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Le Zeiss Ikon Contaflex Super

Si vous vous en souvenez, le premier reflex mono objectif est apparu sur le marché en 1936, le Ihagee Exakta, suivi du Praktiflex (voir l’article sur le Miranda Sensomat)

Mais le premier reflex avec un pentaprisme attendit la fin de la seconde guerre mondiale et ce fut le Contax S de … Zeiss Ikon, présenté en 1949.

Pendant les années cinquante, les Allemands faisaient progresser cette nouvelle technologie, talonnés par les Japonais dont le gouvernement subventionnait une partie des recherches (Mamiya, Ashahi Pentax, Miranda, Minolta).

Zeiss Ikon n’entends pas se laisser distancer et en 1953, il lance le premier Contaflex.

Le premier appareil reflex avec un obturateur central. Disons le tout de suite, c’est une pièce d’horlogerie qui demande un assemblage complexe et rigoureux, et quelques précautions d’usage : le volet d’obturation est couplé au déclencheur et au miroir, mais Zeiss Ikon est réputé pour sa fiabilité et la précision de ses appareils.

Ce premier Contaflex allait connaître un immense succès car il avait en plus le bon goût de rester abordable et il saura évoluer pendant les dix-huit années de sa production.

Celui que je vais vous présenter date de 1958. Il succède au Contaflex Rapid (1956) et sera suivi du Contaflex Super New (1962). Cet appareil fut produit à 135.000 exemplaires.

Ce Contaflex Super reprend les mêmes objectifs que les Contaflex III et IV, mais il gagne une cellule au sélénium couplée, un levier d’armement rapide et – ce qui est déconcertant – le couplage des réglages de l’ouverture et de la vitesse sur l’objectif.

Petit rappel utile, une cellule au sélénium n’a pas besoin d’électricité fournie pas une pile pour fonctionner. En fait, lorsque la lumière frappe ce type de cellule, c’est elle qui produit un (faible) champ électrique, suffisant que pour actionner l’aiguille de mesure (ici dans le viseur). Il faut veiller à préserver la cellule de trop de lumière sous peine de « l’épuiser » sans raison. Ces appareils étaient toujours livrés avec un « sac tout prêt » dont la principale fonction était de garder le boitier dans l’obscurité. Bien souvent ces sacs ont disparus (ou sont vendus à part à prix d’or !). Le truc alors est de bricoler avec un bout de gaffer une protection qui vient se placer devant la cellule. Ce n’est peut être pas « beau » mais efficace, jusqu’ à ce que vous trouviez un sac pour l’accueillir.

Ceci étant, comme l’appareil n’a pas besoin d’énergie externe, vous ne risquez pas de tomber en panne de piles et il fonctionne toujours. Et même si votre cellule vous lâchait lâchement, vous en prenez une externe et le tour est joué, l’appareil peut toujours faire des photos.

Parlons en encore de cette cellule : une petite fenêtre sur le dessus de l’appareil permet de la voir évoluer ET aussi dans le viseur, après avoir armé l’appareil. C’est très simple, convenons en : une marque sur le côté droit du viseur dans laquelle une aiguille vient osciller de haut en bas, le but étant de la stabiliser au centre.

Faisons donc le tour du boitier : à gauche du prisme, la manivelle de rembobinage qui sert aussi de rappel pour le type de film mis dans l’appareil (sommaire : couleur ou N/Bet un indice devant le nombre DIN retenu);

en dessous, sur la façade, une roue crantée pour indiquer la sensibilité du film (en DIN); de l’autre côté, le levier d’armement combiné avec le compteur de vue, assez particulier : il ne se remet pas automatiquement à zéro, vous devrez donc le régler vous même en tournant le cadran dans le sens de la flèche mais le plus bizarre, c’est qu’il compte à rebours ! Ce qui veut dire que si vous utilisez un film de 24 pauses, vous indiquerez sur le cadran le chiffre 24 et le nombre de vue ira en décroissant à chaque fois que vous déclenchez. Une habitude à prendre…

Pour le reste, la semelle est à clefs pour ouvrir le dos, qui s’escamote entièrement pour charger le film sur une bobine réceptrice, amovible. Une des clefs est marquée R et il faut la mettre sur cette position pour pouvoir rebobiner le film en fin de course. Il y a un pas de vis pour installer l’appareil sur un trépied. Ah oui, sur le dessus du prisme, un sabot pour une prise flash, qui devra être relié au corps par un câble, inséré dans une prise sur le pourtour du support d’objectif.

Je vais m’arrêter un moment sur la roue crantée en façade et sur l’objectif. Donc elle règle la sensibilité du film (exprimé en DIN équivalent à 10 jusque 1300 Asa) avec le cadran intérieur mais elle règle aussi l’ouverture avec le cadran extérieur. Lorsque vous le faites tourner, les marques d’ouverture se déplacent indépendamment sur le barillet de l’objectif, mais la vitesse est couplée à l’ouverture. En gros, si vous optez pour une vitesse lente, l’ouverture se ferme d’un arrêt, et inversement.

Si ce système est « pratique » pour simplifier l’exposition, ce n’est pas évident pour prendre une photo rapidement. Sans doute était t’on moins pressé à l’époque …

Ceci étant, il y a aussi une échelle de profondeur de champ gravé sur le fut. Toujours sur l’objectif, mais par dessous, un curseur permet la synchronisation pour le flash (X = flash « moderne » et M = flash ampoule) et le retardateur (V).

Le réglage de la distance est aisé, aidé en cela par « deux oreilles de lapin » (c’est comme ça qu’on les appelle), placées de part et d’autre de l’objectif et qui permettent de régler rapidement le déplacement des lentilles.

J’allais oublier, parce que ça semble évident, mais l’objectif est interchangeable … enfin une partie de l’objectif, l’élément avant. Il y a un point rouge sous l’objectif sur lequel il faut appuyer puis tourner dans le sens anti-horaire pour le libérer.

Le « système » Contaflex comprenait quatre « objectifs » standards et trois « spéciaux » :

  • Zeiss Tessar 50 mm f / 2,8 [STANDARD]
  • Pro-Tessar 35 mm f / 4
  • Pro-Tessar 85 mm f / 4
  • Pro-Tessar 115 mm f / 4
  • Pro-Tessar M 1: 1 [Macro]
  • Steritar-B avec séparateur [adaptateur stéréo]
  • Close Up Steritar-B [Macro]

En fait, lorsque vous voulez changer de focale, vous ne retirez pas l’objectif proprement dit mais bien la lentille avant qui sera remplacée par une lentille qui « grossit » si vous voulez un grand angle, qui « éloigne » si vous optez pour un téléobjectif.

Si nous le portons à l’œil, voyons ce que ça donne :

Le viseur est très lumineux, en fait parce que seul le cercle central de l’écran de visualisation est utilisé pour la mise au point. Le reste du verre est un Fresnel qui montre simplement toute l’image sans indication de l’image visée. Le centre est divisé en deux parties qu’il faut faire coïncider (stigmomètre). La particularité de l’ensemble se remarque sur l’image ci-dessus : le mat est décalé et portant l’image entière semble nette.

Vous pouvez voir sur la droite l’aiguille de la cellule. Si vous avez bien regardé l’avant de l’appareil, il y une petite fenêtre, près de la molette en façade, c’est elle qui « éclaire » la fenêtre.

Mais ce qui déconcerte, c’est que le miroir n’est pas de type « retour instantané », ce qui veut dire que le viseur est noir après chaque déclenchement, le miroir étant en position haute. Il faut réarmer pour abaisser le miroir et « y voir clair ».

Bon, tout ceci étant dit, prenons le en mains : ce qui est étonnant, c’est la compacité de l’appareil pour l’époque. Il est lourd (850gr) et pourtant on l’a vraiment bien en mains. Par rapport à un Praktica, il semble petit (même s’il est épais).

Il n’est pas le plus facile à utiliser car certains réglages sont déconcertant, en tout cas par rapport à nos habitudes avec des appareils plus modernes, comme ceux que je vous ai présenté jusqu’à présent.

Si vous vous en souvenez, j’ai écris un jour que j’essayais de vous présenter des appareils utilisables et je précisais que les appareils des années septante à quatre-vingt étaient idéaux pour les amateurs (avertis ou pas) et les boitiers antérieurs plutôt réservés aux esthètes car ils nécessitent une approche différente, plus basée sur la recherche de la maitrise technique, la compréhension des mécanismes et subtilités de ceux-ci, même s’ils n’oublient pas la pratique photographique.

Ce Zeiss Ikon Contaflex Super est dans cet veine.

Si vous voulez vous (re)mettre à la photographie, ce ne sera pas l’appareil idéal.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écris : ce boitier est parfaitement utilisable, il délivre de très bonnes photos (eh, on est chez Zeiss Ikon et ses Tessar, ne l’oublions pas ! ) mais il faut accepter sa conception datée (à l’heure où j’écris ces lignes, il a quand même 63 ans) quoique à son époque, il fut en avance sur bien des points.

Et puis, puisque nous sommes dans du Zeiss Ikon, je vais parler de prix : une quasi épave se négocie dans les 30€, ceux qui fonctionnent normalement sans être des premiers prix de beauté tourneront autour des 100€, les premiers prix, presque neufs avec quelques accessoires, dépassent les 250€.

Voilà, en résumé, un superbe appareil, pas évident à utiliser mais qui délivre d’excellentes photos, a essayer si vous vous sentez prêt.

Deux video d’illustration : dans la première, outre les explications vous verrez des exemples de photos prises avec le Contaflex Super et dans la seconde, les différentes lentilles additionnelles.

Les données techniques


Objectif: 50 mm f / 2,8 Carl Zeiss Tessar à 4 éléments
Monture d’objectif: baïonnette Contaflex (élément avant uniquement)
Mise au point: 70cm à l’infini
Viseur avec: Pentaprisme SLR fixe
Obturateur à lames Synchro-Compur dans l’objectif
Vitesses: B, 1 – 1/500 secondes
Cellule de sélénium couplée visible dans le viseur et aiguille de correspondance sur le côté droit plus rappel sur le capot
Monture Flash dite froide en M (ampoules) et X Flash Sync


Des exemples de photo prises avec l’appareil LA

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI

Des références : http://fotobox.over-blog.fr/article-zeiss-ikon-contaflex-1953-1971-103841221.html, http://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-12074-Zeiss%20Ikon_Contaflex%20Super.html en français, https://www.aperturepreview.com/zeiss-ikon-contaflex-super, https://www.mikeeckman.com/2018/12/zeiss-ikon-contaflex-super-1959/, https://en.wikipedia.org/wiki/Contaflex_SLR, http://www.alexluyckx.com/blog/index.php/2017/02/22/ccr-review-57-zeiss-ikon-contaflex-super-old/, https://retinarescue.com/contaflexsuper.html, http://www.alexluyckx.com/blog/index.php/2017/02/22/ccr-review-57-zeiss-ikon-contaflex-super-old/ en anglais

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