Argentique

Le Kodak Brownie Starlet Camera

Franchement, souvent j’évite ces appareils car il me semblent tellement datés et tellement simples. De plus, tout en plastique, ils ont souvent souffert et sont fêles, les accessoires tordus quand ils n’ont pas disparus.

Mais voilà, au détour d’une caisse dans une brocante, je vois une sacoche en cuir en assez bon état …

« Humm, un Kodak, bon voyons voir … » et j’ouvre l’étui dans lequel se niche un tout petit appareil, presque un jouet.

N’était-ce qu’il avait été remis dans son « sac tout prêt » à l’envers, il est en bon état et presque propre. Je m’enquiers de son prix, que je négocie, presque par réflex et me voilà propriétaire d’un Kodak Brownie Starlet Camera.

Ce jour là, j’ai aussi emporté un Olympus AZ 230 SuperZoom que vous découvrirez plus tard.. Un peu plus de 20 ans séparent ces deux appareils mais j’ai l’impression que cela fait des siècles tellement le Kodak est dépouillé.

Même à son époque, il était d’une simplicité déconcertante ! Dites vous qu’il est contemporain des Yashica Electro,, d’un Ricoh 35, d’un Leica M2. Il a vu le jour en 1957 et fut produit jusqu’en 1962.

Bref, un appareil fidèle à la philosophie de Kodak « clic-clac, c’est dans la boite ».

Si, à notre époque, je trouve simplissime ce type d’appareil, il devait répondre à une demande, un besoin, déjà, de se simplifier la vie avec un minimum de réglages pour de relativement bonnes images.

La famille des « Star » (Starflex, Starflash, Starlux, Starmatic, Starmite, Starmeter et consort) a été vendue à plus de 10 millions d’exemplaires entre 1957 et 1962. Si les formes changeaient un peu, le fond restait le même et près de 127 appareils différents se sont déclinés sur le même thème.

Mais voyons de plus prêt ce drôle d’engin à photographier et pour le comprendre, nous allons faire un bref détour par l’histoire extraordinaire de ce fabricant qui a révolutionné la photographie.

En 1881, Georges Eastman abandonne son travail dans une banque pour créer sa société. Féru de photographie, mais sans bagage en chimie, il met au point un procédé révolutionnaire de « plaque sèche » bien plus pratique, facile à utiliser et transporter que les anciennes plaques dites « humides ».

C’est ainsi que nait la Eastman Dry Plate Company avec Henry Strong comme associé.

Après ce premier coup de génie, il en assène un second en créant, en 1888, le premier film souple transparent et un appareil, qui le contient, une boite rectangulaire toute simple baptisé « The Detective » et que les photographes doivent renvoyer à la firme pour qu’on y développe le film (environ 100 photos).

L’appareil, rechargé en usine, repart avec un nouveau film et les épreuves tirées.

C’est aussi la naissance d’un slogan devenu célèbre : «You press the button, we do the rest» (Vous appuyez sur le bouton, nous faisons le reste).

Georges Eastman était aussi un génie du marketing et c’est lui qui a inventé le mot « Kodak », qui peut se prononcer dans toutes les langues … sans avoir la moindre signification !

Kodak, c’est court, c’est dynamique et ce nom va bientôt être présent partout dans le monde, tant avec ses films, la chimie pour les développements et les appareils, toujours simples d’utilisation et peu onéreux.

Bref, Georges Eastman a conquis le monde en proposant des solutions simplifiant la vie des photographes, rendant celle-ci très accessible et favorisant la vente tant des films que des appareils et tous les accessoires.

Las, l’histoire eut une fin digne de la taille de l’entreprise : après avoir raté le coche du développement instantané (Kodak n’avait pas retenu la proposition d’Ewin Land, inventeur du … Polaroïd), ils ont essayé de copier le procédé, ce qui leur vaudra une amende record de 3 milliards de dollars, ils ont raté le marché du numérique alors que c’est eux qui ont inventé en 1975 le procédé (Steve Sasson – création du prototype baptisé «film-less photography» qui affichait une définition de… 0,01 megapixel) en le mettant dans un tiroir, de peur de perdre leur quasi monopole du film argentique, qui leur faisait gagner des fortunes !

Bon, revenons à notre drôle de Kodak Brownie Starlet Camera.

Il est en plastique moulé, avec un viseur à vision directe ou tunnel de Galilée (ce n’est pas un télémétrique, plutôt un fix focus = une focale, une visée)

Comme souvent chez Kodak, il fut fabriqué en France, aux Usa, en Australie et au Canada, avec quelques subtiles différences que seuls les vrais collectionneurs affectionnent (des logos pas mis aux mêmes endroits, des plaques signalétiques légèrement différentes, bref, de quoi jouer au Sherlock Homes pour s’y retrouver).

Sur l’original, on pouvait fixer un flash sur le côté, grâce aux contacts à broche et à vis placés sur la tranche gauche de l’appareil. Là aussi avec des variantes spécifiques selon les pays.

Kodak Brownie Starlet (capot superieur strie)
source : Collection-appareils

Techniquement, difficile de faire plus « a minima » :

  • viseur de Galilée
  • objectif à ménisque de marque Dakon
  • Obturateur rotatif Rotary (ça ne s’invente pas !)
  • armement par molette sous l’appareil
  • déclencheur à poussoir sur le côté de l’objectif
  • deux réglages d’ouverture : un pour les films couleur (13) , le second pour les films en N/B (14)
  • mise au point de 1,2m à l’infini (14) ou 1,5m à l’infini (13).

Le film utilisé est en 127, qui donne des images carrée de 4×4 cm.pour cet appareil. Le film autorise 12 vues.

Le 127 est apparu dans les années trente. C’est un film en rouleau, comme les 120 ou 620, créé pour permettre de diminuer la taille des appareils. Pendant longtemps, ce fut toutefois le 120 qui eut la faveur du public et surtout des professionnels, bien que le 135 (le 24×36) s’impose dans les télémétriques, petits et légers. Cette simplification des appareils photos fut encore accélérée par la fabrication de boitiers en plastique (l’autre « nouveauté » de ces époques), qui permettait en outre d’abaisser fortement les coûts de fabrication, donc de vendre plus d »appareils, plus de films, … n’oublions pas que Kodak était avant tout un fabriquant de films !

Hélas, son « âge d’or » fut de courte durée. En fait dès l’apparition des appareils compacts et bon marché qui utilisaient les cartouches du film en 135, encore plus facile à utiliser et permettant des appareils encore plus petits.

Si le 120 perdure encore de nos jours, le 127 a quasi disparu. Au grand dam des possesseurs de Yashica 44 (un chouette petit TLR)) ou de Baby Rolleiflex, par exemple et bien sûr de tous les Kodak Brownie qui l’utilisent..

Si vous en cherchez, j’en ai trouvé chez Fotoimpex, sous la marque Rollei (qui n’en fabrique plus mais pose sa marque sur des films « produits blancs » d’autres fabricants).

Et pourtant, si vous regardez bien la chambre, comme sur l’Agfa Clac, elle est incurvée, ceci afin d’assurer une meilleure netteté des images. Un petit mécanisme empêche de faire des doubles expositions par mégarde. La construction du couvercle, par emboitement, assure une bonne étanchéité à la lumière.

Pas de réglages de distances, c’est un fix focus, qui assure une bonne netteté, comme dit plus haut, de 1,2m à l’infini.

Ce boitier était, semble-t’il, destiné aux jeunes et en tout cas aux personnes qui n’avaient pas envie de devoir « tripoter » leur appareil pour faire une photo.

En fait, vous ouvrez le sac tout prêt (dans lequel vous pouvez gardez l’appareil pendant la photo), vous visez, vous réglez selon le type de film (couleur ou N/B) et vous abaissez le levier rouge sur la droite de l’objectif : clic, la photo est dans la boîte.

Si vous l’avez remarqué, un film était encore dans l’exemplaire que j’ai acheté.

« Chouette, me suis-je dit, des photos oubliées anciennes ! » Las, le labo n’a rien pu tirer du film, trop vieux et sans aucun doute stocké dans de piètres conditions.

Ceci étant, ce qui m’agace un peu, c’est que j’ai cherché partout des infos sur la focale (un 35mm ?) et je n’ai rien trouvé, ni sur la vitesse unique de l’appareil. Les ouvertures sont notées 13 et 14 et je peux donc penser qu’il s’agit de f13 et f14.

Je dois me borner à en déduire qu’elle ne doit pas être bien rapide, ni l’ouverture très grande car le mode d’emploi spécifie « ne photographiez pas de sujets en mouvement » !

Bref, ce Kodak Starlet Camera, outre son aspect très ludique reste un appareil facile à manipuler : une fois le film mis en place, vous visez et vous tirez. Après avoir répété 12 fois l’exercice, vous déposez le film dans votre labo favoris pour contempler le résultat quelques jour plus tard..

Si vous en trouvez un en bon état, ne dépensez pas plus de 15€. Le film ne présente pas de problème majeur puisque vous pouvez encore en trouver. Il ne vous reste plus qu’à le sortir dans vos balades, si possibles ensoleillées pour en tirer le meilleur parti, quoiqu’il faille se dire que les films modernes sont plus rapides et améliorent considérablement le confort de prise de vue.

Bon amusement, bonne découverte car dites-vous bien que ce genre d’appareil a rempli des millions d’albums photos à travers le monde.

source : BrownieCam

La publicité a toujours joué un grand rôle dans l’histoire de la marque, la rendant omniprésente, incontournable, sur n’importe quels continents !

https://www.collection-appareils.fr/gestion_catalogue/images/1276172862.jpg
source : Collection-appareils, Sears 1958.
https://www.collection-appareils.fr/gestion_catalogue/images/1240988439.jpg
source : Collection-appareils, Photo-Plait 1960
https://www.collection-appareils.fr/gestion_catalogue/images/1312293137.jpg
source : Collection-appareils, Grenier Natkin 1960

petite video d’illustration

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI

Des références : https://collectionappareilsphotos.com/2017/06/13/kodak-brownie-starlet/, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=298, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=448, https://www.greelane.com/fr/sciences-humaines/histoire-et-culture/george-eastman-history-of-kodak-1991619/, https://www.innastudio.com/tech/eastman-kodak-company-lhistoire.html, https://www.capital.fr/economie-politique/kodak-splendeur-et-decadence-d-un-empire-913548, https://fr.wikipedia.org/wiki/Format_127 en français, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Kodak_Brownie_Starlet, https://www.browniecam.com/, https://www.brownie-camera.com/39.shtml en anglais

Argentique

Le Ricoh TF-900

Ah que voilà une belle « brique », digne des autofocus de la fin des années quatre-vingt.

C’est du costaud, du solide et même de l’ergonomique (notez la poignée avant bien marquée).

Mais fidèle au concept de ces années-là, c’est encore un appareil facile à manipuler, qui donne de bons résultats sans prise de tête. Il faut juste viser, composer et appuyer sur le déclencheur, le Ricoh TF 900 fait le reste.

Mais voyons cela de plus près …

Présenté à la PMA de 1987 – le grand salon de la photo de ces époques outre Atlantique (pour mémoire, en Europe il y avait la Photokina à Cologne), il fait partie des précurseurs de cette nouvelle vague d’appareils compacts munis d’un zoom.

La majorité des boitiers ont des focales fixes (comme le Canon AF 35 M ou le Fujica DL 100) et l’alternative, quand elle existe, sera de proposer un bi-focal. Ce n’est pas vraiment un zoom au sens ou l’entendons et qui arrivera plus tard. On ne passe pas du 35 au 70 avec la nuance des focales intermédiaires mais on part d’un 35mm et on passe au 70mm.

D’autres marques ont opté pour cette proposition. Citons le Canon Top Twin ou le Fuji DL 500 (même si la formule est là d’un 28 – 45mm).

De fait, il s’agit bien de deux focales distinctes : une 35mm et une 70mm. Lors du passage du 70 vers le 35, la moitié des éléments bascule dans le fond de l’appareil grâce un un petit moteur électrique.

Il n’y a donc pas de focale intermédiaire comme un 50mm p. ex.

C’est grand angle et mini télé. Finalement, ce sont deux focales couramment utilisées lorsque l’on veut mettre un grand nombre de sujets dans le cadre ou lorsque l’on veut isoler un détail, ce que chacun fait lorsqu’il est en vacances …

Ce type d' »appareil était en effet destiné aux familles pour qui la simplicité d’utilisation prime. Mais sans sacrifier pour autant la qualité.

Au 35mm, l’ouverture est de f2,8 et f5,6 pour le 70mm (ce n’est pas mal comparé au f6,3 que l’on trouvera dans les années nonante sur certains fix focus !).

Au rayon des petits plus intéressants, un retardateur qui autorise, si besoin, deux déclenchement consécutifs (pratique pour être aussi sur les photos avec la famille les pieds dans l’eau), la possibilité de compenser l’exposition (+2) et un mode « rafale » qui va jusqu’à une image par seconde.

Le retardateur vous signale son décompte par un léger bip sonore et une petite lampe clignote jusqu’au déclenchement.

Il a même existé une version de l’appareil avec un dos dateur, comble du luxe pour l’époque.

Nous pouvons considérer qu’il est bien doté pour l’époque.

Quoi d’autre ?

Puisqu’il est conçu pour être utilisé par tout le monde, il vous facilite la tâche : chargement automatique du film, avance et rembobinage automatisés, petit flash automatique (il est « pop-up » si la luminosité est insuffisante) pour déboucher les ombres (fill in), lecture automatique de la sensibilité des films (codage DX de 64 à 1600Iso),

L’autofocus est précis et vous avez même la possibilité de faire une pré-mise au point, parfois utile lors d’évènements où il est difficile de se placer.

Comme la grande majorité des appareils de l’époque, il fait tout « tout seul », c.-à-d. le réglage de la distance (ça vous le voyez dans le viseur) mais aussi le réglage de l’ouverture et de la vitesse, et là, il ne vous dit rien.

Mais encore une fois, la majorité des appareils de cette &époque, destinés aux familles, faisaient l’impasse sur ces éléments qui n’intéressent, in fine, que ceux qui veulent tout contrôler et qui, déjà à l’époque, optaient pour d’autres type d’appareils (un reflex par exemple, mais sans bénéficier, sauf à partir de 1985, de l’autofocus).

Le petit écran, sur le dessus, vous renseigne sur l’état de la pile, le nombre de vue, le fait que le film soit bien accroché, le choix de la rafale, le statut du flash.

Un mot encore sur le viseur, clair et qui possède des marques de correction de la parallaxe pour les prises de vue rapprochées (min 90 cm) et qui est collimaté (c.-à-d. avec les marques pour le cadrage). Sa particularité est qu’il bascule lui aussi quand vous changez de focale, ainsi vous voyez en temps réel le champ de visée selon la focale choisie.

Petite particularité de ce Ricoh : vous le mettez en route en faisant glisser le cache du viseur, à l’arrière. De ce fait, vous ouvrez les lamelles de l’objectif et activez la mécanique. Il vous reste à actionner le curseur sur le dessus pour choisir le format 35 ou 70mm.

Voilà, voilà … un chouette appareil qui sent bon la nostalgie et les années quatre-vingt. Ricoh a toujours eu une bonne réputation, notamment au niveau de la qualité des images délivrées (voyez le petit film ci-dessous).

Ah oui, l’alimentation se fait grâce à une pile CR-P2, un peu onéreuse mais qui tient au moins une année (sauf si vous utilisez systématiquement le flash).

Ne comptez pas le glisser dans une poche de Jean’s mais plutôt dans un petit sac, mais emportez le partout, il vous suivra toujours. Il n’est pas spécialement bruyant mais le l’emportez pas pour photographier votre concertiste préféré. Il sera par contre à son aise dans tous les concerts rock !

C »‘est un petit compagnon, peu courant sans être forcément rare, que vous devriez pouvoir acheter dans les 20€ maximum, idéalement avec son petit sac mais au moins avec sa dragonne d’origine.

https://www.collection-appareils.fr/gestion_catalogue/images/1584465658.jpg
source : Collection-appareils.fr, Photokina 1988 – 1989.

Une video d’illustration qui en plus reprend une pub de l’époque :

Des références : http://camera-wiki.org/wiki/Ricoh_TF-500/TF-900, https://www.newwavepool.shop/products/ricoh-tf-900-35mm-film-camera?variant=33305307185238, https://blog.nokkos.fi/ricoh-tf-900-review-and-a-goodbye-to-winter/, https://www.flickr.com/photos/98922823@N00/7328898576/, en anglais, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2412-Ricoh_TF-900.html en français