Ah celui-ci, je l’ai trouvé dans une caisse, mélangé avec d’autres vieux appareils en (très) mauvais état.

Mais voilà, sa façade très « art déco » m’a fait craquer, et son prix aussi car ni le vendeur ni moi n’étions parvenus à l’ouvrir.

Petite recherche sur la Grande Toile d’abord pour savoir de qui il s’agit, partant du seul indice de son objectif, un « Bilinar » d’Agfa. Puis, d’images en images, j’ai resserré la recherche et trouvé celui que je cherchais, un Agfa Billy – Clack 74.

Et là je constate le paradoxe : il s’appelle Clack car, normalement, en appuyant sur un petit bouton, situé près de la clé de bobinage, la face avant doit se déployer automatiquement.

Ben ici, faut que je l’aide vraiment à s’extirper de son logement, sans rien abimer car le soufflet est en parfait état, lui.

Ceci étant, j’ai trouvé les ouvertures, en façade (de f11 -f16 – f22) mais pas de réglage de vitesse. J’en déduis qu’il n’y en qu’une. J’ai toutefois trouvé un petit levier avec deux positions. Je verrai ça plus tard.

Comme vous pouvez l’apercevoir, la lentille est sale, tout comme les deux « viseurs ». Je vais voir si je peux démonter pour nettoyer tout ça.

Bon, mais si nous commencions par le début ?

Le Billy-Clack fut construit des années trente au seuil des années quarante (là, je vous avoue que j’ai battu mon record de « vieux machins » : il a nonante ans !).

C’est un appareil original de par son ouverture qui utilise un double pantographe.

Ce type d’ouverture apparait d’abord chez Kodak sur le N°1 Folding Pocket Kodak en … 1897. Il sera ensuit repris sur d’autres foldings car très pratique (l’appareil s’ouvre tout seul) et permettant une grande compacité.

Pour l’anecdote, ce genre d’appareils fut très prisé des soldats de la première guerre mondiale (pas du tout par les officiers supérieurs. Quand on se souvient de la boucherie absurde des tranchées qu’ils ont commandées, on comprend pourquoi !), ils ne prenaient pas beaucoup de place et étaient robustes

Cet Agfa Billy Clack a existé en deux versions : le n° 51 au format 4,5×6, équipé d’un filtre jaune intégré et le n° 74 au format 6×9 sur film 120.

Source : artdecocameras, l’Agfa Clack n° 51

Comme vous avez pu le constater sur les photos, le 74 ne propose que 3 ouvertures : f11 – f16 – f22, que vous sélectionnez avec un petit levier elliptique.

L’objectif est un Agfa Bilinar de 95mm ouvrant à f11. De fait, le terme d’objectif est un bien grand mot.

Lorsque j’ai démonté la face « art déco » – j’y reviendrai – pour nettoyer la lentille et les viseurs, je me suis trouvé devant une lentille convexe (sale) et, en dessous, un second verre qui parait plat qui passe sous la lentille, au dessus de l’obturateur. Dois-je en conclure que c’est donc un objectif à deux lentilles ?

De fait cette lentille additionnelle est une « bonnette à portrait » pour les prises de vues comprises entre 2,5 m et 5m. On l’actionne avec une tirette qui se trouve sous le bloc optique + obturateur.

A gauche, le levier pour bloque l’obturateur et à droite la tirette pour la seconde lentille ‘bonnette ». Et si vous regardez bien, en dessous, il y a la béquille et sur le côté, à gauche, le déclencheur à flan du bloc..

Et vous avez bien lu, la mise au point minimale est de 2,5m – pas de promiscuité en cas de portrait avec lui !

Lorsque l’appareil est ouvert, si vous le posez sur une surface plane, vous déployez une béquille qui permet à l’appareil de tenir droit, en position verticale. Utile car s’il y a une pause B, je n’ai pas trouvé de déclencheur fileté pour y ajouter un câble de déclenchement. Vous devrez appuyer sur le « bouton » le temps de la pause.

Quand à l’obturateur, il est rotatif et n’offre que deux positons : pause ou instantané. C’est le levier avec les deux repères blancs. Un autre levier, en dessous de la platine, permet de bloquer l’ouverture du diaphragme pour les pauses longues (votre doigt vous dit merci). La vitesse est unique, fixée au 1/25s, en plus de la pause B.

La visée peut se faire soit avec les 2 viseurs à prismes (ceux que j’ai nettoyés) ) un vertical et un horizontal – ou avec le viseur à cadre escamotable qui est sur le boitier.

Je vous avoue que ces deux « yeux » ronds m’avaient attiré sur la brocante, un mélange étonnant de façade faisant penser aux fameux « box » tout en sachant que l’appareil devait être un folding.

Cette face est une fine plaque de métal laquée noir au motif très « art déco ».

Sous cette plaque, les deux petits verres ronds des viseurs à prisme et la lentille, elle-même sous le cercle métallique où est gravé le nom de l’objectif. Attention, sous ce cercle il y a une pièce qui fait ressort et qu’il faudra replacer correctement (deux petits ergots pour bloquer le cercle et le ressort). Si vous démontez cette plaque, tenez bien compte de l’emplacement des quatre vis, qui ne seront pas forcément semblables. Si vous les intervertissez, bonjour la galère pour les remettre !

J’ai donc ôté les 3 petits verres et les ai nettoyés avec un produit destiné à la lunetterie. Il n’y a pas de traitement de surface mais ce n’est pas une raison pour ne pas être précautionneux.

Sous cette fine tôle ouvragée, une plaque en fer cache le mécanisme du déclencheur et de l’obturateur. Vous pouvez la soulever en ôtant une seule vis en bas de l’ensemble. Si vous voulez retirer cette dernière plaque, attention, il y a deux minuscules ressorts qui ne demandent qu’à prendre le large. Personnellement, je me suis contenté de la soulever pour voir le jeu de la lentille bonnette et de l’obturateur, qui est « multi-trous » selon l’ouverture proposée.

Pour le nettoyage des lentilles, j’ai utilisé le produit pour verres optiques. Pour les prismes, coton tige mouillés avec le même produit et beaucoup de délicatesse en frottant. Là, on y voit nettement mieux !

Restait le mécanisme du pantographe qui, décidément, ne joue pas son rôle. Voyons pourquoi …

Premier constat, de la poussière qui colle sur le métal (ce qui est vrai aussi pour la béquille qui est très difficile à sortir). Un chiffon pour enlever le plus gros, un coton tige humecté pour peaufiner et enfin, toujours avec un coton tige mouillé d’huile ultra fine, petit passage sur tous les endroits où ça doit tourner, plier, se déployer. Idem sur le système de fermeture, qui grippe un peu aussi.

Mais surtout, comme vous pouvez le voir sur ces photos, une partie du mécanisme est plié, ce qui fait forcer le système. Petites pinces et encore plus de délicatesse pour redresser tout ça.

Et ça fonctionne : maintenant, lorsque j’appuie sur le petit bouton de déverrouillage, la face se déploie dans un joli « clack » réjouissant !

Ai-je fait le tour ?

Eh non, il me reste à l’ouvrir pour vous montrer le « dedans ». Sur le côté droit, sous la lanière de portage, il y a un verrou (qui a aussi reçu toute mon attention et un peu d’huile). En tirant sur les deux boutons de fermeture, le dos s’ouvre sur la chambre, dans laquelle se replie le soufflet en position fermée.

Vous constaterez que les deux petits rouleaux sont rouillés. Je les ai frotté avec un chiffon doux et il n’y a pas d’aspérités qui pourraient griffer le film. Le film se place à droite et la bobine réceptrice à gauche. Il faut soulever la clé de bobinage pour y glisser la bobine. Admirez au passage l’embossage du nom Agfa dans le cuir de revêtement. Le numéro de série se trouve gravé, lui, sur le porte bobine à droite.

La fenêtre rouge inactinique peut être « fermée » grâce à un petit coulissant. Utile lorsqu’on remise l’appareil, chargé, pour un temps indéfini. Mais c’est plus une précaution d’usage qu’une vraie nécessité, 8 photos sur un film de 120, ça va vite.

Notons qu’il n’y a pas de plaque presse film, un détail qui permet de baisser le prix de vente, le grand argument de cet appareil. Regardez bien l’intérieur de la porte arrière, vous verrez les traces des nombreux films qui ont tourné dans ce Billy.

Je résume : vous appuyez sur le bouton au dessus du capot, le bloc optique sort comme un beau diable. Selon le temps qu’il fait, vous réglez l’ouverture, de f11 à f22. Ne vous préoccupez pas de la vitesse, elle est fixée au 1/25s, sauf si vous positionnez la tige sur le sigle blanc en forme de trait, auquel cas vous êtes en position « pause » et l’obturateur reste ouvert tant que vous gardez le doigt sur le déclencheur.

Vous visez votre sujet soit avec le viseur à cadre, soit un des deux autres viseurs qui sont sur le bloc optique – et je vous avoue que même quand ils sont tout propres, ce n’est pas évident à moins de « monter » l’appareil sous votre nez – puis du bout de l’index droit, vous faite glisser fermement le déclencheur, que vous lâchez aussitôt. Votre première photo est dans la boite !

Il vous reste à faire avancer le film jusqu’au prochain numéro inscrit sur le papier qui protège le film, en tournant la clé sur le dessus, à gauche.

Pour refermer l’appareil, juste pousser bien droit l’ensemble optique vers la chambre et « clic » le boitier est redevenu tout plat et facile à mettre dans un sac ou une (grande) poche.

Si vous avez terminé le film, vous « bobinez » jusqu’à ce que le film disparaisse de la fenêtre (et par précaution, vous tournez une ou deux fois de plus), ouvrez l’engin et saisissez la bobine, que vous scellez en collant la languette qui porte, généralement, la mention « exposed ».

Reste la grande question de l’utilisation, de nos jours, de ce type d’appareil.

Autant je peux concevoir d’utiliser le Voigtländer Perkeo I ou le Zeiss Ikonta B2 521/16, autant celui-ci me semble « anecdotique » !

Pourquoi ? Son maniement, d’abord qui n’est pas aisé maintenant que l’ergonomie nous a habitué à des appareils qui « tiennent » bien dans la main et où toutes les commandes sont judicieusement placées.

Ses limites ensuite une seule vitesse, le 1/25s le destinerait à des sujets relativement statiques et avec l’utilisation de films lents (sensibilité Iso base), il vaut mieux avoir du soleil.

Mais comment faisaient nos arrières grands-parents (et j’ai une pensée émue pour ceux qui étaient sur les champs de bataille car ces appareils ont continué à être des témoins impertinents lors de la seconde guerre mondiale) ? Sachant que ces grands négatifs avaient toujours la cote car souvent ils étaient développés par contact et donnaient des images en 6×9 cm.

Celui-ci est maintenant parfaitement fonctionnel. Il a un certain charme, désuet, mais si un jour j’ai un peu de temps, je mettrai un film N/B style Rollei PRX 25 pur le tester.

Si vous en trouvez un sur une brocante, un vide-grenier, … prenez le mais pas pour plus de 15 à 20€.

Des publicités d’époque

Source : Collection-appareils, Porst 1934.
Source : Collection-appareils, Porst 1935

Deux videos d’illustration

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Un peu de technique

Agfa Clack n° 74, produit de 1934 à 1940
Moyen format 6×9 (8 images sur un film de 120 standard)
Type de corps : jambe de force pliante (=pantographe)
Fabrication en métal
Objectif Agfa Bili achromat
Mise au point fixe
Longueur focale de 95 mm
Plage focale : 7 pieds (2,13m) – inf.
Type d’ouverture : multi-trous et ouvertures : f/11, f/16, f/22
Type d’obturateur : rotatif
Vitesses d’obturation : B, I (1/25 s)
Taille Ouvert (l x h x p):85 x 165 x 105 mm
Taille fermée (l x h x p) : 85 x 165 x 36 mm
Poids : 545 g

Des références : https://www.kamera-museum-scholz.de/agfa-kamera/billy/billy-clack-74/, http://www.lippisches-kameramuseum.de/Agfa/Agfa_Billy_Clack_Nr_74.htm en allemand, https://mikeeckman.com/2016/04/agfa-billy-clack-no-74-1934/, http://www.artdecocameras.com/cameras/agfa/agfa-billy-clack-74/, en anglais, http://www.vieilalbum.com/BillyClackFR.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=11984, http://glangl1.free.fr/Photo2/Fiche_A_275.html en français