Une grande brocante à Bruxelles, l’occasion d’une looongue balade dans quelques rues animées. Le soleil étant, en plus, de la partie, il y avait du monde, vendeurs comme chalands.

Par habitude, nous sommes là tôt mais force est parfois de constater que le brocanteur se fait parfois fainéant : autant auparavant tout le monde était sur le pont dès 6h30, 7h00 maximum, autant il aura fallu refaire plusieurs tours car certains se sont installés les 9h00 passées !

Allez, passons de petit mouvement d’humeur, il fait beau, les stands sont pleins … fouinons …

Au détour d’une petite rue, un couple sympathique vend un petit appareil tout rouge, un Canon étanche. Et cerise sur le chaperon (rouge), il est proposé avec son sac d’origine et un petit sac isotherme promotionnel d’époque.

Je craque déjà … Il s’agit en fait du Canon Prima AS-1, un petit appareil rondouillard qui n’a pas peur de se mouiller !

Je l’examine, plus pour le principe et le plaisir de la palabre, car il semble en parfait état et je l’emporte pour un prix tout à fait décent.

Et comme nous nous sommes découverts des passions communes, Madame, charmante, ajoute en guise de cadeau, un magnifique Polaroïd dont je vous ai déjà parlé. Seul hic de ce bel objet, le film, qui n’existe plus (le Spectra), ce dont j’avais discuté avec eux, en expliquant ma démarche (le site).

Bref, une belle affaire avec des gens agréables, ça réchauffe le petit matin frais, même ensoleillé.

Bon, Canon Sure Shot A-1/Prima AS-1/Autoboy D5 selon que vous vous trouviez aux USA, en Europe ou au Japon, comme ça nous avons fait le tour du monde.

Quand Canon a lancé cet appareil, en 1994, il y avait en face le Minolta Weathermatic, le Konica Mermaid, le Nikon L35 AF AW AD, Fuji ayant abandonné ses baroudeurs.

Quand vous êtes dans l’eau, il faut que les commandes soient faciles à atteindre, les réglages doivent pouvoir se faire « à l’instinct » et il faut penser que les réglages éventuels d’un autofocus par infra rouge ne fonctionneront pas, l’eau absorbant cette longueur d’onde.

Alors chez Canon, ils ont simplifié tout ça car le boitier est tout automatique.

Lorsque vous êtes au sec, l’autofocus est piloté par trois faisceaux IR (infra rouge), mais dès que vous plongez, il y a commutation automatique en fix focus de 1 à 3m. Si vous êtes plus près, à partir de 45 cm et jusqu’à 1m, vous serez en mode macro (avec flash forcé) et il faut maintenir le bouton en façade. Un gros bouton, facile à manœuvrer.

Pour le reste, on peut difficilement faire plus simple : lorsque vous le chargez d’un film, il l’amène jusqu’à la première vue; il règle la sensibilité Iso et l’exposition est automatique. C’est elle qui gère le recours au flash dès que le couple luminosité/sensibilité passe sous la barre des 1/30s.

Ah, une première précision, il est prévu pour résister à une immersion de 5m maximum et il flotte si jamais vous le lâchiez. Avec sa belle couleur rouge, vous avez toutes les chances de le retrouver facilement.

Il était la caméra la plus petite et légère au monde qui pouvait être utilisée tant sur terre que dans l’eau.

Construit tout en plastique il respire néanmoins la solidité. Même sa lanière rouge est ultra résistante. Elle ne vous lâchera pas facilement.

Le viseur a un grossissement de 0,42, ce qui est confortable pour cadrer ses images. Le bouton de l’obturateur rouge vif réagit bien et l’appareil photo émet un son somme toute discret lorsqu’il prend une image et fait avancer le film (bon, sous l’eau, vous ne l’entendrez pas).

Et tout avait été pensé pour que vous puissiez vous en servir facilement car outre son automatisme, le viseur présente un long dégagement qui autorise l’utilisation d’un masque sous-marin ou des lunettes … de ski.

Car qui dit appareil étanche à l’eau dit aussi à la pluie, la neige, la poussière, le sable. Bref, vous pouvez l’emmener partout où vous hésiteriez avec votre beau réflex ou votre compact de luxe !

Outre son automatisme, son viseur, ses gros boutons, la pièce maitresse de ce boitier, c’est son objectif.

Je vous livre ici une présentation de l’optique faite par le magasine Phot’Argus en avril 1994 : « L’optique est constituée d’un triplet convergent d’une focale de 32 mm ouvrant à f/3,5. L’obturateur (servant en même temps de diaphragme) est situé en arrière, séparé de la chambre noire par une lame à faces parallèles censée le protéger des éléments (eau ou sable) étrangers pouvant le détruire. Un ménisque à faces parallèles suivi d’une lame à faces parallèles sont en première analyse chargés de les protéger à l’avant. Mais ce n’est pas leur seul rôle ; en effet, plongée dans l’eau, la face avant du ménisque (d’un rayon de courbure égal à 0,37 m) devient un dioptre convergent d’une focale objet de 1,5 m. C’est un peu comme si une bonnette convergente était placée devant l’objectif. L’objectif devient alors myope : un objet placé dans l’eau à 1,5 m de l’appareil est vu par le triplet optique comme étant à l’infini, et son image sera focalisée sur le plan focal image de l’objectif. Cette situation vient providentiellement suppléer la défaillance de l’autofocus puisque ce dernier ne voit rien dans l’eau (les infrarouges étant absorbés) la mécanique qu’il est censé commander est alors au repos c’est-à-dire réglée pour l’infini. Dans cette configuration, et compte tenu de la profondeur de champ à f/8, tout objet situé dans l’eau entre 1 et 3 m sera net. En photographie atmosphérique, les deux faces du ménisque étant parallèles, ce dernier ne modifie donc en rien la vergence du système.
La deuxième lame sert de double vitrage pour éviter la formation de buée sur la face interne du ménisque avant, lors du passage d’une atmosphère chaude et humide (une piscine par exemple) au froid. Nous l’avons expérimenté, cela a bien marché pour l’appareil.
« 

Franchement, lorsqu’on voit l’appareil pour la première fois, avec sa face rondouillarde et ses couleurs voyantes, on ne s’imagine pas la « technicité » qui se cache là derrière.

Alors, faisons le tour de l’engin.

Sur le capot, un gros bouton rouge, le déclencheur, et à côté de lui, un second, plus petit, pour lancer le retardateur (vous ne pourrez pas vous en servir sous l’eau, mais là ce n’est pas utile !).

De l’autre côté du viseur, un hublot sous lequel défile les chiffres des images captées (le compteur se remet à zéro automatiquement).

En dessous de l’appareil, le pas de vis pour un trépied et à côté, la trappe pour la pile (une CR123 de 6v). Notons le joint torique qui empêchera que l’eau n’entre par là.

A l’arrière, juste une petite fenêtre pour rappeler le film qui est dedans et un petit repose pouce pour une bonne préhension dans l’eau (et sur terre aussi d’ailleurs).

Enfin, sur le devant, sous le viseur, la cellule, puis le flash intégré et la lampe pour atténuer l’effet yeux rouges et aider l’AF.

Au centre, cerclé de rouge, l’objectif que j’ai déjà décrit plus haut et à sa gauche (en le regardant de face), le gros bouton de commande.

Une excroissance permet de le manipuler aisément même sous l’eau ou avec des gants.

La position d’attente est le OFF, puis le mode Auto, le mode « sous marin », que vous devrez maintenir en position lors de la prise de vue. En remontant vers le haut, le mode flash forcé ou flash coupé.

Un mot sur le viseur, très large, très clair, collimaté avec correction de la parallaxe et, au milieu, un cercle qui indique où l’AF fait le point.

Le gros verrou, rouge, sur le côté, libère le dos. Vous ne pouvez pas rater le joint en caoutchouc orange. Il faut en prendre soin car c’est lui qui assure l’étanchéité de l’appareil (ne pas laisser de sable ou poussière dessus, veillez à ce qu’il ne se dessèche pas). Petite attention aussi au joint en feutre qui entoure la fenêtre laissant apercevoir le film.

La plaque de pression pour le transport du film est entourée par deux pièces métalliques qui font ressort : la première, rectangulaire, assure la pression sur la bobine dans la chambre; la seconde, elle pousse le film dans l’enrouleur lorsque vous fermez l’appareil. Car lorsque vous mettez une nouvelle cartouche de film dans la chambre, le boitier « lit » le code barre pour régler la cellule et lorsque vous refermez le dos, le moteur enroule le film automatiquement jusqu’à la première vue. Facile.

Le boitier sera décliné avec une version panoramique et un dos dateur, moins courante.

Tiens, pour la petite histoire, il existe aussi un Canon Sure Shot WP-1 presque en tous points semblables, sauf qu’il y a une fleur au lieu du poison pour indiquer le mode macro

Si on en croit la légende, ce WP-1, fabriqué en Chine (les autres l’étaient à Taiwan), aurait connu des problèmes d’étanchéité et se serait vu reclassé en « all weather » (tous temps) et non plus étanche !

Que penser de ce drôle de boitier ?

Plein d’optimisme, je l’ai chargé d’un film et comme nous partions pour la Côte d’Opale, dont on connait les fluctuations météorologiques, je l’ai embarqué, me disant que celui-là n’aurait pas peur de quelques gouttes d’eau (ça, on en a eu, et même de la grêle … Vive les sacs étanches et les boitiers tropicalisés).

Franchement, c’est très amusant de le manipuler, même s’il parait imposant, il est léger et on le tient facilement en main. Le viseur est génial et, hors de l’eau, le moteur fait peu de bruit lorsqu’il ré-arme.

Mais voilà, à la troisième photo, patatras, il se bloque ! Plus moyen de déclencher ni – et c’est là un écueil auquel je n’avais pas pensé – de rembobiner le film car il n’y a pas de petit bouton miracle pour le faire.

J’essaie de comprendre et finalement, la mort dans l’âme, je me décide à l’ouvrir pour voir si le film ne s’est pas déchiré à l’intérieur.

Le verrou est toujours un peu difficile à manœuvrer, pour éviter une mauvaise manipulation sous l’eau (p. ex.) mais là il est franchement pénible. Puis le dos se libère : ouf, le film est rembobiné donc je ne perdrai pas mes trois photos mais je comprends malheureusement d’où vient le problème … le plastique du verrou a cassé et comme il assure la contact électrique nécessaire (en plus de la fermeture de l’appareil), il a provoqué la panne fatale !

Et là, je râle, car je l’aimais bien moi ce bout de plastique rigolo, qui faisait des photos …

Impossible de recoller les morceaux (qui sont soumis à des flexions et tensions). Il me reste à trouver une épave (joints abîmés par exemple) pour phagocyter ce f… verrou, mais ce n’est pas un appareil qui « court les rues ». On verra ….

Donc, si vous en trouvez un, vérifiez que la pile n’a pas coulé, que le joint est intact, que le feutre de la petite fenêtre derrière l’est aussi et que le verrou ferme (difficile d’aller plus loin avec lui à moins de démonter sur place le cache en plastique gris, mais ça ne se verrait sans doute pas de toute manière).

Admettons qu’il soit parfait. Si en plus vous l’avez avec sa sacoche, son sac isotherme promotionnel, sa dragonne rouge, n’hésitez pas à sortir 50€, il le vaut bien et vous aurez le plaisir de le sortir par tous les temps, sans crainte.

Et moi je cherche une épave pour le sortir de nouveau sous la pluie …

Video d’illustration

Petite pub d’époque :

Source : Collection-appareils.fr, Post 1994

Quelques références : https://mattlovescameras.com/canon-prima-as-1-review-canons-underwater-marvel/, http://camera-wiki.org/wiki/Canon_Sure_Shot_A-1/Prima_AS-1/Autoboy_D5, https://global.canon/en/c-museum/product/film169.html en anglais; http://www.magic-photo.com/canon/pri-as1.htm, https://www.mes-appareils-photos.fr/Canon-Prima-AS-1.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-10550.html en français