Argentique

Le Fujifilm DL Super Mini

Un ciel gris, au loin grondent les orages, les brocanteurs scrutent le ciel avec anxiété car tous n’ont pas de tonnelles ou de bâches pour protéger les marchandises en cas de pluie …

Et les chalands un peu plus pressés que d’habitude, le nez en l’air, les oreilles aux aguets vont d’un stand à l’autre.

Prévoyant, un petit blouson bien imperméable sur le dos, je flâne à contre courant. Et c’est comme ça que je découvre un minuscule appareil dans une caisse où trônent quelques vieilles gloires du compact numérique.

Mais celui-ci est argentique et, bien que sa taille puisse le laisser penser, il est au format 24×36 et pas APS.

Brève négociation avec le vendeur et ce petit Fujifilm rejoint mes trois autres « prises » dans le sac à dos.

J’aime bien ces petits appareils, qui se glissent réellement dans une poche ou, comme ici, se cache dans un petit sac en cuir que l’on peut passer à la ceinture, pour dégainer plus vite.

La pile, une CR2 est HS mais il m’en reste à la maison, juste hâte de rentrer pour tester ce petit bijou.

Un ami montois m’avait montré le sien il y a peu et j’avais noté, dans un coin de mémoire, qu’i fallait l’ajouter à ceux que j’aimerais utiliser et décortiquer pour vous.

Alors, on y va …

D’abord sachez que cet appareil est rare. Appelé « la sardine » par ceux qui l’adorent, son vrai nom est Fujifilm DL Super Mini pour l’Europe (où il fut exporté au compte-goutte) et Cardia Mini Tiara au Japon (où la production fut aussi minime).

J’ai donc beaucoup de chance d’être tombé sur un très bel exemplaire, en parfait état et fonctionnel.

Sous sa robe en aluminium et plastique, cette petite boite, il est vrai, en forme de boite à sardine, cache bien son jeu.

Mais commençons par le début. Ce minuscule boitier est sorti d’abord au Japon en 1994, puis en Europe, en 1996. Il y eut une seconde version appelée Tiara II et un dernier opus au format APS, que je vous ai déjà présenté sur le site.

Sa forme présente un design épuré qui m’a séduit au premier coup d’œil. Le volet coulissant, devant, sert à protéger l’objectif mais encore d’interrupteur ON/OFF. C’est discret et très bien fini. Peu de choses dépassent de ce boitier minimaliste mais ô combien performant.

Lorsque vous faites coulisser le volet vers la gauche (en tenant l’appareil devant vos yeux), le bloc objectif sort (presque) en silence et se positionne un peu en dehors du boitier.

Certain le compare au Rollei 35 en terme de compacité. Mouais … je veux bien mais notons toutefois que le Rollei 35 avec son objectif sorti sera plus « long ». Pourquoi éviter la comparaison avec le Petri 35E dans ce cas, autre champion de la discrétion et de la petite taille ?

N’oublions toutefois pas que les deux appareils cités sont des « tous manuels » alors que le DL Super Mini est tout automatisé, moteur compris donc dans sa petite boite !

Alors, comparons-le à l’Olympus Mju, qui a marqué tant de passionnés. Leur taille est semblable avec cependant un avantage au Fujifilm qui, de mon point de vue, tient mieux en main et est plus solide que son concurrent, seulement en plastique et à l’électronique capricieuse.

Allez, ranimons notre petit compagnon : j’ouvre la trappe, en dessous, pour y glisser une pile CR2. Ensuite, je fais coulisser le volet vers la droite. Un très léger « Ziip » m’avertit que l’objectif sort. Pour le refermer, opération inverse : d’abord repousser le volet lentement vers la gauche, attendre une demi seconde que l’objectif se rétracte et refermer complément le cache objectif.

Ce petit bijou est un « point and shot » éminemment portable vu sa taille. Mais je ne saurais trop vous recommander de le porter dans sa gaine en cuir car si vous le « balancez » dans un sac, sa belle finition va se rayer rapidement.

Simple d’utilisation, nous y reviendrons, il présente le nécessaire pour ne pas rater ses photos, sans fioritures inutiles mais tout ce dont vous aurez besoin est là : une mise au point automatique ET une mise au point manuelle comprises de 0,35m à l’infini lorsque vous choisissez les modes prédéfinis sur le petit tableau de commande, derrière. La mise au point instantanée est un système astucieux qui définit la mise au point à une distance fixe et qui commande une petite ouverture pour fournir une zone où tout sera net (principe de la mise au point relative ou prédictive).

Un petit flash intégré, débrayable, vous rendra bien des services. Comme il est petit, il est affublé d’un détecteur de doigts : si un de vos doigts le cache, il se bloque et une LED dans le viseur vous en avertit.

Les réglages se font avec la barre de boutons située sous le petit écran LCD. Le réglage de la date (jusqu’en 2025 s’il vous plait !), les modes scènes, la sélection des programmes, le minuteur et, tout à côté, un minuscule bouton pour le rembobinage anticipé.

Tiens, justement, un mot pour le chargement du film. Ce sont les lettres DL (Drop-in Loading) qui mettent la puce à l’oreille de celui qui n’est pas pressé de tout découvrir. Lorsque vous ouvrez la trappe du film, le dos de l’appareil ne s’ouvre pas complètement mais dévoile un « conteneur » qui devra retenir le film. Lorsque vous placez la bobine dedans, l’appareil « lit » le code barre DX (sensibilité du film) et il le charge automatiquement.

Avec une particularité que j’aime bien : lorsque le film est inséré dans l’appareil, celui-ci le bobine sur une bobine réceptrice, intégrée au boitier. Et donc, si par malheur ou maladresse vous ouvrez l’appareil, seules les images non encore exposées seront gâchées, pas vos précieuses images. Comme pour le Ricoh R1.

Ca veut dire aussi que le compteur sera inversé, ne pas l’oublier : la photo 27 indique qu’il en reste 27 a faire et pas 9 (36 vues – 27) comme habituellement. On s’habitue, vous verrez …

Je reviens sur les modes de mise au point, qui méritent le détour.

Si vous avez déjà utilisé des compacts tout automatique, vous aurez constaté un truc éminemment agaçant : à travers une vitre, sur des surfaces très brillantes, impossible de faire la mise au point. C’est le principe de la mise au point par IR (infra rouge) qui est en cause car elle se concentrera sur le verre lui-même et pas le sujet qui est derrière et que nous voyons.

Donc notre petite boite propose la mise au point automatique (classique mais qui se fait piéger par les vitres), la mise au point à l’infini – qui a le bon goût de désactiver le flash, la mise au point SNAP qui donnera tout net de 1 à 3m en jouant sur la profondeur de champ de l’objectif, en position mise au point automatique mais avec le flash aussi et la mise au point manuelle de 35cm à l’infini.

Une remarque toutefois, comme le Mju, l’appareil ne fait la mise au point définitive qu’une fois enfoncé à fonds le déclencheur. Donc, vous visez, mettez au point et lorsque vous enfoncez complètement le déclencheur, l’objectif se met à la bonne position pour prendre la photo. Ce n’est peut-être pas très rapide mais efficace.

Lorsque vous prenez des photos rapprochées, tel un portrait, le boitier opte pour une grande ouverture pour offrir un beau flou d’arrière plan (le fameux « bokkeh »).

Mais je n’ai pas encore abordé le principal atout de ce joujou : son objectif EBC Fujinon, un 28mm ouvrant à f3,5 composés de 4 éléments, dont 2 asphériques, en 4 groupes, traité multicouches (reflet teinté bleu).

Il est, parait-il, redoutable ! Je vous dirai ça quand j’aurai terminé le film que j’ai mis dedans.

Sa taille pourrait être un handicap pour les grandes mains. Néanmoins, on le tient bien, sa forme rectangulaire un peu épaisse joue pour beaucoup.

Vous aurez remarqué qu’il n’y a pas de dragonne ni de place pour en fixer une. De fait, elle était proposée sur un gros bouton que l’on fixait à la place du trou pour le fixer à un trépied.

Je signalais plus avant que le Super Mini DL était équipé d’un petit flash intégré. Par défaut, il se déclenchera automatiquement si besoin, mais vous pouvez le débrayer. Il y a plusieurs modes : automatique donc, anti yeux de lapin affolé, flash débrayé, fill-in pour déboucher un contre-jour marqué et portrait de nuit.

Un seul regret, il ne garde pas en mémoire votre choix pour le flash, que vous devrez reparamétrer lorsque vous rallumez l’engin.

Si vous avez le malheur de placer vos gros doigts devant le flash, une diode rouge vous signale qu’il est temps de les retirer pour prendre votre photo. Lorsque ledit flash est prêt, une diode verte, dans le viseur toujours, vous encourage à appuyer sur le déclencheur.

Il a tout d’un grand je vous disais …

Ceci étant, il se débrouille très bien en base lumière mais vous ne pourrez pas faire de pause longue avec lui.

Quoi d’autre ? …

La fonction date, qui mérite un coup de chapeau car utilisable jusqu’en 2025 pour ceux qui aiment « taguer » leur photo, ou qui en ont besoin pour des raisons professionnelles, p. ex.

Les ingénieurs nippons l’ont aussi doté d’un retardateur.

Et un mode « panorama », que vous sélectionnez avec le gros curseur près du viseur : dès que vous l’actionnez, le viseur se transforme et vous donne l’impression de voir en cinémascope !

Tiens au sujet du viseur, s’il n’est pas grand (mais bon, vu la taille du boitier…), il est très agréable, avec un cadre colimaté bien clair et correction de la parallaxe. Un demi-rond, au centre, vous indique l’endroit de la mise au point.

Pour prendre une photo, vous visez pour mettre votre sujet au centre (que vous pouvez ensuite « délocaliser »), vous gardez le doigt à mi-course du déclencheur jusqu’à ce que l’appareil vous confirme la mise au point par un discret « bip » et une petite lumière verte dans le viseur. Clic, l’image est dans la (petite) boite !

Si je résume, voilà un petit bijou, rare, performant, joli, bien pensé, … enfin, comme je les aime !

Vous n’en trouverez pas souvent, malheureusement, et les prix s’en ressentent, comme d’habitude. Reste à croiser les doigts et à vous promener sur les brocantes dominicales, on y fait (souvent) des rencontres qui sortent de l’ordinaire, la preuve.

Et si vous en trouvez un (à prix raisonnable s’entend), ne le laissez pas partir sans vous, vous aller le regretter …

Petites videos d’illustration

Des exemples de photos prises avec cet appareil ICI et LA

Un brin de technique :

Format de film 35 mm (du vrai, pas un APS)
Boîtier en aluminium et plastique
Réglage ISO via codage DX, ISO 50 à ISO 1600
Viseur optique direct
Flash : intégré, automatique, correction des yeux rouges, flash désactivé et compensation du contre-jour
Lentille multicouche Fujinon EBC 28 mm, 4 éléments en 4 groupes
Vitesse d’obturation de ½ s à 1/800 s
Ouverture de f/3.5 à f/7.5
Mise au point : manuelle de 0,35m à l’infini, autofocus
Alimentation par 1 x CR2

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Quelques références : https://www.lomography.com/magazine/293211-lomopedia-fuji-dl-super-mini, https://kosmofoto.com/2020/01/fujifilm-dl-super-mini-review/, https://emulsive.org/reviews/camera-reviews/fuji-camera-reviews/compact-camera-mega-test-fujifilm-dl-super-mini-aka-fujifilm-tiara-the-upmarket-mju, https://www.35mmc.com/17/03/2015/fuji-dl-super-mini-tiara-review/, http://camera-wiki.org/wiki/Fujifilm_Tiara_Zoom, https://wkoopmans.ca/notebook/?p=7638, https://www.hazelandeye.com/blog/2020/8/18/4ebl6f67a66lj6hzdwhu8s7vrbftqh, en anglais, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-9436-Fujifilm_Tiara%20II.html, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Fujifilm en français.

Les nouveautés en un lieu

Mais on se f… de nous !

C’est un article, paru dans le « Réponses Photo » de juillet 2022 (n° 351, p. 6 à 9) qui me fait bondir.

Article anodin s’il en est car il fait la présentation de deux nouveaux boitiers chez Canon, les Eos R 10 et le R 7, déclinés en APS-C et destinés aux « amateurs » pas forcément éclairés mais … fortunés !

Rendez-vous compte, le R 10 sera proposé à 1.380€ en kit avec un objectif 18 – 150mm tandis que le R7 le sera à 1.900€ avec un objectif semblable.

Alors, non seulement Canon et Nikon ont failli rater le coche de l’hybride, font le forcing pour rattraper Sony, Fuji, Olympus et Lumix, ne nous ont proposé que du « haut de gamme » à des prix astronomiques pour leurs premiers balbutiements pas forcément aboutis mais quand ils nous proposent quelque chose, ils nous prennent tous pour Crésus !

Où sont les chouettes petits boitiers d’entrée de gamme des Eos 2000, Eos 100, Eos 200 et 250, voire même l’Eos M50 qui ne fut jamais mis en valeur et qui passera à la trappe (laissant orphelins les quelques téméraires qui ont fait l’effort de l’acquérir malgré l’indigence de l’offre en optiques dédiées, qui sont supprimées du catalogue) ?

Certes, sur le papier, ces nouveaux venus semblent alléchants mais ils ne sont plus compatibles avec les « anciennes » optiques EF ou EF-S (respectivement pour les format full frame ou APS-C), sauf à acquérir des bagues de conversions qui coûtent jusqu’à 300€.

Où allons-nous ?

Les compacts ont disparus, bouffés par le smartphone, sauf s’ils s’agit de compacts « experts » qui dépassent la barre des 1500€.

Les reflex disparaissent au profit des hybrides – sauf chez Pentax, qui fait (bien seul) de la résistance – avec inéluctablement une montée dans la gamme des prix : pas un seul appareil avec au moins un 18 – 55mm de base sous les 1.000€.

Sommes-nous revenus aux premiers temps de la photographie, réservée à une « élite », celle qui avait les moyens de s’offrir le matériel ?

Reste le marché de l’occasion me direz-vous.

Oui, mais comme Canon et Nikon ont trainé à se lancer dans la bagarre, les quelques boitiers hybrides qui sont sur le marché de la seconde main sont presque aussi chers que le neuf, les premiers acheteurs essayant – et on les comprend – de ne pas perdre trop de plumes dans ce jeu de dupes.

Des marques comme Olympus, Fuji, Sony, Lumix (dans une moindre mesure me semble-t-il) raflent encore une fois la mise, ayant été des précurseurs dans l’hybride, avec des produits qui ont su s’adapter bien vite aux besoins de leur nouvelle clientèle.

Cruel rebondissement : les deux grands « historiques » doivent justifier de technologie extrême pour tenter quelques chalands richissimes ou corporate. Ils sont aujourd’hui incapables de présenter des boitiers abordables et performants, délaissant ainsi une partie importante de leur clientèle à la concurrence.

Mais me dires-vous, les autres marques ne sont pas bien moins chères. Non, vous avez raison mais je pense que lorsqu’on « tire » le gros des clients depuis près de 50 ans, il convient de leur offrir des produits qui leur conviennent à des prix mieux étudiés !

Voilà, c’était mon coup de gueule du moment … et vous, qu’en pensez-vous ?

Argentique

Le Zeiss Ikonta B 521/16

Une brocante un peu pauvre en appareils photo (comme souvent, hélas !), et puis, soudain, quatre étuis en cuir avec de vieux appareils à soufflet : un Franka, un vieil Agfa, un inconnu et le Zeiss Ikonta.

J’ai hésité, mais mon petit porte-monnaie a été plus raisonnable et je n’ai pris que le Zeiss.

Avec son « sac tout prêt » en cuir bien patiné, il est magnifique, comme au premier jour. Ah, ils savaient construire solide et élégant à cette époque !

Il a existé un Zeiss Ikonta B 521/16 considéré, dans la série, comme un modèle d’entrée de gamme car il est équipé d’un Novar-Anastigmat de 75mm ouvrant à f4,5 et d’un obturateur Klio qui donne les vitesses de 1s à 1/200s plus pause B.

Si l’appareil que j’ai acquis présente bien un Novar-Anastigmat de 75mm ouvrant à f4,5, il est équipé d’un obturateur Prontor-S qui « monte » au 1/300s. Il reste considéré comme entrée de gamme, toutefois.

Franchement, du « bas de gamme » comme ça, j’en veux bien tous les jours !

Si vous vous en souvenez, je vous ai présenté le Zeiss Ikon Super Ikonta 531/2 il y a peu de temps.

Ici nous parlerons de l’Ikonta B 521/16 (oui, je sais ce n’est pas très « vendeur » comme nom mais c’est précis …. et Allemand !), le modèle qui l’a précédé.

Mais situons-le dans le temps. Car il est assez proche du Voigtländer Perkeo I que je vous présentais il y a peu.

Les foldings, Klappkameras ou soufflets utilisant du film 120 sont restés au catalogue de la marque de 1937 à 1953. Belle longévité, non ?

De fait, il y eut quatre générations de ces appareils à soufflet, au fur et à mesure des évolutions techniques, et en tenant compte des sursauts historiques de ces années-là.

La première, le 520/16 se sont des folding horizontaux, qui reprennent de fait l’orientation des vieux Nettar 6×9 cm. Elle apparaît en 1937.

Pour être remplacée rapidement, dès 1938, par la série des 521/16, qui propose un système pour éviter les doubles expositions involontaires. Cette série sera fabriquée jusque la fin de la seconde guerre mondiale, vaille que vaille.

La troisième série démarre en 1946, qui reprend les numéros 521/16 et qu’il est difficile de distinguer de la précédente

Quant à la quatrième série, ou génération, elle débute en 1951 sous le nom de 523/16 ou Ikonta II. Elle diffère des précédentes car le capot intègre cette fois le viseur.

Mais revenons à celui que je vous présente aujourd’hui. C’est bien un Zeis Ikonta 521/16, avec protection contre la double exposition, ce qui me laisse penser qu’il est de 1945 – 46 car il n’a pas encore de griffe pour accessoire.

Cet exemplaire, comme je l’écrivais plus haut, est une version d’entrée de gamme car « il n’est équipé que d’un Novar-Anastigmat » de 75 mm f/4,5 à 3 éléments dans un obturateur Prontor-S monté sur jante avec des vitesses allant de 1s jusqu’à 1/300 s. L’ouverture minimale est de f22 ce qui autorise l’utilisation de films modernes, forcément plus rapides qu’à l’époque

Le haut de gamme était équipé d’un objectif Tessar avec un obturateur Compur

Pourtant ce Novar, qui est un triplet, c-à-d. trois lentilles en trois groupes est un objectif « historique ». C’est un fabriquant de Dresde, Hütting, qui le produisait au tout début du XX siècle. Cette société sera absorbée par ICA en 1909. Et ICA faisait partie des autres grands (Ernemann, C.P. Goerz et Contessa-Nettel) qui formeront Zeiss Ikon en 1920. Le Novar, toujours sous forme de triplette chez Zeiss Ikon existera en f6,8, f6,3, f4,5 et f3,5. Pour la petite histoire, se sera aussi un objectif pour agrandisseur.

Il n’a pas l’aura d’un Tessar mais il n’en demeure pas moins un excellent objectif.

Pour en terminer avec ce chapitre, il faut se remémorer que Zeiss Ikon fabriquait les appareils photo et Carl Zeiss était un opticien. Dès lors, lorsque le premier développait un nouvel appareil, il établissait un cahier des charges précis au sujet des optiques, qui était soumis à différents opticiens. Lorsque les formules étaient plus sophistiquées, c’est généralement Cark Zeiss qui emportait le marché, ou Schneider-Kreuznach. Pour les formules plus « populaires », comme le Novar, c’est Goerz ou Rodenstock à qui Zeiss Ikon faisait appel.

C’aurait pu être pire, non ?

Toujours au sujet de ces appareils, ceux d’avant guerre conservent une qualité de fabrication qui se perdra un peu par la suite car à la fin de la guerre, tous les brevets allemands seront déclarés du « domaine public » au titre de dommages de guerre. Ce qui permettra aux Japonais, notamment, de copier allègrement et en toute légalité les fleurons allemands de la photographie et de rafler les marchés.

L’industrie photographique allemande se verra ensuite contrainte de revoir à la baise ses critères de qualité pour rester dans des coûts de vente abordables. Ils inventeront de nouveaux matériaux, de nouvelles méthodes de fabrication mais il n’atteindront plus la « qualité d’avant guerre » ni la place de leader dans les ventes d’appareils photo. L’Histoire a des revers terribles.

Bon, allons voir de plus près comment fonctionne cet Ikonta.

Pour cela, je le désolidarise de son sac tout prêt et je constate, en passant, que le pas de vis de la douille pour le fixer sur un trépied, p. ex., est assez gros. Si on veut le mettre sur un pied moderne, il faudra trouver un adaptateur. Notez aussi les deux « boutons » en dessous, qui servent d’assise mais surtout se soulèvent pour y glisser la bobine de film et la bobine réceptrice. Je note – c’est là qu’on voit la recherche du détail – que ces deux pièces sont enchâssées dans le dos lorsqu’on le ferme, empêchant ainsi toute fuite de lumière possible.

Sur le dessus de l’appareil, de belles pièces chromées : la molette de bobinage, le déclencheur, le viseur pliant et à l’autre extrémité, une pièce qui ne sert qu’a tenir un anneau de fixation, bien ouvragé. Entre le viseur et cet anneau, un petit bouton qui, lorsqu’on appuie dessus, libère la porte derrière laquelle se cache le soufflet et l’objectif.

La mécanique est impeccable car il se déploie tout seul.

Sur le dessus, le viseur s’ouvre lorsqu’on appuie sur un minuscule mais efficace petit bouton.

Et si vous regardez bien, il y a deux verres dans le viseur, qui « rapprochent » les sujets, sans rien déformer.

Le déclencheur est à côté de la manivelle de bobinage, avec une demi-lune qui se soulève pour une meilleure préhension. Le déclencheur est fileté si besoin d’un câble. Attention, ce déclencheur ne fonctionne que si vous avez armé le levier situé sur la jante de l’obturateur, autour de l’objectif.

Lorsque vous tournez d’un quart de tour la manivelle, vous entendez le « clic » de l’armement du déclencheur. Cette astuce permet des doubles expositions mais avec un décalage du film.

Pour ouvrir le dos, une tirette sur le côté gauche que vous descendez et la porte s’ouvre.

Puisque nous en sommes à parler du dos, remarquez la fenêtre rouge inactinique, que l’on peut masquer en cas d’inactivité de longue durée. Cette fenêtre sert aussi de compteur de vue puisqu’elle permet de voir l’avancement du film.

Notez le nom de l’appareil, embossé dans le cuir du revêtement : le nom à gauche, le modèle à droite. Le numéro de série est gravé sur la tranche à l’extrême droite. Il s’agit du P 49416 plus le poinçon de la marque Zeiss pour cet exemplaire.

Un mot sur l’objectif, entouré de l’obturateur, la pièce maitresse de l’appareil.

Ici l’échelle de distances est en mètres. Les vitesses vont de 1s à 1/300s plus pause B. Le petit levier d’armement est sur le dessus. Lorsque vous pressez le déclencheur sur le capot, un mécanisme précis va actionner le déclencheur de l’obturateur. Le petit levier, en dessous, avec le point rouge, est celui du retardateur (plus ou moins 12,secondes). L’ouverture se règle aussi sur la jante de l’obturateur (de f4,5 à f22).

Pour changer, les filtres sont ici à viser (pas à clipser comme sur le Voigtländer), au diamètre de 35,5mm. Vous pouvez aussi y monter un pare-soleil car les optiques ne sont pas traitées et elles sont sensibles au flare.

Il est clair que vous avez intérêt à prédéfinir la zone de prise de vue, la profondeur de champ étant indiquée par des repères sur la couronne.

Le propriétaire précédent se simplifiait la vie car il avait noté les ouvertures utiles selon le temps qu’il faisait dans le rabat du sac tout prêt. Des « copions » d’époque !

Tiens, une chose m’intrigue quand même : partout je lis que cet appareil était un 6×6. Or, dans la porte du mien, il est noté B2 – 6×9. Si le cadre de la chambre semble être un 6×6, le presse film est clairement un 6×9. Un exemplaire de transition ou un dos remplacé à un moment ou un autre ?

Là j’avoue que je n’ai pas trouvé d’infos utiles à ce sujet. Mais je creuse …

En résumé, que penser de cet appareil ?

Il est beau, très agréable à manipuler, avec une sensation de robustesse (n’est-ce qu’une sensation ? près de quatre-vingt ans après, il fonctionne toujours impeccablement), très compact et facile à porter dans un sac voire une poche (solide vu le poids de l’engin).

Sa forme déroute un peu car nous sommes tellement habitués à la forme soit des télémétriques à la Leica ou à celle des reflex. Un appareil à soufflet change la donne.

Et je dirais ici qu’heureusement la porte s’ouvre vers l’avant, ce qui facilite la prise en mains (je faisais la remarque inverse avec le Super Ikonta avec son soufflet qui s’ouvre sur la gauche) et la stabilité lors de la manipulation.

Toutes les commandes sont faciles et fluides. Cependant, elles sont réduites à l’expression de la photographie d’antan : une vitesse, une ouverture, une distance.

Vous pouvez compléter tout ça avec un télémètre indépendant, une cellule à mains ou faire « comme avant » : travailler par zones de distance (à pré-régler en tenant compte de la profondeur de champ) et la règle du Sunny 16 pour l’ouverture.

Notre bon Monsieur Van de Wilde avait résumé tout ça dans le rabat du sac tout prêt, reprenons les :

temps sombrevitesse 1/25souverture f4,5
temps nuageuxvitesse 1/50souverture f5,6
temps clairvitesse 1/100souverture f5,6 – f8
plein soleilvitesse 1/100souverture f8
mer (neige que j’ajoute)vitesse 1/100souverture f8 + filtre rouge

J’imagine qu’il les a testées et les a trouvées justes. Mais j’ignorerai toujours quel film il utilisait (du N/B ça c’est certain, peut-être de la couleur ensuite), à quelle sensibilité (si ce n’est celle des films de l’époque qui « tournait » autour des 25 à 64 iso maximum si mes souvenirs sont exacts)

Utiliser ce type d’appareil suppose des essais/erreurs. Mais quand ça fonctionne, quel bonheur de découvrir ces grands négatifs plein de détails.

C’est une démarche, qui demande de prendre son temps.

Et soyez certain que l’on vous remarquera en rue, ce qui peut être un bon moyen de communication pour partager votre passion.

Donc, si vous trouvez une de ces petites merveilles, vérifiez la bien avant de sortir votre portefeuille : le soufflet n’est pas percé, les lentilles sont propres, les mécanismes fluides et tous fonctionnels, le déclencheur déclenche ?

Si tout ça est ok, attendez-vous, si vous avez de la chance à débourser au moins 35€ mais si le vendeur s’y connais un peu et que l’appareil est vraiment exceptionnel, vous serez plutôt dans les 100€ (et je ne parle pas des Tessar f3,5 dont les prix sont aussi … exceptionnels !)

Pour ma part, je pense que c’est celui-ci que je vais garder, au détriment du Voigtländer Perkeo. Pourquoi ? La porte s’ouvre vers le vers le bas, c’est plus confortable pour la prise en mains; les distances sont en mètres ( pas besoin de conversion), les vitesses vont jusqu’au 1/300s et il ouvre jusqu’au f22. N’oublions pas que nos films modernes sont plus sensibles, en général (allez faire un tour sur Retrocamera pour découvrir l’offre en 120 – il y a même un Rollei RPX en 25 Asa).

Mais je suis conscient qu’il sera plus délicat à manipuler,notamment avec son viseur très approximatif

Des exemples de photos prises avec cet appareil ICI et LA.

Video d’illustration

Un peu de technique :

Produit de 1938 à 1951
Format : 6 x 6 cm sur pellicule type 120 ou 6 x 9 (8 vues alors sur le film)
Pour vous aider, les combinaisons objectif/obturateur connues (avant-guerre) :
Objectif Novar 4,5/7,5 cm dans un obturateur Klio
Objectif Novar 3,5/7,5 cm dans un obturateur Compur
Objectif Tessar 3,5/7,5 cm dans un obturateur Compur-Rapid
Combinaisons objectif/obturateur connues (après-guerre) :
Objectif Novar 4,5/75 mm dans un obturateur Prontor-S
Objectif Novar 3,5/75 mm dans un obturateur Prontor-S
Objectif Schneider Xenar 3,5/75 mm dans un obturateur Compur-Rapid
Objectif Carl Zeiss Jena Tessar 3,5/7,5 cm dans un obturateur Compur-Rapid
Objectif Zeiss-Opton Tessar 3,5/75 mm dans un obturateur Compur-Rapid
Tailles de filtre : 35,5 mm à visser.
Synchronisation flash (seulement après-guerre) : griffe dite « froide », X-synchronisation
Prévention de la double exposition : Oui
Finition : que du noir avec ornements chromés
Dimensions LxPxH (plié) : 135x45x78 mm
Poids : 540 grammes,

Des références : http://camera-wiki.org/wiki/Ikonta_521/16, http://www.cameramonkey.net/zeiss-ikon-ikonta-52116, http://www.appaphot.be/fr/brands/zeiss-ikon/zeiss-ikon-ikonta-b-52116/, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Zeiss_Ikon/Zeiss_Ikon_Ikonta_521-16, https://www.armesphoto.com/Nothing-Negative-About-Film/1950-Zeiss-Ikonta-B-52116/i-tGGqh3L https://www.mikeeckman.com/photovintage/vintagecameras/ikontab/index.html, https://apenasimagens.com/en/ikonta-and-super-ikonta-zeiss-ikon/, https://www.pacificrimcamera.com/pp/ziikonta.htm en anglais, https://mgroleau.com/photo/allemagne/zeiss_ikon/zi_ikonta521b.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-12041-Zeiss%20Ikon_Ikonta%20B.html, http://vieilalbum.com/Ikonta521-16%20FR.htm en français

Les nouveautés en un lieu

Oubliez les modes, choisissez un appareil qui vous aide à devenir meilleur photographe …

De fait, c’est un article de Fred, d’Histoires de Photos qui me fait rebondir sur ce qu’il écrivait, car il a mille fois raison.

Si vous vous êtes promené sur le site, vous aurez sans doute lu ici et là les mêmes conclusions que lui porte.

En effet, les appareils anciens de type Canon AE-1, Canon A-1, Canon F-1, Minolta SRT (tous numéros confondus), Minolta SR-1, Minolta XG-1, Pentax ME, Pentax ME Super, Fujica ST 6505, ST 701 Yashica FR-1, Contax 139, Miranda TM, Mamya DSX 1000B, Mamya NC 1000, Ricoh KR-5, Alpa SI 3000, les Parktica (les autres sont sur le site dans la rubrique argentique –> reflex) sont magnifiques.

Même des Exakta Varex II A ou Zeiss Ikon Contaflex sont splendides, esthétiquement et techniquement … pour l’époque !

Mais entendons-nous bien : même si vous avez de l’expérience en photo argentique, ce qui compte, c’est la qualité de l’image que vous voulez restituer ou le plaisir de sortir un magnifique vieux machin ?

Pour ma part, j’ai choisi de « cloisonner » les catégories d’appareils :

  • ceux d’avant les années septante sont destinés aux esthètes
  • ceux des années septante à début quatre-vingt sont destinés aux amateurs éclairés, qui ont déjà connu ce type d’appareil
  • ceux de la fin des années quatre-vingt au début nonante inspirent ceux qui hésitent entre deux décennies
  • ceux des années 2000 sont des machines à photographier performantes et sûres.

Notez qu’il n’y a là aucun jugement, aucune vérité absolue, juste un constat.

Et que je ne parle pas d’une catégorie que j’exclus, celles des collectionneurs qui vont rechercher la perle rare, l’objet unique, l’exclusif, mais très, très rarement, faire des photos.

Les plus anciens appareils demandent du temps pour les apprivoiser, non pas tellement à cause de leur complexité mais justement parce qu’ils en sont dépourvus et qu’il faut, dès lors, réapprendre des notions que l’on maitrise mal : le triangle d’exposition, la règle du Sunny 16, celle des zones de focale prédéfinies, p. ex..

Si ces notions ont le mérite d’aider à la prise de vue, elles sont (un peu) empiriques. Elles correspondaient parfaitement aux appareils, aux films, aux photographes de l’époque.

Et si vous perdez du temps à réfléchir à celles-là, c’est au détriment de la composition, de la spontanéité de vos images.

N’oublions pas encore les contorsions auxquelles il faut parfois se livrer pour les faire fonctionner car ceux qui sont munis de piles le sont parfois avec des modèles qui n’existent plus et de voltage folklorique (les piles au mercure de 1,35v p. ex.). Les adapter aux piles modernes ne se fait pas à la légère ni sans quelques connaissances utiles (voir l’article d’Olivier).

Enfin, fonction de modes illusoires, certains modèles atteignent des prix stratosphériques que rien ne justifie.

Bref, si votre but est de faire des photos, de bonnes photos, auxquelles vous allez consacrer le temps de la compo, du détail, de l’instant choisi, armez-vous d’appareils qui vous soulagent des tâches moins amusantes.

Les appareils de la fin des années nonante, du début des années deux-mille sont la quintessence de ce qui se faisait de mieux. Déjà ils possèdent les réglages que vous connaissez encore sur vos numériques, les techniques de mesure de la lumière, les autofocus, la gestion des flashs, tout cela était très abouti.

Les programmes dédiés étaient performants, les cellules plus que suffisantes pour calculer au mieux les lumières même difficiles, les capteurs autofocus sont ceux qui ont donné naissance aux modèles repris ensuite en numérique.

Si vous voulez vous lancer dans la photo argentique pour faire de la photo, et vous donner l’occasion de progresser, optez peut-être pour des appareils qui vous donneront satisfaction rapidement (ça évite de se décourager trop vite) et qui sont toujours dans le coup car, par exemple, ils acceptent la plupart des objectifs même modernes.

Attention, je parle bien des objectifs, voire de quelques accessoires utiles (filtres, porte-filtres, etc.) mais jamais des flashs, qui ne sont pas du tout compatibles au risque de détruire votre numérique si vous étiez tenté d’utiliser un seul flash pour vos deux types d’appareils. Et les flashs modernes ne fonctionnent pas sur les argentiques (question de puissance).

-« Mais que choisir alors ? »

Le choix reste vaste et – bonne nouvelle – les prix restent très bas encore.

Les grandes marques historiques sont pléthores et vous offrent de superbes appareils (de ceux qui me faisaient rêver à ces époques).

Vous en trouverez quelques uns dans la rubrique « petites analyses subjectives du matériel photographique –>argentique–>les reflex ».

Citons pèles-mèles les Canon Eos 500 et 300, 300v, Canon Eos 3, Eos 30/33, Eos 50e/50 qui acceptent tous les optiques EF, y compris les EF en série L.

Chez Nikon, la série des Nikon F 50, 60, 65, 70 et compagnie, ainsi que le F801, F100, F5, F90X, par exemple. Eux aussi peuvent utiliser les optiques modernes, à l’exception, comme d’habitude des cailloux prévus exclusivement pour les derniers nés de la gamme numérique et hybride,

Chez Minolta, vous aurez l’embarras du choix aussi, parmi les Minolta 3000i, Minolta 7000i,Minolta 8000i, Minolta 500 SI, Minolta 500 SI super, Minolta 3Xi, Minolta 7 Xi, Minolta 404Si, Minolta 800 Si, Minolta Dynax 5. Même si la marque n’existe plus, elle reste une référence (voir le site de Monsieur Suaudeau pour achever de vous convaincre). J’ai un faible pour le Dynax 5, qui est une petite merveille de compacité et de performances.

Et j’entends déjà Pascal qui me souffle « éh, t’as pas oublié les Pentax ? »

Ben non, voici la liste de ceux qui participent : Pentax MZ-3, Pentax MZ-5/ZX-5, Pentax MZ-5n/ZX-5n, Pentax MZ-6/ZX-L, Pentax MZ-7/ZX-7, Pentax MZ-M/ZX-M, Pentax MZ-S, Pentax MZ-10/ZX-10, Pentax MZ-30/ZX-30, Pentax MZ-50/ZX-50, Pentax MZ-60/ZX-60. Notez que l’extension ZX reprend les appareils destinés aux marchés US.

Vous aurez remarqué que Fuji, Yashica, Chinon, Cosina, par ex. ne font plus partie des sélectionnés. La plupart de ces marques n’ont pas survécu et n’ont rien développé dans les reflex autofocus au seuil des années deux mille.

En résumé, tous ces boitiers vous offriront encore de très bons voire excellents services. Ils sont souvent vendus complets, c.-à-d. avec des objectifs, leur flash dédié, des télécommandes, etc. car il n’y a pas encore si longtemps (bon, ok, ça fait quand même une bonne vingtaine d’année pour les plus récents), ils étaient remisés dans leur boîte, au cas où …

Ils ont fait le bonheur de nombreux passionnés, des pros de l’époque et il reste, je le redis, des valeurs sûres pour progresser et propose de superbes images, avec le confort des appareils modernes.

Soyez raisonnables, laissez-vous tenter !

Osons une dernière comparaison : oui, vous irez d’Arlon à Knokke en Citroën 2CV, la radio sera inaudible, le chauffage inexistant, comme la clim, la sécurité bien aléatoire face aux mastodontes d’aujourd’hui et vous ne dépasserez pas le 90.

Mais vous allez vous marrer, connaître quelques pépins qu’il faut pouvoir résoudre sur le bord de la route et – finalement – arriver heureux mais fourbus.

Faites le même trajet ne fut-ce qu’en Citroën C3 …

Convaincus ?

Non classé

L’Agfa Billy-Clack 74

Ah celui-ci, je l’ai trouvé dans une caisse, mélangé avec d’autres vieux appareils en (très) mauvais état.

Mais voilà, sa façade très « art déco » m’a fait craquer, et son prix aussi car ni le vendeur ni moi n’étions parvenus à l’ouvrir.

Petite recherche sur la Grande Toile d’abord pour savoir de qui il s’agit, partant du seul indice de son objectif, un « Bilinar » d’Agfa. Puis, d’images en images, j’ai resserré la recherche et trouvé celui que je cherchais, un Agfa Billy – Clack 74.

Et là je constate le paradoxe : il s’appelle Clack car, normalement, en appuyant sur un petit bouton, situé près de la clé de bobinage, la face avant doit se déployer automatiquement.

Ben ici, faut que je l’aide vraiment à s’extirper de son logement, sans rien abimer car le soufflet est en parfait état, lui.

Ceci étant, j’ai trouvé les ouvertures, en façade (de f11 -f16 – f22) mais pas de réglage de vitesse. J’en déduis qu’il n’y en qu’une. J’ai toutefois trouvé un petit levier avec deux positions. Je verrai ça plus tard.

Comme vous pouvez l’apercevoir, la lentille est sale, tout comme les deux « viseurs ». Je vais voir si je peux démonter pour nettoyer tout ça.

Bon, mais si nous commencions par le début ?

Le Billy-Clack fut construit des années trente au seuil des années quarante (là, je vous avoue que j’ai battu mon record de « vieux machins » : il a nonante ans !).

C’est un appareil original de par son ouverture qui utilise un double pantographe.

Ce type d’ouverture apparait d’abord chez Kodak sur le N°1 Folding Pocket Kodak en … 1897. Il sera ensuit repris sur d’autres foldings car très pratique (l’appareil s’ouvre tout seul) et permettant une grande compacité.

Pour l’anecdote, ce genre d’appareils fut très prisé des soldats de la première guerre mondiale (pas du tout par les officiers supérieurs. Quand on se souvient de la boucherie absurde des tranchées qu’ils ont commandées, on comprend pourquoi !), ils ne prenaient pas beaucoup de place et étaient robustes

Cet Agfa Billy Clack a existé en deux versions : le n° 51 au format 4,5×6, équipé d’un filtre jaune intégré et le n° 74 au format 6×9 sur film 120.

Source : artdecocameras, l’Agfa Clack n° 51

Comme vous avez pu le constater sur les photos, le 74 ne propose que 3 ouvertures : f11 – f16 – f22, que vous sélectionnez avec un petit levier elliptique.

L’objectif est un Agfa Bilinar de 95mm ouvrant à f11. De fait, le terme d’objectif est un bien grand mot.

Lorsque j’ai démonté la face « art déco » – j’y reviendrai – pour nettoyer la lentille et les viseurs, je me suis trouvé devant une lentille convexe (sale) et, en dessous, un second verre qui parait plat qui passe sous la lentille, au dessus de l’obturateur. Dois-je en conclure que c’est donc un objectif à deux lentilles ?

De fait cette lentille additionnelle est une « bonnette à portrait » pour les prises de vues comprises entre 2,5 m et 5m. On l’actionne avec une tirette qui se trouve sous le bloc optique + obturateur.

A gauche, le levier pour bloque l’obturateur et à droite la tirette pour la seconde lentille ‘bonnette ». Et si vous regardez bien, en dessous, il y a la béquille et sur le côté, à gauche, le déclencheur à flan du bloc..

Et vous avez bien lu, la mise au point minimale est de 2,5m – pas de promiscuité en cas de portrait avec lui !

Lorsque l’appareil est ouvert, si vous le posez sur une surface plane, vous déployez une béquille qui permet à l’appareil de tenir droit, en position verticale. Utile car s’il y a une pause B, je n’ai pas trouvé de déclencheur fileté pour y ajouter un câble de déclenchement. Vous devrez appuyer sur le « bouton » le temps de la pause.

Quand à l’obturateur, il est rotatif et n’offre que deux positons : pause ou instantané. C’est le levier avec les deux repères blancs. Un autre levier, en dessous de la platine, permet de bloquer l’ouverture du diaphragme pour les pauses longues (votre doigt vous dit merci). La vitesse est unique, fixée au 1/25s, en plus de la pause B.

La visée peut se faire soit avec les 2 viseurs à prismes (ceux que j’ai nettoyés) ) un vertical et un horizontal – ou avec le viseur à cadre escamotable qui est sur le boitier.

Je vous avoue que ces deux « yeux » ronds m’avaient attiré sur la brocante, un mélange étonnant de façade faisant penser aux fameux « box » tout en sachant que l’appareil devait être un folding.

Cette face est une fine plaque de métal laquée noir au motif très « art déco ».

Sous cette plaque, les deux petits verres ronds des viseurs à prisme et la lentille, elle-même sous le cercle métallique où est gravé le nom de l’objectif. Attention, sous ce cercle il y a une pièce qui fait ressort et qu’il faudra replacer correctement (deux petits ergots pour bloquer le cercle et le ressort). Si vous démontez cette plaque, tenez bien compte de l’emplacement des quatre vis, qui ne seront pas forcément semblables. Si vous les intervertissez, bonjour la galère pour les remettre !

J’ai donc ôté les 3 petits verres et les ai nettoyés avec un produit destiné à la lunetterie. Il n’y a pas de traitement de surface mais ce n’est pas une raison pour ne pas être précautionneux.

Sous cette fine tôle ouvragée, une plaque en fer cache le mécanisme du déclencheur et de l’obturateur. Vous pouvez la soulever en ôtant une seule vis en bas de l’ensemble. Si vous voulez retirer cette dernière plaque, attention, il y a deux minuscules ressorts qui ne demandent qu’à prendre le large. Personnellement, je me suis contenté de la soulever pour voir le jeu de la lentille bonnette et de l’obturateur, qui est « multi-trous » selon l’ouverture proposée.

Pour le nettoyage des lentilles, j’ai utilisé le produit pour verres optiques. Pour les prismes, coton tige mouillés avec le même produit et beaucoup de délicatesse en frottant. Là, on y voit nettement mieux !

Restait le mécanisme du pantographe qui, décidément, ne joue pas son rôle. Voyons pourquoi …

Premier constat, de la poussière qui colle sur le métal (ce qui est vrai aussi pour la béquille qui est très difficile à sortir). Un chiffon pour enlever le plus gros, un coton tige humecté pour peaufiner et enfin, toujours avec un coton tige mouillé d’huile ultra fine, petit passage sur tous les endroits où ça doit tourner, plier, se déployer. Idem sur le système de fermeture, qui grippe un peu aussi.

Mais surtout, comme vous pouvez le voir sur ces photos, une partie du mécanisme est plié, ce qui fait forcer le système. Petites pinces et encore plus de délicatesse pour redresser tout ça.

Et ça fonctionne : maintenant, lorsque j’appuie sur le petit bouton de déverrouillage, la face se déploie dans un joli « clack » réjouissant !

Ai-je fait le tour ?

Eh non, il me reste à l’ouvrir pour vous montrer le « dedans ». Sur le côté droit, sous la lanière de portage, il y a un verrou (qui a aussi reçu toute mon attention et un peu d’huile). En tirant sur les deux boutons de fermeture, le dos s’ouvre sur la chambre, dans laquelle se replie le soufflet en position fermée.

Vous constaterez que les deux petits rouleaux sont rouillés. Je les ai frotté avec un chiffon doux et il n’y a pas d’aspérités qui pourraient griffer le film. Le film se place à droite et la bobine réceptrice à gauche. Il faut soulever la clé de bobinage pour y glisser la bobine. Admirez au passage l’embossage du nom Agfa dans le cuir de revêtement. Le numéro de série se trouve gravé, lui, sur le porte bobine à droite.

La fenêtre rouge inactinique peut être « fermée » grâce à un petit coulissant. Utile lorsqu’on remise l’appareil, chargé, pour un temps indéfini. Mais c’est plus une précaution d’usage qu’une vraie nécessité, 8 photos sur un film de 120, ça va vite.

Notons qu’il n’y a pas de plaque presse film, un détail qui permet de baisser le prix de vente, le grand argument de cet appareil. Regardez bien l’intérieur de la porte arrière, vous verrez les traces des nombreux films qui ont tourné dans ce Billy.

Je résume : vous appuyez sur le bouton au dessus du capot, le bloc optique sort comme un beau diable. Selon le temps qu’il fait, vous réglez l’ouverture, de f11 à f22. Ne vous préoccupez pas de la vitesse, elle est fixée au 1/25s, sauf si vous positionnez la tige sur le sigle blanc en forme de trait, auquel cas vous êtes en position « pause » et l’obturateur reste ouvert tant que vous gardez le doigt sur le déclencheur.

Vous visez votre sujet soit avec le viseur à cadre, soit un des deux autres viseurs qui sont sur le bloc optique – et je vous avoue que même quand ils sont tout propres, ce n’est pas évident à moins de « monter » l’appareil sous votre nez – puis du bout de l’index droit, vous faite glisser fermement le déclencheur, que vous lâchez aussitôt. Votre première photo est dans la boite !

Il vous reste à faire avancer le film jusqu’au prochain numéro inscrit sur le papier qui protège le film, en tournant la clé sur le dessus, à gauche.

Pour refermer l’appareil, juste pousser bien droit l’ensemble optique vers la chambre et « clic » le boitier est redevenu tout plat et facile à mettre dans un sac ou une (grande) poche.

Si vous avez terminé le film, vous « bobinez » jusqu’à ce que le film disparaisse de la fenêtre (et par précaution, vous tournez une ou deux fois de plus), ouvrez l’engin et saisissez la bobine, que vous scellez en collant la languette qui porte, généralement, la mention « exposed ».

Reste la grande question de l’utilisation, de nos jours, de ce type d’appareil.

Autant je peux concevoir d’utiliser le Voigtländer Perkeo I ou le Zeiss Ikonta B2 521/16, autant celui-ci me semble « anecdotique » !

Pourquoi ? Son maniement, d’abord qui n’est pas aisé maintenant que l’ergonomie nous a habitué à des appareils qui « tiennent » bien dans la main et où toutes les commandes sont judicieusement placées.

Ses limites ensuite une seule vitesse, le 1/25s le destinerait à des sujets relativement statiques et avec l’utilisation de films lents (sensibilité Iso base), il vaut mieux avoir du soleil.

Mais comment faisaient nos arrières grands-parents (et j’ai une pensée émue pour ceux qui étaient sur les champs de bataille car ces appareils ont continué à être des témoins impertinents lors de la seconde guerre mondiale) ? Sachant que ces grands négatifs avaient toujours la cote car souvent ils étaient développés par contact et donnaient des images en 6×9 cm.

Celui-ci est maintenant parfaitement fonctionnel. Il a un certain charme, désuet, mais si un jour j’ai un peu de temps, je mettrai un film N/B style Rollei PRX 25 pur le tester.

Si vous en trouvez un sur une brocante, un vide-grenier, … prenez le mais pas pour plus de 15 à 20€.

Des publicités d’époque

Source : Collection-appareils, Porst 1934.
Source : Collection-appareils, Porst 1935

Deux videos d’illustration

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Un peu de technique

Agfa Clack n° 74, produit de 1934 à 1940
Moyen format 6×9 (8 images sur un film de 120 standard)
Type de corps : jambe de force pliante (=pantographe)
Fabrication en métal
Objectif Agfa Bili achromat
Mise au point fixe
Longueur focale de 95 mm
Plage focale : 7 pieds (2,13m) – inf.
Type d’ouverture : multi-trous et ouvertures : f/11, f/16, f/22
Type d’obturateur : rotatif
Vitesses d’obturation : B, I (1/25 s)
Taille Ouvert (l x h x p):85 x 165 x 105 mm
Taille fermée (l x h x p) : 85 x 165 x 36 mm
Poids : 545 g

Des références : https://www.kamera-museum-scholz.de/agfa-kamera/billy/billy-clack-74/, http://www.lippisches-kameramuseum.de/Agfa/Agfa_Billy_Clack_Nr_74.htm en allemand, https://mikeeckman.com/2016/04/agfa-billy-clack-no-74-1934/, http://www.artdecocameras.com/cameras/agfa/agfa-billy-clack-74/, en anglais, http://www.vieilalbum.com/BillyClackFR.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=11984, http://glangl1.free.fr/Photo2/Fiche_A_275.html en français

Infos utiles ou futiles

Intervention chirurgicale d’un objectif bien malade, par Olivier

Comme je l’ai déjà écris quelques fois, je ne suis pas capable de démonter un appareil au delà de mes limites. Et comme j’ai choisi les sciences juridiques, vous pouvez les posez assez vite, quoique, parfois …

Mais quelques lecteurs sont bien plus doués et entreprenants que moi dans certains domaines.

Je cite avec plaisir Pascal, Patrice, Georges (celui qui ose faire de vrais hybrides, voir « J’en rêvais, … il l’a fait« ) et celui que vous connaissez déjà, Olivier. Que les autres bricoleurs me pardonnent si je ne les cite pas (encore).

Et donc notre ami Olivier a mis les mains dans le cambouis non seulement pour vous illustrer comment changer la mousse d’un miroir (ça je peux le faire !) mais surtout commet oser démonter un objectif pour débloquer un diaphragme bien mal en point.

Bon, comme d’habitude, les petites phrases qui nous exonèrent de tous risques lors des manipulations : si vous ne vous en sentez pas capable, ne le faites pas. Ou testez vos limites sur des objets que vous ne regretterez pas si ça rate. Nous ne saurions être tenus pour responsables si votre objectif, votre boitier ne fonctionnent plus ensuite. Les manipulations que nous décrivons sont réelles et les appareils sur lesquels elles ont été faites fonctionnent parfaitement, mais les personnes qui ont entrepris les démontages/remontages ont travaillé avec prudence et soigneusement.

Tout ça étant clairement posé, allons-y pour une leçon de chirurgie argentique … Je laisse la place à notre ami Olivier.

Un retour de braderie….

Ou d’un vide grenier ou de tout autre évènement qui vous fera revenir avec cela !

              Dans le cas présent, il s’agit d’un ancien FUJICA STX-1 avec un 55 mm f 2.2, C’est le dernier FUJICA a être équipé d’une aiguille pour le posemètre ( le successeur sera le STX-1n qui utilisera des diodes pour la visualisation de l’exposition ). Je l’ai pris à cause de cette caractéristique, j’aime bien les aiguilles…

              Dans beaucoup de situation, vous ne serez pas en mesure de tester l’appareil ni même de savoir s’il est utilisable. Vous pouvez vérifier certaines fonctions ou certains éléments. Et hélas, les éléments que vous allez regarder risquent fort de vous décevoir. 

a) Les mousses d’étanchéité ou d’amortissement du miroir… Il y a peu de chance pour qu’elles soient en bon état et rejeter un appareil à cause de cette situation n’est pas vraiment le bon choix. En effet, elles peuvent être remplacées si vous avez une peu de dextérité.

b) Le diaphragme est bloqué… Et c’est presque normal si cet appareil n’a pas été utilisé depuis des dizaines d’années et s’il est resté au grenier. Là aussi ce défaut n’est pas un défaut qui condamne l’appareil. En effet, il est aussi possible de remédier à ce problème en faisant un nettoyage du mécanisme d’ouverture du diaphragme.  

              Nous allons prendre un peu de temps et voir que ces deux incidents peuvent facilement être corrigés.

a) La mousse amortisseur.

              Elle part en poussière et il ne faut surtout pas qu’elle aille sur le verre de visée car il risque d’être taché et un démontage de verre de visée, c’est loin d’être facile à faire (sauf s’il est interchangeable comme sur les appareils haut de gamme – CANON A-1, Olympus OM-1 ou OM-2, NIKON F-3) … Bref, il est préférable de changer cette mousse au plus vite.

              Avec un petit tournevis – ou un scalpel, vous aller gratter la mousse (toujours avec un mouvement vers l’extérieur) et mettre le support à nu.

              Un fois que c’est terminé, découpez un morceau de mousse (les plaques de mousse que les enfants utilisent pour le bricolage sont très bien, même si J-P recommande d’utiliser les mousses comme celles de chez Aki-Asahi). Puis vous le collez avec un peu de colle contact en prenant bien soin de ne pas en mettre sur le verre de visée. Il NE FAUT PAS en mettre beaucoup, utiliser le petit tournevis ou la pointe d’un cure dent pour en déposer par endroit et cela sera suffisant.

Et voilà, votre mousse amortisseur est changée. Pas de risque d’endommager le miroir ni d’avoir des fuites de lumière en provenance du viseur. (Oui j’ai mis la couche de colle… Mais j’ai l’habitude et sur cet appareil, il y a peu de risque).

b) Passons à notre diaphragme.

              Vous avez manipulé la bague de fermeture (ici c’est l’ergot qui est à gauche) et rien ne se passe, le diaphragme est toujours ouvert au maximum… Bon, et bien, il va falloir démonter !

              Fabriquer un petit outil bien pratique. Un tube de PVC et un joint en caoutchouc. Coller le joint sur le tube et vous allez avoir un outil pour démonter la face avant de l’objectif.

Bien sûr prenez le bon diamètre de tube ! Monsieur Bricolage et consorts vont vous voir souvent passer …

Allez, cela va venir, un peu de patience, et n’oubliez pas de tourner dans le bon sens, on dévisse (sens anti-horaire pour mémoire) !

              Voilà, c’est fait et aucune marque sur les pièces. Il n’est peut-être pas nécessaire de tout démonter mais pour cette face avant, c’est hélas incontournable.

              Par chance, sur cet objectif, le groupe avant est indépendant de la bague de mise au point, en retirant 3 vis, on enlève le groupe avant.

              On peut maintenant retirer le mécanisme du diaphragme (en prenant soin de bien regarder comment il était monté). N’hésitez pas à mettre des marques au marqueur indélébile pour être certain, voire faire des photos !

              Sur cette photo, vous voyez les pétales du diaphragme et la couronne de commande. Le mécanisme doit être absolument sec (pas la moindre trace d’huile ou de graisse). Il a été conçu pour fonctionner sans lubrifiant et en mettre causerait plus de problème que cela en résoudrait. C’est justement la cause de notre blocage. Avec le temps, la poussière, la chaleur transforme un lubrifiant en colle !

              Pour le démontage, il y a des vis bien sûr et surtout regardez bien les trous de celles-ci. Vous allez en trouver qui ont des trous bien plus grands que les vis. Ce sont les vis de réglage et il faut impérativement remettre le mécanisme dans la même position (reprenez le marqueur). Si vous ne le faites pas, la valeur du diaphragme que vous allez mettre sur votre bague de commande ne sera pas la valeur qui correspondra à la fermeture des pétales.

              Maintenant que vous avez pris le maximum de soin dans le démontage, vous allez pouvoir dégraisser le mécanisme qui doit être complètement sec. Utilisez pour ce faire de l’essence F ou de l’essence C (essence de nettoyage) mais surtout pas d’acétone qui va faire fondre le plastique ou qui va dissoudre la peinture.

              Nettoyez bien tous les éléments qui doivent être secs.

              Pour le remontage, bien sûr, c’est l’inverse et si vous avez des problèmes, n’oubliez pas qu’il n’y a qu’une seule position qui permettra de faire l’assemblage. Alors si les vis ne sont pas en face des trous, faire un 1/3 de tour aux sous ensembles.

              Et voila les vis seront en face des trous et le mécanisme est remonté.

Vérifiez quand même que tout marche bien car cela serait dommage de remonter un diaphragme qui est encore bloqué !

Enfin la phase de réglage…

Vous vous souvenez de l’histoire des trous plus grands que les vis ? Et bien c’est le moment.

              Positionnez la bague en alu (elle se tourne très facilement avec un petit tournevis) et quand elle est revenue à sa position initiale, vous pouvez l’immobiliser avec les 3 dernières vis de fixation.

              Remontage terminé, vérifiez une dernière fois que rien n’est bloqué…

              Allez, on remet le tout dans l’objectif. Là aussi, si vous n’avez rien déréglé, cela se remet en place sans forcer.

              Profitez-en pour faire un bon nettoyage des lentilles, S’il y a des champignons, ils ne résisteront pas à l’alcool à 90° et au chiffon à lunette.

              Enfin, la dernière étape, le remontage de la face avant. Mettez un peu de graisse (au silicone), mais vraiment un peu. Cela sera plus facile pour revisser la face avant et aussi plus facile à démonter si un jour vous devez refaire l’opération.

              L’opération est enfin terminée, une petite heure suffit largement pour tout faire. Le STX-1 est prêt à reprendre du service.

              Depuis que je me suis remis à la photo argentique, j’ai démonté pas mal d’objectifs. Voici ceux qui sont passés dans mes mains…

– VIVITAR 70-210 mm f 3.5 (première génération, celui qui pèse lourd !)

– VIVITAR 35-70 mm f 3.5-4.8 (dernière génération en polycarbonate)

– Olympus 50 mm f 1.8

– CANON 50 mm f 1.8

– CANON 50 mm f 1.4 SSC

‘ CANON 35-105 mm f 3.5-4.5

– CANON 35-70 mm f 4.0 (celui qui a un corps métallique)

– FUJICA 80-200 mm f 3.8

– FUJICA 24 mm f 2.8

– FUJICA 135 mm f 2.8

              Et peut-être d’autres encore que j’ai oublié. Mais le plus important est qu’il ne faut jamais condamner un objectif sous prétexte qu’il a des champignons ou que le diaphragme est bloqué. Le seul objectif que je n’ai pas réussi à refaire, c’est un CANON 200 mm f 4.0 SC, en effet, le groupe avant est constitué de lentilles collées et c’est la colle qui a initié le problème de lentille  » avec de la buée « .

              Vous allez trouver pas mal de vidéos sur Youtube qui vous monteront qu’il est possible de démonter un objectif sans trop d’outillage. Les focales fixes sont plus simples à démonter qu’un Zoom et les anciens objectifs sont plus faciles à démonter car ils ont plus de pièces (comme pour mon 55 mm Fujica, le groupe avant est indépendant de la bague de mise au point). Bien évidement, ce type d’activité n’est pas sans risque, je vois passer des annonces « objectifs complets mais à remonter  » !  L’argentique est devenu une activité de passionné alors n’hésitez pas à vous faire la main sur des objectifs qui ne sont plus utilisables. Comme me disait un ancien ingénieur en mécanique, quand on casse on apprend et j’ai beaucoup appris !

              La plupart des appareils que vous allez croiser durant vos sorties en vide-greniers seront des appareils oubliés par leurs propriétaires et qui ne servaient plus depuis des années. Parfois, celui qui vous propose l’appareil n’est même pas celui qui l’a utilisé (combien de fois n’ai-je pas entendu : » c’est celui du grand père ! »). Dans la majorité des cas, vous pourrez négocier l’objet et arriver à des tarifs acceptables en comparaison du risque. Je vois aussi, hélas, des vendeurs qui cherchent à profiter du retour d’intérêt pour les appareils argentiques et qui les proposent à des tarifs bien trop élevés. Ainsi, j’ai croisé un vendeur qui avait plusieurs appareils à vendre. Je pense qu’il devait faire les vide-greniers et qu’il a acquis beaucoup d’entre eux à de très bas prix. Ils comptaient certainement les revendre bien plus cher dans des zones géographiques plus favorisées.   Mais il ne faut pas vendre n’importe quoi : en particulier, un KONICA Autoreflex TC demande des piles au mercure de 1.35 V (interdites à la vente depuis les années 2000). Alors c’est devenu un appareil inutilisable et en demander 90 Euro est illusoire. S’il l’avait laissé à 20 Euro je l’aurais pris pour tenter de le modifier et le rendre compatible avec les nouvelles piles (PX 625) de 1.5 V.

Les instantanés

Le Polaroid Supercolor SE 635

Il était tout seul, planté là sur une table dans une brocante. Ses petits effets bleutés ont retenu mon regard et je me suis enquis de son prix, plus que raisonnable.

Et me voilà avec un Polaroid Supercolor SE 635 dans mon sac.

Aussi, ça fait un moment que je ne vous ai plus écris sur ces drôles de machines …

De retour à la maison, petit tour sur la Grande Toile pour en savoir plus sur lui. Bizarrement, je trouve pas mal d’infos sur le Supercolor 635 mais rien sur un SE.

Et puis, petit détour par Collection-appareils pour me rendre compte que SE veut juste dire Special Edition.

Quand je vous écrivais que chez Polaroid on était des as du recyclage ! (Bon, ok, ils ne sont pas les seuls).

Ceci étant, il ressemble aux autres Pola de son époque. Sorti en 1985, le Supercolor 635 avait comme atout le système Lightmixer (LM sur les appareils), inauguré avec le 660 AF.

Un système original, ce Lightmixer, qui a équipé la plupart des appareils de la série 600. C’est un programme qui effectue un dosage de la lumière du flash par rapport à la lumière ambiante.

Si vous vous en souvenez, les Pola ont toujours besoin de lumière, c’est pourquoi les flashs se déclenchent souvent. Par exemple, ce SE a un objectif de 109 mm ouvrant à f14,6 et ses vitesses vont de 1/3s à 1/200s.

Pour en revenir à ce Lightmixer, quand vous êtes au soleil, l’exposition est effectuée à 75% par la lumière ambiante et les 25% restant par le flash.

Si la luminosité est faible, l’exposition provient du flash seul.

C’est là qu’intervient un second programme, le SPARR, qui permet de recharger le dit flash en 3 secondes dès l’ouverture de l’appareil. Et une cellule va aussi réduire les risques de sous ou sur-exposition au flash.

Donc, techniquement, c’est un Supercolor 635 qui a gentiment sorti une nouvelle robe pour ce nouvel opus.

Vous le reconnaissez entre mille : un gros bloc presque tout noir, en plastique, qui semble faire le gros dos quand il est fermé, c’est un Polaroid.

Pour l’ouvrir, c’est un peu « viril » : il faut, en principe, pincer les deux côtés et tirer sur le bloc du dessus pour « ouvrir » l’appareil. Pas de panique, si c’est du tout plastique, c’est du costaud.

Le voici déployé : du classique. Dans la « Tête » un flash électronique dont nous allons nous servir souvent.

En dessous, l’objectif trône au milieu, entouré à gauche (en le regardant de face) du double système LM et SPARR. A droite, le viseur, assez clair mais qui donne une visée un peu plus petite que ce que vous aller capter et en dessous de lui, la cellule.

Sous l’objectif, comme d’habitude, la réglette pour corriger vers le plus clair ou le plus foncé mais toujours à postériori (quand la photo est prise). En effet, vous pouvez refaire la photo en réglant ce curseur vers le plus sombre ou le plus foncé mais seulement en refaisant une prise de vue.

A gauche toujours, vous ne pouvez pas le manquer, le gros bouton bleu (sur les autres modèles, il est rouge-orange), c’est le déclencheur à deux positions : soit vous appuyez sur le seul gros bouton et le flash se déclenchera si besoin, soit vous passez au bouton derrière celui-ci et vous désamorcez le flash.

L’utilisation est archi simple : vous relevez le dessus de l’appareil, deux petites diodes (une rouge- une verte) vous indiquent si le flash est opérationnel, vous visez et vous appuyez sur le déclencheur : « clac, rrrrrr, zip », la photo sort par le devant du boitier. Vous la prenez entre vos doigts fébriles, sans toucher la surface sensible, sans secouer le carton et vous la retournez dans un endroit sombre pour lui laisser le temps de se développer tranquillement (ça va plus vite quand il fait chaud mais comptez quelques minutes).

Aïe, j’ai oublié de vous dire comment charger l’engin !

Il faut pousser vers l’avant le petit curseur qui est sur le côté droit de l’appareil (sous le déclencheur) et la porte avant va s’ouvrir. Il vous reste à glisser dedans un pack 600 (pack dit intégral car il y a le film, la chimie et la pile dedans). Lorsque vous refermez la porte, l’appareil va éjecter un carton noir, celui qui protégeait le lot de photos dans la cartouche. C’est prêt.

Au sujet des films, deux remarques :

  • ils sont toujours produits par Poloroid dit Original (l’ancien Impossible Project) sous la dénomination 600
  • mais avec les appareils anciens, vous devrez acheter ceux noté « vintage » car ils sont équipés d’une pile de 6v incluse dans la cartouche.

Autre point à savoir sur les films et les appareils anciens : ceux qui sont équipés d’un compteur de vue – comme pour celui-ci – affichent par défaut 10. Or les nouveaux films ne contiennent plus que 8 images. Donc quand vous arrivez au chiffre 2, votre cartouche est terminée.

Ne la jetez pas trop vite car il se peut que la pile ne soit pas épuisée et vous pourrez l’utiliser pour tester un autre Polaroid qui vous ferait de l’œil, pour autant qu’il utilise la même cartouche 600.

Encore une précaution pour prendre une photo : la distance minimale doit être d’1,2m sinon ce sera flou.

Quand vous aurez terminé votre pack, prenez un chiffon non pelucheux (j’aime beaucoup les microfibres) et passez-le sur les rouleaux de sortie du film car ils peuvent s’encrasser avec les chimies des photos et ensuite laisser des traces indélébiles sur celles-ci.

Voilà, voilà … je ne me lasse pas (encore) de découvrir ces engins d’apparence si simples et pourtant perfectionnés qui délivrent des images au charme indéniable et surtout, (quasi) immédiatement, ce qui rend chaque photo unique.

Si vous regardez bien, dans toute bonne brocante, chez les vide-greniers sérieux, il y a toujours au moins un Pola qui traine.

A quoi faire attention si vous êtes tentés (et j’espère sincèrement que vous ferez le pas) ? Le type d’appareil tout d’abord. Ceux qui ont été les plus produits sont ceux de la catégorie dite 600 du nom de la cartouche. C’est (presque) le seul modèle de film encore produit. Donc assurez-vous, en ouvrant la face avant de l’appareil, qu’il soit bien noté « film Polaroid 600 ».

Ensuite, regardez à l’intérieur si le miroir qui tapisse le dessous de la chambre est intact car sans lui en forme, pas de bonnes photos. Essayez de voir aussi si les contacts électriques ne sont pas oxydés, ce qui peut arriver si on a oublié dedans une vielle cartouche de film et que la pile a coulé. C’est aussi irrémédiable.

Un petit coup d’œil aux rouleaux. S’ils sont très sales et/ou oxydés c’est signe que l’appareil n’a pas été bien entretenu. A défaut d’avoir son historique du vendeur, marchandez à la (forte) baise.

L’idéal est d’avoir emporté la cartouche vide dont j’écrivais il y a quelques paragraphes qu’il était judicieux de ne pas la jeter car en l’introduisant dans l’objet convoité elle réanimera le moteur, qui soit se faire entendre, voire allumer une ou l’autre petite Led sur le dessus, vous indiquant qu’il est toujours prêt à photographier.

Je résume : ce Supercolor 635 SE LM est un Polaroid toujours intéressant à acheter. Les systèmes embarqués autorisent de belles images et sa simplicité d’utilisation n’est plus à démontrer.

Quand au prix, pas de plus de 20 à 30€ maximum (là l’exemplaire doit être presque neuf). Ces appareils ont été produits par camion, ils ne sont donc pas rares. Et n’oubliez pas qu’une cartouche de film tourne autour des 19€. Le prix du plaisir simple de fixer rapidement de bons moments entre soi et de les partager instantanément.

Une petite video qui (essaye) de récapituler

PS : les cartouche vident se déposent dans les Recyparc ou les conteneurs à piles (Recupel en Belgique).

Des pubs d’époque

Source : Collection-appareils, Phokina 1988-89.

Des exemples de photos prises par cet appareil LA.

Un peu de technique

Polaroid à film instantané Polaroid 600
Taille du film Image 3,1 x 3,1 pouces
Image avec bordure 4,2 x 3,5 pouces
Objectif 109mm f/14,6
Mise au point fixe, 1,2m – Infini
Viseur direct
Contrôle de l’exposition Automatique, avec curseur manuel +/- 1 EV pour éclaircir/assombrir
Déclencheur électronique, vitesses d’obturation automatiques de 1/3 à 1/200e de seconde
Flash intégré, avec commande manuelle
Batterie intégrée dans la cartouche de film

Quelques références : https://www.instamaniac.com/test-avis-polaroid-635-supercolor/, http://www.appaphot.be/brands/polaroid-land-camera/polaroid-supercolor-se-635/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-12745-Polaroid_Supercolor%20SE635.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-702-Polaroid.html, en français.

Infos utiles ou futiles

Quelques astuces de nettoyage

C’est Gaël qui m’a soufflé l’idée de cet article, et je l’en remercie.

Il est vrai que lorsque l’on extirpe d’une caisse sale, d’un grenier poussiéreux, un appareil que l’on a envie d’utiliser ou tester, on aime qu’il soit propre.

Mes « petits trucs » sont ceux que j’ai testé sur mes appareils. Ils donnent de bons résultats et, surtout, ils respectent les matériaux utilisés et les couleurs.

Pour les boitiers, comme je l’écris souvent, de l’alcool modifié mais avec un bon taux d’alcool, pour éviter les traces grasses. Appliqué avec de l’ouate, y compris au coton-tige pour les petits endroits difficilement accessibles. Jamais en excès, pour éviter que cela ne coule dans l’appareil, les viseurs, etc. Ensuite, je passe avec un tissus en micro fibre partout.

L’avantage du produit est qu’il respecte les peintures, les caoutchouc, les sérigraphies.

Parfois, ce n’est pas suffisant, alors, toujours avec parcimonie, de l’essence de nettoyage. Comme pour l’alcool modifié, travaillez dans un lieu aéré et pensez à reboucher systématiquement votre bidon, l’essence est très volatile.

Et laissez tomber cette f… cigarette !

Petite passage au carré de micro fibre ensuite.

L’essence est agressive sur certains plastiques, faites toujours un essai dans un endroit qui ne se voit pas, au cas où.

Pour les verres d’optique, oubliez les petites serviettes emballées vendues en grande surface pour nettoyer vos lunettes (et évitez aussi ça pour vos lunettes, d’ailleurs). Les opticiens sérieux vendent des produits en spray qui respectent les traitements de surface, fragiles.

Le mieux étant toujours de commencer par le passage avec la poire et pinceaux pour dégrossir le travail. Si, réellement, il y a des traces « collantes », alors le spray sera utile. Mieux vaut le vaporiser sur un chiffon, toujours en micro fibre, puis frotter doucement, en partant du centre vers les bords, par mouvements circulaires.

Idem pour les verres de viseur ; passage au coton tige humecté du produit puis repassage au coton tige sec. N’appuyez pas trop fort sur les verres, ils sont parfois sertis très juste et risqueraient de se détacher.

Sur les télémétriques russes, notamment mais pas qu’eux, il faudra parfois démonter pour aller nettoyer les verres « de l’intérieur », mais c’est une autre histoire.

Il faut être certain qu’il n’y a pas de poussières ou de champignons dans les lentilles, qui donnent parfois cet aspect de sale, mais à l’intérieur.

Là, je vais demander à Olivier de me faire un article, il ose les démonter. Quoique pour les champignons, c’est pas gagné.

Honnêtement, sauf pour les optiques d’exception, mieux vaut laisser tomber les attaques champignonnières.

Pour retirer les mousses des boitiers, d’abord un travail de « raclage » au scalpel (gaffe aux doigts) puis passage au coton tige humecté de dissolvant à base d’acétone, voire avec un petit bout de bois taillé en biseau (j’utilise des baguettes chinoises pour avoir un bois assez solide).

Attention, l’acétone va attaquer la peinture et si vous frottez beaucoup à un endroit, mettre le métal à nu. Ce n’est pas grave si c’est dans les rainures d’un dos de boitier, que vous allez regarnir de nouvelles mousses.

Ce produit est à prescrire irrémédiablement si vous devez travailler sur des plastiques, il les décolore et les rend fragiles. Donc, si vous devez enlever la mousse d’une fenêtre « contrôle film » d’un compact, bien gratter et utiliser un produit qui enlève la colle, en vous assurant qu’il ne contient pas d’acétone !

En ce qui concerne les mousses de miroir, dans les reflex, bien faire attention au dépoli. Il vaut mieux travailler avec l’appareil « tête en bas » pour que les débris tombent en dehors. Si vous y arrivez, collez un « post-it » sur le dépoli, qui ramassera les éventuels chutes. La colle du « post-it » ne laisse pas de trace si vous ne le laissez pas dix ans collé dessus !

Travaillez avec un scalpel avec attention pour ne pas griffer les miroirs de renvoi, les dépolis. Et un coton tige humecté d’acétone pour bien tout enlever.

Quand vous avez fini, passage à la poire à souffler et pinceau doux pour tout enlever.

Enfin, nettoyer est une affaire de patience et de précision. Procédez pas petites touches successives pour voir le résultat.

Les vieux appareils avaient parfois des molettes d’entrainement des films, de rembobinage en métal guillochés, qui ont ramassé des années de traces (soyons cash : de crasse) : il peut être utile de d’abord gratter avec un objet fin pour dégager le plus gros. Puis il faudra sans doute laisser la ouate imbibée quelques minutes autour de la pièce (la tête en bas si cette pièce est sur le dessus, pour éviter que ça ne coule à l’intérieur). Et recommencer l’opération, souvent, pour l’avoir bien propre.

Pour les sérigraphies blanches (comme sur les anciens Canon), passez d’abord à l’alcool dénaturé, pour les nettoyer. Pour tenter de leur rendre leur blancheur d’origine, une petite préparation à base de bicarbonate de soude (eau + bicarbonate). Cette préparation doit avoir la consistance d’une pâte pas trop liquide et vous la déposez sur les endroits à traiter au pinceau. Laissez agir quelques minutes, frottez un peu soit avec un pinceau dur (ne jetez plus vos vieille brosses à dents) soit avec un tissu en microfibre. Bien faire attention que ce ne soit pas liquide pour éviter que la mixture ne coule dans le boitier. Souvent, la blancheur des écris revient assez vite.

Pour les vieux cuirs (les leatherettes), idéalement, travailler avec un baume nettoyant incolore, comme pour vos chaussures en cuir. Non seulement ça les nettoient en douceur, mais ça les nourrit. Plusieurs applications seront sans doute nécessaire, selon l’état de saleté.

Sur certains appareils, ces applications de « cuir » ont tendance à se « racrapoter » et/ou à se faire la malle. S’il est encore possible de les recoller, utiliser de la colle contact avec enduit sur les 2 faces du produits. Et soyez prudent, ces colles peuvent laisser des traces. Si vous le pouvez, prenez en de la transparente. Si vraiment le cuir est HS, pensez à Aki-Asahi, au Japon, qui vend des « cover » prédécoupés pour beaucoup de marque ou à découper soi-même. Les produits sont excellents et d’un prix très raisonnable.

Si les grips sont en plastiques, devenus collant, utilisez du produit pour enlever les colles (sans acétone) avec une microfibre non pelucheuse. Plusieurs passages peuvent être nécessaire.

Sont à proscrire : l’éther, l’acétone (sauf ce qui a été dit plus haut), le thinner cellulosique et autres solvants bien trop agressifs.

Toujours travailler dans un lieu aéré et sans flamme vive à proximité (ça à l’air évident, mais on oublie parfois la clope qui se consume à côté, le fer à souder qui vient de servir, …).

Et soyez patient surtout. Le résultat en vaut bien la peine.

Argentique

Le Voigtländer Perkeo I

Celui-ci, je l’ai acheté via 2ememain.be à un Monsieur qui ne le connaissait pas du tout, il l’avait trouvé dans le grenier de son grand père et son seul repère était qu’il fut un « oude fototoestel », un vieil appareil en français.

J’ai tenté le coup (vive Deepl.com, un excellent traducteur en ligne) et je l’ai emporté pour un prix décent.

Il est en parfait état, le soufflet est comme neuf, la lentille irréprochable, le mécanisme bien vivant. Bref, à part faire les poussières, nettoyer le viseur et l’optique, nettoyer les mécanismes d’ouverture/fermeture puis y verser une mili-goutte d’huile ultra fine (machine à coudre) et constater qu’il y avait un film entamé à l’intérieur, rien à redire sur le boitier que je vais vous présenter.

Ma première impression est : quelle compacité ! Son nom, Perkeo, signifie d’ailleurs pygmée (une variété de chauve-souris) en allemand, tout est dit !

Ce boitier est « minuscule » comparé à un reflex, en tout cas lorsqu’il est replié. Il est « dense », tout en métal, comme on fabriquait encore des appareils dans les années cinquante. Il fut produit de 1950 à 1955. Un appareil qui fête ses 72 ans, respect !

Mais commençons par le début. Même s’il a existé un Perkeo pliant en 3X4cm avant la seconde guerre mondiale, la série de ceux qui nous intéresse est apparue en 1950 et ils exploitent les films 120 ou 620 pour des tirages en 6X6cm.

Source : Waybachmachine, Perkeo 1931-1935 en 3X4 cm

Première particularité, leur porte s’ouvre sur la côté et non vers le bas. Un discret mécanisme permet de poser l’appareil sur une surface plane sans qu’il bascule vers l’avant. Cette petite barrette évite aussi que la porte ne se referme pas inadvertance. Heu … ne pas oublier de la rentrer lorsque vous voulez refermer la porte, pour ne rien abimer !

Ah oui, pour ouvrir la porte, il faut appuyer sur un petit bouton, en dessous, sur la semelle (qui ressemble au bouton pour pouvoir rembobiner sur les reflex). Celle-ci n’est pas « pop-up », il faut l’aider pour l’ouverture.

14 – tirette pour ouvrir le dos – 18- filetage pour fixer un trépied – 19 bouton pour débloquer la porte

Pour la famille nous avons donc en 1950, le Perkeo I, sans protection contre la double exposition, suivit en 1951 du même Perkeo (variante) mais qui ne peut plus surexposer par erreur, puis en 1952 d’un Perkeo II qui gagne un compteur de vue et la protection contre les doubles expositions, puis le Perkeo E (ou Perkeo III) en 1955 qui reçoit un télémètre non couplé mais perd le compteur de vue.

Fermé, l’appareil ne semble pas abriter un film 120 (ou 620) et quand vous ouvrez la porte, vous découvrez un soufflet qui tient un objectif Vaskar 75 ou 80 mm f/4.5 ou encore un Color-Skopar 80 mm f/3.5. L’appareil ouvert et déployé ne dépasse pas les 9,5cm de long (125x85x40mm fermé).

L’obturateur peut aussi être changeant : soit un Prontor-S, mais aussi un Vario, un Pronto, Prontor SV ou Prontor SVS, un Synchro-Compur, ou encore un Compur-Rapid couplé avec un objectif Color-Skopar .

Le mien est un Vaskar 75 ouvrant de f4,5 à f16 avec un Pronto qui offre le 1/25s – 1/50s – 1/100s – 1/200s et une pause B.

Tiens, petite réflexion au sujet des focales : en 6X6 la focale dite « normale » (égale à la diagonale du format) qui est d’environ 50 mm sur un 24 × 36 devient environ 80 mm sur un appareil 6 × 6. Cette focale dépend de la taille du film et donc varie un peu selon le format utilisé (6 × 6, 6 × 9…). Un 80 mm ou un 75mm est donc un objectif standard sur un moyen format, un 40 mm est un grand-angle et 300 mm un téléobjectif.

Seconde particularité de cet appareil : s’il y bien un déclencheur sur le dessus du capot, il faut au préalable armer celui-ci sur le mécanisme de l’obturateur, qui est sur l’objectif. Pour réarmer l’appareil, il faut tourner la grosse molette à gauche jusqu’à ce que le numéro de la photo suivante apparaisse dans la fenêtre rouge au dos. Et si vous cherchez à mettre un déclencheur souple (pour les pauses longues p. ex.), c’est entre le mécanisme de fermeture et la porte que vous trouverez le déclencheur fileté.

1 – 2 déclencheur – 3 déclencheur fileté – 4 bras d’ouverture – 5 anneau pour l’exposition – 6 boutons poussoir pour refermer la porte – 7 barrette pour stabiliser le boitier en empêcher de referme la porte – 8 levier pour armer l’obturateur – 9 prise PC pour la synchro flash – 10 réglage de l’ouverture -11 griffe accessoires – 12 viseur non collimaté -13 molette pour l’avancement du film – 14 tirette pour ouvrir la porte arrière

Petite remarque pour les adeptes de la double exposition volontaire : si vous ré armez d’un quart de tour, vous pourrez prendre une seconde photo sur celle qui vient d’être faite, mais avec un décalage.

L’objectif permet une mise au point minimale de 1,7m, enfin 3,5 pieds. Là, il faut s’habituer car toutes les distances sont indiquées en pieds.

Pour la conversion, la règle est la suivante : m=ft/3,2808 (le pied est exactement égal à 0,3048 mètres).

Le viseur, non collimaté, est assez petit. Il ne sert qu’à peaufiner le cadrage car pour les distances, on travaille par zones (ce qui permet de les prérégler).

Petit truc utile : si vous ne voyez pas le levier d’armement quand vous visez, c’est que vous avez oublié de l’armer.

On peut y ajouter un télémètre en accessoire – un Watameter p. ex. mais très cher de nos jours – pour gagner en précision.

-« Heu, c’est quoi un Watameter ? »

Le Watameter est un accessoire de télémètrie qui se fixe sur la griffe porte-accessoire d’un appareil photo. Il existe deux variantes, une en métrique et l’autre en impérial (à oublier, c’est encore plus compliqué que les pieds en mètres !)

Il fonctionne en superposant deux images, une dans un rectangle jaune, dans le viseur. Vous ajustez la molette sur le côté droit du compteur jusqu’à ce que les deux images s’alignent. La distance est alors prise à partir de la roue. Bien sûr, vous devez ensuite changer manuellement l’objectif pour qu’il corresponde à la même distance afin d’assurer le bon point de mise au point. Il couvre 55cm à l’infini.

Source : Photothinking

Il en existe des électroniques, comme le télémètre DJI LiDAR à fixer sur la griffe porte-accessoire ou celui que vous utilisez pour vos bricolages fait aussi parfaitement l’affaire.

Notons toutefois quelques aides pour la mise au point qui se présentent sous la forme de symboles sur l’échelle de distance sur l’objectif. Le manuel recommande de prendre des vues à f/8 et, à ce titre, les paramètres suivants s’appliquent : en le plaçant sur le symbole du triangle à 11 pieds (3,35 m), vous aurez tout net entre 8,25 pieds (2,31 m) et 16,5 pieds (5,05 m). Réglez-le sur le symbole du cercle à 33 pieds (10,06 m) et tout sera net de 16,5 pieds (5,05 m) à l’infini.

Comme il n’y a pas non plus de mesure d’exposition, soit vous prenez une cellule à mains, soit vous utilisez la règle du Sunny 16.

Je pense avoir fait le tour de la partie « mécanique ». Parlons un peu du « feeling » de cet appareil, celui qui vous donnera envie de le prendre en mains pour le sortir et faire des photos, ce pour quoi il a été conçu.

Honnêtement, j’avais toujours évité ces appareils, comme les Franka Solida, les Agfa Isolette, Balda Baldix p. ex. que l’on voit assez souvent en brocante. Et puis j’ai acheté le Zeiss Ikon Super Ikonta 531/2 qui m’a convaincu de la qualité de ces engins (enfin, surtout Carlos).

Alors quand j’ai vu celui-ci, je ne suis dit « pourquoi pas ? ».

Lorsque je l’ai reçu, ne connaissant absolument pas cet appareil, j’ai été surpris, comme je l’ai écris, par sa compacité, sa densité (je préfère ne pas parler de poids) qui le rend agréable à prendre en mains et à manipuler.

Puis les réglages, qui rappellent ceux des vieux télémétriques : le bon vieux triangle d’exposition, qui demande un peu de temps pour les réglages, celui nécessaire à penser sa photo.

Et, surtout, la taille du négatif : 6x6cm !

Comme je l’ai signalé, il y a un film dedans, que je vais terminer. Si j’utilise ce Perkeo, se sera avec de la pellicule N/B car je trouve que cela fait sens avec ce type de boitier.

Si vous voulez y adapter des filtres de couleurs, ce sont des 32mm à clipser (filtre à emboitement), tout comme le pare-soleil (utile car les lentilles ne sont pas traitées).

Je reviendrai donc avec quelques photos, un peu plus tard si on peut me développer le film, ancien.

Pour le reste, je ne peux que vous encourager à faire ce pas, c’est une expérience différente.

Il y a encore moyen de faire de bons achats, beaucoup n’ont pas conscience de ce qu’ils vendent.

A quoi faire attention en cas d’achat ? Le soufflet doit retenir toutes vos attentions : vérifier s’il n’y a pas de trous au niveau, surtout, des plis.

L’objectif doit être propre et exempt de champignons. Les mécanismes doivent être fluides.

Si les cuirs se décollent un peu (comme sur le mien) pas de panique, on peut les recoller facilement et, le cas échéant, en passant par Aki-Asahi, vous pourrez personnaliser le vôtre avec des cuirs de qualité et préencollés. ce n’est pas ça qui empêche un appareil de fonctionner. J’en ai même vu qui laisse le métal à nu. Chacun son truc.

A vous de voir si vous avez envie de sortir des sentiers battus et de tester ce type d’appareil.. Moi, j’ai choisi.

La pub d’époque.

Video d’illustration

Un brin de technique :

Fabricant : Voigtländer, Allemagne
Années de production : 1950 – 1955
Pliant avec soufflet (folding)
Type de film : 120 ou 620
Objectif Vaskar 75 ou 80 mm f/4.5 ou Color-Skopar 80 mm f/3.5
Obturateur : Vario, Pronto, Prontor S, Prontor SV, Prontor SVS ou Synchro-Compur
Griffe porte-accessoire pour flash
Poids 525 grammes

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Des références : https://www.photothinking.com/voigtlander-perkeo-i/, http://camera-wiki.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder_Perkeo_(6×6), https://web.archive.org/web/20180602230314/http://www.ukcamera.com/classic_cameras/voigt16.htm, https://certo6.com/camera-archive/voigtlander-perkeo-i-ii-iiie/ https://blog.bkspicture.com/review_Voigtlander_Perkeo_1_Vaskar_75mm_f4_5.html, https://www.photothinking.com/20170822watameter-what-the/ en anglais, https://mgroleau.com/photo/allemagne/voigtlander/voigt_perkeo1.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=2386 en français