleur obturateur.

Donc, si sur une brocante un vide-grenier « qui a été voir sur Internet » le prix de l’appareil qu’il veut vous vendre cher parce que c’est un Zeiss Ikon, vérifiez le type d’objectif et d’obturateur montés dessus car c’est eux qui feront la valeur réelle de l’appareil. Un Zeiss Ikon Super Ikonta équipé d’un Tessar vaut toujours plus qu’un équipé d’un Novar (ne vous inquiétez pas ici de l’obturateur, ce sera toujours le meilleur de l’époque).

La majorité des objectifs, aussi bons soient-ils, sont sensibles au reflets et au flare car ils ne sont pas traités. Ils ne le seront qu’après la seconde guerre mondiale.

De même, les obturateurs n’étaient pas synchronisés pour les flashs avant guerre. Il faudra attendre les Compur Rapid-X et suivants pour en bénéficier.

Présentation du Zeiss Ikon Ikonta C 521/2 :

L’appareil que j’ai déniché est un Zeiss Ikon Ikonta C 521/2 d’après guerre (1949) car il est équipé d’un objectif Novar de 105mm ouvrant à f4,5 et d’un obturateur Prontor-S équipé d’un retardateur et d’une synchro flash grâce à un soquet placé sur l’obturateur. Pour être complet, la production de ce modèle avait commencé en 1938 et interrompue pour cause de guerre.

Il est équipé d’un système qui évite la double exposition … en principe.

Tout noir avec de beaux chromes, il faut avouer que s’il fait daté, il reste un bel appareil.

Avec ses 680 gr tout nu, il offre une bonne sensation en mains. Ici, pas de plastique, rien que du bon métal et du cuir pour le soufflet, garanti pour durer 100 ans (si conservé dans de bonnes conditions, s’entend).

Lorsque vous le sortez de sa gaine en cuir épais, il apparait comme un gros rectangle assez plat. Une pression sur un bouton rond, sur le dessus, libère le soufflet, qui se déplie, parfois avec un peu d’aide (il a 75 ans quand même).

Il faut veiller à ce que ce dernier soit complètement déplié et que l’objectif soit bien droit (on doit entendre un petit « clic » discret quand c’est fait).

Pour le replier, ne jamais forcer mais appuyer sur les deux barres noires vers le bas pour les déverrouiller.

Première remarque : on peut tenir le boitier verticalement (portrait) ou horizontalement (paysage). Attention, si vous vous en souvenez, c’est un 6x9cm. Un format idéal pour les groupes !

Personnellement, je trouve moins facile de le tenir horizontalement car la porte s’ouvre vers la gauche et même si elle offre une prise, on a tendance, si on n’y fait pas attention, à poser les doigts de la main gauche (qui soutiennent) dans le soufflet. Il faut un peu s’entrainer à les poser sur le combiné objectif/obturateur. En position verticale, la position est plus naturelle car la porte repose alors confortablement sur la main gauche mais alors le déclencheur, situé sur le capot, est moins accessible, sauf si vous l’actionnez avec le pouce gauche.

Bref, il faut s’habituer à la manutention de ce type d’appareil.

Ensuite, comme pour répondre à ces questions existentielles, il est équipé de deux pas de vis pour le monter sur un trépied : un en dessous et l’autre sur la porte.

Reste encore à apprendre à viser son sujet. Vous le ferez avec le cadre qui se déploie sur le capot, en deux parties dont l’une équipée d’un simple verre et l’autre d’un verre concave pour donner la distance du 105mm (marquage repris sur le viseur). C’est rudimentaire mais efficace pour cadrer.

Une seconde option était d’opter pour un viseur dit « clair » que l’on fixait sur le dessus du combiné objectif/obturateur (dans le support avec les deux rivets chromés). Personnellement, je trouve le premier système plus évident pour le cadrage et la visée.

Avant d’entamer la partie prise de vue, un mot sur le chargement de l’appareil.

L’opération est plus aisée si le soufflet est fermé, on tient mieux l’appareil en mains. Sur la tranche, sous la petite lanière de portage, il y a un verrou, en fait un bouton qu’il faut pousser dans le sens indiqué par une flèche. Tout le dos s’ouvre alors et tourne sur une solide charnière, vers la gauche, et découvre la chambre, qui parait immense (9x6cm quand même !).

Pour y glisser une bobine de film 120, il faut abaisser une fine plaque métallique, celle qui porte deux ronds chromés, afin de dégager les tenons qui assureront la tenue de la bobine dans l’axe (ici on est loin, par exemple, des plastiques fragiles d’un Diana). Vous introduisez la languette du film dans la bobine réceptrice, placée à droite, armez et déclenchez jusqu’à ce qu’une marque (généralement un trait épais) apparaisse sur le papier jaune du film. Il est temps de refermer le dos de l’appareil. Encore un ou deux déclenchements pour voir apparaitre dans la petite fenêtre rouge, au dos, le chiffre un. Vous êtes prêt pour votre première photographie.

Il est temps d’aborder la partie réglage.

Détaillons le combiné objectif/obturateur : vu du dessus, vous avez d’abord le premier cercle, qui est celui de l’objectif qui tourne à partir de la distance minimum, soit 1,5m, jusque l’infini. Un petit tenon empêche l’objectif de tourner librement autour de son axe.

Second cercle, une roue dentelée, qui est celle des vitesses. Elles s’échelonnent de 1s à 1/250s, plus une pause B.

Enfin, troisième cercle, l’ouverture qui se règle avec un curseur qui glisse de f4,5 à f 32.

Vous aurez remarqué que les vitesses sont reportées sur le cercle des ouvertures. Elles correspondent, dans le sens de la lecture, du haut, aux vitesses de la roue crénelée, qui se lit de face.

Toujours sur le pourtour du combiné, le socket de la synchro flash et, en dessous, en rouge, la tirette du retardateur (+/- 12 secondes). Ne jamais armer le retardateur si l’obturateur ne l’est pas au risque de tout bloquer.

Et puisque je parle de l’obturateur, il faut l’armer avec la tirette située entre la roue crénelée des vitesses et celle des ouvertures.

Lorsque celui-ci est armé, vous pouvez appuyer sur le déclencheur situé sur le capot et déclencher.

Pour avancer d’une vue, il faut tourner le levier en forme de demi clé située juste à côté, à gauche. Dès que c’est fait, le mécanisme empêchant la double exposition est actif et vous pouvez armer de nouveau l’obturateur pour prendre une nouvelle photo, sans risque.

Toutefois, si vous regardez bien comment s’agence l’armement, vous voyez, sur la droite (vu de face) de l’objectif un long bras chromé, qui repose sur un levier noir.

Armez l’obturateur, sans manœuvrer le bouton d’avance du film, et appuyez sur ce levier noir : l’appareil déclenche. Voilà la manière de contourner le dispositif qui empêche la surexposition volontaire.

Petite astuce qui fait partie des classiques chez Zeiss Ikon : les points rouges.

J’explique : sur la couronne des ouvertures et sur celle des distances, vous verrez deux points rouges. Si vous les faites coïncider pour une vitesse donnée, vous serez net, avec une exposition correcte.

Conclusion :

Que penser de ce bel appareil ?

Il est plus encombrant qu’un Zeiss Ikon Nettar ou M, à cause de son format (6x9cm) mais de peu. Et de toute manière, refermé, il tient vraiment peu de place. Vous ne le glisserez pas dans la poche d’un Jean’s mais un petit sac fera l’affaire, à moins que vous n’utilisiez le « sac tout prêt » en cuir livré avec l’exemplaire que vous aurez trouvé.

Celui que j’ai trouvé est hélas incomplet car il lui manque le chapeau mais les lanières sont intactes, le plus important en somme.

Question prix, comptez environ 50€ pour un exemplaire en très bon état. S’il était équipé d’un Tessar, ajoutez 30€ de plus. Mais, franchement, la qualité du Novar est déjà bluffante pour un appareil de cet âge. Juste faire attention aux reflets car même s’il est traité, nous étions au début des traitements anti-reflets.

Si vous voulez tenter le moyen format sans vous ruiner ni vous encombrer d’un gros appareil, voilà un excellent modèle, qui vous offrira 8 photos sur un film de 120, mais quelles photos : elles sont plus de trois fois plus grandes que celles d’un film 24×36 !

Envie de voir ce que donne en photos ce type d’appareil, c’est par ICI ou par LA.

Pour le mode d’emploi, c’est LA-BAS.

Quelques videos d’illustration (les manipulations y sont bien explicitées) :

Des références : http://www.alexluyckx.com/blog/2020/12/07/camera-review-blog-no-126-zeiss-ikon-ikonta-521/, https://vintagecamealab.com/zeiss-ikon-ikonta-521/,http://camera-wiki.org/wiki/Ikonta_521/2, https://thenoisyshutter.com/2022/06/23/classic-camera-review-zeiss-ikon-ikonta-521/, https://emulsive.org/reviews/camera-reviews/zeiss-ikon-camera-reviews/camera-review-my-zeiss-ikon-folders-zeiss-ikon-ikonta-5202-zeiss-ikon-nettar-5152, https://collectiblend.com/Cameras/Zeiss-Ikon/Ikonta-521-2-(Ikonta-C).html, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Zeiss_Ikon_Ikonta, https://www.lomography.com/magazine/67655-zeiss-ikon-ikonta-c-521-2-my-golden-oldie en anglais ; https://www.mes-appareils-photos.fr/Zeiss-Ikon-Ikonta-521-2.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-12041-Zeiss%20Ikon_Ikonta.html, en français ; http://www.lippisches-kameramuseum.de/Zeiss_Ikon/Zeiss_Ikon_Ikonta_A_521.htm, en allemand

Argentique

L’Argus C-3 Match-Matic

Après la Ford T, la Cadillac !

« Mais de quoi il nous parle là ? »

Avec les deux photos des appareils cote à cote, vous allez comprendre mon analogie.

Ce second Argus fait aussi partie de la collection au sujet de laquelle j’ai commis un article.

L’Argus C-3 Match-Matic (1958 – 1966) n’est pas qu’une version colorée du C-3, c’est bien un nouveau modèle, qui devrait être accompagné de sa cellule, « Exposure Meter », qui prend place dans la griffe porte-accessoires.

Source : arguscg. La cellule était fabriquée au Japon. Il y eut d’autres modèles, variantes sur un même thème.

Cependant, il reste fort proche du modèle C-3. Il est à noter que bien que plus récent que le C3, il est plus rare.

Ce qui change, à cause de l’utilisation de la cellule, ce sont les indications des vitesses et des ouvertures :

  • Les vitesses 4, 5, 6, 7, 8 correspondent à 1/10, 1/30, 1/60, 1/125 et 1/300, la pose B se règle en pivotant le déclencheur
  • Les ouvertures 3 1/2 , 4, 5, 6, 7 et 8 correspondent à  f/3.5, f/4, f/5,6, f/8, f/11 et f/16.

Pour le reste, il utilise les mêmes objectifs que le C-3 (voir l’article sur l’Argus C-3).

Hormis donc l’adjonction d’une cellule, le modèle est identique (à quelques détails cosmétiques près) à l’Argus C-3 pour les manipulations, sauf que …

Ce modèle fut fabriqué pour simplifier au mieux les conditions de prises de vue. De ce fait, les molettes ont été modifiées comme vu plus haut.

Mais pourquoi ?

Souvenez-vous, c’est en 1939 que le C3 a vu le jour. Dès lors, à la fin des années cinquante, on pouvait considérer qu’il commençait à s’essouffler, d’autant que les productions allemandes et surtout japonaises proposaient souvent des technologies plus avancées.

Argus se devait de réagir et il propose alors une variante qui devra ravir les photographes amateurs, ceux pour qui les paramètres d’ouverture et de vitesse restent un mystère épais. Et il quitte enfin l’habit noir pour un cuir beige du plus bel effet et exclusif à ce modèle.

La marque va donc proposer un système de numérotation pour les expositions, censé être plus facile à comprendre pour les personnes qui pensent encore que les termes techniques de la photo, c’est du Chinois.

Ils vont de fait introduire 2 nouveautés : les inscriptions sur les cadrans et un posemètre au sélénium qui se greffe sur la griffe porte-accessoires.

La méthode est simple : vous réglez la sensibilité du film sur le posemètre puis, lorsque vous voulez prendre une photo, vous dirigez l’appareil et le posemètre vers le sujet. La cellule vous indique alors les paramètres à utiliser pour une exposition correcte.

Tout est encore purement manuel (viser, régler, lire le résultat) mais ce système prétend vous aider à obtenir une meilleure exposition même sans rien y comprendre en lecture de la lumière.

C’est le Match-Matic qui relance les ventes. Une autre variante, le Golden Shield viendra lui donner un coup de main mais restera assez confidentiel (ainsi appelé parce qu’il reçoit un revêtement tout en métal et non plus en simili-cuir).

Grâce à cet appareil, la marque tiendra encore huit ans. C’est en 1966 que le C3 cesse d’être fabriqué, après 28 ans de loyaux services.

Mais revenons un instant sur le posemètre, absent de mon modèle. A vrai dire, il ne sera plus d’une grande utilité car au sélénium, il y a peu de chance qu’il fonctionne encore car il était prévu pour être monté sur l’appareil mais ne rentrait pas dans la gaine en cuir.

Le photographe ne gardait alors que la partie basse du « sac tout prêt », qui était aussi munie de la sangle pour le portage.

C’est toutefois un accessoire qui va bien avec le boitier, même s’il n’est pas indispensable.

Dès lors, dans le mode d’emploi (que vous pourrez télécharger ci-dessous), ils donnent une grille avec les équivalences en ouvertures et en vitesses par rapport aux données Argus.

Rien ne vous empêche de coller un petit pense-bête à l’arrière de l’appareil.

Corollaire aussi de cet ajout du posemètre dans la griffe, c’est qu’il n’est plus possible d’y placer un flash, sauf à le fixer sur le côté via un accessoire à fixer sous la semelle.

Notons que la molette autour du télémètre change aussi et gagne un anneau marqué « Flash Finder », qui utilise un système numéroté de 1 à 8 pour aider à déterminer l’ouverture avec un flash.

Je vous renvoie d’ailleurs encore au mode d’emploi pour découvrir le guide pour ajuster certains films et types d’ampoules flash. Sans réglage, il est configuré pour fonctionner avec les ampoules flash Kodachrome 25 et Sylvania Press 25B.

C’est un bel appareil – je sais, c’est subjectif comme appréciation – mais sa nouvelle robe lui va bien.

Ça n’empêche qu’il reste désespérément carré, avec des boutons pas toujours bien placé. Son aspect a évolué, pas son ergonomie.

Si vous sortez avec lui en rue, ne comptez pas passer inaperçu !

Ceci étant, si aux USA les Argus sont nombreux, y compris les Match-Matic, en Europe ils sont plus rares et dignes d’attention. Leur prix s’en ressent : comptez environ 90€ pour un exemplaire complet (avec la cellule donc, même si elle ne fonctionne plus). Mais vous serez plutôt vers les 70€ car c’est un accessoire qui manque souvent.

Photographier avec lui est une expérience aux dires des nombreux auteurs que j’ai pu lire pour préparer cet article.

Pas qu’il soit fondamentalement difficile de s’en servir mais il demande, comme nombre d’appareils anciens, un peu d’habitude, leur fonctionnement n’étant pas encore « normalisé ».

Petite revue en images :

Le mode d’emploi est à télécharger ici.

Quelques videos d’illustrations :

Cette video peut être utile si vous devez nettoyer votre Argus C-3 :

Si vous deviez démonter et nettoyer le vôtre.

Des références : https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-602-Argus_C3%20Matchmatic.html, en français ; https://casualphotophile.com/2015/11/25/argus-c3-camera-review/, https://mikeeckman.com/2014/12/argus-c3-matchmatic-1958/, https://en.wikipedia.org/wiki/Argus_C3, http://camera-wiki.org/wiki/Argus_Match-Matic_C3, https://www.arguscg.org/reference/c.shtml, https://www.arguscg.org/, https://argusinfo.net/, https://aadl.org/node/204921, https://alysvintagecameraalley.com/2019/08/29/a-quick-cleaning-of-an-argus-c3-matchmatic/, https://schneidan.com/2015/10/07/argus-match-matic-c3-americas-beloved-awkward-box/, https://shotonfilm.wordpress.com/the-cameras-2/argus-c3-the-brick/, en anglais.

Argentique

L’Argus C-3

Jamais sans doute un appareil photographique n’a autant bien porté son surnom : « la brique » (« The Brick » dans son pays d’origine).

Plus carré que ça …

Un petit mot d’abord sur mes recherches au sujet de cet appareil : j’ai dû me disputer avec Google et Cie pour avoir des résultats qui me parlent d’un appareil photo argentique plutôt que de l’argus d’une Citroën !

Car ce petit bijou au design, heu … particulier (attribué à Gustave Fassin, un belge), nous vient du pays de l’Oncle Sam.

Mais commençons par le début.

Le premier nom d’Argus Cameras Incorporated fut International Radio Corporation. Née en 1931dans le Michigan (Ann Arbor) de la volonté d’un groupe d’hommes d’affaires de la région, elle fut une bouée d’oxygène pour l’emploi dans un pays touché de plein fouet par la grande dépression de 1929.

Dès la première année, 75 emplois furent créés pour fabriquer des radios en plastique moulé, moins chère que celles aux boitiers en bois de l’époque. Cette radio, appelée Kadette se vendit très bien grâce à son coût très abordable.

Dans cet état grand comme huit fois la Belgique, la production de radios est une activité saisonnière. L’automne et l’hiver sont propices aux ventes, pas le printemps ni l’été. Pour compléter le cycle des fabrications, il fut décidé de produire un appareil photo 35mm peu couteux mais qui devait être fiable. Pour mémoire, la Kodachrome venait de sortir et le public était friand de cette pellicule couleur nouvelle.

Ils reprennent la même recette : un appareil au corps en plastique moulé, le modèle A, qui sera produit en 1936 au prix fou pour l’époque de 12,5$. Il va sans dire qu’à ce prix-là, son succès fut immédiat : 30.000 pièces seront vendues en une semaine par Montgomery Ward (un gros distributeur).

La partie photo prit le pas sur celle de la radio devant un tel succès. L’entreprise vend d’ailleurs ses brevets radio et change de nom pour devenir International Research Corporation et ne garde que la production d’appareils photographiques dans ses activités.

Dès 1940, elle commence à produire aussi des équipements optiques pour le gouvernement américain, dans le cadre de contrats militaires et aussi pour diversifier sa production car le Japon livre des produits photographiques de qualité parfois moins chers qu’Argus.

Le 7 décembre 1941, c’est Pearl Arbor et le gouvernement américain commence à se mobiliser pour la guerre. International Research Corporation cesse ses activités civiles pour se consacrer à la production d’optique militaire et d’équipements radio pour les forces armées US et alliées. Grâce à des prêts gouvernementaux, l’entreprise s’agrandit plusieurs fois pour répondre à la demande de l’effort de guerre. En 1944, elle change encore de nom et devient Argus Incorporated.

Tous les efforts de l’entreprise seront récompensés par 5 prestigieux prix « Army Navy E Award ».

Tiens, au fait, pourquoi le nom « Argus » ? C’est un hommage à un dieu grec qui possédait 1000 yeux, détail utile quand on fabrique des appareils photo et du matériel optique.

Après avoir remboursé tous les prêts, au sortir de la seconde guerre mondiale, Argus reprend une production civile. Toujours attentif pour se positionner dans l’air du temps, Argus Inc consacre son activité à la fabrication d’appareil photographiques destinés aux amateurs. Ils sont dans le « milieu de gamme », là où d’autres entreprises ne s’aventurent pas. Ils développent encore la gamme des appareils et produisent maintenant des projecteurs de diapositives, qui deviendront aussi un produit phare de la marque.

Le nom de l’entreprise change encore en 1949 et devient Argus Cameras Inc.. A cette époque, ils sont les deuxièmes plus grands fabricants et distributeurs de matériel photographique aux USA, juste derrière Eastman-Kodak.

Pourtant, en 1957, Argus Cameras Inc. est rachetée par Sylvania. Elle poursuit toutefois ses activités sous le nom d’Argus.

En 1962, Sylvania revend Argus à Mansfield, un gros importateur de produits photographiques de Chicago.

Petit à petit, la fabrication des appareils a quitté Ann Arbor et en 1969, c’est la fin de toute production d’appareils photo. Reste que maintenant la marque Argus appartient à plusieurs entreprises qui importent des produits photographiques qu’elles étiquettent encore Argus.

Fondée pendant la Grande Dépression par des hommes d’affaires avisés, elle a employé, à son apogée, 1.300 travailleurs et elle occupait 2 pâtés de maisons de la 4e rue à Ann Arbor.

Alors, si le modèle A, lancé en 1936, a introduit Argus dans le monde photographique, c’est le modèle C3 qui sera le modèle le plus connu et le plus vendu.

Source : argusgc, le modèle A en plastique (bakélite) Photo Copyright Henrry Gambino

Pourtant, tant le modèle A, sorti à peine 4 ans après l’introduction par Kodak de sa pellicule en bobine industrielle, que le modèle C3 ont permis une progression des ventes du film 35mm qui a assis durablement ce standard. Certains auteurs émettent même l’hypothèse que si Argus n’avait pas utilisé ce type de film, le 35mm aura eu moins de succès.

Bref, le C3 apparait en 1939 comme une mise à niveau des modèles C (télémètre non couplé) et C2 (télémètre couplé sans synchro flash), eux-mêmes mise à niveau du modèle A initial : il propose un télémètre couplé et une synchro du flash intégré à l’appareil.

Le revêtement est parti (et je ne l’ai pas encore refait) et il manque une molette sur le devant (pas de vis en laiton). C’est un C3, produit de 1939 à 1957

Vendu à l’époque 25$, il s’agit de l’appareil photo le plus complet pour sa gamme de prix. Il va s’en dire que ce sera de nouveau un succès commercial et immédiat.

Sa conception simple, sa forme rudimentaire, comparable à une brique dotée d’une lentille, son prix très accessible font qu’il a survécu à tous ses concurrents mais aussi à tous les autres appareils produits par Argus même. Ce n’est qu’en 1966 et plus de deux millions d’exemplaires produits que le C3 quitte la gamme Argus.

Que proposait donc cet Argus C3 ?

The Brick (ou the Lunchbox pour le Japon qui ne manque pas d’humour) proposait donc un télémètre couplé et un flash synchronisé. Son ergonomie est discutable mais sa simplicité et sa robustesse sont légendaires.

Essentiellement construit en bakélite, entouré de pièces moulées en métal pour le devant et l’arrière, avec ses molettes devant et ses gros boutons, il inspirait confiance. Sa conception proposait un obturateur à diaphragme composé de 3 lames, intégré au boitier, ce qui permettait d’utiliser des objectifs interchangeables et simplifiait la construction.

Source : argusinfos, un éclaté qui montre le nombre restreint de pièces utiles

Comme sur les vieux Leica ou les anciens Fed et Zorki, le viseur est séparé de la fenêtre du télémètre. Celui-ci est cependant couplé à l’objectif par des engrenages placés à l’intérieur du boitier.

Vue sur les deux fenêtres à l’arrière : le viseur et le télémètre. Notez que la roue avec les Asa n’est qu’un pense-bête.

L’objectif d’origine est un triplet anastigmat Cintar de 50mm ouvrant à f3,5. Les lentilles sont sous traitées à Bausch & Lomb, ou Ilex et Graf Optical, qui a été racheté par Argus en 1939, avec une qualité variable malheureusement. Toutefois il est reconnu comme excellent par sa précision.

Sa mise au point est d’environ 90cm jusque l’infini. Comme pour le Leica, c’est un support à vis, mais pas du même diamètre. Pour le démonter, il faut dévisser l’engrenage entre l’objectif et le télémètre.

En effet, un peu comme sur les Contax ou les Kiev, on règle la distance (et le télémètre) en tournant la molette verticale sur le devant du boitier, qui actionne l’objectif.

Ici il manque la molette de liaison entre le réglage de la distance et l’objectif. Vous voyez les crans sur les diverses parties.

Il était possible de monter un téléobjectif de 100mm, un grand angle (35mm) en plus du 50mm d’origine. Un viseur Argus, avec cadres pour les trois focales et réglage de la parallaxe complétait la collection. Outre Argus, Fujitar et Soligor ont aussi fournis des objectifs compatibles avec le boitier. Pour de plus amples informations sur ce point particulier, je vous renvoie au site argusgc.org, où vous pourrez voir les différentes optiques recensées.

Les vitesses s’échelonnent de 1/10s à 1/300s. Le sélecteur de vitesse demande un peu d’habitude. Ainsi, il est fortement déconseillé de le faire tourner trop vite dans le sens horaire et surtout pas au delà du cran d’arrêt du sélecteur sous peine de tout casser.

On arme l’obturateur avec le levier situé sur le devant du boitier. Là aussi il faut faire attention à ne pas arrêter ou freiner le retour de ce levier sous peine de fausser l’exposition car le levier est directement relié aux pièces de l’obturateur.

L’avantage de cet obturateur est qu’il permet la synchronisation du flash à toutes les vitesses.

Le levier d’armement, qu’il faut pousser vers le bas pour armer.

Je pense ne pas avoir assez insisté sur le côté simple et pratique de la mécanique de cet appareil. Tout a été pensé pour être facile d’usage et pour le réparer sans trop d’outils sophistiqués. Autant les appareils allemands de l’époque (Voigtländer, Contax, Zeiss Ikon) étaient bien construits, cherchant presque la complexité mécanique, autant l’Argus est réaliste et pensé utile.

Puisque je m’attardais sur l’obturateur, prenons-le comme exemple de cette explication : chez les Allemands, l’obturateur est souvent une pièce achetée à une entreprise spécialisée dans la mécanique de précision (j’allais écrire d’horlogerie !), comme les Prontor, les Compur. Ils sont souvent logés dans un compartiment « étanche », rapporté sur l’appareil, miniaturisé autant que possible. Alors que sur l’Argus, il est immense, mécaniquement simple et robuste du fait des pièces de grande taille. Il sera dès lors facile à entretenir, sans outils spéciaux, et donnera l’assurance de déclencher à chaque coup, pour peu qu’on l’ait utilisé un temps soit peu (oui, même ici les graisses peuvent devenir poisseuses si on ne manipule pas l’appareil). Attention, l’obturateur est visible dès que l’on retire l’objectif. Ne pas y poser les doigts ou tout objet pouvant l’endommager.

Source : argusinfos, le mécanisme simple de l’obturateur

Un mot aussi sur le télémètre, couplé.

Le système n’est pas courant mais rappelle, me semble-t-il, un peu celui des Contax et Kiev, à savoir qu’on règle la distance avec une molette.

Ici la distance est indiquée sur cette molette, qui est placée autour de la première fenêtre du télémètre. La distance est exprimée en pieds (nous sommes aux USA), et commence à 3 pieds, soit environ 90cm jusque l’infini, avec un passage par 100 pieds (environ 30 mètres).

Mécaniquement, l’anneau entraine une came qui appuie directement sur le levier relié au miroir mobile du télémètre.

Les dents de la molette sont reliées à celles de l’objectif grâce à un engrenage amovible (perdu ici). Deux tiers de tours de la bague télémétrique fait tourner l’objectif d’un demi-tour. Autrement dit, on peut régler précisément la mise au point du télémètre et de l’objectif grâce à cette bague crantée.

La fenêtre, qui est à l’intérieur de l’anneau avec les distances, forme la partie supérieure de l’image, alors que la petite fenêtre teintée, celle au dessus de l’objectif, donne l’image dans les deux moitiés de l’image visible. En fait, pour faire le point de l’image, il faut faire « glisser » la partie supérieure de l’image vue par le télémètre sur la moitié vue par la fenêtre du télémètre. Ici il n’y a pas de télémètre à coïncidence ou à image divisée mais par glissement.

Le télémètre est légèrement teinté, en jaune sur cet exemplaire (mais il y eut aussi du bleu pour le modèle antérieur). Ça aide pour la mise au point car au début il n’y avait pas de couleur, ce qui rendait l’image réfléchie plus sombre que l’image directe. Encore une fois ici on ne peut pas réellement parler de « patch » comme sur les télémètres du style Leica, Contax, Canon, par exemple.

Notons encore que l’on peut régler le télémètre sans devoir démonter l’appareil, il suffit de dévisser la plaque ronde sur le dessus de l’appareil, qui cache deux vis, une pour l’ajustement vertical et l’autre pour l’horizontal.

Si vous voulez placer un film dans cette drôle de machine, il faudra ouvrir le ressort sur la tranche gauche pour libérer le dos monté sur charnière (costaude cette dernière). En principe, il suffit d’appuyer sur la plaque chromée sous le verrou et de tirer sur le ressort pour ouvrir. Heu … heureusement que j’ai toujours un petit canif Suisse sur moi et je vous le recommande si vous ne voulez pas y laisser vos ongles.

Une fois la porte ouverte, voici la chambre, avec sa bobine réceptrice, à gauche.

Rien de particulier pour monter la pellicule.

En fin de film, il faut pousser sur le bouton qui est juste derrière la roue du compteur de vue pour désengager l’avance et ensuite tourner dans le sens de la flèche la grosse molette sous l’appareil (celle qui n’a pas le filetage pour le trépied).

Le compteur de vue doit être mis à zéro manuellement. Il est en prise directe avec l’avancement, sauf si vous le débrayez avec le bouton derrière le compteur (appelé Film Catch par Argus). Autrement dit aussi, il n’y a pas de protection contre les doubles expositions, sauf à armer immédiatement après avoir pris sa photo et à avancer le film d’une image avec la grosse molette au dessus à gauche. Autre bizarrerie, il faut pousser sur ce fichu bouton après chaque photo pour que le compte incrémente une image : après avoir pris votre photo, vous avancez jusqu’à l’image suivante en maintenant enfoncé le levier du loquet du film et en tournant le bouton d’avance du film d’un quart de tour, puis en relâchant le loquet du film et en continuant à tourner le bouton jusqu’à ce qu’il s’arrête. On s’habitue … ou pas !

Le mode Bulb est activé en tournant le déclencheur de 90 degrés vers B.

Le déclencheur, qu’il faut tourner à 90° pour mettre en pause B.

Le compteur d’images au-dessus de l’appareil photo est doté d’un petit levier à côté, . Fondamentalement, il capture et arrête à la fois l’avancée du film et le compteur d’images après l’avancée de chaque image.

Le flash se monte sur la griffe porte accessoire, quand il y en a une. Sinon, il faut le monter sur une barre fixée dans le pas de vis du trépied. La synchronisation s’effectuer grâce à deux prises sur la tranche gauche de l’appareil. Pour rappel, la synchro se fait à toutes les vitesses. Mais il faut absolument que ce soit un flash Argus, un gros truc cylindrique qui fonctionne avec 2 piles C et qui utilise des ampoules de type Edison à viser, quoiqu’il existe un adaptateur pour pouvoir utiliser de ampoules #5 ou équivalentes de type à baïonnette. Le flash est muni d’un réflecteur amovible mais vivement conseillé.

Source : arguscg

La partie technique est terminée, passons à la partie subjective, celle qui répond à la question : que penser de cet appareil ?

Franchement, si je ne l’avais acquis de la collection qui a fait l’objet d’un article, je ne m’y serais pas attardé. Pour deux raisons : s’il est presque commun aux USA, il est plus rare chez nous et ensuite parce que je ne le trouvais pas … beau !

Maintenant que j’ai cet exemplaire en mains, je peux préciser ma pensée.

Non, définitivement, il n’est pas beau, mais il a ce petit quelque chose qui fait qu’on s’y attarde.

Au niveau de l’ergonomie, on a déjà fait (beaucoup) mieux, même à son époque. Il faut toutefois lui reconnaître une rusticité qui finalement fait sa force.

La simplicité de sa mécanique font que de nombreux appareils fonctionnent encore. Et comme cet appareil est archi-connu de l’autre côté de l’Atlantique, il y a une communauté d’utilisateurs très dynamiques qui fabriquent des tutoriels pour bien l’utiliser, le réparer, le remettre à neuf, l’embellir.

Il faut savoir aussi que cet appareil fut celui de nombreux GI’s pendant la seconde guerre mondiale – le comble c’est qu’il ne fut pas retenu par l’armée américaine, qui lui préféra le Kodak 35. Le célèbre soldat – photographe de guerre Tony Vaccaro le rendit encore plus célèbre sur le front européen.

Source : Mike Eckman. Cette photo des médecins du 2e Bataillon en décembre 1944 a été prise avec un Argus C3 par le photographe de guerre Tony Vaccaro.

Evidemment, de petits malins essaient de vendre très cher ces appareils ayant fait la guerre. Mais ils ne l’ont pas toute faite. Petite astuce pour s’y retrouver : le numéro de série. Pour les modèles d’avant guerre, il se trouve près de la bobine d’entrainement. Ensuite, il migrera sous la fenêtre de la chambre.

D’autres utilisateurs connus ont encore assis la réputation de l’Argus C3 : citons entre autres Duane Michals, Helen K. Garber et Jimmy Carter (dont l’exemplaire de C3 est exposé au musée homonyme).

Il est aussi apparu dans nombre de films, dont un Harry Potter (la Chambre des Secrets, 2002) et même dans un clip video de Tom Petty and the Heartbreakers (Into The Great Wide Open, 1991).

Vers la première minute du clip …

Si nous laissons de côté cette « starisation » de l’engin, il reste un bon vieux télémétrique pas dépourvus d’arguments. Assez pour que certains aient envie de l’essayer en tout cas.

Au niveau prix, un bel exemplaire, complet, se négocie en Europe autour des 60€. Le prix d’un certain exotisme en somme.

En tout cas, photographier avec un Argus C3 ne vous laissera pas passer inaperçu mais il vous permettra de sortir des sentiers archi rabattus.

Pour voir des photos prises avec cet appareil, c’est par LA ou ICI.

Quelques videos d’illsutration :

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI ou LA.

Des références : https://www.lomography.fr/magazine/98051-the-argus-c3-more-than-just-a-brick, https://www.usmilitariacollection.com/boutique/appareil-photo-us-argus-c3/, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=384, en français ; http://camera-wiki.org/wiki/Argus_C3, https://en.wikipedia.org/wiki/Argus_C3, https://mattsclassiccameras.com/rangefinders-compacts/argus-c3/, https://casualphotophile.com/2015/11/25/argus-c3-camera-review/, http://www.artdecocameras.com/cameras/argus/c3/, https://argusinfo.net/, https://aadl.org/node/204921, https://www.arguscg.org/, https://www.argusmuseum.org/, en anglais.