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Connaissez-vous le Pixii ?

Si vous êtes comme moi, un brin curieux, vous en aviez, vaguement, entendu parlé, notamment dans la presse spécialisée.

Je résume : c’est un appareil créé de toutes pièces par un français, David Barth, qui, ne trouvant pas « d’appareil à son œil », a décidé de fabriquer l’appareil « parfait » (pour lui !).

Il s’agit d’un télémétrique avec un capteur APS-C sans écran, celui-ci étant remplacé par une connexion avec votre smartphone.

Bon, des télémétriques sans écran, il y en a déjà eu, chez Leica : le M60 (confidentiel, je vous l’accorde puisque produit à seulement 600 exemplaires), puis le M-D type 262, ensuite le M10-D sorti en 2018 et qui communique aussi avec votre smartphone pour vérifier vos images, les télécharger et les envoyer.

Ok, nous sommes chez Leica et le ticket d’entrée est à 7.650€, nu mais avec 24Mpx en plein format.

Le Pixii, lui, opte pour un capteur de 11Mpx au format APS-C. Notez que pour regarder ses images sur son smartphone c’est plus que suffisant, mais pour faire de la « vraie » photo, c’est un peu juste.

Attention, j’entends par « vraie » photo celle que vous allez tirer dans un format autre que le 10X15, comme par exemple un format d’exposition (30X40).

Maintenant, si votre ambition est de publier sur Instagram ou d’envoyer vos photos à vos « amis » et connaissances, c’est aussi largement suffisant.

Mais cela justifie t-il un achat à 3480€ (version 8Go interne) ?

Soyons de bons comptes, je salue cet entrepreneur qui essaie de mettre au point un nouvel appareil, partant d’une feuille blanche pour lui (il n’est pas du monde de la photo, c’est un ingénieur développeur en software)

Mais quel est son constat de départ ? Devenu père, il s’aperçoit que son Nikon D70 ne lui donne pas le réflex intuitif dont il a besoin pour s’immerger dans la photographie. C’est la rencontre avec un vieux Leica M3 qui est le déclencheur : il comprend enfin la relation particulière de l’œil à son appareil et à son envie de faire des photos. Il achète ensuite un Leica M8, qui achève de le convaincre.

Et pourtant, c’est en utilisant un vieux Leica M2, sans cellule, qui se produit le déclic ! En effet, pour mesurer la lumière, il utilise son … smartphone. « Je me suis dit que si mon appareil pouvait envoyer les photos directement vers mon smartphone, je pourrais les retoucher et les partager facilement » dixit Monsieur Barth.

Je sais, je sais, une génération entière est continuellement scotchée à l’écran de son téléphone dit intelligent, dont les fabricants et les développeurs s’ingénient à lui dire que c’est là l’engin le plus « chill » – à mon époque on disait cool – pour tout, y compris pour ses photos, qu’elle va pouvoir envoyer au monde entier en quelques clics (la planète ne vous dit pas merci).

Et là je dis stop ! Si vous voulez « voir » ce que vous faites, c’est – au moins – sur l’écran d’un PC, calibré correctement, que vous pourrez travailler en toutes certitudes : celle de la justesse de vos couleurs (les dalles des smartphones sont « optimisées » pour flatter le regard, pas la réalité), celle de la précision de vos corrections éventuelles (mettez une fois une de vos photos bidouillée sur votre smartphone sur l’écran d’un PC, vous serrez très surpris des approximations), celle de la précision de votre cadrage … pour commencer !

Lorsque Leica a choisi de retirer l’écran de quelques uns de ses modèles, c’était pour répondre à la demande de certains puristes, qui acceptaient de patienter pour voir le résultat de leurs déambulations photographiques, comme au bon vieux temps de l’argentique.

Ne croyez pas que c’est là une attitude de vieux réactionnaires, fermés à tout progrès, mais plutôt des photographes qui savourent (encore) la patience de la prise de vue, la réflexion lors de celle-ci, le temps de la maturité pour (re)découvrir d’un œil serein les images capturées, afin d’en faire le bon choix, la meilleure évaluation pour une correction éventuelle, pour savourer le souvenir du moment où ils ont pressé le déclencheur …

Au pays de l’argentique – et de plus en plus de personnes, jeunes et très jeunes y compris – ce sont de attitudes qui comptent et qui sont toutes naturelles puisqu’il faut développer le film avant de le voir et d’y travailler si besoin.

A notre époque du « tout tout de suite », les as du marketing vous font croire que l’instantanéité est LA condition acceptable pour exister aux yeux du monde. Triste monde !

Pour en revenir donc à ce Pixii, je me dis que Monsieur Barth s’est trompé d’objectif : créer un nouveau télémétrique, avec des codes différents pour une utilisation facilitée (pour ceux qui n’ont jamais connu l’argentique et ses réglages), incluant une ergonomie repensée et un design personnel, je dis oui et j’applaudis.

Mais vouloir singer un appareil en y ajoutant le fallacieux prétexte d’un travail rapide et expéditif sur un écran minuscule pour se démarquer, c’est une erreur.

Une erreur à 3480€ quand même !

Pour découvrir l’appareil et son concept : PIXII

Sources de l’article : Sciences et Vie Photo numéro 10, décembre – janvier 2021.

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