C’est un article, paru dans le « Réponses Photo » de juillet 2022 (n° 351, p. 6 à 9) qui me fait bondir.

Article anodin s’il en est car il fait la présentation de deux nouveaux boitiers chez Canon, les Eos R 10 et le R 7, déclinés en APS-C et destinés aux « amateurs » pas forcément éclairés mais … fortunés !

Rendez-vous compte, le R 10 sera proposé à 1.380€ en kit avec un objectif 18 – 150mm tandis que le R7 le sera à 1.900€ avec un objectif semblable.

Alors, non seulement Canon et Nikon ont failli rater le coche de l’hybride, font le forcing pour rattraper Sony, Fuji, Olympus et Lumix, ne nous ont proposé que du « haut de gamme » à des prix astronomiques pour leurs premiers balbutiements pas forcément aboutis mais quand ils nous proposent quelque chose, ils nous prennent tous pour Crésus !

Où sont les chouettes petits boitiers d’entrée de gamme des Eos 2000, Eos 100, Eos 200 et 250, voire même l’Eos M50 qui ne fut jamais mis en valeur et qui passera à la trappe (laissant orphelins les quelques téméraires qui ont fait l’effort de l’acquérir malgré l’indigence de l’offre en optiques dédiées, qui sont supprimées du catalogue) ?

Certes, sur le papier, ces nouveaux venus semblent alléchants mais ils ne sont plus compatibles avec les « anciennes » optiques EF ou EF-S (respectivement pour les format full frame ou APS-C), sauf à acquérir des bagues de conversions qui coûtent jusqu’à 300€.

Où allons-nous ?

Les compacts ont disparus, bouffés par le smartphone, sauf s’ils s’agit de compacts « experts » qui dépassent la barre des 1500€.

Les reflex disparaissent au profit des hybrides – sauf chez Pentax, qui fait (bien seul) de la résistance – avec inéluctablement une montée dans la gamme des prix : pas un seul appareil avec au moins un 18 – 55mm de base sous les 1.000€.

Sommes-nous revenus aux premiers temps de la photographie, réservée à une « élite », celle qui avait les moyens de s’offrir le matériel ?

Reste le marché de l’occasion me direz-vous.

Oui, mais comme Canon et Nikon ont trainé à se lancer dans la bagarre, les quelques boitiers hybrides qui sont sur le marché de la seconde main sont presque aussi chers que le neuf, les premiers acheteurs essayant – et on les comprend – de ne pas perdre trop de plumes dans ce jeu de dupes.

Des marques comme Olympus, Fuji, Sony, Lumix (dans une moindre mesure me semble-t-il) raflent encore une fois la mise, ayant été des précurseurs dans l’hybride, avec des produits qui ont su s’adapter bien vite aux besoins de leur nouvelle clientèle.

Cruel rebondissement : les deux grands « historiques » doivent justifier de technologie extrême pour tenter quelques chalands richissimes ou corporate. Ils sont aujourd’hui incapables de présenter des boitiers abordables et performants, délaissant ainsi une partie importante de leur clientèle à la concurrence.

Mais me dires-vous, les autres marques ne sont pas bien moins chères. Non, vous avez raison mais je pense que lorsqu’on « tire » le gros des clients depuis près de 50 ans, il convient de leur offrir des produits qui leur conviennent à des prix mieux étudiés !

Voilà, c’était mon coup de gueule du moment … et vous, qu’en pensez-vous ?