Cet article sera le troisième dédié à cet appareil. Pourquoi trois ? Parce que je me suis aperçu que les deux premiers étaient assez chiches en infos utiles.

C’est le courrier d’un lecteur attentif (qui se reconnaîtra) qui m’y a fait réfléchir. Sa question était simple : où est le bouton pour vérifier la profondeur de champ ? Et je me suis aperçu que je n’avais jamais détaillé cet Eos 30 convenablement.

Je vais donc tenter d’y remédier une bonne fois pour toute.

Lancé en octobre 2000, le Canon Eos 30 et son frère, le 33 (aussi appelé Elan 7 sur le marché américain) est un Canon Eos 50E revisité et survitaminé car sous ses dehors sages, il intègre le meilleur du moment, empruntant à ses grands frères (Eos 3 et Eos 1-V) quelques unes de leur meilleure fonction (le calculateur vient de l’Eos 3 p. ex.).

Si nous voulons le situer dans la genèse de la marque, il est un cran au dessus du Canon Eos 300, voué aux familles, et un cran en dessous de l’Eos 3, destiné aux professionnels.

Il sera remplacé par l’Eos 30v (et 33v), les derniers appareils reflex argentiques de la marque au pied des années 2000.

Vous l’aurez deviné, il s’adresse plutôt aux amateurs avertis ou comme second boitier pour le professionnel qui a déjà mis l’Eos 3 dans sa besace.

La finition est soignée avec un châssis métallique (alu anodisé noir), les plastiques sont de bonne qualité (résultat des techniques de moulage de la marque qui assure un parfait assemblage) et le grip remplit correctement son rôle. L’ergonomie est très bonne, la seconde molette au dos du boîtier évite d’avoir à titiller un bouton tout en tournant la molette de la poignée quand on opère en mode manuel.

Tout ça dans un boitier compact et très agréable à prendre en mains.

Ce qui frappe d’emblée, lorsqu’on regarde le boitier, c’est le « Eye control » qui sigle sa face avant.

Il n’est pas le premier de la gamme à proposer la chose, le Canon Eos 5 a inauguré le principe, repris et déjà amélioré sur l’Eos 50E. Ici, il est encore plus souple d’utilisation et précis.

La pub actuelle pour l’Eos R qui se pilote aussi de cette manière rappelle aux plus jeunes que « rien ne se perd, tout se transforme », n’est-ce pas mon cher Lavoisier ?

-« Mais c’est quoi ce « Eye control » ?

Une idée géniale tout d’abord : c’est l’œil du photographe qui pilote la mise au point, grâce à un rayon infrarouge qui en détecte les mouvements, il sélectionne le collimateur autofocus regardé avec insistance (ou distraction, j’y reviendrai) et l’appareil l’utilise pour faire la mise au point.

Cette technologie fonctionne tant en tenue verticale qu’horizontale. Un petit bouton rotatif, près du panneau de contrôle lance la mise en service et le calibrage du système. Jusqu’à cinq personnes différentes (contre trois pour l’Eos 50E) peuvent ainsi piloter l’appareil. Ou vous pouvez le paramétrer en fonction des conditions de prises de vue : ensoleillée, sombre, heure dorée, etc.

Malheureusement, les porteurs de lunettes à double-foyer ne pourront pas l’utiliser : ils devront le débrayer ou passer à l’Eos 33, identique. Toutes les autres corrections sont acceptées.

Cet autofocus fonctionne sur 7 zones (contre 3 pour l’Eos 50E). Et il est d’une précision redoutable.

Si vous avez déjà eu un Canon Eos en main, vous trouverez immédiatement vos marques avec celui-ci. C’est là le résultat d’une ergonomie bien pensée et confortable d’utilisation. Même si vous venez du numérique, vous vous sentirez en terrain connu.

Aussi parce que les commandes sont devenues des classiques, jugez plutôt :

  • les modes programmes bien connus que sont les Av (priorité ouverture), Tv (priorité vitesse), M (manuel)
  • et les non moins fameux « programmes résultats » avec le rectangle vert (tout automatique), Programme, Portrait, Sport, Paysage, Macro et Nuit et leurs petits symboles auxquels vous vous êtes habitués.

Puis on entre dans ce qui se voit moins mais fait tout le sel de cet appareil :

  • le système autofocus pilotable par l’œil nous venons de l’évoquer, mais que vous pouvez débrayer
  • un obturateur qui monte jusqu’au 1/4000s, en démarrant à 30 secondes, plus pause B
  • une synchro flash au 1/125s mais qui se fait à toutes les vitesses si vous utilisez les flashs dédiés de la gamme EX
  • un mode silencieux (pour un appareil qui l’est déjà naturellement)
  • une motorisation interne qui autorise 4i/seconde
  • un bracketing d’exposition automatique
  • la possibilité de paramétrer l’appareil à votre main : 13 fonctions personnalisée sont à votre disposition, du réglage du flash intégré avec la synchro au second rideau en passant par le rembobinage du film en laissant l’amorce sortie ou – pour les plus pressés – le rembobinage ultra rapide (moins de 5 secondes pour un film de 36 vues).
  • … et tant d’autres choses qu’il serait trop long d’énumérer sans être assommant (voir tout en bas les données techniques)

Comme l’ergonomie est soignée, tout tombe sous les doigts, rapidement et vous ne serez pas noyé sous les boutons et molettes : une molette à gauche pour les commandes (PSAM) et une à droite pour les saisies.

Un bouton marqué « fonction » sur le panneau arrière vous permet d’aller dans les fonctions secondaires, comme la sélection des valeurs ISO du film, le bracketing exposition automatique, le mode de mesure, les modes d’expositions multiples, p. exemple. Lorsque vous appuyez sur ce bouton, un marqueur apparait sur l’écran de contrôle LCD, qui se positionne devant des icônes explicites (pour les fonctions secondaires) et vous validez avec la petite roue près du déclencheur.

Toujours sur le panneau arrière, un autre bouton active le rembobinage à mi-bobine et encore un autre pour changer le système de mesure repris sur l’écran LCD.

Autre fonction intéressante, la mise au point prédictive (AF prédictif AI Servo, qui vient de l’EOS-1V quand même !) qui suit les sujets en mouvement, comme des enfants ou des véhicules. Si vous utilisez la mise au point avec le contrôle visuel, le boitier suivra le sujet à travers les 7 points de mise au point lorsque votre œil se déplace avec lui.

Vous avez bien sûr le loisir de débrayer le système et passer en manuel là aussi. Les touches fléchées du point de mise au point sur la molette de contrôle rapide du capot arrière permettent une sélection rapide et intuitive du point de mise au point.

L’Eos 30 propose aussi plusieurs types de mesure (mesure moyenne évaluative, partielle et pondérée centrale), comme les boitiers modernes et, si nécessaire, vous pouvez en plus corriger l’exposition facilement de +/_ 2 stop, par demi-incrément. Le posemètre est à mesure multizones (35 zones), très difficile à mettre en défaut. La mesure spot est bien-sûr possible.

La sensibilité de l’appareil se règle automatiquement par la lecture du codage DX quand vous introduisez un film dans la chambre, avec une plage de 25 à 5000 Iso. Le réglage manuel de la sensibilité est aussi possible, avec une plage plus large de 6 à 6400 Iso.

Le capteur de mesure évaluative à 35 zones lié au point de mise au point actif combiné au système de flash automatique E-TTL de la série Speedlite EX en font une arme redoutable, quelque soit les conditions de lumière.

En cas d’exposition spécifique (contre-jour violent, basse lumière, p. ex.) le boitier utilise son flash d’appoint de manière subtile et automatique.

Puisque je parle du flash, il est bien évidemment modulable tant et plus car l’exposition au flash fonctionne avec les modes de flash programme E-TTL, A-TTL et TTL.

Ce type de flash exploite la technologie de mesure TTL (through the lens ou à travers l’objectif en français) pour calculer automatiquement la puissance lumineuse à émettre. Pour ce faire, un flash s’appuie sur l’image du sujet capturée à travers l’objectif ou le capteur numérique. Certains flashs ont plusieurs modes TTL, dont les plus courants sont l’A-TTL et l’E-TTL. Les flashs E-TTL reprennent le principe du pré-flash pour déterminer l’exposition optimale. Ce pré-flash se diffère en revanche en se produisant immédiatement avant l’ouverture de l’obturateur et non lorsque le déclencheur de l’appareil photo est enfoncé à mi-course, comme cela est le cas de l’A-TTL. La valeur d’exposition est ainsi calculée moins d’une fraction de seconde avant la capture de la photo. Ce premier déclenchement est émis si rapidement qu’il est difficile, voir impossible de le distinguer du flash principal. De plus, les données du pré-flash sont analysées à partir du capteur TTL de l’appareil photo et non par le capteur interne du flash. Cela permet à la mesure E-TTL d’être encore plus précise. (source : Vivre de la photo)

Le viseur, très clair, offre un correcteur dioptrique toujours bienvenu à ceux qui frôlent les 45 ans et plus (-2,5 à + 0,5 dioptries). Il est particulièrement complet au niveau infos.

Pour l’alimentation de l’engin, deux piles CR123A suffisent. Un grip BP-300 permet d’augmenter la capacité d’alimentation et assure un excellente prise en main même s’il augmente sensiblement l’encombrement.

Il existe un modèle avec dos dateur (alimenté par une CR 2025) qui autorisait différents modes d’affichage de la date mais comme d’habitude, les ingénieurs n’ont jamais pensé que leur appareil serait utilisé au delà de 2019. Remarquez qu’ils étaient quand même conscients d’avoir sorti un boitier capable de fonctionner près de 20 ans !

Pour les données plus techniques, voyez ici plus-bas ou sur le monde d’emploi (lien ci-dessous) sinon ça va devenir fastidieux.

Que retenir de cet appareil ?

Il est toujours parfaitement dans le coup et ne semble pas prêt à décrocher.

Plus abordable que l’Eos 3 en occasion, moins bruyant que celui-ci, léger et compact, c’est un appareil (presque) parfait pour redécouvrir les joies de l’argentique dans les meilleures conditions.

Son ergonomie très proche de ce que nous connaissons en numérique ne vous désorientera pas, surtout si vous venez déjà du monde Canon.

Il peut utiliser toute la gamme des objectif EF, même les récents mais en tenant compte que les derniers sont prévus pour des capteurs de haute résolution et risquent d’être trop « durs » pour le rendu de l’argentique.

De nombreux photographes l’utilisent encore, comme par exemple Fred d’Histoires de Photos (il a un Eos 33) et il continue à multiplier les expériences en argentique avec succès.

Si vous en trouvez un, vous serez peut-être rebuté par le grip qui devient collant. Si c’est désagréable, ça n’empêche pas l’appareil de bien fonctionner (mais vous essayerez sans doute de discuter le prix !). Pas de panique. Sur internet vous verrez plein de trucs plus ou moins bidons pour y remédier. Franchement, le seul qui fonctionne bien (je l’ai fait pour plusieurs appareils et pas seulement des Canon) c’est de passer sur le grip avec un linge mon pelucheux imbibé de produit pour retirer la colle. Car c’est elle qui est responsable de ce désagrément, en « percolant » à travers le caoutchouc. Le grip deviendra sec et « lisse » sans nuire à la tenue en mains.

Il n’a pas « l’aura » des Canon métalliques, comme le A-1, le F-1 et consorts, mais quelle efficacité et quel plaisir de travailler avec.

Il faut être encore attentif à un petit point, auquel on remédie assez vite avec un minimum de concentration : lorsque vous utilisez le système de pilotage par l’œil, souvenez-vous que la mise au point se fait là où vous regardez. Ce qui implique que si vous visez un sujet mais regardez ailleurs dans le viseur, l’appareil assurera la mise au point sur ce que vous regardez réellement.

Pour ma part, l’Eos 30 que je garde, je l’ai trouvé pour une bouchée de pain sur une brocante il doit y avoir 4 ans maintenant. Le vendeur ne savait pas quoi en faire, le pensant dépassé vu l’arrivée massive du numérique. Je ne l’ai pas contredit et j’ai emporté le boitier, muni du classique 28 – 80mm Canon EF. Je monte aussi le 17 – 40 f4 série L qui équipait l’Eos 5D Mark III que j’ai vendu.

En résumé : un magnifique appareil qui ne se démode pas. Si vous en trouvez un dans la 100€ vous aurez fait un très belle affaire (avec un objectif). Et, honnêtement, si vous voulez découvrir le plaisir de l’argentique dans les meilleures conditions, passez pas lui, vous ne serez pas déçu.

Source : Collection-appareils, Camara Mai 2001.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI (en deux partie pour la version française).

Une video d’illustration de l’Eos 33 en français.

Et pour l’Eos 30 mais en anglais

Les données techniques (la liste est longue ) :

Reflex à lentille mono-objectif avec obturateur à plan focal et entraînement de moteur intégré, Flash
Objectifs compatibles : tous les objectifs EF (même les récents)
Viseur de type Pentaprisme, couverture d’image 90% en vertical et 92% en horizontal
Grossissement 0,70x
Ajustement dioptrique intégré de -2,5 à +0,5 dpt.
Nouvel écran de mise au point laser-mate très clair
Miroir rapide
Informations sur le viseur : points de focalisation et en dessous : vitesse d’obturation, ouverture (FEL, DEP, CAL, END), verrouillage AE / FE, niveau d’exposition (montant de la compensation d’exposition, montant de la compensation d’exposition au flash, niveau d’exposition manuelle, gamme AEB, réduction des yeux rouges), indicateur de flash, avertissement de sous ou sur exposition, synchronisation haute vitesse (FP Flash), icône de contrôle des yeux, icône de compensation d’exposition flash, indicateur de mise au point AF / MF
Aperçu de la profondeur de champ grâce au bouton d’aperçu de la profondeur de champ placé à c^poté du fut d’objectif.
Contrôle de l’exposition : Modes de dosage TTL avec une photocellule de silicium de 35 zones, Mesure évaluative (liée à tous les points de focalisation), Mesure partielle (env. 10% de la surface du viseur au centre), Mesure de la moyenne des point de focalisation
Méthodes de contrôle d’exposition : Programme AE, Vitesse d’obturation-priorité AE, priorité ouverture, Profondeur de champ AE, Auto complète, Modes de contrôle d’image programmés (portrait, paysage, gros plan, sports, scène de nuit), Programme E-TTL Flash AE, Programme A-TTL Flash AE, Programme TTL flash AE, Exposition manuelle, Mode Bulbb
Sensibilité de vitesse de film ISO ISO 6-6400 (définie automatiquement avec un film codé DX à l’ISO 25-5000.)
Compensation de l’exposition : Compensation d’exposition manuelle: +/- 2 par incréments de 1/2-stop, AEB: +/- 2 s’arrête en incréments de 1/2-stop (exposition correcte, sous-exposition et séquence de surexposition).
Verrouillage AE : Verrouillage AE, auto AE en mode AF, verrouillage AE appliqué lorsque la mise au point est obtenue, Serrure AE manuelle (activée dans tous les modes de mesure avec bouton de verrouillage AE.)
Multi expositions : max. 9 Expositions multiples (annulables et réinitialisables à tout moment). Annule automatiquement après la prise de toutes les expositions multiples.
Avertissement de bougé si le jeu de vitesse d’obturation est automatiquement plus lent que le réciproque de la longueur focale de la lentille, l’affichage de la vitesse d’obturation clignote à 2 Hz.
Autofocus : avec capteur CMOS sur 7 points, Modes de focalisation AF ponctuel, l’autofocus s’arrête et se verrouille lorsque la mise au point est atteinte, AI Servo AF suit le sujet en mouvement et lorsque la mise au point est obtenue, l’indicateur de mise au point ne s’allume pas (clignote à 2 Hz uniquement si AF échoue), AI Focus AF avec commutation automatiquement entre un AF ponctiuel et AI Servo AF, Focalisation manuelle activée avec la bague de mise au point lorsque le mode de mise au point sur la lentille est réglé sur MF (ou M).
Indicateur de mise au point : : Point de mise au point clignotant superposé au viseur, Indicateur de mise au point dans le viseur, Son bip (peut être désactivé).
Sélection de points de focalisation : Sélection automatique, Sélection manuelle: l’un des 7 points de focalisation sélectionnés par l’utilisateur avec le sélecteur de points de focalisation et les touches de sélection de points de focalisation, Contrôle des yeux : point de focalisation sélectionné sur les yeux. Indicateur de point de focalisation sélectionné dans le viseur et affiché sur un panneau LCD.
Fonction AF-Assist, une lumière intégrée
Contrôle du regard : Calibrage jusqu’à cinq réglages d’étalonnage peut être stocké (fonctionnalité intelligente fournie).
Obturateur : volet à plan focal avec toutes les vitesses contrôlées électroniquement.
Vitesse d’obturation 30 sec. à 1/4000 sec. Incréments de 1/2-stop, bullb, X-Sync à 1/125 sec.
Déclencheur électromagnétique doux
Self-Timer contrôlé électroniquement de 10 secondes.
Transport de film : Chargement automatique jusqu’à l’image 1.
Film Automatique Advance avec moteur intégré, Single, continu (environ 4 i/s max.).
Rembobinage automatique à la fin du rouleau. (Rembobinage silencieux ou à grande vitesse activé avec C.FN-1.)
Rembobinage silencieux : pour film 24 exposition ou 36 max. Mode silencieux: env. 13 sec. / Environ. 48 DB. Mode haute vitesse: env. 5 sec. / Environ. 55 dB
Flash intégré : flash pop-up automatique en cas de faible luminosité ou à la demande, TTL, Temps de recyclage env. 2 sec.
Couverture flash 28mm Angle de lentille couvert.
Autres spécifications : Flash Contacts X-Sync via la griffe flash, Compatibilité SpeedLite Compatible avec E-TTL / A-TTL / TTL Autoflash.
Fonctions personnalisées 13 Fonctions personnalisées (C.FN-1 à C.FN-13) avec 34 réglages
Télécommande : Contrôle de la télécommande filaire avec RS-60E3, Télécommande sans fil avec RC-1.
Source d’alimentation Deux piles au lithium CR123A avec affichage (4 niveaux) de la charge
Dimensions 146.7 (L) x 103 (H) x 69 (P) mm
Poids 580 g nu sans piles

Des références : http://35mm-compact.com/reflex/canon-eos-30.htm, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-5315-Canon_EOS%2030%20Eye%20Control.html en français, https://www.ephotozine.com/article/canon-eos-30-film-slr-review-4380, http://camera-wiki.org/wiki/Canon_EOS_30, https://global.canon/en/c-museum/product/film224.html, https://plex.page/Canon_EOS_30 en anglais