Argentique

Un centenaire encore alerte, le Ernemann Rolf 1

Préambule

Alors que je désespérais de trouver quelque chose sur cette brocante du Brabant Wallon, j’ai découvert ce tout petit appareil dans une caisse, à côté d’un Zenit 12 XP. Propres, en bon état, le vendeur m’a expliqué que c’était un vieux monsieur qui les lui avait donné, pour les vendre, car il ne s’avait plus qu’en faire et que c’eut été dommage de les jeter. Nous sommes bien d’accord !

Si j’ai laissé de côté le Zenit, celui-ci m’a intrigué, d’abord par son nom : un Ernemann, une légende dresdoise qui sera absorbée par le géant Zeiss Ikon.

Bien sût, il a vécu, les traces sur sa peinture noire en sont la preuve mais à sa décharge, il fonctionne toujours sans soucis alors qu’il est plus que centenaire.

Mais nous allons voir cela ensemble …

Un peu d’histoire

Le nom de Zeiss Ikon revient souvent sur le site car ils furent prolifiques. Mais n’oublions pas que la marque est le résultat de la fusion d’entreprises connues, en 1926 : Ernemann fusionne avec ICA (Internationale Camera AG), Contessa-Nettel et Goerz pour former Zeiss Ikon.

Les débuts de l’histoire

Mais commençons par le début de l’histoire. En mai 1850 nait à Gernrode (Allemagne) un certain Johan Heinrich Ernemann. Il n’est pas issu des classes sociales favorisées et son enfance se passe dans une ferme pauvre. Après avoir fréquenté l’école primaire dans son village, il quitte sa région en 1866.

Portrait en noir et blanc d'un homme âgé avec une barbe blanche, portant un costume sombre et une cravate, les mains jointes devant lui.

Il ne sera pas enrôlé dans l’armée et échappe ainsi à la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Il s’inscrit en 1873 dans une école de commerce à Pirna. Ensuite, on le retrouve voyageur de commerce avant d’épouser, en 1875, la fille d’une dame tenant une mercerie. Qu’il fera prospérer et qui lui permettra d’économiser pour racheter les parts d’un magasin de photographe, petit à petit.

Pas n’importe quel magasin de photographie, celui de Wilhelm Franz Matthias, qui fabriquait des châssis d’appareils photo.

En 1889, les deux compères s’associent pour fonder la Dresdner Photographische Apparate-Fabrik Ernemann & Matthias, qui fabrique dans un premier temps des appareils en bois pour les studios et pour les voyageurs nantis. C’est la période des chambres Globus.

Appareil photo ancien en bois avec lentille et mécanisme d'extension.

Déjà H. Ernemann essaie de développer un côté industriel à une production autrefois individualisée et artisanale. Il introduit des machines à vapeur (1890) pour la production, sans plus devoir compter sur des fournisseurs externes pour les petites pièces métalliques, notamment, et le travail du bois.

Un industriel innovant et visionnaire

Las, mécontent de cette industrialisation, W. Mattias quitte l’entreprise un an plus tard, laissant seul aux commandes H. Ernemann, le photographe et industriel autodidacte.

Son entreprise dépose plusieurs brevets et publie son premier catalogue en 1896, année où il reçoit des prix lors de l’exposition Great Trade and Art à Dresde.

Autre innovation, il signe ses appareils de son nom alors qu’auparavant, c’était le nom des distributeurs que l’on y notait.

La qualité de ses fabrications, leurs innovations, la structure visionnaire de son entreprise le place sur le même pied que des grands noms, à Dresde, tels que Emil Wünsche ou Richard Hüttig, qui fusionneront en ICA pour éviter la faillite. Car Dresde est un centre reconnu pour la fabrication des appareils photo. Or trop de production et pas assez de commandes (les acheteurs doivent être assez aisés à cette époque pour se payer un appareil photo) et c’est la culbute.

Il a bien compris que l’industrialisation de la production est la condition sine qua non pour perdurer. Les fabricants de l’époque qui ne l’ont pas assimilé tombent en faillite les uns après les autres ou sont rachetés par ceux qui ont compris.

En 1899, il introduit son entreprise en bourse et pour protéger ses inventions, il dépose la marque Lichtgöttin (Déesse de la Lumière), utilisée sur les productions d’équipement de l’entreprise jusqu’en 1920, après quoi elle n’a été utilisée que pour leurs produits chimiques.

Mosaïque représentant une femme avec un visage vert, des cheveux longs et une couronne, entourée de motifs géométriques colorés.
Lichtgöttin ( = déesse de lumière, mosaïque à l’usine d’Ernemann, Dresde

Le logo suivant sera celui utilisé pour l’association avec Krupp (voir ci-dessous)

Logo d'Ernemann représentant une forme stylisée en noir et blanc.

Ernemann, c’est aussi du cinéma

Toujours à l’affut de marchés porteurs, en 1903, H. Ernemann lance sa première caméra cinéma destinée aux amateurs, la Kino. C’est d’ailleurs un bel exemple de l’approche, parfois agressive, de Ernemann : c’est Fridolin Kretzschmar qui, en 1902, avait inventé une telle caméra utilisant du film 17,5mm et destinée aux amateurs. H. Ernemann a bien compris l’intérêt de cette invention car sa Kino est très proche de cette invention, parfois en collaboration avec Kretzschmar, puis en détournant sa clientèle jusqu’à ce qu’il quitte le marché.

Un ensemble d’accessoires étaient prévus pour cette caméra. Mais soyons de bon compte, elle était destinée aux amateurs, certes, mais nantis.

Ceci dit, sur la lancée, et avec son fils Alexander, Ernemann a produit des films éducatifs et scientifiques destinés à ceux qui avaient un projecteur en 17,5mm (un film 35mm non perforé tranché dans le sens de la longueur avec des trous de pignon qui descendaient au centre). Ceux-ci devaient être excellents car il obtint un doctorat scientifique en 1924 grâce à eux.

Ernemann construit une nouvelle usine, non loin d’ICA, à Dresde, qui devient ainsi le centre de l’industrie photographique de l’Empire Allemand. Ensuite, sous l’impulsion de son fils*, la société se dote de contrôles qualité et d’un système d’apprentissage destiné au futurs collaborateurs.

*Alexander Karl Heinrich Ernemann (1878 – 1956) a fait des études en Amérique, notamment pour la gestion moderne des entreprises. H. Ernemann eut aussi d’autres enfants : Frieda Henriette Marie Therese (1876–1954), Anna Katharina Gertrud (1880–1940), Dora Bertha Johanna (1883–1942) et Fritz Henry Otto (1886–1941). L’épouse de Heinrich Ernemann, Marie Therese, décédait le 22 août 1917, onze ans avant lui.

L’entreprise développe un marché à l’international. Un exemple cité : l’Institut topographique russe de St Petersbourg à fait construire un équipement spécial basé sur 7 caméras Ernemann pour photographier, depuis un ballon, les opérations de la guerre russo-japonaise.

Portrait en noir et blanc d'un homme barbu avec des cheveux blancs, portant un costume, avec un cadre décoratif. Texte en plusieurs langues indiquant "Heinrich Ernemann, société anonyme pour la fabrication d'appareils photographiques, Dresden".

Vers 1907, Ernemann fabrique ses propres optiques (auparavant, c’était Carl Zeiss et Goerz qui le fournissaient) et se fait livrer le verre par Jena (ou Iéna). Il sortira aussi un réflex à objectif unique, une caméra panoramique et un projecteur de film de cinéma, l’Imperator, qui reçu de nombreux prix, notamment pour sa fiabilité. Quasi tous les cinémas de Paris se sont, par exemple, équipés en H. Ernemann.

La gamme de la production des entreprises Ernemann va donc maintenant des appareils à plaques aux appareils à pellicule, des projecteurs de cinéma, des appareils stéréoscopiques et des stéréoscopes (pour lire les films), ainsi que des appareils pour usages particuliers. Tous leurs produits sont reconnus pour leur innovation et la qualité de leur fabrication.

Pour la petite histoire, Ernemann employait un certain Johan Steenbergen, celui là même qui devait fonder plus tard Ihagee !

La Seconde Guerre mondiale

Las, la Première Guerre Mondiale pointe le bout de son vilain nez. Pendant celle-ci, l’entreprise va produire des appareils destinés à l’armée (caméra de mitrailleuse par exemple). La situation est précaire au début de la guerre mais bien vite, grâce aux commandes de l’armée allemande, l’entreprise réengage du personnel et trouve un débouché avec des appareils semblables aux Vest Pocket de Kodak, appareils destinés aux soldats sur le front et ailleurs. Ces appareils autrefois destinés aux civils eurent beaucoup de succès.

Le nom de la société change en 1917 et devient Ernemann-Werke AG. Trois ans plus tard, Ernemann crée, avec le géant de l’acier Krupp auquel il s’associe, un département dédié à la production des projecteurs pour cinéma, appelé Ernemann-Krupp Kinoapparate.

Au sortir de la guerre, en 1920, l’entreprise lance enfin la construction d’un nouveau bâtiment, avec un espace central en forme d’une tour de très grande taille. En 1923, Dresden-Streisen devint le siège de l’usine d’appareils photo. Le bâtiment existe toujours et est encore connu sous le nom de Tour Ernemann.

Autre petite histoire, au sujet de cette tour : c’est elle l’emblème de Pentacon ! C’est l’ogre est-allemand qui a avalé la moitié de Zeiss Ikon au sortir de la seconde guerre mondiale.

L’après guerre enfin

Dresde était vraiment à l’époque l’épicentre de l’industrie photographique allemande et même mondiale.

L’inflation qui suivi les années de guerre fut favorable aux exportations de la société, en tout cas jusqu’en 1923. Car dès 1924, il faut rationaliser et réorganiser pour, enfin, convaincre ICA (Internationale Camera AG – Dresde), Goerz (Berlin) et Contessa-Nettel (Stuttgart) de fusionner pour former Zeiss Ikon en 1926. Ce qui est une autre histoire …

Entre temps, Ernemann avait encore produit l’Ermanox (1925) avec un objectif immense de 85mm ouvrant à f1,8, assez unique pour l’époque. L’appareil sera suivi d’une version réflex en 1926.

Appareil photo vintage noir avec un objectif en verre, un boîtier rectangulaire et un couvercle supérieur repliable.
Un appareil étonnant et très en avance sur son temps que cet Ermanox (nox en latin veut dire nuit car l’objectif permettait de photographier par très faible luminosité, pour l’époque).

Au moment de son passage chez Zeiss Ikon, Ernemann avait alors déposé 213 brevets.

L’Ermanox sera abandonné en 1931. Cet appareil sortant de l’ordinaire devant s’incliner devant le Leica et le Contax, plus portables et d’aussi excellente qualité.

Heinrich Ernemann s’éteint en 1928. Son fils, Alexander, reste dans la société jusqu’à son décès, en 1956.

Finalement le nom d’Ernemann disparait au seuil des années quatre-vingt. Quoique la Ernemann CinoTec GmbH reste un producteur allemand de systèmes de projection encore de nos jours.

Présentation du Ernemann Rolf 1

Illustration d'une femme avec des bijoux et un coiffure élaboré, entourée de motifs géométriques, avec le texte 'ERNEMANN CAMERAS' en bas.

Le Rolf 1, sorti en 1922, était destiné aux débutants. C’est un appareil facile d’utilisation, sans trop de réglages mais fabriqué très sérieusement. Il sera produit jusqu’en 1923. Son corps est en métal embouti, sans doute du laiton (l’appareil pèse quand même 332gr, sans film à l’intérieur)

Nous pourrions le comparer au Vest Pocket de Kodak, légèrement antérieur dans sa première version.

A gauche, le Vest Pocket de Kodak ; à droite, le Rolf 1 d’Ernemann

Comme lui, l’appareil s’ouvre en abaissant une porte avant. Il faut ensuite faire avancer le bloc obturateur/objectif sur le rail place sur l’intérieur de la porte (ce n’est pas le plus évident à faire). Ceci étant fait, le soufflet est complètement sortir et tendu (c’est là que j’ai constaté une petite déchirure dans le mien).

L’obturateur maison n’a qu’une vitesse … modulable selon le photographe qui appuie sur le levier plus ou moins vite. Il est couplé à un levier, sur le côté gauche, pour régler l’ouverture, indiquée par des lettres et chiffres : M12 = Moment, soit le mode instantané à f/12, Z12 = Zeit pour le mode temps à f/12 et Z18 = mode temps à f/18.

Une prise, filetée, sur la droite, permet de fixer un déclencheur souple.

L’objectif est un Rapid Rectilinear de 75mm ouvrant à f12. La distance se règle en faisant coulisser l’ensemble sur un rail. Les distances sont gravée sur une échelle, à gauche du rail.

Le viseur est mobile, sur le dessus du bloc obturateur/objectif. On peut le faire basculer sur le côté pour les prises de vue horizontales. Disons que la visée est assez … aléatoire (j’ai pourtant bien nettoyé les verres et le miroir. Mais c’est très petit).

Sur la porte abattue, vous trouverez un filetage pour fixer un trépied. Elle tient fermement ouverte grâce à deux compas, sur lequel il faut appuyer pour libérer l’ensemble et refermer la porte.

C’est un appareil qui utilise du film en rouleau au format dit 127.

Pour ouvrir l’appareil, il faut tirer fermement sur le clip , au dessus, et le boitier s’ouvre en deux, découvrant la chambre. Les photos auront un format de 4x6cm.

Pour avancer le film, une simple clé, à l’opposé de laquelle vous trouverez un second filetage pour trépied.

Ici pas de compteur de vue mais une fenêtre rouge inactinique, qui ne porte pas de volet de protection.

Il existe une variante de ce modèle, qui réalise des images de 22x33mm sur pellicule 24×36. Attention, il s’agit du même film que celui du Ernemann Unette, c’est – à – dire un film au format 24x36mm mais avec un support en papier, comme le 127.

Le successeur, le Rolf 2 gagnera un meilleur obturateur et il sera possible de choisir entre plusieurs objectifs différents. Il était aussi recouvert d’une feuille de cuir véritable. Celui-là sera produit de 1923 à 1926.

Que penser de cet appareil ?

Comme je l’écrivais, les réglages sont très limités mais, contrairement au Vest Pocket de Kodak, ils sont plu clairs et accessibles.

Bien que très simple, on sent que l’ensemble a été assemblé avec soin et fait pour durer … longtemps : cet exemplaire est centenaire et toujours fonctionnel !

Ceci étant, c’est plus un appareil de collection qu’un boitier que l’on a envie de sortir pour prendre des photos, bien que le film 127 existe toujours (voir le site de Retrocamera.be).

Laissons-le se reposer, il a bien servi.

De fait, je suis très heureux d’avoir eu en mains mon premier Ernemann et je ne désespère pas d’en trouver d’autres, qui sait, un Ernemanox par exemple (on peut toujours rêver, non ?).

Quant à sa valeur selon l’état, les prix varient de 30 à 100€. Le prix d’un vieux Monsieur qui a vu passer deux guerres mondiales et une infinité d’autres conflits.

Un peu de technique

  • Appareil à soufflet, pliant Ernemann Rolf 1
  • Ouverture par porte abattance
  • film 127 pour image de 4x6cm
  • Objectif Rapid Rectilinear à simple ménisque de 75mm, ouvrant à f12 et f18
  • Obturateur simple
  • Viseur de côté, à la taille
  • Construction métallique

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/camera-2559-Ernemann_Rolf%201.html, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Ernemann, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10070-Ernemann_.html, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Ernemann_Rolf_I, https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/objects/co16160/ernemann-rolf-1-folding-bellows-camera-for-rollfilm-no-127-v-p-k-rollfilm-camera, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Ernemann_Rolf_I, https://camera-wiki.org/wiki/Ernemann, https://en.wikipedia.org/wiki/Heinrich_Ernemann, https://www.historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=3285, https://stereoscopyhistory.net/compendium/ernemann, en anglais ; https://www.engel-art.ch/ernemann-rolf-i/, https://saebi.isgv.de/biografie/Heinrich_Ernemann_(1850-1928), en allemand

Argentique

L’Olympus Pen EE-3, l’autre demi format de légende

Préambule

Voici donc le troisième appareil recueilli lors de la brocante où j’ai emporté les deux Fujica Half et Half 1,9.

Avec celui-ci, je peux presque faire la synthèse de cette mode du demi-format, qui ne s’est pas tout à fait éteinte à la fin des années septante, heureusement pour nous.

Ce Pen EE-3 est un très bel exemplaire, bien propre et fonctionnel, noir comme j’aime ce genre d’appareil. Je ne devrai refaire que les mousses, comme d’habitude, pour assurer une parfaite étanchéité.

Mais partons à sa découverte …

Un peu d’histoire

Lors de la présentation de l‘Olympus OM-2N, j’ai longuement repris l’histoire de cet homme extraordinaire qui est à la source des Olympus Pen, Monsieur Y. Maitani. Je ne vais donc pas y revenir, sauf pour vous conter l’histoire du Pen en particulier.

Celle-ci commence en 1959. A l’époque, acheter un appareil photo était (déjà !) un investissement que tout le monde ne pouvait se permettre. Mais c’était un investissement pour la vie, car on n’envisageait pas de changer de boitier aussi vite que de nos jours. La photographie apportait beaucoup de satisfactions mais elle avait un coût dont on tenait compte.

Nombreux étaient d’ailleurs les photographes un peu plus avertis qui développaient et tiraient leurs photos eux-mêmes, souvent en noir et blanc, parce que plus accessible financièrement (la chimie N/B se dégrade moins vite que celle de la couleur).

Il existait bien les alternatives des appareils de type box, très limités techniquement et encombrants ; quelques folding aussi mais moins pratiques car en film 120.

C’est dans ce contexte qu’Olympus a fait le pari d’un appareil de petite taille, facile à emporter, peu cher à l’achat, techniquement plus évolué et économique à l’usage : Yoshihisa Maita, le designer de l’époque, a alors créé le Pen, premier du nom.

Un appareil réellement de poche, facile à utiliser, abordable et qui va multiplier par deux le nombre de photos utilisables sur un film car c’est un demi-format.

Cet appareil aura un grand succès et donc une descendance qui en reprend les grands principes, en ajoutant des améliorations, comme une cellule au sélénium et un automatisme qui simplifie encore l’utilisation.

Ainsi nait la gamme des EE pour Electric Eye, la cellule en nid d’abeille qui entoure les objectifs Zuiko des descendants.

Le Pen EE ajoute cette cellule en 1961, couplée à un objectif dit rapide ; le Pen EE-2 l’améliore sensiblement et le Pen EE – 3 encore un peu. Voici d’ailleurs un petit tableau qui reprend leurs caractéristiques :

ModèleAnnéeCelluleFix FocusGriffeSynchroOptiqueProduction
Pen1959SéléniumOuif3,527.000
Pen EE1961SéléniumOuif1,7584.000
Pen EE-21968SéléniumNonOuif2,81.143.000
Pen EE-31973SéléniumNonOuiOuif3,51.731.000

Leurs qualités principales sont donc :

  • la compacité
  • la facilité d’utilisation
  • le demi format
  • l’objectif Zuiko D
  • la cellule au sélénium (donc pas de piles)

Le Pen EE-3 qui nous occupe aujourd’hui fait une certaine synthèse de la famille Pen EE car il propose une cellule au sélénium qui autorise le fonctionnement automatique, et de passer en manuel si besoin ; un mode flash qui fige l’ouverture à f3,5 et la vitesse de synchro à 1/40s, notamment grâce à une griffe dite chaude, c’est-à-dire avec un contact de synchronisation au centre ; un objectif Zuiko D de 28mm ouvrant à f3,5.

Tout comme le box de Kodak en son temps, le Pen va démocratiser la photographie et permettre à tout un chacun de remplir ses albums de souvenirs de vacances, sans se compliquer la vie, techniquement.

Présentation de l’Olympus EE-3

Si l’on rejoue au jeu des 7 erreurs avec un Pen EE-2 et un Pen EE-3, on remarquera vite quelques différences marquantes :

  • alors que sur le Pen EE-2 la bague autour de l’objectif ne compte que deux échelles, il y en a trois sur le EE-3
  • sur le Pen EE-2, l’échelle graduée en Asa autorise l’automatisme et l’autre donne les ouvertures pour un fonctionnement manuel du flash
  • sur le Pen EE-3, seule la troisième échelle est tout à fait différente. Notée for flash GN 14, elle vous évite de calculer l’ouverture en fonction de la distance puisque elle vous donne la juste ouverture pour un flash GN 14 (GN = nombre guide)
  • l’ouverture du dos se simplifie puisqu’il n’y a plus qu’un verrou à tirer vers le bas sur l’EE-3
  • le compteur de vue se remet à zéro lorsque l’on ouvre la porte

Le Pen EE-3 aura encore l’insigne honneur d’être construit tout en métal. Il sera en production de 1973 à 1982.

Sinon, pour le reste, le boitier présente toujours le même minimalisme :

  • sur le capot, à droite, le rond du compteur de vue (remarquez qu’il est gradué jusque 72) et devant lui, presque petit, le déclencheur ; au centre, la griffe porte accessoire qui a cette fois un contact central pour la synchronisation ; à gauche, la manivelle de rebobinage
Un appareil photo vintage argenté avec des cadrans pour la vitesse et l'exposition.
  • sur la semelle, le petit bouton pour débrayer le film lors du rebobinage, le filet pour le trépied
Appareil photo vintage vu de dos, avec une sangle en tissu et un design en métal.
  • sur la face avant, le viseur, un peu décalé ; presque sous l’objectif, la prise PC pour les flashs plus anciens
Appareil photo Olympus Pen avec un design compact, couleur argentée et noire.
  • le dos ne montre que le viseur, qui parait bien petit (mais c’est trompeur) et la molette crantée pour faire avancer le film et réarmer l’obturateur
Appareil photo vintage noir et argent vu de l'arrière avec une sangle en cuir.
  • sur la tranche gauche, discret, un petit verrou pour ouvrir le dos
Un appareil photo moderne avec une texture en acier inoxydable, vue de côté.
  • revenons sur la face pour découvrir l’objectif et la cellule en nid d’abeille.
Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo vintage avec des réglages d'exposition. La marque 'Olympus-Pen' est visible sur le corps de l'appareil.

Commençons par le début : le EE-3 est équipé d’une fonction d’exposition entièrement automatique et l’EE signifie Electronic Eye. Il mesure la lumière disponible avec sa cellule au sélénium autour de l’objectif et choisit entre deux vitesses d’obturation: 1/200s et 1/40s. L’ouverture est fixée via la cote ISO/ASA du film. Pour la photographie flash, l’ouverture peut être réglée manuellement.

Comme les autres Pen, c’est un demi cadre, ce qui se voit immédiatement à la forme du viseur, placé verticalement. Lorsque vous ouvrez la chambre du EE-3, vous découvrez une espèce de plaque soudée et qui occupe la moitié du cadre 24x36mm. C’est un montage différent que celui du Fujica Half 1,9 que j’ai déjà déposé sur le site.

Vue intérieure d'un boîtier de caméra, montrant le compartiment du film et d'autres composants internes.

C’est un fix focus, donc pas de réglage de distances. Vous visez, vous déclenchez.

Un appareil photo vintage Olympus EE-3 vu de face, avec un objectif et des commandes visibles.

Je reviens sur ces différents éléments, dont le principal est l’objectif Zuiko D de 28mm ouvrant à f3,5, constitué de 4 éléments répartis en 3 groupes. La plage d’ouverture court de f3,5 à f22. Si vous avez lu l’histoire consacrée à l’Olympus OM-2N, vous savez que cet objectif est une pièce de grande précision, qui a couté une fortune mais qui est capable de rivaliser avec un Tessar. Cet objectif est tellement bon qu’il équipera le premier Pen (1959), les Trip 35 (1967) ensuite et jusqu’au Miju (1991).

Le diamètre des filtres, si vous désirez en utiliser, est de 43.5mm (les anciens filtres de 22.5mm ne peuvent pas être montés ici).

Autour de cette belle pièce, la cellule au sélénium, qu’il faut préserver au maximum en utilisant un bouchon d’objectif car elle peut s’épuiser et rendre l’appareil inutilisable (drapeau rouge bloqué, j’y reviendrai).

Les réglages sont autour de cet objectif : la sélection de la sensibilité Asa, de 50 à 400. Selon la sensibilité choisie, en automatique, la vitesse de l’obturateur se règle sur 1/200s, l’ouverture se régulant de f11 et f22 lorsqu’il y a beaucoup de lumière ; au plus lent, dans de mauvaises conditions de lumière, la vitesse sera de 1/40s avec un objectif ouvrant entre f3,5 et f8. L’appareil n’a donc toujours que deux vitesses, le 1/40s et le 1/200s.

Gros plan sur un appareil photo vintage avec un objectif et une molette d'ouverture.

Si vous passez en manuel, en réglant l’ouverture entre f3,5 et f22, la vitesse sera de 1/40s. Si jamais la vitesse devait chuter sous le 1/40s , il faudra utiliser le système Flashmatic, introduit sur le EE-3 avec les flashs Olympus de nombre guide 14. Ce système Flashmatic permet de définir une valeur d’ouverture correcte en faisant correspondre manuellement le réglage de l’anneau d’ouverture à l’une des distances estimées (1-4m) gravées sur le fut.

Lorsque vous appuyez sur le déclencheur à mi course, la cellule mesure la lumière. Si celle-ci est suffisante, la photo est captée en appuyant à fond ; s’il n’y en a pas assez, une espèce de drapeau rouge se lève et bloque le déclencheur. Pour détourner (un peu) le système, vous pouvez viser une zone plus claire, en maintenant le déclencheur à mi course, puis revenir à votre cadrage et appuyer à fond.

Petit aparté au sujet de ce drapeau rouge : c’est une fonction que l’on retrouve sur les Olympus Pen et les Trip. De fait, elle vous empêche de prendre une photo sous exposée et donc gâchée. C’est un système malin (voyez dans la vidéo du démontage complet comment cela est construit, c’est brillant) que l’on peut contourner si besoin.

Rappelez-vous, le Pen EE-3 possède deux vitesses fixes, le 1/200s et le 1/40s. La première ne sera utilisée que si vous êtes en automatique alors que la seconde est celle de la synchronisation du flash. Donc, si vous stabilisez fermement l’appareil, vous pouvez contourner la limitation en choisissant l’ouverture (entre f3,5 et f22), auquel cas vous passez en mode manuel et l’appareil fera tout au 1/40s.

Si vous passez au flash, regardez les réglages pour utiliser un flash, qui doit être de de nombre guide 14 (c’est la puissance). Ces réglages tiennent compte de la distance, qui doit se situer entre 1,5m à 4m. Notez, comme je l’ai déjà signalé, que le système Flashmatic vous dispense de faire des calculs de mesure, il le fait lui-même pour doser correctement l’éclair.

Affichage du calculateur Prinz Jupiter 277C avec un tableau de conversions en pieds et mètres.
Exemple d’une grille d’aide sur un flash électronique de l’époque. Vous y voyez la corrélation entre la sensibilité, la distance et l’ouverture recommandée.

Un mot aussi sur le viseur. Extérieurement, et surtout vu du dos, il semble minuscule. Il est juste confortable, avec ses lignes de cadre lumineuses, et rappel de la parallaxe. N’oubliez pas que la tenue normale de l’appareil induit une photo au format portrait et qu’il faut mettre le boitier à l’horizontale pour retrouver une image en paysage. Attention si vous comptez créer des diptyques, des histoires.

Voilà, voilà … j’ai fait le tour de ce sympathique petit appareil (113x70x44mm), léger (280gr nu) que l’on glisse dans toutes les poches et petits sacs. Il sera très à son aise en photographie de rue, avec un peu d’habitude.

Catalogue de caméras compactes Olympus et Ricoh, incluant des descriptions et des spécifications techniques, datant de janvier 1979.
Petit tour d’horizon des Olympus en 1979 – 1980 (Phokina) et de quelques concurrents.

Encore un détail, peut-être, au sujet de la date de construction de votre appareil : elle se trouve généralement sous la plaque de pression. Je vais reprendre l’exemple cité dans un site de référence : K98. Le « K » est le code de l’usine de production. Le 9 est l’année. Ce modèle a été fabriqué de ’73 à ’83 donc c’est 1979, et le 8 est le mois – août.

Si vous cherchez un peu d’inspiration pour vos premiers essais, regardez sur ce site ICI (en anglais).

Que penser de cet appareil ?

Si ce Pen s’est vendu si longtemps et s’il suscite encore de nos jours autant d’engouement, c’est parce que c’est un appareil bien né.

Il répond à ce que demande un photographe amateur, qui veut se faire plaisir sans se ruiner (prix d’achat, cette fois en occasion, et pellicule) et qu’il emporte facilement avec lui, tout le temps.

Il est vrai que d’autres appareils, y compris dans la même marque – je pense ici au Miju ou à l’AX – ont été encore plus loin, surtout au niveau technologique (cellule couplée, zoom, etc.), aucun de ceux-là ne peut se targuer de la solidité et de la longévité des Pen. Ce que de nombreux photographes ont parfaitement compris.

Comme vous avez pu le voir dans un des tableaux cités dans l’article, ces boitiers ne sont pas rares, ils ont été produit en million d’exemplaires et tous n’ont pas finis à la déchetterie. Toutefois, je vois parfois des prix hallucinants à leur sujet.

Pour ma part, un bel exemplaire, tout à fait fonctionnel, avec les mousses refaites et un bouchon d’objectif (important), je considère qu’il ne doit pas dépasser les 80€.

Et si jamais il tombe en panne, dans les vidéos ci-dessous, vous verrez comment le démonter et le réparer.

Ah, encore quelques petites choses … si vous trouvez que le noir ou le gris lui va bien, ne changez rien, mais sachez que chez Ashahi Aki vous trouverez des covering de toutes les couleurs et parfaitement coupés à des prix très attractifs. Pourquoi photographier triste si vos cuirettes se font la malle ?

Il me reste à vous souhaiter de trouvez le Pen de vos rêves et de l’emmenez partout avec vous pour raconter vos histoires … différemment.

Vidéos d’illustration

Et au cas où vous tomberiez sur une épave

Un peu de technique

AttributSpécification
Type d’appareil photoAppareil photo demi-format
Format de film35mm
Avancement du filmManuel
Mécanisme d’entraînement du filmMolette de pouce
Format d’image24 mm x 18 mm
Nom de l’objectifOlympus D. Zuiko
Focale28 mm
Ouverture la plus grandef/3.5
Mise au pointFixe
Construction de l’objectif4 éléments dans 3 groupes
ViseurViseur à cadre lumineux
Temps d’exposition1/200 seconde à 1/40 seconde
PosemètrePosemètre au sélénium
Sensibilités de film prises en chargeISO 25 à 400
Modes d’expositionProgramme automatique
Connexion flashHot Shoe, Flash PC
Vitesse de synchronisation du flash1/40 s
Fixation trépiedOui
Filetage pour déclencheur soupleOui
RetardateurNon
Fixation pour sangle d’appareil photoOui
Taille11,3 x 7 x 4,4 cm
Poids280 grammes
Prix moyen d’occasion dans l’année 2025130,27 euro

Des références

https://www.imagingpixel.com/p/pen-ee-3.html, https://www.camerasbymax.co.uk/blogs/featured-cameras/featured-camera-the-olympus-pen-ee-3, https://kosmofoto.com/2023/10/olympus-pen-ee3-review/, https://cameragocamera.com/2023/10/27/olympus-pen-ee3/, https://andysphotoblog.org/2025/11/06/olympus-pen-ee-3/, https://www.lomography.com/magazine/71576-olympus-pen-ee-3-pen-o-tastic-half-frame-camera, https://cameracollector.net/olympus-pen-family/ (pour vous y retrouver dans tous les PEN), en anglais ; https://pelloche.com/olympus-pen-ee3/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2044-Olympus_Pen%20EE-3.html, https://filmphotography.eu/t/fr/olympus-pen-ee-3-5/, https://dutchthrift.com/fr/blogs/gear/olympus-pen-ee-3-half-frame-icon-in-2025, https://appareil-photo-laviale.com/marque/olympus/ (une mine de renseignements utiles), en français

Argentique

Fuji, le spécialiste ancien et nouveau du demi-format présente le Fujica Half 1.9

Préambule

C’était une de ces longues brocantes dans laquelle je désespère de trouver quelque chose à déposer dans le sac à dos.

Et puis, là, au détour d’un bout de rue, une petite famille et sur la bâche bleue étendue au sol, quelques appareils photo très propres. Bizarre, personne ne semble s’être intéressé à eux, est-ce parce qu’ils sont en panne ou parce que le lieux est de fait un peu hors du circuit emprunté à trottinette par les chasseurs de trésors qui écument les brocantes, tôt le matin ?

Je ramasse donc deux Fujica Half et un petit Pen EE-3 noir. Je les teste : tout semble bien fonctionner. Je m’enquiers de leur histoire et du prix demandé.

Comme je m’y attendais, ils ont appartenu à un grand père collectionneur, aujourd’hui disparu. Ce sont là des dernières pièces, le petit-fils ne gardant qu’un Rolleiflex, qu’il trouve magnifique, à défaut d’avoir envie de l’utiliser. Ceci explique pourquoi ces trois appareils sont si propres et proches du neuf.

Le prix est correct, que je négocie un peu, pour le plaisir de la brocante et voilà – enfin – trois appareils à poser dans le sac à dos.

Ceci étant, je ne ferai qu’un article sur les deux Fujica Half que j’ai emporté car l’un est le Half classique pour lequel j’ai déjà commis un article.

Un peu d’histoire

ll faut dire que nos amis de chez Fujica ont de la suite dans les idées puisque après avoir honoré le XXè siècle de leurs demi format argentiques (dans les années soixante, nous y reviendrons), ils ont débarqué au XXIè siècle (fin 2025) avec un authentique demi format … numérique.

Ce Fujica Half X (Fujifilm X-HF1) reprend d’ailleurs vaguement les codes de ses ancêtres avec un levier d’armement (mode appareil photo argentique), il joue le jeu de l’argentique en embarquant 13 simulations de film, des filtres créatifs comme Fuite de Lumière ou Halo, ainsi qu’un effet de grain et une surimpression de date.

Appareil photo numérique avec un boîtier gris métal et noir, équipé d'un objectif Fujinon asphérique.

A ces fantaisies s’ajoute la possibilité d’imprimer directement via une imprimante Instax Link pour profiter immédiatement de ses photos. Petite entorse aux anciens appareils car il fallait d’abord terminer les 72 images de votre film de 36 poses, courir chez le photographe pour les développer et les faire tirer. Que voulez-vous, on n’arrête pas le progrès !

Alors clin d’œil à son passé ou pied de nez à Pentax et son véritable demi-format argentique, le Pentax 17, sorti lui en 2024 ?

Mais revenons à l’histoire …

Logo de FUJI FILM et FUJICA sur fond jaune.

Les débuts de l’histoire

En 1920, la majorité des films sont encore en rouleaux : le 127, le 120 et ses extensions comme le 220 et le 620, le 135mm (je passe volontairement les tailles plus exotiques de l’époque, qui n’ont pas eu de descendance moderne). Soit vous les enrouliez vous-même dans des cassettes vides, soit certains fabricants vous livraient un appareil photo avec ses cassettes propriétaires.

Un bel exemple sont les cassettes AGFA Karat (1930) que vous chargiez d’un film sur l’une et l’autre devenait le récepteur des images au fur et à mesure des prises de vue.

Dans cet esprit, et pour rester près de notre univers du demi-format, Ansco a vendu dès 1927 un petit appareil étonnant qui utilisait ce format avec des cassettes de film adaptées.

Ancienne caméra noire avec une finition en cuir texturé et un objectif ronde.

Mais c’est au tournant des années soixante que la pratique photographique se démocratise vraiment. Les appareils compacts ont la cote et un homme, Y. Maitani vient encore bouleverser le paysage en présentant le Pen en 1959. C’est un appareil tout petit, manuel, objectif fixe, focale de 28mm à multiplier par 1,5 (équivalent 42mm en 24×36). C’est l’appareil que l’on emporte partout, tout le temps.

Mais surtout, il propose un demi cadre vertical (18x24mm). Cela veut dire que sur la largeur d’un film de 35mm vous pouvez juxtaposer deux images ayant chacune la moitié de la surface.

Comparaison entre le format 35 mm et la taille réduite, avec des cadres marqués en vert.

Cette disposition particulière permet de multiplier par deux le nombre de photo (72 images sur un film de 36 poses par exemple), ce qui rend le coût à la photo moindre et permet d’en prendre plus pour le même prix. Un autre avantage est que le film utilisé est un film standard (depuis qu’il existe en cassette, vers 1934), plus courant que le format 16mm utilisé par Minolta pour ses appareils sub-miniatures, ou que le format Minox (8x11mm) encore plus petit et qui nécessitent des agrandissements plus importants.

Schéma des formats de film photographique montrant les dimensions 24x36 mm (horizontal) et 18x24 mm (vertical).

Ensuite, pour les plus créatifs, cela permet de construire de petites histoires en posant deux images l’une à côté de l’autre. On peut alors créer des diptyques : avant/après, capter des mouvements dans l’espace, ou des changements subtils d’expression. Un seul rouleau peut devenir un journal visuel, racontant une histoire en moments compacts et reliés.

Plusieurs marques vont se lancer dans ce domaine : Olympus bien sûr, Canon avec son Demi, Konica avec le Recorder, Ricoh avec l’Auto Half et Fujica. D’autres pays que le Japon vont aussi en proposer, comme l’Allemagne avec le Robot Star 50, ou les Russes avec le Chaika II, ou encore les Chinois avec le Seagull 203.

Même les belles histoires ont une fin

Deux facteurs vont sonner le glas de ces demis formats : tout d’abord, le Rollei 35 (1963), un appareil 24×36 qui a une taille proche de celle d’un demi format et ensuite le film 126 introduit par Kodak la même année. Le Rollei 35 ouvre la voie à d’autres appareils de plus en plus compacts mais qui utilisent le film 135 et Kodak, puis Agfa et consorts ouvrent la voie des appareils simplissimes et minuscules.

Les années septante verront la fin de ces boitiers particuliers … quoique (voir plus bas).

Vous pouvez toujours vous amuser et exprimer vos fantaisies, tant avec des appareils anciens que de plus récents.

Pour en revenir plus spécifiquement à Fujica, il lance son Half en 1963, la même année que le Demi de Canon. Ils ont tous deux des caractéristiques similaires : exposition automatique, cellule au sélénium à côté du viseur, vitesses et ouvertures de 1/250s à f22 jusque 1/30s à f2,8. Vous pouvez lire l’échelle ouverture/vitesse dans le viseur et certains permettent de travailler en manuel (sauf sur le Canon Demi).

Un appareil photo vintage Fujica Half sur une table en bois.

Ce Fujica Half connait un réel engouement dû non seulement à la qualité de sa fabrication, sa taille réduite et ses spécificités que j’ai reprise dans l’article qui lui est consacré.

Petite revue des demis-formats de chez Fujica

Le Mini, présenté en 1964, est sans doute le plus petit appareil photo demi cadre connu. Il propose une lentille de 25mm ouvrant à f2,8, fixe. Il possède une vitesse unique de 1/200s et sa cellule au sélénium assure des sensibilités de 25 à 200Asa.

Un appareil photo vintage Fujica Mini avec un design noir et argenté.

Puis, en 1966, ce sera au tour du Rapide D1 dont la principale curiosité est le moteur à ressort. Sa cellule est autour de l’objectif, un 28mm ouvrant à f2,8.

Appareil photo vintage Fujica argenté avec un objectif rond et une finition noire.

En 1967 le concept du Half évolue et Fujica présente le Half 1,9 avec, vous l’avez deviné, un objectif ouvrant à f1,9. Je reviendrai plus loin sur ces caractéristiques.

Finalement, en 1985, Fujica produira encore le TW-3, un dernier demi cadre à la forme originale et au concept qui ne l’est pas moins puisqu’il propose deux focales : un 23mm et un 69mm ouvrant tous les deux à f8 et un moteur intégré (piles).

Appareil photo Fuji sur un fond de feuilles d'automne.

Cette mode s’est éteinte au fur et à mesure que les appareils plein cadre (24×36) se miniaturisaient mais les photographes ont dés lors perdu la faculté de raconter des histoires courtes, possibles avec le demi format. Il est vrai aussi que cette technique avait toute sa pertinence quand le film coutait encore cher et l’a tout à fait perdue avec la raréfaction de ce dernier.

Le dernier hybride ludique semble donc bien être le Fujifilm X-HF1 ou Fujifilm Half X et en argentique le Pentax 17 (550€) ou le Loumourette (69€) de Lomography, bien que Kodak présente de nos jours un appareil aussi tout en plastique (69€) en demi-format (Kodak Ektar H35 Retro).

Amis photographes, courage, certains fabricants ont encore des idées !

Présentation du Fujica Half 1,9

Physiquement, c’est un beau rectangle aux angles arrondis, chromé et noir, finalement d’un abord qui inspire la confiance. Notamment par son poids et la qualité de ses assemblages.

Par rapport au Fujica Half classique, le Half 1,9 apporte quelques différences visibles rapidement, surtout si vous aimez le jeu des 7 erreurs :

Deux appareils photo Fujica Half et Fujica Half 1.9 sur fond blanc.

Descriptif du Half 1,9

Vue aérienne d'un appareil photo ancien avec des étiquettes indiquant différentes parties et réglages, comme l'objectif, le déclencheur et les leviers d'ajustement.
Image d'un appareil photo Fujica Half 1.9 avec des étiquettes indiquant les composants précis comme le bouton de rebobinage, le compteur de vue à remise à zéro automatique et le filetage pour trépied.
Vue arrière et intérieure de l'appareil photo Fujica Half 1.9 avec des composants étiquetés comme la manivelle de reboitage, le minuteur, le pignon de la cartouche de film, et d'autres éléments.

Présentation des commandes

Ce petit boitier a la bonne idée de pouvoir travailler en automatique, auquel cas le posemètre va fixer la combinaison ouverture/vitesse et, cerise sur la gâteau, va l’afficher dans le viseur. C’est très complet, hélas, lorsque la cellule rend l’âme (cellule au sélénium), vous basculez en manuel et vous ne bénéficiez plus de l’aide du posemètre mais vous pouvez tout régler vous-même.

Appareil photo Fujica Half 1.9 avec un design rétro et un objectif Fujinon.

L’ouverture du diaphragme se règle avec la molette du réglage Asa/Din. Lorsque vous la mobilisez, les chiffres changent sur le pourtour de l’objectif. Attention, la vitesse et l’ouverture sont couplées en fonction de la sensibilité du film. Lorsque la cellule fonctionne, une aiguille à droite dans le viseur, vous indique si l’exposition est bonne.

Gros plan sur le sélecteur de sensibilité ASA d'un appareil photo vintage avec un boîtier métallique et une lentille en verre.

La distance se règle elle avec le petit levier à gauche de l’objectif et elle se répète dans le viseur via des pictogrammes explicites (personnage, foule, montagne).

Appareil photo vintage de marque Fujifilm, avec un objectif argenté et un corps noir texturé.

Tout se corrige du bout des doigts, facilement.

Un homme tenant un appareil photo Fujica Half 1,9, illustrant les contrôles de shooting avec des flèches et des annotations. Les instructions montrent comment utiliser les doigts pour ajuster l'ouverture et la distance de mise au point.
Voici comment le mode d’emploi vous conseille de tenir l’appareil et de le régler

Petit aparté à ce sujet : maintenant, le levier des distances fonctionne sur cet exemplaire, mais quand j’ai acheté le Fujica Half 1,9, impossible de le mouvoir, la graisse du mécanisme ayant figé. J’ai alors utilisé une fine aiguille, que j’ai remplie d’essence à briquet et je l’ai injectée dans le mécanisme (et j’ai dû m’y reprendre à 3 fois). Enfin, le levier s’est libéré et j’ai pu faire les réglages sans difficulté ensuite. Comme quoi un petit bidon de réserve peut nous sauver la mise.

Sur la face avant donc, la grosse molette pour régler la sensibilité du film (limité de 25 à 400Asa) : vous soulevez la roue pour placer le repère sur le chiffre adéquat. A côté, la fenêtre du viseur et le nid d’abeille de la cellule au sélénium (ici, épuisée). A coté de l’objectif, à gauche, un connecteur PC pour le flash, si nécessaire.

Sur le capot, le levier d’armement, très court et avec une course réduite. Devant lui, le déclencheur. Au milieu, la griffe porte-accessoires, sans contact.

Appareil photo vintage avec un design argenté et noir, affichant des boutons et un objectif au-dessus.

A l’extrémité gauche, une grosse molette avec en son centre, la manivelle de rebobinage. Mais cette molette a une double fonction car elle sert aussi à régler le minuteur.

Par dessous, le compteur de vue, qui se réinitialise dès l’ouverture de la porte. Puis le petit bouton pour débrayer le film avant de le rebobiner, et un peu plus loin, le filetage pour fixer un trépied.

Le viseur, à l’arrière, ouvre sur la face avant. Il est clair et positionné en format portrait (cadrage vertical), ce qui veut dire que si vous voulez prendre une photo en format horizontal, il tourner l’appareil à 90°.

Diagramme d'un exposimètre avec une échelle d'indices de lumière et des symboles de réglage pour l'exposition.

Lorsque vous regardez à l’intérieur, sur la gauche, les pictogrammes de distances ; à droite, l’aiguille qui se déplace selon la lumière captée, avec des repères de sur ou sous exposition ; et au dessus, l’ouverture choisie en fonction de la vitesse (illustration en mode automatique). En mode manuel, la vision est identique mais l’aiguille ne se déplace pas.

Les vitesses s’échelonnent de 1/8s – 1/15 – 1/30 – 1/60 – 1/125 – 1/250 – 1/500s, plus pose B. Les ouvertures, elles, s’échelonnent de f1,9 à f22.

C’est assez étonnant de retrouver sur un si petit boitier un concentré de se qui se faisant le mieux à l’époque.

Un mot encore sur son objectif : un 3,3cm ouvrant à f1,9, un Fujinon. Qui a généralement très bonne réputation, et l’ouverture, ici, tranche avec les f2,8 ou f3,5 que l’on retrouve habituellement sur ce type d’appareil. Plusieurs auteurs le qualifient de très pointu, un autre bon point.

Un gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Fujica Half 1.9 avec inscription Fujinon 1:1,9.

Si vous voulez y placer un filtre, c’est au diamètre de 43mm

La griffe porte-accessoire est dite froide, il n’y a pas de contact pour la synchronisation au centre. Il faut relier le flash au Half 1,9 via la prise PC qui se trouve à côté de l’objectif, à gauche. Le flash se synchronise à toutes les vitesses mais si vous utilisez des ampoules, la vitesse de synchro doit être de 1/30s

Un appareil photo vintage avec un design argenté et noir, comprenant un objectif et plusieurs boutons de réglage.

Un mot aussi sur le minuteur. Sur la face arrière, un point vert fluo sur un levier coulissant de S à L : lorsque vous désirez utiliser le minuteur, vous faites glisser le levier vers la lettre L et vous tournez, dans le sens horaire (voir la flèche) la molette au dessus de ce levier. Ensuite vous armez l’appareil et vous lancez le minuteur est faisant glisser le levier sur S. Vous aurez environ 10 secondes pour être sur la photo.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo avec un bouton vert et une étiquette indiquant "PASSED".

Petite attention car vous pouvez avoir armé le minuteur mais ne pas vous en servir de suite : tant que vous ne placez pas le levier sur S, vous pouvez continuer à prendre des photos normalement.

Ah oui, si vous voulez voir ce que donne les images captées par ce Fujica Half 1,9, rendez-vous LA.

Que penser de cet appareil ?

S’il est un peu plus grand que l’Olympus EE-3, il est aussi plus sophistiqué que ce dernier et plus polyvalent.

Deux appareils photo vintage, un Fujica Half et un Olympus Pen, posés sur un fond blanc.

Avec lui, prévoyez soit une grande poche solide ou, mieux, un petit sac car il est encore fait de bon métal et très peu de plastique. L’exemplaire que je vous ai montré ici était aussi équipé d’une dragonne d’époque, que l’on peut changer pour un modèle moderne, plus confortable.

A coup sûr, c’est un appareil qui ne laissera pas indifférent car il est très connoté sixties, c’est d’ailleurs là tout son charme, je trouve.

Soit vous ajoutez dans votre sac une cellule à main, soit vous pratiquez le Sunny f16 mais vous pourrez toujours tout contrôler, surtout si comme ici, la cellule est hors service.

Finalement, la question à se poser est : Fujica Half ou Fujica Half 1,9 ?

C’est une question de goût car tous les deux sont agréables et donnent satisfaction pour raconter des histoires, les vôtres.

A quoi faire attention en cas de trouvaille ? La cellule fonctionne-t-elle encore ? Si oui, l’appareil ne devrait pas dépasser 50€, si non, à vous de négocier. Le minuteur est-il toujours fonctionnel (ressort) ? Les mousses du dos doivent-elles être changées ? Le curseur des distances glisse-t-il facilement ? Arme-t-il et déclenche-t-il ? A vous de vérifier ces points, sachant que ce type d’appareil est solide mais rien ne résiste aux brutes et aux maladroits.

Bon amusement, il vous reste à acheter de la pellicule.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Des références

https://findmax.fr/nos-tests-produits/appareils-photo,compact-fuji/test-fujifilm-x-half-compact-demi-format/, https://phototrend.fr/2025/04/fujifilm-teaser-half-the-size-twice-the-story/, https://www.chassimages.com/index.php/2025/05/22/fujifilm-x-half-compact-retro/, https://www.digitec.ch/fr/page/fujifilm-x-hf1-le-digicam-le-plus-analogique-du-monde-38081, https://dutchthrift.com/fr/blogs/gear/fujica-half-review-vintage-half-frame-35mm-gem-for-creatives, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-5849-Fujica_Half.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-15397-Fuji_Fujica%20Half%201,9.html, https://bromurefilm.com/blogs/argentique/appareils-photo-argentiques-demi-format-economiser-sur-pellicules-capturer-plus-images, https://reportage-image.com/blog/2025/7/7/tous-les-formats-de-pellicules-argentiques (pour tous connaître sur les formats de film), https://www.lomography.fr/magazine/355203-the-beauty-of-half-frame-photography, https://pratique.photo/le-demi-cadre-en-24×36/, https://99camerasmuseum.com/fr/ansco-memo, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Fujica_Half_1.9, https://women-and-dreams.blogspot.com/2017/08/fujica-half-demi-siecle.html, https://juliantanase.com/fujica-half-the-72-frames-journey/, https://www.35mmc.com/15/06/2023/5-frames-with-fujica-half-1-9-33mm-f1-9-half-frame-camera/, https://thegashaus.com/2018/05/12/fujica-half/, https://www.halfframeclub.com/fujicahalf.html, https://subclub.org/shop/fuji.htm, https://mikeeckman.com/2018/05/fujica-drive-1964/, en anglais

Argentique

Et les autres ?

Eh oui, quand on tente de nouvelles aventures, souvent il convient d’essayer plusieurs formules …

Dans le même style de démarches, si je peux me permettre, je vous signale le site de « Lafillerenne », qui explore aussi les possibilités de ces vieux appareils. Un site à visiter : http://lafillerenne.fr/blog/562/

Quelques mots pour vous présenter d’autres appareils anciens que j’ai testés et revendus car ils ne me convenaient pas, ou moins qu’espéré, ou parce que je n’avais plus de place…

Ah, vous ne verrez pas toujours les images de ces appareils, je les ai vendus avant d’avoir fait les photos, ou je les ai malheureusement effacées. Mais quelques recherches sur la grand toile vous permettrons de vous faire une idée.

Un Minolta Hi-Matic 7S : excellent appareil, avec lui aussi un objectif de légende ouvrant à f1:1.8. Facile d’utilisation, très beau esthétiquement en livrée argentée, il est déconcertant à l’usage à cause d’un déclencheur avec une course longue comme un jour sans pain et qui émet de drôles de bruits dont on ignore la provenance.

Un Yashica Electro 35 GT, un GS en livrée noire. Je vous ai déjà parlé de lui dans une autre page. Si je l’ai revendu, c’est parce que je voulais trouver le GTN et – mon petit graal à moi – le GX. En tout cas, esthétiquement très beau en noir, c’est aussi un fabuleux appareil, avec un objectif ouvrant à f1:1.7, très doux à l’usage et discret. Idéal en Street Photography.

Un Yashica Electro 35 GTN, l’équivalent du GSN mais en version « pro », c.-à-d., selon les critères de l’époque, en livrée noire. Au fait, la différence entre les GS/GT, GSN/GTN, c’est la synchro flash qui n’existait pas sur les GS et GT. Sinon, mêmes remarques que ci-dessus : un très chouette appareil, que j’ai cédé à mon frère lorsque j’ai – enfin – trouvé mon GX.

Des Minox 35 EL, GL et GT, tout petits, qui se glissent dans une poche de chemise sans faire de plis. De petites merveilles de concision et d’usinage allemands. Mais – pour moi – un gros défaut : sans mes lunettes de vue (ben oui, je vieilli) impossible de faire la mise au point ni de régler les vitesses. Dommage. J’aurais bien aimé les garder, mais je ne suis pas collectionneur, ma vue n’allait pas s’améliorer et ils ont fait le bonheur de trois autres personnes.

Un appareil photo Minox noir avec un objectif visible et un écran déplié, sur un support blanc.

Là aussi, au niveau piles, un petit bricolage pour empiler 4 LR44, et le tour était joué pour leur rendre vie. La cellule étant toutefois plus sensible à la différence de voltage, il faut compenser en sous exposant un peu.

Un Canon Eos 1N RS, parce qu’il m’avait fait rêver en son temps, et que je n’ai jamais eu les moyens de me le payer alors. C’est un Eos, donc je pouvais y monter les optiques de mon Canon 5D. Et au niveau ergonomie, c’est quand même le précurseur donc pas trop de changements au niveau manipulations. Mais, finalement aussi lourd et encombrant que le 5D. Mes vertèbres étant ce qu’elles sont, il a fait le bonheur d’un autre étudiant en photographie.

Petite remarque en passant. Au moment où j’ai acheté mes premiers appareils (début 2018), la plupart se négociaient sur un site de seconde main entre 30 et 50€, pour les plus performants. Aujourd’hui, les prix s’envolent. Un Minolta X700 se vend aux alentours des 90€ et un Canon A-1 atteint les 100€. J’en ai même vu s’envoler au delà des 200€. Et je dis stop ! Tous ces appareils ont vécu, et même bien vécu pour certains qualifiés de pro ou semi pro. Pour tous il faut revoir les mousses d’étanchéité, bricoler pour la plupart des astuces pour remplacer les piles d’origine par des équivalentes modernes, nettoyer les télémètres, vérifier les cellules, etc. Et il n’y a plus de service après-vente ni pièces à trouver (sauf à cannibaliser des modèles hors service). Si c’est pour le plaisir de « photographier à l’ancienne », gardons un prix raisonnable pour apprécier leur découverte et leur usage raisonnable. Bon, je termine mon « coup de gueule » contre la spéculation.

Un Ricoh 500 G bi-color , puis son aîné, le 500 GX, en livrée noire, magnifique. J’avais refait toutes les mousses (le point noir des Ricoh – comme des Canons d’ailleurs), trouvé le truc pour remettre des piles modernes. De magnifiques objets et bons appareils. Mais, pour moi, l’objectif ouvrant à f1:2.8 était un peu juste niveau luminosité, et la vitesse était limitée au 1/500ème de seconde. J’ai fait deux heureux en les leur cédant.

Un Voïtlander Vitoret. Sans cellule, très simple d’utilisation – pour autant que vous ayez acheté aussi une cellule à main. Une esthétique passée sans trop de charme. En fait, je l’ai acquis un peu par hasard, il était dans un lot acheté pour obtenir le Canon 17 QL GIII. Je me n’en suis jamais servi, bien que tout fonctionne correctement, il ne m’inspire pas. Pourtant, il possède sans doute la fenêtre de viseur la plus grande de tous mes appareils, très claire.

Un Canon A35 F, un petit télémétrique compact (bien plus petit que les Yashica), avec un flash intégré. Un 40 mm ouvrant à f1:2.8 mais des vitesses limitées à 1/320ème de seconde. Lui non plus, provenant du même lot, ne m’inspirait pas, bien que tout fonctionnât parfaitement. Seules les mousses étaient à refaire (classique). Je l’ai cédé à une demoiselle qui allait l’embarquer au loin.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est canon-a-35-f_22.jpg
Canon A35F

Encore un russe, pour compléter cette petite revue : un Zorki 6. Je l’ai acheté sur un site bien connu et il est venu d’Ukraine par la poste. Livré avec sa gaine en cuir (comme déjà dit quelque part, les cuirs « russes » sont assez particuliers : épais, avec une odeur un peu étrange, pas désagréable), il était propre et j’ai tout de suite eu envie de l’essayer. Bizarre, lorsque j’arme l’appareil, aucun bruit, un mouvement « onctueux » en tournant la grosse molette qui fait avancer le film, et un « flop » discret lorsque l’on déclenche. Il est équipé d’un Hélios 103 qui va bien avec l’appareil (c’est l’objectif d’origine). Gros avantage du Zorki 6, le dos s’ouvre normalement avec une charnière et la bobine réceptrice est fixe (vous ne risquez pas de la perdre). Enfin, si vous voulez vous laisser tenter (et je vous y encourage), essayez d’en trouver un des années ’64 à ’66, ce sont parait-il ceux qui ont été le mieux assemblé. Bon, pour ceux qui ont les cervicales fragiles, pensez à prendre une sangle confortable, le Zorki 6 fait son poids, mais il est très équilibré et agréable à prendre en mains. Et en rue, interpellation assurée : c’est quoi comme appareil ?… Ah, c’est Russe ! Mais il est beau, … jamais vu, il en jette….

Argentique

Un compact hors du temps, le Zeiss Ikon Contessa Matic E

Préambule

C’est encore un appareil acheté lors de la brocante de l’Unicef, à Ath, chez ce Monsieur qui, petit à petit, liquide une partie de sa collection.

Je n’ajouterai donc pas qu’il est en parfait état et tout à fait fonctionnel.

Comme d’habitude, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter un appareil qui approche des ses ans et qui semble encore neuf : on construisait solide à ce moment là !

Un peu d’histoire

Rassurez-vous, je ne serai pas long car j’ai déjà souvent évoqué cette marque, incontournable de l’histoire de la photographie allemande et de la photographie tout court.

Vous trouverez des bribes de celle-ci lorsque j’évoquais le Zeiss Ikon Contessamat SBE, le Super Nettel, le Contina Ia, le Zeiss Ikonta B 521/16, en compact et folding compact, sans oublier une des stars de la marque, le Super Ikonta 531/2, un folding télémétrique en bobine de 120. Il y en a d’autres, je vous laisse fouiller.

Retenons simplement que Zeiss Ikon, au début du siècle passé, fondé par August Nagel, sera un ogre en Allemagne et il absorbera les marques historiques de l’Allemagne de l’Ouest et de l’Est (Ica, Ernemann, C.P. Goerz et Contessa-Nettel) avant la seconde guerre mondiale .

Les appareils fabriqués seront de qualité, avec des objectifs et/ou des obturateurs parmi ce qui se faisait de mieux à leur époque ; des boitiers de toute une vie comme on le disait (et le pensait à l’époque – l’obsolescence programmé, c’est dans les années quatre-vingt !).

Cependant, revers de la médaille, ces appareils sont chers car construits avec des matériaux de qualité et avec une complexité qui confine parfois à l’excentricité (pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué). Mais surtout, les lignes d’appareils issus des différentes fusions n’ont jamais été rationnelles, trop nombreuses, se recoupant parfois Un déficit structurel en marketing et en gestion n’arrangera rien Il est même étonnant que l’entreprise ait tenu si longtemps.

Ils seront incontournables pendant les années trente et quarante, fragilisés dans les années cinquante et dépassés dès les années soixante, balayés par les produits japonais. Ces derniers avaient compris que les boitiers devaient être facilement reproductibles, fabriqués avec soin, avec de bons matériaux, sans faire l’impasse sur les innovations telles l’électronique et la miniaturisation des éléments. Surtout, ils ont lancé un appareil qui allaient reléguer aux oubliettes les modèles que je vous présente ici, le réflex. Un appareil ultra polyvalent.

Au début des années septante, la messe était dite …

Présentation du Zeiss Ikon Contessa Matic E

D’emblée l’appareil est ambigu car s’il est bien noté Contessa sur le pourtour de l’objectif, un Carl Zeiss Tessar de 50mm ouvrant à f2,8, il n’est écrit nulle part qu’il s’agit d’un Matic E.

Appareil photo vintage Contessa avec un boîtier noir et des accents argentés.

On comprend vite que c’est un appareil télémétrique et qu’il possède une cellule au sélénium. En regardant à travers le viseur, on se rend compte (quand cette cellule fonctionne encore, comme ici) que la mesure de la lumière est couplée au jeu du diaphragme, une petite aiguille, au dessus du cadre, bouge quand on modifie l’ouverture.

Est-ce là l’automatic du nom ? De fait, il a existé aussi un Contessa Matic, similaire à celui-ci avec une cellule au sélénium dont on lit la valeur sur le capot, mais sans télémètre

C’est donc le couplage du posemètre au diaphragme qui justifie cet automatic. Et le E me direz-vous ? il s’agit du E de Entfernungsmesser, télémètre en allemand.

Ajouté au télémètre couplé, cela fait de ce Contessa Matic E la Rolls Royce de Zeiss Ikon à cette époque (1960). Car l’appareil offre ce qui se fait de mieux alors et est construit selon les standards de la marque, c’est-à-dire fait pour durer.

C’est en fait un boitier semi-automatique si vous optez pour le contrôle de l’exposition couplée à la cellule ou le mode manuel si vous voulez tout contrôler vous-même. Ce compact vous offre le même confort que le Contaflex Super (un réflex) dans un gabarit réduit et très transportable.

Objectif d'un appareil photo vintage avec des inscriptions en métal, sur fond blanc.

Son objectif, un Carl Zeiss de formule Tessar, un 50mm ouvrant de f2,8 à f22 est réputé excellent. C’est le même que celui du Contaflex Super B.

Le viseur, très grand et clair, avec un cadre collimaté et correction de la parallaxe, possède une petite fenêtre, en haut au milieu, qui montre l’aiguille de la cellule. Celle-ci oscille de gauche à droite selon l’exposition, qui est correcte lorsque celle-ci se stabilise au centre. Une seconde fenêtre, sur le capot, peut aussi être consultée.

Puisque nous sommes sur le dessus de l’appareil, restons-y pour constater qu’il est dépouillé. A droite, une large molette, encastrée, qui entoure le déclencheur : c’est le compteur de vue, qu’il faut positionner manuellement sur le nombre de vues du film. Attention, il décompte les images prises.

Vue du dessus d'un appareil photo argentique vintage avec un objectif clairement visible et des boutons de réglage.

Au centre, la griffe dite froide (sans contact) pour des accessoires ou un flash non dédié, avec le prise PC à l’extrémité gauche.

Juste à côté de la griffe, la seconde fenêtre de la cellule. Et tout contre, deux trous (qui devraient être cachés par un bouchon en plastique) : ceux-ci servent à fixer le flash Ikoblitz 4 Spécial (sa s fil) ou le Ikoblitz 4 Standard (avec fil). Et c’est tout.

Par dessous, au centre, le filetage pour fixer l’appareil sur un trépied. A droite, le bouton pour autoriser le rebobinage et qui a une seconde fonction quand on appuie dessus : il libère la manivelle pour rebobiner le film.

Le dos de l’appareil s’ouvre avec un discret verrou, sur le flanc gauche, découvrant la chambre, classique. Sur la porte arrière, un disque aide-mémoire pour la sensibilité du film, en Asa/Din.

Le levier d’armement est très discret car seule la partie que le pouce accroche fait saillie, le reste étant caché sous le capot.

Et puis venons-en au cœur de l’appareil, son objectif et son obturateur. L’objectif est magnifique, nous l’avons vu. L’obturateur est un Gauthier, un Prontor SLK Spezial. C’est un obturateur à lamelles, situé au centre de l’ensemble. Il donne des vitesses de 1s à 1/500s, la pose B et même un minuteur, plus la synchro flash.

Appareil photo vintage Contessa avec un objectif argenté et un design noir.

Trois lettres, sur le côté droit, vers le bas : V – X – M. La première est la position du minuteur, la seconde la synchro flash électronique et la troisième, la synchro flash à ampoules. Ne pas forcer, pour les faire bouger, il faut appuyer sur la languette juste au dessus.

Contre la façade, un anneau avec deux grosses poignées de préhension facilitent la mise au point, de 90cm à l’infini. Une échelle de profondeur de champ est gravée sur le fut.

L’avant dernier anneau, lui aussi muni de poignées pour un usage rapide, est celui des ouvertures, de f2,8 à f22. Vous constaterez que sous certaines conditions, il tourne avec le dernier anneau, celui des vitesses, et inversement. C’est le fameux couplage ouvertures/vitesses sensé nous simplifier la vie. Heureusement, c’est débrayable.

Par dessous, un discret bouton coulisse pour indiquer la sensibilité du film, de 12 à 33Din (de 12 à 1600 Asa).

Comme l’objectif est fixe, il était possible de fixer des compléments optiques, tels les Z E I S S P R O X A, qui permettaient de descendre jusqu’à 20cm.

Pour une fois, je n’ai pas de sac tout prêt avec le boitier. Ce qui pose problème si on veut le transporter car il ne possède pas d’attaches pour y fixer une dragonne ou une sangle. Restera à le déposer dans un sac (oubliez la poche, il est trop lourd, près de 700gr avec un film).

Dernier point. Ce modèle est le second produit. Au jeu de différences entre son ainé et lui, notons que les deux trous du flash étaient couvert par une petite plaque métallique pivotante, absente du second ; la lecture de la cellule par au dessus se faisait à travers une loupe, disparue ici aussi ; le compteur de vue portait aussi une roue supplémentaire qui était le mémo de sensibilité du film, relégué sur la porte arrière ici. C’est tout mais ça vous permet de voir quel type d’appareil vous avez sous les yeux.

Que penser de cet appareil ?

Contemporain du Kodak Retina IIF que je vous présentais sous peu, personnellement, je trouve qu’il manque de ce petit je ne sais quoi qui charme dans le Kodak.

Ici nous avons un beau rectangle, sans fantaisie, rationnel, très bien construit, efficace mais … terne (je sais, c’est subjectif).

Au delà de ces considérations esthétiques, force est de reconnaître que c’est un bel engin. Avec ou sans cellule fonctionnelle, il est toujours partant si vous vous munissez d’une cellule à main ou si vous pratiquez la règle du Sunny 16.

C’est un télémétrique efficace pour la photo de rue, grâce notamment à son grand viseur, très clair et à la facilité de réglage de celui-ci.

Peut-être un peu plus discret que le Kodak, il attirera quand même les regards car on en voit peu. Non pas qu’il soit rare mais l’absence d’identification aisée fait qu’on l’oublie trop souvent. Pourtant à son époque, il était un bel appareil haut de gamme.

Si vous voulez sortir des sentiers battus, pourquoi pas le faire avec lui ?

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Zeiss Ikon, Allemagne (Stuttgart)
  • Film 135 (24x36mm)
  • Transport de films manuel, levier d’armement couplé (avance du film et obturateur)
  • Télémètre à coïncidence
  • Compteur de vue intégré et couplé
  • Cellule au sélénium, sensibilité de 12 à 1600 Asa (12 à 33 Din)
  • Contrôle de l’exposition manuel et semi-automatique avec utilisation de la mesure EV (couplage vitesse/ouverture)
  • Objectif fixe Zeiss Carl, Oberkochen, 50mm ouvrant à f2,8 jusque f22, filtre à visser 28,5mm
  • Obturateur Alfred Gauthier, Calmbach, Allemagne, Prontor SLK Spezial
  • Vitesses 1s à 1/500s plus pose B, minuterie et synchro flash; flash dédié Ikoblitz 4 Special sans fil ou flash Ikoblitz 4 Standard avec prise PC sur le dessus
  • Poids nu 638gr
  • Période de production de 1960 à 1964

Références

https://kameramuseum.de/objekte/zeiss-ikon-contessa-matic-e/, en allemand ; https://parlonsargentique.com/zeiss-ikon-contessa-matic-e-fiche-technique-avis/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-11844.html, https://www.mes-appareils-photos.fr/Zeiss-Ikon-Contessamatic-E.htm, https://dekerampois.e-monsite.com/pages/appareils-photographiques/u-z/zeiss-ikon/contessa-matic-e/, https://www.mes-appareils-photos.fr/Zeiss-Ikon-Contessamatic-E-1.htm, en français ; https://bluemooncamera.com/museum/exhibit/268/zeiss-ikon-contessamatic-e, https://www.pacificrimcamera.com/pp/zicontessamatic.htm, https://www.pacificrimcamera.com/rl/00076/00076.pdf, en anglais

Argentique

Dans la famille Retina, il y a le IIF

Préambule

Second appareil acquis lors de la brocante Unicef de Ath. Il est tout beau, tout propre, comme tous les appareils de ce Monsieur.

Il manque le couvercle de la pile, en dessous, je peux donc vous faire un prix. Mais avec plaisir ! Et voilà ce magnifique Kodak Retina II F qui va rejoindre les quelques uns que j’ai encore.

Car si souvent la marque ne m’inspire pas parce que la plupart de ses appareils sont de piètre qualité (produit de masse), force est de reconnaître que les Retina sortent du lot.

Une chose m’intrigue cependant : pourquoi m’a-t-il parlé d’une pile alors que l’appareil possède bien une cellule (toujours active) mais au sélénium ? Trop tard pour lui poser la question, ce sera l’occasion de quelques recherches …

Un peu d’histoire

Ce chapitre ne sera pas très long car je vous ai déjà présenté quelques Kodak Retina, comme le Retina type 149, le Retina IIC ou le Retina IIIC.

Pour mémoire, Les Retinette et Retina seront parmi les plus grands succès de Kodak. Peut-être parce que ce ne sont pas vraiment des Kodak ?

En effet, il faut aller voir chez August Nagel pour trouver l’origine de ces appareils. Rappelez-vous, en 1926, Contessa et Nettel intègrent le groupe Zeiss Ikon. Las, August aime trop son indépendance et il se lance dans une nouvelle entreprise et crée en 1928 la Nagel Werke ou Dr-August Nagel-Factory.

Seulement voilà, les années noires de 1929 passent par là et il doit trouver des fonds pour continuer son activité. Car il a commencé à développer un appareil en 135 capable de rivaliser avec Leica et Contax, tout en restant abordable : c’est la naissance des Retinette et Retina. Il développe aussi une autre évolution, celle de la cartouche préemballée de film 24×36 (celle que nous connaissons encore de nos jours !)

Il négocie le rachat de son entreprise avec Kodak, qui voit là un moyen d’élever la qualité de ses appareils (fabriqués aux USA) et de casser l’image de bas de gamme qui leur collait à la peau. La Kodak AG devient la filiale allemande de Kodak, avec à sa tête ce cher August Nagel, qui pourra alors développer les deux appareils, qui seront commercialisés pendant plus de trente ans sous de multiples versions : boitier avec viseur simple, avec télémètre, avec objectifs fixes, puis interchangeables et enfin des réflex mono-objectif. Le film en bobine sera là encore une autre réussite, que Kodak déclinera en centaines de versions.

Cependant, dès les années cinquante, les appareils japonais ont commencé à laminer l’industrie photographique allemande. Kodak AG ne fut pas épargnée et les derniers Retina seront de pâles descendants des Retina des débuts (par exemple, le Kodak Instamatic Reflex – 1968 – 1972 – n’est autre qu’un Retina Reflex à objectifs interchangeables mais qui utilise le film en cassette 126).

Les Retinette sont la version simplifiée et moins chère des Retina. Elles utilisent aussi le film 135 en bobine. Elles sont essentiellement avec un petit soufflet, comme les Retina, qu’elles perdront au début des années cinquante.

Rappelons encore que cet appareil est le premier à avoir utilisé le film 24×36, en 1934. On peut penser que celui-ci fut créé pour lui, ou inversement.

La gamme s’étend donc de 1934 à 1969 (belle longévité), avec cette qualité de fabrication qui fera bien défaut plus tard.

Bien évidemment, sur les 35 ans de carrière du Retina, les améliorations ont été nombreuses et progressives : on passe du simple viseur au télémètre (Retina I vers Retina II) ; puis la synchronisation du flash, le remplacement des boutons d’avance et d’armement par un levier (plus rapide et agréable à utiliser) ; l’adjonction d’une cellule au sélénium, non couplée puis couplée ; des objectifs fixes out interchangeables ; pour certains modèles, couplage de la commande d’ouverture et de vitesse sur base de la valeur d’exposition (EV).

Petit résumé des appareils à simple viseur (type I) :

Évolution des appareils photo Retina avec des modèles de 1934 à 1963, illustrant les changements et développements au fil des ans.

Et de la série avec télémètre (type II)

Évolution des appareils photo Retina II de 1937 à 1963, illustrant plusieurs modèles avec leurs années de sortie.

Bien que très bien construits et équipés, les Kodak se vendaient (un peu) moins chers que leurs concurrents, les Zeiss Ikon et les Voigtländer, les Leica et les Contax, bien évidemment.

L’année 1963 sera celle – a mon avis – du basculement car c’est à cette époque que Kodak lance le film en cassette 126, qui simplifie à l’extrême le chargement du film. La marque va alors privilégier des appareils plus simples (ce qui ne veut pas dire simplistes car de belles trouvailles s’y trouvaient aussi – voir les Instamatic sur le site) et fabriqués en masse. Car rappelez-vous, si Kodak a raté le coche de la photo numérique, dont elle était pionnière, c’est parce que les actionnaires de l’époque ont voulu garder la manne extraordinaire que représentait la vente des films et, accessoirement, des appareils (dans les années 80, plus de 80% des bénéfices de l’entreprise étaient issu de la vente des consommables).

Les Retina S1 et S2, produits à la suite de celui que je vous présente, seront (déjà) en plastique. On peut considérer que ce modèle sera un des derniers construit pour durer !

Présentation du Kodak Retina II F (type 047)

Vous vous en doutiez, si c’est un Retina avec le chiffre deux, c’est qu’il en eut un chiffre un avant. En l’occurrence, le Retina IF, qui n’était pas télémétrique. Une partie du châssis vient de la Retinette, la version plus abordable des Retina (pas de petite économie chez Kodak) dont la version sans soufflet est apparue en 1954.

Donc, notre Retina IIF est un appareil avec télémètre, couplé à l’objectif. Il sera mis sur le marché en 1963-64 et le quittera en 1967.

Outre le télémètre, il est équipé d’une cellule au sélénium (qui n’a donc pas besoin de piles), couplée à l’ouverture et à la vitesse.

Une aiguille, visible dans le viseur, en dessous du cadre collimaté et qui possède des marques pour la correction de la parallaxe. Un viseur bien clair et grand, avec le patch du télémètre au milieu, sous forme d’un rond (télémètre à coïncidence).

Une caméra vintage avec des étiquettes pour "EYE ÉLECTRIQUE" et "ÉCHELLE D'OUVERTURE DE LENTILLE" accompagnée d'une image d'une femme et d'une fillette jouant au bord de la mer.

Vu de haut, le Retina II F est très dépouillé : une roue aide-mémoire pour le film utilisé – je vais y revenir – jouxte une griffe porte-accessoire sans contact, puis un grand rectangle qui porte le nom du modèle.

Vue de dessus d'un appareil photo vintage Retina II F en argent, montrant l'objectif et le réglage de l'exposition.

Tiens, il n’y a pas de déclencheur ?

Si, bien certainement, mais celui-ci est en façade, vous verrez un peu plus loin.

Car je reviens sur la roue aide-mémoire : en fait, elle a deux fonctions, celle déjà décrite et la seconde lorsque l’on appuie dessus, ce qui la fait jaillir, permet de rembobiner le film terminé dans la chambre. Si vous tirez plus fort, vous n’ouvrirez pas le dos de l’appareil mais cela vous aidera à insérer une nouvelle bobine.

Vue supérieure d'un appareil photo argentique argenté, avec des détails sur les réglages et les boutons.

Pour ouvrir le dos de l’appareil, il faut faire tourner la roue qui est sous le boitier. C’est elle le verrou, ne tirez donc pas sur la tige au risque de l’abimer.

Image montrant une main utilisant un appareil photo avec un bouton, un levier moleté, et un bouton de rembobinage.

Le montage est très bien fait et les rainures sont gage d’une bonne étanchéité à la lumière.

Illustration d'un appareil photo avec des légendes identifiant ses différentes parties, telles que le socket flash, le viseur télémetre, et d'autres éléments techniques.

Venons-en à la face avant, elle aussi très sobre : au centre, une pièce métallique qui porte l’objectif. Et sur le côté de cette pièce, à droite, le levier du déclencheur.

Si la position ne nous semble pas habituelle, d’autres appareils faisaient pareil, comme les Praktica, les Voigtländer Vito CD, les Bilora Bella, par exemple. Lorsque ce type de déclencheur est doux, il génère moins de mouvement vers le bas que le déclencheur sur le capot et éviterait ainsi les flous de bougé en cas de vitesse lente.

Vient ensuite le bloc optique avec un objectif Schneider-Kreuznach Retina-Xenar de 45mm ouvrant à f2,8 et l’obturateur, un Compur-Special, qui donne des vitesses de 1s à 1/500s, plus une pose B. La synchronisation du flash (X) se fait à 1/30s et une prise PC est située au dessus du déclencheur sur le plastron métallique.

Le saviez-vous : le 45mm est plus large que le 50mm, même si ça se voit peu. Mathématiquement, il est plus proche que la lentille de 50mm (dite normale) pour la taille du cadre, car il est plus proche du champ de vision de l’œil humain. Il se rapproche aussi du 43mm qui est la diagonale du film 24×36.

On a souvent considéré les Schneider-Kreuznach Xenar comme moins bons que les Zeiss mais ils tirent quand même très bien leur épingle du jeu et à f8 ils sont excellents. Ici donc l’objectif, un Xénar de 45mm ouvrant f2,8, est un quatre lentilles de type Tessar, qui n’a pas à se cacher derrière le xénon à six lentilles 50mm f2 des modèles III-er en termes de performance d’images.

Ces objectifs acceptent les filtres Kodak à viser en 32mm. Comme l’objectif est fixe, on peut ajouter des compléments optiques comme les lentilles pour grands angles NI et NII (kit Model C) ou mini télé avec les lentilles R (3 modèles).

Et là, je vous sens curieux : qu’y a-t-il sous la plaque qui porte le nom et le modèle ?

Vue supérieure d'un appareil photo avec un éclairage et un indicateur de socket.

C’est l’implantation astucieuse du flash à ampoule, la plaque ainsi relevée servant alors de réflecteur pour l’éclair (et accessoirement de protection car ces ampoules pouvaient parfois éclater). Les lampes doivent être des types AG-1.

Vous aurez donc deviné que le F du Retina IIF est là pour le flash !

Le saviez-vous/vous en souvenez-vous ? Pour calculer la portée d’un flash, les constructeurs donnent une indication : le nombre-guide. Il s’agit du produit de l’ouverture multiplié par la distance en m sur un objet gris neutre. Soit pour une distance de 5m avec une ouverture de f 8, la formule NG = D x F = 40 ; autrement dit, pour trouver l’ouverture en fonction du nombre guide du flash NG/distance = f (ouverture). Un exemple : NG 50/2,5m (distance) = f6,3. Dans ce cas précis, il faudra utiliser l’ouverture la plus proche, soit f5,6

Ces ampoules sont généralement dans une boite qui reprend les caractéristiques du flash.

Ensemble de lampes Philips Photoflux AG1 avec une carte de spécifications.

Le saviez-vous ? Les ampoules sont en verre, remplies de gaz d’oxygène et de filaments de magnésium. Elles sont allumées électriquement par un contact dans l’obturateur de l’appareil photo ou une source d’alimentation externe basse tension (entre 5v et 21v). Une telle ampoule ne peut être utilisée qu’une seule fois puisque les filaments, très fins, brûlent. Attention, elle est très chaude et ne peut être manipulée immédiatement après utilisation. Certains flashs sont munis d’une protection car il peut arriver que l’ampoule explose. Il existe deux types d’ampoules, les AG1 et les AG1B. La différence est un film plastique bleuté qui recouvre les ampoules AG1B. Ces ampoules sont utilisées pour simuler la lumière du jour quand on utilise un film couleur équilibré pour la lumière du jour.

Cet agencement particulier du flash oblige alors le compteur de vue à migrer sous l’appareil ainsi que le bouton pour le régler.

Vue supérieure d'un appareil photo avec des étiquettes décrivant le compteur de film, l'avance du compteur et le levier d'entraînement rapide.

C’est là dessous aussi que se situe le levier d’armement rapide. C’est d’ailleurs une des particularités des Retina.

Une vue en plongée d'un appareil photo vintage noir et argent, montrant l'objectif, les boutons et les réglages sur le dessus.

Si cet emplacement est surprenant, là encore d’autres l’ont fait avant Kodak (comme le Ricoh 35) et, finalement, avec un peu d’habitude, on s’y fait très vite et cela reste assez discret comme manœuvre.

RETINA IF et IIF

Ah, au fait, et ce couvercle manquant pour une pile ?

Vous ne l’aviez pas oublié, tant mieux. De fait, ce couvercle est sous l’appareil, entre le levier d’armement et la verrou. Cette pile, une antique PX-13 au mercure, que l’on peut remplacer par une PX625A, ne sert qu’à alimenter le flash, qui a besoin de courant pour fonctionner et faire brûler l’ampoule. Ce n’est pas l’élément le plus important mais si je trouve un bouchon compatible, pourquoi ne pas l’y fixer.

Prendre une photo avec ce Retina suppose 5 actions : armement avec le levier à course rapide, réglage de la vitesse, réglage de l’ouverture en regardant l’aiguille du posemètre dans le viseur, réglage de l’image avec le télémètre et déclenchement.

Avec un peu d’entrainement, tout se fait très vite.

Mais je reviens un instant sur le combiné objectif/obturateur.

Comme l’appareil est muni d’une cellule, il faut en régler la sensibilité (de 25 à 1250 Asa) pour ajuster celle-ci.

Le réglage de la sensibilité du film se fait avec un anneau autour de l’objectif, par dessous (chiffres rouges).

Détail d'un objectif de caméra montrant le cadran de vitesse d'obturation avec des valeurs numériques et une indication de verrouillage.

Un second anneau, celui du réglage de la vitesse est presque à l’extrémité du fut. Il est bien cranté, sans être dur.

Gros plan sur le dessus d'un appareil photo montrant les anneaux de vitesse et d'ouverture.

Ensuite, l’anneau pour régler l’ouverture est plus près du corps de l’appareil, fluide, sans crantage.

Vue rapprochée de diverses bagues sur un objectif d'appareil photo, incluant l'anneau des distances, l'anneau des vitesses et l'anneau des ouvertures.

Bien que ce soit un télémétrique, il y a une échelle de profondeur de champ, pour les photos que l’on prépare à l’avance (comme en photo de rue).

Un gros plan du réglage de mise au point d'un appareil photo Kowa avec des indications sur la distance minimale et maximale de mise au point.

Ce que j’apprécie sur cet appareil, c’est qu’il évite le système EV, qui couple l’ouverture à la vitesse et que ses concurrents utilisaient encore.

Pour le reste, il est magnifique dans son sac tout prêt en excellent état.

Que penser de cet appareil ?

C’est toujours subjectif mais je le trouve beau.En tout cas, il a traversé les ans avec panache : les cuirs sont impeccables, les chromes aussi et toute la mécanique fonctionne parfaitement, même la cellule au sélénium.

Et lorsque des personnes vous abordent, elles sont sidérées que ce soit un Kodak.

C’est un appareil que l’on peut porter dans son sac tout prêt, car il y a des crochets pour attacher une lanière. Par contre, le fait de ne pas l’utiliser fait que la cellule est alors toujours exposée à la lumière et donc – si elle est encore fonctionnelle comme ici – va s’user plus vite. L’entre deux serait de le porter dans un petit sac, avec un dragonne toute simple.

L’appareil fait son petit poids mais ce n’est pas désagréable et ça assure une bonne stabilité.

Pas de soucis majeur pour charger (et pourtant, Kodak a bien inventé les cassettes 126 et 110 pour le simplifier ce chargement !). Juste ne pas oublier de régler ensuite le compteur de vue.

Se promener avec lui offre un confort d’utilisation certain et, surtout, il n’est pas commun ! Produit seulement à environ 30.000 exemplaires, ce n’est pas un appareil rare mais suffisamment que pour qu’on s’y intéresse, et pas seulement pour la collection.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Type : appareil photo télémétrique 35 mm
  • Objectif : Retina-Xenar 45mm f/2.8
  • Obturateur : Compur, 1-1/500 + B, avec synchronisation flash, déclencheur à câble et minuteur
  • Plage de vitesse du film : 12-1250 ASA
  • Diaphragme : f/2.8 réglable en continu à f/22, marquages à un stop
  • Viseur : viseur à hauteur des yeux, cadre lumineux
  • Mise au point : mise au point coïncidente couplée par image à distance, 1 mètre à l’infini.
  • Exposition : Centrage à l’aiguille/manuel
  • Mesure : cellule sélénium
  • Transport du film : avance à levier simple course (sur la base)
  • Flash : Ampoule AG-1 dans un porte-flash intégré, prise PC pour les flashs électroniques
  • Douille trépied : Douille standard
  • Filtres : Série VI / 32 mm à visser
  • Pile PX625A pour alimenter le flash
  • Années de production : 1963 -1964

Des références

https://fr.wikipedia.org/wiki/Kodak_Retina, https://fr.wikipedia.org/wiki/Kodak_Retina, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Kodak_Retina_IIF, https://retinarescue.com/retina2f.html, https://photoethnography.com/ClassicCameras/KodakRetina.html, https://www.kodaklist.com/cameras/KODAK-RETINA-IIF-Camera, https://kodak.3106.net/index.php?p=301&cam=916, en anglais ; https://www.supernovamedia.de/retina-iif.html, en allemand

Argentique

Un appareil de poche vintage ? Pensez au Puck

Préambule

Nous sommes le 08 mars 26 et dehors il fait près de 18°C !

Nous, nous sommes enfermés à l’intérieur car nous avions réservés pour une des premières dates de brocante – couverte – sur Ath et au profit de l’Unicef. Bien nous en a pris – enfin en tout cas pour moi – car j’ai retrouvé là un Monsieur à qui j’ai déjà acheté des appareils, collectionneur qui essaie de liquider doucement ses nombreux appareils, car ni ses enfants ni nombreux petits enfants ne montrent d’intérêt pour la chose photographique.

Cela n’a pas manqué, j’ai trouvé sur son stand de quoi alimenter encore le site de quelques petites perles intéressantes.

La première tient dans une poche de pantalon ou de manteau, sans soucis. C’est un modèle inédit pour moi et je sens que je vais devoir chercher des infos à son sujet. Vous allez les découvrir.

Un peu d’histoire

Honnêtement, ce ne fut pas facile car la société à l’origine de cet appareil n’a, semble-t-il, pas laissé beaucoup de traces dans l’industrie métallurgique allemande.

La Metalfabrik Eugen Ising, Bergneustadt (Rhénanie, Allemagne) a fait l’objet d’un livre, en 1996 mais ma connaissance de l’Allemand va me dispenser d’en faire et la lecture et l’acquisition.

En résumé, Eugen Ising a créé une fabrique de produits métalliques, vers 1890, qui produisait essentiellement des trépieds (y compris pour l’armée allemande, trépied pour système optique), des flashs, des projecteurs de films, des engins pour visualiser les images animées, des trépieds à boule et douille pour Agfa et, in fine, quelques appareils photo, dont un Pucky fabriqué en … bakélite (cherchez l’erreur !) au tournant des années vingt et jusqu’au seuil des années trente. Elle produisait quand même 130.000 unités par an.

Dans les appareils photos, outre donc le Pucky en bakélite, elle fabriquera aussi :

  • des Puck, appareils télescopiques avec objectif Steinheil München Cassar de 50mm ouvrant à f2,9 et obturateur Compur-Rapid B 1-/500 sec ou des Rodenstock Trinar de 45mm ouvrant à f3.5 et obturateur Prontor II B 1-/250 sec, voire un mélange des deux (celui que je vais vous présenter, image de 4×3). Vers 1948 – 1950, produit à environ 10.000 exemplaires.
  • des Isis, appareils télescopiques en 6×6 (1954)
  • des Pucky, 6×6 pseudo TLR (différents modèles – 1950) ou des Isoflex, 6×6 pseudo TLR (une variante sous un autre nom du Pucky 1)
Affiche d'exposition sur les appareils photo de 1890 à 1960, indiquant les dates et les événements au Heimatmuseum Bergneustadt.
Une affiche colorée présentant l'histoire de l'appareil photo Pucky de la société Ising, avec des images d'appareils photo anciens et des références à des photographes et des souvenirs photographiques.

Il semblerait que l’entreprise ait produit quelques articles accessoires jusqu’en 1970, puis elle s’est recentrée sur son cœur business, les ateliers mécaniques et s’est retirée du monde de la photographie.

Les appareils qu’elle a fabriqué ne sont pas sophistiqués, sans être mauvais. Ils étaient sans doute destiné à un public d’amateurs.

Elle a toutefois produit assez que pour l’exportation car on retrouve des Pucky sous le nom de Bolsey-Flex (importateur Bolsey) et Tower 120 Flash (importateur Sears).

Ici nous allons voir ce que cache un Puck, tout petit, tout mignon, en film 127.

Présentation du Puck

Le Puck n’est guère plus grand qu’un Rollei 35 et, comme lui, propose un objectif sortant.

La comparaison s’arrête là car les 2 appareils sont diamétralement différents.

De prime abord, ce petit boitier semble très simple mais il nous réserve quelques surprises.

Comme son obturateur, un Gauthier Prontor II qui offre quand même des vitesses de 1s à 1/250s, plus une pose B et une synchro flash (prise PC). La vitesse se règle grâce à la roue dentée sur le pourtour. On arme l’obturateur avec un levier et on déclenche avec un second, placé plus bas. Il y a même un minuteur. Cet obturateur étant central, j’en déduis que la synchro flash se fait à toutes le vitesses.

Ancienne caméra avec objectif Prontor II, présentant des réglages de vitesse d'obturation et une lentille visible.

Le combiné objectif/obturateur est donc télescopique. Bon, c’est pas gagné pour le faire sortir, sans doute un peu d’oxydation.

Sur ce combiné, un objectif Steinheil München Cassar de 50mm ouvrant à f2,8. La mise au point minimale est à 1,2m jusque l’infini.

Bon, génial, j’ai réussi à sortir l’objectif et à le bloquer en position mais depuis, il refuse de revenir en place. Au lieu de cela, je me retrouve avec le combiné obturateur/objectif en main !

Je vais en profiter pour nettoyer les lentilles, c’est déjà ça de gagné. Cela m’a encore permis de débloquer le petit levier, plaqué contre le corps du combiné et qui permet de régler l’ouverture, de f2,8 à f16.

Finalement, une ouverture à f2,8 n’est pas courante à cette époque. Pourtant, c’est un design de lentille anastigmate de base à trois éléments en trois groupes. Ici, il est monté sur une rampe hélicoïdale, très fluide, sans arrêt. En monture M42, cette optique est réputée, pourquoi serait-elle mauvaise ici ?

Evidemment, pas de traitement anti-reflets, il faudra y faire attention.

Pour le reste, un discret verrou sur la tranche gauche permet d’ouvrir le dos monté sur charnière et découvre la chambre. N’oublions pas que ce Puck utilise du film en bobine 127 (appelé A8 chez Agfa), ce qui dispense le boitier d’avoir un compteur de vues puisque le papier qui protège le film porte les nombres de photos. Sur la porte d’ailleurs il y a deux fenêtre, que l’on peut occulter. Ce film a une largeur de 46mm et il était destiné aux appareils compacts.

Les formats habituels étaient le 4×6,5cm (8 photos par film) ou 4x4cm (12 photos). Mais ici aussi (comme en 135), il existe du demi-format et la chambre du Puck fait 28x37mm. D’où les 2 fenêtres : le chiffre 1 apparait à droite (comme en plein format) et le chiffre 2 à gauche ensuite (parce que c’est un demi-format, les images 1 et 2 sont sur une même longueur de film).

Diagramme montrant les dimensions de l'Ising Puck (28 x 37 mm) par rapport à la taille du cercle d'image de l'objectif et à un film 135 pour comparaison.

Malin, non ? Ensuite, une plaque de pression incurvée (ressort très souple) est fixé sur le dos du boitier, percée elle aussi pour les deux fenêtres.

Et enfin, il y a une troisième ouverture, celle du viseur, qui traverse la chambre et tout le corps du Puck. Il est minuscule mais donne une idée assez approximative de ce que l’on veut capter, en vertical bien sûr.

Que dire de plus ? En dessous, un filetage pour installer l’appareil sur un trépied et autour, un pied repliable qui permet au Puck de rester bien à plat sur une surface plane, sans piquer du nez.

Appareil photo vintage avec un design noir et argent, vu de face.

Sur le capot, deux molettes : celle de gauche fait avancer le film que l’on place à droite et celle de droite est simplement une aide à la mise au point avec une échelle de profondeur de champ. Comme le 127 se déverse d’une bobine sur une autre, pas besoin de rebobiner, il suffira de retirer le film terminé et de coller la languette pour éviter que la bobine ne s’ouvre (comme pour le film 120).

Que penser de cet appareil ?

C’est sa taille et sa bouille sympathique qui m’a attiré vers lui en premier.

Ensuite, au fur et à mesure des recherches, je me suis aperçu que ce petit boitier était, finalement, bien intéressant et relativement rare.

A la réflexion, je me dis quand même qu’au temps de l’argentique il y avait des appareils qui, sous des dehors très simples, cachaient des solutions techniques originales et performantes, à coût raisonnable.

De plus, dans ce gabarit réduit, ils avaient trouvé le moyen de placer un viseur, certes riquiqui mais suffisant.

Vais-je utiliser ce Puck ? Non car hélas le labo avec lequel je travaille ne peut plus traiter les films 127, ils leur manque une pièce, introuvable, sur leur machine.

Tant pis, il reste une belle pièce collectionnable, que je proposerai à la vente lors d’une Foire, par exemple.

Un peu de technique

  • Appareil compact demi-format (3×4) pour film 127 en rouleaux
  • Objectif Rodenstock-Trinar 4,5 cm f/3,5 ; Steinheil Cassar 5cm f/2.8, ou Staeble Kata 50mm f/2.8.
  • Obturateur Prontor II à fermeture centrale, B-1-2-5-10-25-50-100-250. Également avec le Compur-Rapid (jusqu’à 1/500 s) ou le Vario (B-25-75-200).
  • Mise au point manuelle sur l’objectif (à partir de 1 m ou 1,2m) en ajustant l’objectif avant
  • Viseur simple, très petit viseur
  • Prise flash sur l’obturateur.
  • Transport du film avec bouton rotatif, double fenêtre rouge pour le demi-format
  • Minuteur automatique
  • Bouton de profondeur de champ sur le dessus (sabot d’accessoires sur les versions ultérieures)
  • Filetage de trépied 1/4′
  • Support pliant
  • Accessoire : sac tout prêt
  • Dimensions, poids environ 100x70x47 mm, 360 g
  • Année(s) 1948-1950, probablement moins de 10 000 exemplaires au total.

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-5949-Ising_Puck.html, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Puck, https://mikeeckman.com/2020/10/ising-puck-1948/, https://camera-wiki.org/wiki/Ising, https://www.artdecocameras.com/cameras/ising/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Ising , en anglais ; https://knippsen.blogspot.com/2019/09/ising-puck.html, https://nat.museum-digital.de/people/238033,https://kameramuseum.de/firmen/ising/, https://www.yumpu.com/de/document/read/5743918/fotoapparate-1890-heimatmuseum-bergneustadt/2, en allemand

Argentique

Un Voigtländer Vito qui a bien souffert …

Préambule

Un matin humide de février. La météo nous promet un peu de soleil pour la fin de matinée, mais là, nous l’attendons avec impatience, il fait frais et même les plus endurcis des brocanteurs ne sont pas nombreux …

En passant devant un stand, je vois cet appareil, qui m’intrigue. Mais je constate qu’il est en mauvais état ; passons, je verrai bien si je ne trouve rien d’autre, c’est un des premiers vendeurs.

Finalement, je reviens car je n’ai trouvé que ce bel ensemble que je vous ai déjà proposé, une chambre F. Deckel et son trépied.

Je prends le petit appareil en mains et j’essaie de l’ouvrir ; impossible, il est bloqué ou il y a une manœuvre que je ne connais pas. Je me tourne vers le vendeur pour lui demander comment faire, mais lui non plus n’en sait rien. Ou plutôt, il fait les mêmes gestes que les miens pour un résultat identique : il ne s’ouvre pas.

Je lui propose que je fasse un dernier tour, le temps qu’il trouve … et un quart d’heure plus tard, il n’a pas avancé d’un iota : c’est bien le moment de négocier un tout petit prix pour ce boitier récalcitrant, et ça marche, il me le cède car il ne réussira pas à le mettre en état de vente.

Pour ma part, j’ai bien une petite idée et mon canif Suisse en poche, qui va encore débloquer la situation loin des regards …

Un peu d’histoire.

Ici encore je ne vais pas m’étendre trop longtemps, c’est une marque que j’ai déjà souvent analysée sur le site, du minuscule et moderne Vitoret EL 110 à l’ensemble exceptionnel du Bessamatic De Luxe, en passant par plusieurs déclinaisons des Vito (le Vito CD par exemple) et quelques folding de légende comme le Bessa I ou le populaire Perkeo I.

Juste rappeler que Voigtländer est sans doute une des plus anciennes marques actives dans l’optique et la photographie puisqu’elle fut créée par Johann Christoph Voigtländer à Vienne, Autriche, en 1756.

En 1850, il est un des plus grands fabricants et vendeurs de matériel photographique en Allemagne. Jusqu’au seuil de la Grande Guerre (1914 – 1918), les appareils sont des chambres portables à plaques de verre et des pliants avec film 120.

Il faut attendre les années trente pour qu’un nouveau format prenne petit à petit le contrôle du marché, le 24x36mm. Ce film répond à la demande du marché des Leica (1925), des Contax (1932), des Kodak Retina (1935). Trois formats de films vont donc encore cohabiter : les 127, le 120 et le 135. Notons qu’ils existent encore tous les trois de nos jours.

Comme d’autres fabricants, Voigtländer va peu à peu diminuer la taille de ses appareils et favoriser leur portabilité. En effet, longtemps réservé à une élite, l’appareil photo entre dans les mœurs, notamment grâce à Kodak, Agfa, Balda, Franka, Iloca, etc. qui produisent des boitiers de qualité à des prix plus démocratiques, favorisant l’achat non seulement des appareils mais aussi des films, de la chimie.

Les premiers boitiers vraiment de poche seront le Bessa (1929) et le Perkeo (1950), tous deux en format 120. Ce sont encore des pliants et lorsqu’ils sont fermés, on peut réellement les glisser dans une poche ou un petit sac. De quoi les avoir tout le temps sur soi.

Et pour répondre à la nouvelle tendance des appareils à film 135, face au Contax, ils vont proposer le Prominent (haut de gamme), les élégants Vitessa face aux Leica. Avec une bonne dizaine d’années de retard sur leurs concurrents, toutefois.

C’est donc comme une solution temporaire que ce Vito sort : il ne se positionne pas comme un haut de gamme mais comme un appareil capable de rivaliser avec les appareils 24×36 de la concurrence, comme l’Agfa Silette, les Zeiss Contessa et Contina, le Beirette, le Paxette de Braun, le Franka, etc. Des appareils de moyenne gamme destinés à répondre à la demande des amateurs toujours plus nombreux au sortir de la seconde guerre mondiale.

Ils n’ont rien révolutionné et plutôt pris le même chemin que leurs concurrents, à savoir un appareil pliant mais au format 135. Une sorte de Bessa et Perkeo mais en modèle réduit.

Maintenant, pour avoir choisi ce nom ? Vito signifie éviter en latin. Quoi, une perte financière, une aura, … on ne le saura sans doute jamais mais c’est finalement un nom qu’ils vont utiliser une bonne vingtaine d’années, avec toutes les déclinaisons ultérieures du Vito premier du nom.

De fait, il y a deux grandes catégories chez les Vito : les pliants, introduits dès 1939, marqués ensuite en chiffres romains de II, IIa à III (et non, il n’y a pas de Vito I car à l’époque, étant le premier, il ne devait pas être nommé comme tel).

Le tout premier Vito était prévu pour le film 828 de Kodak (voir le Kodak Pony), qui était un film non perforé au format 28x40mm. Seulement, la guerre est passée par là et ce type de film a été abandonné par Kodak et … Voigtländer, qui a opté pour le 135.

Les Vito II et IIa étaient encore forts proches du premier du nom, seule l’esthétique changeait mais ils étaient tous les deux des appareils avec un simple viseur. Par contre, le Vito III était un télémétrique.

Le premier Vito et les numéros deux étaient équipés d’un objectif Skopar ouvrant à f3,5 tandis que le troisième recevait un objectif Ultron ouvrant à f2.

Quant à la seconde catégorie, c’est celle des Vito compacts et rigides dont je vous ai déjà présenté quelques exemplaires (comme le Vito CLR, le Vito CSR, le Vitoret, le Vitomatic IIa, par exemple)

Les Vito étaient les appareils destinés aux amateurs, même s’il y en eut de très beaux et complets, tandis que les Vitessa étaient des milieux de gamme et les Prominent, hauts de gamme, destinés aux professionnels. Il y eut encore des réflex mono objectif comme les Bessamatic et Ultramatic.

Finalement, en 1956, Voigtländer sera racheté par Carl Zeiss AG et Zeiss Ikon, qui cessera la production d’appareils photo en 1971. La gamme Vito, sous toutes ses appellations, sera sous licence, ce qui permettra de la relancer dans d’autres formats comme le 110 par Rollei (Vitoret 110) ou dans l’éternel format 135 par Balda (1980) et même Samsung (1990).

Présentation du Vito, premier du nom

Les premiers Voigtländer Vito sont produits en 1939 et lorsque la guerre éclate, tout s’arrête. Il faudra attendre 1947 pour que les appareils reviennent sur le marché, avec quelques modifications, notamment l’obturateur qui passe du Compur initial au Prontor. L’objectif de 50mm possède une particularité : un filtre jaune est monté autour de lui, avec une charnière, qui permet de le relever si on n’en a pas besoin. Cette formule n’existe que sur les appareils d’avant guerre.

L’objectif reste un Skopar, dérivé du Zeiss Tessar (ça pouvait être pire !). On peut classifier les modèles de cette manière :

Voigtländer Vito (appareils photo en chiffres romains) 1939 – 1947
Vito II (1950)
Vito III (1951)
Vito IIa (1955)

Le deuxième du nom se distingue par un capot plus large où le viseur est intégré (plus de saillie). L’objectif était alors un 50mm ouvrant à f3,5 qui reçoit la mention Color-Skopar et il reçoit soit un obturateur Prontor, Prontor II, Prontor S (vitesse maximale de 1/300s) ou un Synchro-Compur, voire un Compur-Rapid (vitesse maximale de 1/500s). Il recevra par la suite une griffe porte-accessoire dite froide (sans contact).

Le Vito IIa reprend l’objectif du II mais il ne garde qu’un bouton sur le capot (au lieu de deux) et son viseur est agrandi.

Le Vito III opte pour un plateau rabattable au lieu de deux charnières latérales pour l’ouverture/fermeture pliage. Cette fois, il est un télémétrique, couplé avec un objectif Ultron de 50mm ouvrant à f2, qu’il partage avec le Vitessa et le Prominent.

Comme signalé plus tôt, l’appareil initial est prévu pour le film 828, qui donne un négatif de 30x40mm, négatif qui n’est pas perforé et donc il n’y a pas d’engrenage d’entrainement sur le pignon.

Celui que je vous présente a, semble-t-il bien, souffert :

  • la cuirette, qui n’était déjà plus d’origine (les noms embossés dedans n’apparaissaient plus) et elle était décollée un peu partout quand pas tout à fait disparue. Je l’ai remplacée par un cuir synthétique coupé sur mesure
  • l’objectif est un Skopar de 50mm ouvrant à f3,5
  • l’obturateur est un Prontor II mais la vitesse maximale est de 1/200s
  • Il faut absolument l’aider pour faire sortir le combiné objectif/obturateur
  • le déclencheur est débranché (et impossible de démonter car tout est riveté)
  • il faut lui demander très gentiment pour le rentrer dans le boitier et il ne le fait pas de bonne grâce
  • il manque un minuscule ressort de rappel, impossible à remettre sans démontage

Bref, je vous le montre mais il n’est plus fonctionnel (j’en ai profité pour le démonter, au cas où, mais impossible de le réparer).

Sa forme n’est pas sans rappeler le Weltix (deux articles) ou le Zeiss Ikonta 522/24, voire le Kodak Retina IIIc : ils ont tous sensiblement la même compacité, le même système d’ouverture et l’unité de film, le 135.

Mais commençons par le début :

Vue d'une caméra vintage avec un design rétro en noir et blanc, posée sur un fond blanc.

Sa forme est assez épurée : un petit capot avec de chaque côté une roue (à droite, l’avance du film ; à gauche, le rebobinage du film, l’avance rapide, l’éjection de la cartouche) et au milieu, le viseur légèrement en saillie. Entre la roue de droite et le viseur, le compteur de vue.

Le viseur est de type galiléen inversé, vraiment pas grand (5mm x 2,5mm) mais lisible (mais on n’y voit que la moitié de l’image réelle). Vous aurez remarqué qu’il n’y a pas de griffe porte-accessoires, pourtant il y a une prise PC sur le combiné objectif/obturateur, un clip était en option. A partir du numéro deux, deux rivets ajoutés à la face avant vont permettre de clipser l’accessoire particulier.

Passons au dos du Vito. Sous la pièce basculante, vous verrez une roue dentée. C’est elle qui permet de régler le compteur de vue et si cette pièce est soulevée, elle vous permet de rebobiner le film dans sa cartouche.

Voyez le petit pont, sous la roue d’avance : il sert à fixer une dragonne, l’appareil n’étant pas muni d’œillets pour le faire.

Vue latérale d'un appareil photo vintage avec un revêtement en cuir marron.

Par dessous, un filetage pour un trépied, un petit bouton, celui qui sert à déverrouiller la porte avant. Notez bien que même si tout va bien, elle ne s’ouvre pas complétement, il faut l’aider à aller jusqu’au bout et tirer sur l’ensemble pour le verrouiller à sa juste place.

Si vous regardez bien, vous verrez aussi 3 petits pieds (le 3ème est sur le bas de la porte) qui permettent de placer l’appareil bien à plat sur une surface solide. Utile, en combinaison avec le minuteur, pour les photos de groupe.

Appareil photo vintage en cuir brun, vu de côté, avec des éléments en métal.

Une fois la porte ouverte avec votre aide, le combiné objectif/obturateur sort et se place en bonne position.

Appareil photo rétro Voigtländer avec objectif Skopar, coque en cuir marron.

L’objectif est bien marqué Skopar, de 50mm et d’ouverture f3,5. L’obturateur est un Gauthier (voir le logo en face du nom) Prontor II. Au sujet de la lentille, quelques remarques utiles je pense : elle n’est pas traitée contre les reflets et est plus spécifiquement prévue pour le N/B. La mise au point minimale est de 1m jusque l’infini. Deux repères pour l’hyperfocale sont notés sur le pourtour : à f5,6, net de 5m à l’infini et à f16, net de 2,5m à l’infini).

L’obturateur propose des vitesses de 1/5, 1/10, 1/25, 1/50, 1/100 et 1/200s, plus une pose B et une prise PC mais sans indication de la vitesse de synchronisation, sauf ce tableau :

Table des paramètres de synchronisation des flashs, indiquant les réglages recommandés pour différents types d'ampoules et flashs électroniques.

Le petit levier avec un point rouge est celui du minuteur, qui fait ce qu’il peut et est assez fantaisiste pour le temps, quand on arrive à l’actionner. Petit rappel à ce sujet : d’abord armer l’obturateur (le levier au dessus, à faire basculer vers l’avant) puis actionner le minuteur (à pousser dans le sens horaire), puis déclencher. Normalement, on peut déclencher l’appareil en appuyant sur la barre fixée au dessus de la porte, ou avec un câble fileté. Ici, rien ne fonctionne, à cause de ce f … ressort qui a mis les bouts !

Un appareil photo vintage en cuir marron avec un logo en métal sur le devant.

Le dos de l’appareil s’ouvre en tirant vers l’arrière le bord noir, qui est le verrou. Bien le soulever et le rabattre quand vous fermez le boitier pour éviter les mauvaises surprises.

La chambre de cet appareil est déjà au format 24×36 mais les pignons ne sont pas munis de roue pour le guidage du film. Seule la fente de la bobine, large, va guider celui-ci, aidée par la plaque de pression sur la porte.

J’ai aussi lu chez quelques auteurs qu’il était bien possible que l’on ait utilisé du film en cassette rechargeable (comme chez Zeiss Ikon et Leica par exemple). Dans ce cas, il ne faut pas rebobiner le film, celui-ci entrant dans la cassette réceptrice au fur et à mesure. La molette se soulève d’ailleurs pour permettre de glisser soit une cassette, soit une bobine dans la chambre.

Puisqu’il n’y a pas de roue d’entrainement du film, le compteur de vue fonctionne avec un palpeur rattaché, je pense, à la roue d’avance du film.

Ce qui me fait aussi me poser une question, n’ayant pas de boitier de 1939 sous la main : si on pouvait utiliser du film 828, c’est-à-dire un film enrobé par un papier, comme le film 120, un compteur de vue n’est pas nécessaire mais il devait y avoir une fenêtre rouge au dos pour lire les numéros de vues. Qu’en pensez-vous ?

Que penser de cet appareil ?

Honnêtement, je suis déçu, car j’aime bien ces petits boitiers qui se glissent dans une poche. Mais ici, rien à faire, je ne sais pas le réparer : outre le petit ressort qui a pris la clé des champs, le mécanisme du déclencheur est usé et abimé au point qu’il faudrait refaire la pièce pour le réutiliser.

Comme je le soulignais ci-avant, je l’ai démonté pour essayer de trouver une manière d’atteindre le mécanisme du déclencheur ou, à tout le moins, voir comment cela fonctionnait Je vous livre ici les images :

Reste que la valeur de ce Voigtländer Vito ne vaut pas tout ce travail. Par contre, il fait un joli et peu encombrant presse-papier sur un bureau.

Ceci étant, pour ceux qu ont la chance d’en avoir un fonctionnel, c’est un chouette petit appareil typique des années 40 et 50 (pour les suivants), facile à employer et donnant de bons résultats, nous sommes quand même chez Voigtländer !

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

  • Viseur : Simple viseur newtonien inversé – montre l’image à environ la moitié de la taille naturelle. Pas de lignes de cadre ni de marquages de parallaxe.
  • Mise au point aidée par l’échelle de profondeur de champ gravée sur le fut de l’objectif
  • Objectif : Skopar de 50mm f/3.5 (4 éléments répartis en 3 groupes). Sans revêtement contre les reflets
  • Filtres à pression de 31 mm ou 29 mm selon le modèle
  • Mise au point minimale : 1m.
  • Diaphragme : f3.5 à f16. Dix lames.
  • Obturateur : obturateur Prontor II (B, 1/5, 1/10, 1/25, 1/50, 1/100 et 1/200s). Minuteur et prise flash
  • Prise filetée standard à côté du déclencheur d’obturateur.
  • Taille : 125 x 71 x 39 mm (L x H x D) lorsqu’il est fermé.
  • Poids : 370g.

Des références

https://fr.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder, https://parlonsargentique.com/voigtlander-vito-i-fiche-technique-avis/, https://focusargentique.fr/appareil-photo/voigtlander-vito/, https://mes-photos-2012.overblog.com/2017/12/voigtlander-vito.html, https://parlonsargentique.com/voigtlander-vito-i-fiche-technique-avis/, en français ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder, https://en.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder_Vito, https://camera-wiki.org/wiki/Vito, https://oldcamera.blog/2013/05/14/voigtlander-vito-i/, https://cameracollector.net/voigtlander-vito-family-list/, https://cameramill.co.uk/voigtlander-vito-film-camera-millys-cameras/, en anglais ; https://blende-und-zeit.sirutor-und-compur.de/thread.php?board=3&thread=288, https://www.peterwellner.de/voigtlaender.html, en allemand

Argentique

Pas si Minox que ça cet 35 AF

Préambule

Première journée printanière ce 1er mars 2026, avec du soleil en plus ! L’idéal pour faire l’une ou l’autre brocante extérieure, même si celles-ci sont encore rares.

Sur la brocante permanente de Bois de Villers, j’ai trouvé quelques appareils intéressants, que je vous réserve sous peu mais ici, c’est à Jemeppe-S-Sambre que je l’ai trouvé.

Il trônait dans une vitrine à côté de quelques Minolta 16 et d’autres plus classiques, dont un Canonet 28 première génération mais qui ne m’inspirait rien.

J’ai donc jeté mon dévolu sur ce petit appareil. Après avoir manipulé une chambre, c’est reposant.

Un peu d’histoire

Cette partie a déjà été abordée lorsque je vous ai présenté les Minox B, LX et le Minox 35 GT. Car non content d’avoir fait des trous dans les poches des espions avec les 2 premiers cités, ces personnages de l’ombre vieillissant aussi, on leur à construit des appareils plus adaptés à leur vue déclinante, les 35 qui utilisaient du film 24x36mm.

Les deux premiers utilisent un film toujours produit, le 8x11mm, très petit, alors que les Minox 35, comme je l’écrivais, utilisent du film classique, le 24×36. Dès lors, les appareils ont pris de l’embonpoint, quoique, parlant d’un Minox, c’est presque une insulte !

Ces derniers se glissent toujours dans une (plus grande) poche mais restent étonnamment petits dans le monde de l’argentique. Leur grand rival étant le Rollei 35, tout aussi compact une fois fermé mais qui les dépassait lorsqu’il fallait sortir l’objectif pour le mettre en batterie.

Bref, de 1974 (Minox EL, le premier de la gamme) jusque 2004 (Minox GT-S), ils sont restés les lilliputiens du film 135.

Toutefois, si à l’époque ils étaient des concentrés de technologie, celle-ci les a rattrapé et dépassé avec, par exemple, l’autofocus. Que Minox a tardé à faire entrer dans ses petits appareils. Il faudra attendre la Photokina de 1988 pour qu’ils sortent celui que nous allons découvrir, le Minox 35 AF (soit près de dix ans après Konica, Minolta, Canon et consorts).

C’est aussi le premier de la gamme 35 a perdre sa porte basculante et son objectif sortant.

Disons le tout de suite, ce modèle est le mal aimé de la bande car son design change et il n’est plus considéré comme un sub miniature du fait de son élargissement dû au module autofocus. Oh, il n’est pas beaucoup plus grand (107.5x68x41 mm contre 100x61x31mm), mais que voulez-vous, les histoires de famille … Ils ont été jusqu’à l’exclure de l’arbre généalogique !

Il ne démérite pas, toutefois on ne retrouve pas la compacité solide des modèles 35 avec abattant, qui sont construits dans un plastique spécial, très résistant (le makrolon renforcé de fibres de verre) alors que l’autofocus est dans un autre plastique (Novodur renforcé par fibre de verre).

Tiens, au fait, savez-vous pourquoi la majorité des Minox 35 est de couleur noire matte ? Tout simplement à cause de la fibre de verre incluse dans le Makrolon ou le Novodur. Car celle-ci est brillante et peut refléter la lumière. C’est pourquoi on ajoute une teinte noire matte afin de contrer ces effets indésirables.

D’autres Minox autofocus seront produits, le Minx AF-90 (1990) et le Minox AF Mini (1994), mais leur design sera tout à fait différent de celui des originaux et – mais c’est très subjectif – nettement moins attrayants.

Avant de vous présenter ce 35 AF plus en détail, sachez que Minox sera repris par Leica en 1996.

Présentation du Minox 35 AF

Hormis les puristes qui lui reprochent ses 0,0007×0,0007×0,0010m de plus que ces frères, il reste compact et facilement mettable dans une (grande) poche ou un petit sac.

Un appareil photo compact Minox 35 AF avec objectif Minoxar de 32 mm, fabriqué en Allemagne.

Et si on peut regretter que l’objectif ouvre maintenant à f3,5, on gagne quand même en profondeur puisqu’il passe au 32mm (quatre éléments en 3 groupes, avec filtre lumière intégré pour réduire le flare). En photo de rue, c’est toujours utile. S’il est 1cm plus épais, c’est aussi parce que l’objectif ne sort plus, le mouvement étant remplacé par le travail de l’autofocus.

C’est un appareil fait pour vous simplifier la vie : le sigle DX signale qu’il lit le codage des bobines et règle la sensibilité de la cellule en fonction (de 100 à 640 Iso. A défaut de codage, réglage à 100 Iso) ; c’est un appareil à exposition automatique, avec des vitesses de 1/30s à f3,5 et 1/500s à f11 ; en cas de faible luminosité, l’obturateur se verrouille si on descend sous le 1/30s ; la plage de réglage de l’autofocus est matérialisée par un petit cercle au milieu du viseur. L’autofocus est fiable mais moins rapide que ce à quoi nous sommes habitués de nos jours, sans être rédhibitoire.

Petit détail, celle de la petite fenêtre ronde à côté de l’objectif, qui est celle de la cellule. Comme il est possible de viser des filtres devant l’objectif (discret filet devant), elle ne tiendra pas compte des effets de ceux-ci, qu’il faudra compenser d’une manière ou d’une autre.

Pour gérer l’électronique embarquée, il faudra le nourrir de 4 piles LR44 (soit 6v). Le compartiment demande un peu d’habitude pour l’ouvrir facilement et le marquage n’est pas clair car on pourrait penser qu’il suffit de mettre une pile alors qu’il faut bien 4 LR 44, à moins que vous n’optiez pour deux CR1/3 de 3v (plus chères)

Un appareil photo Minox 35 AF noir, vu de face, avec un flash sur le dessus.

Ensuite, si la lumière est vraiment trop faible, vous pouvez toujours utiliser le flash qui lui est dédié, le Minox AF-F : il se fixe sur le dessus en glissant d’abord les griffes dans leurs encoches puis le clip à ressort de l’autre côté. Comme il est assez haut au dessus de l’objectif, on évite généralement les yeux rougis de vos sujets.

Que peut-on ajouter ? Que le boitier possède un minuteur de 10 secondes, un testeur de batterie (la lampe verte à droite du viseur) et d’une diode rouge qui signale si la vitesse est trop faible et qu’il faut recourir au flash.

Vue rapprochée des boutons d'un flash d'appareil photo, montrant les étiquettes 'READY', 'FLASH' et 'CHECK'.

Le viseur est grand et clair pour un si petit appareil, avec cadre lumineux et correction de la parallaxe. Au centre, le rond qui indique si la mise au point est bonne. Presque du luxe.

Autre changement dans cet appareil : le dos ne s’escamote plus en entier mais il est monté sur charnière. Un discret verrou, sur la tranche gauche permet de libérer celui-ci. La chambre est inchangée si ce n’est que le compartiment des piles est maintenant en dessous du boitier.

Le déclencheur, toujours rouge ici, a une forme un peu étrange car elle épouse l’arrondi du dessus, ce qui le rend moins agréable au toucher. Ce dernier est toujours aussi léger et il n’est pas rare d’avoir l’impression que l’on n’a pas appuyé assez fort.

Un appareil photo 35mm noir avec des boutons pour le flash, le minuteur et un indicateur de vérification.

Dernier point à ne pas négliger cependant, l’interrupteur qui se trouve sur le côté droit de l’objectif, à remettre sur OFF en fin de session de photos, pour économiser les piles, quoique l’appareil s’éteigne automatiquement après 10 minutes d’inactivité.

Que penser de cet appareil ?

S’il ne se glisse plus dans une poche de chemise, il nous offre l’autofocus et ça me va bien. En effet, comme ma vue baisse, je ne sais plus utiliser un 35 classique sans mes lunettes, ce qui n’est guère pratique, ni discret en photo de rue.

Il pourrait être un peu moins bruyant mais ce n’est pas encore catastrophique (on est loin du Zenit 122 !).

Et même si les puristes de la marque ne l’aiment pas, il n’est pas si moche que ça (c’est toujours subjectif), on a déjà vu pire.

Au niveau fonctionnalité, je préfère utiliser des piles CR1/3 car elles demandent moins de manipulation (rien de plus agaçant qu’une LR44 qui se place systématiquement à l’envers !).

Ici, pas besoin de correction puisque le boitier était prévu pour des piles alcalines.

Ce qui peut être pénalisant, c’est qu’on ne sait pas ce que l’appareil choisit comme combinaison pour capter une photo, mais comme il le fait bien et que je pars du principe qu’il ne faut pas toujours essayer de tout comprendre, cela me convient.

Bref, un petit compact original, moins connu que ses frères et/ou cousins, mais qui fait le job pour lequel on l’a créé : faire des photos, et bien.

Pour vous donner une idée de ce dont il est capable, voyez ICI.

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Minox 35 AF DX

Objectif : Minoxar 32 mm ƒ/3,5 (4 éléments, 3 groupes, style Tessar).
Mise au point : Autofocus actif à 4 zones, de 0,7 m à l’infini.
Déclencheur : 1/30 à 1/500 s.
Mesure : EV 8 à 16 avec film ISO 100. Si la vitesse d’obturation requise est inférieure à 1/30 s, l’obturateur est verrouillé jusqu’à ce que le flash soit fixé.
Flash : Flash dédié à clip AF-F.
Minuteur 10 secondes.
Film codé DX de ISO 100 à 640. Film non-DX réglé à ISO 100.
Transport du film : levier manuel, manivelle de rebobinage
Alimentation : 2 x cellules CR1/3.
Dimensions : 107x68x41 mm, 190 g.
Fabriqué en Allemagne en 1988

Des références

Argentique

Un Illoca Photrix B Richard presque neuf de septante ans !

Préambule.

Aïe, je vieilli … je ne me souviens plus où je l’avais acheté celui-là !

A le voir, c’est sans doute son apparence très propre qui m’a fait me pencher sur lui et dans un second temps, le nom de l’appareil, que je ne connaissais pas.

Et puis, ayant ouvert le beau sac tout prêt en cuir, presque neuf, il y avait le nom de son propriétaire inscrit au Dymo, ce qui pour moi ajoute toujours un certain charme à ces découvertes car c’est bien la trace qu’il aura permis à quelqu’un de faire des photos.

Mais partons à sa découverte …

Un peu d’histoire.

C’est un certain Illing, de Hambourg (Allemagne) qui initie l’histoire de ces appareils. D’abord connue sous le nom de Ilca (Illing Camera contracté en Ilca – 1948), elle fabriquait des appareils 35mm.

Dès 1949, elle est reprise par un autre hambourgeois, Wilhelm Witt, qui change le nom en Iloca Kamera Werk (on trouve parfois des appareils siglés Jloca, la lettre J permettant de distinguer le l minuscule qui suivait).

Au début, elle fabrique toujours des appareils photo en 35mm, équipés d’objectifs eux aussi construits par la firme dans son usine de Göttingen. Ensuite, elle fera appel à des opticiens tiers comme Steinheil München et Rodenstock.

A ses débuts la société fabriquait encore essentiellement des appareils stéréo, qui avaient connu de beaux jours avant guerre mais n’étaient plus trop d’actualité dans les années cinquante.

De fait, on peut essayer de classer en trois catégories les appareils produits par Iloca :

  • des appareils à simples viseurs et des télémétriques (Iloca, Iloca Rapide et Quick). L’avance du film se faisait à l’aide d’un gros bouton rond qui, parfois, armait aussi l’obturateur (Iloca Quick). Le Rapid introduit un levier d’armement, plus facile à utiliser.
  • des appareils stéréo, aujourd’hui très recherché mais décalés à l’époque. Les clients préféraient acheter des appareils plus modernes
  • les modèles électriques comme le Iloca Electric, l’Iloca Aut-O-Matic et l’Iloc Auto-Electric. Ceux-ci étaient équipés de moteur électrique pour l’avance des films et il y eut même un posemètre embarqué. Trop en avance sur leur temps et, surtout, l’entreprise n’avait plus la surface nécessaire pour percer dans ce domaine

Sa production était tournée vers l’exportation ou la fabrication en produit blanc pour d’autres marques et/ou de gros importateurs comme Roebuck Company (gamme Tower), Sears, Montgomery Ward, Agfa, Graflex et Argus.

On retrouve ainsi les modèles sous d’autres noms :

  • Iloca Rapid B devenu Sears Tower 51
  • Iloca Rapid IIL devenu Tower 52 et 53
  • Iloca Stereo IIa dans le rôle de Sars Tower Stereo
  • Iloca Electric comme Graflex Graphic 35 Électrique
  • Iloca Rapid pour David White Realist
  • Iloca IIL comme Argus V-100
  • Iloca rapide IL comme MPP Iloca
  • Iloca Quick dans le rôle de Kaufhof Reporter
  • Un mélange de modèles pour les distributeurs Richard en Suisse et Atlantique en Suède.

La marque Photrix lui est propre, même si elle fut, semble-t-il, considérée comme une marque du distributeur Montgomery Ward, car elle se retrouve aussi associée à un autre distributeur, Suisse celui-là, Richard.

L’entreprise ne s’en tirait pas trop mal et de 1950 à 1959, elle a produit quelques beaux boitiers, dont une première mondiale avec le Graphic 35 Electric, le premier 35mm avec moteur électrique intégré (1959). Un appareil qui eut beaucoup de succès outre atlantique.

Hélas, elle fut la victime collatérale (un mot à la mode de nos jours) d’un conflit entre Zeiss Ikon et Voigtländer pour l’obtention de nouveaux obturateurs automatiques. Une grosse commande de 3.000 exemplaires lui fut refusée car ces grands groupes firent sans doute pression sur la F. Deckel GmbH afin qu’elle ne livre pas ces nouveaux obturateurs Compur automatique.

C’est dommage car l’entreprise adoptait des méthodes modernes pour la fabrication de ses produits. Son éthique d’entreprise était de produire en masse des produits en utilisant des matériaux aux meilleures propriétés pour obtenir la meilleure qualité au coût le plus bas.

Vue d'une usine où des ouvriers travaillent à des postes de travail, avec des machines et des boîtes en bois, dans une ambiance industrielle.

Elle avait investi de grosses sommes pour la recherche et le développement de ses produits et dans la mesure du possible, elle fabriquait tout en interne pour éviter, justement, les soucis d’approvisionnement et pour réduire ses coûts (frais de transport et de livraison). Cela lui permettait aussi d’éviter les problèmes de qualité et de fixer elle-même ses propres contrôles. La seule exception fut celle qui lui fut fatale, celle des obturateurs.

L’inévitable se produisit et la faillite fut prononcée au printemps 1960, période à laquelle Agfa acquit la société.

Fin de l’histoire …

Présentation du Photrix B Richard.

C’est un télémétrique fabriqué en 1955, très proche du Quick B de chez Iloca. En fait, le nom Richard y était ajouté et son objectif était différent du modèle original.

Ce qui est intéressant sur ce modèle, c’est la juxtaposition des noms Photrix et Richard : le premier était réservé à l’exportation US et le second est un distributeur Suisse. Quelques uns l’assimilent à un Rapid B mais sa structure est bien celle d’un Quick B.

Un appareil photo vintage Jeoca Quick-B posé sur un fond blanc.

En effet, si le Quick B partage son boitier de base avec le Rapid B, très différents des précédents Quick et Quick A, le bouton d’avance du film est dépourvu d’un levier d’avance rapide typique du Rapid B. Le télémètre est celui du Rapid B mais son objectif est un objectif anastigmat asymétrique à 4 éléments Ilitar 50mm ouvrant à f2,8 de style Tessar (Cassar habituellement sur Rapid B, qui a eu pourtant quelques montes dans cette configuration).

Le Quick B intègre aussi le nouveau mécanisme de déplacement de l’objectif : la mise au point se fait grâce à une vis hélicoïdale plutôt qu’un élément tournant des modèles précédents.

Ce Quick B est une révolution plutôt qu’une évolution des Quick antérieurs : outre ce que nous venons de voir, l’image du télémètre est plus grande mais ne bénéficie toujours pas de cadre gravé. Mais à côté de cela, il ne bénéficie que du Prontor avec une vitesses maximale de 1/300s, qui lui offre cependant une synchro flash M et un minuteur.

C’est étrange d’écrire cela en 2026 mais les acheteurs de cet appareils le préférait au Rapid-B, jugé pour l’époque trop en avance avec son levier d’armement. Pour certains, il était vraiment représentatif des appareils tels qu’on les concevait dans les années cinquante. Ah, l’éternelle querelle des Anciens et des Nouveaux …

Son boitier, en métal moulé, ses garnitures en cuir, son sac tout prêt en cuir lui donne un aspect rassurant, solide. Il était d’ailleurs très bien construit.

Son télémètre est couplé et il et assez clair, avec un beau carré jaune/orangé pour le réglage de la coïncidence des images.

Appareil photo argentique avec un marquage 'RICHARD' sur le dessus et des réglages visibles sur l'objectif.

Vu du dessus, on peut constater qu’il offre ce qu’il faut comme commande, sans plus :

Une vue d'en haut d'un appareil photo vintage, modèle Photax B, avec des cadrans pour les réglages.
  • la grosse molette de droite sert à faire avancer le film et à armer l’obturateur et le compteur de vue est en son centre
  • le déclencheur est juste devant, fileté
  • la bosse, légèrement décalée vers la droite, est celle du viseur
  • la griffe porte-accessoire est dite froide car il n’y a pas de contact pour la synchronisation d’un flash
  • la molette de gauche est un aide mémoire pour le film et sert à déverrouiller la porte arrière

A ce sujet, petite précision utile, car je ne fus pas le seul à chercher comme s’ouvre cet appareil.

Un close-up d'une main tenant un bouton sur un appareil photo, avec des lumières rouges visibles sur le boîtier.

Comme vous pouvez le voir sur l’image ci-dessus, il y a deux axes sous cette grosse molette gauche : le premier est l’axe pour la tenue de la bobine du film tandis que le second est celui du déverrouillage de la porte arrière, en tournant d’un demi-tour anti-horaire l’ensemble. Cela fait, un déclic se produit et le dos se soulève, discrètement.

Vue intérieure d'un appareil photo, montrant le mécanisme et l'objectif.

Car c’est toute la partie arrière qui s’enlève et comme elle est symétrique, les deux points rouges permettent de la repositionner dans le bon sens. Notez qu’il faut d’abord placer la partie vers la droite puis aligner les deux points et clipser le tout pour bien refermer le boitier. Voyez sur l’image la rainure profonde, qui assure une bonne étanchéité à la lumière, grâce aussi à un très bon assemblage.

La bobine de droite (réceptrice) est fendue sur un coté, pour y glisser l’amorce du film.

L’objectif est un 50mm ouvrant à f2,8, un triplet Ilitar-Super avec un obturateur Prontor-SV offrant des vitesses de 1 à 1/300e de seconde plus la pose B. Le V en rouge signifie qu’il est traité contre les reflets

Objectif de caméra vintage avec des détails en argent et noir, montrant la lentille et les réglages d'ouverture.

Le levier avec le bouton rouge, en bas, est le minuteur (+/-10s).

Autour de ce combiné objectif/obturateur, j’avoue que j’aime bien les deux plaquettes qui permettent de modifier rapidement la position de l’objectif, l’échelle de profondeur de champ intégrée.

Vous avez vu la prise PC pour la connexion du flash, synchronisé au 1/30s si vous placez la tirette sur la lettre M, sinon, il l’est à toutes les vitesses pour les flashs électroniques..

Le bord de l’objectif est fileté pour accueillir des filtres.

Comme le précise cette publicité, c’est un appareil présenté comme étant de qualité mais à un prix très raisonnable (même si cette publicité se rapporte au Photrix B II, qui propose déjà un levier d’armement).

An advertisement showcasing different models of Ward 35 mm cameras, highlighting features like interchangeable lenses, flash compatibility, and pricing information.

Que penser de cet appareil ?

Pour être tout à fait honnête avec vous, je serai bref car je l’avais pris avec moi pour la Foire de Villers Bretonneux et il est parti assez vite, ayant intrigué plus d’un chaland.

Je l’ai donc manipulé avant pour faire les photos, mais sans plus.

Ce que j’en retiens, c’est cette impression de qualité des assemblages et, comme il avait été très bien conservé, cette impression qu’il est fait pour traverser le temps sans trop de soucis.

Avec son sac tout prêt qui semblait encore neuf, il faisait un magnifique ensemble, d’où l’intérêt suscité, outre sa gravure Richard sur un Photrix qui était en fait un Quick-B (si vous n’avez pas suivi, il faut relire ce qui précède).

Un peu de technique.

Mode d’emploi ICI.

Appareil photo compact 35 mm
Obturateur : Prontor–SV avec des vitesses B – 1 – 1/2 – 1/5 – 1/10 – 1/25 – 1/50 – 1/100 – 1/300 s, avec minuteur et réglages de synchronisation du flash M
Objectif : Ilitar 1:2,9 / 50 mm, plage de mise au point de 3 pieds (0,9 mètre) à ∞ ; ou Ilitar Super 1:2,8 / 50 mm Tessar Style, plage de mise au point de 90cm à l’infini
Ouverture : F2.9 à F22 ou F2.8 à F22 (Ilitar Super)
Action différée : Environ 10 secondes (modèle Prontor uniquement)
Capacité flash : socket de contact flash
Compteur de vues : 0 à 36
Télémètre : Oui
Filtres et accessoires : a enfiler, diamètre de 32mm ; à viser, diamètre de 30mm

Des références.

https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=3791, https://www.pbase.com/cameras/iloca/photrix_b, https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=3781, https://cameracollector.net/iloca-rapid/, https://iloca.weebly.com/the-iloca-company.html (une mine de renseignements), en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-5055-_.html, en français

Argentique

Un petit compact moderne, le Konica Lexio 70

Préambule.

Un beau dimanche d’hiver en Belgique, ensoleillé et chaud (12°C !), sec – ça, c’est plus rare – et une brocante permanente, peuplée d’irréductibles vendeurs et … acheteurs.

Des stands à même le sol, quelques tables, un grand hangar pour les plus riches et dans cet endroit improbable on trouve de tout, absolument de tout ! Aussi ce que j’appelle de la belle brocante (de l’antiquariat).

Où est-ce ? Brocante de Les Bons-Villers (6210), rue des Français 43, sur le site Van Damme.

Vue aérienne d'un marché aux puces animé avec des vendeurs et des acheteurs dans une grande aire de stationnement, entourée d'arbres et de champs.

Voilà, le décor est planté. Et je vais vous présenter les quelques appareils que j’y ai glané, dont ce petit Konica Lexio 70.

Un peu d’histoire.

Si de nos jours le nom de Konica est associé à celui de Minolta, il n’en a pas toujours été ainsi.

L’histoire commence à Tokyo, en 1873, lorsque Rokusaburo Sugiura, qui détenait une pharmacie, ouvre une boutique spécialisée dans les produits photographiques et lithographiques, la Konishiya Rokubeiten.

Dès 1885, la Konishiya Rokubeiten établit une usine à Tokyo pour y fabriquer des appareils photographiques et de lithographies pour concurrencer ceux qui étaient jusque là importés. Elle fabrique aussi des montures et autres accessoires.

En 1902, l’entreprise fabrique des plaques en verre et du papier photographique

Il ne faut pas attendre longtemps (1903) pour que Konica fabrique son premier appareil photo, qui sera aussi le premier appareil photo japonais de marque fabriqué au Japon, le Cherry Handbag Camera. Konica devient le principal fabricant d’appareils photo japonais.

L’entreprise fusionne avec le fabricant de lentilles Chiyoda Kogaku Seiko, donnant ainsi naissance à Chiyoda Kogaku Seikosho. Cette fusion permet de diversifier les activités de Konica dans le domaine de l’optique. Son premier grand succès sera la production de l’objectif Hexar, destiné aux appareils Leica, qui assureront sa diffusion mondiale.

Comme souvent au japon, la société change de nom en 1921 car la Konishiya Rokubei est réorganisée et devient la société par actions Konishiroku Honten.

C’est sous ce nom que l’entreprise propose sa première pellicule couleur fabriquée au Japon (Sakura Natural Color Film – 1940).

En 1948, elle lance le Konica I, un télémétrique qui utilise du film 135.

Appareil photo vintage noir et argent, vue de côté, mettant en évidence l'objectif et les boutons de réglage.

Cet appareil sera décliné sous plusieurs versions et c’est lui qui donnera son nom, in fine, à l’entreprise (en 1987 !).

Elle produira encore un moyen format, en 1949, le Pearl. Celui-ci est un folding (pliant) comme il en existait pas mal autour des années cinquante. Il sera aussi décliné en plusieurs versions, modernisées (le Pearl 3 possédait par exemple un moteur à ressort).

Toujours dans le domaine du moyen format, de 1964 à 1975, Konica propose l’Omega, bien connu sous le nom de Koni-Omega Rapid M. C’est un appareil destiné à la presse et muni d’une foule de sécurités bien pensées. Ces appareils sont équipés d’objectifs Konica Hexanon réputés.

Au début des années soixante, Konica propose des réflex, comme le Domirex (1963) qui a un objectif fixe, puis des Auto-reflex (objectifs interchangeables) à partir de 1965. La particularité de ces reflex est qu’ils sont parmi les premiers à être dotés d’un mode d’exposition semi-automatique et d’un obturateur à plan focal : ils possèdent une cellule externe qui permet de régler le diaphragme automatiquement selon la vitesse choisie par le photographe. Ici encore, l’appareil bénéficie de nombreuses itérations visant à l’améliorer. Ainsi, en 1968, il sera doté de la mesure TTL, en primeur sur le marché des reflex.

Parallèlement, la Nichi-Doku Shashinki Shōten (Maison Nippo-Germanique d’appareils photographiques) est fondée à Osaka en 1928.

Le nom Minolta apparait pour la première fois en 1933 sur un appareil moyen format, une copie du Plaubel Makina.

Elle aussi produit des premières, comme le Minolta Flex, le premier réflex bi-objectifs japonais (1937). Elle commence aussi a fabriquer ces propres objectifs, les futurs Rokkor (1940), alors qu’elle se fournissait chez Asahi Pentax auparavant.

Son premier appareil 35mm sera aussi un télémétrique en 35mm, le Minolta 35.

Un appareil photo vintage modèle F avec un boîtier noir et des accents argentés.

S’en suivront toute une série d’autres télémétriques jusqu’à la fin des années septante (1958 – 1980), dont un Hi-Matic 7s spécial, qui a accompagné John Glenn en 1962 pour son voyage dans l’espace (vol spatial Friendship 7) .

Le premier reflex avec mesure de la lumière TTL, le fameux Minolta Srt 101 sortira lui en 1966.

Si vous vous en souvenez, le nom de la société voulait dire Maison Nippo-Germanique d’appareils photographiques. Vous ne serez alors pas étonné de savoir que Minolta a collaboré avec Leica pour la mise au point d’appareils et d’optiques.

Le Leica CL sortira en 1973, fabriqué par Minolta (qui aura le CLE). Puis, en 1976, le réflex Leica R3 sera construit sur base du Minolta XD-7.

Pendant ce temps-là, Konica développe depuis le début des années soixante sa ligne de photocopieur et toute une série d’appareils photo compacts, dérivés du Konica S (1959), dont le célèbre Konica C 35.

Il comptera encore à son actif deux premières : un flash intégré sur un compact (le Konica C35 EF dit aussi Pikkari – 1976) et l’introduction du premier autofocus au monde sur un appareil photo avec le Konica C 35 AF (1977).

N’oublions pas la série des Konica Pop de toutes les couleurs (1982), les Z-UP (de 1986 à 1991), les Big Mini (1993 – 1996), les Hexar (1991 – 2000)

Minolta ne reste pas les bras croisés et propose le Minolta X-700 (1981 – 1999), un appareil multi-expositions (automatique, manuel, priorité vitesse, priorité ouverture) très performant.

Minolta X-700.

Puis ce sera au tour du premier réflex autofocus grand public, le Minolta 7000 AF (1985).

Dix ans plus tard, Minolta sort son premier réflex numérique, le Minolta RD-175 (1,75 Mpx) alors que Konica sortira en 1997 son compact numérique, le Konica Q-M 100.

Si ces deux-là étaient fait pour se rencontrer, en août 2003, Konica fusionne avec Minolta pour former le duo Konica-Minolta. La nouvelle entité se retire du marché des appareils photographiques en 2006, Minolta ayant cédé ses brevets à Sony, qui utilisera la monture Minolta sur ses premiers réflex Alpha

Deux entreprises avec comme moteur l’innovation, ça ne peut pas produire de mauvais appareils photo. Je vous ai déjà présenté quelques Minolta et Konica. Aujourd’hui, c’est le tour d’un petit compact fort sympathique, le Lexio 70.

Présentation du Konica Lexio 70.

Ce qui frappe d’abord, c’est sa taille, sans doute un des plus petit appareil à fil 24×36 au moment de sa sortie. Je pense que seuls quelques APS ont pu faire mieux à l’époque.

Petit et léger (180gr nu), celui-là ne va pas froisser vos poches et vous pourrez l’emporter partout.

Ensuite, son offre technique : comme nous l’avons vu dans l’histoire de la marque, ils aimaient l’innovation et les challenges.

Au moment de sa sortie, en 2000, il allait avoir fort à faire car la concurrence restait féroce dans le segment des compacts.

Une collection de photographies de plusieurs modèles d'appareils photo argentiques, présentant leurs spécifications techniques.

Puis le numérique commençait à s’implanter. Oh, avec des résolutions encore bien faibles face à l’excellence de ces appareils à film, mais les APN (appareil photo numérique) pointaient le bout de leur nez.

Petite remarque, en passant : tous ces appareils possédaient un viseur, couplé aux mouvements des objectifs, avec marques de cadre, de la parallaxe. Certains poussaient même la coquetterie à proposer une correction dioptrique. Quelques années plus tard, les APN faisaient l’impasse sur cet accessoire pourtant si utile et de nos jours encore, la plupart des numériques compacts n’ont que des écrans, totalement inutilisables en cas de soleil. A quand un sursaut qui tienne compte des besoins des clients ?

Allez, après ce petit aparté, voyons voir ce que nous propose ce Lexio 70.

Un zoom tout d’abord, caché sous le volet qui sert aussi d’interrupteur lorsqu’on le tire vers la droite de l’appareil, ce qui découvre l’objectif et met l’appareil en position ON.

Ce zoom est signé Konica, un 28 – 70mm ouvrant de f3,4 à f 7,9. Il aurait pu être plus lumineux mais il était dans la moyenne du moment. Il est construit en 6 éléments répartis en 6 groupes et les lentilles sont en verre. la mise au point minimale est de 70cm en mode normal et 35cm en mode macro.

Vue rapprochée d'un appareil photo Konica Lexio 70, mettant en évidence l'objectif zoom et les commandes.

La focale est intéressante car elle couvre le grand angle et le mini télé, de quoi répondre à bien des besoins lors des balades et des vacances. Ce à quoi était destiné ce petit appareil.

Son viseur est très lumineux, avec plusieurs marques : celle du cadre, de la correction de la parallaxe et, au centre, l’endroit où se verrouille la mise au point. En dessous, des LED vous indique si le flash est nécessaire, lorsqu’il se recharge, si l’autofocus a fait la mise au point, le mode choisi. Rien de plus mais c’est le nécessaire. Et il est couplé à un correcteur dioptrique toujours bienvenu.

Le flash est intégré, sur le côté gauche. On peut le couper, le forcer pour un fill-in (débouchage des ombres en cas de contre-jour, par exemple) et il y a une protection contre les yeux rouges. Sa conception électronique permet d’économiser l’énergie de la pile, une CR2 sans dénaturer son efficacité.

Un petit écran, sur le capot, permet de voir les choix des modes proposés. Petit plus intéressant, il est éclairé. C’est là que vous verrez le nombre d’images.

Puisque j’évoque les modes de l’appareil, il se choisissent avec le bouton mode, à côté du viseur. Il y a le mode auto (l’appareil fait tout tout seul, et il le fait bien), la réduction des yeux rouges, le retardateur/télécommande, le flash forcé, le flash à syncro lente, le flash désactivé, la compensation d’exposition (+1,5), la mise au point sur l’infini (pictogramme montagne) et la macro (pictogramme fleur).

Petit plus utile : lors de la mise en route, le flash revient sur la position automatique (comme c’est le cas sur la plupart des concurrents), sauf si vous l’aviez mis sur OFF lors de la précédente utilisation car dans ce cas, une pression sur le bouton mode remet le boitier à la configuration que vous aviez quittée.

Pas mal quand même dans un si petit boitier.

N’oublions pas l’action du zoom, qui se règle du pouce droit avec le bouton gris qui pivote de W = wide, large à T = télé-objectif.

Le chargement du film est simplifié, il suffit de déposer la bobine avec l’amorce sortie au dessus de la grosse bobine et de refermer le capot. Le film s’enroule automatiquement et l’appareil est prêt pour la première photo. D’autant que les contacts à l’intérieur de la chambre ont permis de lire le codage DX de la pellicule et de régler la sensibilité de la cellule (de 25 à 3200 Iso). Il n’y a pas de réglage manuel de celle-ci, la plupart des films modernes ayant ce codage inscrit sur la bobine.

Vue intérieure d'un appareil photo numérique avec le compartiment ouvert, montrant l'objectif et les composants internes.

Le déclencheur est très doux, presque affleurant, ce qui est pratique pour éviter les flous de bougé en cas de faible lumière.

Car les vitesses de travail vont de 1s à 1/500s, ce qui est encore dans la moyenne des appareils de ce type à l’époque.

Un petit appareil simple, efficace, compact. Si vous voulez voir ce qu’il est capable de produire, je vous invite à suivre ce lien sur Lomography.

Que penser de cet appareil ?

J’aime bien les petits boitiers, faciles à emporter. Celui-ci offre encore quelques belles astuces, qui le rendent bien agréable à utiliser, sans prise de tête (à tel point qu’un mode d’emploi est presque superflu).

Sa carrosserie en plastique couleur argent (il a aussi existé en noir) résiste bien à l’usure du temps, mais les micro-griffes sont inévitables, surtout s’il voyage dans une poche avec des clés ou un sac un peu encombré.

C’est là qu’on apprécie la porte coulissante, qui protège de ce fait l’objectif. Mais il faut y faire attention car elle peut être fragile en cas de mauvais traitements et elle peut alors provoquer des faux contacts à l’ouverture ou la fermeture (poussières qui se glissent dessous, épingle à cheveux baladeuse, etc.)

Sa taille est assez similaire à un autre petit compact que j’aime beaucoup, le Canon Prima 90 U , même si ce dernier est un peu plus épais. Ce sont des appareils qui aiment voyager avec vous et qui savent se faire discrets si besoin mais restent toujours disponible au cas où.

Question prix, hormis quelques délires que j’ai pu voir à plus de 100€, vous devriez pouvoir le trouver, avec son petit sac dédié, autour des 30 à 40€ maximum.

N’hésitez pas à vous munir d’un film voilé pour tester l’entrainement de la pellicule, la capacité à rembobiner sans heurts et le déclenchement, on ne sait jamais comment il a été (mal)traité si vous en trouvez un.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Appareil photo compact à objectif film 35 mm avec exposition automatique à mesure CdS et objectif zoom autofocus.
Objectif : Konica 28-70mm zoom, ouverture maximale f3.4 à f7.9. Six éléments répartis en six groupes.
Autofocus de 0,7 m à l’infini.
Vitesses d’obturation : de1s à 1/500s.
Mode de correction du contre-jour : +1,5EV.
Vitesse du film : ISO 25-3200, lecture du codage DX.
Viseur : Zoom automatique avec des lignes de cadre, rappels de parallaxe, alertes via LED.
L’écran LCD rétroéclairé affiche le nombre d’image, la batterie restante, et les icônes pour plusieurs modes : auto, réduction des yeux rouges, retardateur/télécommande, flash forcé, flash nocturne à synchronisation lente, flash désactivé, compensation +1,5EV, mise au point à l’infini, macro.
Flash intégré : système automatique de flashmatic pour une alimentation correcte. La plage de fonctionnement du flash à une focale de 28 mm est de 0,7 à 5,4 m à ISO 100. et de 0,7 à 2,3 m à 70 mm. Temps de recharge de 5 secondes.
Avance du film : Chargement automatique, remontage et rembobinage. Le rembobinage manuel est également disponible.
Alimentation : Une pile CR2.
Dimensions : 108,5×59,5×34 mm.
Poids : 180g (sans batterie).

Des références.

https://focusargentique.fr/appareils-photo/konica/, https://www.konicaminolta.ch/fr-ch/150-jahre-konica-minolta, https://umvie.com/150-ans-konica-minolta-une-histoire-dinnovation-et-de-succes/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Konica, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-12451-Konica_Lexio%2070.html, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Konica_Lexio_70, https://www.135compact.com/konica_lexio_70.htm, en anglais

Note : 1 sur 5.

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Argentique

Le Kodak Pony 828 Camera

Préambule.

Vous n’allez pas me croire, j’ai acheté un Kodak sur une brocante, sous le soleil de cet été (oui, c’était il y a quelques mois) parfois torride.

Mais pas n’importe lequel – ceci dit, on devrait donner une prime à la mise en déchèterie de tous les Instamatic qui pullulent habituellement – un petit Kodak en bakélite, avec une bouille sympa.

Je pressens qu’il va me réserver des surprises … En tout cas, il n’est pas commun, c’est la première fois que j’en vois un.

Mais commençons par le début …

Un peu d’histoire.

Rassurez-vous, je ne vais pas refaire toute l’histoire de la marque, j’ai déjà écris pas mal à son sujet lors d’articles traitant de ses produits (il faudra vous balader un peu sur le site).

Juste sans doute rappeler que George Eastman, le génial entrepreneur à l’origine de la marque, visionnaire de la photographie, a vraiment révolutionné ce domaine et à permis au plus grand nombre d’y avoir accès, tant en vendant des appareils simples et faciles à utiliser que tous les produits qui les accompagnaient, de la chimie au papier, en passant par les films, les filtres, entre autre.

Et il a inventé un slogan que tant de générations avant le numérique connaissaient par cœur : You push the button, we do the rest (vous appuyez sur le bouton, nous faisons le reste).

Surtout, cette entreprise a souvent donné le LA des tendances en créant les films qui allaient servir ses marchés.

Ainsi, le format 828 sera introduit en 1935 et présenté comme une option économique pour les photographes amateurs, car il permettait d’avoir une image plus grande, soit 28x40mm. Le nombre de photos étaient réduit, 8 voire 12 selon l’appareil. Mais au moins, les photographes amateurs ne gaspillaient pas de pellicule inachevée.

Les Kodak Bantam et Tourist ont par exemple été conçu pour utiliser ce format.

Ce fut pourtant un format éphémère car en 1950 Kodak l’abandonnait, le 24x36mm restant alors la référence et surtout, c’est le film qu’adoptait la majorité des fabricants d’appareil photo.

Si aujourd’hui vous vouliez utiliser ce format, il vous faudrait un appareil prévu pour ou un 135mm modifié pour l’accepter … mais le film est quasi introuvable et de toute manière, si vous en trouviez une bobine, il y a beaucoup de chance qu’elle soit vraiment périmée.

Pour vous donner une idée des formats :

Image montrant différents formats de pellicule photographique, incluant des bobines de Film 116, 120, 220, 127, 126, 135, 828, APS, et 110.

Les spécificités du 828 :

  • la taille de la pellicule : 4 cm x 2,8 cm, légèrement plus grand que le format standard de film 35 mm.
  • le nombre d’expositions : varie selon l’appareil, mais généralement de 8 à 12 expositions par pellicule.
  • la qualité d’émulsion : le 828 est généralement supérieur à celui du film 35 mm, ce qui signifie qu’il a un grain plus fin et peut produire des images plus nettes avec plus de détails.
  • la sensibilité ISO : elles peuvent aller de ISO 32 à ISO 160 en couleur, ISO 100 étant un choix courant pour le film couleur, et ISO 400 pour le film noir et blanc.
  • le traitement au développement : équivalent au film 135 mm

Voilà pour la pellicule, voyons donc un des appareils prévus pour son utilisation, notre Pony 828.

Il sera le premier d’une série de six appareils, série qui s’éteindra donc en 1959 (Kodak Pony 828 – 1949, Kodak Pony 135 – 1950, Kodak Pony 135 Modèle B – 1953, Kodak Pony 135 Modèle C – 1955, Kodak Pony II – 1957, Kodak Pony IV – 1957) . Pourtant, les 5 autres versions du Pony seront adaptées pour utiliser, déjà, le format classique 135.

On doit leur design et leur conception à Arthur H. Crapsey, qui en dessinera bien d’autres pour Kodak ensuite.

Son design rompait avec les appareils précédents et il allait utiliser des matériaux innovants pour l’époque, ainsi qu’un style très aérodynamique (l’époque des premiers Jets au sortir de la seconde guerre mondiale).

Sa constructeur s’inspire de ces formes aérodynamiques, qui lui confèrent une bonne prise en mains et, surtout, une construction simplifiée (corps moulé en plastique) pour réduire les coûts et permettre des ventes importantes. De fait, s’il fut vendu à l’époque 31,15$, ce n’était pas si bon marché mais il faisait partie de ces ventes de masse qui voulaient rassurer le public sur la bonne marche de la reprise des marchés au sortir de la guerre.

Les Pony sont des appareils de la reprise de confiance tant des constructeurs (surtout US) que des acheteurs.

Présentation du Pony 828.

Esthétiquement, l’appareil est très simple : tout en plastique moulé, en deux couleurs, avec des inserts métalliques (alu), il est, disons, dépouillé.

Sur le capot, à droite, le déclencheur et un disque mémoire pour le film installé dans la chambre, le viseur au milieu et à gauche, la molette d’avance du film.

Le dos, qui s’escamote entièrement quand on a ouvert le verrou sur la tranche gauche, ne porte au milieu qu’une fenêtre en vert inactinique, qui fait office de compteur de vue.

Par dessous, un pas de vis pour y fixer un trépied.

Remarquez, à l’intérieur de la chambre, la pose d’un carré en plastique pour fixer la bobine de 828 et la fine bobine du film. Comme les films 120, il n’est pas nécessaire de rebobiner le film puisqu’il passe d’une bobine à l’autre.

Pour avoir une idée de la forme et la tenue de ce film, voyez la vidéo ci-dessous :

Comme la bobine du 828 est plus grande que celle du 24×36, il est possible d’enrouler une pellicule classique dessus mais au développement, les perforations seront visibles.

L’appareil est muni d’un objectif dont la particularité est qu’il est rentrant : il faut faire tourner l’ensemble d’un quart de tour pour le sortir et ensuite le verrouiller à sa place. Le tube est métallique.

C’est un ensemble objectif/obturateur qui se trouve sur ce tube, un peu comme les anciens foldings (pliant).

L’objectif lui-même est Kodak Anaston de 51mm ouvrant à f 4,5 jusque f22, traité. Il est en trois éléments. Des images prises avec le Kodak Pony 828 sont à découvrir ICI.

Quant à l’obturateur, c’est un Kodak Flash 200, synchronisé. Il donne quatre vitesses de 1/25s à 1/200s, plus pose B.

La prise pour le flash est de type post, autrement dit quasi introuvable de nos jours.

Appareil photo Kodak Pony 828 avec objectif Anaston, vue rapprochée.

L’armement se fait à l’aide du levier avec une tête ronde, sur le combo. Sur cet exemplaire, il est bloqué, ce qui est une panne courante, les corps gras utilisés ayant tendance à figer avec le temps.

Ce qui veut dire aussi que le mouvement pour faire avancer le film est indépendant de l’armement, qui ne possède pas de protection contre les doubles expositions. La mise au point se fait par estimation de la distance

Vue rapprochée d'un Kodak Pony 828, montrant le mécanisme de l'objectif et les commandes d'exposition.

Notez qu’il y a une échelle de profondeur de champ sur la face de l’objectif.

Un mot enfin sur le viseur, étonnamment grand pour l’appareil. Il offre une bonne vision mais c’est un viseur de Galilée très classique et sans informations.

Que penser de cet appareil ?

Comme je l’écrivais au début de cet article, il a une bouille sympathique et il est devenu moins courant que les éternels Brownie déclinés sous toutes les formes.

Ceci étant, il n’offre aucun agrément particulier et sa pellicule, obsolète, ne le désert pas évidemment. Pour l’essayer, il faut bricoler avec une 24×36 moderne.

D’autant, pour cet exemplaire et beaucoup d’autres d’après ce que j’ai pu lire à son sujet, qu’il faut souvent démonter l’obturateur pour tenter de le remettre en route.

Honnêtement, je ne le ferai pas. Il restera un bel appareil pour qui veut le collectionner.

En terme de prix, il faut compter entre 30 et 50€, selon qu’il fonctionne ou pas et qu’il est en bon état cosmétique.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Vitesses d’obturation : B, 1/25, 1/50, 1/100 et 1/200s
  • Objectif triplet Anaston 51 mm f/4.5, sur tube rentrant pour les 3 premiers modèles, fixe ensuite
  • Ouvertures : f/4,5 à f/22
  • Taille du filtre : Série V à clipser
  • Diamètre de l’adaptateur : 1 1/8′
  • Taille du film : 828 (plus tard, 35mm)
  • Expositions par rouleau : 8
  • Corps en bakélite

Des références

https://en.wikipedia.org/wiki/Kodak_Pony, https://filmphotography.eu/en/kodak-pony-828/, https://camera-wiki.org/wiki/Kodak_Pony_828/135, https://connealy.blogspot.com/2017/05/kodak-pony-828.html, https://filmphotographyproject.com/kodak-pony-1950s-little-work-horse/, https://www.kodaklist.com/cameras/KODAK-PONY-828-Camera, https://oldtimefocus.com/828-film-format-guide-history-uses/, https://pheugo.com/cameras/index.php?page=pony (pour l’entretien et les réparations), https://obsoletemedia.org/828-film/, https://web.archive.org/web/20120306023905/http://www.kodak.com/global/en/consumer/products/techInfo/aa13/aa13.pdf (si vous voulez la liste de tous les appareils produits par Kodak, depuis les origines), https://pheugo.com/cameras/index.php?page=spool828, en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=30027, en français

Argentique

Un set complet, le Fuji 1000 Zoom Date Discovery

Préambule.

Celui-ci, je l’ai trouvé à la brocante de Jemappes, il y a un moment. Et je l’avais mis de côté car il me semblait vous avoir déjà présenté pas mal de compact des années nonante.

Je l’ai acheté parce qu’il était complet, dans sa boite (en mauvais état, certes), avec ses modes d’emploi, sa sacoche, des documents pour envoyer ses films à développer et une pochette pour y placer les photos prises avec l’appareil, plus un set de nettoyage. Un vrai set de découverte, comme le souligne le titre de la boite.

Boîte du Fujifilm DL-1000 Zoom avec accessoires, affichant les caractéristiques de l'appareil photo et son équipement, sur un bureau avec un clavier en arrière-plan.

A l’époque, on pouvait encore faire des cadeaux à ses clients car, ce qu’il manque dans cette boite, c’est la pellicule qui était livrée en plus, pour débuter tout de suite.

Un peu d’histoire.

Fuji fêtait ses 90 ans en 1994. C’est donc en janvier 1934 que Fuji Photo Film Co., Ltd., filiale de la Daicel Corporation, voit le jour à Ashigara, à 100km de Tokyo mais au pied du Mont Fuji (3776m, le point culminant du Japon), qui donnera son nom à l’entreprise. Créée suite à un programme gouvernemental*, la nouvelle entreprise reprend les activités de découpe des films photographiques de Dainippon Celluloid Company Limited.

Logo de Fujifilm représentant le Mont Fuji et le nom 'Fuji' stylisé à l'intérieur d'un cercle.
Le logo de Fujifilm en 1934.

Mais commençons par le commencement …

A ses débuts, Fujifilm produit des films destinés au cinéma, puis pour la photographie et enfin pour les appareils de radiographies. Il produit aussi des plaques d’impression et du papier. En fait tout ce qui a trait au photosensible. Dès 1948, il développe ses premiers films couleurs.

Fujifilm crée des usines et des sièges d’activités un peu partout dans le monde au fur et à mesure de son expansion : Brésil (1958), Royaume – Unis (1962), USA (1965), Allemagne (1966), Pays-Bas (1982), USA (1988).

Ensuite, il achète aussi toute une série d’acteurs dans le domaine de l’imagerie : Rank Xérox (1962), Chiyoda Medical Co., Ltd. (1993), Eurocolor Photofinishing GmbH & Co. KG (1997), Enovation Graphic Systems, Inc.(2001), Arch Chemicals, Inc. (2004), Arch Chemicals, Inc., (2005), Avecia Inkjet Limited (2006), Dimatix, Inc.(2006). Toutes ces entreprises ont un rapport avec l’image imprimée ou non et dénote la propension de Fujifilm a être toujours à la pointe du progrès dans ces domaines.

Dès les années quatre-vingt, Fujifilm est présent dans le domaine des appareils photos numériques mais continue à développer des produits destinés à la photographie argentique.

D’ailleurs, en écrivant au sujet des appareils photos, c’est en 1938 que Fuji-Photo Film Co. Ltd construit son usine de fonderie de verre optique (Odawara) pour la production d’objectifs haut de gamme. Pour obtenir le verre le plus pur possible à l’époque, Fujifilm utilisait des creusets en platine !

Il sera le précurseur dans le domaine du revêtement par faisceau d’électrons (EBC), qui permettait de cumuler des couches de revêtements (jusqu’à 14 couches), dans des matières différentes, qui avaient toutes une influence sur la qualité de la transmission de lumière. En 1972, l’EBC Fujinon 55mm f3,5 Macro fut le premier objectif a bénéficier de ce traitement. La transmission de lumière de ce traitement était de 99,8% !

Le premier objectif visant au standard LTM 39 (Leica) fut le Cristar 50mm f2 (1949). Suivi rapidement par le 35mm f3,5 et un Summitar 50mm f2. En 1954, Fujinon présentait un trio d’objectifs dits rapides, le Speed Trio : le 35mm f2, le 50mm f1,2 et le 100mm f2.

Moins connu peut-être mais toujours très apprécié, le FUJINON 50mmF1.2 fut également construit pour les montures Nikon. Dans les années soixante, Fujinon sortira des objectifs grand format (CM Fujinon) puis, lorsque les réflex seront plus nombreux, les ST et des objectifs en monture M42.

Oui mais, et les appareils photos ?

Ils arrivent, en 1948, sous la forme d’un pliant, le Fujica Six, qui sera fabriqué jusqu’en 1953. Plus tard, le Fujica 35-EE (1961) sera le premier appareil au monde à proposer trois modes d’exposition, ainsi que le compact 35mm V2, un télémétrique avec un objectif de 45mm (1964).


En 1970, le reflex Fujica ST 701, avec objectif Fujinon 50mm f1,8 en monture M 42, entre sur le marché : entièrement manuel, il est pourvu d’une cellule au silicium, plus précise que celle du CdS. C’est une première mondiale pour un appareil grand public. La mesure est TTL, à travers l’objectif. Le ST 801 qui lui succèdera (1972) introduira lui les premières LED pour indiquer les valeurs de la cellule.

Fujica investira aussi le marché des moyens formats avec brio. Le G690 est un télémétrique moyen format à objectif interchangeable et obturateur central (1968 – 1975). C’est un appareil conçu par les photographes professionnels pour des photographes.

En 1980, Fujica lance une trilogie : les AX-1 – AX-3 – AX-5. Ces trois appareils utilisent la nouvelle monture à baïonnette Fujica X et les nouveaux objectifs Fujinon X. Le AX-5 présente 3 modes d’expositions et un mode manuel (priorité vitesse, ouverture, programme et manuel), un obturateur électromagnétique rapide, un moteur, des dos interchangeables. Sous un design compact et léger, à un prix abordable, il entendait rivaliser avec les productions de Nikon, Canon et Minolta de l’époque.

Dans les années quatre-vingt et nonante, Fujica proposera de nombreux appareils compacts de qualité, rivalisant avec Canon, Nikon, Minolta, Olympus, Pentax. Ces appareils, mieux que quiconque sans doute, illustrent l’ambition de Fujica : proposer des appareils de qualité, abordable et performant.

Au niveau des appareils d’exception, en 1998, Fujica lance un appareil télémétrique panoramique à objectif interchangeable. Ce sera le TX-1, produit en collaboration avec Hasselblad qui le commercialisera sous la dénomination de XPan.

Toujours dans le domaine de la collaboration avec Hasselblad, Fujica sortira un appareil moyen format doté de l’autofocus, le GX645AF, qui s’appellera H1en Suède. Le Fujifilm GD645AF et le Hasselblad H1 disposent des mêmes fonctions et partagent les mêmes accessoires (2003 – 2010).

Plus anecdotique, en 2008 et cette fois en collaboration avec Cosina, Fujica développe un appareil à soufflet pour les prises de vue en 6x6cm ou 6x7cm sur film 120 et 220. Ce sont respectivement le Voigtländer Bessa III et le Fujifilm GF670.

Puis viendra l’aventure du numérique car là aussi Fuji développera, en collaboration avec Toshiba, le premier appareil réellement exploitable, le Fujix DS-1P, pourvu d’un capteur Super CCD (1988).

Celui que l’on retiendra le plus sera toutefois le FinePix S3 Pro, un réflex numérique développé avec Nikon sur base du F80 qui offrait 12Mpx grâce à un capteur Fuji Super CCD SR.

Depuis l’aventure Fuji continue. C’est une des rares entreprises à maitriser toute la chaine de ses appareils, de l’ingénierie à la construction en passant par l’informatique et les capteurs.

*Au sortir de la première guerre mondiale, le Japon est en plein essor industriel. Si depuis 1925, le pays est une démocratie avec élection au suffrage universel, le pouvoir appartient essentiellement à de hauts fonctionnaires, étroitement liés aux Zaibatsu (immenses conglomérats détenant l’essentiel de l’économie japonaise).

Présentation du Fujifilm DL 1000.

La gamme DL débute en 1984 avec le DL-50 et se termine en par celui-ci en 1996.

DL pour drop – in loading, ou chargement rapide. De nombreuses marques se sont attaquées au problème du chargement des films dans les appareils. Les réponses les plus radicales ayant été la création des cassettes 126 et 110 par Kodak, puis APS-C par un consortium de sociétés. Ici il s’agit d’une manière élégante d’y faire face : il suffit de sortir un peu l’amorce du film, de le glisser dans l’appareil et de le refermer. L’appareil entraine automatiquement la pellicule à la première image et, comble du bonheur, prébobine le film. Ce qui veut dire que l’appareil vide la cartouche pour poser le film dans un enclos prévu à cet effet et au fur et à mesure des prises de vue, le film réintègre sa cartouche. En cas d’ouverture accidentelle du dos, seules les parties non exposées seront voilées. Autre avantage, il ne faut pas rebobiner le film en fin de course puisque celui-ci a déjà réintégré sa cartouche.

Celui qui nous préoccupe aujourd’hui, le Fujifilm DL 1000 Zoom (aussi appelé Discovery 1000 – 1992) sera le compact le plus sophistiqué de la gamme DL.

En effet, il propose tout d’abord un zoom Fujinon motorisé 38 -80mm ouvrant de f3,8 à f8, 8 lentilles en 8 éléments. Une belle amplitude sans être extrême.

Appareil photo compact Fujifilm DL 1000 Zoom, posé sur un bureau avec un fond flou, montrant ses caractéristiques comme le zoom Fujinon et le mode autofocus.

Le zoom est couplé à un autofocus multi faisceaux précis (trois faisceaux croisés), pour assurer des images précises presque à tous les coups.

La mise au point se fait de 65cm à l’infini. Elle est automatique avec verrouillage de l’autofocus Il y a un réglage spécifique pour les paysages nocturnes : l’appareil règle l’objectif pour la prise de vue vers l’infini, éteint le flash et diminue la vitesse.

L’obturateur est électronique programmé, de 1/10s à 1/350s.

Bien évidemment, le DL 1000 est équipé d’une cellule, dont la sensibilité se règle automatiquement grâce à la lecture du code DX des cartouches. La plage de sensibilité va de 50 à 1600Iso.

Réglage de la vitesse du film : Automatique avec les films ISO 50, 100, 200, 400, 800 et 1600 DX.

Ensuite, le DL 1000 offre plusieurs modes : paysage, panoramique et des options de flash intelligentes, pour rendre chaque prise de vue optimale. L’affichage est à cristaux liquides et donne les indications suivantes : compteur de vue qui affiche les images restantes à faire ; la distance focale de l’objectif ; indication du mode retardateur ou charge du flash ; signale le mode réduction des yeux rouges, le flash d’appoint, le flash désactivé, le flash modéré pour les contre-jours ou les portraits de nuit et enfin il signale quand les piles sont faibles.

Un mot d’ailleurs sur le flash. Il est intégré et contrôlé automatiquement pour répartir uniformément la lumière à toutes les focales du zoom. Il y a aussi un mode déclenchement automatique (débrayable), le mode réduction des yeux rouges, un mode flash d’appoint (pour les contre-jours), le mode flash désactivé (pratique dans les musées)

Le mode panoramique fonctionne grâce à un cache amovible qui, de fait, réduit la hauteur de l’image et étire sa longueur.

Vue intérieure d'un appareil photo Fujifilm DL 1000 Zoom avec son objectif visible et le compartiment à film ouvert.

Le viseur est réglable selon sa dioptrie, ce qui est toujours un plus. C’est un viseur qui suit les mouvements de l’objectif, en taille réelle. Le grossissement va de 0,35 à 072x. Le cadre est collimaté avec des marques pour la correction de la parallaxe. Une lampe verte s’allume à côté du viseur quand la mise au point est fixée et elle clignote rapidement si le sujet est trop près ou trop loin ; enfin, elle clignote lentement pour signaler que la vitesse d’obturation est faible (risque de bougé).

On peut encore trouver un mode retardateur complet : il est aussi contrôlé électroniquement et vous laisse 10 secondes pour être aussi sur la photo. Son bouton de commande est aussi celui de la rafale (3 images à la suite). Pour les distraits, on peut l’arrêter à mi-parcours.

De ce que j’ai pu lire en préparant cet article, les avis sont unanime sur la simplicité d’utilisation du boitier et d’ajouter que le reste des commandes est intuitif : nous sommes loin des compacts numériques et leur foultitude de commandes !

Schéma de l'appareil photo Fujifilm DL 1000 Zoom, montrant les différentes parties et les étiquettes numériques pour identification.
Manuel d'utilisation du Fujifilm DL 1000 avec caractéristiques principales et schémas explicatifs en français.
Schémas explicatifs sur les fonctions et l'utilisation de l'appareil photo Fujifilm DL 1000 Zoom, comprenant des instructions de chargement du film, de prise de vue et de réglages divers.

Pour alimenter tout ça, deux piles CR123A suffissent.

Vue rapprochée d'un compartiment de batterie d'un appareil photo Fujifilm Discovery 1000, montrant les deux piles lithium et les indications de polarité sur la tranche.

Ce modèle est équipé d’un dos dateur, qui ne sert plus à rien car il n’a pas dépassé les années 2010.

Vue arrière du Fujifilm DL 1000 Zoom, montrant le sélecteur de mode et d'autres boutons de commande.

Si vous en trouvez un équipé de ce dos, retirez la pile pour éviter les problèmes.

Petit résumé en images du set discovery :

Que penser de cet appareil ?

Compact, c’est vite dit ! Vous le mettrez difficilement dans une poche, sauf celle, grande, d’un manteau. C’est pour ça que Fuji fournissait un sac bien utile et, ma foi, seyant avec sa belle ligne verte.

Ceci étant, il a tout ce qu’il faut pour vous accompagner partout et sans prise de tête. Son objectif est parait- il très bon, ce qui n’a rien d’étonnant puisque c’est un Fujinon.

La marque a mis tout son savoir-faire dans un appareil que l’on a envie de prendre avec soi pour faire des photos. Vous n’aurez pas le choix des focales, sauf celles comprises entre le 38 et le 80mm, ce n’est pas un réflex. Mais au vu de ses compétences, il est facilement comparable aux entrées de gamme des concurrents – et même de Fuji – en réflex, c’est peu dire.

Ce qui m’a intrigué et amusé, dans ce set, c’est que tout avait été pensé pour qu’une fois acquis vous n’ayez qu’à ouvrir l’emballage pour vous lancer, il y avait tout, même le film Fujifilm, mais pas les piles !

Mais le photographe qui vous le vendait en avait sans doute en stock.

Hormis donc sa taille, c’est un excellent appareil à faire voyager avec vous si vous voulez vous lancer dans un modèle argentique qui ne vous décevra pas aux premières images.

Question prix, si vous avez la chance de le trouver complet avec sa boite, disons dans les 40€, sinon, seul mais en très bon état, tablez plutôt sur 20 à 25€

Le plaisir n’a pas de prix dit-on…

Pour voir des photos prises avec cet appareil, c’est par ICI.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA (multilingues) et encore LA (anglais).

  • Type : Appareil photo 35mm compact et motorisé
  • Objectif : Zoom Fujinon 38-80mm f/3.8-8.2, optique de haute qualité
  • Mise au point : Autofocus multifaisceaux (3 capteurs) + mode simple faisceau
  • Modes de prise de vue : Auto, paysage (mise au point à l’infini), panorama
  • Obturateur : Électronique programmé, vitesse de 1/9s à 1/350s
  • Sensibilité du film : ISO 50 à 1600 (détection DX automatique)
  • Exposition automatique : Ajustement précis selon la scène
  • Transport du film : Avancement et rembobinage motorisés avec prébobinage sécurisé
  • Flash intégré : 4 modes (auto, réduction des yeux rouges, fill-in, désactivé)
  • Retardateur : Déclenchement programmable jusqu’à 3 photos consécutives
  • Alimentation : 2 piles CR123A (non incluses)
  • Dimensions et poids : 135 × 71,3 × 56,5 mm | 331 g (sans piles)
  • Autres fonctionnalités : Écran LCD informatif, correction dioptrique, filetage pour trépied

Des références.

https://bromurefilm.com/products/fuji-dl-1000-zoom, https://www.newwavepool.shop/fr/products/fujifilm-dl-1000-zoom-35mm-camera-serial-91113415, https://fuji.ch/fr/story/fujifilm-heritage-une-retrospective-de-lhistoire-de-90-ans-de-fujifilm/, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-7371-Fuji_DL-1000%20Zoom.html, https://www.fujifilm.com/fr/fr/about/hq/corporate/history, en français ; https://heartswellco.com/fuji-discovery-1000-zoom-camera/, https://springcoffeebreak.com/fuji-discovery-1000-zoom/, https://lapinataoldtown.com/fuji-discovery-1000-zoom-camera/, https://camera-wiki.org/wiki/Fuji_DL-1000_Zoom, en anglais

Argentique

Un Japonais particulier, le TARON Auto JE

Préambule.

Celui-ci, je l’ai trouvé sur la brocante du Grand-Large, près de Mons. Il était dans une boite en simili cuir gris-bleue, très tendance dans les années soixante, ce qui m’a attiré vers lui. J’ai ouvert la boite, extrait l’appareil dans son sac-tout-prêt, ôté enfin ce dernier pour me retrouver face à un appareil tout à fait inconnu : un Taron Auto JE.

Chouette me suis-je dit presque tout bas, des recherches en perspectives et sans doute une chouette histoire.

Petite négociation avec la dame qui le vendait, et hop, sous le bras (je n’avais pas mon éternel sac à dos ce jour-là !)

Un peu d’histoire.

Et bien ce ne fut pas aisé de retracer l’histoire de cet appareil, ni celle de la marque. Il a fallu faire des recoupements, aller voir des modèles qui ne correspondaient pas pour trouver des pistes, fouiller un peu la Grande Toile puis assembler les éléments recueillis.

Il semble que ce soit en 1943 que cette société nippone ait vu le jour. Comme souvent avec les sociétés japonaises, il y aura plusieurs noms. Le premier, celui donné par son fondateur, sera Yanagihara Tasaburo (entreprise de fabrication), ensuite la société transforme son nom en Nihon Kosokki puis en Nippon Kōsokki Kōgyō K.K. (Industrie japonaise des géomètres optiques), en 1949 ; enfin, elle deviendra Taron en 1959, pour coller au nom de ses modèles.

C’est à partir de 1949 qu’elle produit des appareils photo mais pour compte de tiers comme Fujica, Topcon (Tokyo Kogaku Kikai), Mamiya, Tougo-Do et Yashima Kogaku Seiki.

Pourtant, ce n’est qu’à partir de 1955 qu’elle entreprend de construire ses propres appareils : des télémétriques, des compacts 35mm, un TLR en 6×6 (le Taroflex) et même un appareil avec cassette 126 (le Taromatic F).

Malheureusement, elle disparut peu après, vers 1967.

Sa production comptait surtout des télémétriques (13), les compacts en 35mm (4) dont un appareil demi-format (le Taron Chic), un 6×6 donc et un avec film en cassette 126.

Celui qui nous préoccupe aujourd’hui sera fabriqué en 1965. Comme il n’y a pas pléthore d’informations à son sujet, nous partirons donc à la découverte complète de cet appareil qui est, il va s’en dire, rare.

Présentation du Taron Auto JE.

Ce qui frappe d’abord avec ce boitier, c’est son caractère un peu frustre, même si tout est bien assemblé, que le métal est majoritaire, qu’il fait son (petit) poids (590gr). Ceci est sans doute dû à la forme du fut de l’objectif/obturateur, on ne peut plus dépouillé.

Cependant, il dispose d’une cellule au sélénium, placée autour de l’objectif proprement dit.

Mais commençons par le décrire :

  • sur le capot, à gauche, la manivelle de rembobinage ; presque au centre, la griffe porte-accessoire, dite froide (pas de contact de synchronisation flash) ; à droite, le levier d’armement avec en son centre le compteur de vue, manuel, et un peu sur l’avant, le déclencheur avec un pas de vis pour y fixer un câble
Vue du dessus de l'appareil photo Taron Auto JE, montrant les commandes et le design du boîtier.
  • la semelle ne supporte qu’un petit bouton plat pour débrayer le mécanisme lors du rembobinage et un filet pour fixer un trépied
Vue du dessus d'un appareil photo Taron Auto JE avec un design minimaliste, capturé sur un fond de surface grise.
  • la porte arrière s’ouvre en soulevant une tirette, qui libère le verrou, sur la tranche gauche de l’appareil. Elle est montée sur une charnière
  • le viseur lui mérite toute notre attention. Si le carré arrière est assez petit, la surface à l’avant est plus confortable mais c’est à l’intérieur que cela devient intéressant car il possède un cadre lumineux collimaté, avec repères pour la correction de parallaxe et, surtout, si vous regardez vers le haut, un rappel de la distance choisie et si vous regardez vers le bas, l’ouverture choisie lorsque vous êtes en position Auto, ou l’ouverture si vous êtes en manuel.
Deux femmes assises à une table, levant des verres, dans un environnement intérieur. L'une porte un haut à pois, tandis que l'autre a les cheveux longs et bouclés. Des bouteilles sont visibles sur la table.
  • enfin, le fut d’objectif/obturateur porte plusieurs indications dont scènes – groups – close-up, en face desquels il faut faire correspondre un point vert sur la bague noire striée autour de l’objectif ; tandis qu’en dessous du fut vous trouvez une tirette pour mettre la position Auto (en rouge) ou l’ouverture que vous voulez choisir (de f2,8 à f22), la pose B et le type de flash à synchroniser (M)
  • la prise coaxiale du flash est en haut du fut, sur la gauche
  • sur le devant de l’objectif, par dessous, une autre tirette pour noter la sensibilité du film, en Din et Asa, de 25 à 400 Asa
Vue rapprochée d'un objectif de caméra vintage montrant des réglages de sensibilité ISO en DIN et ASA, avec une inscription 'AUTO' en rouge.
  • l’objectif est un Taronar de 40mm ouvrant à f2,8
  • autour de l’objectif, le nid d’abeille (Electric Eye ou EE) de la cellule au sélénium (toujours active ici). On peut fixer un filtre devant la cellule, qui est tient compte dés lors.
  • deux broches, sur les côtés, permettent de fixer une sangle, même si celle-ci est reprise aussi sur le sac-tout-prêt, en cuir noir.

Dans la boite, j’ai eu la chance de trouver son certificat et, surtout, son mode d’emploi, pas bien épais (16 pages) mais bien utile.

Il nous dit tout d’abord que la compagnie Taron est très gratifiée et honorée que nous ayons choisi cet appareil. Tout automatique, le Taron est un one touch camera qui peut être utilisé par chacun (en résumé, dès que nous avons les réglages de la sensibilité du film et de la distance, il reste à appuyer sur le déclencheur.

Autrement dit – je cite – avec le système EE, le cerveau électrique détermine l’ouverture automatiquement.

Dés le moment où un film est placé dans la chambre, que le compteur de vue est remis sur 1 pour la première photo, que la sensibilité de la cellule est réglée, il suffit ensuite de régler la bonne distance avec les 3 symboles qui apparaissent dans le viseur et d’appuyer sur le déclencheur pour capter votre sujet.

Vue rapprochée du dessus d'un Taron Auto JE, montrant le mécanisme de rembobinage et le compteur de vue.

Le close-up (un personnage) détermine une distance de 1,5m, le groups (plusieurs personens) une distance à partir de 2,5m et scenes (une montagne) à partir de 10 m jusque l’infini. L’échelle de distance est notée dans le viseur. Lorsque la marque est verte, c’est que la mise au point est bonne. Ce qui veut dire que l’on peut prérégler la distance et l’affiner en tournant la bague à l’avant de l’objectif, comme s’il s’agissait d’un télémètre.

Pour le flash, il faut régler la distance comme s’il faisait jour. La synchro se fera au 1/60s. Petite subtilité, puisqu’on ne peut régler la vitesse soi-même, il faut calculer l’ouverture en fonction de nombre guide du flash (diviser le nombre guide par la distance au sujet), poser l’ouverture au chiffre obtenu puis remettre la tirette sur Auto. Une table est d’ailleurs fournie avec les vitesses par rapport aux ouvertures (voir ci-dessous).

Tableau des vitesses et ouvertures pour la photographie, indiquant les correspondances entre l'ouverture du diaphragme et la vitesse d'obturation, avec des valeurs f diverses.

Rien de bien compliqué en somme …

Que penser de cet appareil ?

Vraiment pas courant celui-là, je n’en ai trouvé qu’un seul à la vente sur le grand site de vente qui commence par E et nulle part ailleurs.

Outre cela, il ne manque pas d’attraits pour un boitier de son époque, ce qui le rend encore intéressant.

Fabriqué solidement, il peut encore rendre de bons services d’autant que les quelques articles que j’ai pu lire disent que l’objectif est de qualité.

L’autre avantage est que s’il est automatique, on peut quand même s’en servir en manuel, donc même si le sélénium vous lâche lâchement à un moment ou un autre.

Si vous aimez photographier différemment, voilà un bon candidat !

Au niveau cote, il devrait se négocier autour des 100€ avec son sac-tout-prêt, son manuel et sa seconde sacoche de transport. C’est raisonnable au regard de la rareté du Taron Auto JE.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Des références.

https://maniacphotos.com/produkt/taron-auto-je/, en allemand ; https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/objects/co8819433/camera-taron-auto-je, https://filmphotography.eu/en-p/cameras/taron/, en anglais ; https://www.wikiwand.com/fr/articles/Taron_(Nihon_Kosokki), https://fr.wikipedia.org/wiki/Taron_(Nihon_Kosokki), https://fr-academic.com/dic.nsf/frwiki/1605904#Compact_35_mm, en français

Argentique

L’inconnu du Grand Large

Préambule.

Cet inconnu est le troisième appareil trouvé lors de cette brocante, comme le Hollywood et le Norca.

Il est en aussi mauvais état : le cuir se détache partout, le soufflet est percé, des tirettes sont pliées, une réparation de fortune pour la manivelle d’avance du film, mais il fonctionne toujours.

Mais j’ai beau le retourner dans tous les sens, je ne vois pas de marque, hormis celle de l’optique, un Erinar Anastigmat de 75mm ouvrant à f3,5.

Voilà qui promet d’être amusant …

Un peu d’histoire.

Une recherche sur base de l’objectif ne m’a pas permis de le trouver. Puis je l’ai pris en photo et essayé via Google images et là, bingo : il s’agit soit d’un Semi Kulax, soit d’un Kiko Semi double viseurs !

Ce sont des appareils japonais, produits par Kigawa, une société d’optique, qui commence à produire des appareils photo au milieu des années trente. Le distributeur de la marque, de 1930 à 1940, s’appelait Optochrom-sha, puis Nichiei Shōkai et ensuite Kikō Shōji. Il y eut aussi – tant qu’à compliquer les choses, des appareils qui portaient le nom d’Optochrom, sans forcément être des produits Kigawa.

Et, tant qu’à faire, Kigawa a aussi distribué d’autres appareils et accessoires que les siens, comme le Baby Germa et le Semi Germa, produits par Tōkyō Shashin Kōgaku.

Mais toujours est-il qu’elle a produit des appareils de différents formats :

  • au format 5×6, comme le Semi Chrome A et B (1937), Tsubasa Super Semi II (1940), le Tsubasa Semi Tree (1941), le Semi Kulax (1941)
  • au format 6×6, comme le Gotex (1941) et les Popy Six I et II (1941) sur film 127
  • au format 4×6,5 le Tsubasa Chrome Télescopic (1937), le Tsubasa Spring (folding – 1937) sur film 127
  • au format 3×4 le Baby Oso (1937), le Tsubasa Arawashi (1937) sur film 127

On peut diviser la vie de cette société en période avant/pendant la Seconde Guerre Mondiale et en après celle-ci.

Commençons par le début : on découvre la société Optochrom-sha dans des publicités dès 1936 – 37. Elle vendait des appareils photo ayant pour marque Chrome et Tsubasa, qui utilisaient des films 120 ou 127. Le fabricant de ces appareils aurait été, déjà, Kigawa Kōgaku. Les appareils étaient souvent marqués K.A. pour Association Kigawa, un groupe formé par la marque et Optochrom.

Une publicité ancienne présentant le Kiko Semi, un appareil photo pliant japonais, avec des détails techniques et des prix.
Source : remus

Dans le méli-mélo des noms et entreprises, Nichiei Shōkai Honten (second nom d’Optochrom) signifie société de vente anglo-japonaise. C’est assez paradoxale car le Japon était l’allié de l’Allemagne pendant la guerre mais quelques japonais anglophiles dirigeaient l’entreprise. Cela se retrouve dans le nom Kiko Three, écrit en anglais sur les premiers appareils photo.

Vous suivez toujours ?

Ce n’est pas terminé car Kikō Shōji Gōshi-gaisha (le troisième nom d’Optachrom) est une contraction de Kigawa et Kōgaku. D’ailleurs tout ce beau monde était logé à la même adresse.

Bref, Kigawa abandonne les films 127 pour se concentrer sur des 4,5×6 et 6×6 sur film 120 et elle fabrique ses appareils sous la marque Kiko.

Le Kiko Semi (4,5×6) – 1941- et le Gotex (6×6) – 1941 – semblent avoir été les derniers appareils produits pendant cette période troublée.

Cependant, comme toutes les entreprises de pays en guerre, elle fut aussi priée de participer à l’effort de guerre, sans doute en fabriquant des optiques, voire tout autre chose mais les informations sont plus que rares à ce sujet.

1946, cette guerre que l’on disait être la dernière a vu la capitulation du Japon dans l’horreur des bombes de Hiroshima et Nagasaki.

Nouveau nom pour Kawaga, qui préfère justement rester discrète sur sa participation dans l’effort demandé par l’armée impériale. Elle s’appelle dorénavant Shin Nippon Kōgyō K.K.

Le folding (pliant) Kiko Semi en 4,5×6 est à nouveau proposé au milieu de 1946 mais le nom de la société sera absent des publicités.

Quelques autres boitiers sortiront encore comme le toujours vaillant Gotex, le Tsubasa Semi (1950), le Poppy et même des TLR, le Tsubasaflex (1951), le Graceflex (1952), par exemple. Il y eut même le prototype d’un SLR, le Carlflex 6×6 (1952).

Après la Seconde Guerre Mondiale, la société s’est brièvement appelée Shin Nippon Kōgyō, avant de redevenir Kigawa Kōgaku. On la retrouve sous un dernier patronyme en 1952, Carl Kōgaku. Etait-ce le champ du cygne ? La société disparait en 1953.

L’inspiration du Semi Kulax et du Kiko Semi est … allemande, celle du Zeiss Ikon Nettar en particulier, sauf que le Nettar s’ouvre vers l’avant et celui-ci sur le côté gauche mais il garde la jambe droite repliable, celle qui assure le bon déploiement du soufflet et la mise en place du bloc obturateur/objectif.

Toutefois, le Kiko Semi – car c’est bien de ce dernier dont il s’agit ici – est une amélioration du Semi Kulax (1940) : il en diffère essentiellement par le système de mise au point de l’objectif, monté sur une rampe hélicoïdale. Pour le reste, le corps de l’appareil ne change pas et présente cette particularité d’un double viseur, nous allons y revenir. Sachez, pour être complet, que le Kiko Semi a aussi existé avec un simple viseur pliant. Pour ce type de Kiko Semi, il y eut une production avant et une production après guerre (1946 pour les derniers). Etait-ce un appareil destiné à être moins cher que l’autre version ? En tout cas, de nombreux exemples montrent que ces appareils donnent plutôt l’impression d’avoir été monté de bric et de broc, tantôt avec un obturateur Kiko, tantôt sans ; parfois avec un objectif à rampe, parfois sans. A-t-on utilisé des fins de stock pour les assembler ? C’est probable, en temps de guerre, les entreprises pouvaient être rationnées et il fallait taper dans les anciens stocks pour fournir les boitiers demandés.

Une chose est (quasi) certaine, Kigawa n’a pas gardé beaucoup de traces cohérentes de ses productions, ce qui complique les recherches.

Ainsi, par exemple, l’exemplaire que je possède n’a aucun marquage, ni sur le cuir qui couvre le boitier, ni sur le dessus du double viseur alors que le cuir devait être gaufré Kiko à l’avant et Kiko Semi à l’arrière et que le logo KSK devait être rapporté sur le capot du double viseur.

Présentation du Kiko Semi.

Ce qui frappe d’abord sur cet appareil, c’est le court capot métallique qui occupe juste la taille de la porte et qui présente deux viseurs. On pourrait croire qu’il s’agit d’un télémètre mais non, ce sont bien deux viseurs distincts. Celui de droite est un viseur poitrine alors que le second est un viseur à hauteur d’œil. Et pour achever la symétrie de l’ensemble, deux boutons de chaque côté du bloc des viseurs : à gauche, le déclencheur, à droite, le bouton pour libérer la porte qui va permettre au soufflet de se déployer.

Aucun des viseurs ne porte de marque pour le cadrage.

Lorsque le soufflet est donc déployé, il porte à son extrémité, comme le Nettar, un bloc obturateur/objectif.

Sur cet exemplaire, pas de marque pour l’obturateur. On peut penser qu’il s’agit d’une fabrication maison et il est noté, pour les vitesses T – B – 5 – 10 – 25 -50 – 100 – 200. Certains modèles pouvaient aller jusqu’au 1/300s (Kiko Compur) voire le 1/500s (Rapid Kiko). Un pas de vis fileté, sur la tranche de l’obturateur, permet de placer un déclencheur filaire.

Vous pouvez voir ici une pièce pliée (sous le filetage pour le déclencheur filaire). En fait il me faudra démonter l’ensemble obturateur/objectif car tout l’ensemble a tourné et cette pièce devrait être en haut. Elle a été pliée lors de la fermeture de la porte par des mains peu soigneuses.

L’objectif, monté donc sur une rampe hélicoïdale (comme le Gotex 6×6 avant lui), est un triplet. Un Erinar anastigmat de 75mm ouvrant à f3,5 jusque f32 (marquée dans une progression inhabituelle de f3,5 – f4,5 – f6,3 – f9 – f12,5 – f18 – f32). Sa mise au point minimum est de 1m jusque l’infini.

Vue rapprochée d'un appareil photo vintage Kiko Semi mettant en évidence l'objectif Erinar Anastigmat de 75 mm, avec le boîtier en cuir usé et des détails tels que la molette d'ouverture.

La vitesse se règle avec une bague crantée et l’ouverture avec une tirette en forme de croisant.

L’appareil se charge avec du film 120 et produit des images de 6×4,5cm. Pour ouvrir le boitier, il faut tirer sur la languette du verrou, à droite. Le compteur est en fait la fenêtre en rouge inactinique, que l’on peut fermer grâce à un petit volet coulissant.

Petite remarque : lorsque le corps est ouvert, on remarque les mêmes découpes que sur le Zeiss Ikon, qui doivent améliorer l’étanchéité de l’appareil à la lumière.

L’avance du film est confié à une clé, en dessous, qui n’assure que cette fonction, elle n’arme pas l’obturateur et n’empêche pas les doubles expositions.

Un pas de vis (pas du Congrès) est situé sous l’appareil.

Le déclencheur, situé sur le dessus à gauche, en symétrie avec le bouton pour ouvrir la porte, actionne un levier qui doit pousser une pièce mais cet exemplaire n’est plus monté normalement car ledit levier pousse dans le vide.

Que penser de cet appareil ?

Honnêtement, s’il ne m’avait pas intrigué avec son double viseur, je pense que je ne l’aurais pas pris car il est plus proche de l’état d’épave que celui d’appareil photo.

Mais il est rare (et pour une fois, je pèse mes mots), surtout en Europe. Il va donc mériter une restauration que j’espère pouvoir soigner.

Ce qui me gêne le plus, c’est le soufflet car il va falloir le remplacer : tout en cuir d’une seule épaisseur, il est fendu à un endroit et pas loin de l’être ailleurs. Si quelqu’un a une idée où on peut en faire refaire, je suis preneur.

Ceci étant, l’appareil reste original mais s’il s’est inspiré du Nettar, ce n’est pas la même qualité de fabrication, cela se sent.

Là où cet exemplaire est vraiment original, c’est dans l’absence totale de marquages. J’ai pu lire qu’il avait existé une très petite série dans le cas, ce qui augmente l’attrait de ce boitier. Malheureusement, l’entreprise n’était pas un exemple de rigueur dans ses catalogues et sa disparition il y a plus de 70 ans n’arrange rien.

Je reviendrai dans quelques temps, celui de le remettre en état sans le dénaturer, pour vous le représenter en meilleure forme.

Des références.

https://www.worthpoint.com/worthopedia/kiko-semi-japanese-wartime-folding-1824494694, https://camera-wiki.org/wiki/Kigawa, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Semi_Kulax_and_Kiko_Semi, https://camera-wiki.org/wiki/Semi_Kulax_and_Kiko_Semi, https://camera-wiki.org/wiki/Kigawa, en anglais ; http://www.remus.dti.ne.jp/~inasan99/camera/nostalgic_camera.html, en japonais.