Photographier lorsqu’il fait (très) froid

Ça y est, il fait froid, il gèle même depuis quelques jours. Ce matin (17/12/22), le thermomètre extérieur affichait un beau -7°C. Brrr …

Est-ce une raison pour hiberner jusqu’à la fin mars et remiser nos appareils photo bien au chaud ?

Non, ce serait dommage, le temps froid, voire la neige et la glace nous révèle un monde différend, aussi très photogénique, mais qu’il convient d’aborder avec les précautions d’usage.

En voici quelques unes qui, je l’espère, vous serviront …

Si vous avez prévu une sortie hivernale, un petit truc tout simple est de prévoir, sur le parcours, au moins un endroit où vous pourrez vous réchauffer. L’abri seul de votre véhicule au moment du retour risque d’être un peu juste, car lui aussi aura passé la journée dehors, au froid, et le temps qu’il ne vous donne un peu de chaleur …

Ah, et à éviter, la consommation d’alcool qui donne une impression de chaleur, mais bien fugitive. Vous finirez votre flasque plus vite que vous n’aurez vraiment chaud !

Commençons par nous habiller chaudement. Pour ceux qui sont habitués à la randonnée, rien de nouveau je pense mais un petit rappel toujours utile : il n’est pas nécessaire d’enfiler 5 pulls chauds, ils ne feront que gêner vos mouvements.

La meilleure façon de faire consiste à empiler des vêtements fins, si possible dit « thermique » (ah, les bons vieux Damart de nos grands mères !). Il en existe de toutes les marques et vous en trouverez des abordables chez Décathlon par exemple. Les meilleurs, à mon avis, à mettre sur la peau, sont ceux avec de la laine Mérinos. Non seulement ils sont vraiment chauds mais il évacue la transpiration et sont efficaces contre les odeurs. Un inconvénient toutefois, ils sont assez chers (+/- 50€) mais si vous en prenez soin, ils durent longtemps. Sinon, la marque Cryvit de chez Lidl propose aussi des dessous thermiques efficaces, y compris des sous pantalons.

Un fin pull en « fleece » ou « polaire » (cette matière toute douce faite de bouclette ou de tissus gratté), par dessus vous assure un cousin d’air qui gardera votre chaleur longtemps. En plus, petit côté écolo pas négligeable, la plupart sont fabriqués à partir de matières plastiques recyclées.

La troisième couche pourra à nouveau être confiée à un pull dans cette matière, mais un peu plus « lourd » : l’idéal étant d’atteindre les 350gr. Des marques comme Lafuma, Columbia, Jack Wolfskin, Millet en font d’excellents. Comme ils demandent peu d’entretien, sèchent vite et sont solides, ils seront vite amorti au fil de vos sorties.

Je ne renie pas la laine, toujours excellente, mais plus délicate à l’usage (lavage, séchage avec précaution).

La dernière couche sera votre blouson ou manteau. Idéalement imperméable, coupe-vent mais respirant pour plus de confort. Les marques citées plus hauts – mais elles ne sont pas les seules, juste que celles-là je les connais bien – en proposent d’excellents, mais à acheter en solde pour ne pas faire frémir votre budget.

Des chaussettes chaudes dans des chaussures confortables et prévues pour l’hiver seront un plus indéniable. Rien de pire que d’avoir les orteils qui gèlent surtout lors des stations arrêtées un peu longues (pose longue, affut, etc.). Las encore des magasins comme Décathlon ont des rayons bien fournis à prix abordables (finalement, je vais leur demander de me sponsoriser, non ?).

A l’autre extrémité, vos mains et vos doigts méritent la plus grande attention car manipuler son boitier les doigts gelés est quasi impossible.

Ici aussi vous pouvez jouer la carte de l’empilement avec des sous gants fins. Ceux en soie sont excellents, voire – en second choix – ceux en polaire fin. Au dessus, des gants de cuir souples et doublés ou ceux en matières dites « techniques » : des tissus chauds, résistants, imperméables et coupe-vent.

J’en ai acheté une paire sur un grand site chinois pour moins de 10€ et je n’ai pas eu froid lors de notre sortie hivernale de Namur. De plus, la paume est garnie d’une matière antidérapante et le bout de l’index est dit « tactile » pour pouvoir manipuler les écrans sans devoir ôter le gant.

D’autre, lors de la sortie, avaient opté pour des gants en cuir fourré mais dont le bout de l’index peut se retourner pour sentir mieux les commandes, l’écran et le déclencheur.

Sachez qu’il existe une solution mixte : le sous-gant tactile à glisser sous le gant principal.

La marque Vallerret propose des gants spéciaux pour photographe, comme le Markhof Pro (tarif de +/-70€). A se faire offrir ?

Encore un peu plus haut, comment protéger son cou, responsable de presque 60% des déperditions de chaleur de notre corps ? Il y a toujours la bonne vieille écharpe, vous savez, ce truc qui glisse tout le temps ! De nos jours, on utilise plutôt des « tours de cous » qui sont bien plus près du cou et bien plus chauds. Pour tous les budgets et de toutes les couleurs si on veut.

Petite remarque, en passant, car la plupart des vestes « outdoor » proposent maintenant des fermetures hautes, qui protègent déjà bien cet endroit. Et si vous avez opté pour un pull en polaire, le tour de cou ne sera pas nécessaire puisqu’il monte haut.

Dernier étage, votre tête, l’autre endroit qui enregistre le plus de déperdition calorique.

Alors, il y a les adeptes du chapeau, de la casquette et du … bonnet ! Franchement plus pratique et bien plus chaud que les deux autres couvre-chefs cités. Ici aussi, la laine le dispute au tissus polaire, à chacun ses préférences.

Vous, vous voila parés pour affronter les grands froids, et votre matériel ?

Petite précaution utile, avant toute sortie au froid, chargez bien vos batteries, elles n’aiment pas la fraicheur. Leurs performances diminuent au grand froid. Cependant, si vous les remettez au chaud, elles reprendront vigueur. Le mieux étant dès lors de les garder dans une poche interne de votre veste/blouson et de ne les sortir qu’en cas de besoin.

Avec les reflex modernes et surtout les hybrides, je ne saurais trop vous conseiller que d’avoir au moins deux batteries de secours (en sus de celle déjà dans l’appareil).

Ensuite, votre sac à dos : il sera l’ultime rempart contre les intempéries, que ce soit la neige, la pluie, le froid.

Soyons bien clairs, il ne va pas réchauffer votre matos mais bien garder une « chaleur » acceptable pour celui-ci, c.-à-d. couper le froid vif et l’humidité ambiante.

Surtout, on n’y pense pas assez, il va servir de tampon thermique pour votre appareil photo et son objectif.

Nous l’avons déjà tous expérimenté, un fort écart de température ente l’intérieur et l’extérieur a pour conséquence immédiate la formation de buée sur les écrans, les viseurs et les optiques.

C’est le phénomène de condensation qui se présente lorsque vous mettez un objet froid dans un environnement chaud et humide. L’eau présente dans l’air va se déposer, par condensation, sur cet objet froid. Si vous êtes porteurs de lunettes, vous savez de quoi nous parlons !

Outre que c’est gênant si vous voulez continuer à prendre des photos en intérieur, ce n’est pas très bon pour le matériel cette humidité. Si vous avez du matériel dit « tropicalisé », les risques seront moindre (l’eau ne se glissera pas à l’intérieur du boitier et de l’objectif), pour les autres, c’est un réel problème qui risque, à terme, d’entrainer des moisissures toujours difficiles à enlever et à de l’oxydation sur les circuits électroniques.

Quelles sont les solutions pour éviter ce phénomène désagréable ?

Monsieur de La Palice vous aurait dit d’éviter les changements de températures brusques, mais il n’était pas photographe.

D’autres préconisent de glisser l’appareil froid dans un sac plastique étanche, en chassant le plus d’air possible, et de le placer dans un endroit frais de la maison (ou du lieu où vous entrez). La condensation se formera alors sur le plastique du sac et pas sur l’appareil. Plus la différence de température sera importante, plus longtemps il faudra laisser l’appareil dedans.

Attention toutefois que cette solution a, à mon sens, un gros désagrément : celui de ne pas laisser l’appareil plus que nécessaire (difficile à déterminer) pour éviter, in fine, que l’eau de condensation ne coule sur le matériel, surtout si on manipule le sachet.

La manière douce pour (tenter d’) éviter ces chocs, c’est d’utiliser votre sac comme coquille thermique : lorsque vous êtes dehors, avant d’entrer quelque part au chaud, glissez dedans votre boitier, le sac le gardera à la température proche de celle du dehors.

Et si vous devez ressortir, après in chocolat chaud par exemple, ne ressortez le boitier qu’au dehors, le sac ayant toujours gardé une température plus ou moins constante (ne le déposez pas contre un radiateur, évidemment).

Une remarque en passant : si un peu de condensation venait à geler, du fait d’un très grand écart de température, certains éléments pourraient se figer. Ne forcez surtout pas, attendez que le matériel se réchauffe lentement. Mais vous aurez de l’humidité.

C’est le moment ou jamais de garder tous les petits sachets de silicates (silicate-gel) que vous pourrez trouver et de les disperser dans votre sac à dos, là où vous rangez vos boitiers et optiques. Ils absorberont l’humidité ambiante et assécheront le matériel.

Et lorsqu’ils auront accompli leur office, petit tour au four à micro-ondes pour les assécher et pouvoir les réutiliser.

Dernier point sans doute, que faire en cas de neige ou de forte pluie ?

Pas de miracles, il vous faudra une protection étanche pour le matériel. On vend des sacs prévus à cet effet ou un sac plastique tout simple fera aussi l’affaire, mais il faut alors prévoir comment faire passer l’objectif à travers sans créer d’ouverture inutile (merci l’attache par élastique ou bande velcro).

Fixer le pare-soleil sur son optique retarde encore le dépôt de pluie ou de neige (pensez à laisser le boitier vers le bas dans ce cas).

Si, tout de même, quelques flocons facétieux se posent sur votre optique, ne frottez pas avec les doigts mais essayez de les souffler avec une poire à souffler, ça évitera les taches difficiles à enlever.

En tout cas, j’espère que vous aurez pris la peine de placer un filtre UV sur votre optique, c’est lui qui prendra tout pour ne pas abîmer nos chères lentilles !

Le cas extrême, ce sera la formation de givre sur le filtre. Surtout ne soufflez pas dessus, ce sera pire. Ayez plutôt un carré de microfibre sur vous pour l’enlever.

Au terme de votre sortie, quand vous serez rentré au chaud, à la maison, l’hôtel, le camping car, enfin tout endroit chaud, essuyez bien tout le matériel, placez-le dans un endroit sec avec des sachets de silicate-gel autour et laissez-le se reposer aussi de cette froide aventure ! Vous regarderez vos photos le lendemain.

Voilà, pas de solutions miracles mais quelques conseils de bon sens qui vous aideront à envisager vos sorties hivernales sereinement.

Car l’hiver transfigure les paysages et ce serait dommage de passer à côté.

Bon hiver !

2 commentaires sur “Photographier lorsqu’il fait (très) froid

  1. Je retiens l’idée des gants compatibles avec l’écran tactile et les commande de l’appareil photo, de la marque Vallerret.
    Merci pour les informations et bon weekend à toi, Jean-Pascal.

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