Voici le second appareil acheté sur la brocante du 25 septembre et ayant appartenu au même propriétaire, le premier étant le Topcon RE Super que je vous présentais sous peu.

Il a aussi pris des coups. Sans doute cette personne était-elle un professionnel, ou un amateur éclairé et … fortuné mais pas très soigneux.

Bref, ce second appareil est toujours un appareil pro ou semi-pro, le Nikon D 100.

Vous savez que je m’aventure rarement sur les terres de cette marque car j’en connais qui sont pires que les Corses si on dit du mal de leur chouchou (comme ça vous savez que je viens de me mettre à dos deux clans redoutables).

Blague à part, et j’adore la Corse, je n’ai jamais trop eu l’occasion d’utiliser du matériel Nikon parce que j’étais équipé en Canon. Et je pense, très sincèrement, que ce sont là de grandes marques qui ont présenté respectivement des appareils de très grande qualité.

Bon, je pose la brosse à reluire, et on l’étudie ce D 100 ?

De prime abord, et c’est pour ça que je me suis penché sur lui lors de cette brocante, il fait « sérieux », tout de noir vêtu, avec la bande rouge sur l’intérieur de la poignée. Un écran sur le dessus me fait penser qu’il est dans la catégorie supérieure. Une ergonomie bien pensée, les boutons sont là où il faut. Un peu une « tronche » de F100, un écran à l’arrière en plus.

Ah oui, « D » pour digital ! Ne soyons pas sectaire, certains appareils deviennent eux aussi des « ancêtres » car ils approchent des vingt ans (celui-ci date de 2002, une éternité) et une fois n’est pas coutume, c’est donc un « ancien » appareil digital que je vais passer à « mes petites étude subjectives … ».

« Merveille technologique de Nikon, le D100 arbore un design ergonomique compact et léger (environ 700g*), compatible avec le Système Nikon qui comprend : objectifs AF Nikkor, système de flashes étendu, logiciel Capture 4,… A l’intérieur, une multitude de fonctions élaborées vous assure précision, qualité et contrôle de la prise de vue. » dixit le site Nikon France au sujet de ce boitier.

En fait, il fut l’alternative grand public des appareils professionnels de la série D1.

Pourquoi sa « bouille » semblait-elle un peu familière ? Parce qu’il a hérité des commandes du F80, un bon argentique sorti en février 2000, à l’aube du numérique.

Pour ceux qui suivent la logique Nikon, il sera suivi d’un D70 – grand public – et D200 – pour semi-pro ou amateurs éclairés.

Il sera présenté le 21 février 2002 à la convention annuelle et salon professionnel de la Photo Marketing Association (PMA). A l’époque son concurrent direct était le Canon Eos D60. Cet appareil sera remplacé en 2005.

La comparaison d’époque du D100 contre l’Eos D60 (source : Digital Photography Review).Notez que le D100 semble plus haut mais c’est dû à la position de sa monture, plus haute que celle du Canon.

Son positionnement visait clairement le grand public mais en lui donnant l’impression d’acquérir un appareil « sérieux », d’où le « dress code » proche du F100 et un prix, à l’époque, conséquent.

Et ce fut un succès commercial !

Mais que proposait donc ce Nikon D100 ?

C’est un APS sauce maison (coefficient de 1,5), avec un capteur de 6,11 millions de pixels effectifs (6,31 Mp au total) avec une taille de 7,8 µm x 7,8 µm pour les photosites.

Ok, aujourd’hui ça fait sourire, mais à l’époque, c’était pas mal et la qualité de l’image était très bonne, les ingénieurs maisons ayant décidé que les acheteurs en auraient pour leur argent.

Le capteur est un Sony (si, si, déjà).

Pour illustrer ce nouveau capteur, Sony le comparait au capteur 1/1.8″ qui équipaient les appareils grand public de l’époque (source : Digital Photography Review).

Il proposait un format optique 1,8″ avec une diagonale de 28,4 mm (taille APS), au format image 3:2. Il était (en fait, il l’est toujours) équipé d’une grille dite de Bayer (filtre de couleur primaire GRGB en mosaïque).

Sa construction nécessite un obturateur mécanique (lecture des trames interlignes), qui fonctionne de 30s au 1/4000s, plus pause B, avec un retardateur programmable de 2s à 20s. La synchro au flash est au 1/180s pour les flashs SB-80DX/28DX/50DX ou le flash intégré.

Et puis j’arrête là les considérations techniques, très nombreuses (comme pour tous les appareils numériques) mais de toute manière complètement dépassées de nos jours.

Alors, que retenir de cet appareil ?

Il faut reconnaître que Nikon a cette capacité de produire des boitiers modernes qui ont toujours l’attrait d’un appareil photo entièrement manuel, comme « avant », quand on savait encore les maitriser.

Ce qui a l’époque était encore gage pour convaincre les acheteurs, encore tiraillés entre l’argentique qui finissait et le numérique qui entrait sur la pointe des pieds, mais inexorablement.

Si vous le comparez au Nikon D40 que j’ai eu l’occasion de vous présenter, et qui date de 2006, vous aurez l’impression d’avoir un « vieux » boitier en main avec le D100. A l’époque, ça rassurait.

Ergonomiquement, c’est un appareil qu’on a bien en main, la poignée y étant pour beaucoup, confortable et assez prononcée. Il est encore relativement léger (700gr quand même nu mais encore une fois, il faut se souvenir du poids des argentiques des années deux mille). On pouvait y ajouter une poignée, avec une batterie supplémentaire, un déclencheur à distance, un haut parleur et un micro, pas pour de la video mais pour utiliser l’appareil comme « mémo vocal ».

Petite particularité de l’époque, l’écran arrière, pas mauvais (et qui pouvait être protégé par un plastique fournit avec l’appareil) ne montrait la photo prise que si vous le demandiez, ou lorsque vous naviguiez dans les menus. Il n’y a pas de « prévisualisation » de 2secondes (p. ex.) immédiate.

Source : Digital Photography Review

En parlant d’écran, il y en a un second, sur le dessus. Celui-ci fournit des infos utiles pour maitriser l’exposition, la mise au point, le type d’entrainement, etc. et plus spécifiquement des informations typiquement « numériques » telles la balance des blancs, la taille de l’image, etc.). Pratique car on voit en une seule fois la configuration globale de l’appareil. Et en plus, il est rétroéclairé.

Autre point que les photographes qui faisaient le pas aimaient retrouver : le compteur d’images est toujours apparent.

Le viseur est assez confortable et suffisamment clair bien qu’il contienne pas mal d’informations. Tout d’abord, vous verrez le cercle de mesure pondérée central et les 5 marqueurs de la zone AF. Pour ceux que ça aide, vous pouvez demander l’affichage d’une grille. En dessous, la barre d’état, qui vous donne un aperçu des paramètres du boitier et de la prise de vue.

Source : Digital Photography Review

La batterie, située dans la poignée, est une EN-EL3 Lithium-Ion battery pack (7.4 V 1400 mAh; 10.4 Wh), qui devrait tenir environ un cycle de 1000 photos.

Si nous retournons l’appareil, près de l’écran arrière, un large volet, qui bouge un peu (l’âge peut-être) cache la trappe pour une carte mémoire CF.

Comme l’ancien propriétaire y a oublié quelques photos, je vous les livre ici pour que vous vous rendiez compte des capacités de l’engin.

Quelques particularités utiles : le flash pop-up qui aide bien même si ce c’est pas un foudre de guerre; la lampe d’assistance AF, qui se met en route automatiquement si la lumière est chiche, mais que vous pouvez paramétrer; la griffe flash n’accepte que les flashs propriétaires ou compatibles; la monture est une F et donc l’appareil peut accepter presque n’importe quel objectif à monture Nikkor F. Les fonctionnalités complètes de l’appareil photo ne sont disponibles que lorsque vous utilisez des objectifs à microprocesseur AF Nikkor de type G ou D.

Pour le reste des commandes, c’est – déjà – du classique : deux molettes sous le déclencheur, qui fonctionnent de concert avec le gros bouton situé à gauche.

« En haut de l’appareil photo, sur le côté gauche du viseur, se trouvent les molettes de mode/réglages et d’entraînement. Le cadran de mode est libre de se déplacer, le cadran d’entraînement est ‘verrouillé’, cela signifie que vous devez maintenir enfoncée la petite goupille de verrouillage pour déplacer ce cadran.

Pour modifier le mode de zone de mise au point, la taille/qualité d’image, la balance des blancs ou la sensibilité ISO, tournez la molette sur la position requise, puis utilisez les molettes de commande principale ou secondaire pour modifier le réglage », nous dit le mode d’empoloi.

Les touches et boutons nous rappellent des choses que nous connaissons, même si elles ne sont plus tout à fait aux mêmes endroits.

Mais l’appareil reste agréable à prendre en mains, à déclencher, à manipuler (remarquez la réglette pour corriger la dioptrie, à côté du viseur)

Que devrions nous retenir de ce boitier ? Aussi étrange que cela paraisse, avec près de 20 ans de recul, cet appareil, comme le Canon Eos D60, a réellement lancé les grandes marques dans la course aux pixels.

Nikon produisait un boitier qui n’était plus lié à un dos numérique Kodak, un vrai boitier Nikon, petit, robuste, avec une excellente qualité d’image et tout ça à un prix qui incitait à acheter l’appareil.

Si de nos jours la fiche technique ferait sourire, à l’époque, elle s’écrivait au superlatif et offrait aux plus grands nombres un excellent appareil, fiable, rapide et bien équilibré.

Est-il toujours adapté à nos besoins ? Si vous avez juste assez avec un boitier pour faire de l’illustration rapide, destinée à l’Internet, sans aucun doute, oui. Je vous renvoie à mes réflexions à ce sujet sur le Nikon D40, lui aussi un 6,1 Mp, sorti quatre ans plus tard.

Ce que je trouve intéressant avec ce D100, c’est sa proximité physique avec ce qui existait encore en argentique. On a vraiment l’impression d’un analogique avec un écran. Pour le vintage, c’est tout bon.

Si vos besoins sont donc limités et que vous en croisez un autour des 20€, avec un objectif, prenez-le, il vous servira encore bien.

En me relisant, avant de publier cet article, je me rends compte in fine que c’est difficile de « parler » d’un appareil numérique de cette époque. Soit on tombe dans la longue litanie de ces caractéristiques techniques, de toute manière totalement dépassées, soit on en fait l’impasse (ce que j’ai choisi) pour s’attarder sur ce que cet appareil à apporté de nouveau à une pratique qui était en plein chamboulement.

Les années deux mille ont été la charnière entre le monde analogique et le monde numérique. Nous connaissons la fin de l’histoire.

Et donc, rencontrer physiquement un des témoins de cette époque, c’est interpellant et curieux : j’ai le sentiment de dire des choses que ce qui est devenu un quotidien et en même temps de devoir le faire à l’imparfait.

Là où se creuse la différence avec les appareils argentique que je vous décrit habituellement, c’est que j’ai vraiment l’impression de vous présenter un objet qu’on n’a plus envie d’utiliser. Autant les argentiques peuvent rester source d’étonnement, grâce à des solutions techniques particulières et innovantes, autant ici – à moins de s’extasier sur un point technologique qui ne veut déjà plus rien dire – il est délicat de trouver quelque chose qui retienne notre attention.

Ce sera, je le crains, le triste lot de nos appareils actuels. Quand j’éprouve du respect lorsque je glisse un film dans une machine qui a plus de 40 ans, avec un réflex numérique de 20ans, la première question qui me vient est « : pourvu que la pile ne soit pas HS » et que le format soir reconnu par mon Windows 10.

Petites videos d’illustration :

Les données techniques :

Cette liste est fournie par Nikon Europe

  • 6,1 mégapixels effectifs pour des images de 3 008 x 2 000 pixels
  • Compact et léger (pèse environ 700 g)
  • Capteur CCD à faible bruit
  • Contrôle d’image matricielle numérique 3D pour un contrôle précis de l’exposition, une balance des blancs automatique adaptative et une précision des couleurs optimale
  • Flash intégré haute performance avec contrôle du flash D-TTL
  • Trois modes de couleur offerts pour différents environnements de flux de travail
    Autofocus à cinq zones avec opération AF dynamique
  • Traitement d’image à grande vitesse fourni par le nouveau système monopuce LSI
  • Vitesse d’obturation maximale de 1/4 000 s. et vitesse de synchronisation du flash jusqu’à 1/180 sec.
  • Interface USB 1.1 prête à l’emploi pour une connexion rapide à l’ordinateur
  • Les lignes de grille à la demande peuvent être affichées dans le viseur
  • Les paramètres personnalisés peuvent être sélectionnés sur l’écran LCD
  • Compatible avec les cartes CompactFlash® Type I et Type II dont 512 Mo / 1 Go IBM MicroDrive®
    Le logiciel Nikon View 5.1 (fourni) permet un transfert et une visualisation faciles des images sur votre ordinateur, ainsi qu’une manipulation et une conversion rudimentaires des fichiers RAW
    Logiciel Nikon Capture 3 en option pour une excellente gestion des images et un fonctionnement à distance
  • La batterie multifonction MB-D100 en option accepte six piles 1,5 V LR6 (alcalines de type AA) ou une ou deux batteries Li-Ion pour une capacité de prise de vue étendue.
  • Comprend une fonction d’enregistrement/lecture de mémos vocaux, un déclencheur vertical, des molettes de commande et de sous-commande, un bouton de démarrage AF et une borne à distance à 10 broches

Des références : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nikon_D100, https://www.nikon.fr/tmp/FR/2419865273/3760176746/2391246626/34910176/1438956901/3909392782/4141789621/3435957029.pdf, https://www.nikon.fr/fr_FR/product/discontinued/digital-cameras/2006/d100, https://www.stevenberruyer.com/test/nikon-f80/ en français; https://www.dpreview.com/reviews/nikond100/, https://en.wikipedia.org/wiki/Nikon_D100, https://www.kenrockwell.com/nikon/d100.htm, https://imaging.nikon.com/lineup/dslr/d100/ en anglais.