Argentique

Le Canon FTb QL

Eh oui, je ne pouvais pas éviter d’en faire un article, depuis le temps que je vous en parle de ce Canon FTb !

Juste un regret, que celui que je vous présente ne soit pas celui des parents, toujours introuvable à ce jour.

Celui-ci est noir – alors que le nôtre était bis-ton (argenté/noir) – légèrement patiné par le temps et ça lui va bien.

Mais venons en au principal, son histoire, ses caractéristiques, son agrément de nos jours, pour vous donner envie de le découvrir à votre tour.

Et comme je le dis souvent, allez farfouiller dans les greniers, les caves (moins bon à cause de l’humidité), les tiroirs de vos parents, grands parents, cousins, tantes et oncles, … vous en trouverez sans doute un qui n’attends que vos petites mains pour reprendre goût à la vie.

Tout d’abord, disons que c’est un appareil bien né : il est apparu en mars 1971 (quoi, déjà 50 ans !) en même temps que le mythique Canon F-1. Il était proposé comme alternative « économique », destinée aux amateurs exigeants alors que le F-1 était destiné aux « pro ». Il remplaçait le Canon FT QL et inaugurait la nouvelle ère des objectifs en monture FD (bien que la monture FL soit toujours compatible mais en perdant la visée à diaphragme ouvert).

Il sera le premier appareil photo reflex Canon à posséder un système de mesure de l’exposition à pleine ouverture avec l’utilisation des objectifs Canon FD. Ainsi le diaphragme reste grand ouvert en toutes circonstances, ce qui permet une visée plus claire. Il accepte les objectifs FL, mais dans ce cas la mesure de l’exposition se fait à diaphragme fermé. Un levier est prévu à cet effet et peut même être immobilisé en position fermée, j’y reviendrai plus loin.

Le QL, pour « quick loading » ou chargement rapide, est hérité des Canonet QL. C’est encore là une indication de sa destination aux amateurs, fusent-ils éclairés : le chargement rapide était un bel argument de vente de l’époque et – il faut bien l’avouer – un accessoire bien conçu pour charger son film et économiser de la précieuse pellicule. Vous verrez son utilisation dans la petite video en bas de l’article.

Une petite évolution, en 1973, modifie le levier d’armement, qui reçoit un petit bout de plastique à son extrémité, pour faciliter les réarmements rapides, et l’indication de la vitesse d’obturateur dans le viseur. Celui que je vous présente est d’avant ces évolutions (entre 1971 et 1973 donc).

Notons qu’à l’époque, un appareil destiné aux amateurs – rappelons-le, le gros des acheteurs ! – était construit pour être durable et donner satisfaction longtemps à son propriétaire.

La construction de l’obturateur, associée au poids du boitier (760gr avec une pile et un film de 36 vues), restreint les vibrations lors du déclenchement. Canon y ajoute le SMS ou « Shockless Mirror System », un système qui amorti le miroir, limitant là encore les vibrations.

Vous l’avez deviné, c’est un appareil tout mécanique où vous devrez régler l’ouverture et la vitesse : une aiguille, dans le viseur, indique la lumière analysée par le posemètre (c’est pour ça qu’il y a une pile) qu’il faut faire coïncider avec le rond qui correspond au diaphragme choisi sur la bague de l’objectif. Facile et intuitif.

Pour la mise au point, même topo : un cercle de microprismes au milieu vous aide à la mise au point nette. Notez que le AE-1, autre best-seller qui lui succèdera, proposera lui une mise au point par coïncidence avec un stignomètre placé au centre de la couronne de microprismes (il est vrai, un peu plus confortable, mais ne brûlons pas les étapes).

A remarquer, le levier de profondeur de champ qui arrête l’objectif à l’ouverture choisie. Si vous le relâchez, l’objectif revient à pleine ouverture. Combiné au verrouillage du miroir, vous avez là des « outils » dignes d’un appareil pro de l’époque, quoiqu’il s’en défende.

Ce levier a donc une triple fonction : levier de la profondeur de champ poussé vers l’objectif, verrouillage du miroir et action du retardateur (tiré vers le bas et qui se met en route par appuis sur le déclencheur, environ 10 secondes).

Le posemètre est une cellule au CdS qui reçoit la lumière à travers l’objectif (TTL). La zone de travail est à prépondérance centrale, qui représente 12% de la surface du viseur (la surface grise plus sombre au centre du viseur). La sensibilité va de 25 à 2000 Asa. Une pile PX625 alimente la cellule et le posemètre. Donc, même si elle est HS, vous pouvez continuer à faire des photos (envisagez peut-être une cellule à mains au cas où vous auriez oublié de contrôler la pile avant votre sortie !).

La précision de la cellule est unanimement reconnue (elle a fait les beaux jours des amateurs de diapositives). Elle est considérée comme meilleure que celle du Minolta SR-T car sa plage est plus large et sa sensibilité plus précise.

De fait, le FTb règle l’aiguille du posemètre en fonction de la sensibilité Asa du film et en fonction de la plage d’ouverture des objectifs utilisés. L’appareil optimise ainsi la sensibilité du posemètre, ce qui rend la mesure bien plus précise et fiable.

Notons encore que le fait d’utiliser une pile alcaline moderne, plutôt que celle d’origine au mercure, n’affecte pas la mesure.

La cellule possède son interrupteur, marqué ON-OFF-C autour de la manivelle de rembobinage. Le C permet de vérifier si la pile est bien chargée : l’aiguille se place alors dans le petit carré tout en bas de l’échelle de droite.

Une griffe flash synchronise l’éclair de ce dernier au 1/60s (synchro X) tandis que vous pouvez toujours utiliser d’anciens flashs (FP ou flash bulb à ampoules) avec là une synchronisation de 1/1,000s à 1/125s et de 1/30s à plus lent. Le must étant d’utiliser les flashs Canon Speedlite 133D qui dispose du dispositif CAT (Canon Automatic Tuning) facilitant la synchronisation aussi avec certains objectifs FD.

L’obturateur est de type plan focal horizontal en tissu. Il offre des vitesses de 1s à 1/1000s plus une pause B, avec un retardateur mécanique de 10 secondes.

Je reviens un instant sur les objectifs utilisables : si les FL le sont encore (et même les R encore plus anciens), vous perdez la mesure à pleine ouverture, par contre tous les objectifs FD sont compatibles, quoiqu’il faille penser que les FD développés pour le F-1 et le FTb ne comportent pas de position A car ces appareils ne sont pas automatiques. Lorsque vous voudrez monter un tel objectif (les new FD qui perdent la bague de couplage chromée) sur le FTb, réglez le sur toute autre position que le A sinon vous ne pourrez pas l’installer, Canon ayant prévu de verrouiller cette option.

La gamme des objectifs FD est une des plus complète qui soit et aujourd’hui elle est tout à fait abordable. Bien sûr, si vous cherchez le saint Graal du 50mm FD SSC f1,2, attendez-vous à faire chauffer votre carte bancaire. Sinon, le bon vieux FD 50mm f1,8 ne vous lâchera jamais et vous serez surpris de la qualité des images qu’il délivre encore.

Autour du déclencheur, très souple et doux, une petite couronne permet de verrouiller ce dernier, évitant ainsi des déclenchements intempestifs lorsque l’appareil est « armé ».

Reprenons un peu la ligne du temps : 1971, sortie du Canon F-1 et du FTb, qui succède au FT QL. Un FTbn (pour new) apparait en 1973 avec quelques améliorations essentiellement cosmétiques. 1977 sonnera le glas de ce modèle devenu entre-temps célèbre. Le Canon A-1 pointe son nez et son fils, le Canon AE-1 prendra la relève.

Le Canon FTb QL aura une excellente réputation de robustesse et de fiabilité qui n’est pas usurpée. Seule la cellule – comme sur celui que j’ai acheté pour faire cet article – peut à un moment vous lâcher (notez, elles ont au moins 50 ans), mais cela n’empêche pas le boitier de fonctionner parfaitement.

Sa simplicité se retrouve aussi dans le mode d’emploi : 45 pages de conseils utiles, point barre version française).

Et c’est vraiment un des meilleurs appareils école qui existe. Son prix s’en ressent d’ailleurs de nos jours où il est difficile d’en trouver sous les 50€ – et je ne parle pas de la version noire !

Vous connaissez ma faiblesse pour ce « look » mais – et je tiens compte d’une remarque judicieuse d’Olivier (qui se reconnaîtra) – les peintures noires sont fragiles et si on observe parfois une belle patine par l’apparition, par petites touches, du laiton doré par dessous, souvent elle s’écaille et le boitier ressemble vite à une épave. Le soucis ne se pose pas avec les boitiers bis-tons, qui semblent traverser le temps sans soucis.

Une conclusion ?

Elle sera – forcément – impartiale puisque j’ai commencé la photographie avec un tel appareil, et ça laisse des traces (ah ! nostalgie), mais, franchement, c’est un bel appareil, qui traverse les années comme le bon vin. Fidèle compagnon de vos sorties, il répond toujours présent et sa simplicité d’utilisation en font encore et toujours un best-seller pour qui veut (re)découvrir les joies de l’argentique.

Juste qu’il faut être attentif pour dégoter une belle affaire, mais c’est encore possible, soyez obstiné. Et prévoyez une bonne sangle, vos cervicales vous remercieront.

Ah, si je pouvais remettre la main sur l’appareil des parents !

Ici, une publicité d’époque (merci Collection-appareils) qui présente les appareils en concurrence en 1972.

https://collection-appareils.fr/gestion_catalogue/images/1289250095.jpg
source : Collection-appareils, Photo-Plait 1972

Une très chouette video d’illustration

Des références : http://35mm-compact.com/reflex/canonftb.htm, https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_FTb, https://www.lomography.fr/magazine/132076-49-43-canon-ftb, https://www.lomography.fr/magazine/327682-lomopedia-appareil-argentique-canon-ftb, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-380-Canon_FTb%20QL.html en français, https://www.kenrockwell.com/canon/fd/ftb.htm, https://www.brokencamera.club/blog/2017/6/27/canon-ftb, https://www.imagingpixel.com/p/canon-ftb-ql.html, https://flynngraphics.ca/the-collection/the-cameras/f-series/ftbql/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Canon_FTb en anglais

Belles rencontres

Le Vieil arbre

Si vous vous en souvenez, ce vieil arbre est comme un fil rouge au fil des saisons …

Je vous ai conté l’histoire qui nous lie mais aujourd’hui, elle prend une autre ampleur car ce vieil arbre est comme l’allégorie de l’histoire d’un homme, mon père, héros ordinaire qui se bat contre le crabe.

Comme cet arbre, il s’est brisé, s’est relevé encore et encore, trouvant toujours un souffle de vie.

Le combat continue … je guetterai le printemps avec plus d’acuité cette année, chercherai les premiers bourgeons, les premières feuilles, … autant de notes d’espoir pour 2022, au moins …

Le Zinc du photographe

Photographes, ils ont marqué leur siècle.

C’est le titre choisi pour présenter 19 photographes qui ont, effectivement, marqué le siècle qu’ils ont traversé. Certains rapidement, d’autres sont toujours là et continuent de témoigner avec des images qui nous émeuvent, nous dérangent, nous interrogent, nous font réagir …

Qui sont-ils ? Je ne vais pas les citer tous, mais vous vous doutez du noms de quelques un(e)s : Dorothea Lange, Cecil Beaton, Magaret Bourke-White, HCB, Robert Doisneau, Steve Mc Curry, Elliot Erwitt, Abbas Attar, Robert Cappa, …

Des textes intelligents, signés Laura Magni, entourée de Marco Santini et Elena Ceratti, resituent simplement ces illustres photographes dans leur temps, leur démarche, car s’ils sont tous/toutes différents, ils ont en commun d’avoir été les témoins élégants d’un temps révolu qu’ils nous ont donné à voir et comprendre de la plus belle des manières : la photographie.

En studio (Cecil Beaton), sur le terrain de la Grande Dépression des années trente (Dorothea Lange), sur les champs de bataille du vingtième siècle (Magaret Bourke-White), dans le découverte de vies extraordinaires (Sebastiao Solgado), dans la vie de tous les jours (Robert Doisneau), … ils/elles étaient là pour saisir des instants qui racontent, in fine, notre vie à tous, aux quatre coins du monde.

Un livre qui se lit d’une traite car il captive, notamment par les légendes et le choix des photos, emblématiques de chaque auteur.

Et pourtant, j’ai envie d’écrire que c’est un livre facile car il va à l’essentiel de chacun des photographes présentés, presque pour vous donner envie d’aller ensuite plus loin pour chacun d’eux, par curiosité et ça je trouve que c’est le but d’un bon bouquin.

Si vous le cherchez, voici les coordonnées complètes, comme d’habitude : Photographes, ils ont marqué leur siècle, textes de Laura Magni, éd. Heredium, ISBN 978-2-8104-2371-2

Les nouveautés en un lieu

Vive les fonds de grenier ! … et quelques réflexions économiques …

Je vous en ai parlé succinctement, nous devons faire de la place chez mes parents, âgés, afin de favoriser leurs déplacements et leur confort, à domicile.

Mon frère et moi en profitons pour parcourir des années de vie, des quantité de souvenirs comme de vieux albums photos que nous redécouvrons avec nostalgie et amusement et parfois, nous découvrons de petites pépites comme par exemple de vieux documents édités à la sortie des appareils Canon achetés par nos parents.

En l’occurrence, je suis tombé sur des catalogues Canon de 1980, qui présentent les réflex de l’époque, les compacts du moment, la gamme des objectifs FD et la présentation du « système Canon », un des premiers au monde : les objectifs, les moteurs, les flashs, les accessoires divers et variés des photographes de la fin des années septante et du début des années quatre-vingt.

Et une liste de prix (en francs belges évidemment, que les lecteurs de moins de 20 ans n’ont pu connaître), qui date de 1981pour quelques boitiers au sujet desquels j’ai écris un article (Canon A-1, Canon AE-1 notamment).

Eh, les gens de chez Canon, si avec ça vous ne me sponsorisez pas, je n’y comprends rien ! Fidèle à la marque depuis 1975 (date d’achat par mes parents du Ftb dont je parle souvent pour avoir commencé avec lui), ça mérite un peu de considération, non ?

Je plaisante. Une brochure, annotée par mon père, tient même compte du prix négocié pour qu’il succombe à ce fameux Canon Ftb QL : 11.995 fb et 3.600 fb pour le flash Canon Speedlite 133D.

Si j’actualise les chiffres (accrochez-vous !) cela donne : l’équivalent de 11 995 BEF au 04 Juillet 1975 est de 48 000.76 BEF au 15 Janvier 2022 (Inflation sur la période : 300.17 %, index utilisé : BECPI2013 (Directorate-general Statistics and Economic information), Index initial : 29.12, Index final : 116.53

En gros, cet appareil couterait aujourd’hui 1 189.91 EUR ! …

Notez, ça donne à réfléchir (mais je ne suis pas économiste) quand aux prix pratiqués pour les appareils modernes, non ?

Si nous faisons l’exercice avec le Canon F-1, le summum de l’époque, le boitier nu coutait 25.215 Fb.

Si nous « actualisons » la somme au 15 janvier 2022, il serait de 92.399,88 Fb (Inflation sur la période : 266.45 %, index utilisé :BECPI2013 (Directorate-general Statistics and Economic information), Index initial : 31.8, Index final : 116.53) et si nous convertissons cette somme actualisée en euros, nous en sommes à 2.290,53 € soit l’équivalent du prix d’un Canon 6D Mark II muni d’un objectif 50mm de base ou même un Canon Eos RP (discontinué déjà) et un objectif RF 24-105mm F4-7.1 IS STM ou un Canon EOS 90D + objectif EF-S 18-135mm IS USM + sac à dos + carte SD + batterie de rechange

Ne rêvons pas hein, les Canon Eos 5D Mark IV et Canon Eos R5 (nus) sont encore plus de mille euros plus chers !

Nos appareils modernes ont éliminés plus de 60% des pièces mécaniques, remplacées par l’électronique. Mais j’ignore si dans 50 ans je pourrai encore les utiliser comme je peux toujours le faire d’un Canon F-1 !

Nonobstant le risque que la pellicule disparaisse un jour (ou devienne impayable), je vous avoue que je ne suis pas certain que l’évolution soit une bonne chose dans ce cas précis (même si je reconnais les qualités exceptionnelles des appareils modernes, ne soyons pas passéistes). Mais je constate qu’à une époque on fabriquait solide, pour durer – le Canon F-1 Old ne fut remplacé par le Canon New F-1 qu’après dix de services et le nouveau restera aussi dix ans au top – alors qu’aujourd’hui, après trois ans, l’appareil est remplacé et considéré comme obsolète.

Méditons …

Une autre brochure, celle du Studio Patrick, avec ses réclames comme on n’en fait plus et ses « accroches » qui donnent à sourire aujourd’hui.

Si je regarde les appareils présentés comme des « nouveautés » à la sortie de ce catalogue, malheureusement non daté, je pense qu’il est sorti en 1974 ou 1975. Et on y parle – déjà – de mauvaise conjoncture (suite au premier choc pétrolier de 1973).

Franchement, c’est un plaisir que de retourner dans ces vieux catalogues, qui me serviront bien lors de la présentation des appareils que je dégoterai encore cette année … heu, le retour des brocantes, c’est quand ?

Argentique

Le Canon Snappy 20

Ça y est, encore un appareil extrait du capharnaüm de chez mes parents. Et quel appareil, un Canon Snappy 20 tout jaune !

Je le tourne et retourne entre mes mains fébriles car celui-là non plus je ne le connaissais pas, décidément …

Alors, souvent, les appareils de ce type sont étanches (les Minolta par exemple) mais attention, pas celui-ci. Il a un air de baroudeur, mais seulement l’air.

En ouvrant la trappe à piles, je déchante : elles ont coulé. Faudra prévoir un bon nettoyage et espérer que les contacts ne sont pas fichus.

Allez, j’embarque l’engin pour le regarder à mon aise, chez moi.

Manifestement, c’est un appareil voulu simple, tout est automatisé : le chargement du film, l’avance jusque la première vue, l’armement bien sûr et l’exposition, tout comme le déclenchement du flash. Et, in fine, le rembobinage, en fin de film, est automatique.

C’est un appareil destiné aux personnes qui ne veulent pas s’encombrer d’un mode d’emploi à rallonge : je mets le film dedans, je vise, j’appuie, clic-clac, c’est dans la boîte !

C’est typiquement un petit appareil de vacances : sa longue lanière permet de le porter autour du cou et son objectif, caché sous un volet de protection qui allume le boitier quand on l’escamote, évite un étui, toujours encombrant.

Pour autant, puisque je fais mention de l’objectif, celui-ci est quand même constitué de quatre lentilles, les trois premières étant même en verre (et bizarrement, la quatrième en plastique, y a pas de petites économies).

Bref, apparut sur le marché en septembre 1982, c’est un appareil compact soucieux du budget des acheteurs. Pourtant, cela n’exclut pas un brin de fantaisie et le Snappy 20 (un des premiers de cette célèbre famille) a existé en quatre couleurs un peu « peps » : jaune, bleue, rouge, blanche et pour les plus sérieux, en noir.

Tiens, en parlant de « sérieux », il faut savoir que le Snappy 20 est sorti quasi en même temps que le Snappy 50, plus performant (il est autofocus lui) mais qui lui n’a existé qu’en gris/noir.

Tout automatique, écrivais-je un peu plus haut, avec un objectif 35mm ouvrant à f4,5 et avec une mise au point fixe. Une diode signale si on risque la sous exposition et il faut allumer le flash, qui se déclenche alors automatiquement (le bouton orange glisse vers la gauche pour le mettre en batterie).

C’est donc un petit « point and shoot », qui a cependant retenu la critique, positive, de Popular Photography, qui écrivait de lui : « Dans ce cas, le nom dit tout. « Snappy » fait sûrement référence aux légions de tireurs d’élite à cartouche et à disque que Canon espère attirer vers le 35 mm avec ces modèles peu coûteux et hautement automatisés.
Assez compacts et plutôt beaux dans un plastique de l’ère spatiale, les Snappies ont un côté droit fortement quadrillé et profilé qui fait que la main tient un, euh .. . se casser. Le fonctionnement nécessite un minimum d’attention, bien qu’il ne soit pas aussi « sans décision » qu’avec les modèles Kodak Disc.
… Pour leur public cible de preneurs de photos auparavant non critiques, les appareils photo Snappy devraient être une révélation. La combinaison d’énormes négatifs 24×36 mm (comparativement) et d’appareils photo intelligemment conçus devrait donner des tirages beaucoup plus nets et plus fins que ceux auxquels ces photographes sont habitués. »

En 1984, une version spéciale dénommée SNAPPY 84 sortira à l’occasion des jeux Olympiques de Los Angeles.

Source : Philcameras.be

Très années quatre-vingt, ce drôle de petit compact fonctionne toujours. En effet, après avoir nettoyé les traces d’oxydation, j’ai remis deux piles AA et c’est reparti (sauf le flash, hors service) !

Il n’est pas vraiment discret mais il fait le job : viser, déclencher et garder un souvenir précieux (ou pas) de ses sorties.

En résumé, un petit appareil que l’on voit parfois fleurir dans les bonnes brocantes et qui garde un certain attrait (visuel et pratique) si vous voulez un compact facile mais de bonne qualité et – surtout – pas cher ! Vous devez pouvoir l’emporter pour 15€ maximum.

Faites juste attention au compartiment des piles, qui doit être propre et se fermer facilement.

Si vous en trouvez un, soyez curieux, prenez le avec vous.

https://collection-appareils.fr/gestion_catalogue/images/1350998224.jpg
Source : Collection-appareils, Photokina 1983 -84.

Les spécifications techniques

Appareil photo 35 mm à objectif fixe et obturateur entièrement automatique
Taille de l’image 24 x 36 mm
Mise au point fixe
Objectif 35 mm f/4.5 (4 éléments en 4 groupes), cache objectif rapide fourni.
Obturateur et ouverture programmés à commande électronique. Vitesses d’obturation contrôlables à partir de 1/20 sec. à 1/500 s.
Viseur galiléen inversé. Grossissement de 0,45x. Vérification de la batterie et témoin de tremblement de la caméra fournis.
EE SPC pour programme entièrement automatique EE avec deux vitesses d’obturation. Plage de mesure de 9,3 à 15 IL (à 100 ISO). Vitesses de film ISO 100 et 400.
Guide Flash intégré n° 11 (à 100 ISO en mètres). Lorsque le voyant d’avertissement de bougé de l’appareil photo s’allume, tirez le commutateur de flash pour activer le flash.
Source d’alimentation Deux piles AA de 1,5 V
Chargement du film : après avoir ouvert le dos de l’appareil photo, alignez l’amorce du film sur le repère, puis avancez automatiquement jusqu’à l’image 1 en appuyant sur le déclencheur. L’avance du film est automatique.
Compteur d’images par addition des vues. Se réinitialise automatiquement lorsque le dos de l’appareil photo est ouvert. Décompte pendant le rembobinage du film.
Rembobinage automatique avec le bouton de déverrouillage et l’interrupteur de rembobinage.
Dimensions &Poids 148 x 58 x 44 mm, 290gr

Petite video d’illustration

Des références : https://camerapedia.fandom.com/wiki/Canon_Snappy_20, https://global.canon/en/c-museum/product/film108.html, https://www.collectiongeven.com/piwigo/picture.php?/3846, https://www.newwavepool.shop/products/canon-snappy-20-35mm-camera-serial-1420371?variant=39622558482518 en anglais, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-3380-Canon_Snappy%2020.html, http://www.philcameras.be/collection/collectionm/cde/canomm.html#snappy20 en français

Le Zinc du photographe

Profession, … paparazzo

Non, non, pas moi … quoique je vous avoue que le côté « enquête », traque et débrouillardise de ces photographes me plaisent assez, mais je ne cours plus assez vite !

C’est un peu ce que les « Street photographers » mettent en œuvre, sans pourchasser les people toutefois, nous contentant de Monsieur et Madame Tout le Monde, qui nous offre déjà le spectacle de la vie, la leur, la nôtre finalement.

Il s’agit d’un petit livre écrit par William ABENHAIM sur sa profession de photographe des stars … à leur insu.

En 153 pages, il nous résume les techniques du métier, les informateurs qui alimentent ses traques, le prix de certains de ses scoops, les galères dans lesquelles il a pu/dû se fourrer pour capter – parfois à ses risques et périls, toutes les stars n’étant pas « cool » – quelques images privées que les magazines à scandales vont s’arracher.

D’anecdotes en récits plus intimes, il nous narre ses aventures, dont il n’est pas toujours fier, ni heureux mais qui lui ont parfois valu de belles entrées financières et quelques déconvenues conjugales.

Un petit livre à la première personne qui se laisse lire facilement et nous donne parfois à sourire devant les trucs tordus inventés par le chasseur et le chassé : l’un pour prendre la photo, le second pour y échapper.

Quelques bagarres avec Jamel Debbouze, les gardes du corps de Jean_Pierre Pernaud, des altercations avec Jean Dujardin, un shopping improvisé avec Kate Moss, des courses poursuites avec Christophe Dechavanne, Brad Pitt et Angelina Jolie …bref, les dessous des images de Voici, Closer, Paris-Match, entre autre.

La fin de ce livre nous livre toutefois les doutes d’un photographe qui n’en peut plus de courir, de sauter dans un avion pour suivre tel ou tel mannequin volage, de planquer dans la boue, le froid, la neige …

Et comme ses doutes m’ont interpellé, j’ai cherché à en savoir un peu plus sur le personnage.

J’avoue avoir été un peu déçu, in fine, car s’il possède aujourd’hui un site « corporate », il doit avoir fait le ménage de sa réputation sur le Net car il n’apparait plus comme faisant partie des « paparazzi » qui ont fait trembler quelques starlettes aux seins nus ou quelques princesses éternellement amoureuses.

Mais ne boudons pas notre plaisir et je le trouve complémentaire d’autres bouquins que je vous recommandais : Paparazzo, du scoop au secret d’état, Sébastien Valiela, éd. Michalon, ISBN 978-2-84186-777-6 et Voleurs d’Images, le dessous des scoop, Gilles Lhote, éd. Michel Lafon, ISBN 2-84098-114-9. Deux livres sur les célèbres « paparazzi » et leurs drôles de traques. Réjouissant et plein d’anecdotes sur des célébrités et autres people. A lire pour le plaisir et la détente.

Profession Paparazzo, éd. Nouveau Monde, William Abenhaim, ISBN 978-2-84736-435-4

Les nouveautés en un lieu

Sabine WEISS nous a quitté …

Nous apprenions le 28 décembre 2021 que Sabine Weiss (née Sabine Weber en 1924) s’en était allée rejoindre le beau monde des photographes qui ont marqué la photographie. Elle avait 97 ans.

Suisse d’origine mais naturalisée française, elle fut, aux côtés de Robert Doisneau, Willy Ronis, Édouard Boubat et Izis, l’une des principales représentantes du courant de la photographie dite humaniste.

C’est déjà toute petite qu’elle comprends que la photographie sera son moyen d’expression. Elle achète à onze ans son premier appareil photo, avec son argent de poche et commence à photographier son entourage, sa vie de famille.

Soutenue par son père, elle fera ses apprentissages chez Frédéric Buissonnas, photographe de studio à Genève, avant de décrocher son diplôme en 1945.

Puis, arrivée à Paris, elle sera l’assistante de Wilhelm Maywald,et aura l’occasion de travailler avec le Tout Paris de la mode de l’époque. Mais elle côtoiera aussi les grands musiciens du temps, les plus grands artistes du moment, les acteurs en vogue, les écrivains célèbres.

En 1950, elle devient Madame Weiss en épousant le peintre américain Hugh Weiss. Elle ouvre alors son propre studio à Paris.

Elle publiera plus de 40 ouvrages et en 2017, elle fait don de l’ensemble de ses archives, riches de 200 000 négatifs, 7 000 planches-contact, environ 2 700 tirages vintage et 2 000 tardifs, 3 500 tirages de travail et 2 000 diapositives au musée de l’Élysée, à Lausanne..

Son travail personnel mêle poésie et observation sociale. C’est l’humain qui retient son attention, la vie toute simple : »Mes photos (…) expriment un certain amour que j’ai pour la vie » disait-elle.

Elle ne voudra jamais être considérée comme une « artiste » Elle se veut le témoin des injustices faites à l’Homme et les dénonce avec vigueur, tout en sobriété et émotion.

Elle disait aussi qu’elle « photographie pour conserver l’éphémère, fixer le hasard, garder en image ce qui va disparaître : gestes, attitudes, objets qui sont des témoignages de notre passage. L’appareil les ramasse, les fige au moment même où ils disparaissent ».

Sabine Weiss utilise essentiellement le noir et blanc, avec des cadrages précis, jouant de la lumière pour créer des ambiances. Si ses sujets sont variés, l’humain en est le point central, disons même plutôt l’humanité des petits moments de vie, ceux qui apportent des émotions.

C’est une des raisons pour lesquelles, dans ses photographies, il y a beaucoup d’enfants, de personnes âgées, des sourires de stars aussi, mais tout son petit monde sera relié par cette spontanéité et simplicité qui sont sa signature : « J’aime beaucoup ce dialogue constant entre moi, mon appareil et mon sujet, ce qui me différencie de certains autres photographes qui ne cherchent pas ce dialogue et qui préfèrent se distancier de leur sujet. »

Je vous recommande évidemment son site officiel : Sabine Weiss.

Fabien Breillat a eu la chance de la rencontrer et il a consacré une longue video à ce moment particulier, que je vous encourage à regarder.

Une grande dame s’en est allée, n’oublions pas son travail, il est éternel.

Argentique

Le Canon AE-1

Au hasard de la vie, il est parfois des découvertes amusantes.

En quelques mots, nous mettions de l’ordre dans l’accumulation de biens de nos parents, âgés et dans une mauvaise passe au point de vue santé.

Et dans le capharnaüm d’un vieux banc d’église (oui, ils aiment les antiquités !), je trouve une boite noire qui me rappelle quelque chose : ça y est, je viens de retrouver le vieux Canon Ftb Ql des parents et de mes débuts !

Fébrile, j’ouvre la boite et tombe nez à nez avec un Canon … AE-1 dont j’ignorais l’existence !

Je ne peux pas dire que je suis déçu, l’appareil est beau mais ça veut dire que je repars à la recherche du Ftb Ql. Sage précaution, la pile n’est pas dans l’appareil, mais elle est morte, et je n’en ai pas en stock me semble-t’il. Zut, il va falloir en trouver une pour être certain que tout fonctionne.

Non loin de cette boite, je découvre aussi un panier, plein d’accessoires anciens, accumulés là aussi : une ancienne cellule à main, des filtres (qui doivent être pour un Rolleiflex, l’appareil qui fut dérobé à mes parents avant leurs aventures en Canon), un vieux flash avec des filtres de couleurs, des lampes flash, de petits sacs pour porter des films, … bref, tout ce qui accompagnait les photographes des années septante.

Là encore, dans sa boite, une mini table lumineuse qui servait, je m’en souviens, au montage des dias dont mes parents étaient friands.

Plus au fonds du banc, un carton avec des objectifs à monture Canon Fd … mais c’est la caverne d’Alibaba ce truc !

Bon, réfléchissons : finalement, ça tombe bien, j’avais envie de vous parler de cet appareil qui fait tant parler de lui et dont les prix s’envolent depuis deux – trois ans (difficile d’en trouver un sous les 150€, et je ne parle pas des versions noires au prix stratosphériques).

De fait, lors d’une brocante, un exposant m’en avait donné un dont la porte arrière était bloquée, la molette de rembobinage s’étant fait la malle (elle était à l’intérieur de la chambre, heureusement), mais fonctionnel. A ceci près que la dite porte ayant été forcée, le verrou était cassé. Il me fallait trouver une épave pour le faire repartir.

Mais là, celui des parents est intact et avec même son classique 50mm F1,8 Fd…. et un film Fuji à l’intérieur (6 photos). J’ignore depuis quand il est là ce film, mais je vais le terminer, on verra bien.

Faudra que je me trouve un créneau pour aller voir Fred, d’Histoires de photos, car il organise des sorties dans Lille avec ce type d’appareil pour (re)découvrir ce boitier devenu mythique et le plaisir de la photo N/B en argentique. Si vous aussi ça vous intéresse, voyez, c’est ICI que ça se passe.

Bon, j’ai enfin trouvé une 4LR44, que j’ai glissée dans la petite porte sur le devant. Ah, la cellule semble reprendre vie mais il semble bloqué car il ne déclenche pas et impossible de réarmer ! Serait-ce le déclencheur électromagnétique qui fait des siennes ?

Mais avant d’aller chercher plus loin, peut-être quelques explications sur l’engin pour ceux qui voudraient en acquérir un.

Quelques mots sur la famille d’abord : le AE-1 vint au monde en avril 1976 et il eut des frères et un cousin. Les frangins : le AT-1, présenté en 1977 n’avait pas le contrôle d’exposition automatique, le AV-1 (1979) fut une version simplifiée, plus abordable, tandis que le A-1, apparu en 1978 fut le grand-frère, multi-priorités, manuel, tout automatique, bref, parfait en son temps.
Quant au cousin, ce sera le AE-1 program, fils du célébrissime Canon A-1, qui ajoutera à ses fonctions un mode Program où l’appareil vit sa vie, ce qui ne plait pas à tout le monde.

Le Canon AE-1 a été le premier appareil de la marque à proposer un mode semi-automatique piloté par un micro-ordinateur. C’est un appareil facile d’utilisation qui trouvera des millions d’acquéreurs pour forger sa légende

Mais qu’avait-il de plus que les autres pour s’imposer ?

Déjà un design bien pensé, rationnel et ergonomique, qui permet de prendre rapidement le boitier en mains, notamment grâce aux commandes qui sont regroupée sur le dessus et la façade du AE-1.

Ensuite, cette technologie qui fait toute la différence. Le contrôle de l’exposition est confié à un véritable micro-ordinateur (nous sommes en 1976, pour mémoire !) que le mode d’emploi décrit comme « unité de traitement centrale comportant deux circuits intégrés et un circuit LSI doté d’un I2L (circuit de logique intégré à injection directe de porteurs (page 9 du mode d’emploi en français renseigné plus bas).

Heu … bon, le tout, c’est que ça fonctionne après tout.

Le Canon AE-1 est un priorité vitesse. Je vous avoue que pour ma part et ma pratique, je préfère une priorité ouverture mais pour les personnes qui aiment une photographie plus dynamique, ce sera parfait.

Mais commençons par le début : comment fonctionne-t-il ce Canon AE-1 ?

Rappelez-vous d’abord qu’il est « électronique », ce qui veut dire que sans pile, point de déclenchement. Il va donc falloir insérer une 4LR44 dans le logement sous la porte, devant, à côté de l’objectif. Le « + » vers le haut. Un petit truc pour vous faciliter la vie : insérer la pile côté négatif d’abord puis appuyez sur le haut de celle-ci pour l’entrer dans le logement.

Vous pouvez tester votre pile en appuyant sur le bouton noir sur le capot. Sur l’échelle, dans le viseur, l’aiguille se positionnera au niveau de l’ouverture 5,6 si votre pile est ok.

Tout est en ordre ? Il ne vous reste plus qu’à insérer un film dedans. Pour ce faire, tirez sur le levier de rembobinage et la porte arrière s’ouvre sur la chambre, classique. Quoique qu’il n’y ait pas ici de système QL (pour quick loading), le chargement est aisé : vous insérez la cartouche à gauche, tirez le film dont vous glissez l’amorce dans la fente de la bobine réceptrice, en veillant à ce que le film se place bien sur les roulettes d’entrainement, armez une fois pour bien enroulez le film, puis fermez le dos, déclenchez et réarmez une ou deux fois, c’est prêt. Ah oui, encore un petit truc « à l’ancienne » : reprenez la manivelle de rembobinage et – délicatement – faites le mouvement d’un rembobinage pour bien tendre le film dans la chambre. Ce mouvement, associé à la plaque de pression, assure la planéité du film et une meilleure précision lorsque vous prendrez une photo..

Puisque nous en sommes au film que vous venez de mettre dans le boitier, n’oublions pas de régler la cellule avec la sensibilité de ce dernier. Ouvrez le levier d’armement en position d’attente (un peu décalé du boitier, à 30° pour les précis) et soulevez la roue dentée qui est dessous, en tournant celle-ci jusqu’à ce que vous indiquiez le chiffre de la valeur Asa (de 25 à 3200) en face du repère vert. Pour les éventuels distraits, Canon a pensé à une petite fenêtre sur le dos de l’appareil, dans laquelle vous pourrez glisser le bout de carton de la boite du film, avec les indications utiles du type de pellicule utilisées.

Quand vous serez au bout de vos 24 ou 36 vues, pour rembobiner, il faudra appuyer sur le petit bouton qui est sous la semelle et tourner la manivelle en sens inverse. Si vous n’allez pas trop vite et êtes attentif, vous pourrez « sentir » le moment où le film quitte la bobine et arrêter de tourner. Ça laisse juste un bout de l’amorce en dehors. Utile si vous voulez faire des doubles expositions (voir Histoires de photos pour cet exercice intéressant).

Le viseur est assez classique : un télémètre à coïncidence et microprismes trône au milieu. On s’habitue vite à rétablir les 2 lignes brisées pour obtenir une photo nette même si ça demande un peu d’entrainement pour ceux qui n’ont jamais utilisé un ancien appareil argentique. Sur la droite, une échelle avec une aiguille qui indique l’ouverture choisie par le micro ordinateur, avec une zone rouge en haut (surexposition) tandis qu’en bas, c’est une diode clignotante qui indique un risque de sous exposition, ou une vitesse hors du champ de couplage de l’appareil, compte tenu de la sensibilité du film. Un petit « M » clignote aussi quand vous quittez la position automatique de l’objectif (le mode Manuel).

Comme je l’écrivais plus haut, le Canon AE-1 est un « priorité vitesse« , ce qui veut dire que l’appareil, lorsque vous avez positionné la bague de l’objectif sur A, va déterminer pour vous l’ouverture du diaphragme adéquat grâce à l’analyse faite par sa cellule. Il tient compte pour ce « calcul » de la vitesse choisie, de la sensibilité du film et de la luminosité de la scène. Vous êtes alors en mode « semi-automatique » et la cellule travaille avec une mesure intégrale à prépondérance centrale (toute la scène est analysée avec une intention particulière pour le centre)

Lorsque vous quittez la position A sur l’objectif, vous passez en mode manuel et vous choisirez vous-même l’ouverture et la vitesse. Mais le boitier vous aide quand même encore en vous donnant les indications dans le viseur avec les signaux lumineux de sur ou sous exposition.

Les vitesses, que vous réglez avec la molette sous le déclencheur, vont de 2 secondes ou 1/1000éme sec. plus une pause B, pour les pauses longues (avec trépied). Si la molette tourne dans les deux sens, elle ne fait pas un tour complet.

Voilà, c’est tout … à moins que j’ajoute que vous pouvez aussi vérifier la profondeur de champ avec le bouton plat, à gauche de l’objectif, qui vous donnera une image à « diaphragme fermé » permettant de voir la profondeur de champ (mais honnêtement, la vison sera très sombre). Pour débloquer le loquet, appuyez sur le petit bouton argenté.

Le bouton poussoir de test de profondeur de champ.

Ah oui, et encore un petit bouton bien utile, celui qui est sur le fut de l’objectif et qui permet de se sortir des mauvais pas quand le contraste est très fort sur votre image, comme par exemple lors d’un contre jour.. L’appui sur ce bouton permet d’effectuer une correction d’exposition. Vous dégagez la bague de la position A, vous appuyez sur le déclencheur à mi-course pour obtenir l’indication de ce que le boitier vous préconiserait comme ouverture, puis vous actionnez le bouton de correction d’exposition. Ensuite vous revenez en position A et vous reportez l’ouverture donnée.

Si je résume : vous portez l’appareil à l’œil, vous réglez la netteté en faisant coïncider les deux demi-cercles du viseur, vous appuyez à mi-course sur le déclencheur, la cellule vous détermine une ouverture dans le viseur, que vous reportez sur l’objectif, et clic-clac, c’est dans la boite !

Il y a encore le retardateur, que vous actionnez en poussant vers l’avant le bouton de verrouillage/déverrouillage du déclencheur.. Vous avez 10 secondes pour apparaître sur la photo !

Le déclencheur est « électromagnétique » – un petit électro-aimant le commande – et de ce fait il est non seulement très doux mais aussi assez silencieux. Pas de déclenchements intempestifs à craindre car il y a une position « fermé »(L pour lock) pour éviter de déclencher quand l’appareil est armé.

Hélas, c’est aussi par là que l’appareil peut « mourir » et je crains que celui que j’ai retrouvé ne soit en état de mort « magnétique ». Mais ça se répare, pour autant que vous ayez un autre appareil à cannibaliser, et ça tombe bien, j’en ai un et deux videos pour savoir comment faire (je vous les ai aussi mises ci-dessous).

Bon, que cela ne vous empêche pas d’en acheter un si vous en trouvez à un prix raisonnable. Sachez que d’autres appareils qui utilisent la même technique ont le même soucis : ils ont presque 50 ans, ne l’oublions pas… et ils se réparent de la même manière.

Le Canon AE-1 pouvait être motorisé (avec le Power Winder A) et il adoptait alors une cadence de 2images/sec. Une série de flashs lui était aussi dédié, les Speedlites O11A, 155A, 166A, 177A, 188A, 199A, 533G et 577G (ouf !) totalement synchronisés. Ah, et un dos dateur aussi (ça vous pouvez laisser tomber car impossible de mettre une date des années 2000 – dites-vous que ça tombe bien, car j’en ai vu à vendre 69€ ! Non mais faut arrêter de vous prendre pour des pigeons, non ?)

Si vous êtes ok, petit checklist (de l’édition américaine, un régal)

Encore un mot au sujet des optiques car elles sont d’excellente qualité avec la monture FD (même si l’ancienne FL est toujours compatible). Vous y trouverez votre bonheur à toutes les focales, à des prix raisonnables mais le must reste sans doute les focales en 50mm, dont le très classique mais très bon f1,8 ou un f1,4 magnifique, voire un f2 SSC superlatif.

En résumé, un appareil relativement compact (590 gr tout nu), costaud et fait pour durer qui, s’il a fait les beaux jours de nombreux photographes dans les années septante et quatre-vingt, continue la légende de nos jours. La construction de cet appareil, grâce à l’électronique, a « perdu » 300 pièces comparé à un Canon Ftb, le best seller précédent à mesure TTL. De plus, une plus grande automatisation de sa fabrication a permis de produire un appareil photo à faible coût doté de fonctionnalités haut de gamme, un appareil à mesure automatique, peu courant à l’époque.

Vendu à plus de 1.200.000 exemplaires, il n’est pas vraiment rare, pourtant les prix grimpent, grimpent … et je ne vous parle pas des versions noires, qui atteignent la stratosphère !

Lui manquait-il quelque chose ? Sans doute l’automatisme complet mais débrayable que le A-1 amènera. Le AE-1 program, son cousin, améliorera l’automatisme avec son mode P et la précision de la cellule. Mais c’est une autre histoire …

C’est un bon boitier, avec lequel vous pourrez bien apprendre/vous amuser. Les images qu’il délivre sont très bonnes (notamment grâce aux optiques Canon Fd). S’il a eu tant de succès à l’époque; ce n’était pas pour rien.

Un mot, une fois n’est pas coutume, sur le mode d’emploi de cet appareil (que vous trouverez plus bas). C’est un régal de concision (80 pages) et de conseils utiles, qui donnent envie de prendre des photos, pas une aspirine ! Même le fonctionnement de l’échelle de profondeur de champ (p. 50) des objectifs.est expliqué.

Et la version américaine que je vous mets aussi ici plus bas est un régal.

Il me reste à vous souhaiter d’excellentes photos.

Ceci étant, lorsque je rédigeais l’article, je cherchais une nouvelle pile, celle que j’avais mis dans l’appareil étant finalement au bout du bout …

Et j’en ai trouvé quelques unes. Immédiatement, j’en ai glissé une sous la porte du AE-1 et …. tout fonctionne parfaitement, ouf ! Mais, pour être tout à fait honnête avec vous, j’ai dû « trafiquer » un peu les 2 appareils : celui découvert chez mes parents ne répond plus, malgré une pile bien chargée, tandis que l’autre oui. J’ai donc « emprunté » la porte arrière du premier pour la monter sur le second et quand j’aurais compris comment la démonter, je changerai aussi la petite porte de la trappe à pile, cassée sur le second et intacte sur le premier.

Comme je l’écrivais, sans pile, rien ne fonctionne : pas de déclenchement, pas de réarmement possible. Prenez la précaution d’en avoir toujours au moins une de réserve, au cas où.

Et donc, comme je le précisais, je vais terminer le film entamé qui est dans la chambre (que j’ai « transvasé » du premier appareil dans le second), je ne sais quand . Ah, j’aime bien ces surprises là moi !

Petites videos d’illustration

Les spécifications techniques :

  • Appareil photo reflex à obturateur à plan focal
  • Objectif normal Canon FD 50mm f/1.4 SSC ou FD 50mm f/1.8 SC
  • Obturateur à plan focal à quatre axes et déplacement horizontal avec rideaux en tissu. X, B, 2, 1, 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/250, 1/500, 1/1000 s. Toutes les vitesses sont contrôlées électroniquement. Retardateur intégré (avec LED clignotante).
  • Contacts de synchronisation Flash Sync X- sync avec prise allemande et griffe porte-accessoires.
  • Viseur Pentaprisme fixe au niveau des yeux. Grossissement 0,86x (EX 50 mm), couverture verticale de 93,5%, couverture horizontale de 96%. Télémètre à image fractionnée entouré d’un télémètre à microprismes au centre avec un écran mat de Fresnel. Aiguille de mesure d’exposition, échelle d’ouverture, avertissement de surexposition, aiguille de mesure d’ouverture arrêtée et indicateur de vérification de la batterie et voyant d’avertissement de sous-exposition fournis.
  • Contrôle le SPC pour la mesure TTL à pleine ouverture avec une mesure manuelle AE à priorité vitesse d’obturation ou TTL à aiguille de correspondance arrêtée (moyenne pondérée centrale). Plage de compensation d’exposition de +1,5 EV. Plage de mesure à 100 ISO et f/1,4 : 1 à 18 IL. Plage de vitesse du film de 25 à 3 200 ISO.
  • Source d’alimentation : une pile à l’oxyde de mercure 4G-13 6 V (heureusement introuvable de nos jours) ou une pile alcaline 4LR44
  • Chargement du film : bobine réceptrice à fentes
  • Avance avec une course de 120° du levier supérieur (possibilité d’armer par petits coups). Position d’attente à 30°. Moteur Power Wind A également en option.
  • Compteur de vue : se réinitialise automatiquement lorsque le dos de l’appareil photo est ouvert.
  • Taille et poids : 141 x 87 x 48 mm, 590 g

Pour le mode d’emploi, vous avez le choix ICI ou LA (celui-là, je vous le recommande tout particulièrement, même si en anglais, vous comprendrez pourquoi en le lisant !) et LA

Des références : https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_AE-1, https://www.filmisundead.com/test-reflex-argentique-canon-ae-1/, https://focale-alternative.be/blog/canon-ae-1-program/, https://appareilsphotosargentiques.com/blogs/blog/canon-ae1-vs-canon-a1-quelles-sont-les-differences, https://benber.fr/presentation-du-canon-ae-1/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-962-Canon.html en français, https://global.canon/en/c-museum/product/film93.html, https://www.kenrockwell.com/canon/fd/ae-1-program.htm en anglais

Le Zinc du photographe

La couleur, témoin de vie

Petite question en préambule : quel rapport y a-t-il avec la photographie et la pomme de terre ?

… ? (J’en vois qui se pose des questions sur mon état de santé, rassurez-vous, tout va bien !)

Allez, j’explique …

Vous le savez, au début de l’histoire photographique, le résultat des prises de vues étaient en noir et blanc, sépia, charbon, bleu (oxyde de fer), platine mais, en gros, monochrome même s’il y avait plus que 50 nuances de gris.

Fidèle reproductrice du réelle, la photographie omettait pourtant la couleur, difficilement envisageable à l’époque (rappelez-vous, la première photo officiellement date de 1826 : Point de vue du Gras de Nicephore Niepce).

"Point de vue du Gras" 1826
 (Nicéphore Niepce)

La photographie est un moyen fidèle d’arrêter un moment, de le préserver pour très longtemps dans la mémoire des uns ou collectivement si elle vient à être exposée dans un musée, ou couchée à jamais dans un livre.

Elle crée un « émerveillement » du temps qui passe et que l’on a arrêté, le temps d’un déclenchement, subtil et souvent très rapide, tel un battement de cils.

Cet émerveillement attire aussi l’aspiration de donner à voir et les supports vont se multiplier. Les célèbres daguerréotype de Louis-Jacques-Mandé Daguerre voient le jour dès 1839 et ils auront un succès fou.

Mais cet émerveillement n’est pas complet si on omet la dimension de la couleur, qui donne à voir une « vraie » réalité, celle totale de ce qui a été donné à voir et à capter sur un support.

Un autre aspect de la « réalité » est celui du mouvement, finalement résolu avant l’apparition de la couleur, en 1896, par l’invention du cinématographe par les Frères Lumière.

Des hommes ingénieux ont essayé de trouver des solutions pour garder ces couleurs de la vie. Certains se sont contentés de coloriser les négatifs (souvent des plaques de verre), d’autres ont cherché des méthodes pour capter la couleur « en direct », dès la prise de vue.

En 1868, Louis Ducos du Hauron et Charles Cros inventent la tri-chromie, à savoir une méthode qui utilise trois filtres (bleu, rouge, vert), appliqué à chaque photographie, que l’on superpose ensuite pour reconstituer les couleurs du sujet photographié.

Si le procédé est ingénieux et donne de bons résultats, il est vraiment peu pratique car il nécessite de photographier exactement de la même façon le sujet avec les trois filtres pour ensuite pouvoir les superposer.

Commercialement, c’est un échec. Il faut trouver autre chose.

En 1891, le physicien Gabriel Lippmann déploie sa théorie connue sous le nom de théorie ondulatoire de la lumière, la lumière se propage par des ondes qui ont des vitesses différentes. Quand la lumière se reflète sur un obstacle, il se produit un phénomène d’interférence entre les ondes lumineuses. Il parviendra, après de nombreuses heures de pose, à capter le spectre lumineux, la première photographie couleur.

Revoici les Frères Lumière qui ont compris l’intuition de Gabriel Lippmann et vont mettre toute leur énergie à la traduire dans une méthode qui pourra devenir industrielle.

Ils inventent alors l’autochrome, un procédé qui consiste a étaler de la fécule de pomme de terre colorée (rouge-orangé, vert, violet-bleu) sur une plaque de verre en sandwich avec une plaque argentique. La fécule joue le rôle de filtre « instantané » lors de la prise de vue et permet de capter immédiatement la couleur.

Ingénieux, facile à produire et commercialement rentable. Les deux Frères Lumière iront jusqu’à créer leurs propres plantations et leurs propres usines de féculerie pour avoir les stocks nécessaires à leur production.

C’est toute une industrie qui se met en place, non seulement autour de la pomme de terre, mais aussi verrière (pour les plaques) et des colorants industriels.

C’est une prouesse technique et d’ingénierie : rendez-vous compte, il fallait 200 millions de grains de fécule par plaque de verre. Pour rappel, nous sommes au début des années 1900 !

Cette fois, le photographe montre la réalité « vraie », celle de la vie telle qu’elle est, avec ses couleurs.

C’est une formidable ouverture sur le monde qui se dessine car des photographes pourront donner à voir ce qui existe ailleurs dans le monde et l’Europe découvrira les pays lointains, tels qu’ils sont.

Ce sera la mode des projections (l’ancêtre des diapositives que l’on utilisait pour les séances de « Découvertes du Monde » et assimilés) où l’on donnera la preuve que ce que l’on montre existe bel et bien.

Le célèbre banquier Arthur Khan consacrera sa fortune à envoyer des photographes archiver le monde, pour le donner à découvrir. A sa mort, en 1940, ruiné, il laissera 72.000 autochromes être le témoin d’un temps, de coutumes, de costumes que l’on aurait autrement oubliés.

Une aventure exceptionnelle que celle de l’autochrome, cependant vite rattrapée par la technologie. En 1931, finalement victime de son côté « artisanal », il disparait, oublié.

Toutefois, 100 ans plus tard, ces fragiles plaques de verre sont toujours là et nous montrent encore ces témoins de temps révolus, passés mais toujours bien présents.

En 1935, l’Agfacolor fait son apparition, suivi ensuite par la Kodachrome en 1942 La Kodacolor, massivement diffusé dans les années cinquante en rouleaux 24×36 va révolutionner le monde de la photographie.

L’Agfacolor reprend le principe de l’autochrome mais en version industrielle avec trois couches d’émulsion sensibilisées différemment aux couleurs, les coupleurs de colorants correspondants ont été intégrés à chaque couche lors de la fabrication, simplifiant grandement le traitement du film au développement, rendant désuet la fécule de pomme de terre et les plaques de verre.

Pourtant, jusque dans les années soixante, le N/B restera majoritaire. Peu onéreux, facile à développer chez soi, il convenait (encore) bien à la majorité des usages familiaux. Mais l’histoire du film couleur était lancée et plus rien ne l’arrêtera …. sauf à l’aube des années 2000 où des pixels feront leur apparition. Nous quitterons définitivement les supports matériels pour entrer dans le virtuel, immatériel par essence, mais c’est une autre histoire …

Je vous recommande une émission d’Arte, consacrée à l’Autochrome, le procédé des Frères Lumière pour colorer la photographie du début du siècle passé.

Si cet article vous a titillé, sachez que la Grande Toile regorge d’histoires au sujet de ce que je viens de vous brosser, rapidement j’en conviens, mais avec l’intention assumée de vous rendre curieux.

Petit ajout que nous devons à notre ami Georges, qui me signale posséder des autochromes d’un lointain ancêtre, Jean-Baptiste Tournassaud qui fut ami des Frères Lumières et grand spécialiste des autochromes. Il fut photographe militaire, animalier, paysagiste, portraitiste, photojournaliste et photographe industriel et il réalisa des centaines de clichés de personnalités militaires, de soldats sur le front ou à l’arrière dès 1914

Un petit exemple de ses œuvres.