Ah, celui-là, je vous en ai touché un mot ICI, il y a un moment.

-« Mais alors, pourquoi revenir dessus aujourd’hui ? »

Vaste question, à laquelle je vais essayer de répondre …

  • Première raison, j’ai décidé de faire le ménage dans les appareils que je vais garder et utiliser : celui-ci en fait partie.
  • Seconde raison, en relisant le premier article, je me suis rendu compte que j’avais été rapide dans sa présentation, or il mérite toute mon attention et je crains qu’il ne suscite la vôtre.
  • Troisième raison, j’ai eu l’occasion d’en acquérir un très bel exemplaire, avec tous ses accessoires (flash, optiques diverses, filtres Cokin, filtres close-up et j’en passe – merci Ria, qui était heureuse que je lui donne une seconde vie).
  • Quatrième raison, parce que j’en avais envie, na !

Sérieusement, c’est un magnifique appareil qui serait presque éclipsé de nos jours par son cousin, le Canon AE-1.

Mais reprenons un peu la chronologie des A, pour mieux comprendre :

  • le premier best-seller fut le Canon FTb QL (1971), qui évolua un peu en FTbn QL (n pour new – 1973) qui était un « tout mécanique » avec une cellule, alimentée par une pile
  • ensuite, en 1976, grosse révolution avec l’apparition du Canon AE-1 car c’est le premier appareil Canon avec un micro-ordinateur numérique qui pilote ce semi-automatique à priorité vitesse.
  • puis c’est au tour du Canon AT-1, en 1977, un AE-1 simplifié qui n’a plus d’automatisme, seulement l’assistance de la cellule
  • en 1978, Canon frappe fort et présente celui qui nous occupe aujourd’hui, le A-1
  • enfin, en 1979, ce sera le Canon AV-1, qui renoue avec l’automatisme mais sera un priorité ouverture, contrairement au Canon AE-1
  • en clôture, le Canon AE-1 Program viendra, en 1981, finir la série, avec son automatisme programmé, débrayable
  • ah, il y aura encore le Canon AL-1, sorti lui en 1982. S’il a un air de famille avec le A-1, il est comme un appareil de transition, qui proposait une solution originale d’assistance à la mise au point, prémices de l’autofocus qui apparaitra en 1985 avec le Canon T80

Voilà, voilà …

Donc, en 1978, Canon présente un appareil tout électronique, piloté par un véritable ordinateur, qui résume le meilleur de tous les appareil Canon déjà sortis :

  • il propose 5 modes d’exposition et le contrôle manuel
    • mode priorité à la vitesse : vous choisissez une vitesse, il règle le diaphragme
    • mode priorité à l’ouverture : vous choisissez l’ouverture, il règle la vitesse
    • mode program (tout automatique) : il choisit la vitesse et le diaphragme
    • mode flash : avec les flashs Speedlite, – surtout le 199A prévu pour lui – la vitesse passe automatiquement au 1/60s et l’ouverture du diaphragme est réglée par le boitier
    • mode stopped-down (à diaphragme réel)
  • Compensation d’exposition de -2 à +2
  • Plage d’exposition importante
    • Sensibilité de 6 à 12800 ISO
    • 16 vitesses de 1/1000 à 30 sec plus la pause B.
source : archives personnelles, documentation commerciale Canon A-1
source : archives personnelles, documentation commerciale Canon A-1
source : archives personnelles, documentation commerciale Canon A-1

Mais le plus impressionnant – pour l’époque – c’est l’affichage, dans le viseur, avec des chiffres en rouge vif (qui rappelleront à ceux qui ont plus de 40 ans le charme des premières calculatrices Casio) des informations sur la vitesse et l’ouverture. Et si vous changez d’environnement – du clair au foncé et inversement – l’intensité des chiffres changent, pour qu’ils restent toujours bien visibles. Magique !

Bon, pour les chagrins ou ceux qui sont allergiques à la lumière rouge, il est possible de supprimer les indications de l’écran, en faisant pivoter le petit bouton vers le point blanc. Ceci ne change rien aux mesures, mais vous ne voyez plus les infos.

Et ce n’est pas tout : alors que l’exposition réelle est variable en continu dans l’ouverture et continue dans les vitesses d’obturation réelles, la lecture numérique fournit des demi-f.stops et des vitesses d’obturation moyennes de f/1,4 à f/32 et à partir de 30 secondes jusqu’à 1/1000 s.

Si vous passez en mode manuel, un M apparaît; si vous utilisez un flash entièrement couplé, un F apparaît lorsque le flash est prêt; vous décidez de passer à une pose longue, le mot « bulbe » apparaît ; en surexposition ou sous-exposition, le chiffre d’ouverture ou de vitesse d’obturation approprié clignote pour vous avertir; faites du « n’importe quoi » qui chamboule vos paramètres et une série lumineuse d’EEEEEE apparaît.

source : archives personnelles, documentation commerciale Canon A-1

Le viseur est très clair, avec un stignomètre entouré de micro-prismes sur un dépoli très fin et lumineux.

Et une astuce que l’on rencontre rarement : lorsque vous êtes en pause longue, vous pouvez fermer l’oculaire, grâce à un petit levier près du viseur, pour empêcher les lumières parasites de pénétrer dans la chambre.

La cellule à diode au silicium est alimentée par une pile de 6v qui n’est pas au mercure. Les 4LR44 modernes vont donc parfaitement. Sa sensibilité est de 6 jusqu’à 12800 Asa. La mesure de la lumière est intégrale à prédominance centrale (environ 12% de la surface).

Tous les accessoires prévus, au fur et à mesure pour la série A, lui sont dédiés. Y compris deux moteurs, le Power Winder A sorti pour le AE-1 et le Motor Drive MA, très compact, qui autorise jusqu’à 5i/s et permet les prises de vue en vertical.

Vous aviez aussi accès à la vaste gamme des objectifs FD et New FD (noir avec bouton de blocage sur le coté), ainsi qu’aux anciens FL mais uniquement en manuel alors.

J’en profite pour revenir ici sur un des modes particulier du Canon A-1, l’exposition automatique à diaphragme fermé (le « stopped down »).

Il permet d’effectuer des prises de vue en exposition automatique avec les anciens objectifs FL ou avec les accessoires non couplés, tels ceux pour la macrophotographie, qu’on intercale entre le boitier et l’objectif. Pour utiliser ce mode, appuyer sur le levier de profondeur de champ, enlever la position A de l’objectif et le régler sur l’ouverture souhaitée.Vous pouvez faire les réglages en étant sur le Av ou le Tv car la vitesse d’obturation sera réglée automatiquement dans chaque cas. Seule l’indication de la vitesse retenue s’affichera dans le viseur.

Pourquoi cet appareil eut-il tant de succès, au point de bâtir une légende ?

C’est qu’il était avant tout un modèle professionnel utilisable par le débutant (pour peu qu’il sache faire une mise au point) et qu’il a été construit pour durer.

C’est un boitier plein d’astuces, faciles à utiliser et à comprendre, qui vous font gagner du temps dans la prise de vue et lorsque vous les manipulez avec aisance, c’est redoutable d’efficacité.

Quelques exemples en images et en vrac :

Vous voulez faire des expositions multiples, un petit levier à pousser sous le déclencheur et c’est parti, autant de fois que vous voulez le faire.

Vous voulez éviter de gâcher de la pellicule mais voulez pouvoir déclencher très vite ? Un « interrupteur » débloque le déclencheur, appareil armé (position A ou L = fermé).

Vous voulez déclenchez sans vibrations ? Le retardateur, qui varie de 2 à 10s, vous autorise à tout régler avant un déclenchement en douceur.

Le testeur de profondeur de champ est idéalement situé et efficace.

Un moment d’hésitation sur vos piles ? Un petit bouton au dessus a enfoncer et la diode rouge, à droite, près du déclencheur, s’allume pour vous rassurer.

Enfin, cerise sur le déclencheur, cet appareil est très précis : sa mesure d’exposition est très bonne et les informations que vous voyez dans le viseur très lisibles.

Afin d’améliorer la prise en mains, un petit grip vient se fixer sur le côté, qui protège en même temps la porte de la trappe à piles, toujours aussi fragile hélas.

Ce qui est frappant avec ce boitier, c’est qu’il est extrêmement moderne dans la distribution de ses possibilités. Si vous venez du numérique, vous ne serez pas (trop) décontenancé avec ses commandes :

  • vous voulez vous simplifier la vie et rester en mode tout automatique ? Pas de souci, vous mettez le sélecteur sur Av et réglez sur P (programme) et l’appareil s’occupe de tout, très bien.
  • vous désirez rester maître de vos ouvertures, rien de plus simple, vous mettez le sélecteur sur Av et avec la molette devant, vous sélectionnez les ouvertures désirées, le boiter se chargera de calculer la meilleure vitesse
  • vous désirez rester maître de vos vitesses, tout aussi simple, vous mettez le sélecteur sur Tv et toujours avec la molette devant, vous sélectionnez vos vitesses, le boitier se chargera alors de calculer le meilleur diaphragme
  • n’oubliez pas alors de laisser votre objectif sur la position A
  • par contre, si vous voulez tout contrôler vous -même, quittez la position A de votre objectif et basculez le levier sur le fut de l’appareil (mais avouez que c’est dommage de se passer des aides offertes, quoique cela dépende des circonstances de prises de vue, nous sommes d’accord).
  • encore au rayon des molettes utiles et modernes, celle pour régler la sur ou sous exposition volontaire
  • vous voulez garder l’exposition que vous avez sélectionnée ? Un petit bouton, sur le côté du fut d’objectif vous permet de mémoriser celle-ci
  • si vous voulez aller vite pour ré armer, le levier peut être ouvert à 30° pour une meilleure préhension dans l’action

A contrario du numérique, ne vous inquiétez pas de l’autonomie de la pile, elle vous suivra au moins un an. Mais il est toujours prudent d’en avoir une avec soi, au cas où. Sans pile, l’appareil ne fonctionne plus.

Au rayon des petits soucis, il y en a un assez récurrent, que l’on nomme le « squeeze » ou « squeak ». En fait, un bruit assez désagréable qui fait penser que le boitier va tomber en panne. Il s’agit surtout d’un manque de lubrification à un endroit bien précis. Y remédier n’est pas difficile, il vous faut : un tournevis, une seringue, de l’huile minéral ultra fine (comme pour les machines à coudre) et un peu de patience et de dextérité, car il ne faut en aucun cas mettre plus d’une (petite) goutte d’huile !

Allez, pour vous aider une petite vidéo d’illustration de la manipulation :

et si vous hésitez encore :

Et la seconde méthode

Toujours au rayon des petites choses à faire sur un boitier de 50 ans, les mousses. Surtout celle du miroir, pour éviter qu’il ne s’abime. Facile à faire si ce n’est qu’il faut porter une attention particulière, quand vous retirerez les débris de l’ancienne, à ce qu’ils ne tombent pas sur le dépoli.

Que penser de ce Canon A-1 ?

Pour moi, il est la meilleure synthèse des appareils de l’époque. Bien construit, agréable à l’usage, il vous offre suffisamment de possibilités de contrôle pour vous permettre de vous concentrer sur ce qui est, in fine, le plus important : la prise de vue.

Sauf à avoir été manipulé par un régiment de brutes, il ne vous laissera pas tomber facilement.

Couplé avec les meilleurs objectifs FD ou New FD de l’époque, vous avez là une redoutable machine à photographier. Ne craignez pas de le coupler aux 28 ou 35mm de la marque en f2,8; le 50mm f1,8 est un grand classique, comme le f1,4, même si je rêve encore du mythique f1,2; les 85, 100 ou 135mm en f1,8 sont des musts. Fouinez, ils en reste beaucoup à des prix acceptables (sauf le f1,2, grrrr ….).

Des millions d’exemplaires ont assis sa réputation, même si , de nos jours, comme je l’écrivais en préambule, il est un peu éclipsé par le AE-1, mais – de grâce – n’écoutez pas les « influenceurs », vils perroquets qui répètent ce qu’ont dit les mainates (dixit Benabar). Le Canon AE-1 est un très bon appareil, tout comme le Canon AV-1, mais celui-ci fait, dans un seul boitier, ce que ces deux là faisaient chacun de leur côté !

Est-il abordable ? Paradoxalement, oui … et non ! J’explique : comme la plupart des gens se ruent sur le Canon AE-1, il y a encore moyen de faire de bonnes affaires, mais comme il a été produit en moins d’exemplaires que le Canon AE-1, sa cote reste stable. Comptez environ 120€ pour un bel exemplaire en parfait état. Mais sachez que ça ne vas pas durer et qu’inévitablement, les prix vont monter.

Un mot, encore : investissez dans une bonne sangle, la solidité et la stabilité ont un poids (620gr nu). Mais quel plaisir de « sentir » cet appareil fonctionner dans les mains. Si vous vous sentez l’envie de redécouvrir les joies de l’argentique dans de (très) bonnes conditions, cet appareil est un must, à comparer au Pentax LX , au Nikon F3 et au Fujica AX-5, contemporains.

Pour les férus d’électronique :

source : archives personnelles, documentation commerciale Canon A-1

Toujours émouvantes, les publicités de l’époque :

source : Collection-appareils, Odéon-Photo 1978-1979
source : Collection-appareils, Camara 1981, un chouette comparatif de ce qui se faisait de mieux à l’époque.
source : Collection-appareils, Camara 1979 réunion de famille
source : Canon Camera Museum

Deux videos de présentation (ben oui, il en mérite bien deux !)

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI. Je vous encourage à le télécharger, ne fusse que pour le plaisir de découvrir comment, en 104 pages concises, on vous explique comment fonctionne l’appareil mais on vous donne aussi un cours de photographie élémentaire et utile !

Résumé des caractéristiques techniques :

Appareil photo reflex à obturateur à plan focal
Objectif normal Canon FD 55 mm f/1.2 SSC, FD 50 mm f/1.4 SSC
Monture d’objectif FD
Obturateur plan focal quatre axes à déplacement horizontal avec rideaux en tissu. X, B, 30, 15, 8, 4, 2, 1, 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/250, 1/ 500, 1/1000 s. Toutes les vitesses contrôlées électroniquement. Retardateur intégré (avec délai de 2 et 10 secondes et LED clignotante). Expositions multiples activées avec un levier. Déclencheur électronique.
Contacts de synchronisation à commutation automatique Flash Sync X-sync avec prise allemande et sabot.
Viseur avec pentaprisme fixe au niveau des yeux. Grossissement 0,83x, couverture verticale 93,4 %, couverture horizontale 95,3 %. Télémètre à image divisée entouré d’un télémètre à microprisme au centre de l’écran mat de Fresnel. Obturateur d’oculaire fourni. Six écrans de mise au point interchangeables en option (installés par le personnel de service). L’écran standard a ensuite été remplacé par l’écran « Laser Matte », plus lumineux et plus net.
Informations d’affichage numérique avec LED rouge à 7 segments pour la vitesse d’obturation, l’ouverture, la préparation du flash Speedlite dédié, les réglages manuels et les affichages d’avertissement.
Contrôle d’exposition SPC pour la mesure moyenne pondérée centrale à pleine ouverture TTL ou la mesure arrêtée TTL. Plage de compensation d’exposition de 2 EV. Verrouillage AE fourni. Cinq modes AE : AE à priorité à la vitesse d’obturation, AE à priorité à l’ouverture, programme AE, AE à priorité à l’ouverture prédéfinie et Speedlite AE (avec Speedlite dédié). Le mode est réglé avec un sélecteur. Plage de mesure à ISO 100 et f/1.4 : EV -2 – 18. Plage de vitesse du film de ISO 6 à 12800 par pas de 1/3.
Une pile à oxyde de mercure 4G-13 6 V ou une pile alcaline 4LR44. Contrôle de la batterie avec bouton et LED clignotante.
Chargement de film et bobine de réception à fente avancée. Avancement avec une course à 120° du levier (possibilité de courses partielles). Position prête à 30°.
Le compteur d’images se réinitialise automatiquement lorsque le dos de l’appareil photo est ouvert. Compte à rebours pendant le rembobinage.
Rembobinage du film par la manivelle supérieure
Poids 620 g nu

Des références utiles : https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_A-1, http://35mm-compact.com/reflex/canona1.htm, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Canon/Appareils_argentiques_Canon/Canon_A-1, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1419-Canon_A-1.html en français, https://global.canon/en/c-museum/product/film100.html, https://old-cameras.com/canon-a-1/ https://camerapedia.fandom.com/wiki/Canon_A-1, https://www.mir.com.my/rb/photography/companies/canon/fdresources/SLRs/a1/html/spec.htm, https://www.vintagecamerareviews.com/brands/canon/canon-a-1/, https://camarasclassicas.blogspot.com/2011/04/a-team.html, https://camarasclassicas.blogspot.com/2010/08/canon-1.html en anglais,