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Le Canon AF 35 M

Il y a quelques temps, je vous avais présenté sa descendance, le Canon AF 35 M II, il était temps de revenir au pionnier …

Nous somme en 1979 et un an auparavant, coiffant tout le monde sur le poteau, Konica sortait le premier appareil autofocus au monde, le Konica C 35 AF. Canon se devait de réagir, vite, car le projet était dans ses cartons, prêt à sortir.

Le Canon AF 35 M sera donc le second appareil au monde à proposer l’autofocus sur un boitier compact et éminemment portable, même si nous sommes encore loin de la miniaturisation des années nonante.

Bon, revenons un instant sur cette histoire de premier ou deuxième sur le marché de l’autofocus.

« Techniquement », le premier appareil autofocus fut effectivement le Konica C 35 AF, quoiqu’il s’agissait d’un autofocus dit « passif » alors que celui du Canon est qualifié « d’actif »

Konica a utilisé le système Visitronic AF qui a été créé et produit par Honeywell. Ce système était une conception de mise au point automatique passive qui utilisait un télémètre traditionnel à deux fenêtres pour comparer la lumière entrant dans chaque fenêtre.

Par contre, le CAFS (Canon Auto Focus System) utilisait un faisceau de lumière infrarouge de balayage qui triangulait la distance en réfléchissant la lumière rebondissant vers l’appareil photo.

Le système de Konica était facilement trompé et ne pouvait pas très bien gérer les objets en mouvement ou très petits. Le système CAFS de Canon était loin d’être infaillible, mais il a géré une variété de scènes, y compris des situations de faible luminosité, de manière beaucoup plus fiable.

Tout ceci étant dit, gardons surtout en tête que grâce à ces systèmes, ces marques ont établi les standards de ce que deviendraient ensuite les autres appareils des 10 à 20 ans à venir : un appareil compact, équipé d’un moteur d’entrainement, des automatismes faciles.

Cet appareil connu un immense succès et il fut produit à des millions d’exemplaires (rare qu’il disait dans l’annonce !?). Pour vous donner une idée, il s’en fabriquait 110.000 exemplaires par mois au second semestre de 1981

Ceci dit, en trouver un en bon état n’est pas chose aisée (quoique, vu la quantité produite) car ils ont travaillé ces appareils.

Mais rendez-vous compte : pour la première fois (enfin la seconde si on veut), un appareil n’avait plus besoin que vous fassiez la mise au point, il s’en chargeait aussi, en plus du calcul de l’exposition et de la vitesse, de l’armement et du rembobinage de la pellicule. Une révolution qui allait combler tous les amateurs de photos familiales !

Rien d’étonnant à ce qu’il fut une des principales attractions du Salon International de la Photographie de Paris en 1979.

Comme je ne vais pas vous obliger à relire le texte sur le Canon AF 35 MII, ni moi réécrire ce que j’ai déjà écris, je vais me payer le luxe (si, si) de me citer :

« Le système de mise au point automatique de l’appareil n’est ni la détection de contraste utilisée dans les appareils photo numériques actuels, ni la détection de phase utilisée dans les reflex numériques. Il utilise plutôt la triangulation du faisceau actif dans le proche infrarouge. Ce système n’offre pas de mise au point automatique multipoint ni de détection des visages, mais il permet à l’appareil photo de faire la mise au point dans l’obscurité totale !

Le système d’auto-exposition utilise une photorésistance CdS, et c’est l’un des meilleurs systèmes de mesure que l’on puisse trouver dans un compact d’époque. Même dans les situations les plus difficiles, comme la prise de vue de nuit et la prise de vue dans la neige claire, les sous-expositions et les surexpositions sont très rares. »

Si je résume la technique la dessous, le système de mise au point automatique actif utilise une diode émettrice dans le proche infrarouge et une photodiode à broche pour déterminer la position du sujet par triangulation comme le ferait un télémètre à image coïncidente. Cela signifie que le système est indépendant des niveaux de lumière ambiante et atteint un haut degré de précision.

Pourtant, il pourrait être dupé par le verre (qui n’est pas transparent au rayonnement infrarouge). La zone de mise au point automatique est marquée sur le viseur optique « galiléen inversé », qui a également des lignes de cadre projetées, des marques de mise au point de zone pour près, moyen et éloigné (allumées pour indiquer la zone approximative que la mise au point automatique a sélectionnée), des marques de correction de parallaxe pour la photo de près et une vérification de la batterie et un LED rouge d’avertissement en cas de risque de flou de bougé, nous y reviendrons.

Parlons ensuite un peu de l’objectif. Il s’agit ici d’un 38mm ouvrant à f1:2,8 en 4 éléments et 3 groupes. La distance de mise au point minimale est de 90 cm. A l’époque, il utilisait encore de beaux objectifs pour les compacts !

Le bord de l’objectif est fileté pour permettre d’y ajouter des filtres si besoin (diamètre de 48mm) et d’autres accessoires comme des compléments optiques pour, par exemple, bénéficier d’un téléobjectif ou d’un grand angle.

Outre cet objectif, l’appareil offre cinq automatismes :

  • automatisme de la mise au point
  • automatisme de l’exposition
  • automatisme du flash
  • automatisme de l’avancement du film lors du réarmement (après chaque déclenchement)
  • automatisme du rembobinage en fin de film

Et tout ça dans un petit bloc de plastique noir, solide, guère plus grand que les autres compacts de l’époque (semblable à un Canonet 28 pour illustrer le propos), mais lui posséde un moteur et les spécificités citées ci-dessus !

Il fonctionne simplement avec deux piles AA, très communes, qui assurent environ 50 bobines de 36 vues par jeu de piles (soit près de 1800 photos !). Petite attention supplémentaire : à la fin du film, une fois rembobiné, l’alimentation se coupe, pour économiser encore un peu plus les AA. Il ne sort de sa torpeur que si vous insérez un nouveau film.

Il possède encore un flash intégré, qui se recycle assez vite (plus ou moins 8sec quand même) et à en outre le bon goût de ne pas systématiquement donner des yeux de lapins effrayés aux personnes que vous prenez en photos (il n’est pas trop puissant et pas trop près de l’objectif).

Soyons de bon compte, si cet appareil offrait un autofocus performant, nous en étions au balbutiements de la chose et tout n’était pas encore parfait.

Si vous voyez le sigle « CAFS » sur la façade de l’appareil, sachez qu’il désigne le principe de la mise au point par infrarouge. Cet émetteur est une lentille placée à gauche de l’appareil (si vous le regardez de face). En regardant ensuite vers la droite, vous verrez la fenêtre qui éclaire le cadre collimaté, puis le viseur et enfin le récepteur infrarouge

Comment ça marche ?

Lorsque vous visez un sujet, enfoncer le déclencheur vous permettra de faire la mise au point au centre de la photo et de la prendre.

Mais il faudra faire entièrement confiance à la technologie de l’appareil car vous ne verrez rien de ce qui se passe !

Si cela peut être frustrant pour certain, l’esprit de l’appareil allait aux familles qui voulaient juste ramener de belles photos, sans prises de tête … et ça fonctionne très bien.

N’espérez pas faire une mise au point, la garder en mémoire pour recadrer votre image en appuyant à m:i-course sur le déclencheur … ce serait trop simple !

Vous voyez le petit levier, en bas, marqué « self-timer/pré-focus » ?

Il a une double fonction, celle de retardateur, vous aviez compris, mais aussi, lorsqu’il est abaissé de garder la mémoire de la distance de mise au point. Si vous déclenchez endéans les 10 secondes, il n’y a plus de modification de la distance relevée par l’autofocus. Si vous attendez plus de 10 secondes, le déclenchement sera celui du retardateur habituel. Ce système vous permettra de faire la mise au point, puis de recadrer la photo si besoin..

Seconde particularité, vous ne verrez le point de mise au point que lorsque vous aurez pris la photo !

En effet, l’appareil vous indique sur une échelle avec des symboles tels que un visage, un groupe ou une montage l’endroit où il a fait la mise au point, ce qui n’est pas forcément ce que vous aviez visé mais bien ce que le faisceau IR (infra rouge) a estimé être la bonne distance. Notez qu’on s’y fait mais c’est déconcertant pour les utilisateurs de machins modernes ultra sophistiqués que nous sommes devenus

Le moteur se fait entendre mais il y a un petit truc pour éviter de se faire repérer quand vous avez pris une photo « délicate » : gardez le doigt sur le déclencheur, le réarmement ne s’effectuera que lorsque vous le relâcherez.

Charger un film est d’une facilité déconcertante, ce qui semblait être la hantise de beaucoup d’amateurs, mais elle n’est pas automatique : vous devrez glisser le bout de l’amorce dans la fente de la bobine réceptrice. Lorsque le film est inséré dans la dite bobine, vous refermez le dos et appuyez une ou deux fois sur le déclencheur, jusqu’à ce que le zéro s’affiche dans le compteur de vue (mélange de l’ancien et du moderne quoi !). Et pour rassurer complètement, l’AF35M dispose d’une fenêtre de chargement sécurisé pour indiquer que le film avance correctement.

Ensuite, grâce à la bague en plastique autour de l’objectif, vous réglez la sensibilité du film, qui doit être comprise entre 125 et 400 Asa

Sous l’optique de la lentille elle-même, se trouve la photorésistance au sulfure de cadmium (CdS) pour le posemètre. L’emplacement de la cellule à l’intérieur de la bague de filtre de l’objectif, indique que le compteur fonctionnera avec précision même avec des filtres installés sur l’objectif.

source : Casualphotfile
CanonVF
source : Mike Eckman

Un mot encore du viseur, qui comporte des lignes de cadre et des lignes de cadre corrigées de parallaxe pour la prise de vue rapprochée, un indicateur de mise au point (au milieu du viseur), une lampe d’avertissement de faible luminosité … et c’est tout, mais pour l’époque, c’est vraiment très bien.

La lampe qui vous signale la faible luminosité n’enclenche pas le flash automatiquement, vous devrez le déployer. Personnellement, j’aime mieux que ces flashs qui s’allument à tout bout de champ sans que l’on puisse les débrayer. Le flash est synchronisé avec le posemètre de l’appareil photo à toutes les vitesses.

Que penser de l’appareil ?

Le design des années quatre-vingt, on aime ou pas. Personnellement, je lui trouve un charme désuet qui lui va bien mais ne le rend pas « ringard » comme certains. C’est propre, c’est net et fonctionnel : tout tombe sous les doigts comme on s’y attend.

Pour le reste, il faut être conscient que l’appareil accuse ses quarante ans.

Il ne vous décevra pas (trop) mais ne lui demandez pas ce qu’il n’est pas capable de faire et ne le comparez pas aux appareils des années nonante voire début deux mille, ce n’est pas la même époque.

Mais ce qu’il fait, il le faut toujours bien, c’est un excellent boitier, avec un charme certain.

Vous devriez pouvoir en trouver un vers les 40€ maximum (en parfait état, avec sa gaine d’origine et sa dragonne). Il ne réclamera que deux piles AA pour repartir avec vous …

Un peu de technique :
Objectif Canon 38mm f/2.8 avec revêtement 4 éléments en 3 groupes
Mise au point automatique dans le proche infrarouge (cellule émettrice et cellule réceptrice, triangulation)
Obturateur à feuille électronique
Vitesses de: 1/8 – 1/500 secondes, en continu
Compteur CdS couplée
Pile 2 x alcalines AA 1.5v
Flash électronique intégré
Poids 405 grammes (avec piles)

https://i2.wp.com/collection-appareils.fr/gestion_catalogue/images/1335472691.jpg?resize=483%2C707
source : Collection-appareils.fr, Grenier-Natkin 1981

Petite video d’illustration

Quelques références : https://www.35mmc.com/03/08/2018/canon-af35m-making-review/, https://en.wikipedia.org/wiki/Canon_AF35M, https://www.mikeeckman.com/2016/04/canon-af35m-1979/, https://casualphotophile.com/2015/02/23/canon-af35m-vs-nikon-l35af-camera-review/ en anglais, http://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1146-Canon_AF%2035M.html en français

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