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Bien débuter en argentique : pourquoi se compliquer la vie ?

Je suis souvent surpris par des demandes de plus jeunes qui voudraient découvrir le monde de l’argentique, qu’ils n’ont jamais connu.

Ah, souvent ils sont très informés – merci les moteurs de recherches – mais aussi très insatisfaits car devant le flux des informations, comment faire le tri ?

Quelques uns ont la chance d’avoir des parents ou grand-parents (sapristi, déjà ?) qui ont tâté à la chose et qui peuvent les guider.

Pour les autres, ben, il reste … Internet et son lot de c…, d’intox et, parfois, de bons tuyaux.

Mais ils manquent un peu de réflexion, de recul.

Ainsi, ces enfants de l’APN et du smartphone ont l’habitude des couleurs qui claquent, des stéréotypes d’Instagram et consorts, nourri à l’HDR, au dual pixels et autres entourloupes …

Mais ont-ils conscience du rendu des films argentiques ?

S’ils ont visité quelques musées destinés à la photographie, ils ont pu se faire quelques idées.

Et là je dis que pour s’imprégner au mieux des capacités des films argentiques il ne faut pas commencer avec un Yashica Electro 35, un Canon AE-1, un Minolta SRT 101 !

Bien sûr ces appareils sont mythiques, idéaux pour apprendre les règles du triangle d’exposition mais pourquoi mettre la charrue avant les bœufs ?

Achetez un Minolta Dynax 5, un Canon Eos 300, un Nikon F65 (vous trouverez plein d’essais sur ce site et d’autres comme Benber à ce sujet) plutôt que ces « ancêtres ».

Pourquoi ?

D’abord, ils vous couteront nettement moins chers (vous pouvez en trouver à 30€ avec un objectif).

Ensuite – et c’est ça qui est intéressant – vous allez pouvoir utiliser ce qui se faisait de mieux à l’époque (début des années 2000, juste avant le basculement vers le numérique alors balbutiant) en argentique.

Et retenez bien une chose : avec ces appareils, vous utilisez la même technologie que les nouveaux APN !

-« Quoi, mais qu’est-ce qu’il nous raconté là ! »

Mais la vérité mon bon Monsieur …

Je m’explique : depuis les années septante et les débuts de « l’électronique », les constructeurs n’ont eu de cesse que d’embarquer dans leurs appareils des systèmes (des calculateurs) de plus en plus performant.

Si au début ils faisaient juste des corrélations entre vitesses/ouverture/sensibilité, petit à petit ils ont introduit des bases de données de conditions de prises de vues que les calculateurs « consultaient » avant de prendre une photo pour donner le meilleur rendu possible (les fameux réglages « scènes » de ces appareils – macro, paysage, photo de nuit, portrait, etc. s’en nourrissent).

Cela s’appelle des algorithmes et ils sont aussi vieux que la « bombe de Turing », du nom de ce génial cryptanalyste anglais qui a cassé les codes de la machine Enigma.

Simplement, à l’époque, les calculateurs n’avaient pas encore la puissance de ceux que nous connaissons de nos jours dans nos appareils photo de compétition.

Car ils n’avaient pas besoin, en plus, de gérer des capteurs avec ou sans matrice de Bayer et assimilés. Juste la sensibilité du film, confrontée aux conditions de prises de vue.

Bref, avec ces appareils, vous aurez le « juste rendu » des films argentiques, ce qui vous incitera – ou pas – à aller ensuite plus avant dans la découverte de ce nouveau monde qui s’ouvre à vous.

Encore un avantage de ces engins – sauf en ce qui concerne Minolta qui a disparu mais dont la monture existe toujours puisqu’il s’agit de celle des Sony : le parc des objectifs est immense et abordable, avec de jolies pépites pour qui sait fouiner un peu.

De fait, en prenant l’exemple de Canon (que je connais mieux), la monture EF est toujours celle que la marque utilise (sauf pour les nouveaux hybrides, c’est une autre histoire).

Vous bénéficiez de l’assistance d’autofocus performant, de cellule très efficaces (dont sont issues celles des appareils modernes), d’une ergonomie soignée, de programmes aux petits oignons et si vous voulez aller plus loin, vous passerez sans encombre au mode manuel tout en continuant à bénéficier d’aides utiles.

Quand vous aurez grillé quelques dizaines de bobines si, réellement, vous voulez revenir aux fondamentaux, il vous sera toujours loisible d’aller chercher un des glorieux ancêtres. Mais, au moins, vous ne vous serez – normalement – pas découragé.

-« Quoi, c’est moins fun que de se battre avec un Pratika MTL 5B ? »

Sans doute, mais n’oubliez jamais que ce qui fait la photo, c’est d’abord le photographe, le matériel vient après.

Alors autant se donner les bonnes cartes pour bien débuter et apprécier le rendu des films.

Et là vous pourrez encore faire des tas de découvertes, ne fut-ce qu’en allant faire un tour chez Lomography, qui vend des films pour toutes les fantaisies ou chez Fotoimpex, Retrocamera pour des fournitures plus conventionnelles.

Et puis, quand vous aurez encore plus d’audace (et trouvé un bon labo ou vous être mis au développement) vous penserez à utiliser des pellicules périmées.

Surtout, faites-vous plaisir, sans tenir compte des dictats d’une certaine mode actuelle.

En continuant sur la lancée de mes réflexions, et grâce à Romane (qui se reconnaîtra), j’ai envie d’ajouter quelques paragraphes, consacrés aux … compacts !

Dignes successeurs des déjà cités Electro 35, Minolta Hi-Matic, Canonet, qui déjà introduisaient une certaine électronique pour faciliter la prise de vue, les compacts des années nonante et – surtout – ceux des années deux-mille vont vous offrir le meilleur dans des formats qui donnent envie de les avoir toujours sur soi et donc de se donner la possibilité de prendre des photos, tout le temps !

Vous en trouverez plein sur le site (petite analyse subjective … -> argentique -> argentique -> et les autres ?), que j’ai eu la chance de dénicher souvent dans une caisse en brocante ou en vide-greniers.

Encore plus que leurs glorieux ancêtres, ces appareils ont été produits en quantité astronomique. Il en reste encore plein les tiroirs de vos parents ou grands-parents, des amis, des voisins, … fouillez un peu, sinon, direction brocantes et consort.

Si vous évitez les Olympus Mju aux prix irréalistes, il vous en reste encore beaucoup, dans les grandes marques que sont Canon, Minolta, Pentax, Olympus, Panasonic, Samsung, Nikon, etc. à découvrir.

Regardez surtout l’amplitude de leur zoom en restant raisonnable (pas au delà des 120 mm). Souvent ils vous proposent de commencer vers le 28 ou 38mm. A vous de voir en fonction de votre pratique photographique : plutôt paysage et urbain, optez pour un 28mm; plutôt street, visez un 38mm, mais il n’y a aucune règle gravée dans le marbre.

La majorité de ces appareils vous offrent, dans des formats condensés, ce qui se faisait de mieux à leur époque tant en terme de réactivité, de programmes dédiés, d’assistance, d’autofocus. Un petit clapet discret protège généralement leur optique, certains sont traités all weather (tout temps), la plupart peuvent débrayer leur flash intégré, leur alimentation est assurées par des piles assez communes à trouver (des AA ou des CR2, des CR123) pour ne jamais tomber en panne.

Glissés dans une poche, un petit sac, ils étaient toujours prêts à être dégainés. Et ils le sont toujours, à vous d’y (re)mettre un film – opération ultra simplifiée avec eux – de viser, de faire confiance en leurs capacités et « clic-clac » c’est dans la boîte !

Souvent, si vous lisez mes petits comptes rendus à leur encontre, je signale que ceux-là vous ne craindrez pas de les perdre, de les sacrifier en cas de prises de vue dangereuses pour vos boitiers coûteux (le Holi, les carnavals par exemple !) car, à moins de les avoir récupérés gratuitement chez un parent (cf. plus haut), si vous les avez achetés ils ne vous auront pas coûté une fortune : entre 10 et 25€ pour la majorité.

Ça vous laisse de quoi acheter de la pellicule, non ?

Et puis, « comme avant », ils peuvent être un parfait complément d’un réflex plus pointu.

Ne les négligez pas, de nombreuses personnes ont repris goût à l’argentique grâce à eux !

3 réponses »

  1. Très bon plaidoyer pour la pratique de la photo argentique. Tes arguments sont convaincants. En plus, tu indiques où trouver des films, ce qui permet de lever un frein.
    Reste effectivement à trouver un bon labo pour les développer… ou le faire soi-même.
    Bonne soirée, JP !

    • Merci Phil. Pour le développement, j’ai une ou deux petites idées que, j’espère, je pourrai présenter bientôt Mais le « p’tit labo » près de chez soi reste un must, et ils se font de plus en plus rares, en France aussi j’imagine ? Bon weekend à toi.

      • N’ayant pas eu le besoin de trouver un labo depuis bien longtemps, je ne sais pas répondre à ta question. Mais je pense que ce doit être aussi de plus en plus difficile, sauf peut-être en (grande) ville. Comme toute entreprise commerciale, il leur faut un minimum de clientèle pour que ce soit rentable et viable.
        Bon weekend également, JP.

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