Ah, une chouette rencontre grâce à cet appareil lors de la brocante du 24 avril, à Seneffe.

Un gentil couple vendait quelques anciens appareils leur ayant appartenu, dont ce Kodak EK 100 à photo instantanée.

Comme j’expliquais un peu ma démarche pour cet achat, et quelques mots sur la rivalité Polaroid – Kodak, Jean-Baptiste (che è anche un connazionale), le vendeur et son épouse se rappellent l’avoir acheté et utilisé dans les années septante, prenant comme repère l’année de leur mariage. Il les a accompagnés encore un long moment ensuite avec plaisir.

Ni eux, ni moi me savions quel film pouvait redonner vie à cet appareil. Nous avons donc négocié un prix correct et je vais tenter de vous présenter cet appareil à photo instantanée, qui devait être le concurrent de Polaroid.

Pour mémoire, en 1948, Edwin Land sort le premier appareil à développement instantané qui connaîtra un essor industriel, Le Polaroid 95 . Pendant près de 30 ans, Polaroid est seul sur le marché à proposer cette technologie, qu’il fait évoluer au fil du temps, pour répondre tant aux avancées des autres appareils photo (autofocus, obturateur électronique, cellule, etc.) qu’à celles des films en 24×36 (introduction en 1963 des films Polaroid en couleur).

Cette hégémonie titille un autre géant américain, Kodak, qui entend bien, manger sa (grosse) part du gâteau, comme il le fait déjà pour les films et les appareils photo qu’il vend par camions entiers.

C’est ainsi qu’en 1976, il propose sur le marché son propre appareil à développement instantané, les Kodak EK4 et EK6.

Bien évidemment, Polaroid ne l’entend pas de cette oreille et attaque Kodak devant les tribunaux étasuniens pour contrefaçon de brevet, citant 12 cas différents et autres joyeusetés.

Un long procès qui verra son aboutissement en 1986 avec la défaite de Kodak, qui se voit interdit de proposer à la vente des appareils à développement instantané, des films instantanés et doit payer une amende record de 870 millions de dollar à son concurrent. Ajoutons encore que la marque devait indemniser les clients qui auraient acheté ses appareils et qui, suite au procès, ne pourraient plus les utiliser faute de consommable. La facture fut salée !

Mais à la fin des années nonante, Polaroid commence à perdre de sa superbe. En 1998, Fujifilm propose sa propre gamme de film instantanés et appareils avec l’Instax Mini.

2008, Polaroid lâche pied et abandonne la production des films à développement instantané pour se concentrer sur le numérique, mais un peu (trop) tard, laissant Fujifilm prendre le marché de l’instantané.

Finalement, les deux s’associent pour produire le Polaroid P300 (2011) qui utilise des films Instax.

Quelques anciens Pola continuent à être fonctionnels grâce aux stocks de films encore disponibles, et notamment grâce à Fujifilm qui commercialise encore les FP-100 (pour les appareils qui utilisent les pack 100), en tout cas jusqu’en 2016.

Aujourd’hui, il ne reste que quelques stocks, qui se vendent à prix d’or, or tous les films sont périmés.

Pourtant, un nouvel essor de la photographie instantanée se dessine. Polaroid n’est plus le leader, loin s’en faut : c’est Fujifilm qui tient le marché (90%) avec ses films Instax.

Bien que la production de quelques films cultes ait été relancée grâce à Impossible Project, en 2010, il est consternant de constater que Polaroid n’a fait aucun effort pour satisfaire sa clientèle, toujours présente et demandeuse, préférant s’enfoncer dans un nouveau procès, cette fois contre Fujifilm, au sujet de son Instax Square, très (trop ?) proche du format des films 600.

Un mot sur Impossible Project, société créée par des anciens de Polaroid Hollande. Après avoir relancé les films en format 600 sous diverses versions, ils ont aussi changé de nom pour devenir Polaroid Originals et sont les seuls à créer et vendre les films pour appareils Polaroid, anciens et nouveaux.

De nos jours, de nouveaux procédés ont aussi vu le jour et se côtoient donc les films Pola, les films Instax, les films I-Type et Zink. Quant aux protagonistes actuels, tant pour les films que les appareils, il reste Polaroid et Fuji, mais on constate le retour de Kodak et l’émergence de Lomography.

Affaire à suivre donc …

Pour en revenir à notre EK100 (appelé Colorburst 100 aux USA), il est similaire au EK6, qui reprend les caractéristiques techniques du EK4.

Les EK 4 – 6 sont la première génération des appareils Kodak instantanés. Ils avaient déjà cette forme aplatie mais la « mécanique » demandait à s’affiner. Le EK 4 avait encore une manivelle pour faire sortir le film tandis que le EK 6 gagnait enfin un moteur qui s’en chargeait (comme sur les Pola).

Lors du lancement de ses appareils, Kodak a aussi sorti un pack de film instantané, le PR-10. Très similaire au film SX-70 lancé par Polaroid en 1972 bien que nous pouvons retenir que le format était différent (rectangulaire au lien de carré), ne contenant pas de batterie et exposé à l’arrière du film, ce qui rend le film moins compliqué et permet une résolution plus élevée. Mais comme pour le film SX-70, c’est le passage entre les rouleaux de l’appareil qui fait éclater une dosette de produits chimiques et les répand sous la surface de la photo.

Pour la petite histoire (je sais, je suis incorrigible), il faut savoir que Kodak avait produit, dans les années soixante, du film instantané pour Polaroid, un film pack (où la partie négative est jetée) et avait ensuite développé du film instantané après le lancement du fameux système SX-70.

Tiens, au fait, pourquoi cette forme plate, peu courante ?

Kodak voulait se démarquer de son grand concurrent et il trouvait la forme empruntée par Polaroid trop volumineuse, pas assez transportable. Polaroid et ses clients aussi, d’où l’engouement pour le SX-70, tout plat lors du transport, appareil qui a inspiré Kodak.

C’est grâce à l’utilisation de miroirs de renvoi, placés entre l’objectif et le plan film, que cette construction a été possible.

Source : Books Google. On comprend mieux aussi pourquoi le film est impressionné « par l’arrière ».

Le EK100 sera fabriqué de 1978 à 1980. Il correspond à la seconde génération de boîtier « Instant camera » sur laquelle la manivelle de sortie du film disparaît.

Esthétiquement on ne peut pas dire qu’il révolutionne les canons de beauté des appareils photographiques !

Il est quasi tout en plastique, avec une espèce de simili cuir souple en façade, un objectif qui parait tout petit placé tout en haut, presque au milieu, à côté du viseur, rejeté sur la gauche et un interrupteur bizarrement placé sur le côté droit, pas franchement pratique. Plus vintage que ça ! … notons que les Polaroid sont logés à la même enseigne au niveau design.

Sa focale est fixe, avec une mise au point manuelle, la distance minimale étant d’un mètre. C’est la seule chose que vous puissiez régler, l’appareil s’occupant de la vitesse d’obturation (de 1/15s à 1/300s) et de l’ouverture, même si – comme pour les Pola – il y ait une petite réglette sous la fenêtre de la cellule pour varier du plus clair au plus foncé, pour la seconde pause ! J’y reviens.

Le viseur est particulier. Outre un cadre clair qui occupe presque toute la surface, avec correction de la parallaxe me semble-t-il, il possède en son centre un rond orangé dont la taille varie en fonction de la distance choisie : large si vous êtes près, minuscule si vous êtes à l’infini. Ce cercle était destiné à aider lors de la prise de vue, en plaçant le sujet en son centre. Sur l’exemplaire que j’ai acquis, les distances sont en pieds, difficile d’oublier qu’il est « made in USA ».

La distance se règle avec un curseur, placé sous le viseur, que l’on actionne avec l’index de la main gauche. Ça demande un peu d’entrainement car le curseur n’est pas un modèle de fluidité. Dans le viseur vous ne verrez pas de mention de distances, seulement le cercle orangé qui change de taille. Basic.

De l’autre côté du viseur, la fenêtre de la cellule. et en dessous de celle-ci, un second curseur qui permet de régler de plus clair à plus foncé. Guère pratique car on ne peut l’utiliser qu’une fois la photo sortie si on estime que la lumière est trop ou pas assez présente.

Les films prévus pour le Kodak AK 100 n’existent plus : il s’agissait des films PR-10 ou PR-144-10. Ce qui condamne le boitier à finir tristement sur une étagère, en déco ou serre-livres. Quoique, si vous regardez tout en bas de cet article, vous découvrirez 2 videos qui donnent des idées pour le faire revivre.

Le format de l’image est de 67x91mm contre 7,9 x 7,9 cm pour le film SX-70 ou 9,2 x 7,3 pour le film Spectra de chez Polaroid.

Initialement la sensibilité des premiers films était de 160Iso, puis elle passe à 320Iso en 1982. Autrement dit, avec les ouverture (f11) et vitesse (1/15s à 1/300s), comme pour les Polaroid, le Kodak EK 100 aime la lumière.

Puis il vous faudra encore résoudre le soucis de la batterie, une 6v plate 4LR61 de taille J, qui, si elle était courante dans ces années-là, devient un peu plus difficile à trouver de nos jours.

Le choix de Kodak visait à diminuer le coût des films (chez Polaroid, la pile de 6v est comprise dans la boite du film) et c’était plus facile de la changer ainsi.

Pour le reste, ce sera affaire de goût personnel mais la prise en mains (oui, il faut les deux) n’est pas mauvaise. Il faut juste faire attention à ne pas laisser trainer ses doigts devant le viseur. Lorsque l’on s’est habitué à la position des différentes commandes (le grand mot !), on maitrise l’engin.

Toutefois, si la tenue verticale est aisée, en position horizontale, ça me semble bien plus compliqué, plus rien ne tombe « naturellement, » sous les doigts.

J’ai juste un doute pour les « oreilles » destinées au passage d’une lanière, pour le portage : en plastique, elles devaient souffrir et casser, même si le plastique à l’air solide.

Ah, un autre point, il n’y a pas de flash sur l’appareil. Il faut glisser un Flipflash dans la prise prévue à cet effet sur le haut. Là encore, point de vue esthétique …

Et question encombrement, pas évident non plus.

Ici, difficile d’émettre un avis sur la qualité de l’appareil puisque je ne sais pas le (re)mettre en route, faute de pile et de film directement compatibles.

Juste une impression, très subjective, quant à sa maniabilité, comme je l’écrivais un peu plus haut : il est lourd, un peu pataud, pas vraiment beau mais on le tient, finalement, assez bien en mains, surtout en vertical (j’ai toujours de gros doutes sur la position horizontale). Les commandes ne sont pas vraiment fluides mais elles sont placées aux bons endroits (en fait, on s’y habitue assez vite).

Malheureusement – à moins de partir dans des bricolages – il n’est plus guère utilisable, sauf à servir d’aide-mémoire d’une époque où deux géants se sont affrontés avec pertes et fracas pour l’un des deux. Le pire dans cette histoire, c’est que ces deux géants, à quelques années de distance, se sont tous les deux fracassés sur une autre invention géniale, qu’ils n’ont pas réussi à négocier, le numérique !

Et pourtant … l’histoire est un éternel recommencement car, malgré les prouesses du numérique, de nombreux photographes en reviennent à ces photos instantanées au parfum suranné mais toujours tellement magique : voir son image se révéler, « toute seule » …

Amusant, une pub d’époque ICI en video.

Et une seconde, pour le plaisir

Source : Collection-appareils, Odéon Photo 1978-79.

Une video « truc et astuce » pour redonner vie à cet appareil avec des films Instax ! (un comble quand on connait l’histoire de la rivalité Polaroid – Kodak !)

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Un peu de technique :

Marque : Kodak
Nom : Kodak EK100
Type : appareil photo instantané
Type de pellicule : PR-10
Longueur focale : 137 mm
Ouverture maximale : f/11
Mise au point : Manuelle
Connecteur Flash/Flash : connecteur Flipflash

Des références : https://filmphotography.eu/en/kodak-ek100/, http://www.appaphot.be/en/brands/kodak/kodak-ek-100/, https://www.photoandvideography.com/kodak-ek100-the-rise-fall-of-the-instant-camera-158/, https://www.camera-house.co.uk/product/kodak-ek100-instant-print-camera-in-box.html, http://camera-wiki.org/wiki/Kodak_Colorburst_100, https://kodak.3106.net/index.php?p=201&cam=901, https://books.google.co.uk/books?id=DgEAAAAAMBAJ&pg=PA54&dq=kodak%27s+instant-picture&hl=en&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=kodak’s%20instant-picture&f=false, http://camera-wiki.org/wiki/Kodak_Instant en anglais, https://www.philcameras.be/kodak-instant/, http://olivier.pourcher.pagesperso-orange.fr/kodak_ek_100_pho/kodak_ek_100_pho.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-147.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-141-Kodak_EK100.html, https://polaroidcollection.jimdofree.com/blog/histoire/ en français.

Video bonus pour modifier l’appareil et utiliser des Instax :